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Médecins du Monde

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Le journal destiné aux donateurs Trimestriel - n° 98 mars/avril/mai 2010 0,60 e - 1 FS www.medecinsdumonde.org

Retouver le numéro “spécial Haïti” à l’intérieur de votre journal

FEMMES CONTRE LES VIOLENCES, DIRE ET CONSTRUIRE 1

1_GRAND ANGLE | p. 2-4 RDC, à l’écoute des femmes 2_EN DIRECT DE... | p. 5-9 Guatemala, Pakistan, Haïti, Belgique, Moldavie 3_rendez-vous | p. 10 London to Paris 2010 à vélo 4_Rencontre | p. 11 Lâm Duc Hiên 2

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5_expo | p. 12 Femmes, après coup

NOUS SOIGNONS CEUX QUE LE MONDE OUBLIE PEU À PEU


grand angle / RDC

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© Lâm Duc Hiên

© Lâm Duc Hiên

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1_ Les conseillères psychosociales repèrent les victimes, les écoutent et les orientent tout au long de leur parcours. 2_ Il existe quelques hommes conseillers qui reçoivent les victimes.

3_ 58 % des victimes ont

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4_ Ayana, 16 ans, a accouché de jumeaux suite à un viol. Elle a le soutien de sa mère qui ne l’a pas rejetée. 3

Dossier complet sur le web

prise en charge médicale et psychosociale

Le viol se banalise

9 000 femmes sont victimes de violences sexuelles chaque année, dont plus de la moitié dans le Nord-Kivu. Des associations congolaises, soutenues par Médecins du Monde, les accompagnent au quotidien. MÉDECINS DU MONDE - LE JOURNAL DESTINÉ AUX DONATEURS

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yana affiche un sourire de circonstance. Sa conseillère est de retour après une semaine de formation en dehors de la ville. Dans la pénombre de la salle d’écoute, ses traits inquiets se distinguent à peine. Sa voix, sourde, s’empare vite de l’espace. Charlotte la rassure, lui demande des nouvelles de ses jumeaux. Ayana, du haut de ses 16 ans, a été victime d’un viol, l’an dernier, comme 4 820 femmes du Nord-Kivu. Elle se trouvait à Rutshuru en novembre lorsque la ville connut un

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bénéficié d’une prise en charge médico-sociale au Nord-Kivu au 1er trimestre 2009.

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déchaînement de violences, cristallisant d’un coup les tirs armés des forces gouvernementales, des rebelles du CNDP (1) et des miliciens locaux Maï Maï. Après cinq jours de captivité, elle a pu s’enfuir avec sa mère. Toutes Rép. Centrafricaine

Soudan Ouganda

Congo Rdc

Rwanda Burundi Tanzanie

Angola Zambie

deux ont rencontré Charlotte lors d’une séance de sensibilisation sur les violences sexuelles, ce qui leur a permis d’être prises en charge par l’association PPSSP. Charlotte les a accompagnées à l’hôpital général de Beni où Ayana a découvert sa grossesse. En plus de l’écoute psychosociale, PPSSP oriente les femmes tout au long de leur parcours de reconstruction : prise en charge médicale, médiation familiale, dépôt de plainte, accompagnement juridique et réinsertion socio-économique. Ces conseillères ont émergé en 2002, dans une République démocratique congolaise ravagée par la guer-

“En plus de l’écoute psychosociale, l’association oriente les femmes tout au long de leur parcours de reconstruction.” re, tout simplement parce que des femmes, qui le plus souvent ont été elles-mêmes victimes de violences sexuelles, ont décidé d’apporter leur aide à d’autres femmes, qui ont connu des expériences semblables aux leurs. Elles permettent désormais aux

femmes de se soigner et de trouver un nouveau réseau social, au sein d’associations locales, lorsqu’elles sont rejetées par leurs parents, leur mari ou leur belle-famille.

Des viols commis par des civils

MdM a décidé d’installer, à Goma, un programme spécifique de lutte contre les violences faites aux femmes. Depuis janvier 2008, les associations locales du Nord-Kivu, comme PPSSP, sont soutenues : modules de formation destinés aux conseillères

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grand angle / rdc

5_ Les femmes et les enfants vivant dans le Nord-Kivu sont particulièrement touchés par les violences sexuelles.

