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Quel est l'avenir des relations amĂŠricano-saoudiennes Ă l'horizon 2020?

Olivia Ronsain Sous la direction de Karim Bitar

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18/03/2013

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Sommaire

Introduction

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Partie 1 Historique des relations américano-saoudiennes et faits marquants 1. 2. 3. 4. 5. 6. 7.

Acte fondateur de cette alliance : le pacte du Quincy …………………….………p 2 Création de l'état d’Israël …………………….………p 3 Guerre du Canal de suez …………………….………p 3 Guerre du Kippour …………………….………p 4 Les années 1979-80 : révolution iranienne, invasion de l'Afghanistan et guerre Iran-Irak …… .…..p 4 Guerre du Golfe ……………………………p 5 Attentats du 11 septembre ……………………………p 5

Partie 2 Actions communes et défis de l'alliance depuis les attentats du 11 septembre 2001 1. Problématique de l'énergie 2. Une alliance axée sur la défense 2.1. Lutte contre le terrorisme 2.2. Vente d'armes et programmes d’entraînement militaire 2.3. Le dossier du nucléaire

….... ………………….......p 7 .……………………………p 8 .……………………………p 9 …......... ….………...……p 10

3. Les enjeux communs de politique étrangère …......... ….…………...…p 10 3.1. Le clivage confessionnel sunnite chiite et ses conséquences dans les tensions avec l'Iran, et dans les conflits irakien, syrien et israélo-palestinien ………..……..…p 10 3.2. Les printemps arabes ………. …………………p 12 3.3. Le conflit israélo-palestinien ………. ……………....…p 13

Analyse et conclusion

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Annexes

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Bibliographie et sources

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Introduction Les relations américano-saoudiennes sont parmi les plus complexes à appréhender. Elles unissent deux pays profondément opposés d'un point de vue idéologique, social, politique, religieux et philosophique. Pourtant cette union, officialisée en 1945 par le pacte du Quincy, a été renouvelée en 2005, marquant donc cette très nette volonté pour ces deux pays de continuer à travailler ensemble. En effet, malgré de profondes divergences dans leurs constitutions et leurs fonctionnements, c'est au travers de nombreux intérêts communs que cette solide alliance a pu perdurer durant la seconde moitié du XXème siècle et jusqu'à aujourd'hui, malgré de graves périodes de crises, dont les attentats du 11 septembre 2001 à New York. Aujourd'hui, plusieurs défis pourraient à nouveau remettre en cause cette alliance, et laissent entrevoir de profondes mutations dans la relation des deux pays d'ici 2020. Nous étudierons dans une première partie les fondamentaux de cette alliance, les faits marquants, les dates clés et les obstacles rencontrés. Dans une seconde partie, nous aborderons la problématique énergétique, au regard des conclusions du dernier rapport de l'AIE (Agence Internationale de l’énergie) pour comprendre les conséquences que cette évolution pourrait engendrer. Enfin, nous aborderons les aspects de défense et de politique étrangère, pour comprendre si les relations américano-saoudiennes seront amenées à changer profondément dans les sept prochaines années*1.

Partie 1 : Historique des relations américano-saoudiennes et faits marquants 1. Acte fondateur de cette alliance : le pacte du Quincy Les intérêts des Etats-Unis pour la péninsule arabique sont antérieurs à la création du royaume saoudien. En 1917, les Américains se rendent au Moyen-Orient et font un état des lieux de la répartition de cette région entre les puissances occidentales. L’Angleterre puis la France avaient identifié le Moyen-Orient comme zone stratégique d’influence, à la fois pour le contrôle de la route des Indes du côté anglais, et pour les ressources énergétiques dont les besoins ont été ressentis suite à la Première Guerre Mondiale. Alors que la quasi-intégralité de l'Afrique du nord est occupée par les Français, au Moyen-Orient la Russie occupe le nord de l'Iran, la Grande-Bretagne est présente dans le sud de l'Iran et en Irak. La péninsule arabique est morcelée en quelques émirats au Sud, mais forme principalement un désert où s'affrontent de nombreuses tribus. Les Américains décident d'envoyer une équipe de géologues sur ce territoire, pour évaluer s'il contient des ressources pétrolières, ce qui fut confirmé. En 1932 est fondé le royaume d'Arabie Saoudite, par la tribu qui prit le dessus sur ses rivales: la tribu des Saoud. Son chef Ibn Saoud impose le Wahhabisme, courant religieux sunnite rigoriste, inspiré des écrits d'Abd al Wahab. En 1933, le régime saoudien signe un accord de concession à la Standard Oil of California (société de raffinage et de distribution de pétrole), afin de mener des recherches en ressources pétrolières, comme expliqué par David Ottaway dans son rapport pour le Foreign Policy Research Institute *2. Les découvertes en pétrole furent postérieures à la déclaration de souveraineté du royaume, ce qui a un impact considérable sur le futur de l'Arabie Saoudite, puisqu'elle détient, contrairement à ses voisins sous mandats, la souveraineté sur ses ressources et peut donc négocier sur la base du pétrole. En 1945, le président américain de l'époque, Franklin D. Roosevelt, de retour de la conférence de Yalta, pénètre les eaux du canal de Suez à bord du Quincy, et demande à rencontrer le roi saoudien. Après des négociations moins aisées que Roosevelt ne l'aurait anticipé, les deux responsables signent à la fin de leur déjeuner le pacte du Quincy, qui entérine l'échange d'un approvisionnement aux Etats-Unis de l’essentiel des ressources saoudiennes de pétrole à prix raisonnable, contre la protection inconditionnelle des frontières du royaume et de la dynastie des Saoud. Lors de cet entretien, les deux chefs d'Etat évoquèrent la situation de la Palestine. Les Saoudiens manifestèrent leur crainte pour l'avenir de la Palestine en cas de création d'un état d'Israël, et demandèrent au président d'en empêcher sa création*3. Ce pacte constitue l'élément fondateur de l'alliance américano-saoudienne, et fut signé pour une durée initiale de 60 ans. Un mémorandum de l'assistant au secrétaire d'état George McGhee*2, suite à un entretien avec le roi saoudien de l'époque, évoque que ce dernier craignait une attaque imminente des familles royales Hachémites au pouvoir en Jordanie et en Irak à l'époque. Ibn Saoud a vu en l’alliance militaire avec les Etats-Unis une solution pour parer à cette menace. Les Etats-Unis, de leur côté, ont annoncé leurs intérêts pour les ressources pétrolières. En 1951 le pacte sera renégocié à la demande du roi saoudien pour un engagement d’approvisionnement de la moitié des ressources pétrolières saoudiennes. Le renouvellement de ce pacte en 2005, lors d'une rencontre entre Abdallah et George Bush junior à Camp David, et traduit la volonté américaine de protéger l'approvisionnement en hydrocarbures. *1 : Club du millénaire, compte-rendu de conférence du 28/11/12 "des printemps arabes aux tempêtes du désert", consulté le 25 février 2013 et entretien avec Antoine Sfeir *2 :David Ottaway, "The U.S and Saudi Arabia since the 1930's", newsletter du Foreign Policy Research Institute, vol 14 n°21 août 2009 *3 : Barah Mikail, La politique américaine au Moyen-Orient, 2006 Page 2 sur 20


2. Création de l'état d’Israël Comme l'explique Thomas Lippman dans son livre Saudi Arabia on the edge : the uncertain future of an American ally*4, la discussion à bord du Quincy en 1945 avait été l'occasion pour les saoudiens de manifester leur inquiétude quant à la création d'un état Hébreu dans la région, et Franklin D. Roosevelt s'était engagé à ne pas laisser ce projet voir le jour. Mais celui-ci avait également formulé des promesses aux acteurs et organisations juifs, et en parallèle Truman, qui lui succéda quelques mois plus tard, ne tint pas compte des promesses formulées par son prédécesseur. Pourtant, de nombreux américains s'opposaient à la création de l'état d'Israël par peur de voir se dégrader la relation avec l'Arabie Saoudite et survenir des problèmes d’approvisionnement en pétrole. Ceuxci étaient qualifiés d'arabistes, et concernés plutôt par les conséquences stratégiques de cette décision que par la cause palestinienne. La déclaration de l'état d’Israël en 1948 suscita par conséquent un choc et une forte amertume de la part du dirigeant saoudien. Cependant, selon Anna Viden, les relations n'en furent pas réellement affectées, les intérêts stratégiques en commun étant primordiaux pour les deux acteurs en question ; en revanche, le roi saoudien et son chef de la diplomatie manquaient peu d'occasions de provoquer les représentants américains « A chaque fois que le roi Fayçal rencontrait Kissinger, ils le provoquaient sur la question juive et israélienne, étant entendu que Kissinger était lui-même juif. Mais les deux pays font preuve de pragmatisme ; cette alliance n'est en rien similaire à celle des Etats israéliens et américains, qui ont en commun une plus grande compatibilité culturelle. L’alliance américano-saoudienne est uniquement fondée sur des intérêts stratégiques communs.» L'Arabie Saoudite devient un des deux piliers américains au Moyen-Orient, au même titre que l'Iran du Shah, considéré par les Saoudiens comme leur plus grand rival.

