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Alexandre de Crombrugghe, expert de la CNUCED. « Le Bénin doit mettre en avant ses opportunités économiques pour attirer les investisseurs » La Nation N° 4797 du Mardi 04 août 2009 Propos recueillis par Gnona AFANGBEDJI et Judith CAPO-CHICHI

En marge de l'atelier de formation sur la promotion et la facilitation des investissements, tenu du 28 au 29 juillet à la salle de conférences du ministère des Affaires étrangères, Alexandre de Crombrugghe, expert en politiques d'investissement de la Conférence des Nations Unies sur le Commerce et le Développement (CNUCED) nous a entretenu sur les critères de choix des investisseurs et les meilleures pratiques pour capter les flux financiers vers le Bénin.

La Nation: L'Afrique fait figure de parent pauvre dans l'attrait du flux des investissements étrangers directs à travers le monde. Dites-nous ce qui intéresse un investisseur qui veut s'installer dans un pays? Alexandre de Crombrugghe, expert en politiques d'investissement de la CNUCED : Avant tout, il faut que ce pays présente un climat sociopolitique stable et sécurisant pour l'investisseur. Ensuite, il faut que certaines mesures économiques y soient favorables à l'investissement étranger direct, et donc un climat des affaires ouvert avec des politiques régulatrices favorables à des activités économiques d'investisseurs étrangers. Il y a un certain nombre de critères qui vont intéresser l'investisseur, en fonction des opportunités économiques. Chaque pays doit essayer de mettre en avant ses opportunités économiques pour cibler les investisseurs qui pensent pouvoir donner une valeur ajoutée à son économie et avoir un impact positif sur le pays. En 2004, la CNUCED a réalisé l'examen de la politique de l'investissement au Bénin. Quelle évaluation faitesvous aujourd'hui de la mise en œuvre des recommandations de cette étude? Effectivement, il y a eu un examen de la politique d'investissement dont le but était d'évaluer le cadre légal, de proposer des recommandations pour l'améliorer et de développer des stratégies proactives d'attraction des investissements étrangers directs. Je pense qu'il est assez difficile d'évaluer, parmi toutes ces recommandations, ce qui a été mis en place. Mais je sais qu'il y a un certain progrès depuis 2004, notamment au niveau du cadre légal où certains impôts ont été réduits. La fiscalité a été un peu rationalisée. Il y a eu des changements au Port autonome de Cotonou, avec certains projets pour faire améliorer les performances de ce port. Je crois qu'il y a eu aussi des améliorations au niveau de la zone franche industrielle. Toutefois, d'autres recommandations aussi bien de court terme mais aussi de long terme sont à prendre en compte.

Quelles ont été ces recommandations? Le Bénin doit davantage mettre en avant ses opportunités économiques, notamment l'agroalimentaire, la transformation du coton, certaines ressources naturelles qui ne sont pas encore exploitées et son positionnement stratégique. Une recommandation du rapport était de mieux saisir les opportunités qui sont offertes par le Nigeria, aussi bien comme source d'investissement que marché d'exportation. Il y a donc quelque chose à améliorer avec le Nigeria. C'est difficile de mettre en place toutes les réformes pour qu'un pays s'ouvre aux investissements étrangers directs mais je pense qu'il y a des efforts à faire au niveau du gouvernement et au niveau des politiques à mettre en œuvre, à tous les niveaux il faut renforcer les institutions qui s'occupent de la promotion de l'investissement, et que le Centre de Promotion des Investissements soit l'interface principale pour les investisseurs étrangers. Qu'est-ce qui justifie, selon vous, investisseurs pour les pays asiatiques?

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C'est une question complexe. Je crois que ces pays, en général, ont atteint une stabilité politique depuis longtemps. Les investisseurs regardent souvent la stabilité politique sur le long terme parce que ce sont des investissements (notamment dans les infrastructures) qui nécessitent un retour sur investissement après un certain nombre d'années. C'est une région beaucoup plus stable mais il y a d'autres facteurs comme la productivité, la main d'œuvre, le climat des affaires qui restent encore plus attractifs en Asie. Le climat des affaires, c'est le cadre légal, c'est-à-dire une fiscalité propice à l'initiative privée, une justice fonctionnelle et rassurante mais aussi une administration performante et un dialogue social plus constructif. Il faut que les services aux investisseurs soient très efficaces parce qu'une administration démesurée pénalise leurs activités.

Alexandre de crombrugghe  
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