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g a l e r i e

lara Vincy 47, rue de Seine 75006 Paris c o n t a c t @ l a r a - v i n c y. c o m

tél. : 01.43.26.72.51 fax : 01.40.51.78.88

RALPH RUMNEY La Vie d’artiste Vernissage jeudi 18 novembre à partir de 18h 19 novembre - 31 décembre 2010 La galerie Lara Vincy présente la seconde exposition personnelle de Ralph Rumney (1934-2002) à Paris après celle de 1999. Des œuvres de différentes périodes seront proposées : des peintures abstraites depuis les années 50 ; des œuvres réalisées à la feuille d’or ou des peintures de la série des têtes (Head series) du début des années 60 et d’autres plus récentes, moins géométriques, également avec des feuilles de métal : L’Ecart ; des compositions de la série Autres choses (1984/85) laissant apparaître des parties de seins ou des sexes féminins ; des œuvres atypiques à partir de paquets de cigarettes ou de photographies ou encore une Carte du tendre avec des empreintes de rouge à lèvres (1995). Un catalogue conçu et réalisé par les éditions Allia accompagné d’un texte écrit par Michèle Bernstein (ci-dessous) sera publié à cette occasion. RALPH RUMNEY – LA VIE D’ARTISTE Quelque part dans son livre d’entretiens autobiographiques, Le Consul, Rumney parle du peintre Manzoni : “… il était encore plus jeune que moi (…) Un soir où j’étais chez lui, je lui ai dit : Si tu veux être artiste, ce n’est pas en faisant des tableaux que tu le deviendras. C’est en vivant une vie d’artiste.” Comme toujours et comme tout le monde, quand il parle des autres, c’est de lui qu’il parle. On peut dire que les tableaux étaient importants dans la vie de Rumney, mais que la vie elle-même, avec ses splendeurs et ses aléas, fut plus importante encore. Ça commence comme un conte de fées. Une enfance dans un grand presbytère pauvre, en plein pays des Hauts de Hurlevent, avec la lande autour. On ne fait pas plus romantique (Dolto, est-ce que ça marque ?). Il n’est pas né avec une cuiller d’argent dans la bouche, mais un livre de bibliothèque. Fils d’un pasteur socialiste, il cherche plus extrême, devient communiste, va vivre chez le grand pasteur marxiste du pays, qui l’adoube. (En fait, quarante ans après, dans sa grande maison pleine de tableaux superbes, E. P. Thompson avait encore sur le manteau de la cheminée une toile de ses dix-sept ans. Ça fait plaisir.) Reçu à Oxford, qu’il dédaigne ; passant par une “art-school” qu’il trouve tarte et laisse tomber, sa vie d’artiste ressemble assez au titre d’Orwell Dans la dèche à Paris et à Londres. À cette époque, je l’ai vu pour la première fois. Continuons le conte de fées, Carabosse viendra plus tard. Une vingtaine d’années, déjà connu dans le Londres de la peinture d’avant-garde, où il a dû plaire aux uns et bien embêter les autres, que manque-t-il ? Une princesse. j.a.p. (Jewish American Princess) c’est Pegeen, blonde, autoritaire et fragile, fille de Peggy Guggenheim. Il l’aime, il l’enlève, il l’épouse. Et commence à mettre autant d’or sur ses tableaux qu’il y en eut sur toutes les icônes de Russie. “J’ai découvert que l’on pouvait tirer de la feuille d’or une multitude de tons. Les nuances sont infimes mais passionnantes. En plus ce sont toutes des couleurs réfléchissantes… Au début, évidemment, c’était du toc, du cuivre, etc., mais j’ai progressivement découvert la vraie feuille d’or.” Argument irréfragable. On peut en chercher d’autres. Rumney était somptueux, hyperboliquement somptueux. Il semble “toujours avoir alterné entre la pénurie et une abondance presque absurde”, écrit de lui Guy Atkins. De l’or ! A-t-il vraiment appris à Yves Klein comment utiliser la fameuse feuille d’or ? C’est bien possible et technologique, puisque les idées circulent. A-t-il suggéré à Manzoni de se servir de sa “merde d’artiste” (les fameuses boîtes) pour épingler d’un seul coup l’art, l’artiste, le commerce de l’art et quelques autres petites choses qui ne vont pas bien dans notre monde ? Les souvenirs de cuite sont fumeux, on parle, on parle… La même année, en 1957, c’est historique, Ralph participe à la création de l’Internationale situationniste. Il y joue un rôle