6_ En RDC, 80 % de

en direct de… guatemala

combattants des FDLR (2), dont la plupart a participé au génocide des Tutsis du Rwanda, agissent en représailles face à l’offensive conjointe des forces armées congolaises, initialement soutenues, début 2009, par les forces armées rwandaises, et jusqu’aujourd’hui par la Mission de l’ONU au Congo. Surtout, les violences sexuelles ne sont plus seulement le fait des forces armées, mais aussi de civils, des hommes se trouvant simplement dans le voisinage, dans le milieu professionnel, scolaire ou au sein même de la famille. Les viols s’étendant à d’autres sphères sociales, l’urgence de lutter contre l’impunité devient vitale. n

SENSIBILISATION ET FORMATION

avec les ouvrières des “maquilas”

la population vit au-dessous du seuil de pauvreté.

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interview

“C 

e sont encore presque des femmes-enfants qui ont grandi trop vite. Elles n’ont pas eu d’autre choix que de travailler dans ces usines pour survivre”, témoigne Pilar Giraux, responsable de la mission MdM au Guatemala. Dans ce pays ravagé par trentesix ans de guerre civile, les femmes, représentent en effet 85 % des salariées des usines textiles et agro-industrielles, et sont pour la plupart indigènes : “Elles sont plus habiles pour effectuer ces tâches et plus dociles aussi, donc préférées aux hommes”. Installée dans la région de Chimaltenango, à une cinquan-

“Il faut combattre l’impunité”

J. L. | Nous avons toujours privilégié une approche holistique du problème, en recherchant des réponses médicales, psychologiques et juridiques. Nous avons vite compris qu’il fallait combattre l’impunité en constituant des dossiers devant la justice. Nous avons déjà gagné plus de 300 procès. Mais le plus souvent, les auteurs des viols sortent très vite de prison. Sans parler des dommages-intérêts qui sont souvent ridicules, de l’ordre de 17 € ! Je peux citer le cas de parents dont la fille de 3 ans est morte suite à son viol par quatre agresseurs, des brigands de longue date connus de toute la communauté. Nous avons aidé sa famille à porter plainte. Au terme de plusieurs années de procès, trois d’entre

eux ont été condamnés à dix ans de prison. Ils se sont tous échappés avant la fin de leur peine. Auparavant, lorsqu’un homme commettait un viol, il était aussitôt expulsé du village et les gens avaient peur de cette punition. Mais depuis la guerre, le viol est devenu une arme généralisée et peu à peu admise dans les communautés. Heureusement, quelques personnes soutiennent notre action, au sein de l’administration judiciaire. Certains magistrats condamnent les auteurs des viols à de lourdes peines malgré toutes les pressions dont ils sont victimes. Ce sont des signes encourageants mais il y a encore beaucoup de chemin à parcourir. n PROPOS RECUEILLIS PAR Stéphanie Senet (1) Solidarité féminine pour la paix et le développement intégral

nos Moyens 1 personnel expatrié, 2 médecins à mi-temps, 2 travailleuses sociales, 1 administrateur et 1 employé de maison.

nos Objectifs sensibiliser les responsables politiques ; participer aux expertises au sein des réseaux de la société civile ; renforcer la connaissance des travailleuses.

Honduras

Les femmes employées dans ces usines sont privées d’accès aux soins.

dans des chambres froides pour l’empaquetage des fruits et légumes destinés à l’exportation sans condition de sécurité et sans protection”, explique Aurélie Leroyer, arrivée fin juillet pour coordonner la mission sur le terrain, “elles souffrent donc souvent de pneumonie et de stress”. Même constat dans les maquilas : les travailleuses, sans masques ni gants, inhalent toute la journée les produits chimiques utilisés pour le traitement du textile.

