Issuu on Google+

L'

Le retard de la Picardie en termes de formation ne s'explique qu'en partie par les caractéristiques sociales de sa population Sur les 22 régions de métropole, la Picardie s'inscrit dernière ou avant-dernière pour la plupart des indicateurs de formation. Même si le niveau s'est amélioré en Picardie comme ailleurs grâce à l'accès élargi au baccalauréat, la région ne rattrape guère son retard. Les structures socioprofessionnelles de la Picardie, et plus encore le niveau d'éducation des parents, expliquent en partie la moindre réussite scolaire. La moindre diversité des parcours de formation joue également un rôle important. Les régions qui ont les meilleures performances présentent aussi des parcours plus diversifiés, avec davantage de lycées généraux, de trajectoires de reprises d'études après un CAP ou BEP et des filières d'apprentissage plus développées. Parmi les raisons des moins bons résultats scolaires de la Picardie, il faut ajouter une moindre ambition des familles. À situation identique, les élèves de Picardie et du Nord - Pas-de-Calais font des choix d'orientation moins ambitieux que dans le reste de la France.

un des enjeux majeurs de la formation est l'insertion sur le marché du travail. Les jeunes non diplômés sont les plus exposés au chômage et à l'emploi précaire. Le fait d'être dépourvu de diplôme est même de plus en plus pénalisant. En 1980, un jeune sans diplôme avait 1,6 fois plus de risque d'être au chômage qu'un jeune ayant un CAP ou un BEP. En 2002, ce rapport était de 2,8. La forte remontée du chômage que l'on connaît depuis la fin 2008, particulièrement parmi les moins diplômés, ne peut qu'accentuer encore ce phénomène.

La Picardie dans les derniers rangs pour la plupart des indicateurs de formation À cet égard, la situation régionale n'est pas satisfaisante : la Picardie s'inscrit au dernier ou à l'avantdernier rang des 22 régions de métropole pour la plupart des indicateurs de formation. L'académie d'Amiens est par exemple la dernière avec celle de Lille pour l'accès au baccalauréat des jeunes qui y font leurs études. En 2006, 60,0 % des jeunes de Picardie en âge de passer le baccalauréat l'ont obtenu contre 64,3 % en France métropolitaine. Depuis 2000, les sorties sans qualification1 ont fortement diminué en Picardie (comme dans la plupart des régions mal classées) pour se rapprocher de la moyenne nationale : elles sont passées de 10,8 % en 2000 à 8,3 % en 2007 en Picardie et de 7,0 % à 5,6 % en moyenne nationale. Cette baisse s'explique essentiellement par la réduction des abandons d'études au collège et en début de CAP et BEP. Ce rattrapage est cependant insuffisant : seules les académies de Créteil et de Nice sont moins bien classées que l'académie d'Amiens. La Picardie se place en dernière position pour le taux d'illettrisme des jeunes de 17 ans. Les tests auxquels sont soumis les jeunes garçons et filles âgés de 17 ans au cours de la Journée d'Appel de Préparation à la Défense donnent un indicateur de l'illettrisme2 parmi cette population. 1

Anne ÉVRARD Insee Picardie

Les sortants « sans qualification » sont ceux qui ont quitté le système éducatif avant d’avoir atteint l’année terminale de CAP ou de BEP, ou la classe de seconde générale ou technologique.

2

L’illettrisme qualifie alors la situation des jeunes qui éprouvent de graves difficultés face à l’écrit au point de ne pas lire ou écrire un message très simple.

IPA n°43 décembre 2009

1

1


En 2006, 8,1 % des jeunes Picards sont en situation d'illettrisme contre 4,8 % des jeunes Français de métropole.

Niveaux de diplôme3 : un rattrapage, mais qui reste insuffisant

Le retard s'observe à tous les stades de la scolarité et dès les jeunes âges. Ainsi, la région est déjà à l'avantdernier rang pour l'évaluation en sixième des compétences en français et en mathématiques. Dans ces deux disciplines, les scores de réussite se situent sous la moyenne nationale, avec 6 points de moins pour le protocole de français et 3 points de moins pour celui de mathématiques.

