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Tout est là, comme à chaque fois. Il y a l’ esprit du Paris des luxes d’ antan, le bouillonnement des grands soirs de la mode et la promesse d’ un Paris glamour éternel. Indissociables. Je dois capter cette énergie, la transcrire, comprendre son style quand elle rit et son solfège quand elle chante. C’ est l’ élégance de cette partition dont j’ ai besoin. Des nuits que j’ y travaille à ma manière un peu…baroque et très …acrobatique. On n’ a rien sans rien. Au sol je manque d’ espace. Je dois être un peu claustrophobe. J’ aime les horizons, les verrières, la transparence. Il me faut voir loin et clair. Petite, ma chambre n’ avait qu’ une fenêtre donnant sur un mur mitoyen. J’ en comptais les moellons, m’ imaginant grimper de pierre en pierre et m’ échapper par les toits, là-haut. Dès que j’ ai pu, j’ ai grimpé


It’s all here, just like it always is. There’s the spirit of the luxurious Paris of yesteryear, the excitement of the fashionable soirées, and the promise of a Paris of everlasting glamour all inextricably linked. I need to capture her energy, transcribe it, and understand her style when she laughs and her tune when she sings. It’s the elegance of this music that I need. So let’s take it from the top, once again and talk about the nights when I work there in my own slightly off-beat and very acrobatic way. There’s no such thing as a free lunch…or a free supper. When I’m on the ground I feel like there isn’t enough space for me, maybe I’m a little claustrophobic. I like to see the horizon, I like big windows, and transparency. I need to see far ahead and clearly. When I was small, my room had

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à mains nues les façades de lieux incongrus. L’  escalade urbaine est devenue ma poésie, ma danse verticale. La grimpe en solo et la nuit, pour éviter les flics et les ennuis. Un ballet avec les atlantes et les cariatides. Une promenade à risques au cœur des volutes de lierre en pierre “ art nouveau ”. J’y laissais des traces de magnésie blanche en forme de mains spectrales qui devinrent ma marque, mon style. Le milieu du street art suivait mon chemin sous le pseudo de “ Wall Stamp ” ou de “ Blanche-main”. J’ ai fait des études d’archi, à Paris La Villette, un peu de dessin à LISAA aussi. Sans cesser de grimper je me suis mise à dessiner mes spots préférés. Je dois avoir des dizaines de carnets de voyages verticaux où les façades deviennent des sols et les fenêtres des trappes miroitantes, encadrées des hauts murs du ciel et de la rue. Pour ne pas me faire repérer, j’ ai conçu peu à peu un vêtement technique pour me marier avec les ombres et transporter deux-trois bricoles. Mais j’ ai l’esprit vagabond ce soir, comme un grand besoin d’ hier pour me retrouver plus tard. Qui a le temps de se souvenir aujourd’hui ? Le temps de se poser, le temps pour une pause ? On court, le souffle court, presque chassé à courre par l’  impérieux besoin de tout posséder, qui nous gagne, qui nous bouffe. Ici, j’ ai le luxe de choisir mon temps, mes souvenirs et mon avenir. J’ amplifie, je filtre… Voilà le tempo de la ville, son vibrato, sa pulsation. J’aime ce son, cette énergie, ces ondes qui montent des rues,


just one window looking out onto a stone wall. I used to count those stones and imagine myself climbing from one to another and escaping across the rooftops. As soon as I was able, I began to climb the facades of the city buildings with my bare hands. Urban climbing became like poetry to me, a kind of vertical dance. Climbing alone at night, to avoid the cops and any hassle, I dance with stone nymphs and Greek gods and I walk on the wild side through the encircling swathes of art nouveau ivy. I leave the ghostly hand prints of white chalk that have become my signature and my style. The world of street art followed my progress and called me “Wall Stamp” or “White Hand”. I studied architecture at La Villette in Paris and a little drawing at LISAA too but I never stopped climbing and began to draw my favorite places. I must have dozens of journals on my vertical voyages where the facades become the floors and the windows like shimmering trapdoors, framed by high walls, the sky, and the street. To avoid being spotted, I designed special clothing to blend into the shadows and carry my stuff. Tonight my mind is wandering, like a great longing from the past to find my former self. Who has time to remember today, the time to stop and take a break? We’re always on the go, breathless, that feeling of being pursued by the need to own everything that takes us over and devours us. Here, I have the luxury of being able to choose my time, my memories, and my future. I can turn up the volume; I can filter the sound, the rhythm of the city, its vibrato and its beat.

