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SÉLECTION ÉTONNANTES BIÈRES DE SOIF

FRANCE UN LABEL POUR DÉFENDRE LA QUALITÉ DE LA BIÈRE

DESIGN LES ÉTIQUETTES SE FONT MOUSSER

Pages spéciales • n°3491. Semaine du 30 mai au 4 juin 2018 • Ne peut être vendu séparément

SPÉCIAL

ZOOM SUR LES NOUVELLES TENDANCES DE CONSOMMATION

ÉDITION 2018


ON NE PLAISANTE PAS

AVEC LE GOÛT

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* Les moines de l’abbaye d’Affligem approuvent encore aujourd’hui avec soin la recette d’Affligem Cuvée Blonde.

L’ABUS D’ALCOOL EST DANGEREUX POUR LA SANTÉ. À CONSOMMER AVEC MODÉRATION.


ÉDITO CHRISTOPHE BARBIER

En lettres de mousse

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d’anecdotes de taverne, ces histoires sont plus que la mousse d’un breuvage : elles en sont l’âme. La bière, il faut pouvoir en parler entre deux gorgées. Après tout, c’est dans des bulles que l’on écrit les légendes. Une autre forme de récit est inséparable du bock : quand on raconte une aventure, un périple, un exploit. La bière dégustée après une randonnée, la bière appréciée à la fin d’un chantier, la bière salvatrice à l’issue d’un rude affrontement sportif. La légende est alors celle de l’amitié, celle du bon moment partagé, celle du souvenir aussi inoubliable que les bulles sont éphémères. Pendant la Coupe du monde de football, nombre de soirées vont s’écrire en lettres de mousse. Prolongations, tirs aux buts, qualification, élimination… La seule solution, pour un supporter sous pression, c’est d’en boire une.

PHOTO : THINKSTOCKPHOTOS / ARTISTEER

otre commande a été passée par téléphone, après de nombreuses tentatives infructueuses. Deux casiers de 24 bouteilles, pas plus. Le jour venu, vous reculez votre voiture dans l’allée du monastère. Vous ouvrez le coffre et vous asseyez au volant. Vous attendez. Une porte s’ouvre : un moine encapuchonné, muet, dépose le précieux colis et s’en va sans un mot. Vous repartez. À boire frais, mais pas trop. Ainsi s’écrit le mythe de la Westvleteren XII, la « meilleure bière du monde ». Un peu plus loin, toujours en Belgique, si vous êtes un client privilégié, Carolus vous autorisera à acheter un flacon de son précieux… whisky. Car la célèbre brasserie maîtrise toutes les fermentations. Il n’y a pas de grandes bières sans grands mythes. Qu’il s’agisse de fables médiévales, de secrets d’abbaye ou

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REJOIGNEZ LA RÉVOLUTION

NOUS SOMMES BREWDOG. NOTRE MISSION EST DE PARTAGER NOTRE PASSION DE LA BIERE ARTISANALE AVEC TOUT LE MONDE. NOUS SOMMES UNE ENTREPRISE ALTERNATIVE, NOUS APPARTENONS A PLUS DE 50 000 PERSONNES, QUI VEULENT CHANGER LE MONDE DE LA BIERE POUR TOUJOURS. CE SONT NOS INVESTISSEURS «EQUITY PUNKS»; NOS AMIS, NOTRE COMMUNAUTE, LE COEUR ET L’AME DE NOTRE ENTREPRISE. COMME EUX, AIDEZ-NOUS À CHANGER LE MONDE DE LA BIÈRE.

l’abus d’alcool est dangereux pour la santé. À consommer avec modération.


SOMMAIRE DEPUIS 1926

ÉDITO En lettres de mousse

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ZOOM La bière française en quête de reconnaissance

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TENDANCES 14 18 22 26

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DESIGN De l'art de l'étiquette

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ACTUALITÉS Brèves de comptoir

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2, rue du Général Alain de Boissieu - 75015 Paris. 01-87-25-85-00. RCS Paris 552 018 681. CPPAP n° 0318c82839. ISSN n° 0014-5270. Société éditrice : Groupe L’Express SA au capital social 47 150 040 €. Principal actionnaire : SFR Presse. Président-directeur général : Guillaume Dubois. Directeur de la publication : Guillaume Dubois. RÉDACTION Directeur de la rédaction : Guillaume Dubois. Rédactrice en chef des hors-série et suppléments : Valérie Lion. MANAGEMENT Éditrice déléguée : Anaïs Dupuis. PUBLICITÉ Directrice régie : Caroline Arné. Directeur du pôle annonceurs : Pierre-Étienne Musson. Directeur adjoint : Cyril Bostvironnois. FABRICATION / PHOTOGRAVURE Marie-Christine Pulejo. Imprimerie : Roularta Printing (Belgique). ÉDITION Contact : Claire Labadie. 04-72-32-29-12. RÉALISATION Agence de Presse Objectif Une : 15, rue Louis-Blanc - 69006 Lyon. 04-72-32-29-13. Rédactrice en chef : Catherine Foulsham. Ont collaboré à ce numéro : Emmanuelle N’Diaye (relectures), Philippe Bidalon, Audrey Grosclaude, Paulina Jonquères d’Oriola, Yann Petiteaux et Céline Vuillet. Direction artistique : Presso (www.presso.fr). Photo de couverture : Dmitry Pistrov/ThinkstockPhotos. RÉGIE PUBLICITAIRE Groupe Partenaire : 15, rue Louis-Blanc - 69006 Lyon (www.partenaire.fr). Contact : Didier Revy. 04-72-83-74-68. Magazine imprimé sur du papier certifié PEFC (sauf encarts). Origine du papier : Belgique. Taux de fibres recyclées : 0 %. Eutrophisation, PTot : 0,117 kg/tonne.

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IEN R É P X E

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EN TA TI O N B LO N D E H AU TE FE R M

PHOTOS : BRASSEURS DE FRANCE - THINKSTOCKPHOTOS / JACOBLUND - SERVICE PRESSE - R. BUFFI

• L es brasseurs font mousser le collaboratif • La mousse passe au vert • Et la bière fût... •D  es pépites pour la pépie

IO T A T S DÉGU

NOUVEAU

FORMAT

2018 ! 33CL

BIÈRE E BLOND BIÈRE D ’EXCEPTION BRASSÉE DE PÈRE EN FILS • FABRIQUÉE EN FRANCE L’âme de la CASTELAIN PALE ALE réside dans l’assemblage de trois houblons aromatiques de variétés GOLDING, COLUMBUS, CITRA et du malt PALE. Au nez, s’expriment des arômes intenses de fruits exotiques. En bouche, vos sens seront d’abord emportés par des saveurs fruitées qui laisseront rapidement place à de savoureuses notes de pin. Laissez-vous charmer par ses saveurs uniques en la dégustant dans son verre préalablement rincé et non essuyé à une température de 5-6°C.

1926

L ’ A B U S D ’ A L C O O L E S T D A N G E R E U X P O U R L A S A N T É . À C O N S O M M E R A V E C M O D É R A T I O N . www.brasseriecastelain.com


ZOOM Brasseurs de France, principal syndicat professionnel de la brasserie française, a créé l’événement au dernier Salon de l’Agriculture en présentant la marque « Profession Brasseur ». Cette démarche collective s’inscrit dans une tendance générale des brasseurs français désireux de défendre leurs spécificités et la qualité de leurs produits. Par Céline Vuillet

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LA BIÈRE FRANÇAISE

EN QUÊTE DE RECONNAISSANCE 8

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Le logo représente un hexagone doré symbole de l’origine et de la qualité avec, en son centre, la silhouette d’une cuve de brasserie.

PHOTO : ALEXANDRE PAPAIS / BRASSEURS DE FRANCE

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eul on va plus vite. Ensemble on va plus loin. » Un sage proverbe africain que Brasseurs de France a mis en application en lançant une marque collective « Profession Brasseur ». Objectifs : permettre aux consommateurs de se repérer parmi une offre toujours plus large, en leur donnant l’assurance que la bière a été brassée et conditionnée en France ; garantir la qualité de la bière grâce à un cahier des charges rigoureux sur la traçabilité et les règles d’hygiène et, enfin, promouvoir l’excellence de la bière française, qui, depuis le 20 juin 2014, fait partie intégrante du repas gastronomique français inscrit au patrimoine de l’Unesco. Le projet remonte à 2014, première année de croissance de la consommation de bière après des décennies de lente désaffection de la part du public. Cette formidable embellie, la première observée depuis trente-six ans, se poursuit, tant en production qu’en nombre de brasseries. En 2017, le marché (2,2 milliards d’euros de chiffre d’affaires et 5 000 personnes) a progressé de 2,7 % dans l’Hexagone pour atteindre 20,7 millions d’hectolitres de bière (la production mondiale était de 2,1 milliards) et aujourd’hui sept bouteilles sur dix consommées en France sont d’origine française. Dans le même temps, la France s’est hissée au troisième rang des pays européens en nombre de brasseries avec plus de 1 200 brasseries recensées fin 2017, contre 600 en 2014. Un nombre déjà dépassé puisqu’il se crée une dizaine de

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ZOOM

brasseries chaque mois en France, tant la bière est devenue un véritable phénomène de société, touchant toutes les couches de la population. Autre marqueur de cet engouement, les salons se multiplient et les journées portes ouvertes La Moisson des Brasseurs (organisées du 22 au 24 juin) accueillent deux fois plus de visiteurs qu’à leur création, en 2011.

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Une dynamique globale Bien perçue, l’initiative de Brasseurs de France a déjà fédéré 54 brasseries – le syndicat en compte 146 – qui se sont inscrites dans une démarche de certification et les premières bières portant le macaron Profession Brasseur seront proposées à la vente à partir de juillet. « La progression de notre filière est largement portée par l’essor des bières artisanales » observe Maxime Costilhes, délégué général de Brasseurs de France qui représente près de 98 % de la production brassicole de l’Hexagone. Pour autant, la marque Profession Brasseur ne s’inscrit pas en réaction à ces nouveaux venus

dans la profession. Au contraire. « Notre syndicat représente la brasserie historique, mais notre action n’est en rien dirigée contre les brasseries artisanales, insiste Maxime Costilhes. D’ailleurs 92 % de nos adhérents sont des PME et des TPE à l’image de notre plus petit adhérent, la Brasserie de Toy, près de Lourdes, qui ne produit que 15 hectolitres. » Pour être éligibles à la marque collective, les candidats doivent avoir au moins trois ans d’expérience ou être diplômés du titre « brasseur ». Les audits sont réalisés par Certipaq, organisme indépendant qui vérifie que les bières ont été produites et conditionnées selon les exigences des 420 critères du cahier des charges ; des critères qui concernent essentiellement la fabrication de la bière : traçabilité des matières premières, matériel de production, réalisation des différentes étapes de brassage, respect des règles d’hygiène, analyse du produit fini, étiquetage, conditionnement, stockage et distribution, gestion des produits annexes, correction ou élimination des aspects non conformes.

54 brasseries sont candidates au label Profession Brasseur

Des brasseurs engagés Sur les 54 candidats, trois brasseries sont déjà certifiées. Toutes artisanales : La Choulette, Duyck (marque Jenlain) et La Grenouille assoiffée. Et parmi les dossiers en cours, Le Mascaret, L’Esterel, Le Vercors, Les Gabariers ne sont pas vraiment des géants de la profession ! Elles n’ont pas

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PHOTO : HEINEKEN

Salle de brassage de Heineken.