En Picardie comme en France métropolitaine, les niveaux de formation se sont nettement élevés en 20 ans. Un jeune sur deux issu de la génération 19704 est titulaire du baccalauréat, ce qui représente le double de la génération 1950. La part de diplômes supérieurs au baccalauréat a aussi plus que doublé en Picardie entre la génération 1970 et la génération 1950. Dans le même temps, la part de sans diplôme a diminué d'un tiers.

L’écart entre la Picardie et la France se réduit, mais reste important Répartition des diplômes selon les générations parmi les individus ayant achevé leurs études

% 100

14,5 80

18,0

60

21,3

40

6,7 8,1

19,4

14,7

21,3

37,2

37,2

La Basse-Normandie, la Franche-Comté, la Lorraine et le Centre présentaient comme la Picardie un retard sur la génération 1950. Toutefois, leur rattrapage a été plus poussé que dans notre région : leur part de sans diplôme est proche de la moyenne pour la génération 1970.

25,6 36,3

16,5 0

10,7

11,8

29,7

20

11,0

20,6

L'écart avec le niveau national demeure cependant prononcé. La part de sans diplôme5 dépasse encore la moyenne nationale, mais s'en rapproche : pour la génération 1960, la Picardie comptait 6,4 points de plus qu'en moyenne nationale, l'écart est de 3,4 points pour la génération 1970. Malgré la généralisation du baccalauréat, la Picardie n'a pas encore rattrapé la France au niveau du bac : 53,8 % de la génération 1970 est titulaire au moins du baccalauréat en Picardie contre 61,3 % en moyenne métropolitaine. De même, la jeunesse picarde a moins profité de l'accès élargi à l'enseignement supérieur que l'ensemble de la métropole.

26,4

13,1

25 à 34 ans 45 à 54 ans 25 à 34 ans 45 à 54 ans génération 1970 génération 1950 génération 1970 génération 1950 Picardie France métropolitaine Diplôme univ. 2e ou 3e cycle Diplôme univ. 1er cycle Bac Part de CAP, BEP, BEPC Source : Insee, recensement de la population 2006, exploitation complémentaire Aucun diplôme (y c. CEP)

L’Aisne est le département le plus pénalisé Part de sans diplôme et de diplômés du supérieur parmi la génération 1970 (les 25 à 34 ans) ayant achevé ses études

Aisne Oise Somme Picardie France métropolitaine

Part de sans diplôme (y c. CEP) (en %) 17,4 16,1 16,4 16,5 13,1

Part de diplômés univ. 2e ou 3e cycle (en %) 11,5 15,7 15,3 14,5 20,6

Source : Insee, recensement de la population 2006, exploitation complémentaire

Toutes les zones d'emploi de Picardie sous la moyenne nationale, y compris dans l'Oise La Picardie est une région contrastée, du sud de l'Oise partie intégrante de l'aire urbaine parisienne, à la Thiérache plus isolée et rurale. Le retard de la région en matière de diplôme est pourtant général sur tout son territoire. Les trois départements picards présentent un déficit de diplômes. L'Aisne est le département le plus pénalisé : 17,4 % des personnes nées dans les années 1970 y sont sans diplôme, soit plus de 4 points au-dessus de la moyenne nationale. Sa part de diplômés du supérieur6 dépasse à peine la moitié du chiffre national. L'Oise et la Somme présentent un niveau de diplôme nettement en dessous de la moyenne : leur part de sans diplôme parmi les 25-34 ans sortis du système scolaire dépasse encore de 3 points la moyenne nationale et leur part de diplômés universitaires de 2e et 3e cycle y est près de 5 points sous la moyenne. Dans toutes les zones d'emploi de Picardie, la génération 1970 a un niveau de formation sous la moyenne nationale. Les zones d'emploi du sud de la région bénéficient d'un taux de sans diplôme plus faible que celles du nord. La zone d'emploi d'Amiens est la mieux placée, 3 Dans la suite de ce document, on s’intéresse au niveau de diplôme tel qu’il est recueilli dans le recensement de la population. 4 Ayant achevé ses études : dans cette génération, ils ne sont plus que 1,2 % à poursuivre des études. 5 Les titulaires d’un certificat d’études primaires sont comptés parmi les sans diplôme. 6