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des façades, des vitrines, des galeries, des trottoirs. J’ aime les toits historiques des grands immeubles qui flirtent avec les étoiles et la lune dans le ciel. J’ aime le ruban moiré de la Seine et la vieille dame Eiffel au loin. Je comprends les chats qui ne sortent que la nuit tombée pour profiter pleinement des lumières de la ville et jouer aux ombres chinoises. Tout est plus clair, plus limpide, plus aigu et plus beau, là-haut, la nuit, à Paris. Je me suis mise à visiter les arrières cours et les cages d’ escalier une nuit d’hiver glaciale, après avoir failli dévisser d’ une façade facile mais couverte d’une bouillie de neige gelée. Il y avait là de nouvelles possibilités de grimpe, des murs d’ escalade, des voies à ouvrir, de l’ intérieur, sous les coupoles des verrières colorées des grands magasins, dans les charpentes métalliques de leurs atriums. Pas de la haute voltige, non, juste un peu de funambulisme, mais cela m’ entraînait les soirs de pluie, nombreux à Paris. J’ avais une prédilection pour les puits de lumière des grands immeubles chics, leurs cours d’ aération et pour leurs combles aussi. J’ ai par hasard un soir visité ceux d’une maison de couture à la griffe prestigieuse. Loin de l’ ostentatoire, du clinquant, du fashion à deux balles. Presque une révélation pour moi. J’ y ai découvert les coulisses du luxe et du savoir-faire à la française. Je me suis promis d’ en percer à jour les arcanes, d’ en parcourir les territoires les plus discrets, d’ en découvrir les lieux les plus secrets. Une fois les systèmes de sécurité déjoués, les caméras de surveillance


I love that sound and its energy as the waves come up from the streets and bounce off buildings, store windows, shopping malls, and sidewalks. I love the old rooftops of the historic buildings that flirt with the stars and the moon on the skyline. I love the shimmering ribbon of the Seine and old lady Eiffel in the distance. I understand why cats only come out when night falls to make the most of the city lights and play shadow games. Everything is clearer, more transparent, sharper, and more beautiful, up there, at night, in Paris. One icy winter night I began to visit backyards and stairwells, after nearly falling from a faรงade that should have been an easy climb but was now covered in frozen snow. Here I found new places to climb, climbing walls, paths to clear, from the inside, under the colored glass domes of the big stores, and along the metal beams of their atriums. No high-wire stuff, just a bit of tightrope walking to keep myself in shape on some of the many rainy nights in Paris. My favorite places were the light wells, ventilation shafts, and roof spaces of big fancy buildings. One night, by chance, I visited a fashion house with a well known brand name that was a million miles from the ostentation and glitz of throwaway fashion. It was almost a revelation to me. There I went behind the scenes of French luxury and savoir-faire. I promised myself that someday I would unravel its mysteries, wander through its most private areas, and discover its most secret places. Once I had dealt with the security system and disconnected the security cameras, I became its sole VIP cus-

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déconnectées, je devenais l’unique cliente VIP et rien ne m’ était plus interdit ni caché. Je n’ ai jamais rien pris, rien dérobé, juste effleuré du bout des doigts, du bout des cils, les plus belles pierres, les plus belles robes, un sac, une ceinture, une parure, une montre. Une photo quelquefois, un échantillon de bonheur parfois, un souvenir pour moi. Il y avait tant d’ endroits, tant de boutiques, tellement de belle ouvrage, tellement de talents. Le jour, il me semblait que les vitrines de certaines grandes marques criaient trop fort des évidences, de cherté, de rareté. Lors de mes visites nocturnes, d’ autres me chuchotaient au contraire des contes d’ artisans, des histoires merveilleuses de mains intelligentes, de créateurs amoureux fous de leurs métiers, d’ aventuriers explorateurs du beau et du bien fait, d’ambassadeurs de l’ excellence et du style. Les prix n’ avaient de sens que pour ceux qui voulaient trop leur en donner. Les heures passées, l’ énergie dépensée, l’ excellence et la générosité ne pouvaient être résumées sur une étiquette  tapageuse. Je pouvais rester là, immergée dans l’ écho des rumeurs d’ avant la fermeture, dans le souvenir des parfums, dans la poussière d’ or et de platine, dans l’ odeur des colles et des cuirs, entre deux rondes de la sécurité, jusqu’ à l’ arrivée des premiers ouvriers tôt le matin. J’ étais l’ esprit follet du raffinement, la confidente des mannequins. Déconnectée de la foule agressive des périodes de solde, de la cohue des jours de fête, il me semblait incarner l’ esprit du luxe, vivre la merveilleuse expérience d’ être unique et vivante au milieu d’ objets exceptionnels, le temps d’un délicieux frisson au goût d’interdit.