3. Guerre du Canal de Suez Selon Antoine Sfeir « Préalablement à la guerre du canal de Suez, Nasser s'adresse aux USA pour solliciter de l'aide à la construction du barrage d’Assouan. En 1954, les architectes américains de la diplomatie, John Foster Dulles et Alla Dulles (directeur de la CIA), expliquent très clairement à Nasser qu'il ne bénéficiera pas du soutien américain puisque l’Égypte ne détient aucune ressource pétrolière. » Cette déclaration confirme l'intérêt majeur des américains pour le pétrole de la région, qui conduit leur politique d'alliances. C'est entre autres raisons suite à ce refus que Nasser décide de nationaliser le canal et d’émettre une taxe de passage, afin de récolter les fonds nécessaires pour financer le barrage. Le Protocole de Sèvres, composé de la France, de la Grande-Bretagne et d’Israël, entre en guerre contre l'Egypte Nassérienne*5. Suite aux menaces d’intervention nucléaire de l’URSS, puis aux injonctions américaines et enfin à l’adoption de plusieurs résolutions de l'ONU, les troupes du protocole de Sèvres se retirent en 1957, et les USA incluent leurs alliés dans une alliance stratégique avec l'Arabie Saoudite contre le régime de Nasser. Ils décident donc de privilégier le rapprochement avec un pays dont la constitution est fondée sur un dogme religieux rigoriste, au détriment d'un pays de constitution laïque. Comme le déclare Nicole Bacharan « Depuis la guerre froide, les américains considéraient qu'il valait mieux soutenir des religieux que des laïcs qui risquaient de verser dans le communisme et de s'allier à Moscou. » Ceci illustre parfaitement la stratégie américaine appliquée dès lors, dont les lourdes conséquences se traduiront notamment par les attentats du 11 septembre. Du côté saoudien, George Joffé explique dans son article « Saudi Arabia : Victim or Hegemon »*6 que l'appui américain fut particulièrement utile aux saoudiens pour participer aux luttes d'influence dans la région, notamment envers un de leurs principaux rivaux, l'Egypte de Nasser et sa politique expansionniste et laïque. Ceci rassurera le gouvernement saoudien, pourtant inquiet de voir les Etats-Unis soutenir l'Iran en parallèle. En 1967, la victoire de l'Arabie Saoudite contre l'invasion Egyptienne du Yémen consacrera sa position hégémonique au détriment du responsable Egyptien Nasser.

*4: Thomas Lippman, Saudi Arabia on the edge: the uncertain future of an American ally, 2012 *5: Henry Laurens, La question de Palestine, troisième tome, 2007 *6: George Joffe, « Saudi Arabia, victim or hegemon », Middle East Institute, 1 octobre 2009 Page 3 sur 20


4. Guerre du Kippour La guerre du Kippour, encore appelée guerre d'octobre 1967, fut une période de tension notoire entre les États-Unis et l'Arabie Saoudite, suite à l'invasion égyptienne et syrienne d’Israël pour récupérer les territoires conquis lors de la guerre des six jours en 1967. Les Etats-Unis répondent à l’appel de Golda Meir « Sauvez Israël », envoient des armes et organisent une opération de réapprovisionnement dans le Sinaï (Nickel Grass) en soutien à leur allié israélien. L'Arabie Saoudite refusa de soutenir les Etats-Unis et Israël, comme en atteste un document déclassifié des archives nationales américaines*7. Fondamentalement opposés au soutien américain à Israël, onze pays de l'OPEP décident le 16 octobre 1973 d'augmenter les prix du pétrole de 70%, et déclarent un embargo à destination des pays soutenant Israël, dont les États-Unis faisaient partie*4. Cette montée brutale du prix du pétrole paralyse l'économie internationale. Le rapport RL33533 du Congressional Research Service Report*8 rapporte que les conséquences aux États-Unis se sont matérialisées par une forte inflation des prix, et des inquiétudes majeures vis-à-vis des investissements des pays producteurs de pétrole aux Etats-Unis, dont l'Arabie Saoudite fait partie. Ces investissements étaient considérés comme le « recyclage des pétrodollars ». A cette époque, l'économie américaine était, de plus, en perte de vitesse, en partie à cause du problème de parité du dollar. Les EtatsUnis, dirigés par Nixon, avaient envisagé une intervention armée en Arabie Saoudite pour prendre le contrôle des ressources pétrolières et en avaient discuté avec le Shah d'Iran, comme en atteste une étude du Congressional Research Service*9. Kissinger, diplomate américain au Moyen-Orient, et promoteur de la realpolitik, joue un rôle primordial dans les négociations de cessez-le-feu entre l'Egypte et Israël avec la « shuttle diplomacy » qui permet la communication entre deux parties qui s’affrontent par l’intervention d’une troisième qui fait officieusement le lien en évitant la confrontation. Il écrit en 1974 que les Etats-Unis deviendront « l'interlocuteur incontournable des conflits dans la région ». Ce conflit attise à nouveau les divergences américaines et saoudiennes sur le dossier du conflit israélo-palestinien, et oblige les Etats-Unis à le placer en priorité sur leur agenda diplomatique. Il a également mis en évidence la vulnérabilité des Etats-Unis face au pétrole saoudien. A l'issu du conflit, les responsables américains et saoudiens ont alors insisté sur leur cause commune de lutter contre le communisme, et ont renouvelé leur engagement à travailler ensemble, au travers d'investissements économiques permettant de recycler les pétrodollars et d’une forte coopération militaire. En 1974 est créé le U.S-Saudi Arabian Joint Commission on Economic Cooperation qui renouvellera la coopération économique des deux pays au moyen d'investissements saoudiens dans l'industrie et la défense américaines. Selon Rachel Bronson, l'administration Nixon travaillera particulièrement sur le renouveau de cette alliance pour contrebalancer le problème de déficit de balance des paiements par le recyclage des bénéfices issus du pétrole.*10

5. Les années 1979-80 : révolution iranienne, invasion de l'Afghanistan et guerre Iran-Irak Dans les années 1979-80, le royaume saoudien vit s'ériger de nombreuses menaces, ce qui marqua un vrai virage dans l’alliance américano-saoudienne. Cette période ouvrit une décennie de collaboration intense entre les États-Unis et l'Arabie Saoudite. D'une part, la révolution islamique iranienne de 1979 et l’intronisation d'un régime hostile à l'Arabie Saoudite, institutionnalisant le courant de l'islam chiite, constitua un profond changement et une menace pour le royaume saoudien. D'autre part, la volonté de ce nouveau régime de manipuler la minorité chiite saoudienne à l'encontre de son gouvernement accrut les craintes pour la stabilité de la région.*10 En novembre 1979, la prise de la grande mosquée de la Mecque par des opposants à la dynastie Al Saoud, dans le pays gardien des deux villes saintes musulmanes, et la difficulté pour elle de résoudre cet incident traumatique pour le pays affaiblit énormément son image. La prise d'otages se traduisit par la mort de musulmans venus faire leur pèlerinage. Parmi les coupables figuraient les filiales djihadistes dont la famille Ben Laden. Cet incident est annonciateur des troubles à venir et résonnera lors des attentats du 11 septembre.*11 *7 :Geroge Washington University, “The October War and the U.S Policy”, William Bur, 7 octobre 2003 *8 : Congressional Research Service Report, Saudi Arabia : Background and U.S relations, 27 novembre 2012 *9 : Congressional Research Service, Oil Fields as Military Objectives: A Feasibility Study, 21 août 1975 *10: Rachel Bronson, Thicker than oil: America's uneasy partnership with Saudi Arabia, 2008 *11: Olivier Da Lage, Géopolitique de l'Arabie Saoudite, 2006 Page 4 sur 20


En décembre 1979, le déclenchement de l'invasion soviétique en Afghanistan engendra une réponse immédiate du président Carter. Celui-ci incita l'Arabie Saoudite à financer une vaste opération de formation et d'armement de jeunes religieux saoudiens prêts à rejoindre la résistance Afghane. Les Etats-Unis furent d'un grand soutien financier et militaire, et les saoudiens encouragèrent des dizaines de milliers de moudjahidines à rejoindre les rangs des soldats dans leur affrontement contre la Russie. Parmi eux se trouvait Oussama Ben Laden, futur commanditaire des attentats du 11 septembre. Cette lutte fut une autre illustration de la politique américaine pendant la guerre froide, qui privilégia les courants religieux pour lutter contre l'influence soviétique.*10 En 1980, l'Irak entre en guerre contre l'Iran, suite à l'appel de l'ayatollah Khomeiny aux chiites d'Irak à se soulever contre leur gouvernement. Son leader, Saddam Hussein, invoqua officiellement des problèmes de frontières. Cet affrontement idéologique impliquant l'Iran, ennemi historique de l'Arabie Saoudite qui lui disputait son hégémonie sur la zone du Moyen-Orient, fut l'occasion pour l'Arabie Saoudite de soutenir l'Irak et Saddam Hussein dans ce conflit pour affaiblir l'Iran. A partir de 1984, l'Arabie Saoudite et ses alliés du Golfe deviennent la manne financière de l'Irak dans cet affrontement.*6