Pas de sécurité sociale

Elles subissent des conditions de travail qui ne respectent pas le droit des travailleurs.

nos Activités 5 000 consultations médicales depuis 2005 ; 7 journées médicales réalisées dans les usines ; 150 promotrices de santé formées d’ici fin septembre : lobbying et sensibilisation.

“MdM a constaté le manque d’accès aux soins des femmes en offrant des consultations gratuites.”

taine de kilomètres au nord ouest de la capitale, l’équipe MdM vient ainsi depuis cinq ans au secours de ces femmes vulnérables et surexploitées, qui travaillent jusqu’à 12 heures par jour, 6 jours sur 7, dans des conditions difficiles, et qui n’ont pas le temps ni les moyens de se soigner. MdM a constaté leur manque d’accès aux soins en offrant des consultations gratuites le dimanche. “Elles travaillent

© Lâm Duc Hiên

© Lâm Duc Hiên

Quels sont les objectifs de Sofepadi ?

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Guatemala

Salvador

Militante de la première heure, Julienne Lusenge se bat pour les femmes victimes de violences sexuelles depuis 2002, au sein de l’association Sofepadi (1).

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Mexique

Dans ces usines agro-industrielles, les femmes souffrent toujours d’un accès aux soins insuffisant.

Stéphanie Senet (1) Congrès national pour la défense du peuple. (2) Forces démocratiques de la libération du Rwanda

Belize

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psychosociales, suivi et analyse de leurs pratiques, mise à disposition d’un psychologue afin de prévenir les traumatismes secondaires et l’épuisement professionnel, et d’une base d’informations provinciale sur les intervenants psychosociaux. L’ampleur du projet devrait s’accroître au regard de la hausse des violences sur le terrain. Les

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Le problème, c’est que la moitié d’entre elles ne bénéficient d’aucune protection sociale, donc ne se soignent pas. Pourtant, “elles travaillent toutes

sous contrat et pourraient l’obtenir. Mais les patrons d’usines les en empêchent en ne fournissant pas de certificat, pour éviter qu’elles s’absentent et aussi par négligence”. L’équipe MdM sensibilise donc les populations au cours d’ateliers pédagogiques, et forme le personnel de santé local, “mais les mentalités sont difficiles à changer”, regrette Aurélie. Depuis cet été, elle a mis l’accent sur l’action auprès des pouvoirs politiques. Une table ronde va être organisée en avril, afin de réunir responsables politiques, ONG et patrons d’usines. MdM, qui doit finir sa mission en septembre prochain, a déjà trouvé des partenaires pour reprendre le flambeau. “Nous avons contacté une association locale, AMES, qui travaille auprès de ces femmes dans d’autres région où elle dispose d’une clinique privée. Elle a accepté de venir s’installer au Chimaltenango et leurs méthodes sont très intéressantes”. n DOROTHEE FRENOT

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en direct de… pakistan

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pakistan

Les maisons de la paix

URGENCE

2 000 CONSULTATIONS MOBILES PAR SEMAINE

Les Dar-Ul-Aman, ultime refuge contre la violence domestique

Neuf mois après l’offensive de l’armée pakistanaise, les cliniques mobiles continuent d’assurer les soins de base.

“T 

Dans la région du Pendjab, les centres d’accueil des femmes maltraitées se sont multipliés depuis 2004. MdM soutient fermement les initiatives de la société civile et du gouvernement pakistanais.

out s’est enchaîné très vite”, souligne Marc Tyrant, le responsable de mission. L’offensive de l’armée pakistanaise lancée en mai contre les talibans dans la vallée de Swat, dans le Nord-Ouest du pays, a provoqué la fuite de plus de 2 millions de civils, qui ont trouvé refuge dans les plaines. “C’est l’exode le plus massif de l’histoire du Pakistan”, insiste Marc Tyrant.

nos Activités Population concernée 35 Dar-Ul-Aman ; 30 à 40 femmes dans chaque centre ; 10 à 15 enfants accueillis avec leur mère

© Myriam Pomarel

nos Moyens Personnel Local : 11 ; Expatrié : 2 ; Budget 2007 : 178 701 euros

Les cliniques mobiles constituées de personnel pakistanais appuient les structures de santé déjà existantes.

