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DOS REIS PIRES Isabelle N° étudiant : 21200946

M3CAP 12/11/2013 Article n°1 :

L’histoire par la photographie, D’Ilsen About et Clément Chéroux.

« L’Histoire par la photographie », paru en novembre 2001 dans la revue scientifique spécialisée Etudes photographiques, est un article qui propose une nouvelle approche de la photographie par l’historien. C’est dans le cadre de la préparation de l’exposition « Mémoires des camps. Photographies des camps de concentration et d’extermination nazis (1933-1999) » que deux historiens, Ilsen About et Clément Chéroux entreprirent cette réflexion sur l’histoire par la photographie. En début du XXIème siècle, alors que la photographie compte presque deux siècles de vie, pourquoi celle-ci ne constitue-t-elle toujours pas une source courante de l’histoire ? Clément Chéroux, commissaire de l’exposition, est historien de la photographie. Il dirige aujourd’hui la revue Etudes photographiques, ainsi que le département de photographie du Centre Pompidou. Quant à Ilsen About, chercheur pour LabexMed, laboratoire de recherche dans les sciences humaines, est lui spécialisé dans l’histoire contemporaine. Ce sont deux spécialistes, avec une légitimité scientifique sur les deux disciplines, qui ont tenté de répondre à cette question et d’y trouver une solution. L’objectif même de l’exposition - qui s’est déroulé de janvier à mars 2001 à l’hôtel de Sully à Paris - était justement d’utiliser les clichés des camps de concentration comme matériau historique et non précisément comme simple illustration. L’article est organisé en quatre parties. Dans une première partie, les auteurs reviennent sur les relations entre l’histoire et les photographies et expliquent le problème auquel ils font face. Puis, autour d’une étude de cas, qui est celle des photographies des camps de concentration nazis, les auteurs abordent l’un des problèmes clef, du point de vue pratique, qui empêche l’histoire par la photographie : le désordre de l’archivage photographique. Ensuite, ils établissent une méthode que les historiens doivent suivre pour étudier les photographies d’un point de vue historique, comme source à part entière, autour de trois axes : le photographe, l’objet photographique et le sujet. Enfin, dans une dernière partie, ils reviennent à la problématique de base qui dépasse la question pratique et présente un véritable écueil théologique : la perspective de l’historien face à la réalité historique. Au-delà des idées reçues et des polémiques récentes sur le sujet, Ilsen About et Clément Chéroux étudient l’histoire puis la photographie et proposent une véritable solution concernant l’utilisation de la photographie comme source historique. Quels sont ces critères

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permettant à la photographie de devenir une source de documentation historique ? Et en quoi ces deux disciplines présentent autant de difficultés ? Nous étudierons l’article en trois parties, reprenant les trois idées principales du texte. Tout d’abord, nous aborderons le lien qui unit l’histoire à la photographie, les problèmes qui empêchent en partie ce lien et nous verrons comment chaque discipline pense l’autre. Puis, nous présenterons la méthodologie que proposent les deux auteurs pour analyser un support photographique à des fins historiques. Enfin, nous tenterons de comprendre ce qui fait tant polémique. I.

Histoire et photographie : une connexion mal établie

L’historien utilise depuis bien longtemps l’image comme source historique : l’art est exploité et constitue un réel fond d’analyse. Néanmoins, celle des archives photographiques se fait rare (par exemple, les Annales ne compte depuis 1929 que deux articles sur la photographie). Elle constitue la plupart du temps une simple illustration pour les historiens, alors que ces deux disciplines sont liées et que dès ses début la photographie aurait pût servir l’histoire par sa manière de retranscrire la réalité. En effet, capturant un instant de la réalité passée, elle peut renseigner l’histoire sur une époque, des mœurs, un moment, un groupe… D’autant plus qu’avec celle-ci, nous avons jamais aussi bien capturé le réel, tout en étant sûr que ce qu’elle montre a été. Il s’agit de comprendre dans un premier temps la réticence des historiens face à cet objet. Tout d’abord, les auteurs interrogent deux points de vue : celui du photographe et de l’historien. Selon le photographe, la photographie est au service de l’histoire. Des fonds d’archives photographiques sont même crées pour faciliter le travail de l’historien. Plusieurs tentatives ont été menées pour intégrer la photographie à l’histoire, comme la création du dépôt légal. Quant aux historiens, ils relèvent d’une bonne volonté à l’égard du document photographique mais elle demeure dans les faits rarement employée comme source historique. Pour comprendre ce paradoxe, les auteurs centrent leur réflexion sur l’analyse d’un cas précis : les photographies des camps de concentrations et d’extermination nazis. Ils démontrent ainsi, à travers plusieurs exemples, les nombreux problèmes concernant l’appropriation des documents photographiques : des erreurs de légende, des documents mal référencés, des images peu lisibles etc. Ils tentent, par conséquent, de comprendre d’où peuvent venir ces contresens aussi graves pour l’histoire. D’autant plus que ces images sont à l’origine correctement légendées. Effectivement, les photographes inscrivaient au recto de leurs clichés, la date, le lieu et ce qu’ils représentaient. Par conséquent, il ne s’agit pas d’un problème de mauvaises interprétations, car au niveau de la production elle est correctement renseignée. Il s’agit plutôt d’un dysfonctionnement au niveau de la transmission de l’information. Les auteurs scrutent le parcours de l’image dans l’archive. Ils identifient plusieurs problèmes. Tout d’abord il y a une perte d’information concernant les documents. Si au début ils étaient correctement légendés, lors de la duplication des 2