6. Guerre du Golfe Cette guerre fut un autre exemple de la politique conjointe des deux pays. L’invasion irakienne du Koweït souleva de grandes craintes en Arabie Saoudite pour la sécurisation de leurs frontières. Alain Gresh explique « cette alliance atteint son apogée lorsque le gouvernement américain envoie 500 000 hommes sur place pour contrer l'avancée de l'Irak et protéger leur allié régional », ce qui renforcera la confiance de l'Arabie Saoudite envers son allié américain. Un article de la revue Hérodote*7 avance, au contraire, que les Etats-Unis, inquiets de la prise de possession du pétrole koweïti par les irakiens et de l'influence que cela pourrait avoir sur les prix, ont alimenté les craintes en Arabie Saoudite d'une invasion irakienne. Afin de légitimer leur intervention au Koweït, les Etats-Unis ont déclaré que les chars irakiens étaient concentrés à la frontière saoudienne en appuyant leurs arguments sur de fausses photos et témoignages. La chaîne de télévision CNN s’est illustrée à cette période dans le domaine de « l’info-spectacle ». En parallèle, la chute du mur de Berlin et la fin de la guerre froide mirent fin à la lutte commune des Etats-Unis et de l'Arabie Saoudite contre le communisme. Malgré tout, la stabilisation de la région du Golfe restait un enjeu de taille, pour la sécurité des frontières saoudiennes, et de l'approvisionnement en hydrocarbures des Etats-Unis. De plus, suite à la guerre du golfe, les citoyens saoudiens ont été à la fois admiratifs et inspirés par le courage des moudjahidines partis se battre au côté des afghans, à la fois révoltés par la présence en très grand nombre de troupes américaines sur leur territoire et la compromission de leur gouvernement. Cette occupation soulèvera la colère des citoyens et sera considérée comme une provocation par certains opposants au régime saoudien, dont le leader d'Al Qaeda Oussama Ben Laden.*8 Le sentiment antiaméricaniste se développe à cette époque. Entre 1995 et 1996, en l'espace de huit mois, deux attaques furent perpétrées contre les forces américaines en Arabie Saoudite. En novembre 1995 une voiture piégée explose devant un bâtiment qui accueille des conseillers américains ; en juin 1996, devant la base militaire de Khobar, un camion piégé explose faisant 19 morts et 500 blessés. Malgré les tensions et inquiétudes suscitées quant à la sécurité du personnel américain en Arabie Saoudite, certains enjeux cruciaux pour les deux pays maintiennent les relations bilatérales. Suite au retrait russe d'Afghanistan, de nombreux moudjahidines armés et formés au combat sont éparpillés au Moyen-Orient. Les attaques perpétrées contre le gouvernement américain suite à la guerre du golfe illustrent à nouveau l’opposition des citoyens à cette alliance avec les Etats-Unis et l'anti-américanisme de plus en plus apparent et violent*12. Certains de ces acteurs participeront aux attaques du 11 septembre.

7. Les attentats du 11 septembre Les attentats du 11 septembre 2001 constituèrent un choc majeur, et furent qualifiés de plus importante menace portée à cette relation depuis l'embargo pétrolier de 1973. Quinze des dix-neuf terroristes qui perpétrèrent ces attaques étaient de nationalité saoudienne. Selon le rapport de Christophe Blanchard sur les financements terroristes en Arabie Saoudite pour le CRS*13, certains experts émettent l'hypothèse que les politiques nationales et étrangères des deux pays, ainsi que leur coopération historique ont pu contribuer à forger un climat propice à ces attaques.

*12 : U.S Department of Defense, The Protection of U.S. Forces Abroad, Defense Issues volume 11 numéro 88, 1996 *13 : Congressional Report Service, «Saudi Arabia: terrorists financing issues », 8 décembre 2004 Page 5 sur 20


D’après ce rapport, la responsabilité du régime saoudien est particulièrement soulignée, à travers le financement des madrasas, les écoles religieuses coraniques gratuites qui diffusent un courant extrême de la religion musulmane et peuvent inciter au recours à la violence. Le financement d'associations caritatives dont les fonds permirent d'alimenter les réseaux terroristes responsables des attaques du 11 septembre fut aussi mis en cause. Comme l'affirme Nicole Bacharan « A partir du 9/11 le fait que la plupart des terroristes étaient saoudiens ou étaient passés par l'Arabie Saoudite a soulevé beaucoup de questions, auprès de la population et du gouvernement. Le regard a beaucoup changé, il y a eu une volonté de l'opinion publique, du gouvernement, des services secrets, des universités, et surtout de la presse de comprendre ce qu'était l'Arabie Saoudite, au-delà de la simple monarchie archaïque basée sur le pétrole, mais aussi qui était la famille Ben Laden, dans quelles entreprises américaines avait-elle des intérêts, quel était le parcours d'Oussama Ben Laden. Cela a réveillé les souvenirs de la guerre en Afghanistan et du rôle des Etats-Unis dans le financement de ces groupes à cette époque. Un grand nombre de livres à propos de l'islam et de l'Arabie Saoudite a envahi les librairies. Les Américains ont eu le sentiment que leur gouvernement a longtemps protégé et nourri un pays prétendument allié mais dont il fallait se méfier. » Ce fût la période la plus trouble de cette alliance car les Etats-Unis ont été directement attaqué par les extrémistes religieux qu'ils avaient formés et financés pour contrer l'invasion soviétique en Afghanistan. L'alliance a traversé une période de crise profonde, et fut fortement décriée au sein notamment du milieu néo-conservateur américain, explique Alain Gresh. De nombreux responsables américains, comme David D. Aufhauser, à l’époque conseiller au Trésor américain, blâment le gouvernement saoudien d’avoir collaboré au financement de ces filières terroristes*14. Toutefois, les positions au sein du gouvernement américain sont nuancées. Laurent Murawiec est congédié de la Rand Corporation suite à un rapport préconisant la fin de l'alliance avec la dynastie des Saoud. En parallèle, le secrétaire d'état au trésor de l'époque, John W. Snow, déclare le 17 septembre 2003, dans une note du département du Trésor*15 et suite à sa visite en Arabie Saoudite, que ce pays est un allié dans la lutte contre le terrorisme. Comme l'explique Stéphane Lacroix « Si l'alliance a pu survivre aux évènements dramatiques du 11 septembre, c'est que peu d'éléments pourraient la remettre en cause. » Malgré le climat délétère entre ces deux pays, qui aurait pu faire péricliter l'alliance, la lutte contre le terrorisme devient un enjeu majeur dans lequel les deux pays vont massivement s'investir. Cet événement est un point-clé qui démontre à quel degré cette union est basée sur le pragmatisme, et l'interdépendance au travers du partage d’intérêts communs. En 2003, les Etats-Unis entrent en guerre avec l'Irak, invoquant officiellement la présence d'armes chimiques. L'Irak constitue une des trois plus grandes réserves de pétrole au monde, et les Etats-Unis, soucieux de sécuriser leur approvisionnement en pétrole, traumatisés par l'embargo pétrolier, et dans le but de modérer la place cruciale qu'occupe l'Arabie Saoudite au sujet de l’approvisionnement en pétrole, souhaitent instaurer un régime qui leur soit plus favorable en Irak, comme ils l'avaient précédemment effectué en Iran lors de l'opération Ajax. Ils désirent aussi multiplier les pays fournisseurs de pétrole. L'Arabie Saoudite refuse de s'allier aux Etats-Unis dans cette entreprise, ce qui ne fait qu'approfondir le malaise déjà existant entre ces deux pays. Elle fournit cependant un soutien logistique officieux. Enfin, en 2005, et malgré l'intensité de la crise passée, le pacte du Quincy est renouvelé pour soixante années lors d'une rencontre entre le président George W Bush et le roi Abdallah à Camp David, illustrée par une photo qui les immortalise main dans la main.

*14: U.S Department of the Treasury, “Terrorism: Growing Wahhabi Influence in the United States”, 26 juin 2003 *15: U.S Department of the Treasury, “U.S. Treasury Secretary John W. Snow Statement following Visit to Saudi Arabia”, 17 septembre 2003 Page 6 sur 20