Présent depuis plus de dix ans dans le pays, Médecins du Monde a pu mener dès le 21 mai une mission d’évaluation. L’équipe a constaté que moins de 20 % des déplacés s’étaient réfugiés dans des camps, vers lesquels convergeait la majorité de l’aide. La plupart étaient accueillis dans des familles, déjà très pauvres. “Nous avons donc décidé dès le 5 juin de mettre en place des cliniques mobiles, pour offrir un accès aux soins aux déplacés et aux familles accueillantes”. Une attention particulière est portée aux femmes enceintes

et aux enfants. Les consultations nutritionnelles ont ainsi révélé que près de 20 % des moins de 5 ans souffraient de malnutrition et avaient besoin de compléments nutritionnels. Une équipe est aussi présente à l’hôpital de Swabi, pour aider le personnel local à répondre à l’afflux de patients. Neuf mois après le début de la mission, les quatre cliniques mobiles continuent à effectuer 2  000 consultations par semaine. “Notre souplesse d’intervention nous a permis de nous adapter”, précise Stéphane Berdoulet, responsable au desk urgence. “Nous sommes également présents dans les zones attaquées, où les populations déplacées commencent à revenir. L’objectif est d’assurer une continuité de soins tout en aidant les structures locales à prendre le relais.” n Philippe Granjon

Afghanistan islamabad

haÏti Séance de sensibilisation de la population à la problématique de la violence.

Pakistan

Depuis 2007, la condition des femmes s’est largement dégradée au Pakistan. Reportage photo sur le web

C’

est à la demande de la société civile et des autorités pakistanaises que MdM a ouvert des missions dans les Dar-Ul-Aman de la région du Pendjab en 2004. Les Dar-UlAman, littéralement Maison de la paix sont des refuges mis en place par le gouvernement pakistanais pour accueillir les femmes maltraitées. “D’après les ONG pakistanaises, 80 à 90 % des femmes sont victimes de violence domestique”, déplore Mondane Jactat, co-responsable de la mission. Certaines femmes refusent cette violence et ont le courage de partir. “Elles

sont en général très mal vues par leurs proches, car elles ont choisi la désobéissance”, ajoute Barbara Ten Kate, la responsable de mission.

Un refuge par district

Depuis 2004, la situation semble pourtant s’améliorer un peu, grâce au travail des autorités soutenu par MdM. En 2004, il n’existait que 8 refuges. Aujourd’hui, MdM est présent dans les 35 Dar-UlAman de la région, car chaque district a ouvert un centre. Son rôle est avant tout de coordonner les actions des différents acteurs locaux comme les autorités, les ONG mais aussi les juristes et avocats qui défendent la cause de ces femmes. Une aide médicale et psychologique est éga-

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“L’essentiel reste que ces femmes puissent retourner dans le monde sans danger pour leur vie.” lement apportée, tandis que la formation tient un rôle primordial. “Nous dispensons des conseils en matière d’hygiène, mais aussi juridiques afin que ces femmes connaissent mieux leurs droits”, explique Barbara Ten Kate.

Soigner les maux… avec des mots

Avec le temps, leurs conditions de vie se sont améliorées. Même si leur liberté de circulation est

PRISE EN CHARGE GLOBALE

Inde

restreinte pour des motifs de sécurité, ces femmes peuvent recevoir de la visite, vivre avec leurs enfants et participer à des ateliers de couture, mais aussi de théâtre thérapeutique, où bien souvent elles jouent leurs propres rôles. Mariages forcés, violence à répétition, pressions de toutes sortes : chacune de leurs histoires est tragique. Certaines n’y habitent que quelques jours, d’autres plusieurs mois. L’essentiel reste que ces femmes puissent retourner ensuite dans le monde, sans danger pour leur vie. “Si ces femmes ont la possibilité de prendre une décision dans un environnement serein, sans pression, sans abus, ce sera déjà une belle victoire”, conclut Mondane Jactat. n Sandra Rude

PLURIDISCIPLINARITé FRUCTUEUSE À Port-au-Prince, Médecins du Monde menait un programme sur la prise en charge des victimes de violences. Suite au séisme, les acteurs antérieurement formés par MdM assurent un accompagnement psychologique.

