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Les dunes du désert Il est un endroit majestueux, Il est un endroit merveilleux, Il est un monde à lui seul, Il est calme et ravageur, De jour comme de nuit, Son visage garde sa fraîcheur, Le vent sculpte ses formes, Pareilles aux corps de femmes, Ses courbes arrondies, ou, Dunes de beautés infinies, ou, Buttes et collines de sable étincelant, Les pattes des animaux, et les pieds des gens s'enfonçant dedans, Laissant leurs traces comme sur la neige, Paradis jaune d'un hiver inexistant, Le désert, cet horizon sans fin, Qui appelle le cœur des hommes, A embrasser la solitude et la désolation du vide, A épouser les nuits glaciales, et les jours de fournaises, Un proverbe dit : Dieu a inventé l'eau pour purifier le corps, Et a inventé le désert pour purifier l'âme ! A dos de chameau, ou de dromadaire, J’aimerais les voir, et j’en rêve, Peut-être un jour prochain, Dans un avenir lointain, J’aimerais les voir pour de vrai, J’aimerais y être dans l’immensité sablonneuse, J’aimerais voyager en non abstrait, J’aimerais m’y rendre en concret, Pas seulement par images, Pas seulement par reportages,

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A dos de chameau, ou de dromadaire, Même à pieds s’il faut le faire, Peut-être qu’un jour j’irai, M’endormir dans le paradis jaune, Je m’envolerai avec les ailes d’acier, Peu m’importe le prix du billet, A dos de chameau, ou de dromadaire, Aurai-je la chance un jour, de pouvoir le faire, Fouler l’immensité d’un paysage de sable, Voir, et découvrir la beauté désertique, Les dunes du désert sous mes yeux ébahis, Voir passer les caravanes, qui jettent leurs ombres sur le sable safrané, M’arrêter dans un oasis, sous un dattier me reposer, A l’ombre des heures chaudes, avec une bonne tasse de thé, Le soir venu, je m’endormirai, Dans une tente de touaregs,

Madame BOIREAU Baya

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L'âge des nuages Au plafond se refondent ces formes informes, duvet laiteux, caresse ouatée qui effleurent l'âme, et chatouillent la barbe du poète... L'ondoyante clarté navigue, avec ses anges liquides visages éphémères masses grises aux détours improbables, blanche transhumance abandonnée aux caprices d'Eole... Le coton s'effiloche dans l'azur immensité, le cortège lumineux traverse le sombre voile, et défile en divagations infinies, dans ce flot aérien, atmosphère, pays sans âge, où se reposent mes yeux ouverts....

Lecerf Eric

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Long synonyme Requiem en si bémol Pour un espace infini Une larme qui s'envole Sur ton souffle, sur tes cris. Cet espace que la corolle Du soleil de ta passion De ton rire qui décolle De ton âme, de ton fin fond. Ce silence immature Où tu fuis vers le lointain Ton absence en signature Ta présence comme un point. Dans la chaleur de l'atmosphère Je te sais pourtant présent Mais si loin ton auréole Si furtive soit ton absence Qu'elle me peine et me désole.

Et le temps malgré ton âge Où tu cours là bas devant L'infini du paysage Qui t'avale entièrement. Car mon âme en ton tréfonds Ne supporte que tu me blesses Que s'éloigne même d'un soupçon La douceur de tes caresses. L'infini est loin devant Je le sens comme une faiblesse Comme la mort qui nous attend De la vie qui nous délaisse. Que s'anime le décor Que se plantent mes prouesses Que le vent comme réconfort Ne me quitte quand tu me laisses. A Men. Vitry le 14/01/2011

Patrick Flécheux

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Je me suis assise soudain Contemplant les deux tours... Et les bâtisses ruinées au sommet Déversant leur attitude altière Vers la garrigue aux senteurs De pins, de cyprès, de thym, Et en bas, tout en bas, Le ruisselet chantant sans fin Au rythme des pierres qui roulent Au gré de la brise légère. Je suis bien, près du ciel, Mais pas de troubadour A mes côtés, en ce jour, Pour gratter de la mandoline De la guitare, Ou me dire quelques vers... Il est resté à ses racines Songeant peut-être...à moi Et à bien d'autres. Pas de Mélusine, non plus, Pour enchanter ces lieux désertés, Même pas trop de touristes. Il faut grimper, chanceler Sur des pierres branlantes Un chemin de rocailles De roches, de pierrailles Et le vide est là, Tout près, si près, attirant, Au moindre mouvement faux Je m'y laisserai aller Doucement Sans le faire exprès, je prendrai le mal saut Comme ça !