tomer and now nothing was hidden or off-limits to me. I never took anything or stole stuff. I just brushed against the most precious stones, the most beautiful dresses, the purses, the belts, the jewels, and the watches with the tips of my fingers and the tips of my eyelashes. Sometimes I took a photo, like a little piece of happiness to remember. There were so many places, so many stores, so many beautiful things, and so much talent. It seemed to me that by day the window displays of some famous brands overplayed the obvious expense and rarity of their products. During my nighttime visits I found myself subtly seduced by other brands with stories of artisans, wonderful tales of nimble fingers, and designers who were madly in love with their art, adventurers and explorers for the beautiful and the well-made, ambassadors of excellence and style. The prices had no meaning except to those who wanted too much to pay them. The hours spent, the energy expended, the excellence and the generosity could not be summed up on a flashy price tag. I could stay there, immersed in the echoes of the pre-closing time hubbub, in the memory of perfume, in the dust of gold and platinum, in the smell of glue and leather, between two security rounds, until the first workers arrived early in the morning. I was the familiar spirit of refinement, the confidante of the mannequins. Far from the frantic crowds at sale times, from the pushing and shoving of holiday periods, it seemed to me to be the very essence of luxury, to have the amazing experience of being alone and alive amongst all these beautiful things just long enough to get that delicious thrill of tasting forbidden

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J’avais combien, seize ans ? Dix-huit ? Et mon terrain de jeu n’avait pas de limites. Je repérais le jour les objectifs de mes balades nocturnes, savourant par avance mes découvertes futures. Cela aurait pu continuer ainsi de nombreuses années encore. Mais un jour les aventurières les plus discrètes rêvent de célébrité. Les plus égoïstes d’utilité. Un jour mes exploits sans public et sans publicité m’ont semblé futiles et dérisoires. Mon projet est né ce jour-là. Une résille métallique plutôt qu’ une forêt de poutrelles…une dentelle infroissable. C’ est selon, cela tient aux proportions et de la distance qui vous en sépare, du point de vue, toujours. De là-haut Gustave Eiffel vous offre Paris à vol d’ oiseau sans avoir à voler, le vertige en prime. D’ en bas, il vous met au défi, d’ y grimper, de vous y perdre à votre tour, d’ oser l’ expérience. Et l’ expérience vaut d’ être vécue. Les premières fois j’ai cru m’ être égarée dans les dédales de fer puddlé qui s’ ouvraient devant moi. Mais j’en rajoutais. Il suffisait de regarder vers en bas ou vers en haut pour repérer son chemin. Une araignée dans un morceau de toile sombre, ou bien une mouche prise au piège ? Un petit poisson pris dans les mailles d’une nasse gigantesque, ou bien le pécheur ? Une exploratrice dans la jungle d’ acier qui croît vers le ciel au cœur de Paris. Pas question là non plus de tenter une exploration de jour. Les visiteurs, les touristes, les pickpockets, bien trop nombreux. Les flics, les gardiens, les ouvriers d’ entretien, bien trop vigilants. Et justement le plan Vigie Pirate…Donc, pas moyen de tenter quelque chose de jour.


fruit. How old was I back then? Sixteen? Eighteen? And my playground had no boundaries. During the day I would work out my objectives for my nighttime forays and savor my future discoveries in advance. It might have gone on that way for many years to come. But one day even the most discreet adventurers dream of celebrity and the most selfish of being useful. One day my exploits without an audience and without publicity suddenly seemed futile and pointless and my plan was born on that same day. A metal hairnet rather than a forest of girders, like uncrushable lace. It all depends on the proportions and the distance that separates you from it, on your point of view. From up there Gustave Eiffel gives you a bird’s eye view of Paris without the need to fly but with dizzy feeling. From down here he is challenging you to climb it, to lose yourself within it, and to be daring enough to do it. Trust me, it’s an unforgettable experience. The first few times I thought I’d get lost in the maze of wrought iron that opened before me. But I needn’t have worried. I just needed to look downward or upward to find my way. Like a spider in a dark web or more like a fly caught in a trap, maybe? Like a little fish caught in the mesh of huge creel or more like the fisherman? An explorer in that steel jungle that grows skyward in the heart of Paris. Here again, there was no way I could attempt my explorations in daylight – too many visitors, tourists, and pickpockets. The cops, the security guards, and the maintenance men were just too vigilant. Then there were the Vigipirate anti-terrorism measures, so no chance of trying anything by day.