M

édecins du Monde est présent depuis plus de dix ans sur la problématique de la prise en charge des victimes de violences en Haïti. MdM mène des actions pluridisciplinaires regroupant prise en charge médicale, sociale, psychologique et juridique. En partenariat avec l’ONG locale URAMEL, MdM a participé à la

mise en place et la promotion d’un certificat médico-légal gratuit. Ce certificat est délivré aux femmes pour leur permettre de faire reconnaître leur statut de victime et ainsi de faire valoir leurs droits. Depuis trois ans, un volet de santé mentale a été développé pour aider les victimes de traumatismes liés aux violences subies. Dans cinq hôpitaux de

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Iran

Port-au-Prince, le personnel médical et administratif est formé afin d’orienter au mieux les victimes vers les parcours spécifiques de soins, de psychologie et de médecine-légale en fonction de leurs besoins. “Des avancées sont constatées dans la qualité de la prise en charge des victimes. Le certificat médico-légal est mieux reconnu. Il y a un vrai renforcement des mobilisations sur cette problématique. Une vraie prise de conscience au niveau national” estime Anne Urtubia, responsable de la mission. MdM devait mettre fin à ce programme

d’appui à la prise en charge des victimes. 2010 devait être l’année de soutien à la pérennisation, avec la reprise conjointe des différents dispositifs de ce programme par la société civile et les institutions concernées. Mais le terrible séisme qui a frappé Haïti vient interrompre cette phase de désengagement. Les équipes d’URAMEL et d’autres associations partenaires travaillent avec MdM sur cette urgence notamment en mettant en place une prise en charge psychologique. n Sonia Ben Boubetra

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www.medecinsdumonde.org Depuis 2003, près de 125 femmes ont renoué un lien avec les structures sanitaires et le réseau associatif belge.

en direct de… belgique

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moldavie PRéVENTION DE LA TRAITE

Agir contre le trafic d’êtres humains

SOUTIEN PSYCHOSOCIAL

La sexualité ajoute à la précarité

MdM parle avec les migrantes C’est au cours de simples consultations de santé que

le problème des femmes migrantes est apparu. Au sein de la mission “Parle avec elle”, MdM tente d’apporter une réponse. Suite du reportage sur le web

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epuis la création en 2002 de “Parle avec elle” par l’ancienne présidente de MdM Belgique, Marie Bruyns, la mission touche de plus en plus de femmes. “Nous avons mis en place un partenariat avec l’association mère-enfant “NASCI”. Cela nous permet d’aller vers les femmes, de leur parler et de les aider”, explique Irma Bellis, coordinatrice du projet. Chaque semaine, avec les quatre autres bénévoles engagées dans l’équipe, elle tente d’établir des liens entre les

femmes, les associations et les services officiels. Ces femmes, ce sont principalement des migrantes. Des sanspapiers. Souvent, elles ont transité par d’autres pays avant de poser leurs valises en Belgique. La plupart d’entre elles ont des problèmes relationnels avec leur mari, leur concubin. “Souvent, le mari ou concubin ne travaille pas et compte sur elle pour faire vivre la famille. En plus, il ne participe pas à l’éducation des enfants ou aux charges liées à l’organisation de la maison. D’autres ont été l’objet de mariages forcés et, sont confrontées à la violence”, constate Irma.

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Pays-Bas

Belgique BRUXELLES

France

Notre objectif Permettre aux femmes migrantes de rompre avec l’isolement, de retrouver la confiance et de prendre un nouveau départ.