documents, le recto a été oublié. Ce qui est une perte considérable pour l’historien qui se retrouve face à des documents incomplets. Puis, il y a un autre type de perte d’information qui est celui de l’image même. Effectivement, à force de reproduction, la qualité de l’image diminue et certains points de la photographie sont illisibles, telle une « mauvaise photocopie ». Si bien que les historiens doivent entreprendre une longue recherche pour retrouver le document original, entre de nombreuses reproductions. Néanmoins cette tâche s’avère d’autant plus difficile que l’image est difficilement accessible. Par exemple, il n’existe pas de guide de sources photographiques sur les camps de concentration. De plus, il s’agit aussi de retrouver le négatif, parce qu’il représente l’image dans son état brut, et l’image peut être ainsi replacée dans sa série de tirages. Tous ces problèmes sont sûrement liés à la malléabilité du support qui est facilement transportable, reproductible et montré (comme c’est le cas, en particulier, pour les photographies des camps de concentration qui ont d’emblée participé à une pédagogie par l’horreur). Voici plusieurs règles méthodologiques pour les historiens qui devront « entreprendre à travers l’archive une véritable archéologie du document photographique ». Toutes ces règles forment un premier élément de réponse concernant l’absence de travail des historiens sur les photographies. II.

Penser la photographie comme source historique : une nouvelle méthodologie

Dans l’optique d’une réelle avancée concernant ce sujet, Ilsen About et Clément Chéroux proposent une méthode d’étude propre à la photographie. Rappelant l’importance de la nature des sources pour l’historien, ils dressent un inventaire des questions à poser à une source photographique et des méthodes qu’il est nécessaire d’appliquer au support photographique. Ils divisent leur méthodologie en trois axes d’analyse : tout d’abord une étude basée sur le photographe, puis l’objet photographique et enfin le sujet. Concernant le photographe, l’accent est mis sur son identité qui n’est pas souvent évoquée. En effet, le photographe est le premier lien direct avec la photographie : il est l’origine de celle-ci et elle relève, la plupart du temps, de ses choix. Sa position face au sujet photographié (selon son statut, sa qualification, certains éléments de sa biographie,…) joue un rôle sur la prise de vue, puisqu’elle découle de son point de vue. S’appuyant sur divers exemples, les auteurs démontrent comment la même chose peut être photographiée de manière différente et signifier des choses différentes. La photographie explique l’acte de prise de vue. C’est-à-dire qu’il s’agit de savoir ce que le photographe a voulu faire ou dire avec la photographie. De plus, au niveau de la recherche du tirage original ou du négatif, le photographe est un fil conducteur important ; c’est ce qui permet de se rapprocher au plus près de la source de l’image.

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Le second axe d’étude proposé est l’objet photographique, c’est-à-dire l’image elle-même. Il faut essayer de la « déchiffrer ». Plusieurs éléments sont à observer. Tout d’abord, il faut porter son attention sur l’aspect de l’image et les techniques employées. Ce qui comprend des aspects techniques (focale, vitesse, profondeur de champ,…) et stylistiques (cadrage, composition, lumière, netteté…) de l’image. Tout ceci révèle la plupart du temps la raison d’être de celle-ci. Par exemple cela permet de différencier une photographie clandestine d’une mise en scène. Ensuite, il faut prendre en compte le contexte de l’image et son environnement iconographique ; ce que permet par exemple la pellicule qui peut aider à reconstituer la chronologie de la prise de vue. Par conséquent, il faut surtout considérer l’objet photographique dans son ensemble et ne négliger aucun indice. Le dernier point de l’analyse concerne le sujet. Il s’agit dans un premier temps de reconstituer le contexte spatial et temporel du sujet photographié. Ce qui nécessite des recherches hors du champ photographique (comme les archives administratives, les témoignages, plans architecturaux, études historiques,…). Il faut également analyser le parcours de l’image (ce qu’elle a subi comme modifications ou encore la manière dont elle a été reçue, le discours qui y était associé,…).