non négligeable. Sûr, il en sera le premier exclu. Mais les notions qu’il avait déjà, purement situationnistes, de dérive, de détournement, de psychogéographie, lui restent bien entendu, l’accompagnent toute sa vie (d’artiste n’oublions pas). La rupture avec Guy Debord fut fracassante, l’amitié d’Asger Jorn, autre grand homme de l’affaire, ne lui faillira jamais. Carabosse veillait. Dix ans après leur rencontre, la mort tragique de Pegeen bouleverse toutes les données. L’alcool, gai au début, prend de sales revanches. Pour les détails affreux et les règlements de compte sordides, se reporter, si l’on y tient, au livre et à ses souvenirs. Pour suivre son parcours sur le fil du funambule, les déséquilibres, les errances, les rétablissements spectaculaires (oui), il faut s’accrocher. Il n’y a pas si longtemps chaque nouveau romancier, chaque barbouilleur émergent se sentait obligé d’avertir le public qu’il avait été gangster au Brésil, gigolo à Hollywood, soutier dans un baleinier, orpailleur dans une sierra. On restait sceptique. Quand on a lu un certain nombre de biographies de morts que l’on a bien connus, on sait qu’elles sont presque toutes fausses, biaisées, naïves ou menteuses. Quand on lit l’autobiographie de Rumney, quand on sait un peu de quoi il retourne, on la trouve par comparaison bien sincère. Pour le reste, il s’explique : “Un fait survenu dans ton existence, tu l’adaptes à quelque chose avec quoi tu puisses vivre. Je ne pense pas être une exception à la règle. La mémoire est donc sujette à caution. Les témoignages sont sujets à caution.” Somme toute, l’aventure finit bien. Toujours Consul comme le consul de Malcolm Lowry, c’est-à-dire buvant comme un poisson, comme un trou, comme une éponge ; sans accepter aucune compromission avec ce qui ne l’amusait pas, créatif, autodestructeur, il a vécu plus longtemps qu’aucune justice divine (elle n’existe pas) n’aurait dû le lui permettre. Les vieux savent qu’on ne vieillit pas. Laissons lui le dernier mot : “Le dandy, en anglais ça a un sens, en français ça en a un autre. Je n’ai jamais très bien compris ce que ça voulait dire en français, mais je crois que ça pouvait s’assimiler au comportement de l’artiste.” MICHÈLE BERNSTEIN SEPTEMBRE 2010 Ralph Rumney (1934 - 2002) L’histoire anecdotique et philosophique de sa vie est racontée dans le livre d’entretiens avec Gérard Berreby Le Consul (éd. Allia, 1999). Objecteur de conscience à ses débuts, il choisit, dès les années 50, de vivre plutôt en France et en Italie. Il a fréquenté alors le milieu de l’Internationale Lettriste et les bouges de Saint-Germain-des-Prés de l’époque (cf. : La tribu de Jean- Michel Mansion, éd. Allia, 1998), se liant plus particulièrement avec Gil Wolman et François Dufrêne. En 1957, il a créé le Comité Psychogéographique de Londres dont il était le seul membre pour étudier les effets précis du milieu géographique sur le comportement affectif des individus avant de participer avec Guy Debord et autres amis tel Asger Jorn à la Fondation de l’Internationale Situationniste la même année. Il a assisté aussi aux débuts du Nouveau Réalisme sans jamais y participer restant ami avec la plupart de ses membres. Il a aussi eu des contacts avec des artistes de Fluxus, en particulier Robert Filliou, George Brecht... De 1967 à 1975, a produit pour Radio France des émissions sur les arts et les sciences. En 1975, a réalisé et produit Iris Time and Life, une série d’entretiens sur l’histoire de la galerie Iris Clert sur K7. En 1999, la galerie Lara Vincy a présenté sa première exposition personnelle à Paris : un aperçu de deux périodes de sa première maturité. Les deux principaux tableaux qui figuraient dans l’exposition, Head on a floor et Striped head de 1961 faisaient partie d’un ensemble de six œuvres qui ont dominé son appartement du quai de Bourbon dans les années 60 et que beaucoup d’acteurs de la scène artistique de l’époque ont connu. L’autre série, L’Ecart de 1988 en or et argent représente une attitude plus libre, moins géométrique, Ralph Rumney n’ayant jamais considéré qu’un artiste devait trouver un seul style et le recopier à l’infini. Son dernier travail a consisté dans le détournement sur ordinateur de compositions géométriques médiévales et de la Renaissance. Deux de ses œuvres font partie de la collection de la Tate Gallery à Londres, il est également représenté dans les collections du Fonds national d’art contemporain par une œuvre historique (Striped head, 1961). Expositions (sélection) : 1956 *Galleria Apollinaire, Milan - *New Vision Center, Londres / 1957 Metavisual, Tachist, Abstract show, Redfern gallery, Londres - New Trends in British Art, Rome-New York Art Foundation, Rome / 1958 British Abstract Painting, Auckland City Art Gallery, New Zealand / 1959 Biennale de Paris - Place, ICA, Londres / 1960 Situation, RBA Galleries, Londres - *Galleria Pater, Milan / 1961 *Galleria Il Traghetto, Venise / 1985 *Transmission gallery, Glasgow / *Constats (19501988) England & Co., Londres / 1993 The Sixties, Barbican Art Gallery, Londres / 1996 Two-way Traffic, British & Italian Art 1880-1980, Royal Albert Memorial Museum, Exeter / 1999 *Galerie Lara Vincy, Paris *solo show Bibliographie : Le Consul, éd. Allia, 1999 The Map is not The Territory, Manchester University Press, 2001 The Leaning Tower of Venice, éd. Silverbridge, 2002


Biographie Ralph Rumney  

Biographie Ralph Rumney + texte de Michèle Bernstein

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