Partie 2 - Actions communes et défis de l'alliance depuis les attentats du 11 septembre 2001 1. Problématique de l'énergie Il existe deux courants se prononçant sur l'importance du paramètre de l'énergie entre les Etats-Unis et l'Arabie Saoudite. Les premiers, dont Antoine Sfeir, Nicole Bacharan, Alain Gresh et Rachel Bronson, considèrent le pétrole comme l'élément principal de leur relation. Les autres, comme Barah Mikail, Anna Viden, Stéphane Lacroix envisagent l'énergie comme une composante importante de cette alliance, à laquelle cette dernière ne doit pas être réduite. Même s'il est certain que l'approvisionnement en pétrole des Etats-Unis est inscrit dans le pacte du Quincy, les intérêts géostratégiques dans le Moyen-Orient ou encore la lutte contre le terrorisme sont également des enjeux majeurs de cette alliance. Selon l'Agence Internationale pour l'Energie l'IEA*16, les États-Unis sont les premiers consommateurs de pétrole au monde, avec 18,9 millions de barils consommés par jour*17, et le troisième producteur mondial avec 7,03 millions de barils de pétrole brut. D'après un article de Slate*18, en 2011, les Etats-Unis n'ont plus importé que 45% des carburants liquides qu'ils ont utilisé contre 60% en 2005, et ce recul des importations s’accélère. Dans le même temps, la consommation de pétrole a baissé de 9% depuis 2007. On voit donc se dessiner une certaine émancipation américaine et une autonomie dans ses besoins en matière d'énergie, comme l'avait souhaité le président Nixon au sortir du choc pétrolier de 1973. Cette recherche de l'indépendance énergétique, motivée initialement par les conséquences de l'embargo pétrolier, n'a jamais quitté l'agenda politique des gouvernements successifs, mais est redevenue un thème crucial suite aux attaques du 11 septembre. Les Etats-Unis se sont rendus compte de la vulnérabilité de ne dépendre que de l'Arabie Saoudite pour son approvisionnement en pétrole. George W. Bush a souhaité réduire sa dépendance à l'Arabie Saoudite, contrairement à la politique prônée par son père et au discours sur le Nouvel Ordre Mondial. Comme l'explique Nicole Bacharan « les attaques du 11 septembre ont motivé le gouvernement Bush à déclencher la guerre en Irak, notamment dans le but de pouvoir, en changeant le régime irakien, remettre en jeu leur pétrole et diminuer l'influence de l'Arabie Saoudite». En 2004, l'Arabie Saoudite est passée de second à troisième importateur de pétrole pour les USA. Dans son dernier rapport du 12 novembre 2012, l'IEA a estimé que les États-Unis deviendront premier producteur mondial de pétrole à l'horizon 2020, avec une production qui atteindra 11,1 millions de barils par jour*17. La production américaine dépassera donc celle de l'Arabie Saoudite, aujourd’hui le premier producteur mondial, et celle de la Russie. Cette augmentation de la production sera permise notamment par l'utilisation de la technologie de pétrole de schiste, qui permet d'extraire le « tight oil ». Cette production correspond en 2012 à 5 % de la consommation de pétrole aux USA*16, et devrait représenter entre 15% et 20% d'ici 2020*19. Pour autant, certains doutes subsistent à propos de cette indépendance énergétique. Le rapport The myth or reality of U.S energy independance d'Anthony H. Cordesman*20 souligne la position plus modérée de la US EIA (Energy Information Agency), qui envisage une dépendance américaine sur les importations de pétrole jusque 2040 (voir l’annexe 1 : Estimation de la dépendance américaine aux imports de pétrole entre 2010 et 2040). En parallèle l'Arabie Saoudite, qui était le premier pays producteur de pétrole jusqu'en 2011 avec 10 millions de barils produits par jour, a cédé cette année sa place à la Russie, avec 10,37 millions de barils*21. Le royaume détient tout de même 20% des réserves mondiales, ce qui en fait toujours un acteur prépondérant sur le marché de l'énergie. Comme l'explique Rachel Branson le développement économique et l'ouverture des ressources saoudiennes à la Chine et à l'Inde atténuent la dépendance du royaume aux USA. Aujourd’hui, plus de la moitié de sa production est destinée à l'Asie, comme on peut le voir sur le graphique de l’annexe 2, alors que les USA ne représentent en 2012 que 15% des exportations saoudiennes de pétrole. La dépendance saoudienne aux exportations de pétrole vers les Etats-Unis est donc souvent exagérée et de moins en moins avérée, particulièrement depuis l’émergence des besoins des nouvelles puissances asiatiques. *16:U.S Energy Information Administration, “Total Petrol consumption in North America from 2008 to 2012” *17: Los Angeles Times, “U.S. to become world's largest oil producer by 2020, report says”, 13 novembre 2012 *18: Slate, “Les Etats-Unis proches à nouveau de l'indépendance énergétique », 24 mars 2012 *19: Natixis, «Production de gaz et de pétrole de schiste aux Etats-Unis : une rupture considérable et insuffisamment analysée ; un problème majeur pour l’Europe », 17 janvier 2013 *20: Center for Strategic and International Studies CSIS, “The Myth or Reality of US Energy Independence”, 3 janvier 2013 *21: Capital, “Nouveau record pour la production pétrolière russe en 2012 », 3 janvier 2013

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Enfin, et malgré les multiples pressions américaines auprès du gouvernement saoudien, celui-ci ne souhaite pas augmenter ses capacités de production, au risque de voir les prix du baril baisser, et alors que son économie nationale repose de 80% à 90% sur les revenus du pétrole. Entre sa population jeune, son boum économique, et l'absence de prix de marché qui régule légèrement la consommation nationale de pétrole, cette dernière a augmenté ; en 2011, elle était estimée à 2,8 millions de barils par jour*22. Par conséquent, des études*23 ont préconisé à l'Arabie Saoudite de réduire ses exportations de pétrole pour pouvoir faire face à sa consommation domestique. Le royaume travaille sur les énergies vertes et renouvelables, car il doit préparer le changement de son économie. On remarque donc que malgré les relations privilégiées des deux pays, l'Arabie Saoudite n'est pas un exportateur majeur de pétrole à destination des Etats-Unis, et exporte elle-même plus de 50% de ses ressources en Asie. La dépendance énergétique de ces deux pays est donc à nuancer. Même si l'indépendance énergétique des Etats-Unis se vérifiait, l'Arabie Saoudite resterait un allié incontournable sur la question de l'énergie, car elle fournit également les alliés américains, ce qui impacte immanquablement l'économie américaine. L'indépendance énergétique des Etats-Unis ne saurait suffire à assurer leur sécurité. La stabilité de la zone et du détroit d'Ormuz par exemple restent également un paramètre vital. De plus, l'accroissement de sa production américaine est dû en grande partie à l’extraction du pétrole de schiste, dont on ne connait pas la taille des réserves, et à l'utilisation de ses réserves stratégiques, limitées également. La variable énergétique restera un élément crucial de cette relation. La possible indépendance énergétique à laquelle les Etats-Unis se destineraient, ce dont doutent de nombreux experts, ne remet pas intégralement cette alliance en cause. D'une part parce que l'Arabie Saoudite est le troisième pays importateurs de pétrole aux Etats-Unis, derrière le Canada et le Mexique. Son importance est bien souvent exagérée. D'autre part, car la sécurité des Etats-Unis repose aussi sur l'approvisionnement en pétrole de ses alliés, dont l'Union Européenne, auquel participe en partie l'Arabie Saoudite. Enfin, avec la croissance exponentielle des besoins énergétiques des pays émergents, l'Arabie Saoudite exporte plus de la moitié de son pétrole vers l'Asie, la réduction de l'export vers les Etats-Unis ne constitue donc pas un risque important pour elle.

2. Une alliance axée sur la défense 2.1 Lutte contre le terrorisme Suite aux attaques du 11 septembre, la lutte contre le terrorisme devient un enjeu majeur dans lequel les deux pays vont massivement s'investir. Malgré tout, la méfiance subsiste chez certains responsables américains. Dans une note du 23 juillet 2004 issue du U.S. National Commission on Terrorist Attacks*24, l'Arabie Saoudite est décrite comme un « allié problématique dans la lutte contre le terrorisme, bien que son implication s'intensifie depuis le début des attentats en mai 2003 ». Pourtant, depuis ces attaques, l’Arabie Saoudite a pris de nombreuses initiatives pour enrayer le mouvement terroriste et son financement, en réponse aux accusations de certains membres du gouvernement américain, et comme en atteste le rapport d'Alfred B. Prados sur les problèmes de financement terroristes en Arabie Saoudite*9 et le rapport de Christophe Blanchard sur les relations américano-saoudiennes*8. Dès 2001, le roi Fahd applique la résolution 1373 du Conseil de Sécurité de l'ONU, permettant de geler les fonds liés à des activités terroristes. En 2002, il instaure la « High Commission for oversight of Charity », afin de fournir l'assistance nécessaire aux associations pour améliorer la transparence de leur activité et de leurs comptes, fortement mise en cause dans les attentats. En 2003, les collectes de fonds dans les mosquées et les transferts de fonds à l'étranger depuis des associations privées furent proscrites en Arabie Saoudite, sauf sous certaines conditions bien définies. Cette même année, le royaume invita le FATF (Financial Action Task Force) et le GCC (Coopération des Pays du Golfe) à mener un audit de la situation dans son pays et il passa de nouvelles lois pour freiner ce phénomène, notamment une qui interdit le blanchiment d'argent*25.

*22: U.S Energy Information Administration, “Saudi Arabia overview”, 26 février 2013 *23: Chatham House, “Burning Oil to Keep Cool: The Hidden Energy Crisis in Saudi Arabia”, décembre 2011 *24: ABC Board, “9/11 Commission finds 'deep institutional failings'”, 23 juillet 2004 *25: The Washington Institute, “Saudi Financial Counterterrorism Measures (Part II)”, 10 décembre 2002 Page 8 sur 20