Diplômés universitaires de 2e et 3e cycle. IPA n°43 décembre 2009

2

2


Toutes les zones d’emploi picardes ont une part de sans diplôme supérieure à la moyenne nationale Part de sans diplôme parmi les personnes de 25 à 34 ans ayant achevé leurs études Santerre-Somme

devant celle de Compiègne, pour sa part de sans diplôme mais aussi pour celle de diplômés du supérieur. Son statut de capitale régionale lui vaut une plus forte présence de cadres et de professions libérales. Sa part de diplômés du supérieur (18,6 %) reste cependant inférieure à celle des capitales régionales voisines : 20,2 % dans la zone d'emploi de Reims et 19,4 % dans celle de Lille.

Vimeu

Les structures sociales de la région n'expliquent qu'une partie du retard de la Picardie

Saint-Quentin Abbeville-Ponthieu Chauny-Tergnier-La Fère

Le rôle des inégalités sociales en matière scolaire a été analysé par plusieurs ouvrages qui ont fortement marqué la sociologie française7. La moindre réussite scolaire des enfants picards doit d'abord être reliée au contexte social. En 2006 en Picardie, 50 % des jeunes dont les deux parents sont chômeurs sont sortis du système scolaire sans diplôme contre 14 % pour ceux dont les deux parents ont un emploi. 24 % des jeunes dont le père est ouvrier sont sortis du système scolaire sans diplôme, contre 7 % des enfants de cadres.

Thiérache Aisne Château-Thierry Sud-Oise Santerre-Oise Picardie Somme Oise Laonnois Beauvais Soissons Compiègne Amiens France métropolitaine

0

25 20 15 % Source : Insee, recensement de la population 2006, exploitation complémentaire 10

5

Un enfant d’ouvrier a trois fois plus de risque de sortir du système scolaire sans diplôme qu’un enfant de cadre Part de sans diplôme selon la catégorie socioprofessionnelle des parents en Picardie Actif ayant un emploi Agriculteurs exploitants Cadres et professions intellectuelles supérieures

CS de la mère CS du père

Les écarts de performance scolaire entre régions recoupent des contrastes sociaux. Les régions situées dans l'ouest et le centre de la France associent réussite scolaire et indicateurs sociaux au-dessus de la moyenne. La Bretagne, où les sorties sans diplôme sont les moins fréquentes, est aussi la région où le taux de pauvreté des enfants est le plus bas. À l'inverse, les régions du nord (Picardie, Nord - Pas-de-Calais, Champagne-Ardenne, Haute-Normandie) et du pourtour méditerranéen connaissent à la fois moindre réussite scolaire, moindre qualification des adultes et plus grande précarité. En 2006, la part des cadres parmi les actifs occupés de 15-64 ans vivant dans la région n'est que de 11 %, quatre points de moins qu'en moyenne nationale. 30 % des Picards sont ouvriers contre 23 % en moyenne. Ceci fait de la Picardie la seconde région pour la part des ouvriers parmi ses actifs, juste après la Franche-Comté. D'autres indicateurs témoignent en outre d'une précarité sociale plus marquée qu'en moyenne, surtout en raison d'un chômage plus important. Le taux de pauvreté des enfants et adolescents de Picardie est de 18,5 %, dépassant de plus de deux points la moyenne (16,4 %).

