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Le but de cette présentation est de mettre en lumière la perspective d’ECHO sur le lien entre la malnutrition avec la sécurité alimentaire, et au-delà de la sécurité alimentaire, avec la résilience des populations.


Pour donner le cadre, il faut rappeler que la malnutrition reste un problème majeur et persistant dans le Sahel. En 2013, l’UNICEF et le PAM estiment à environ 5 millions le nombre d’enfants attendus en état de malnutrition aiguë. Au niveau plus global 50% des enfants de moins de 5 ans souffrent d’une forme ou d’une autre de malnutrition, avec des effets souvent irréversibles sur leur développement. Ce nombre ne baisse pas significativement lors des bonnes années agricoles. L’on va comprendre pourquoi.


On mesure la malnutrition plus ou moins chaque année, parfois deux fois par an, et on voit qu’elle est globalement toujours élevée, avec des pics et des variations saisonnières.


En période de crise, des mauvaises récoltes, des prix alimentaires élevés, ou la combinaison des deux comme en 2012, provoquent des pics de malnutrition. C’est une situation de crise, d’urgence humanitaire, ou ECHO répond à pleine puissance avec ses partenaires.


Chaque année pendant la soudure agricole, les taux remontent, coïncidant avec le pic de paludisme. C’est dans cette variation que ECHO s’est installé depuis 2007 pour faire baisser les taux, mais surtout améliorer la prise en charge médicale. Dans cette zone, les acteurs de développement sont également actifs


Mais le plus gros des contingents de malnutris se trouvent ici, en permanence, toute l’année, crise agricole ou pas crise agricole, criquets ou pas, ces enfants sont là. C’est une malnutrition structurelle, la plus importante, la moins visible. C’est là que tous les facteurs, tous les secteurs entrent en jeu. Le manque d’accès à la santé, à la nourriture, à l’eau, à l’hygiène, la taille des familles, l’éducation, tous liés à la pauvreté.


Voilà pourquoi la baisse de la malnutrition est pour ECHO un objectif important. Une malnutrition qui augmente est l’un des indicateurs les plus tardifs de la perte complète de résilience des populations les plus pauvres.


Pour répondre correctement d’un point de vue humanitaire, il a été nécessaire de comprendre mieux les vulnérabilités des ménages. Il faut bien comprendre les modes de vie des populations avec lesquelles on travaille. De nombreuses études ont été faites à ce sujet, des études d’économies des ménages. On voit ainsi que dans l’ensemble des zones qui ont été étudiées, la production agricole ne constitue pas la majeure partie des revenus, ni des aliments consommés.


Le prolétariat rural qui s’est créé au cours des décennies, et qui continue de croître crise après crise, soutenu par un accroissement démographique important, achète sa nourriture sur le marché.


Il y a bien une crise d’extrême pauvreté qui se développe et on comprend alors que, bonne année agricole ou mauvaise année agricole, le nombre de personnes à risque est énorme. Ces ménages les plus vulnérables sont extrêmement sensibles à l’augmentation des prix alimentaire. Le recours à la décapitalisation et à l’endettement est une stratégie de survie qui empêche l’accès aux services de base santé, eau, éducation - et enferme donc les ménages dans un piège de pauvreté. (Par exemple un manque d’accès à la santé empêche les travailleurs d’avoir un revenu en l’absence de protection sociale). Ce piège se transmet de génération en génération (l’enlèvement des enfants de l’école étant par exemple une des premières stratégies d’économie des ménages subissant un choc économique)


Or les crises sont désormais fréquentes. Les trop rares études sur le temps nécessaire à surmonter une crise (endettement notamment) suggère qu’il faut pas moins de 3 ans pour revenir au niveau antérieur à la crise. Ainsi, les chocs de tout ordre qui surviennent ont pour principal effet sur les plus pauvres d’éroder leur résilience, leur capacité d’absorption de ces chocs.


Les chocs sont de plusieurs nature. Le changement climatique est une réalité sur la dégradation des sols et les cultures, l’influence des prix alimentaire, mais également les chocs sanitaires ou même les conflits, qui provoquent des déplacements et qui en toutes circonstances altèrent les flux économiques. Donc que faire ?