Le rapport du FATF émis à l'issu de cet audit atteste que la règlementation saoudienne est conforme aux règles internationales de lutte contre le terrorisme et le blanchiment d'argent, bien que la définition saoudienne du financement du terrorisme ne soit pas conforme aux standards internationaux. Par ailleurs, bien que ce bureau d'études évalue les mesures prises par le gouvernement, il ne mesure pas leur mise en place effective. En décembre 2003 l'Arabie Saoudite annonce un programme de récompenses allant jusqu'à 1,8 million de dollars pour toute information permettant l'arrestation de suspects ou le détournement d'attaques terroristes. Par ailleurs, en septembre 2005, l'Arabie Saoudite met en place de FIU/SAFCU (Financial Intelligence Unit), bureau destiné à collecter des informations sur le financement des activités terroristes. Enfin, l'Arabie Saoudite a aussi établi des centres de « dé radicalisation », où les terroristes arrêtés par les autorités pouvaient être rééduqués, moyennant l'abandon des charges à leur égard. En 2004, la participation de l'Arabie Saoudite au MENAFATF (Financial Action Task Force pour la région Moyen-Orient et Afrique du nord) confirme son engagement de combattre le terrorisme en dehors de ses frontières. Cette même année, elle instaura une commission non-gouvernementale pour les dons à l'étranger, seule plate-forme à partir de laquelle il serait possible de d'envoyer des dons à l'étranger. Enfin, elle participa à une conférence sur l'instrumentalisation des associations caritatives pour le financement d'opérations terroristes. Un an plus tard, le pays adopte la « déclaration de Riyadh » qui condamne la violence et le terrorisme. Depuis l’attentat du 11 septembre, la politique américano-saoudienne de lutte contre le terrorisme, qui met en avant une attention particulière à la lutte contre le financement des réseaux terroristes, se trouve résumée dans le 9/11 Recommendations Implementation Act*26. A la fin de l'année 2002, une commission bipartisane est créée à l'initiative du président Bush: « The National Commission on Terrorist Attacks Upon the United States »*27 afin d’établir un bilan des circonstances de cette attaque, de mener des recherches approfondies sur le financement des filières terroristes en Arabie Saoudite, et d’évoquer les réponses et des modes de prévention. Le rapport final n'établit pas la responsabilité saoudienne. Il désigne la « golden chain », liste d'éminents saoudiens et d'autres personnalités du Golfe ayant participé au financement des réseaux terroristes depuis la guerre d'Afghanistan à laquelle Ben Laden avait pris part. Ce rapport souligne également le rigorisme religieux existant en Arabie Saoudite et le manque évident de contrôle des fonds caritatifs. Parmi les actions conjointes américano-saoudiennes, le FBI a initié en septembre 2003 un programme sur le financement du terrorisme pour l'Arabie Saoudite. Le Trésor américain reconnaît également l'assassinat par les saoudiens de nombreux complices et mécènes des réseaux d'Al Qaeda. Enfin les deux pays ont dissolu la fondation islamique Al Haramain, suspectée à plusieurs reprises d'être liées à des actes terroristes, et qualifiée d'être « une des principales ONG islamiques soutenant Al Qaeda » dans une déclaration du département du Trésor en 2004. Ils ont également inclus les participants des onze branches dans la liste des terroristes à poursuivre. L'Arabie Saoudite a donc fait montre d'une volonté certaine de participer à cette lutte contre le terrorisme et les financements obscurs des filiales extrémistes. Un officiel du FATF a d'ailleurs félicité l'Arabie Saoudite d'avoir instauré des mesures de régulation parmi les plus évoluées au monde. Pourtant, leur mise en place et leur efficacité n'ont pas toujours été vérifiées. En outre, de nombreux experts s'accordent pour dire que cette lutte contre le terrorisme a été principalement motivée, du côté de l'Arabie Saoudite, par les attaques perpétrées sur le sol saoudien entre 2003 et 2005 et par la mise en danger de sa sécurité nationale. Comme l'expliquent Alain Gresh et Antoine Sfeir, « la position de l'Arabie Saoudite n'est pas claire dans sa lutte contre le terrorisme, car elle finance également ces réseaux pour éviter que les attaques ne soient perpétrées sur son territoire. Le pays déclare soutenir la lutte contre le terrorisme avec les USA, mais il n'a jamais été prouvé que le détournement des attaques destinées aux USA en 2003-2004 a été possible grâce aux saoudiens. En revanche, en 2004, ce sont les renseignements français qui ont permis de déjouer une attaque dirigée vers le sol américain. »

2.2 Vente d'armes et programmes d'entrainement militaire D'après le rapport RL 33533*5, de 1946 à 2006, les Etats-Unis ont versé 328,4 millions de dollars d'aide à l'Arabie Saoudite, dont 295,8 millions représentent la part de l’assistance militaire, au travers de programmes d'entraînement. *26 : House of representatives, « 9/11 Recommendations Implementation Act’’, 16 octobre 2004 *27 : National Commission on Terrorists attacks upon the United States, “Complete 9/11 Commission Report” Page 9 sur 20


En 2003, le programme d'entraînement et d'éducation militaire internationale IMET (International Military Education Training) est mis en place, en plus des deux programmes déjà existants : l'US Military Training Mission in Saudi Arabia (USMTM) et le Saudi Arabia National Guard Moderization Program (PMSANG). Les Américains y trouvent un avantage, car ils forment les militaires saoudiens aux valeurs américaines et normes internationales. De leur côté, les saoudiens ont accès à des formations à coûts réduits. En matière d'équipement militaire, les Etats-Unis ont été traditionnellement le principal fournisseur d'armes du royaume saoudien. Entre 1997 et 2004, les commandes saoudiennes d'armement représentent 7,3 milliards de dollars, et la livraison d'armes relatives à des commandes antérieures se chiffre à 22,9 milliards de dollars. En octobre 2010, le plus important contrat de vente d'armes est signé entre ces deux pays ; il s'élève à 60 milliards de dollars d'armes américaines à destination de l'Arabie Saoudite. Cependant, le montant de l'aide financière militaire versée par les Etats-Unis a été plusieurs fois l'objet de vives discussions au congrès américain, depuis le 107ème congrès, alors que certains membres soutenaient que les montants des bénéfices saoudiens issus de la vente du pétrole ne justifiaient pas l'aide financière américaine. D'autres à l'inverse arguent que cette aide est nécessaire pour aider l’Arabie Saoudite à combattre la menace islamiste. Maya Kandel précise que ces discussions sont souvent influencées par les jeux électoraux, mais que le retour sur investissement des dépenses en matière de défense est important pour l’industrie américaine. La coopération militaire, au travers des programmes d'entraînement et des ventes d'armes, constitue un autre pilier majeur des relations américano-saoudiennes, au-delà des accords énergétiques. Les Etats-Unis ont joué un rôle crucial dans le développement, la formation et l'équipement des forces armées saoudiennes. En conclusion de ces chapitres, la coopération énergétique et militaire a constitué la base des relations commerciales entre les Etats-Unis et l'Arabie Saoudite. Celles-ci se sont toujours traduites en grande partie par la vente d'hydrocarbures saoudiens contre le financement d'équipement et de formations militaires américain, que l'on peut considérer comme étant la transformation des pétrodollars saoudiens. En 2005, l'Arabie Saoudite est le plus important partenaire commercial des Etats-Unis au Moyen-Orient, avec un montant total de 26,2 millions, ce qui valut à l’Arabie Saoudite le soutien américain pour son entrée à l'OMC en tant que 149ème membre. 2.3 Le dossier du nucléaire En matière de défense, les inquiétudes saoudiennes se dirigent principalement vers l'Iran. Ce dernier travaille depuis plusieurs années au développement de sa capacité d'enrichissement de l'uranium, officiellement pour une utilisation civile. Or si le taux d’enrichissement atteignait les 80%, l’Iran sera capable de fabriquer la bombe nucléaire. L'Arabie Saoudite a fait part de ses inquiétudes à plusieurs reprises au gouvernement américain. En 2008, les deux gouvernements signent un mémorandum*28 de coopération sur le développement de l'énergie nucléaire civile à des fins médicales, énergétiques et industrielles, conforme aux standards définis par l'AIEA. Ce mémorandum n'a pas été concrétisé dans les faits. Selon Antoine Sfeir, « les Américains n'ont jamais souhaité équiper l'Arabie Saoudite de l'arme nucléaire, eu égard aux risques induits. Ce mémorandum ne s'adressait pas aux saoudiens, mais constituait une mise en garde pour les iraniens, signifiant que si ces derniers produisaient du nucléaire militaire, les USA seraient obligés d'en livrer à l'Arabie. »

3. Les enjeux communs de politique étrangère Le discours du président Obama sur l'état de l'Union du 12 février 2013*29 a été marqué par la place très modeste accordée à la politique étrangère dans son second mandat. En matière de politique étrangère, l'Arabie Saoudite est en proie aux nombreuses tensions régionales, active dans la protection de ses frontières et gère des priorités extrêmement nombreuses. 3.1 Le clivage confessionnel sunnite chiite et ses conséquences dans les tensions avec l'Iran, et dans les conflits irakien, syrien et israélo-palestinien Iran L'affrontement des deux courants musulmans définit en partie les stratégies des acteurs du MoyenOrient, et s’illustre par l'attitude du royaume devant les questions irakienne, iranienne et syrienne notamment. *28 : U.S Department of State Archive, “U.S-Saudi Arabia Memorandum of Understanding on Nuclear Energy Cooperation”, mai 2008 *29: The New-York Times, “Obama’s 2013 State of the Union Address”, 12 février 2013 Page 10 sur 20