La méthode critique qui a ici été proposée par les auteurs est déjà connue par les historiens puisque c’est la même qu’ils doivent appliquer pour d’autres documents. Les auteurs se concentrent par la suite sur ce qui pose problème aux historiens dès qu’il s’agit de photographie.

III.

Une Nouvelle Histoire

Au-delà de tous ces problèmes méthodologiques, les auteurs décèlent un véritable écueil théorique. En effet, il semblerait que ce qui empêcherait le lien entre l’historien et la photographie est la perception de la réalité qu’elle génère, voire l’envoutement du référent photographique pour celui qui regarde cette représentation, cette image. Surtout intéressé par l’envie de retranscrire des « faits bruts », la réalité telle qu’elle a été, l’historien ne voit de l’image que son visible et ne l’utilise que comme illustration de la réalité. Ce qui semblerait plutôt être de l’ordre d’une « preuve » de cette réalité. La photographie a pris part à une importante réflexion sur l’histoire. L’historicisme allemand avec la perception de ce que doit être l’histoire est pour cause critiqué et une nouvelle approche voit le jour au début du XXème siècle : la Nouvelle Histoire. Celle-ci privilégie une approche davantage subjective en modifiant le rapport de l’historien à l’histoire. C’est une prise de conscience que la façon de raconter l’histoire (le récit construit) participe à son 4


élaboration. Il ne s’agit plus de retranscrire des « faits bruts » mais des « faits élaborés », médiatisés qui donnent suite à une élaboration intellectuelle qui construit l’histoire en même temps qu’elle la raconte. En conséquence, la Nouvelle Histoire a un rapport au passé qui devient comparable à celui du photographe avec la réalité qu’il photographie. On parle d’un « rapprochement essentielle » de ces deux disciplines. Les auteurs s’appuient sur plusieurs théoriciens et historiens pour prouver qu’en effet la photographie fascine surtout par son « pouvoir naturel d’authenticité » ; ce que Roland Barthes appelle le « ça a été ». C’est par exemple le cas pour les « photos-chocs » qui se suffisent à elles-mêmes par la puissance de ce qu’elles montrent et représentent. Ces types de photographies ont amené un appauvrissement et une dévalorisation des photographies d’archives qui ne pouvaient se détacher d’une approche référentielle. Ce qui explique la difficile transition du réel à l’intelligibilité concernant l’image photographique - même transition que prône la Nouvelle Histoire pour l’histoire - et qui explique par le même raisonnement le peu de matière qu’exploite l’historien dans une photographie. La solution selon les auteurs serait de reprendre les théories de la Nouvelle Histoire et de les appliquer concrètement au support photographique souvent oublié. Effectivement, il est nécessaire de lire l’image au-delà de ce qu’elle représente et d’analyser concrètement le fait photographique ; en prenant en compte, comme dans la méthode que proposent les auteurs, le photographe, le sujet et l’objet photographique. Il est de plus nécessaire de considérer une reproduction de la réalité uniquement comme représentation et non comme la réalité elle-même. Il ne faut pas oublier qu’avant tout, l’image a été pensée dans l’objectif de montrer une certaine représentation du sujet. De cette manière, il faut penser l’image – la représentation – comme une construction, une « chose fabriquée » ; ce qui incite à une lecture plus profonde de celle-ci et demande d’élargir le champ d’analyse au-delà du simple référent. Il est primordial de questionner l’acte photographique dans sa totalité.