ZOOM Jean-François Drouin, président-fondateur du Syndicat national des brasseurs indépendants (SNBI) et dissident de Brasseurs de France, semble plus circonspect. Il n’est pas loin de penser qu’il s’agit d’une opération des « gros brasseurs contre les petits ». D’ailleurs, le 13 avril, le SNBI présentait son propre label de qualité, Brasseur indépendant. « C’est le seul label en Europe différenciant les indépendants des industriels. Nos collègues européens nous demandent même notre cahier des charges pour s’en inspirer. » Ce label du SNBI, moins contraignant que la marque collective, impose certaines obligations qui lui sont propres, telle la transparence, en demandant que les coordonnées du producteur et la composition du produit figurent sur l’étiquette de la bouteille.

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La formation, fer de lance de la qualité La marque collective Profession Brasseur s’inscrit dans une démarche qualité que l’on retrouve également au niveau de la formation. En effet, depuis 2005 et l’abrogation du CAP de brasseur, faute de candidats, Heineken avait réagi en créant, la même année, un concours de biérologie dans les lycées hôteliers. Désormais va être créé le diplôme « titre brasseur » évoqué par Brasseurs de France comme étant l’une des conditions d’obtention de la marque collective. Cette formation devrait être opérationnelle à partir de fin 2018. Son cursus a été mis au point avec les chambres de commerce et le SNBI. Trois centres de formation devraient l’accueillir : l’Institut technique de la brasserie et de la malterie ainsi que les lycées agricoles de Douai et Poligny. Sur le plan universitaire, seule l’université de La Rochelle prépare à un diplôme universitaire (DU) d’« opérateur brasserie ». Les demandes explosent, comme l’explique son fondateur, le professeur Frédéric Sannier. « A l’origine, il s’agissait d’un simple module brassicole destiné à nos étudiants en master biotechnologie. Aujourd’hui, ce DU est accessible en formation continue pour des personnes connaissant déjà le monde de la bière et qui souhaitent se perfectionner. Les candidatures affluent de partout, je reçois plus de 120 demandes pour 20 places par an ! Il s’agit essentiellement de candidats en reconversion venant d’univers très variés. On trouve des littéraires, des banquiers, des assureurs, des informaticiens, des opticiens et même des œnologues ! Une centaine de brasseries ont été créées par d’anciens élèves, dont 15 % de femmes. »

Fin 2018, un nouveau diplôme « titre brasseur » doit voir le jour

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PHOTOS : ALEXANDRE PAPAIS / BRASSEURS DE FRANCE - THIERRY LEWENBERG-STURM

été rebutées par ce véritable parcours du combattant, à l’instar de Fabrice Rivière, de la brasserie Le Mascaret qui produit 2 000 hectolitres par an. « Nous sommes déjà bio et connaissons la plupart des paramètres mais c’est sécurisant pour le consommateur d’avoir des repères. » En revanche, les brasseurs industriels ne font pas encore partie de la liste des candidats au label. « Nous y réfléchissons, précise Annick Vincenty, directrice du marketing de Heineken, parce que c’est une excellente initiative qui peut être positive pour certaines de nos marques. Les consommateurs ont besoin de références dans l’absolu, ces critères de qualité ne peuvent être que bénéfiques quelle que soit la taille de l’entreprise. » Seules les marques d’Heineken produites dans l’une des trois brasseries françaises du groupe (Schiltigheim, Mons-en-Barœul et Marseille) sont éligibles à Profession Brasseur, la Mort subite, marque belge rachetée il y a huit ans, ne pouvant y prétendre.

➊ Les matières premières qui composent la bière. ➋ Des installations ultramodernes au service du brassage. ➌ Le logo du SNBI.

PHOTO : HEINEKEN

Heineken avait initié une démarche qualité en créant, en 2005, un concours de biérologie dans les lycées hôteliers.

Il existe par ailleurs de nombreuses formations non diplomantes organisées par des centres de formation privés faisant intervenir des biérologues. Le plus connu d’entre eux, Hervé Marziou, préside l’Association des biérologues de France, actuellement en sommeil, qui compte une douzaine de membres. Après avoir fait l’essentiel de sa carrière chez Heineken, Hervé Marziou s’est installé comme « biérologue » indépendant en 2010. Ce passionné de bières dispense désormais des cours à d’autres passionnés désireux de s’impliquer dans l’univers brassicole. Ses élèves d’aujourd’hui n’ont plus grand chose à voir avec ceux de ses débuts : « Il y a vingt ans, je faisais surtout de la formation interne pour les salariés des grosses brasseries. Aujourd’hui, les élèves qui suivent mes cours sont de plus en plus jeunes, ils viennent avec des motivations très différentes. Il y a ceux qui ont déjà un projet bien abouti, qui sont parfois installés. Ceux-là viennent souvent accompagnés de leurs épouses, au contact du client, afin qu’elles acquièrent des compétences pour parler du produit. Les autres, de plus en plus nombreux, souvent en

reconversion après une expérience professionnelle qui ne leur convient plus, souhaitent devenir brasseurs, ouvrir une cave ou se lancer dans la distribution. Enfin, il y a les chefs d’entreprise convaincus que la bière est un créneau intéressant avec de vraies perspectives de développement. Quels que que soient leur profil et leurs motivations, tous se retrouvent sur deux points : le refus de la standardisation et la qualité de la bière. » Dans cette mouvance, en mars 2018, Benoît Wantz, distributeur de bières artisanales installé à Bordeaux, créait le premier centre de formation globale sous l’enseigne Les Choppes bordelaises. Outre les cours spécifiquement liés à la bière, le programme inclut des thématiques de gestion, de finances, de marketing, bref l’ensemble des savoirs indispensables à tout porteur de projet, qu’il s’agisse de créer une brasserie, ouvrir une cave ou devenir distributeur. « Cette création répond à une demande de plus en plus forte. Rien qu’en Gironde, berceau des vins de Bordeaux, il existe plus de trente-cinq minibrasseries ! C’est dans l’air du temps, même s’il s’agit souvent d'établissements à vocation régionale, comme la brasserie de La Lune, Le Mascaret ou Gasconha, dont les noms revendiquent une forte identité locale assumée », explique le jeune entrepreneur.

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Un brasseur heureux Alain Dhaussy, propriétaire de la brasserie La Choulette à Hordain (Nord), qui produit 10 000 hectolitres par an, est l’un des trois premiers professionnels certifiés Profession Brasseur. Il explique son choix : « Cette marque collective est un bon moyen de se faire connaître et reconnaître comme brasseur et revendeur. Ça demande du travail – il faut être précis et attentif à chaque étape de la fabrication – et de la rigueur, garante de la fiabilité de notre bière. Apposer le logo Profession Brasseur, c’est affirmer que nous appartenons à une maison commune et que nous en acceptons les contraintes. » C. V.

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TENDANCES Ce n’était au départ qu’une histoire de passionnés. Mus par leur soif d’échange et de partage, ces amateurs se sont transformés en brasseurs indépendants, initiant – sans trop s’en rendre compte – une véritable révolution brassicole. En découle aujourd’hui une effervescente filière artisanale portée par des consommateurs en quête d’authenticité. Par Paulina Jonquères d’Oriola

A LES BRASSEURS FONT MOUSSER LE COLLABORATIF

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u pays du vin, la bière fait une percée sans précédent. Récemment inscrite au « patrimoine de la France » en tant que produit issu des traditions locales, la mousse a conquis ses lettres de noblesse. Bien que conviviale, « la bière est une boisson extrêmement complexe. Il y a certes du malt, du houblon, de l’eau et de la levure, mais aussi une multitude d’ingrédients que l’on peut rajouter. En France, la réglementation est d’ailleurs assez libre, tout comme aux Etats-Unis où l’on trouve par exemple des bières au beurre de cacahuète », témoigne Cécile Delorme, fondatrice du Brewberry à Paris, une cave à bières réunissant pas moins de 450 références. Friands de nouvelles saveurs, les zythologues en herbe se désaltèrent chez les brasseurs indépendants dont le nombre ne cesse de croître ces dernières années pour atteindre plus de 1 200 brasseries réparties sur tout le territoire. Parmi elles, Golaye Coopérative, Malteurs Echos, Bières du temps, brasserie Montflours, Tri Martolod, brasserie des Garrigues, brasserie de Nettancourt… des structures d’un nouveau genre surfant sur la tendance collaborative. Des recettes collaboratives Véritables centres d’expérimentation, de partage et de formation, ces coopératives brassicoles permettent à des passionnés de bières de s’unir pour bénéficier d’un savoir-faire collaboratif et d’installations à la pointe de la technologie. Cette petite révolution

Brasserie collaborative, PIP fait pousser ses bières au milieu des jardins partagés des Vivres de l’Art, à Bordeaux.

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TENDANCES a fermenté il y a une trentaine d’années dans les cuves des brasseurs amateurs américains. Bien souvent, ces aventures sont le fruit de reconversions professionnelles, et, bien que rentables, elles ne sont pas motivées par la quête de larges profits. A Gaillac, La Berlue en est une excellente illustration. Créée sous le statut de Scop, cette jeune entreprise assure une représentativité égalitaire des salariés, quelle que soit leur participation au capital. « Le lien importe plus que le bien », résume Mathieu Daupleix, dont on sent encore poindre l’âme de sociologue. Un précepte qui guide tant la vie de l’entreprise que ses relations avec les fournisseurs et les clients. Les fondateurs conçoivent leur société comme un « laboratoire permanent » et imaginent leurs recettes avec la complicité des « éberlués », une communauté de joyeux cobayes qui n’hésitent pas à mettre la main à la cuve de temps à autre. « Les clients reprennent le pouvoir sur leur goût. Nous ne voulons pas que nos relations se limitent à la vente d’objets froids », résume-t-il. Une relation privilégiée qui se retrouve dans la démarche de nombreux acteurs de la filière, à l’image de PIP (Pression Imparfaitement Parfaite) à Bordeaux. A l’origine, des amis de lycée soucieux de « s’enrichir de la couleur des autres », explique Guillaume Chamaillard. Les fondateurs proposent ainsi des ateliers de brassage durant lesquels les apprentis testent leurs nouveautés.

ont même bénéficié de l’aide de leurs futurs concurrents », rapporte la jeune femme. Les fondateurs de La Berlue proposent ainsi à de jeunes brasseurs d’utiliser leurs fermenteurs quand ils n’ont pas les moyens d’acquérir leur propre matériel. « Nous ne les voyons pas comme des concurrents, il est naturel pour nous de leur tendre la main. Nous avons aussi des liens avec des brasseurs amateurs désireux d’avoir un retour sur leur production », rapporte Mathieu Daupleix. A Bordeaux, PIP s’inscrit dans la même démarche, puisque l’entreprise partage ses locaux de 350 mètres carrés avec un autre brasseur. « C’est un milieu loyal et cordial. Nous pensons qu’il y a encore de la place pour tous car la demande est croissante », renchérit de son côté Cécile Dalmasso, fondatrice de la Scop Les bières du temps à Champier, en Isère. Cette coopération peut aussi prendre la forme de collaborations entre brasseurs, faisant éclore des bières en édition limitée. Avec le brassage à façon, chacun peut également solliciter un brasseur pour créer une recette spéciale en vue d’un événement.