Comme évoqué au chapitre précédent, les tensions avec l'Iran concernent principalement l'accès de ce pays à la technologie nucléaire et les dangers que cela pourrait occasionner pour l'Arabie Saoudite. Les Etats-Unis soutiennent l'Arabie Saoudite au travers notamment du mémorandum signé par ces deux pays et destiné à faire pression sur la république chiite. La guerre d’Irak D'après le rapport Saudi Arabia and Iraq: Oil, Religion, and an Enduring Rivalry*30 de Joseph McMillan et le rapport Saudi Arabia: Iraq, Iran, the Regional Power Balance, and the Sectarian Question*31 de Grégory Gause, les relations entre l'Arabie Saoudite et l'Irak ont été tendues, à l'exception de la guerre Iran-Irak, où les saoudiens ont officiellement soutenu l'Irak dans sa guerre. En 2003, l'Arabie Saoudite refuse de se joindre à l'entrée en guerre des Etats-Unis en Irak, bien qu’elle facilite l'intervention militaire américaine durant ce conflit. Cette décision accroit les tensions entre les deux alliés, et les Etats-Unis déplacent par la suite les 5000 troupes présentes en Arabie Saoudite ainsi que leur base militaire aérienne vers le Qatar. Comme l'explique Barah Mikail dans son livre La politique Américaine au Moyen Orient*3, l'Irak représente 10% des réserves pétrolières mondiales à cette époque, et les américains dissimulent à peine leur intérêt à en tirer profit, notamment au travers de la protection du ministre du pétrole irakien sur place. Une fois la capacité de production optimisée, l'Irak pourrait compléter l'approvisionnement en pétrole et constituer une alternative à l'Arabie Saoudite, dont la fiabilité politique est chancelante. Enfin, cette démarche pourrait permettre aux Etats-Unis de peser auprès de l'OPEP. En revanche, si les Etats-Unis et l'Arabie Saoudite souhaitent le retour à la stabilité de ce pays, leurs points de vue divergents, notamment sur la qualité du nouveau gouvernement. La chute de Saddam Hussein a soulevé de nombreuses craintes du royaume saoudien. L'arrivée d’un gouvernement chiite, qui pourrait affaiblir la position saoudienne dans la région et renforcer la position de l'Iran*32, a été perçue comme une menace. L'Arabie Saoudite n'a d'ailleurs pas reconnu le nouveau gouvernement de Bagdad, en raison notamment du large rôle joué par la minorité chiite et de ses relations privilégiées avec l'Iran. D'ailleurs, même si les suspicions de combattants saoudiens présents en Irak en soutien aux sunnites ont été publiquement niées par le Prince Saud Al Faisal, un porte-parole militaire américain déclara en novembre 2006 que parmi les 1100 combattants étrangers arrêtés en Irak, 12% étaient de nationalité saoudienne. A présent, le retrait des troupes américaines de ce pays encore mal stabilisé et l'influence croissante des chiites irakiens inquiètent le royaume.

Le conflit en Syrie Les relations entre l'Arabie Saoudite et la Syrie sont aussi complexes que le rôle joué par le premier dans la crise qui détruit la Syrie depuis deux ans. Durant le règne d'Hafez Al Assad, leurs relations étaient caractérisées par un certain pragmatisme, et les deux pays travaillaient conjointement, malgré de nombreuses divergences, religieuses et politiques notamment. L'assassinat de Rafic Hariri en 2005 déclenche un tournant dans leurs relations, les positions sur l'Irak politique se distancent, et la méfiance saoudienne envers la Syrie, suspectée de préférer son allié iranien, s'officialise*33. Lorsque la Syrie s'embrase, et alors que les américains gardent leurs distances avec ce conflit, les dignitaires saoudiens souhaitent éviter la contagion aux pays environnants, dont le leur, et incitent Bachar Al Assad à entamer des réformes. Riyadh propose d'ailleurs un soutien financier pour leur mise en place. Un accord officieux est d'ailleurs suggéré : la discrétion par le CCG sur la crise Syrienne, en échange d'une discrétion de la part des gouvernements iraniens et syriens sur la répression Bahreïnie. Cependant, en août 2011, une lettre officielle du roi saoudien est adressée au peuple syrien, exprimant son indignation devant l'attitude répressive du gouvernement syrien et son soutien aux opposants, fédérés au sein du Conseil National Syrien. Malgré le souhait des administrations Obama de se désengager des conflits au Moyen-Orient, les risques que la guerre en Syrie fait encourir à leurs alliés de la zone, notamment l'Arabie Saoudite et Israël, les contraignent à réfléchir à des solutions alternatives. Barack Obama reconnait en décembre 2012 la Coalition de l’opposition Syrienne*30 mais refuse d’apporter un soutien logistique armé en raison de la présence d’une faction terroriste nommée « Al-Nosra »

*30: United States Institute Of Peace, “Saudi Arabia and Iraq: Oil, Religion, and an Enduring Rivalry”, janvier 2006 *31: International Relations and Security Network, “Saudi Arabia: Iraq, Iran, the Regional Power Balance, and the Sectarian Question”, mars 2007 *32: Congressional Research Service, “Saudi Arabia: Terrorist Financing Issues”, décembre 2004 *33: Joseph Bahout, "L'Arabie Saoudite; une puissance conservatrice sous-estimée?" Page 11 sur 20


Selon un article du Monde, les Etats-Unis entraineraient environ trois cents rebelles syriens en Jordanie, notamment pour leur enseigner la maîtrise des armes lourdes anti-aériennes et anti-tank*34. D'après Antoine Sfeir, « s'ils prennent réellement position, ce sera dans l'unique intention de faire pression sur le nouveau président iranien qui sera élu le 23 juin 2013.» Comme l'explique Barah Mikail, « on voit donc deux blocs d'alliées s'affronter en Syrie. Le gouvernement de Bachar bénéficie de l'aide de son allié iranien et de la Russie. Les rebelles syriens quant à eux sont soutenus par les saoudiens et les américains. C'est ce que l'on appelle la « nouvelle guerre froide»

3.2 Les printemps arabes Depuis 2011, l'embrasement de la région MENA avec les printemps arabes a instauré de grands défis pour l’Arabie Saoudite et les Etats-Unis et suscité de vives inquiétudes en Arabie Saoudite. Selon Joseph Bahout dans son rapport L’Arabie Saoudite, une puissance conservatrice sous-estimée*33, ces révoltes ont embrasé de nombreux pays voisins. Le gouvernement saoudien a donc craint pour la cohésion nationale, déjà bousculée à l’intérieur de ses frontières. Avec un taux de chômage avoisinant les 40% et touchant 70% des moins de 30 ans, la fracture sociale croissante, l'injustice ressentie par la minorité chiite, le manque de perspectives d'avenir et la volonté d'une liberté d'expression actuellement inexistante ont alerté le gouvernement sur un possible soulèvement de la population. Des mesures ont été instaurées pour parer rapidement à ce danger. Elles se traduisent notamment dans les sommes investies pour calmer les tensions croissantes : plus de 36 milliards de dollars d'aide pour le secteur du logement, de l'emploi et du social de manière plus générale, ainsi qu’une augmentation de 15% des salaires publics et un investissement massif de 400 milliards de dollars jusque 2014. L’empressement du gouvernement à instaurer ces mesures reflète la panique. Au-delà des tensions domestiques saoudiennes, un autre paramètre a fortement inquiété son gouvernement : lors des soulèvements en Egypte qui ont précédé la chute du raïs, celui-ci n'a bénéficié d'aucun soutien américain, alors que les deux gouvernements étaient alliés. Les américains ont même soutenu cette vague de démocratisation en Egypte. Comme l'explique Alain Gresh «L'absence de soutien américain à l'Egypte a déclenché des inquiétudes en l'Arabie Saoudite quant à la fiabilité de leur allié et à savoir si celui-ci leur viendrait en aide en cas de trouble majeur ». Par ailleurs, lors du soulèvement à Bahreïn, les divergences idéologiques des deux pays ont refait surface. Alors que les Etats-Unis ont envoyé des responsables diplomatiques et militaires pour soutenir cette ouverture politique, Riyadh est venue soutenir la répression au travers d'un mandat auprès du Conseil de Coopération du Golfe en mars 2011. Face à la vague des printemps arabes, l'administration Obama a proposé d'allier le fonds d'incitation MENA (Middle-East North Africa) au fonds européen « SPRING », destiné à appuyer les nouveaux développements dans la région, comme l'explique Shadi Hamid dans une note de la Brookings institution*35. L'objectif est de soutenir la vague de démocratisation et les réformes entamées par certains pays. L’alliance de ces deux fonds permettrait de constituer un réel incitatif financier, octroyé à condition de se soumettre à une série d'objectifs et de résultats. Dans son rapport sur le GCC au lendemain des printemps arabes*36, il explique que les négociations entre les Etats-Unis et le GCC (Golfe Cooperation Council) se heurtent à quelques divergences idéologiques. Les Etats-Unis entrevoient la stabilisation de la région à travers sa démocratisation et l’accord d’une place importante à ses populations dans le choix des directions politiques nationales. Cependant, les deux pays continuent à travailler ensemble pour assurer au mieux l'issue de cette vague de révoltes. Les craintes qu'elle ne mette la région dans une situation encore plus complexe qu'avant 2011 sont palpables. L'objectif commun des Etats-Unis et de l'Arabie Saoudite est de stabiliser et sécuriser cette zone.