Cet article a le mérite d’être clair et précis. Il aborde chaque idée de manière distincte et toujours illustrée par des exemples clairs. La lecture se fait agréablement et de manière fluide. De plus, les auteurs cherchent une vraie solution au problème et en proposent même une, ce qui donne une finalité à cet article qui ne reste pas en suspens après la réflexion. L’exposition « Mémoire des camps. Photographies des camps de concentration et d’extermination nazis » a très bien été reçue. On trouve beaucoup d’articles qui félicitent le travail qui est fait à partir des clichés. On peut lire dans Les Inrocks : « L’exposition Mémoire des camps effectue un incroyable travail d’archivage, qui redonne leur force documentaire aux images des camps de concentration et d’extermination nazis. Une entreprise salutaire, 5


face au flou désormais croissant qui entoure les photographies de la Shoah. ». Quelques expositions ont repris le même principe après celle-ci, toujours en évoquant la guerre ; par exemple « Images de la guerre d’Algérie, les grandes photographies d’une déchirure », à la Coupole, en 2002 et « Photographier la guerre d’Algérie » en 2004, à l’Hôtel de Sully. Néanmoins cela n’a pas poussé les historiens à appliquer la méthode et utiliser l’image comme source dans leur travail. Les auteurs ont étudié cette problématique et publié l’article en 2001, aujourd’hui en 2013 nous ne constatons pas beaucoup de changement : elle est surtout étudiée en milieu universitaire. L’histoire ne s’écrit toujours pas par la photographie. Effectivement, si nous nous appuyons sur nos années d’études d’histoire, à aucun moment l’étude d’une source photographique a été faite. De plus, les manuels continuaient et continuent à utiliser les photographies d’archives comme simple illustration. Seules les affiches de propagande, où la construction est évidente et l’objectif clair, sont étudiées. Cependant, on peut dire que cela a déclenché plusieurs réflexions, ou plutôt que la question continue à être étudiée. On trouve diverses études menées par des doctorants du Centre National de Recherche en Anthropologie Sociale et Culturelle. Par exemple le doctorat de Marie Chominot s’interroge sur « L’image photographique, une source pour écrire l’histoire de la guerre d’Algérie / guerre de libération ? » ; ou encore à l’Université Paris I, Estelle Sohier concernant «L’utilisation de la photographie en histoire de l’Ethiopie contemporaine». On explore aussi d’autres champs de la photographie : par exemple, en 2008, une autre doctorante se demande comment étudier et analyser des photographies privés comme source de l’histoire. Cette question continue donc à être explorée mais elle demeure assez isolée.

Celle-ci aborde pourtant des questions clefs autant pour l’histoire que pour la photographie. Pourquoi constituer des archives photographiques si elles ne peuvent pas construire l’histoire ? L’acte photographique selon plusieurs photographes consiste en servir l’histoire, or si celle-ci ne l’utilise pas, l’acte est remis en cause. Puis, les photographies étant de plus en plus nombreuses, notamment avec l’arrivée du numérique, et constituant les sources de témoignages contemporains, comment l’histoire du XXIème siècle pourra-t-elle s’écrire sans l’utilisation de la source photographique ? Néanmoins il est vrai que selon certains philosophes, l’histoire doit avoir un certain recul pour pouvoir être complètement étudiée et approuvée. Il ne s’agirait donc qu’une question de temps…

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Puis, au-delà de la réflexion théorique, l’article pose une vraie problématique de l’ordre de la pratique, qui est celle des archives. En quoi les méthodes d’archivages peuvent-elles porter atteinte à l’utilisation du document ? Ces dernières années presque plus aucune photographie n’est déposée au Dépôt légal, comment va-t-on constituer dorénavant ces fonds d’archives ? D’autant plus que comme la photographie est aujourd’hui une pratique étendue et pratiquée par tous, nous nous retrouvons avec une abondance de photographies. Ainsi, quel type de photographie d’ordre « historique » sera conservée ? Comme l’histoire par la photographie n’est pas une pratique étendue, et que les photographies ne constituent pas aujourd’hui une base de recherche pour l’histoire, quels seront les critères de sélection ? Ce sont autant de questions, auxquelles les historiens pourraient répondre si leur source de recherche était aussi le support de l’image photographique.

Webographie :

http://www.lesinrocks.com/2001/01/16/musique/concerts/exposition-memoire-des-campsmemorial-11219148/ : Article des Inrocks, magazine réservé à l’actualité culturelle.

http://www.arhv.lhivic.org/index.php/2008/02/27/649-la-photographie-privee-une-sourcepour-lhistoire-de-la-culture-visuelle : Article publié par le Laboratoire d'histoire visuelle contemporaine. Publication dirigé par André Gunthert, enseignant-chercheur, spécialiste des cultures visuelles et des cultures numériques.

http://www.crasc-dz.org/article-877.html : Articles publiés par Centre National de Recherche en Anthropologie Sociale et Culturelle, rubrique « Image, Mémoire, Histoire ».

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