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Sélection ➊ Dans le Sud, la brasserie des Garrigues ravitaille les bars montpelliérains de ses bières houblonnées un brin « teigneuses », à l’image des brasseurs autodidactes qui l’animent. Structurée sous la forme d’une Scop, elle refuse de travailler avec la grande distribution. www.brasseriedesgarrigues.fr ➋ Dans la Meuse, la microbrasserie de Nettancourt ne produit pas plus de 150 hectolitres par an. Une trentaine d’associés réunis sous la forme d’une Scic. Elevé dans la tradition des bières de refermentation, leur précieux hydromel est certifié bio. brasseriedenettancourt.fr

PHOTOS : SERVICES PRESSE

mandes ou réseaux de vente avec des brasseries voisines. Mais je peux témoigner que tout cela est nouveau. En 2009, quand j’ai commencé, les brasseries travaillaient dans le culte du secret et j’ai eu du mal à trouver un stage pour me former. La première brasserie à m’avoir ouvert ses portes travaillait dans le bio », raconte-t-il. De son côté, Cécile Delorme observe également une évolution des mentalités grâce à l’arrivée sur le marché de ces passionnés. « Tous ont commencé par se retrouver sur les sites communautaires pour échanger leurs idées et certains

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PHOTO : SERVICE PRESSE

Des brasseurs garantis sans amertume Loin d’être anecdotique, l’amateurisme qui a fait grandir le secteur a fortement impacté son développement intrinsèque. Non loin de Laval, la brasserie de Montflours base sa démarche sur son caractère collaboratif. Fondée par Cédric Soufflet, cette Scic (Société coopérative d'intérêt collectif) ambitionne de créer une filière locale et 100 % bio. Chacun peut venir y brasser sa propre bière (pas plus de 30 litres) à prix coûtant. « Nous partons du Cécile Delorme principe que tout ce que nous savons, nous le fondatrice du Brewberry à Paris. transmettons. Nous mutualisons aussi nos com-

Faire éclore des bières en édition limitée

La renaissance d’une filière agricole endormie Ce renouveau de la bière artisanale décapsule aussi toute la filière agricole dont nombre de métiers ont disparu. Peu à peu, des acteurs relancent le secteur à l’image de la Scic Les Malteurs Echos, qui propose du malt local et artisanal pour les petites et moyennes brasseries dans le Sud-Est. Dans le Grand Ouest, Cédric Soufflet pressent la renaissance de la culture du houblon en Bretagne ou en Loire-Atlantique grâce à l’éclosion prochaine de plusieurs projets. De quoi permettre à chacun d’apporter sa bière à l’édifice !

➌ Blonde, brune, IPA, session ale... A La Minotte, on brasse à la main et avec passion au cœur de Marseille. Chaque mois, de nouvelles bières de saison ou collaboratives emplissent les tonneaux. Cette microbrasserie abrite aussi un estaminet et une salle de concert. www.minot-brasserie.fr

➍ Installée au sein de l’ancienne fromagerie Lactalis à Xertigny, dans les Vosges, La Golaye entend bien redonner vie à ce site déserté. Derrière la tireuse ? Une communauté de passionnés réunis en Scic. N’hésitez pas à faire le tour de leurs barriques durant leurs ateliers d’initiation. www.lagolaye.fr

➐ Non loin de Laval, la brasserie Montflours. Cette Scic tente de monter une filière brassicole bio et locale. Si vous voulez déguster une bonne pinte, il vous faudra vous rendre en Mayenne puisque leur breuvage n’est pas vendu à plus de 15 kilomètres à la ronde ! Vous pouvez aussi venir y brasser votre propre bière. brasseriemontflours@gmail.com

➎ A Concarneau, la Scop Tri Martolod raconte avant tout l’histoire d’un sauvetage. Celui de la brasserie An Alarc’h, rachetée en 2006 après être partie à la dérive. En dégustant leur pils bretonne traditionnelle, vous participez donc à une aventure humaine et solidaire ! www.trimartolod.fr

➑ En Isère, à Champier, deux passionnés réunis en Scop au sein des Bières du temps proposent des bières bio au goût du terroir, avec parfois quelques sauts au-dessus de l’Atlantique pour faire voyager vos papilles comme une bière aux fèves de cacao. www.lesbieresdutemps.com

➏ A Gaillac, rejoignez la troupe des « Eberlués » et participez à l’élaboration de bières artisanales uniques en leur genre. Dans votre chope : des valeurs humanistes, puisque La Berlue est organisée en Scop. www.brasserie-laberlue.com

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➒ A Bordeaux, PIP vous propose de jouer les apprentis-brasseurs lors d’ateliers de brassage et de dégustation. En découlent des bières ultra-originales à déguster lors d’événements culturels au milieu des jardins partagés des Vivres de l’Art. www.pipbiere.com

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TENDANCES

LA MOUSSE PASSE AU VERT Par Philippe Bidalon

AVEC LE BOUM DES MICROBRASSERIES, L’OFFRE DE BIÈRES BIO PROGRESSE. MAIS LES DIFFICULTÉS D’APPROVISIONNEMENT EN HOUBLON BIOLOGIQUE LIMITENT ENCORE LA PRODUCTION.

les boutiques bio. » Devenue la référence, avec 40 % de parts de marché des mousses bio dans la grande distribution, la maison familiale d’Artois décline aujourd’hui sa bière au nom de pierre semi-précieuse (« pour la santé ! ») en blonde, en blanche, récompensée d’une médaille d’argent au France Bière Challenge 2018, en sans gluten et dans une version plus houblonnée, Hoppy.

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l’image de Lammsbräu, le principal producteur biologique outre-Rhin qui, depuis trente ans, brasse quelque vingt variétés différentes (y compris sans gluten). Ou encore Pinkus-Muller, créée en 1816 et passée au vert en 1980. En France, Castelain est la première, en 1986, à s’engager dans la voie avec sa fameuse Jade. « Une évolution logique, explique Annick Castelain, directrice générale de la PME. A l’époque, notre Ch’Ti était l’une des plus naturelles et trônait déjà dans

Avec une petite centaine de nouvelles références, l’offre bio tricolore semble bien discrète

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PHOTOS : SERVICES PRESSE - JEAN-BERNARD STIL

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’est une évidence : plus qu’une mode, le bio est devenu l’expression d’une légitime préoccupation des consommateurs à protéger l’environnement et leur santé, menacés par les errements d’une agriculture mal conseillée, trop intensive et polluante. Bien au-delà des enseignes spécifiquement vertes (Naturalia, Biocoop, Nouveaux Robinsons…), la petite mousse n’échappe pas à la règle. Longtemps les brasseries allemandes, pionnières en la matière, ont monopolisé les rayons de ces magasins spécialisés. À

PHOTO : THINKSTOCKPHOTOS / SALZBURG13

La demande en houblon bio ne cesse de progresser.

Cherche houblon bio En ce milieu des années 1980, une poignée de militants du bio se lancent aussi dans l’aventure, mais préfèrent travailler des produits plus « indigènes », comme l’épeautre, le sarrasin, la châtaigne ou exotiques tel le quinoa. Castelain se sentait un peu seule dans l’Hexagone. La concurrence s’est soudainement diversifiée ces dernières années. Reste que, avec une petite centaine de nouvelles références, l’offre bio tricolore semble bien discrète au regard de l’explosion des microbrasseries en dix ans : de 200 à plus de 1 100. À cela une raison : fabriquer de la bière bio n’est guère aisé. A tel point que le label Ecocert ne certifie que sont issus de l'agriculture biologique

que 95 % seulement des ingrédients ayant servi à l’élaboration du breuvage (céréales, houblon, levures, sucre…). La faute, notamment, aux difficultés d’approvisionnement en houblon bio – orge et malt bio se trouvent en revanche sans problème. Dans l’Hexagone, le premier du genre a été mis sur le marché par le Comptoir agricole, en 2012. Or la coopérative alsacienne, plus important producteur de houblon tricolore, n’exploite en bio que 18 hectares (sur 400) de la précieuse plante aromatique. Auxquels s’ajouteront, dans deux ans, douze autres actuellement en conversion. En attendant, aucune commande supplémentaire n’est acceptée. « C’est vraiment compliqué, reconnaît Grégoire Agostini, de la brasserie Burdigala, en Gironde. Mon contrat avec eux ne couvre qu’une partie de mes besoins. Pour le reste, à l’instar de mes confrères artisans brasseurs, je dois chercher en permanence des opportunités chez nos voisins belges ou allemands. » Face à cette situation, certains deviennent eux-mêmes cultivateurs de houblon bio. Une démarche qui répond bien à l’esprit « craft », mâtiné d’appétence locavore, de biodiversité, de développement durable et d’écologie. Eloi Soulez, néobrasseur dans le Berry, compte parmi ceux-là. « Quand ma compagne a repris l’exploitation agricole de ses parents, voilà trois ans, nous avons planté 80 pieds de sept variétés de houblon », détaille l’ancien dessinateur de voiliers rochelais. Du côté de Bazas, en Gironde, Vincent Aime, dont l’exploitation cultive aussi de l’orge bio, attend avec impatience que ses 350 pieds donnent enfin : « L’objectif est de couvrir notre consommation, soit 80 kilos, précise le jeune paysan-brasseur. Et qu’aucune matière première ne provienne de plus de dix kilomètres de la ferme. » « Cette recherche de circuit court donne de la profondeur à leur engagement bio », constate Elisabeth Pierre, zythologue et auteure de plusieurs bibles sur la bière. Plus qu’une étiquette collée sur la bouteille, c’est bien de réels projets de vie dont il s’agit.

Sélection Brasserie Castelain (Pas-de-Calais) Jade Hoppy. Sa fabrication artisanale réalisée selon la méthode dite « par infusion » permet d’extraire avec douceur l’arôme des malts. Toute dernière création de cette brasserie pionnière dans le brassage bio, cette blonde de haute fermentation est très houblonnée, d’où sa belle amertume prononcée, ses notes d’agrume et ses touches herbacées très fraîches. 2,10 € (33 cl). 5,5 %. Tél. : 03 21 08 68 68.

Brasserie d’Orgemont (Marne) Valmy blonde. Fondée en 2001, la brasserie artisanale produit et commercialise la bière et le fromage Orgemont, renouant ainsi avec la tradition du terroir de ChampagneArdenne. Elle poursuit sa transition énergétique avec pour objectif de produire des bières à l’empreinte carbone la plus neutre possible pour l’environnement. Equilibrée avec une légère amertume, cette blonde présente une belle robe dorée, surmontée d'une mousse blanche et fine. 2 € (33 cl). 5,5 %. Tél. : 03 26 68 31 30.

Brasserie La Barbaude (Gard) La Sagne. Située au cœur de Nîmes, cette brasserie, tenue depuis 2009 par deux frères, élabore cette bière avec du riz parfumé de Camargue IGP. Avec son côté légèrement fumé, son aromatique parfois exubérant de fruits frais et son rafraîchissement bienvenu, c’est une bière de soif et de plaisir. Comme les autres références de leur gamme bio, celle-ci se marie avec de très nombreux plats. 2,90 € (33 cl). 5,1 %. Tél. : 04 66 05 72 17.