Fait à « 4 châteaux de Lastours » près de Carcassonne

Michelle Lallaouret-Pilliu 6


Demain j’irai courir aux collines ardentes Qui font mon horizon quand je regarde en moi Ouvre les yeux du rêve ô l’oiseau des saisons Arrache sans regret la racine à ton pied Ce soir j’irai marcher et la route tremblante Me parlera du sang qui pleut du ciel en feu L’horizon porte un nom et mon nom est ailleurs.

L’oiseau des saisons Montreuil Mardi 9 septembre 1997

Marie Volta

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Ce matin, Porte des Lilas, il y a de la brume, Aussi, ne puis-je entrevoir Les Monts du Hoggar, Ne puis-je que deviner Dans le lointain, ceux du Ténéré, Pourtant s’étendent bien à mes pieds Du Sahara, les immenses dunes A perte de vue, ondulantes et brunes …. Le reflet scintillant du radar, A la réalité me ramène dare-dare, Ne suis-je que sur le périphérique Le tour de Paris, en train de faire, Tandis que je rêvais, à dos de dromadaire, De faire … celui de l’Afrique !

Michèle Dupuis

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Métropolitain Ce soir Le métro Est bleu cerise Avec dans son haleine Les promesses enfantines D’aubes dorées Et de jours sereins. Ce soir Le métro Est tambourinaire Venu des hauts plateaux du vent Et danse dans mes artères La musique prémonitoire De joies en gestation Ce soir J’aime le métro Son odeur de poivre noir Son cliquetis d’éclatante fanfare Et les robes trop courtes De ces filles épanouies Et repues Ce soir J’aime le métro Qui entre en gare Avec la magnificence tranquille Des empereurs et des fous Maître suprême Des joies exponentielles.

Yves Loriette 9


Les flammes du volcan D'infinis paysages où moi j'irai, Le plus grand voyage de ma vie, Plus loin que le peut ma poésie. Avec ou sans elle, je partirai. Tout est beau, tout est naturel, Lorsque l'on s’approche du ciel, Les hommes sont si petits vus d’en haut, La distance entre nous si courte à vol d’oiseau. C’est mon premier voyage solitaire, Je l’ai laissée seule sur la terre, Elle a évoqué le besoin d’air Et puis elle a repris toutes ses affaires. Je prends du recul, car je suis loin. Je fais le calcul, moins elle ça fait un. Dans ma bulle, je n’entends plus rien. Mes larmes, je les dissimule plutôt bien. Les paysages sont beaux, regardez- ça ! Les gens prennent des photos, pas moi. Mon cœur est ailleurs, si loin de là. Mes yeux si mouillés que je ne vois pas. Nous arrivons bientôt à bon port. Dans cette île, un magicien de l’amour, Qui guérit tous ceux qui souffrent fort. Jamais je n’aurais cru y avoir recours… Le retour est plus calme, pas de vent. Nous apercevons des flammes jaillir d’un volcan, Comme pour exprimer ce qu’il ressent, Comme moi par l’écriture à présent…

BELLIL KARIM 10


LA MER IMMENSE À JE NE SAIS QUELLE VEILLE D’où vient la mer Lorsqu’elle épuise son écume lasse Pour embrasser les lèvres de la terre ? Pour captiver le monde Cent visages courants Face mystérieuse de l’origine Et nous aborderons à des rives profondes en nous Et nous naviguerons sur les abysses du passé Et nous serons oiseau dans le rire narquois de l’espace D’où vient la mer Lorsqu’elle épuise son écume lasse Pour embrasser les lèvres de la terre ?

Pierre Kobel

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D’infinis paysages S’en vont au fil de l’eau, Infinis passages remués au vent de berges, Troublés par les nuages Qui laissent perdre des brassées de soleil, d’étoiles, de cristaux. Le vent les griffe et les met sur le dos, incapables de bouger, restant là en lambeaux au milieu des déchets. Affiches déchirées par les intempéries, poésie murmurée à la porte des brasseries, cahier d’écolier à l’encre qui pâlit. Au bord du quai : un bordereau, un bon de commande, une carte d’embarquement pour des îles qui n’ont pas eu encore le temps de surgir de nos têtes. L’avenir nous hante autant que le passé, il faut bien composer avec ces pointillés qui pointent des archipels sur la carte accrochée au plus noir de la cave. Dans le reflet des flots en attente toujours, Dans les brumes des départs sans cesse différés, Dans les tiroirs profonds où l’encre s’est renversée, Ils dérivent et se figent comme visage longuement caressé. La rivière, qui ne fut d’abord qu’une berge, les connaît pour les avoir promis. L’homme nu, sur la berge, les devine par ce regard perdu qui inventa le sien. La femme nue, dans la rivière, les rassemble au flou de ses cheveux.