*34 : Le Monde, « Washington participerait à l'entraînement des rebelles syriens », 15 mars 2013 *35: Brookings Institution, “How Should President Obama Change U.S. Policy in the Middle East?”, janvier 2013 *36 : The German Marshall Fund for the United States, “the GCC in the Mediterranean in light of the Arab spring”, décembre 2012 Page 12 sur 20


3.3 Le conflit israélo-palestinien Le conflit israélo-palestinien est historiquement source de discussions dans le meilleur des cas, ou de tensions et de désaccords entre les Etats-Unis et l’Arabie Saoudite. En 2002, l'Arabie Saoudite, favorable à une solution à deux états pour résoudre le conflit, propose un plan de paix basé sur les frontières de 1967 et la création d'un état palestinien. Cette proposition trouva un écho favorable parmi les autres pays arabes et un soutien international, se heurtera au refus Ariel Sharon. Les Etats-Unis, 6 mois après les attentats du World Trade Center et à un an du déclenchement de la guerre en Irak, n’ont pas porté beaucoup d’attention à cette initiative*37. Depuis 2008, le Président Obama a déclaré faire de ce conflit une priorité. Pour autant, le manque de résultats a été soulevé à de nombreuses occasions, outre l’utilisation par les Etats-Unis de leur droit de véto lors du vote au Conseil de Sécurité des Nations Unies le 29 novembre 2012*38 sur l'obtention d'un statut d'observateur à la Palestine. Bien que le programme du second mandat du président Obama accorde une place réduite à la politique internationale, la problématique de ce conflit y est à nouveau évoquée. Contrairement à la plupart des autres pays musulmans de la région, l'Arabie Saoudite n'a pas engagé d'échanges avec Israël. En parallèle, elle soutient les aspirations du peuple palestinien et critique ouvertement le politique de colonisation israélienne. L'Arabie Saoudite a pris position à plusieurs reprises pour la Palestine et a relancé le sujet auprès de l'administration américaine, lors de l'embargo du pétrole en 1973 par exemple. Les saoudiens ont également encouragé la réconciliation entre l'autorité palestienne et le Hamas, initiative mal perçue par les Etats-Unis. Il existe deux points de vue sur la politique américaine envers Israël: ceux qui disent que les lobbies israéliens pèsent lourdement sur les décisions du gouvernement, et d'autres qui pensent que ce soutien inconditionnel existe car les deux pays ont des intérêts communs. D'après Alain Gresh, il n'y aura pas de création d'un état palestinien au Moyen- Orient "Les Etats-Unis ne sont pas opposés à la création d'un état Israélien, mais le fait que la question israelo palestinienne ne se résolve pas ne pèse pas sur le gouvernement. En revanche, le degré de repression à infliger à Israel pour inciter le pays à trouver un accord est bien trop important pour être réalisable". Maya Kandel affiche une opinion plus nuancée, et souligne le manque de position claire du gouvernement américain à ce propos. « Les priorités du premier mandat du président Obama étaient de se distancer des décisions du gouvernement Bush. Les engagements pris pour faire avancer ce dossier lors de son premier mandat, ne se sont pas concrétisés. » Pour conclure, Thomas Lippman explique dans son dernier livre «Saudi Arabia in the edge : the uncertain future of an american ally »*4 que l'Arabie Saoudite reste un acteur central de la politique américaine, dans les négociations de paix du conflit israélo-palestinien, la recherche de stabilité en Irak, la sécurité dans le Golfe Persique et avec l'Iran, et surtout dans la lutte mondiale pour promouvoir une vision pacifique de l'islam par-delà les violences djihadistes. Toutefois, Maya Kandel insiste sur la volonté de désengagement des américains dans la zone du Moyen-Orient «La dernière décennie et le manque de résultats issus des négociations et guerres menées au Moyen-Orient ont généré une prise de conscience de l'administration américaine sur son manque d'influence. On a le sentiment que les problèmes de la zone MENA deviendront principalement européens et américains, même si quelques points d'intérêt subsistent, comme la guerre contre le terrorisme ou l'approvisionnement en pétrole. » Les Etats-Unis affichent un intérêt croissant pour le pivot asiatique, où ils ont déjà déplacé une partie de leur flotte. Sans parler d'un désengagement total du Moyen-Orient et d'une rupture subite avec cette région, il y a donc fort à penser que son importance stratégique s'affaiblira dans les années à venir. D'après Alain Gresh, « tant que le régime saoudien est en place, les américains ne le remettront jamais en cause. Les problèmes de respect des droits de l'homme, de droit de la femme, ne pèsent d'aucun poids sur cette alliance. En revanche, un bouleversement du régime pourrait la remettre en cause, mais il est difficile de savoir ce qui se passe vraiment en Arabie. » Pour Antoine Sfeir, les USA ont envisagé un démembrement du Moyen-Orient, comme illustré par la carte de Ralph Peters (annexe 3) réalisée en 2003 sur la politique du Grand Moyen-Orient, développée sous l'administration Bush ; ce démembrement étatique inclurait l'Irak (divisé en trois régions), la Syrie (division entre sunnites et chiites) la création d'un état du Kurdistan et d'un état islamique saint regroupant les villes de Médine et de la Mecque ; cette démarche permettrait de créer des entités nationales basées sur la religion ou l'ethnie, et rappelle la phrase du premier ministre israélien des affaires étrangères Moshe Sharett qui écrivait en 1954 : « le devenir d'Israël dans cette région ne peut se faire que dans le cadre d'entités communautaires ethniques ou religieuses ». *37 : Confluences Méditerranée, « Le plan de paix arabe :genèse, réactions et perspectives », automne 2002 *38 : Terranova, « Palestine : un nouveau statut, un futur Etat ? », 30 novembre 2012 Page 13 sur 20


Antoine Sfeir évoque la possibilité d'une alliance tripartite au Moyen-Orient, formée par Israël, la Turquie, état de population sunnite mais à gouvernement laïc, et très probablement bientôt avec l'Etat chiite iranien. L’Iran n'est plus aussi ostracisé qu'il ne l'était auparavant, pas même d’Israël, avec qui il mène des discussions quotidiennes selon certains diplomates israéliens. De plus, on peut penser que les actions menées en Irak par les américains, et le nouveau gouvernement chiite en place qui déverrouillent l'axe persan-chiite, ne sont pas le fruit d'une erreur tactique mais d'une vraie volonté de concrétiser ce contrepouvoir dans la région. L'Arabie Saoudite perdrait donc naturellement sa place d'allié privilégié auprès des Etats-Unis. En parallèle, Anna Viden souligne la multiplication des partenaires saoudiens, à l'image de la Turquie, de l'Inde et de la Chine, et le désir du royaume d’étendre sa sphère d’influence dans la région Moyen-Orientale et au-delà.

Analyse et conclusion Les relations américano-saoudiennes, officialisées depuis 68 ans par le pacte du Quincy, constituent une des alliances les plus originales et complexes à appréhender, de par les antagonismes idéologiques, sociaux, confessionnels et politiques qui opposent les deux pays. Loin d’être, à l’instar de l’alliance israéloaméricaine, une relation d’amitié, celle-ci ne se base que sur les intérêts communs des deux acteurs. Malgré de nombreuses périodes de troubles voire de crises profondes, comme l’embargo pétrolier ou les attentats du World Trade Center, cette alliance a survécu grâce au pragmatisme dont ont fait preuve les différents chefs d’Etats respectifs, car les intérêts communs qui les unissent ont toujours prévalu. Malgré les incidents majeurs rencontrés, cette alliance reste relativement stable dans le temps. Conscients de leur interdépendance et des intérêts économiques et géostratégiques qui les unissent, ces deux pays ont été contraints de trouver des solutions et d’apaiser les tensions. Cette alliance américano-saoudienne évolue, tout comme les intérêts et besoins de ces deux pays. La variable énergétique restera un élément important de cette relation, mais l’évolution de cette alliance se traduira par une relation moins exclusive et une diversification des partenaires commerciaux des deux côtés. Cela ne doit pas être considéré comme une rupture mais comme une mutation de l’alliance. La possible indépendance énergétique à laquelle les Etats-Unis se destineraient, et dont doutent de nombreux experts, ne remet pas intégralement cette alliance en cause. D'une part parce que l'Arabie Saoudite est le troisième pays importateur de pétrole aux Etats-Unis, derrière le Canada et le Mexique. Son importance est bien souvent exagérée. D'autre part, car la sécurité des Etats-Unis repose aussi sur l'approvisionnement en pétrole de ses alliés, dont l'Union Européenne. Enfin, grâce à la croissance exponentielle des besoins énergétiques des pays émergents, l'Arabie Saoudite exporte plus de la moitié de son pétrole vers l'Asie, la réduction de l'export vers les Etats-Unis ne constitue donc pas un risque important pour elle. Les évolutions d’import-export de pétrole entre ces deux pays n’impliqueront pas de changements drastiques dans cette alliance d’ici 2020. En matière de défense, les contrats de vente d’armes des Etats-Unis vers l’Arabie Saoudite constituent depuis longtemps une source financière importante pour les américains. Le contrat le plus important jamais réalisé a été signé en 2010. En période de déficit budgétaire américain (« fiscal cliff »), et de troubles majeurs depuis deux ans au Moyen-Orient induisant des risques sécuritaires pour l’Arabie Saoudite, il est peu probable que la coopération militaire s’essouffle dans les années à venir. D’autre part, la lutte contre le terrorisme, enjeu crucial pour la sécurité des deux pays, nécessite une collaboration intense et des investissements en formation, en matériel et en infrastructure. Le partenariat sécuritaire devrait donc perdurer dans les prochaines années. Quant aux intérêts géostratégiques communs, ils constituent un enjeu important dans l’évolution de cette alliance. Les nombreux dossiers de l’Iran et de son accession à l’arme chimique, de l’Irak avec son nouveau gouvernement chiite et le retrait des troupes américaines, de la Syrie, avec l’affrontement de deux blocs rappelant les épisodes de la guerre froide, sont autant de sources d’inquiétude de la part du régime saoudien et d’enjeux stratégiques communs. Cependant, les défis internes auxquels l'Arabie Saoudite doit faire face sont nombreux et génèrent quelques inquiétudes : la dynastie vieillissante saoudienne, ses difficultés à faire face aux défis domestiques qui lui sont imposés, le chômage très important, les divisions sociales, la position des femmes, les extrémismes religieux, la rébellion de la minorité chiite, les problèmes de succession et le risque de contagion des révoltes du printemps arabe sont autant de raisons qui pourraient concourir à un renversement du régime et mettre en péril l’alliance actuelle. Cette hypothèse est anticipée par le gouvernement américain et les services de renseignement depuis de nombreuses années. Une telle Page 14 sur 20