Mélusine (Vendée) Love & Flowers. Forte d’une production de 500 000 litres de 13 références de bière par an, la jeune brasserie vendéenne s’inspire d’un procédé artisanal datant de plusieurs siècles : la méthode trappiste. Ni extraits ni additifs ni colorants n’entrent dans la fabrication ; les ingrédients sont 100 % naturels. Cette bière blanche, finement houblonnée, est aromatisée avec des pétales de fleurs. Sa couleur pâle est trouble grâce à l’ajout de blé. Ses subtils parfums de rose et de houblon lui confèrent une bouche douce et fraîche. 2,60 € (33 cl). 4,2 %. Tél. : 02 51 61 51 52.

Brasserie artisanale du Luberon (Vaucluse) BAL ambrée. Brasseur autodidacte bénéficiant d’une solide expertise viticole – il est aussi producteur de champagne –, Jean-Barthélémy Chancel a fondé la BAL en 2011. Dans sa robe vieil armagnac, coiffée d’une mousse ivoire cette ambrée se révèle dense. Riches et complexes, ses arômes de malts et de biscuit se parent de quelques notes de caramel et de pain d’épices. 1,60 € (33 cl), par pack de 24 bouteilles seulement. 7 %. Tél. : 09 80 74 10 97.

Brasserie du Comté (Alpes-Maritimes) Blonde bio du Mercantour N° 1. Dans le village de Saint-Martin-Vésubie, au cœur de l’arrière-pays niçois, Laurent Fredj brasse ses pépites à l’eau de source du Mercantour depuis 2012. Cette belle blonde dégage un arôme frais et une odeur de céréales. En bouche, des notes de noisette accompagnent la délicate amertume. Sa fraîcheur et sa légèreté conviendront parfaitement aux palais délicats. 3 € (33 cl). 5 %. Tél. : 06 23 04 30 17.

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TENDANCES

Brasserie du Cateau (Nord) Vivat ambrée. Monument historique ayant repris vie en 2004, la brasserie-malterie de la splendide abbaye nichée au cœur du Cateau-Cambrésis est aujourd’hui un véritable site « biérotouristique », avec boutique, bar de dégustation et restaurant de spécialités régionales. Drapé dans des reflets cuivrés, ce savant mélange de malts d’orge, d’épices et de houblon fermenté en cuve ouverte donne à cette amber ale organique et ronde un arrière-goût fruité et rafraîchissant. Saveurs de coriandre, de caramel et de pain frais. 3 €. 6,5 %. Tél. : 03 27 07 19 19.

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Brasserie La Gironnette (Indre-et-Loire) Bière rousse. Préretraité actif, le passionné Alain Knauer a fui la région parisienne, voilà trois ans, pour se lancer dans la brasserie artisanale en Touraine. En plein essor, sa production de 400 hectolitres, qu’il décline dans six références bio, devrait doubler à la rentrée. La rançon d’un succès local qui ne se dément pas. Cette rousse de caractère, issue de trois malts, se révèle ronde en bouche et finement houblonnée. 3,80 € (33 cl). 5,5 %. Tél. : 06 50 01 62 47.

. Crédit photo : Régis Lelièvre. Photos non contractuelles.

Brasserie de L’Arnon (Cher) La Trinquette Funky Zest. En plantant orge et houblon bio, l’ancien ingénieur naval Éloi Soulez vise la verticalité totale pour la ferme-brasserie biologique qu’il exploite depuis 2016 avec sa compagne. Outre une formidable old porter au goût chocolat sans chocolat, la gamme est aussi riche que savoureuse. Véritable « saisons » – autrefois bières d’autoconsommation – et de saison – le printemps ! – la dernière-née des Trinquette affiche un petit côté épicé et légèrement acidulé dû aux Bretts (bactéries honnies des vignerons, mais prisées par les brasseurs) ; que rafraîchissent encore l’orange et le pamplemousse frais ajoutés durant la fermentation. 3,40 € (33 cl) ou 19 €, le pack découverte de 6x33 cl sur le site Brewnation.com. 5,4 %. Tél. : 06 33 39 64 64. Brasserie Lancelot (Morbihan) Telenn Du. Empreinte de légendes celtes, la brasserie semi-industrielle du RocSaint-André compte parmi les premières, en 1989, à s’implanter en Bretagne. A base de sarrasin cultivé localement (appelé aussi blé noir) et d’orge malté, cette « harpe noire » nous interprète un délicieux morceau. Une brune puissante qui laisse découvrir sa délicate amertume sous sa mousse fine et dense. Belles notes torréfiées de café et de chocolat. 3 € (33 cl). 4,5 %. Tél. : 02 97 74 74 74.

BRASSEURS DE BONS MOMENTS ! Passer un bon moment, c’est à la fois simple et complexe. C’est le résultat d’une alchimie, d’une multitude de « petits quelque choses » qui font la différence. Des bières fièrement fabriquées sur place dans chaque restaurant, une cuisine gourmande et généreuse, l’authenticité, la passion des brasseurs et des équipes… tout cela constitue depuis toujours l’ADN de notre famille de brasseurs-restaurateurs. Cet ADN, nous le mettons au service de nos clients, pour créer à chaque visite, chaque bière ou chaque repas, cette alchimie unique, propre aux 3 Brasseurs. Celle d’un bon moment, tout simplement ! 3 Brasseurs c’est 35 restaurants en France. www.3brasseurs.com

Quand la grande distribution se fait mousser Même les marques distributeurs s’y mettent. Après Système U, qui avait ouvert le bal l’année dernière, E. Leclerc ajoute, depuis deux mois, une bière blonde sans gluten à sa gamme Bio Village. Comme pour la chaîne des Nouveaux commerçants, c’est le groupe Saint-Omer qui en assure la production, à travers, cette fois, sa filiale Brasserie Goudale, basée à Arques (Nord). Plutôt légère et équilibrée, elle offre d’agréables notes de coriandre (4,49 € le pack de 6 x 25 cl.). P. B.

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MICROBRASSERIES

BARS

RESTAURANTS

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Brasserie de Vézelay (Yonne) L’IPA de Vézelay. Après vingt-cinq ans dans les ressources humaines du secteur des télécoms, Marc Neyret a voulu changer de vie. Il a monté cette brasserie artisanale, en 2012, après une initiation au malt lors d’un séjour dans les Highlands, en Ecosse, et avec l’aide du maître brasseur bavarois Stefan Peter Stadler. A la fois suave et amère, cette IPA se montre puissante, aromatique et franche. Ni filtrée ni pasteurisée, une bière d’amateur. 5,40 € (50 cl). 5,4 %. Tél. : 03 86 34 98 38.

Brasserie Burdigala (Gironde) Saison du Bassin. A l’étroit dans son local de la zone industrielle de La Teste-de-Buch, Grégoire Agostini concocte de sacrées savoureuses « bières de garage ». De la blanche aux fleurs de sureau à la french ale, en passant par la stout cacao, la barleywine, la triple… une dizaine de références constituent la gamme. Cette Saison du Bassin est une blonde très rafraîchissante, très « sèche » (aucune sucrosité), à l’amertume enveloppée par le malt de seigle, qui lui confère une touche épicée. Note de pêche blanche. 4 € (33 cl). 6,5 %. Tél. : 07 82 88 94 47.

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Moulins d'Ascq (Nord) La Blanche. Créé en 1999 par Mathieu Lepoutre, à quelques kilomètres de la frontière belge, le site de la ferme du Sens accueille dans un cadre bucolique la brasserie, mais aussi une boutique, une boulangerie et deux restaurants. Très rafraîchissante, cette blanche sur lie à la mousse serrée et généreuse se montre ronde et légèrement amère. Bouquet de malt à peine acidulé (froment) avec une discrète note épicée. 4,10 € (75 cl). 5 %. Tél. : 03 20 41 58 48.

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TENDANCES

Par Philippe Bidalon

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ET LA BIÈRE FÛT…

DE PLUS EN PLUS DE BRASSERIES ARTISANALES EXPÉRIMENTENT L’ÉLEVAGE DE LEURS BIÈRES DANS D’ANCIENNES BARRIQUES DE VINS OU DE SPIRITUEUX. UNE PRATIQUE DÉJÀ COURANTE AUX ÉTATS-UNIS ET AU QUÉBEC.

Brasserie charentaise, La Débauche aime utiliser d'anciennes barriques de cognac.

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ses explications que de ses créations mousseuses : « Tous les types de bières se prêtent à ce mode d’élevage. L’influence du bois dépend de l’occupant précédent de la barrique. Le bourbon, par exemple, marque vite et fortement de notes de vanille, de fumée, de maïs et de noisette. » Les origines les plus diverses défilent sur les 800 fûts et foudres avec lesquels « joue » le magicien de Shawinigan : Calvados, Californie, Highlands, Toscane, Kentucky, Cognac, Porto, Xérès, Banuyls, Bourgogne… Le maître brasseur canadien ne s’est fixé d'autres limites que celles de son imagination… La fièvre du barrel aged saisit illico Aurélien Camandone quand, en 2013, il lance La Débauche, avec Eglantine Clément, à Angoulême. La brasserie charentaise est même devenue une référence en la matière dans l’Hexagone. Tropisme cognaçais aidant, leurs premières expériences se font dans des barriques de la fameuse eau-de-vie de vin. « Le cognac est plus subtil que

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L’influence du bois dépend de l’occupant précédent de la barrique

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e l’art d’utiliser les restes… Le bourbon ne pouvant vieillir que dans du bois neuf, il y avait pléthore de fûts de chêne « d’occasion » aux Etats-Unis. D’où l’idée, à la fin des années 1990, de s’en servir pour élargir la palette d’arômes et de textures de la bière. Une nouveauté ? Pas vraiment. « Même si son origine est incertaine, plusieurs études attribuent aux Celtes et plus particulièrement aux Gaulois, l’invention, bien avant le début de notre ère, du tonneau de bois cintré et cerclé de fer pour conserver et transporter la cervoise », rappelle Hervé Marziou, biérologue érudit. Reste que l’engouement dans la patrie des microbrasseries est foudroyant. Une vingtaine d’années plus tard, la mode s’implante en Europe, notamment en France, après avoir conquis le Canada depuis belle lurette. Le Québécois André Trudel, fondateur en 2005 de la brasserie Le Trou du Diable, compte parmi les précurseurs et les meilleurs spécialistes de la méthode. On se délecte autant de

le bourbon, plus compliqué à marier avec la bière », confie le passionné, qui concocte deux ou trois nouveautés par mois. En l’écoutant, on comprend vite qu’il n’y a pas de recette miracle. Car pour apprécier la durée du séjour dans le fût, viscosité, degré alcoolique, sucrosité de la bière, d’une part, essence et chauffe du bois, d’autre part, comptent. Reste que, finalement, c’est la dégustation qui décide. Le pragmatisme a du bon. En général, au bout de trois à cinq mois de garde dans une barrique récemment vidée, la bière est bien aromatisée (straight), ronde, légèrement oxydée et sucrée. Elle exprime un côté xérès, madère. Plus longtemps – parfois au-delà de deux ans – elle devient très vive, très fraîche, acide (sour). Dans la brasserie du Pays flamand, à Blaringhem (Nord), on jongle aussi avec les tonneaux. Mathieu Lesenne et Olivier Duthoit, les fondateurs, racontent : « En voyage aux Etats-Unis, en 2013, nous découvrons que des brasseurs américains importent des fûts de vins français pour améliorer leur bière. On devait essayer chez nous. » L’essai est vite transformé : le Bourguignon Clément Thimonier, diplômé de l’Institut de la vigne et du vin de Dijon, supervise désormais leurs Wilde Leeuw (lion sauvage, en flamand), bières spécialement élaborées pour vieillir en fût de chêne. Des petites merveilles millésimées qui font rugir de plaisir les amateurs.