Plus que partout ailleurs, l'héritage socioculturel pénalise les enfants picards

Professions intermédiaires Artisans, commerçants et chefs d'entreprise Employés Ouvriers 0

5

10

15 20 25 En % Source : Insee, recensement de la population 2006, exploitation complémentaire

Les travaux de Pierre Bourdieu, Jean-Claude Passeron et Claude Thélot7 ont bien établi que les déterminants de type culturel, comme le diplôme des parents, jouent un rôle plus fort que les déterminants purement économiques et sociaux. L'importance du rôle de chacun des deux parents a également été mise en évidence. En Picardie, 31 % des jeunes dont la mère n'avait pas de diplôme sont sortis eux-mêmes du système scolaire sans diplôme. Pour ceux dont la mère était diplômée, la proportion tombe à 14 %, et le fait que la mère ait un diplôme supérieur au bac ne diminue plus alors que de 7

« Tel père, tel fils » Claude Thélot, « Les héritiers » Pierre Bourdieu et JeanClaude Passeron.

IPA n°43 décembre 2009

3

3


3 points cette proportion. Ainsi, c'est le fait que les parents aient un diplôme, soit-il inférieur au Bac, qui conditionne véritablement la trajectoire scolaire de l'enfant. Une analyse structurelle/résiduelle sur le taux de sans diplôme en Picardie le confirme : 40 % de l'écart de 4,2 points entre la région et la moyenne nationale s'explique directement par le niveau de diplôme des deux parents (la part expliquée est moins élevée si l'on n'examine que

le niveau de diplôme du chef de famille). L'influence du chômage et de la qualification est moins marquée : elle n'explique que le quart de l'écart entre la région et la France. La réussite de l'enfant à l'école apparaît ainsi nettement liée au capital scolaire que détiennent ses parents. Néanmoins, plus de la moitié de l'écart entre la région et la France s'explique par des effets régionaux locaux propres.

Pourtant certains groupes défavorisés sont moins présents en Picardie : familles monoparentales ou immigrés Tous les facteurs qui influencent négativement les chances de réussite scolaire des enfants ne sont toutefois pas présents en Picardie. C'est d'abord le cas des familles monoparentales qui ne sont pas plus nombreuses en Picardie qu'en France. Les jeunes issus de l'immigration hors de l'Union européenne connaissent également des difficultés scolaires accrues, mais ils sont moins présents qu'en métropole (3,4 % d'enfants de nationalité étrangère dans le 1er degré en Picardie contre 5,9 % en France). Enfin, les conditions de logement sont également un fort déterminant de la réussite scolaire. Or les enfants picards ne sont pas particulièrement défavorisés quant à la surface dont ils disposent à la maison : un couple avec 2 enfants dispose de 5 pièces en Picardie, contre 4,8 pièces en moyenne nationale.

Un enfant dont la mère a un diplôme, même inférieur au bac, a deux fois plus de chance de sortir du système scolaire avec un diplôme qu’un enfant dont la mère est sans diplôme Diplôme des jeunes Picards* selon le niveau de diplôme de leur mère

% 100

80

60

40

20

0

31

Diplôme Aucun diplôme de la mère : (y c. CEP) Diplôme de l’enfant :

14

11

9

Diplôme inférieur au Bac

Bac

Diplôme supérieur au Bac

Diplôme supérieur au Bac Bac Diplôme inférieur au Bac Aucun diplôme

Des parcours de formation moins diversifiés que dans d'autres régions Après l'héritage du milieu familial, les types de parcours de formation peuvent expliquer en partie les moins bons résultats scolaires de la Picardie. Une étude8 récente

*De 15 à 29 ans ayant achevé leurs études et vivant avec leurs parents Source : Insee, recensement de la population 2006, exploitation complémentaire

8

Note d’information 06.15 « Origine sociale, offre de formation et niveau atteint dans le secondaire » Florence Léger.