Quelle que soit l’origine de leurs problèmes, elles se retrouvent seules, avec leurs nombreux enfants. “Ce qui m’effraie le plus c’est de voir combien elles sont naïves et peu informées par rapport à la contraception. Elles tombent très souvent enceintes. Or une bouche de plus à nourrir, cela ajoute à la difficulté”, remarque Irma. Qu’elles aillent à leur rencontre ou qu’elles les reçoivent lors des consultations au CASO (Centre d’accueil, de soin et d’orientation), les bénévoles de “Parle avec elle” offrent une écoute. “Notre principal objectif est de soulager ces femmes en détresse et leur faire comprendre qu’elles ne sont pas seules. Nous voulons les sortir de leur isolement.” Quand c’est nécessaire, elles peuvent également bénéficier d’une consultation gratuite avec un gynécologue, un généraliste, une assistante Nos moyens Cinq bénévoles se relaient chaque semaine. A tour de rôle, elles vont sur le terrain où reçoivent les femmes au sein des permanences au CASO.

“Notre principal objectif est de soulager ces femmes en détresse.” sociale ou un psychologue du CASO. Parfois, elles sont orientées vers d’autres associations. “A partir de l’aide que nous essayons de donner, elles retrouvent petit à petit confiance. Elles peuvent ainsi se reconstruire et retrouver la force de prendre leur vie en main.” En France, les femmes migrantes ne sont pas plus épargnées. Selon une enquête menée par la Mission Banlieue de MdM, elles seraient plus vulnérables face aux violences. Là aussi, la nécessité de créer des points écoute fait son chemin... À ce stade, Médecins du Monde réfléchit aux actions adaptées à mettre en place, pour les aider. n Christel Marteel

nos Activités L’aide passe essentiellement par une écoute et une orientation des femmes vers des médecins du CASO ou vers des associations compétentes selon les cas.

ès le début des années 2000, le gouvernement moldave déclarait la traite des êtres humains comme étant un problème prioritaire. Mais du fait de l’insuffisance des ressources et de la corruption généralisée, la situation reste dramatique. Avec un salaire moyen de 160 euros par mois, les Moldaves ont du mal à survivre, et le départ à l’étranger même dans des conditions illégales leur semble souvent la seule option possible. Exploitation sexuelle, esclavage par le travail, réseaux de mendicité, trafics d’organes sont les principaux fléaux.

Résorber le phénomène

La Moldavie compterait 60 000 victimes de la traite. 75  % seraient des femmes mais contrairement aux idées reçues, ce phénomène touche aussi les hommes. Après un travail d’identification des victimes, notre objectif est de rassembler tous les acteurs qui peuvent agir pour améliorer leur prise en charge. Pour ce faire, l’assistance psycho-sociale est assurée par deux équipes mobiles composées d’une psychologue et d’une assistante sociale. L’assistance médicale est prise en charge par une clinique privée, faute d’un système de santé publique gratuit et accessible aux personnes socialement vulnérables, et par le réseau des médecins de famille de la région de Balti. La réinsertion professionnelle est mise en

place par les acteurs locaux en ce domaine. L’assistance juridique reste à améliorer. Faute de protection, les victimes hésitent encore à porter plainte. Enfin, les actions de sensibilisation et de plaidoyer font partie des points importants du programme. Une vingtaine de volontaires ont été recrutés pour intervenir dans les écoles et les institutions spécialisées avec des séminaires de prévention et dans les villages ruraux avec la distribution de matériel informatif, des jeux de rôles, des danses et des animations. Au niveau des institutions locales, la demande est que le système national de référence (SNR) du gouvernement devienne un mécanisme plus opérationnel et efficace. “Notre action doit s’inscrire sur le long terme car il est encore difficile de connaître l’ampleur du phénomène”, commente Laura Pasquero, coordinatrice. “Notre objectif est de pérenniser notre action et responsabiliser les structures publiques à la prise en charge des victimes.” n Catherine Legras

Ukraine

Moldavie Chisinau Roumanie

Nos objectifs Contribuer à la prévention de la traite des êtres humains (TEH) et à l’assistance pluridisciplinaire (médicale, sociale, psychologique, juridique) des victimes, directes et indirectes, et des victimes potentielles. nos Moyens 12 personnes, 11 à Balti (coordinateurs, assistantes sociales, psychologues, administrateur, logisticien, chauffeurs) et 1 entre Balti et Chisinau (coordinatrice générale). Nos activités prise en charge des victimes, prévention par une sensibilisation dans les écoles et les médias, action de plaidoyer.