Aurélien Camandone a lancé La Débauche, en 2013, avec Eglantine Clément.

Sélection

➊ ➊ Brasserie La Débauche (Charente) La Nevermore. La richesse de la production de la brasserie angoumoisine est impressionnante. Brasseur infatigable, Aurélien Camandone jongle avec les brassins, les levures, les barriques et les cubes de chêne pour inventer chaque mois de nouvelles émotions mousseuses. On ne sait où donner des papilles ! Emblématique de la maison, la Nevermore est une imperial stout profonde et complexe vieillie en fût de bourbon. De gourmandes notes de chocolat noir, de café, de malt grillé, de réglisse, de raisins secs et d’épices glissent vers un final doux et subtilement amer. A découvrir absolument. 4,50 € (33 cl). 9,5 %. ladebauche16@gmail.com ➋ Innis & Guns (Écosse) Vanishing Point 02. En quinze ans, la brasserie écossaise est devenue la deuxième marque de craft beer au Royaume-Uni. Son fondateur, le maître brasseur Dougal Gunn Sharp, chimiste de formation, a inventé une méthode pour optimiser le contact du bois avec la bière : non plus verser celle-ci dans le fût, mais immerger ce dernier dans le brassin à travers son Amplifier Kit. Les barriques sont démontées et les douelles réduites en copeaux pour être ensuite torréfiées. La bière infuse selon une technologie inspirée de celle du percolateur. Deux savoureuses cuvées illustrent ce nouvel « extracteur » de goût : The Original et la Blood Red Sky, deux scotch ale respectivement aux arômes de bourbon et de rhum (2,20 €, 33 cl, grande distribution). La version 02 de la série Vanishing Point, elle, est une imperial stout vieillie en fûts de bourbon pendant douze mois. Soyeuse et onctueuse, dans sa robe noir profond, elle délivre de gourmandes notes de moka, de cacao, de fruits secs et de caramel. Disponible en France en octobre prochain. 6 € (50 cl). 11 %. Cavistes exclusivement.

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TENDANCES

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❼ Brasserie Saint Germain (Pas-de-Calais) Page 24 triple barrel aged meursault. La plume trempée dans un tonneau de vin d’orge, les pages de la légende de la brasserie d’Aix-Noulette continuent de s’écrire pour le plaisir des amateurs. La puissante blonde triple a connu un vieillissement d’un an dans des fûts de meursault, cru mythique de bourgogne blanc. La bière s’est assouplie en perdant une grande partie de sa rondeur et exhibe sa minéralité. Cette sècheresse accentue les arômes de vanille et de boisé que lui confère la barrique. Le maroilles et l’époisses en redemandent ! 10 € (75 cl). 7,9 %. 03 21 72 24 24.

PHOTOS : SERVICES PRESSE

➌ Chimay (Belgique) Bleue vieillie en barrique. Après les versions rhum et cognac, les années passées, cette authentique bière trappiste (cistercien en France) a cette fois séjourné quatre mois dans d’anciens fûts de whisky belge. Le caractère de la Chimay Grande Réserve s’associe parfaitement aux délicates notes de poire et de prune.

➍ Brussels Beer Project (Paris) Minotaure. Lancée, en 2013, par Sébastien Morvan et Olivier de Brauwere dans la capitale belge, cette brasserie développée grâce au crowdfunding se veut audacieuse, participative et résolument différente. Déjà implantée à Tokyo, son enseigne de bar à bières, véritable temple contemporain de la pression (avec pas moins de vingt tireuses) vient d’ouvrir à Paris, au 1, rue de… Bruxelles (IXe), à Pigalle. Ça ne s’invente pas ! Cette Imperial Red, issue de malts caramélisés, est le fruit de l’assemblage de brassins « barriqués » de huit à douze mois dans des fûts de nectars rouges de la Bourgogne : rully premier cru, nuits-saintgeorges, volnay et vosne-romanée. Les notes vineuses, soutenues par une légère acidité, sont un tantinet addictives. 6,90 € (25 cl). 8 %. 07 88 59 34 72. ➎ Le Trou du Diable (Québec) La Bretteuse. Gros coup de cœur, lors du salon Planète Bière, pour cette IPA vieillie longuement en barriques de pinot noir et de zinfandel envahies de Brettanomyces. Il en résulte une bière trouble à l’accent rouge orangé, dont le nez évoque l’eau de rose, le pamplemousse, la mangue, le litchi et la vanille. En bouche, l’acidité et l’amertume s’engagent dans une longue valse nuptiale, véritable mariage des saveurs qui ne demande qu’à être consommé. 23 € (75 cl). 7,5 %. bierescultes.fr

➏ Duvel (Belgique) Barrel Aged. La première édition de la Duvel Barrel Aged a remporté un franc succès. Et bien au-delà du Plat pays où elle est brassée. Elle s’est vu décerner la médaille d’or aux World Beer Awards. Les 44 000 bouteilles numérotées du deuxième lot ont suscité le même engouement. Il faudra attendre cet été pour déguster le troisième batch. Parions que la formidable palette de notes de caramel et de vanille, mâtinée d’arômes de whisky, fera encore un carton… Pardon un sous-bock ! Il n’y en aura pas pour le tout monde. Prix NC. 11,5 %. duvelshop.be

En bouche, le bois teinté de malt apporte des arômes de pain grillé, de torréfaction et de fumée, sublimés par une pointe de miel et de vanille. 19,90 € (75 cl). 10,5 €. 32 60 21 03 11.

PHOTOS : SERVICES PRESSE - STÉPHANE DAOUST

➋ Van Steenberge (Belgique) Gulden Draak Calvados. Jef Versele, aujourd’hui à la tête de l’entreprise de Flandres-Orientales fondée en 1784, a donné une dimension internationale à la brasserie familiale. Parmi les bières qu’elle produit, la Gulden Draak (dragon doré), illustre bien son savoir-faire. Cette barrel aged ale, une bière ambrée de type barleywine triple, a séjourné six mois dans des fûts de calvados. L’affinage lui donne des arômes suaves de pomme fraîche et de tarte Tatin, d’épices et de fruits secs. Un goût unique. 10,50 € (75 cl). 10,5 %. www.drinks-explorer.com

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➊ Parisis (Essonne) Double Ipa fût de sauvignon. Depuis 2012, Eric Esnault et Jonathan Abergel régalent les Franciliens de leurs petites mousses de caractère. Cette double IPA a séjourné sept mois dans un fût de sauvignon vinifié par la famille Dubourdieu, référence des vins blancs de Bordeaux, notamment. Belle attaque suave teintée de pamplemousse rose. Les arômes du sauvignon sont bien présents en bouche, mais pas variétaux : fleurs (aubépine), agrumes (citron) et fruits blancs (brugnon) régalent les papilles. La belle finale amère laisse beaucoup de fraîcheur en bouche. 18 € (75 cl). 8,5 %. 01 60 46 62 33.

❽ Brasserie du Pays flamand (Nord) Wilde Leeuw triple bourgogne blanc. Nées de la passion pour la bière de deux copains, Olivier Duthoit et Mathieu Lesenne, les petites mousses de la brasserie nordiste sont des habituées des podiums des concours, notamment les Anosteké (à la prochaine !, en flamand). Leur gamme Wilde Leeuw (lion sauvage) n’est pas en reste, comme l’illustre cette blonde triple vieillie pendant douze

mois dans des pièces de bourgogne blanc. Succulentes notes de fruits à chair blanche (pêche) et jaune (abricot). À découvrir. 12,50 € (75 cl). 11 %. 03 28 41 74 99. ❾ Brasserie La Rouget de Lisle (Jura) BM 5. Après la création de sa brasserie en plein cœur du Jura, en 1994, Bruno Mangin est sans doute le premier Français, quatre ans plus tard, à faire vieillir ses bières dans des barriques de vin… de paille, spécialité vinicole du département. Sa rare Perles Noires devient vite une référence qu’on s’arrache. Au point que, à l’instar de la Romanée-Conti, il institue des allocations (trois bouteilles pour les particuliers, six pour les pros). Devenue la Cuvée BM (ses initiales), elle illustre l’inventivité du brasseur-distillateur – il produit aussi de remarquables whiskys – toujours vive. Sa dernière livraison, issue d’un brassin de malt fumé, s’est prélassée trois ans dans un tonneau d’élevage d’un de ses single malt, lui-même précédé par du vin jaune – autre nectar du cru, très oxydatif. « J’aime les barleywine ronds et gourmands », confie-t-il. Nous aussi ! 20 € (75 cl). 11,5 %. 03 84 85 09 18.

La Franche (Jura) La Planche. Cette bière vineuse et acide (genre gueuze belge) a séjourné pour partie, pendant quatre ans, dans des barriques de la belle cuvée de vin jaune « En Spois », du fameux vigneron du Jura, Stéphane Tissot. Le reste a passé une année également en fût selon la technique de solera, sorte de réserve perpétuelle bien connue dans le monde du vin. Arômes de noix, de curry et de pain d’épices enchantent le palais.

5 € (37,5 cl). 7 %. 03 84 37 65 33.

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TENDANCES

DES PÉPITES POUR LA PÉPIE Par Philippe Bidalon

IL N’Y A PAS QUE LES CRAFT BEER DANS LA VIE. DÉSALTÉRANTES À SOUHAIT ET POURTANT GALVAUDÉES À TORT, LES BIÈRES DE SOIF ONT LEURS LETTRES DE NOBLESSE ET S’APPRÉCIENT D’AUTANT PLUS QUE LA TEMPÉRATURE AUGMENTE. PROCÈS EN RÉHABILITATION.

toute simple, bien fraîche et désaltérante. Ou une blanche acidulée. L’univers de ce qu’on appelle un peu péjorativement les « bières de soif » est riche, mais on le regroupe souvent sous le terme de lager, dont la pils, initiée en 1842, à Pilsen, en Bohème, constitue pour beaucoup d’amateurs le haut du tonneau.

A

ux premiers rayons de soleil, les terras­ ses fleurissent et la pépie avec. La petite mousse légère et pimpante entre alors en scène pour venir humecter les gosiers

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desséchés. La bière est la star de l’été, dès lors qu’il est brûlant. Certes, mais pas n’importe quelle bière. Car si les quilles finaudes et drôlement bonnes du monde des craft beer occupent le terrain médiatique – à juste raison – l’estivant assoiffé leur préfèrera une blonde

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L’univers de ce qu’on appelle un peu péjorativement les « bières de soif » est riche

PHOTO : THINKSTOCKPHOTOS / ND3000

Désaltérante, la bière s’apprécie d’autant plus que la température augmente.