Le diplôme des deux parents explique 40 % de l’écart de la Picardie à la moyenne Les déterminants du niveau de formation pour la Picardie en 2006 Taux de sans diplôme réel

Écart à la moyenne nationale (18,6 %)

dont : effet structurel

effet local propre

0,7

3,5

1,1

3,1

1,4 1,7

2,8 2,5

Effet structurel expliqué par : - La structure d'activité (et catégorie socioprofessionnelle si actif occupé) du chef de famille - La structure d'activité (et catégorie socioprofessionnelle si actif occupé) des deux parents - Le diplôme du chef de famille - Le diplôme des deux parents

22,8

4,2

Ce tableau résulte d'une décomposition entre effet structurel et effet résiduel réalisée sur les jeunes de 15 à 29 ans ayant achevé leurs études et vivant chez leurs parents. L'effet structurel correspond au taux de sans diplôme des jeunes qui découle de la structure par diplôme de leurs parents (l'appartenance du jeune à une famille monoparentale ou à un couple est aussi prise en compte). Cet effet structurel est égal au taux de sans diplôme théorique qui serait observé pour une zone où chaque jeune y résidant a la même probabilité d'être sans diplôme que celle observée en moyenne nationale pour les jeunes dont les parents ont les mêmes niveaux de diplôme. Ainsi, compte tenu des différences de niveaux de diplôme des parents, le retard des enfants devrait s'établir en Picardie à 20,3 %, dépassant de 1,7 % la moyenne nationale. L'effet local propre correspond à la différence entre le niveau réellement observé et celui imputable à l'effet structurel. Le taux de sans diplôme étant de 22,8 % en Picardie, la région se trouve ainsi pénalisée par un effet spécifique dont l'ampleur est évaluée à 22,8 % - 20,3 % = 2,5 points. Source : Insee, recensement de la population 2006, exploitation complémentaire IPA n°43 décembre 2009

4

4


du ministère de l'Éducation nationale montre que les académies qui favorisent les meilleures trajectoires scolaires, à savoir Clermont-Ferrand, Grenoble, Toulouse, Lyon, Nantes et Rennes, offrent des parcours de formation variés : forte densité de lycées d'enseignement général, nombreuses reprises d'études après le CAP et le BEP, apprentissage développé et part plus importante de l'enseignement privé. À l'opposé, la Picardie, comme les autres régions à moindre réussite, possède des parcours moins diversifiés. La Picardie est une des régions où les jeunes s'orientent

En Picardie, à l’issue de la 3e, les jeunes s’orientent moins souvent vers la filière générale et technologique Orientation des élèves en fin de troisième vers un second cycle général et technologique

L’apprentissage est peu développé dans le nord de la France et la région parisienne Poids de l’apprentissage de niveau V et IV dans l’enseignement professionnel

Métropole : 59 % En % des élèves terminant une troisième

Poids de l’apprentissage en % 38,0

62

34,4

60

30,1

58

26,8

56

18,0 Niveau V : préparation d’un diplôme de second cycle court professionnel (CAP, BEP et autres) Niveau IV : préparation d’un diplôme type brevet ou baccalauréat professionnel

Champ : ensemble des formations initiales secondaire Source : MEN-DEP., année scolaire 2002-2003