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© Frederic Pauwels

© Frederic Pauwels

Pays considéré comme le plus pauvre d’Europe, la Moldavie est devenu l’un des principaux lieux de transit de la traite d’êtres humains. En 2007, un programme de lutte a démarré dans la région de Balti.

En 2007, 81 % des victimes étaient des femmes, 5 % des hommes et 4 % des mineurs.

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rendez-vous

MOBILISATION

COMITE DES DONATEURS

London to Paris 2010 à vélo

Deux donateurs au Népal

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Séance de sensibilisation à la santé materno-infantile.

Pour en savoir + www.londontoparis-mdm.com Partenariat1@medecinsdumonde.net 01 44 92 15 03

L’édition 2009 avait réuni 55 participants et permis de récolter plus de 40 000 euros.

A LIRE

D 

ans quelques semaines, l’Observatoire international des prisons (OIP) sortira son nouveau rapport sur les conditions de détention en France. Plus que jamais, le calendrier de cette publication est important. Lors des débats sur la loi pénitentiaire en octobre dernier, l’OIP s’est mobilisé pour expliquer que ce texte risquait d’aggraver la situation dans les

Rapport sur les conditions de détention en France prisons françaises. Quand la loi a été définitivement votée, nous avons pris nos responsabilités en présentant un “mémoire” devant le Conseil constitutionnel. À côté de ce combat juridique, il en est un autre : celui de l’information. L’édition 2009 de notre rapport constituera un élément fondamental du débat public sur la prison dans les années à venir. Tout d’abord, il sera la dernière photographie des conditions

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L’argent des donateurs est-il dépensé avec la rigueur nécessaire ? Le programme est-il en voie d’atteindre ses objectifs ? Quels développements peut-on en attendre ? Comment s’inscrit l’adhésion au système de la micro-finance dans le respect des cultures locales ?

de vie en détention avant l’entrée en vigueur de la nouvelle loi, ce qui permettra de suivre l’évolution de son application. Chacun pourra ainsi comparer, faits à faits, chiffre à chiffres, la

situation avant et après la mise en œuvre des nouvelles mesures. Notre rapport est aussi le seul, par son approche à la fois globale et thématique, à dresser l’état des lieux du quotidien en détention, ce qui permet de jauger au plus près les applications et les conséquences réelles de la réforme sur la vie et le travail derrière les murs. n Florence Aubenas, présidente de l’oip

Observatoire international des prisons – section française 7 bis rue Riquet 75019 Paris tél. 01 44 52 87 90 | fax 01 44 52 88 09 contact@oip.org | www.oip.org Association loi 1901 à but non lucratif | SIRET 40766804500054 Code APE 9499Z

Vous trouverez toutes nos réponses à ces questions dans le rapport intégral désormais disponible sur le site de MdM, dans la partie consacrée au comité des donateurs : www.medecinsdumonde.org/fr/ Medecins-du-Monde/Comitedes-donateurs n Amande Bazerolle et Olivier Péray

Comment sont utilisés les dons à MDM ? Le nouveau compte d’emploi des ressources

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partir de 2010, le compte d’emploi des ressources, tableau qui figure au  rapport financier  des associations,  sera présenté de manière à mieux faire apparaitre comment sont utilisés les dons issus de la générosité du public : sur le terrain, vers des actions de témoignage, en soutien des équipes au siège ou pour collecter des fonds. Ce

nouveau tableau montre que les dons du public permettent non seulement de financer directement les programmes mais ont également un effet de levier pour réunir des fonds publics complémentaires et financer ainsi des actions plus nombreuses et de plus grande envergure. Les dons contribuent aussi à la coordination permettant d’assurer la qualité et l’efficacité des programmes menés par MdM. n

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démunies en France et à travers le monde. En 2009, c’est plus de 40 000 euros qui ont ainsi été collectés. Participer à cette course est donc un véritable engagement aux cotés de MdM pour faire de la santé un droit pour tous. Pas besoin d’être une star de la “petite reine” pour participer au London to Paris. Cycliste amateur ou confirmé, en solo ou en famille, défi personnel ou challenge en équipe, c’est une aventure fantastique pour tous ceux qui veulent vivre une expérience sportive et humaine hors du commun. Pour joindre le très utile à l’agréable, venez rejoindre l’équipe de MdM parée pour cette belle équipée ! n