hypothèse mettrait non seulement l’alliance en danger, mais également la sécurité de la zone et donc l’approvisionnement en pétrole. La vague des printemps arabes a vu une Arabie Saoudite quelque peu affaiblie et les limites de sa diplomatie des pétrodollars. Néanmoins, depuis environ dix ans, le gouvernement saoudien a identifié ses faiblesses et a pris des initiatives pour y remédier. A l'horizon 2020, il est fort probable que certaines lois s'assouplissent et que les femmes éduquées puissent accéder à des opportunités professionnelles, ce qui permettrait de rentabiliser les investissements massifs dans le secteur de l'éducation, et constituerait un vrai tournant dans la politique saoudienne. La tendance des Etats-Unis en matière de politique au Moyen-Orient est caractérisée depuis l’arrivée du président Obama par un désengagement de la région, notamment avec le retrait prévu des troupes américaines d’Irak. Les actions menées dans cette région ont peu porté leur fruit, les guerres d’Afghanistan et d’Irak ne sont pas soldées par des victoires, la région est aujourd’hui en proie à une déstabilisation majeure, et le processus de paix israélo-palestinien est toujours dans l’impasse, malgré les promesses électorales du premier mandat ; on peut d’ailleurs s’interroger sur la véritable volonté américaine à ce sujet. Le programme du deuxième mandat d’Obama est axé sur la ré-industrialisation des Etats-Unis, et une faible place a été accordée à la politique étrangère. Dans le cas où les Etats-Unis réussiraient à sécuriser l’approvisionnement de pétrole iranien et irakien, leur alliance avec l’Arabie Saoudite pourrait alors être remise en cause. Pour l’instant, entre le retrait des troupes d’Irak, les élections iraniennes du mois de juin et la volonté du gouvernement Obama de se désengager des conflits et du Moyen-Orient, il est peu probable que cette hypothèse, si elle se réalise, voit le jour d’ici 2020. En revanche, les intérêts des Etats-Unis pourraient se concentrer de plus en plus en Asie. A l'horizon 2020, cette relation continuera à évoluer avec les problématiques et intérêts de son temps. Elle est déjà moins exclusive qu'elle ne l'était, les deux pays diversifiant leurs alliances dans plusieurs domaines, comme y encourage la multipolarité de la scène internationale, et on pourrait dire en cela qu’elle s’affaiblit ; le paramètre énergétique en est un exemple. Mais il est plutôt question d’un renouvellement. Les intérêts communs géostratégiques, énergétiques continuent à souder ces deux alliés et évoluent en leur qualité. Les nouveaux défis tels que la lutte contre le terrorisme qui est devenu le nouveau ciment de cette relation, la sécurité du golfe persique, la guerre en Syrie et l'attention toute particulière portée à l'Iran continuent et continueront d'alimenter les discussions diplomatiques et de renforcer l'alliance de ces deux pays.

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Annexes

Annexe 1 : Estimation de la dépendance américaine aux imports de pétrole entre 2010 et 2040 (Selon les chiffres de la U.S Energy Information Administration)

Source: Cordesman Anthony, The Myth or Reality of US http://csis.org/publication/myth-or-reality-us-energy-independence

Energy

Independence,

03

janvier

2013,

disponible

sur:

Annexe 2 : Répartition de l’exportation de pétrole saoudien par destination en 2012

Source : U.S Energy Information Administration, 26 février 2013, disponible sur : http://www.eia.gov/countries/cab.cfm?fips=sa

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Annexe 3 : Carte militaire du lieutenant-colonel Ralph Peters du Grand Moyen-Orient (2003)

Source : Sfeir Antoine, Islam contre Islam

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Bibliographie et sources Conférence : L'Arabie Saoudite : entre évolution et révolution(s) avec Stéphane Lacroix – Le 20 février à IHEDN Club du millénaire, compte-rendu de conférence "des printemps arabes aux tempêtes du désert » - 28 novembre 2012 Entretiens :  Nicole Bacharan, politologue et historienne spécialiste de la société américaine - 26 février  Barah Mikail, spécialiste du Moyen-Orient et de l'Afrique du nord, auteur de La politique américaine au Moyen-Orient – 28 février  Antoine Sfeir, politologue, spécialiste des mondes arabe et musulman, auteur d’Islam contre Islam – 6 mars  Anna Viden, spécialiste des relations américano-saoudiennes – 7 mars  Alain Gresh, directeur adjoint du Monde Diplomatique – 8 mars  Maya Kandel, spécialiste de la politique étrangère et de défense des Etats-Unis – 18 mars Livres Lippman Thomas, Saudi Arabia on the edge: the uncertain future of an American ally, 2012 Laurens Henry, La question de Palestine, troisième tome, 2007 Bronson Rachel, Thicker than oil: America's uneasy partnership with Saudi Arabia, 2008 Da Lage Olivier, Géopolitique de l'Arabie Saoudite, 2006 Mikail Barah, La politique américaine au Moyen-Orient, 2006 Sfeir Antoine, Islam contre Islam, 2013 Sources internet ABC Board, “9/11 Commission finds 'deep institutional failings'”, 23 juillet 2004 Bahout, Joseph, "L'Arabie Saoudite; une puissance conservatrice sous-estimée?" Brookings Institution, “How Should President Obama Change U.S. Policy in the Middle East?”, janvier 2013 Capital, “Nouveau record pour la production pétrolière russe en 2012 », 3 janvier 2013 Center for Strategic and International Studies CSIS, “The Myth or Reality of US Energy Independence”, 3 janvier 2013 Chatham House, “Burning Oil to Keep Cool: The Hidden Energy Crisis in Saudi Arabia”, décembre 2011 Confluences Méditerranée, « Le plan de paix arabe :genèse, réactions et perspectives », automne 2002 Congressional Research Service, Oil Fields as Military Objectives: A Feasibility Study, 21 août 1975 Congressional Report Service, «Saudi Arabia: terrorists financing issues », 8 décembre 2004 Congressional Research Service Report, Saudi Arabia : Background and U.S relations, 27 novembre 2012 George Washington University, “The October War and the U.S Policy”, William Bur, 7 octobre 2003 House of representatives, « 9/11 Recommendations Implementation Act’’, 16 octobre 2004 International Relations and Security Network, “Saudi Arabia: Iraq, Iran, the Regional Power Balance, and the Sectarian Question”, mars 2007 Le Monde, « Washington participerait à l'entraînement des rebelles syriens », 15 mars 2013 Los Angeles Times, “U.S. to become world's largest oil producer by 2020, report says”, 13 novembre 2012 Middle East Institute, « Saudi Arabia, victim or hegemon », , 1 octobre 2009 National Commission on Terrorists attacks upon the United States, “Complete 9/11 Commission Report” Natixis, «Production de gaz et de pétrole de schiste aux Etats-Unis : une rupture considérable et insuffisamment analysée ; un problème majeur pour l’Europe », 17 janvier 2013 Ottaway , David, "The U.S and Saudi Arabia since the 1930's", newsletter du Foreign Policy Research Institute, vol 14 n°21 août 2009 Slate, “Les Etats-Unis proches à nouveau de l'indépendance énergétique », 24 mars 2012 Terranova, « Palestine : un nouveau statut, un futur Etat ? », 30 novembre 2012 The German Marshall Fund for the United States, “the GCC in the Mediterranean in light of the Arab spring”, décembre 2012 The New-York Times, “Obama’s 2013 State of the Union Address”, 12 février 2013 The Washington Institute, “Saudi Financial Counterterrorism Measures (Part II)”, 10 décembre 2002 U.S Department of Defense, The Protection of U.S. Forces Abroad, Defense Issues volume 11 numéro 88, 1996 U.S Department of the Treasury, “Terrorism: Growing Wahhabi Influence in the United States”, 26 juin 2003 U.S Department of the Treasury, “U.S. Treasury Secretary John W. Snow Statement following Visit to Saudi Arabia”, 17 septembre 2003 Page 18 sur 20


U.S Energy Information Administration, “Total Petrol consumption in North America from 2008 to 2012” U.S Energy Information Administration, “Saudi Arabia overview”, 26 février 2013 U.S Department of State Archive, “U.S-Saudi Arabia Memorandum of Understanding on Nuclear Energy Cooperation”, mai 2008 United States Institute Of Peace, “Saudi Arabia and Iraq: Oil, Religion, and an Enduring Rivalry”, janvier 2006

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Avenir des relations américano saoudiennes horizon 2020 olivia ronsain, dir karim bitar  
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