Les plus pauvres représentent jusqu’à 50%, parfois plus selon les zones étudiée, de la population rurale. On sait les cibler avec une bonne précision, bien meilleure que les ciblages géographiques encore utilisés parfois. En effets, en cas de crise, une mauvaise saison agricole par exemple, tous les ménages ne sont affectés de la même manière. Il y a des ménages riches dans des zones affectées par de mauvaises récoltes, qui ont encore une capacité de résilience, mais il y a aussi des ménages très pauvres dans des zones ou les pluies ont été abondantes. Le ciblage par ménage est donc essentiel pour une réponse efficace et juste à l’insécurité alimentaire.


Cette compréhension des vulnérabilités permet de développer des mécanismes qui répondent aux besoins identifiés. Les modes de vie, d’accès à la nourriture ou aux soins par exemple sont différentes entre un ménage d’éleveur du Nord Mali et un ménage agro-pastoral sur les rives du Niger.


Les différentes études et projets pilotes, ainsi que les expériences dans d’autres régions du monde, démontrent que ce ne sont pas des projets agricoles, ou des projets d’accès aux soins, ou des transferts sociaux, mais la combinaison de toutes les composantes qui permet d’avoir un effet positif et concret sur la résilience.


C’est l’association qui est intéressante ici. Prenons l’exemple d’Awa, une femme chef de famille très pauvre avec enfant qui est confrontée à la saison de soudure. Si elle reçoit un transfert monétaire pendant cette saison, elle pourra ainsi participer à un projet agricole de maraîchage qui augmentera son capital productif et social. Si elle ne reçoit pas de transfert monétaire, elle s’auto-exclura du programme car elle aura besoin de trouver de l’argent et de la nourriture au jour le jour. Si elle bénéficie de soins de santé de qualité et accessibles pour elle et ses enfants, elle protège également son capital humain. Elle augmente ainsi sa résilience.


L’objectif commun – augmenter la résilience, baisser la malnutrition à l’échelle nationale ou régionale ne peut ainsi être atteint que si tous les acteurs concernées, à commencer par les Gouvernement, travaillent avec les plus pauvres, et les même plus pauvres. (Un programme agricole qui cible des pauvres avec accès à la terre, concomitant d’un programme de transfert monétaire qui cible d’autres personnes n’aura pas l’effet ‘package’ qui permet d’augmenter la résilience des ménages).


Dans ce contexte, et après la grande crise de 2011-2012 qui a touché l’ensemble du Sahel, une dynamique s’est créée pour repenser la façon de répondre ou d’anticiper les crises dans les Sahel. L’Alliance Globale pour l’Initiative Résilience (AGIR – Sahel) est née. C’est une initiative politique à haut niveau et à l’échelle régionale.


Cette alliance a démarré le 18 juin avec une forte implication de l’Union Européenne avec trois organisations régionales, la CEDEAO, l’UEMOA et le CILSS. Pour plus de détails : http://www.oecd.org/site/rpca/agir/


A Ouagadougou, le 6 décembre 2012, l’Alliance était lancée, avec pour objectif : « Réduire structurellement et de manière durable la vulnérabilité alimentaire et nutritionnelle en accompagnant la mise en œuvre des politiques sahéliennes et ouest-africaines ». D’ici 20 ans. C’est donc une initiative ambitieuse et sur le long terme.


AGIR est copiloté par les Commissions de l’UEMOA et de la CEDAO, assisté techniquement pour la mise en œuvre par le CILSS. Le pilotage technique est assuré par le Réseau de Prévention des Crise Alimentaires (RPCA) de l’OCDE. Le relai est effectué au niveau national par des structures existantes, comme les conseils ou comités nationaux de sécurité alimentaire par exemple. Les bailleurs de fonds, et plus largement la Communauté International, de son côté, entretien l’engagement politique et facilite une coordination et la définition de positions communes.


La feuille de route régionale, déjà adoptée en avril 2013, se base sur 4 objectifs spécifiques. Cette feuille de route doit désormais inspirer les feuilles de routes nationales, afin que l’initiative prenne corps au niveau des pays et que des actions concrètes au service des populations puissent désormais être initiées.


Ces feuilles de route nationales, ou ‘priorités résilience pays’ seront formulées en aout, avec la désignation de plusieurs points focaux par pays. En Novembre à la réunion du RPCA à Abidjan, ces priorités nationales seront présentées.


La prise en compte des plus vulnérables dans les programmes de développement ne correspond pas seulement aux valeurs de l’Union Européenne, ce n’est pas juste une affaire sociale, c’est libérer un énorme potentiel de développement dans les pays concernés, à l’heure où le Sahel vit des moments critiques.


L'Initiative AGIR - Vers la résilience des populations