Source : DEPP, enquête SIFA, données au 31 décembre 2006

Les déterminants de la réussite scolaire peuvent être évalués "toutes choses égales par ailleurs" grâce à la méthode de la régression logistique Cette régression confirme d'abord le poids de la reproduction sociale. En Picardie, à caractéristiques identiques, un enfant d'ouvrier a moins de chances de sortir diplômé du système scolaire que celui d'une autre catégorie sociale : la probabilité est multipliée par 1,35 si son père est employé, par 1,55 si son père appartient à une catégorie intermédiaire. Si son père est cadre, la probabilité qu'il sorte diplômé du système scolaire est multipliée par 2,5. Il est également confirmé que l'inégalité scolaire s'exprime davantage en termes de capital social et culturel que comme une inégalité strictement économique. Dans la plupart des cas, l'effet du diplôme du père est plus déterminant que celui de sa catégorie sociale. Par rapport à un jeune dont le père est dépourvu de diplôme, un jeune dont le père possède un diplôme supérieur au Bac voit ses chances de sortir du système scolaire lui-même diplômé multipliées par 2,5 en Picardie. À caractéristiques identiques, les filles réussissent nettement mieux que les garçons : leur probabilité de succès est multipliée par 1,55 en Picardie. Le nombre d'enfants dans la famille a également un fort impact. Par rapport à un enfant unique, l'enfant qui se trouve dans une famille de 2 enfants a 15 % de risque supplémentaire de sortir sans diplôme du système scolaire et celui qui se trouve dans une famille nombreuse1 55 % de plus. Ce risque est également accru de 40 % pour l'enfant d'une famille monoparentale par rapport à celui d'un couple.

supérieure. Plusieurs études au niveau national ont relevé cet investissement spécifique des jeunes issus de l'immigration dans le système scolaire2. Les auteurs l'expliquent habituellement par les plus fortes aspirations des familles immigrées vis-à-vis de l'école. Les facteurs sont habituellement plus discriminants en Picardie. Par rapport à un fils d'ouvrier, un fils de cadre voit ses chances de sortir diplômé multipliées par 1,75 en moyenne nationale, mais par 2,5 en Picardie. Ceci résulte probablement des structures socioprofessionnelles marquées par une moindre qualification. Dans un contexte où les cadres sont plus rares, être fils de cadre confère un avantage accru. Le handicap spécifique de la Picardie signalé auparavant est lui aussi confirmé par une autre régression logistique3. À mêmes caractéristiques de sexe, structure familiale et origine sociale, un jeune a plus de chance de sortir du système scolaire diplômé dans 19 des 21 autres régions de métropole qu'en Picardie. Seules, les régions Languedoc-Roussillon et Corse présentent un handicap un peu plus prononcé que le notre. Les écarts de réussite scolaire tiennent donc aussi à des effets propres régionaux qui viennent renforcer les effets mesurables de la structure socio-économique.

1

Le fait que les parents soient d'origine étrangère n'apparaît pas comme un handicap spécifique. À caractéristiques identiques, les enfants dont le père vient d'un autre pays européen réussissent mieux que ceux dont le père est né en France. Si le père vient d'un pays non européen, les enfants réussissent généralement aussi bien que les enfants de parents français. En Picardie, leur probabilité de succès est même de 35 %

Famille avec 4 enfants ou plus.

2

Résumées dans « La scolarité des enfants d’immigrés » par Louis-André Vallet et JeanPaul Caille.

3

Régression dans laquelle la région de résidence est ajoutée aux caractéristiques individuelles parmi les variables indicatrices (voir rapport d’étude "Le retard de la Picardie en termes de formation : état des lieux et explications" - www.insee.fr/picardieespace "Les publications", « Documents de travail ».).

IPA n°43 décembre 2009

5

5


le moins souvent vers la filière générale et technologique à l'issue de la 3e : à la rentrée 2002-2003, 54 % des jeunes Picards se sont orientés de la 3e vers une seconde générale et technologique, contre 59 % en France métropolitaine. De plus, seuls 45 % des jeunes Picards ayant obtenu leur CAP ou leur BEP poursuivent des études9, soit 5 points de moins qu'en moyenne nationale. L'ap-

prentissage est par ailleurs peu développé en Picardie et dans les académies du nord et de la région parisienne. Il est inégalement réparti sur le territoire, témoignant à la fois de traditions éducatives, de l'action des pouvoirs publics et des filières de recrutement dans les métiers de la région. Enfin, la Picardie a une part d'élèves dans le privé plus faible que la moyenne.