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Lorsque la vue se trouble et que l’espace se double, la blessure qui nous fonde, l’incomplet qui nous marque, abordent aux anciens mondes qui furent notre infini. Infinis paysages des corps Qui font et défont la grammaire des gestes, Dans le clair-obscur Où se perdent les illusions d’aimer, Où la terre elle-même se défait de son vêtement unique, Se dévêt de sa géographie, Pour reprendre à la nuit l’or égaré des terres inconnues. La voile claque au-dessus des cités, la barre oscille au gré des mauvais songes, l’étrave rêve de fendre les palais pour les livrer au néant qui les ronge. Là-haut sur la dunette Le monde fini Découvre l’infini Derrière une fenêtre, Posé sur une table, Lettre ou dessin, Qu’un rêveur arraché à sa rêverie, A dû abandonner pour suivre …

PENTRICK

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LE MARAIS

Au fil des siècles, d’habiles tisserands, les maraîchins Entrelacèrent canaux, conches, rigoles et biefs, Façonnèrent une verte guipure : le marais poitevin. Maisons d’éclusiers, pâtures, petits lopins de terre Où fleurissent l’orchidée, l’angélique et des brassées d’iris. Sur les lourds batais l’ombre des bateliers se glisse Musardant le long des voies d’eau aux frênes séculaires. Enfin, l’heure brune, le crépuscule, l’alchimie opère, Les jardins, les prairies s’effacent entre ombre et lumière. Les oiseaux de nuit, les batraciens se libèrent. Une étrange symphonie psalmodie des prières : Clapotis, feulements, coassements solitaires. Marais, miroir lunaire aux frémissements singuliers. Parfois des sorciers le sanctuaire, loge ou temple éphémère Te souviens-tu de ses protestants opprimés ? De ses hameaux dispersés Où se cachent leurs tombes oubliées ? Labyrinthe secret

BLED Christian 14


ODYSEE BLEUE . Couchée sur le dos, ton regard au Zénith, OUI ! Ce rêve, cette envie, tout de suite ! L’infini sans bouger et cette obsession : Contempler le ciel et ses dimensions. Oublier la terre et comme suspendus Nous et le pur infini au dessus. Combles bleues et cotons illimités, Oh ! Mon Bel Aimé ; quel temps bien tué ! Nous, comme perdus sous cette voute Seuls à contempler, bienheureux sans doute. Rêvant à de fuyantes envergures Et désireux de planantes postures. Soudain, toute l’éternité nous happe ; Mon amour, est-ce un ange qui nous gâte ? Elevés, traçant un nacré sillage, Nous fuguons vers un céleste voyage.

Pascale VIALARD

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Vercors Vérité brute, de roc et de vent, Vérité tendre, animale et vivante, Vérité rude, effort, peine et courage, Dureté vraie dont l’homme n’est le maître. Etreinte ardente où le ciel et la terre, Mêlent couleurs de soleil et de pluie, Suave odeur de pin teintée de foin, Douce harmonie des êtres et des choses. Rage aveuglée d’un blizzard de décembre, Frêle assurance en l’éterlou d’avril, Sources taries par la chaleur d’été, Saveur poivrée des champignons d’automne. Citadelle éternelle et fragile, Aux remparts fiers et aux gorges profondes, Tours d’arrogance érigées dans l’orage, Havre de paix, de repos et d’espoir. Ocre calcaire aux accents de Midi, Flamme orangée de l’arbre vieillissant Or transparent de lumière irréelle, Velours pourpré d’un lointain crépuscule. Rires d’enfants découvrant l’aventure, Chant du ruisseau celé en son ravin, Brâme et glati, en concert confondus, Claquement sec du rocher qui éclate. Soif d’harmonie, de fées et de légendes, Désir d’amour après trop de tourments, Soif de bonheur, aisément étanchée, Désir de vie, partage d’infini.

Jean-Paul Coutelier 16


SAINT-MATHIEU

LE SOLEIL S’ALANGUIT DANS DES VAPEURS DE ROSE

Et Saint-Mathieu lézarde en absence de vent. Pas la moindre risée pour amuser Ouessant, Tout est calme et figé, l’Iroise se repose. Le ciel et l’océan s’unissent en osmose, Le turquoise et le parme osent l’or et l’argent. Splendide et flamboyant à ses derniers instants, L’astre vient se noyer dans l’incendie grandiose. Le feu de Kéréon jaillit de la pénombre, Les éclats de Créac’h percent le fond de l’ombre, En écho s’illumine la tour des pierres noires. Enveloppés de nuit, les oiseaux de Molène Se bercent de silence et laissent percevoir La chanson des marins au large qui reviennent.