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Mais si, comme moi, vous souhaitiez capter l’ esprit de Paris, alors c’est bien d’ici que vous le ressentiriez le mieux. Une vie n’y suffirait pas, pas sans magie, pas sans histoires. A force de splendeur, Paris monte au ciel. Lorsque tout grouille et rampe autour de vous, prenez de la hauteur, dressez-vous, faites quelques efforts, montez quelques marches, rêvez plus grand, plus haut, plus lumineux ! Ne demandez pas la lune, prenez-là, et toutes les étoiles, et le reflet des enseignes de la ville, de la Ville-Lumière, inversé sur les nuages bas, dispersé sur la Seine ensommeillée. Je comprenais enfin qu’un peu de cette splendeur dormait, assagie par des mains habiles, contenue dans l’ équilibre du beau et de l’ utile, du plaisir et de la mode, du luxe accessible. Je comprenais qu’ il y avait aussi le reflet du ciel de Paris dans les vitrines des grandes galeries et que c’ était lui qui brillait dans le regard des passants. Ce que beaucoup décrivaient comme l’ attrait du futile m’apparut comme l’envie du bonheur, le moyen d’ une expérience nouvelle, tendue vers le beau, vers le haut. L’  esthétique de la ville, l’ expérience sensuelle de ses ciels ouverts à mes rêveries, ce territoire conquis de haute lutte par la petite fille que j’étais, mes balades nocturnes dans les plus beaux lieux de la mode, le beau, l’ intelligence, l’ amour, la générosité, les savoir-faire que j’ y avais découverts, tout cela méritait d’ être proposé au plus grand nombre.


But if, like me, you want to capture the true spirit of Paris, then this is the place where you’ll feel it most strongly. One life is not enough, not without magic powers, not without some earth-shattering event. Paris is so full of splendor that it climbs heavenward. While everything is teeming and crawling around you, rise above it, stand up straight, make an effort, climb a few steps, dream bigger, higher, brighter! Don’t ask for the moon, just take it, and all the stars, and the light from the city store windows, from the City of Light, turned upside down on the low clouds, reflected on the sleepy Seine. At last I saw that a little of that splendor was sleeping, soothed by skilled hands, held in the balance of the beautiful and the useful, the pleasure of fashion, and affordable luxury. I also saw that the Paris skies were reflected in the store windows of the shopping malls and that it was also shining on the faces of people passing by. What some people described as the lure of the frivolous, seemed to me like a longing for happiness, a way to a new experience, a yearning for beauty, and improvement. The aesthetic of the city, the sensual experience from its open skies to my daydreams, this land hard-won by the girl that I was, and my nighttime wanderings amongst the most beautiful and fashionable places. Amongst the beauty,

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Un seul lieu avec l’ambition d’ y rassembler du beau, du bien, du généreux pour en faire l’ endroit d’ une expérience esthétique unique. Ce que j’ allais débusquer, découvrir, dénicher chaque nuit, tout ce que j’ aimais, offert à d’ autres. Pour tout un chacun, une aventure moins risquée que mes périples acrobatiques, que mes numéros de funambule sur la grande piste du cirque aux étoiles de Paris, mais tout aussi pleine de découvertes, de passion, de plaisir et d’ instants privilégiés. Le beau, le bien, le mieux, l’ exception, le joli, le réussi, le bon : voilà mes échelons du bonheur pour aller plus haut dans le cœur des gens.


the intelligence, the love, the generosity, the savoir-faire that I encountered there, all of that needed to be available to everyone. Available in one place with the ambition to gather together the beautiful, the well-made, the generous, and to create a place with a unique aesthetic appeal. The things that I went hunting for and discovered every night, everything that I loved, should be available to others. A less risky adventure than my acrobatic excursions and my tightrope performances in that big circus ring under the stars of Paris, now open to each and every one of us, but just as full of discovery, passion, pleasure, and special moments. The beautiful, the well-made, the very best, the exceptional, the pretty, the good: my steps on the ladder to happiness leading right up to people’s hearts.

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"Le beau, le bien, le mieux, l’ exception, le joli, le réussi, le bon : voilà mes échelons du bonheur pour aller plus haut dans le cœur des gens".


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