En fin de 3e, des choix d'orientation moins ambitieux des parents picards

En Picardie et en Nord - Pas-de-Calais, les parents demandent plus souvent qu’ailleurs pour leur enfant une orientation vers une filière professionnelle Vœux des familles en faveur d’une orientation en fin de troisième vers un second cycle professionnel (2002-2003)

Métropole : 30 % En % des vœux émis en troisième générale publique

Ces parcours scolaires moins diversifiés semblent en partie liés à une moindre ambition des familles vis-àvis de la réussite scolaire. À la rentrée 2002-2003, les vœux d'orientation en faveur d'un second cycle professionnel ont été les plus fréquents dans les académies de Lille (40 %) et d'Amiens (36 %) (contre 30 % en France métropolitaine). La moindre ambition des familles du Nord - Pas-de-Calais et de la Picardie résulte en partie des structures sociales. Toutefois, à même position de diplôme ou de catégorie sociale, les parents picards se montrent moins ambitieux que dans le reste de la France, ainsi que l'établissent les études du ministère de l'Éducation nationale. La moindre demande éducative des Picards ne saurait pourtant être justifiée par les structures régionales du marché du travail. Au contraire, un diplôme identique accroît davantage en Picardie les chances d'accéder à l'emploi.

35 30 25 Champ : ensemble des formations initiales secondaire, France métropolitaine Source : MEN-DEP.

Pour en savoir plus "Les évaluations en 6e : l'environnement familial et le voisinage scolaire pèsent sur la réussite de l'enfant", Anne Évrard, Insee Picardie Analyses n°42, Insee, 2009 - www.insee.fr/picardie espace « Les publications ». "Le retard de la Picardie en termes de formation : état des lieux et explications" rapport d'étude décembre 2009, www.insee.fr/ picardie espace « Les publications », « Documents de travail ». "L'école réduit-elle les inégalités sociales ?" J.P. Caille et S. Lemaire, Éducation et formation n°66, 2003. "Trajectoires scolaires dans le secondaire entre 1996 et 2002 : des bilans académiques inégaux" Florence Léger, Données sociales, Insee, 2006. "Tel père, tel fils" Claude Thélot, 1982. "Les héritiers" Pierre Bourdieu et Jean-Claude Passeron, 1964.

D'autres caractéristiques dues au caractère plus rural de la région ont des effets limités La moindre réussite des enfants picards en primaire ne peut pas s'expliquer par des classes plus chargées qu'en moyenne. Au contraire, celles-ci comptent un peu moins d'élèves en Picardie (23,3 enfants dans le public) que dans l'ensemble de la métropole (23,8). La taille moyenne des classes primaires varie d'ailleurs très peu d'une académie à l'autre. D'autre part, la part de lycéens qui vivent en internat en Picardie est proche de la moyenne nationale. Les internats y sont cependant moins fréquents que dans d'autres régions où l'espace rural tient aussi une place importante (Limousin, Poitou-Charentes, Basse-Normandie, Bourgogne ou Auvergne). Dans toutes les régions françaises, les enseignants ont des profils assez proches, ce qui ne pourrait causer d'écarts significatifs dans la réussite scolaire des enfants. La Picardie se distingue néanmoins par une part importante de jeunes professeurs qui viennent d'autres régions et par une moindre sélectivité du concours de professeur des écoles.

9 Une fois obtenu son CAP ou BEP, un jeune peut prolonger ses études, soit en préparant un baccalauréat ou son équivalent professionnel, soit en suivant une première d’adaptation.

Insee Picardie 1ter, rue Vincent Auriol 80040 AMIENS CEDEX 1 Téléphone : 03 22 97 32 00 Télécopie : 03 22 97 32 01 Directeur de la Publication : Pascal OGER Rédacteur en chef : Nathalie SALOMON Maquette Insee Picardie Impression dbPRINT Picardie Dépôt légal : décembre 2009 ISSN : 1779-4935 Code SAGE : IPA04362 N°43-2009 www.insee.fr/picardie IPA n°43 décembre 2009

6

6


Le retard de la Picardie en termes de formation