Petite leçon de haute technologie Pour bien comprendre ce qui fait la différence entre lager et ale, il faut s’arrêter devant les cuves de fermentation, là où le moût d’orge maltée et de houblon se transforme en bière sous l’effet de la levure. La température à laquelle se déroule l’opération est déterminée par la variété des levures utilisées. De 4 à 14 degrés, elles tombent au fond de la cuve après avoir accompli leur ouvrage – pour faire simple : transformer le sucre en alcool et en gaz carbonique. On parle


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➊ Freiburger Biermanufaktur La Patriote. La Suisse aussi sait brasser autre chose que l’air des Alpes. Créée en 2009 par un Norvégien passionné, du côté de Fribourg, la Freiburger Biermanufaktur présente des bières d’inspiration allemande, dans le respect rigoureux du décret de pureté de 1516. Néanmoins, depuis peu, quelques produits aux saveurs d’outre-Atlantique se faufilent sur la carte de l’helvète brasserie. A l’image de cette Patriote, seule mousse de basse fermentation proposée. Une lager dorée sur tranche, vive, équilibrée, aromatique avec des notes légèrement amères. Parfaite pour attaquer l’été. Prix N.C. 5 %. freiburger-biermanufaktur.ch/fr ➋ Frog Beer Maison Blanche. Voilà un quart de siècle que la brasserie artisanale parisienne, pionnière en son temps, régale les amateurs de la capitale. Et au-delà. Cette blanche acidulée, fraîche et légère est brassée avec du houblon tchèque Saaz. Effervescence mesurée, bouche suave d’agrumes (mandarine) et amertume contenue dopent un mélange aromatique d'épices que relèvent les graines de coriandre et l'écorce d'orange infusées à la fin de la préparation. Une pinte joyeuse et délicieuse. 3,60 €. 4,2 %. planet-drinks.fr ➌ AB InBev Stella Artois. Normal de briller quand on s’appelle Stella… Archétype de la lager-pils facile, légère et équilibrée, cette bière brassée par le géant AB InBev, à Louvain (Belgique), pétille dans plus de 80 pays à travers le monde. Cette fausse modeste délivre de subtiles notes de céréales (maïs), des arômes floraux et d’herbes fraîchement coupées que prolonge une fine amertume. 1,20 € (25 cl). 5,2 %. Grande distribution. ➍ Brasserie du Mont Blanc La Blanche. Les bières du Savoyard Sylvain Chiron sont brassées avec une eau d’une pureté exceptionnelle, celle de la source de l’Enchapleuze, captée sur les flancs même du mont Blanc, à 2 074 mètres d’altitude. L’âme des glaciers habite cette blanche aux douces notes de froment, que titillent l’acidulé des agrumes, la fraîcheur de la coriandre et de l’écorce d’orange. Autant d’atouts qui lui ont permis de rafler la médaille d’or de sa catégorie lors du dernier France Bière Challenge. 4,50 € (75 cl). 4,7 %. brasserie-montblanc.com

PHOTOS : SERVICES PRESSE - X. SCHEINKMANN

de « fermentation basse », qui donne justement les lager, faiblement alcoolisées. Au-dessus de 15 degrés, les dépouilles des levures flottent à la surface : c’est la « fermentation haute », matrice des ale. Cette dernière, n’exige pas de matériel sophistiqué ou complexe : elle est surtout pratiquée par les microbrasseurs. La première, en revanche, suppose de contrôler parfaitement la température tout au long du processus. La dimension technologique et industrielle saute aux yeux : on entre dans le champ quasi réservé des brasseurs internationaux (Heineken, Kronenbourg, AB InBev…). C’est pourquoi ces géants trônent sur tous les zincs de France qui n’ont d’autre ambition que de proposer à leurs clients une ou deux « pressions » populaires. « Encore heureux qu’elles étanchent la soif, peste Thibaut, étudiant inconditionnel des barleywine (vin d’orge) et autres bières de garde. C’est de la flotte maltée sans amertume. » Reste que de vraies pépites émergent de l’océan de blondes légères que beaucoup de « beer geeks » trouvent sans relief. On pense à la Tchèque Pilsner Urquell, mère de toutes les pils, à la Meteor, valeur sûre, fréquemment primée dans les concours, de la dernière brasserie industrielle familiale d’Alsace ; ou encore à la Stella Artois, produite par le plus gros producteur mondial de bières, selon une recette belge immuable. Mieux, de nombreuses brasseries artisanales, des Etats-Unis à la Suisse, se lancent dans la fermentation basse. Le défi est de taille, mais pas nouveau. Au siècle dernier, grâce aux frimas de l’hiver, les fermiers belges brassaient à froid des bières allègres – les saisons - qu’ils réservaient aux ouvriers saisonniers durant l’été. Une pratique aussi usitée en Amérique du Nord : les « sessions ». « Mais la bière de soif par excellence ne serait-elle pas celle qui affiche zéro degré d’alcool », s’interroge faussement ingénu Hervé Marziou, encyclopédie vivante de la petite mousse. Un rafraîchissant débat…

NOUVEAU

*Bière blanche sans alcool aromatisée citron (alc. < 0,03 % vol.). **Edelweiss est une marque de bière blanche née au cœur des Alpes autrichiennes.

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30 mai 2018 SPÉCIAL BIÈRE

L’ A B U S D ’ A L C O O L E S T D A N G E R E U X P O U R L A S A N T É . À C O N S O M M E R AV E C M O D É R AT I O N .


TENDANCES ➊ Carlsberg Carlsberg. La bière premium 100 % malt du fournisseur officiel de la cour royale danoise, depuis 1904, ne se « mousse » pas du col ! La belle scandinave joue l’élégance dans l’amertume. Dès la première gorgée, houblon vert et céréales se mêlent à de légères notes fruitées de pomme et de pamplemousse. Skal ! 4,50 € (pack de 6x25 cl). 5 %. Grande distribution.

➋ Heineken Heineken 0-0 P. Enfin une blonde à consommer où on veut, quand on veut. Tellement légère qu’elle peut fièrement revendiquer son absence totale d’alcool. Aux couleurs de la bouteille verte iconique Heineken, cette « zéro-zéro » se décapsule à toute heure. Une réussite qui conserve néanmoins les caractéristiques d’une vraie lager. A goûter. 3,60 € (pack de 6 x 25 cl). 0 %. Grande distribution. ➌ Innis & Gunn Lager Malt. Dans sa réclame, elle s’autoproclame onctueuse et fière de l’être. Voilà une Ecossaise qui assume son (bon) caractère. Brassée en faible quantité, à partir d’avoine nue dorée, elle développe des saveurs très rafraîchissante... Notes de citron, d'amande et de céréales la rendent plus qu’aimable. 2,20 € (33 cl). 4,6 %. Cavistes.

➍ Brooklyn Brewery Lager. Installée dans une ancienne distillerie clandestine du temps de la Prohibition, cette brasserie new-yorkaise est une légende. A l’image de cette blonde pleine de fraîcheur, première bière fabriquée sur le site et devenue depuis l’une des références des lager américaines. Très belles notes maltées et florales, qui traduisent la parfaite maîtrise du houblonnage à cru. Vivement les grandes chaleurs ! 3 € (35,5 cl). 5,2 %. saveur-biere.com

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➏ Meteor Meteor Pils. Depuis 1927, la brasserie familiale de Hochfelden (Bas-Rhin), fondée en 1640 par la dynastie Haag, a lié son nom à la bière de type Pilsner avec toute la rigueur et le talent alsaciens. Sa robe limpide, sa mousse écrue, ses fines bulles, la puissance de ses notes de houblon floral et son élégante amertume ont permis au fleuron du « plus petit des grands brasseurs » de ravir la médaille d’or de la catégorie lager-pils lors du dernier France Bière Challenge. Bravo ! 3,95 € (pack de 6 x 25 cl). 5 %. brasserie-meteor.fr ❼ Pilsner Urquell C’est la mère de toutes les pils. L’accorte Tchèque se démarque des autres lagers, car son goût se développe en milieu de bouche : l’arôme de pain frais se libère alors, mêlé à ceux du houblon et du chèvrefeuille. Un caractère qui s’équilibre avec la douceur maltée et les notes de caramel. Finale nette et rafraîchissante. 2 € (33 cl). 4,4 %. Cavistes.

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➎ Brasserie Artzner La Perle Blonde. « Une pils magnifique », s’exclame la zythologue Elisabeth Pierre, qui n’hésite pas à la qualifier de référence en la matière. Sa belle amertume la sort en effet du lot des lager classiques. Une bière de basse fermentation dont la recette élaborée par Christian Artzner s’inspire de ce qu’était une pils alsacienne autrefois. Amère et désaltérante. 3 € (33 cl). 5,4 %. biereperle.com


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DE L’ART DE L’ÉTIQUETTE

Support informatif et surface d’expression créative, l’étiquette de bière s’est affranchie pour glisser vers un style plus rock, voire carrément underground, nourri de malts et d’expérimentations graphiques. Un nouveau monde composite où fermentent liberté artistique, pédagogie et marketing.

➍ ➊ ➌ et ❺ Black IPA de Nothern Monk Brew Co., bière Spécial Bitter de la brasserie du mont Salève et bière American Pale Ale Gamma Ray de Beavertown Brewery, distribuées par Bieronomy. ➋ Collection de bouteilles avec étiquettes «wrap around» de Frog Beer. ➍ Two Hats, brasserie française lancée par un couple d’Ecossais qui joue sur la dualité de son histoire : deux personnalités, deux cultures… ❻ Brasserie américaine basée à Dallas, Noble Rey diffuse des canettes en alu formant des personnages une fois empilées. Au choix : sirène ou monstre.

Par Audrey Grosclaude

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pour leur goût mais aussi pour leur étiquette, leur logo, leur publicité… » Une vision partagée par Nicolas Dumortier, créateur de la cave à bières Bieronomy à Annecy et cofondateur du Lyon Bière Festival dont la 3e édition, en avril dernier, a rassemblé quelque dix mille visiteurs : « La bière est devenue un objet esthétique. On sait très bien que les gens, lorsqu’ils ne connaissent pas le produit, se tournent vers l’étiquette qui leur parle le plus. Il faut nécessairement accorder du temps au merchandising et au packaging. » Vers plus de pédagogie D’autant que pour les non-initiés, la multiplicité des dénominations, considérablement enrichie depuis l’époque où l’on commandait naïvement une blonde ou une brune à la pression, accentue encore un peu plus le problème de la lisibilité. Combien distinguent une lager d’une pilsner ? Qui sait quel goût a une IPA (Indian Pale Ale), cette bière à fermentation haute d’origine anglaise ultra populaire ? « Nos

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➋ étiquettes doivent permettre d’identifier le produit », relève Paul Chantler. A la tête des brasseries Frog et de ses pubs intégrés à Paris, Toulouse et Bordeaux, le Britannique ose, avec une pointe d’accent, le parallèle avec le vin : « Je ne sais pas à quel moment de leur parcours scolaire les Français apprennent à déchiffrer les étiquettes de vin mais lorsqu’un étranger arrive, il n’y comprend rien. A l’inverse, le Français ne décrypte pas encore très bien la bière. Il

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La bière est devenue un objet esthétique