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avant les points positifs et les écueils éventuels qui menacent l’action des équipes sur place. L’un des objectifs de la mission est de diminuer la mortalité materno-infantile en articulant des campagnes de santé autour du développement du microcrédit.

e journal a présenté dans son dernier numéro un article sur la mission au Népal. Deux membres du comité des donateurs, dans le cadre de ses visites de mission, se sont rendus sur place en avril 2009. Dans le respect des principes qui guident l’action du comité (et en particulier celui de la critique bienveillante), ils ont rédigé un rapport mettant en

Vous avez soif d’aventure ? Vous aimez le sport ? Vous voulez vous engagez pour une bonne cause ? Alors rejoignez nous ! rganisée conjointement par MdM France et MdM Royaume-Uni, le London to Paris est une course cycliste qui relie Londres à Paris en 3 jours et 318 km, permettant aux participants de découvrir le charme de la campagne anglaise et française. Cette année, la 5ème édition de l’événement aura lieu du mercredi 21 au samedi 24 juillet 2010. Le London to Paris est loin d’être une course comme les autres puisque les participants pédalent pour une bonne cause. En effet, tous les cyclistes s’engagent à collecter 1 200 euros de dons pour MdM. Le défi commence donc bien avant d’enfourcher son vélo ! Rassurez-vous, MdM est là pour aider les candidats dans leur collecte. Ces 1 200 euros permettront de financer des programmes d’aide aux personnes les plus

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rencontre

© Stéphane Lehr

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Suite de l’interview sur le web

Photographe humanitaire

Lâm Duc Hiên, Rendre la dignité par l’image Quel est votre parcours en tant que photographe ?

Pourquoi avez-vous choisi de collaborer avec MdM ?

L. D. H. | Mon regard de photographe s’est formé sur les chemins de l’humanitaire. Quand on part sur le terrain pour une ONG dans le but de porter secours aux populations – ce qui a été le cas avec l’association Équilibre – on n’a pas la même distance qu’un photographe en quête de prises de vue “sensationnelles”. Je suis parti en tant que logisticien, chef de mission, coordinateur. J’ai croisé des regards, des parcours, de la souffrance. J’avais besoin de témoigner. Mais je ne cherchais pas à dénoncer en m’appuyant sur la pitié, ni à proposer des belles images sans âme. La proximité avec la personne victime m’a toujours permis de saisir l’essentiel. Elle rend la dignité au sujet et à son regard.

L. D. H. | Cela a été un concours de circonstances. J’avais déjà commencé à travailler sur la violence faite aux femmes bien avant de croiser MdM. Montrer la violence que subissent les femmes et les mères était une manière de dénoncer indirectement la détresse des enfants. Pendant deux ans, j’ai suivi le parcours d’une femme héroïnomane et atteinte du sida au Vietnam. Ce travail, je l’ai présenté à MdM au moment où le groupe thématique “Violences faites aux femmes” lançait un projet photographique pour témoigner de cette réalité. Mon métier est une forme d’engagement. MdM cherchait un photographe avec mon regard. Notre collaboration est née comme une évidence. n propos recueillis par Giselda Gargano

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femmes, après coup Une Installation Photographique à partir de reportages de lâm duc hiên

 Du 08   au 24 Avril   2010  Hôtel de ville Paris

Legs, donations, assurances-vie S’informer, un premier pas pour offrir un geste d’amour… en héritage. DEMANDE D’INFORMATION LEGS, DONATIONS, ASSURANCES-VIE À retourner à Médecins du Monde - Service juridique 62, rue Marcadet - 75018 Paris - www.medecinsdumonde.org

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Médecins du Monde - Le Journal destiné aux donateurs n°98 - Mars 2010  

En ouverture de cette édition spécialement consacré aux violences faites aux femmes, vous trouverez un Grand angle sur notre programme en RD...

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