Christian Bled

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PAPILLONS … Il imaginait des vers auxquels il écrivait des ailes et des mondes pour les y rendre libres … Et c’est ainsi que chaque jour il leur soufflait vie du rebord de sa fenêtre pour les regarder peupler les heures et les saisons du quartier.

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Il vendait ses lignes qu’il cueillait le matin au jardin de l’évêché comme des petits marrons grillés que l’on disperse au gré des passants sur le pavé parisien. Il les échangeait pour un sourire, les offrait en rançon pour un visage que la tristesse avait volé, et ceux qui lui restaient les plantait dans le ciel pour les pilotes perdus et leur petits princes.

Jean-Michel Hatton

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PAYSAGES ZINFINIS 1. Place au rêve Place aux rêves zinfinis Un arbre magnifique, flamboyant, Derrière un escalier, une Porte Des oiseaux, inconnus jusqu’alors, Perchés dans ses branches Branches zinfinies Les ombres, se jouant des lumières, Quadrillent la Porte d’ouvertures / interstices Place au rêve Place des rêves zinfinis Tenues excentriques De moire et de soie Sourires animés De dialogues incandescents et décontractés Telle une humanité attentive Moitié vivante /moitié construction habile Au pied de la Porte De la Porte des rêves zinfinis Alors, je ferme les yeux et me retire à l’intérieur Méditation active La Porte s’ouvre donc dans les deux sens … Derrière les Portes / vice-versa Portes du Temps Portes des Etoiles Portes des Perceptions

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Zinfinis paysages

infinis pays – pas très sages Zinzin fini …


2. Singularités Lézards et gazelles Anomalies Corrélation néant Unité cosmique

Illusions d’éternité Un torrent dans le désert Evènements flous Fennec Travail humain

Yuccas d’onyx Lacs en amandes Agaves Gerboises Savane Fouillis de feuilles Fiction de l’ordre Fluctuations améthystes Mon passé est ton futur Vent Collines Plaines Paradoxe saphir Etat de veille Océan bosquets Troupeaux de bisons Incarnation Guépard des sables Combinaison forêt Rosée matinale

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Régions profondes Vide taoïste ...

incertitude subordonnée voyant champ d’énergie localisée Nuages isomorphes montagne glace murmure Temps du changement Qualités premières Hermitage ...


3. J’ai vu tant de paysages

Etais-tu là ?

Herculanum sous la lave brûlante St Petersburg endormie sous la neige Les terres rouges émiettées du Nevada Les palais roses de Pondichéry Une barque dans l’océan indien Les totems, les baleines, les forêts de bouleaux Etais-tu là ? Un coucher de soleil sur Osaka Les jonques de la baie d’Along Reflets de lune Stalactites Corail gouttelettes Cœurs de souches Montagnes Peuples en migrations Pixels ports galactiques Regards Etais-tu là ? Le temps n’est rien pour nous Vols précieux de grues blanches Boutons de peyotl disséminés Un globe, deux globes et plus encore … Les longs courriers se posent au coin de ma rue J’ai vu tant de paysages Mais aucun n’était plus infini que mon rêve de toi

...

Olivier Keriven « Zinfinis paysages » / Printemps des Poètes 2011.

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AUTOMNE Meules buissonnements et cheveux roux de l’ombre Poils ras des prés usés après les fenaisons Moite moutonnement des mottes en décombre Frisant au bord du ciel des mèches de champs sombres Soigneusement peignés au front bas des maisons Peupliers palpitant de milliers de narines Cèdre à l’épaule offerte aux écharpes de soir Jeunes saules jaillissement d’aigue-marine Vieux murs sanguinolents mamelles de résine Naissant au ventre rose des pins bleus à voir Route qu’un rire chaud du fol été chiffonne Troublée comme un regard de fille devinée Puis qui soudain étend dans les bras de l’automne Bousculant les poteaux figés comme des nonnes Son corps lourd et fuyant de sirène saoulée Un vent tiédi d’odeurs et de douceurs lointaines Va mourir dans les cheminées de l’horizon La nuit tend ses lèvres et boit la plaine Le grelot des grillons sonne une paix romaine Règne minuit cyclope étrangleur de saisons 1955 . Minne Kiver

Yvonne Gibert

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PRINTEMPS DES POETES 2011  

Inifinis paysages / textes reçus par NOTES sur ECRITS pour le Printemps des poètes 2011