PHOTOS : SERVICE PRESSE

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’est une évidence. À l’heure où le nombre d’établissements, de marques et de références de bières explose, se distinguer devient une nécessité. Pour se démarquer, le brasseur peut jouer sur la qualité du produit, son goût, son style et son mode de fabrication mais pas seulement. Aussi fascinante que soit la mousse, elle doit d’abord séduire pour être achetée. En 2014, déjà, une étude de l’American Association of Win Economist, s’intéressant à la bière, insistait sur l’importance de l’étiquette « comme facteur de fidélisation » tout en désignant le marketing et l’emballage comme des « générateurs de loyauté envers une marque ». Autrement dit et traduit par le site happybeertime.com : « Nous n’achetons pas les bières que

va probablement choisir celle avec une médaille ou celle au milieu du rayon. A nous d’être clairs pour gagner de nouveaux clients car si le consommateur qui veut tester, innover, se retrouve d’emblée avec une triple stout à l’ail fumé, il risque de ne pas renouveler l’expérience (rires) ! » Fort de ce constat, Beer Frog a repensé l’unité de ses étiquettes avec un format « wrap around », enveloppant toute la bouteille, pour mettre en avant la brasserie (le logo jaune) façon col-

lection. Illustration avec la série Superhero, gamme de six bières à base de houblon d’origine américaine dont les étiquettes, dessinées par HoultonSmets, s’inspirent de l’œuvre de Robert Indiana et empruntent les onomatopées des comics américains. Etiquettes new look pour brasseurs connectés Un système de « branding » parfaitement intégré, sinon maîtrisé, par une nouvelle

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génération de microbrasseurs plus rompue aux codes de la com’ et du marketing que leurs aînés. « L’évolution du marché oblige chacun à se professionnaliser, à trouver sa propre identité, à travailler son image. Et il faut bien comprendre que c’est un milieu plutôt jeune, donc plus connecté, plus créatif », glisse Vincent Ferrari, de B to Beer, site d’information et cluster destiné aux brasseurs et microbrasseurs au sein duquel on retrouve, depuis deux ans, un

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DESIGN

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➍ ➊ ➊ La Girouette, brassée à Montpellier. ➋ Jenlain, la première brasserie à utiliser des bouteilles-signature. ➌ L’édition limitée Heineken, de l'été 2018. ➍ ❺ ❻ ❼ et ❽ Bière Volga (Pale Ale) de la brasserie La Débauche, bière IPA de la brasserie Elixkir, bière Attack of the Brett Zombies (Dry Barley Wine) par les Danois de Rocket Brewing Company, bière Nos illustres rituels - La cuvée des Barbus, une stout à l’avoine de la brasserie Ouroboros et Nautilus (Gose) de ZooBrew Brasserie Animale, par Bieronomy.

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best of dédié aux étiquettes de bières les plus créatives. Une sélection non exhaustive et sans frontières puisqu’on y découvre des pépites venues des Etats-Unis et du Québec − là où tout a commencé −, d’Angleterre, d’Espagne et de tout l’Hexagone. « En France, les choses ont commencé à bouger après l’arrivée des bières Brew Dog, en 2007, analyse Franck Poncelet, co-organisateur du salon parisien Planète Bière. La marque était en rupture totale avec ses prédécesseurs. Elle s’est imposée avec une bière punk, des étiquettes utilisant une grosse typo et ils ont visé l’international en s’installant d’emblée sur les réseaux sociaux. » La stratégie, payante, a incité leurs contemporains à explorer de nouveaux univers graphiques. Car si l’on connaissait déjà les étiquettes traditionnelles des grands groupes industriels mettant en scène, plutôt formellement, moines trappistes, abbayes ou garçons de café et les références au grivois, le registre s’est considérablement étoffé. Le marketing de territoire de la Pietra corse, de la brasserie du Mont-Blanc ou de celle du Vignoble, dont l’imagier décline la fameuse coiffe folklorique alsacienne, promeut ainsi l’apparte-

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nance locale. Un rayon régionaliste dans lequel excellent aussi les bières de Bretagne (Lancelot, brasserie du Bout du Monde…), des plus mythiques (Blanche Hermine, Duchesse Anne…) à la jeune bière Belle Joie lancée par un ancien pilote de l’aéronavale. Des styles panachés Audacieuses, sophistiquées, souvent d’esthétiques alternatives et puissamment évocatrices, ces nouvelles étiquettes comblent toutes les niches avec le même appétit, passant de l’héroic fantasy à la mythologie (brasserie de l’Etre à Paris…) et aux divinités (Ninkasi à Lyon, du nom de l’antique déesse de la bière de Mésopotamie), du médiéval (bières du Donjon) au tatouage en passant par la bande dessinée et l’illustration (brasserie Stéphanoise, la Débauche à Angoulême, Elixkir en Bourgogne…). Il est aussi question de rock, de grunge, de cinéma, de street art et de graffiti, ou encore de vintage au bon goût de houblon et de nostalgie à l’image de la brasserie du Mont Salève ou de Gallia, bière parisienne disparue en 1969 avant d’être relancée en 2009 sous les traits d’un fier coq flanqué d’une pinte. Un genre animalier largement exploré par le

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DESIGN

LE GOÛT PAR NATURE

➎ milieu brassicole, prompt à sortir les chiens (La Bouledogue), les lions (La Canute lyonnaise) ou encore les cerfs de Volcelest (vallée de Chevreuse) ou Veyrat (en Haute-Savoie) avant de tenter le safari hétéroclite de la brasserie de la vallée du Giffre et de ZooBrew, à Montpellier, où vient de se lancer la jeune marque La Girouette. Symbolisée par un gallinacé minimaliste, en bleu-blanc-rouge, doté d’une queue céréalière et d’un corps en verre à bière, La Girouette compte deux recettes : une blonde et une blanche. Deux propositions légères, « pensées pour l’été et la façon de boire la bière dans le Sud », selon Philippe Petit, son jeune cofondateur. Là où la stratégie de l’appartenance locale domine la plupart du temps, cet ex-communiquant parisien a choisi de surfer avec humour sur les couleurs d’une french touch plus globale et plus prompte à séduire les touristes. Il ne s’éloigne pas totalement non plus du côté « made in Hérault », distillant ici ou là des infos sur son parte-

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naire, la brasserie Le Détour, dont on classe les visuels abstraits du côté de la grande famille des étiquettes de bières graphiques. Un genre un rien « hipsterisé », plus porté sur la typographie que l’iconographie, souvent riche en jeux de mots et en ingrédients détaillés où moussent La Dilettante (Vannes), Deck & Donohue (Montreuil), Iron (Montauban) mais aussi les brasseries parisiennes de la Goutte d’Or et Bapbap. La bouteille, sous la pression de l’alu Une richesse d’influences et de courants, de collaborations et de séries limitées qui ne s’arrêtent pas aux fûts des brasseries dites artisanales ou créatives. Bousculés par le dynamisme des plus petits acteurs de la filière, les acteurs poids lourds du secteur multiplient à leur tour les occasions d’attirer l’attention. Exemple chez Heineken. Le groupe vient de dévoiler une expérience de réalité virtuelle signée Théo Lopez pour Desperados et a confié, dans le même temps, sa célèbre étoile rouge à une

➍ ➊ Innovantes, les bouteilles en aluminium de la brasserie belge Lion. ➋ ➌ et ➎ Bière barcelonaise Doping Scandal de Garage Beer Co, India Dark Ale Futuree Shock de Wylam Brewery et bière au houblon Ekuanot de Cloudwater.➍ Blue Coast affiche le littoral azuréen sur son packaging.

vingtaine d’artistes pour « célébrer le brassage culturel ». Une course à l’étiquette « arty » quasi généralisée qui pourrait bientôt s’accompagner d’une révolution des contenants. « La plupart des brasseurs utilisent le même type de bouteille. On peut tout à fait imaginer la création de formats exclusifs, signatures, à l’image de la bouteille champenoise de Jenlain », souligne Frank Poncelet, pronostiquant l’arrivée prochaine des canettes sur le marché français. Plus économique, plus facile à recycler et à conditionner, meilleur pour la conservation de la bière, l’alu a tout pour plaire mais reste associé aux canettes cheap des supermarchés. « Ce sera sans doute là la prochaine évolution », avance Nicolas Dumortier, prenant en exemple les expériences de la brasserie Lion (Belgique), dont les bières bio se consomment dans des bouteilles en alu, ou encore Noble Rey Brewing (USA) dont les canettes, empilées les unes sur les autres, forment de nouveaux dessins. De quoi faire plier l’étiquette ?

VIVAT Bio une gamme de bières de spécialité 100% Bio

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BRASSERIE-MALTERIE CLASSÉE MONUMENT HISTORIQUE VISITES INDIVIDUELLES & DE GROUPES / SÉMINAIRES / RESTAURANT TERRASSE / ANIMATIONS BRASSICOLES / ATELIER DE BRASSAGE

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L’ABUS D’ALCOOL EST DANGEREUX POUR LA SANTÉ. À CONSOMMER AVEC MODÉRATION.


ACTUALITÉS

BRÈVES DE COMPTOIR

Le Lyonnais Ninkasi déploie ses brewpubs en franchise

FESTIVAL, CONCOURS, HÔTELLERIE, OUVRAGES… À LA BELLE SAISON, LA MOUSSE ENVAHIT NOTRE QUOTIDIEN ET S’INVITE DANS TOUS LES ÉVÉNEMENTS. NOTRE BRASSIN DE NOUVEAUTÉS. Par Yann Petiteaux

Culture cuve CHRISTOPHE FARGIER, FONDATEUR ET DIRIGEANT DE NINKASI

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l manquait à l’Hexagone un grand concours de dimension internationale dédié aux bières françaises. C’est désormais chose faite. Les biérologues Elisabeth Pierre et Hervé Loux, en partenariat avec Becomev, la structure organisatrice du Brussels beer challenge, ont lancé cette année France bière challenge. La première édition de cette compétition indépendante s’est déroulée le 16 mars dernier à l’école hôtelière Sainte-Thérèse, à Paris, avec le soutien de trente jeunes en apprentissage. Les organisateurs avaient pour l’occasion constitué un panel de 50 spécialistes venus de 11 pays différents. Ceux-ci ont testé 420 bières françaises réparties en huit grandes familles et 30 catégories. Au final, 78 médailles ont été décernées à 59 brasseries. Le concours a mis à l’honneur cinq finalistes ayant obtenu les meilleures notes : les brasseries Azimut (Bordeaux), Rouget de Lisle (Bletterans), Cap d’Ona (Argelès-sur-Mer), Sainte-Cru (Colmar) et Grizzly (Clermont-Ferrand). Cette dernière a obtenu le prix BtoBeer de la révélation de l’année pour sa Golden Bridge IPA.

Ninkasi compte aujourd’hui 14 brewpubs dans la région lyonnaise. Vous visez les 30 établissements d’ici à 2020. Pourquoi un développement en franchise ? Parce que nous nous sommes rendu compte qu’il était compliqué de gérer des établissements en propre à distance. Mais aussi parce que ce type de déploiement permet d’accélérer le développement de l’enseigne sans mobiliser des ressources financières importantes. Nous préférons concentrer nos investissements sur la production et notamment celle du whisky.

Nos établissements sont des lieux de vie regroupant un bar, un espace restauration, de la musique et des animations. Nous répondons à des attentes très larges et attirons un public éclectique. C’est pourquoi de nombreuses collectivités nous sollicitent aujourd’hui pour implanter une enseigne Ninkasi sur leur territoire.

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PHOTOS : MARC BEGUIN - SERVICE PRESSE

Le chiffre : 80 % C’est la part des foyers français qui consomment de la bière*. Un chiffre en progression de près d’un point par rapport à 2016. Dans ce contexte, la consommation de bière chez les femmes a augmenté de six points depuis 2013. Si les Français sont plus nombreux à s’intéresser à la bière, ils cherchent avant tout la diversité : ils achètent en moyenne 4,5 marques différentes chaque année contre 3,3 seulement en 2010. L’acte d’achat en magasin est également plus fréquent qu’auparavant. En grandes et moyennes surfaces, les ventes de bière ont progressé, en 2017, de 3,3 %. La croissance du marché en valeur y est trois fois supérieure à la moyenne des liquides. Les segments les plus dynamiques sont actuellement les bières de dégustation, les bières aromatisées et les sans-alcool. * Source IRI HMSM, année 2017.

a mythique fête de la bière munichoise fait des émules dans l’Hexagone. La Chambre de commerce franco-allemande et l’agence AFR Event en organisent deux éditions cette année à Paris (début octobre au Paris Events Center) et Marseille (fin octobre au parc Chanot). Au programme : une dizaine de soirées pour s’initier aux plaisirs de la vie bavaroise (dégustation de bières de la brasserie Paulaner, gastronomie allemande, danse et musique traditionnelles). Sans oublier l’élection de miss Oktoberfest ainsi que le traditionnel concours du porté de chopes de bière. Du 100 % folklore.

A quoi tient le succès du concept Ninkasi ?

PHOTOS : TRAFALGAR MAISON DE PORTRAITS - SERVICES PRESSE

LES BIÈRES FRANÇAISES EN CONCOURS

i vous ne deviez lire qu’un seul ouvrage sur la bière cette année, ce serait celui-là. Le journaliste spécialisé Gilbert Delos vient de publier Bières – le guide ultime. Cet arpenteur chevronné des brasseries de France condense en moins de 200 pages ses trente années d’expérience au contact du milieu brassicole. Au sommaire : les origines de la bière, sa fabrication, mais aussi quand et comment la consommer. Une foule de questions trouvent leurs réponses au fil des pages de cet ouvrage qui propose également dix portraits de brasseurs français choisis pour l’originalité de leur production. Pour finir, Gilbert Delos présente une sélection des bières incontournables à avoir goûtées au moins une fois dans sa vie. Bières – le guide ultime. Dunod, 176 p. 24,90 €.

L’Oktoberfest débarque en France L

Vous vous développez principalement en région Auvergne-Rhône-Alpes. A quand un déploiement national ? Le sujet est actuellement discuté en interne, mais rien n’est encore tranché. La difficulté tient au fait que nous travaillons essentiellement avec la filière locale. Nous installer en dehors de la région nécessiterait une réorganisation de nos approvisionnements.

GRIMBERGEN REVISITE LA BIÈRE MÉDIÉVALE

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éritage de l’abbaye. C’est le nom de la dernière nouveauté de Grimbergen. La marque du groupe Kronenbourg – très actif en matière d’innovation – a lancé en début d’année cette bière de gruyt, une « recette ancestrale remise au goût du jour ». Le gruyt est un savant mélange de plantes aromatiques (sauge, armoise, angélique officinale, cubèbe, chardon béni...) qui, au Moyen Age, avant l’utilisation du houblon, parfumait la bière. Grimbergen Héritage de l’abbaye se caractérise au nez par une prédominance d’épices et en bouche par des arômes de caramel et de réglisse. Ce breuvage titrant à 8,5° d’alcool est commercialisé en GMS en packs de six bouteilles de 25 cl. Prix de vente conseillé : 5,80 €.

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ACTUALITÉS En bref... LES BELGES INVENTENT LA RANDO-BIÈRE Le ministre du Tourisme wallon a inauguré dernièrement le sentier de grande randonnée des abbayes trappistes de Wallonie. Cet itinéraire de 290 kilomètres part de l’abbaye de Chimay pour rejoindre celle d’Orval en passant par l’abbaye de Rochefort. Le sentier pédestre entièrement balisé est accessible aux randonneurs de tous niveaux et vise à mettre en valeur ces trois fleurons historiques de la bière belge. walloniebelgiquetourisme.be

HEINEKEN S’ADAPTE À UN MARCHÉ TOUJOURS PLUS PREMIUM

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WIM VAN GORP CRÉE LA « BIÈRE DES CHEFS » Le chef flamand Wim Van Gorp, qui a récemment ouvert un établissement parisien aux Batignolles, vient de lancer sa propre bière : la Wim. Brassée en Belgique selon une recette tenue secrète, cette bière blonde non filtrée subit une première fermentation de deux mois en cuve avant d’être refermentée en bouteille. Son embouteillage est effectué un jour bien précis en période de lune montante.

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Label canadien Ces dernières années, les rachats de microbrasseries à succès par des géants du secteur se sont multipliés au Canada. Dernier coup de tonnerre en date, la reprise de la brasserie du Trou du diable par Molson Coors. Ce dernier avait déjà dernièrement intégré les brasseries B.C. Granville Island ainsi que Creemore springs. Parallèlement, le groupe Labatt (groupe AB InBev) a successivement mis la main sur les brasseries Mill street et Archibald. Ces mouvements inquiètent les microbrasseries canadiennes, dont certaines ont décidé d’organiser la résistance. Une association a été créée pour travailler à la mise en place d’un label identifiant les brasseries indépendantes et artisanales. Un moyen pour permettre au consommateur de distinguer d’un coup d’œil une bière industrielle d’un produit vraiment artisanal.

PHOTOS : SERVICES PRESSE

AU QUÉBEC, UNE BIÈRE BRASSÉE À L’EAU DE MER La microbrasserie Le naufrageur, à Carleton-sur-Mer au Québec, lance la Gose-sur-Mer, une bière brassée en partie avec de l’eau de mer. L’eau utilisée est prélevée dans les profondeurs de la baie des Chaleurs, à l’embouchure du fleuve Saint-Laurent, avant d’être filtrée et bouillie. Rappelons qu’une bière à l’eau de mer est déjà produite en Bretagne par la brasserie Mor Braz.

ans un contexte porteur pour les bières spéciales, le géant Heineken a décidé de miser sur une plus grande diversité. Objectif : proposer au consommateur de nouvelles expériences de dégustation. Cette stratégie passe d’abord par le renouvellement de la marque historique du groupe. Heineken a sorti l’an dernier la H71, une bière de fermentation basse élaborée à l’aide d’une levure sauvage de Patagonie. Deux autres références dans cette gamme « wild lagers » vont également voir le jour au printemps : la H35 (à la levure sauvage des Blue Ridge Mountains) et la H32 (à la levure sauvage de l’Himalaya). La H71 (déjà disponible à la pression) et ses deux petites sœurs sont destinées à être distribuées en grandes surfaces. Toujours dans la gamme Heineken, la 0.0 sans alcool lancée en avril 2017 a cartonné. En l’espace de neuf mois, elle a conquis 15 % de parts de marché (conquête/progression assortie d’un fort taux de réachat) sur le segment des bières sans alcool non aromatisées. Parallèlement, Heineken déploie les bières spéciales de son portefeuille « Beer factory ». Ella a lancé courant avril en grande distribution et cafés-hôtels-restaurants sa nouvelle Mort subite botanic infusée aux baies de genévrier et à la cardamome. Un lambic qui vogue sur l’engouement pour les bières acides et pour le gin. Le groupe lance également cette année l’IPA californienne Lagunitas Little sumpin’ sumpin, une version citronnée et sans alcool de son Edelweiss, ainsi qu’une Affligem cœur de châtaigne. Ses trois marques belges (Judas, Ciney et Hapkin) vont également arriver dans les rayons de la grande distribution cette année.

LONDRES 2011 - BEST ALE 30 mai 2018 SPÉCIAL BIÈRE

TOKYO 2012

PARIS 2012

AUSTRALIE 2013

MIAMI 2017

L’ABUS D’ALCOOL EST DANGEREUX POUR LA SANTÉ. À CONSOMMER AVEC MODÉRATION.


ACTUALITÉS BUDWEISER EN ORBITE

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t si Budweiser était la première bière fabriquée sur Mars ? Le géant américain (groupe AB InBev) a réaffirmé dernièrement son intention de mettre au point une bière qui pourrait être bue sur la planète rouge. Pour cela, il a fait envoyer, courant décembre, vingt grains d’orge à bord de la Station spatiale internationale. Ils y sont restés un mois avant de revenir sur Terre pour analyses. L’objectif est d’étudier la germination des grains lorsque la gravité est différente. D’ici à fabriquer de la bière sur Mars, le chemin est encore long. Un petit pas pour l’orge, un grand pas pour l’humanité ?

Des mousses qui (d)étonnent LES BRASSERIES FRANÇAISES RIVALISENT D’INVENTIVITÉ. PETITE SÉLECTION D’OVNI BRASSICOLES, AVEC NICOLAS DUMORTIER, COFONDATEUR DE BIERONOMY ET DU LYON BIÈRE FESTIVAL.

MACADAM BLUES Smoked wheat wine (9 %) Brasserie du Haut-Buëch (26) Une bière fumée liquoreuse, riche et complexe, aux notes délicates de blé fumé. Pour amateurs de sensations fortes.

BERLINER WEISSE VÉGÉTALE Berliner weisse (4,5 %) Brasserie du Mont-Salève (74) Une déclinaison du style traditionnel berlinois avec shiso (basilic chinois) et racines de gentiane. Des notes épicées et citronnées, une bouche déconcertante et une finale végétale très sèche.

AIME-MOI TENDRE, AIME-MOI VRAI Barley wine (11,2 %) Brasserie Elixkir (21) Vin d’orge liquoreux chargé en sucres résiduels et mûri six mois en barrique de bourbon. Réalisé en collaboration avec la Brasserie du pays flamand et le Barallel. Du grand art à déguster à table.

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att Gibbs, enseignant d’histoire hellénistique à l’université de Winnipeg (Canada), a recréé, en partenariat avec la brasserie Barn Hammer, une bière du IVe siècle. La recette, écrite par un alchimiste de l’Egypte antique, consiste à réaliser des petits pains d’orge au levain, à les cuire à basse température puis à les immerger pendant quinze jours dans des fermenteurs. Un procédé de fabrication qui a finalement peu évolué au cours des siècles. Le résultat est en revanche bien différent des bières actuelles. La cervoise obtenue, brassée à des fins de recherche historique, est un peu trop aigre et ne sera pas proposée à la consommation.

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30 mai 2018 SPÉCIAL BIÈRE

EXP 15B SPONTANÉE FRAMBOISE Bière expérimentale (5,2 %) Brasserie la Montagnarde (73) Breuvage brassé à l’aide de nombreuses levures et bactéries sauvages du jardin ; généreusement acide et très réussi. De quoi laisser pantois les amateurs de fermentations spontanées.

PHOTOS : SERVICES PRESSE

UN ENSEIGNANT CANADIEN RECRÉE UNE BIÈRE ANTIQUE

CHAROGNE Unvegan pale ale (8 %) Brasseries Ouroboros (43) et Haarddrëch (07) Bière ambrée houblonnée brassée avec du café, du bacon et des oignons grillés. Ouvertement non vegan et franchement atypique.


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Express Spécial Bière (Mai 2018)  

Régie : Groupe Partenaire I Annuel

Express Spécial Bière (Mai 2018)  

Régie : Groupe Partenaire I Annuel

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