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Ruralité J'écris ton nom

Déclin C'est dur de le dire comme ça. D'employer ces mots là. On le sait, on en a conscience. N’empêche que c'est bien de ça qu'on parle. C'est bien ça qu'on se raconte, à chaque fois qu'on se voit. Ou presque. Si on se projette à long terme, la question se pose : jusqu'à quand on pourra vivre ici, à la campagne ? Y travailler ? S'y alimenter ? S'y cultiver, s'y divertir ? S'y faire soigner, y scolariser nos enfants ? Les élever, tout simplement ?

Résistance Mais ici c'est le Périgord. Une terre de résistance. On n'en n'a pas l’apanage, on n'est pas les seuls. Mais on en est. Et ça on le mesure tous les jours, c'est dans nos gènes. Et c'est sûrement pour ça que rien n'est perdu. Les conditions ont beau se compliquer, on ne voit personne baisser les bras. Y a comme un point d'honneur qui est mis partout : on lâche rien. Et des acteurs qui se bougent, y en a par centaines. Sur chaque territoire. Partout. 2


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Récits Et puis tout ça, c'est rien que des histoires. Franchement. Et ça aussi on le sait. L'histoire des campagnes qui se dépeuplent, qui vieillissent, qui perdent leurs services. L'histoire de Pays qui ne savent plus quoi faire, ni comment se vendre pour attirer du monde. Mais les histoires, à force de les raconter elles finissent par advenir. Forcément. Alors ok, mais des histoires, tout le monde peut en écrire. Même nous.

Actions Et si les histoires qu'on écrit racontent les actions qu'on mène. Ou si nos actions, d'ellesmêmes, écrivent notre histoire, alors on reprend le contrôle sur nous-mêmes, sur nos vies, nos territoires, nos institutions, nos espaces d'actions, et de décisions. Ah oui, et bien-sûr, c'est possible. Faisable. Et même peut-être pas si compliqué. Et franchement, à bien y regarder : est-ce qu'on a beaucoup d'autres choix ? 4


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Quelque part dans le futur. Disons 2019. Ça se passe à la campagne. Mais maintenant on dit territoires ruraux. Ces territoires ruraux, donc, se dépeuplent et s'appauvrissent. Les maisons sont à vendre. Oh, pas toutes non. Pas tout de suite. Les commerces aussi. À vendre ou à louer, mais les vitrines restent vides. Oh, pas toutes non plus, mais franchement : beaucoup. Les jeunes regardent demain avec des yeux de citadins et retiennent au moins ceci de leurs leçons qu'il leur faudra partir, être mobiles. En plus d'être flexibles. Et puis il y a… ce qu'on mange. La nourriture. On commence à craindre pour notre santé. Et puis les citoyens et le pouvoir commencent à s'affronter. Les pacificateurs sévissent, éborgnent, mutilent. Mais tout ça est assez loin de nous. En métropole. À la ville. Juste un arrière plan, aucune alarme réelle via nos interfaces tactiles. Nous, ici, à la campagne1, on se demande encore ce qui est en train de nous arriver, et comment on va y réagir, maintenir de la vie ici, donner envie de rester chez nous, ou d'y venir. Attractivité, tourisme, marketing territorial, stratégies de développement, projets de territoires et autres territoires de projets2: pour nous en sortir, il nous faut innover. Aux commandes, des élus locaux. Autant dire nos parents, voisins, amis, cousins, et parfois nous-mêmes. Autour de la table dans les salles des Conseils, souvent le même constat, celui de notre difficulté à enrayer cette hémorragie, à guérir, à reprendre de la vigueur. Oh, pas toujours mais franchement : souvent. Un terrain de jeu, un parmi les autres, auquel on est attentif, de gré ou de force : l'intercommunalité, la Communauté de Communes, l'EPCI. La Comcom. Ce bateau ivre qui vient de subir deux redécoupages successifs, à qui on a transféré des compétences sans les moyens de les exercer, ce nouvel espace de coopération au sein duquel s'organise la concurrence entre les territoires. Un terrain de jeu ou une arène ? 1 2

Pensez à remplacer le terme par « territoires ruraux ». Ce qui n'est pas la même chose, c'est même tout l'inverse 18


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Une règle du jeu, comme une injonction, récurrente, diffuse, globale, intégrée : faire des économies.

Les collect ivi-tés locales

Et parmi bien d'autres, le poste ressources humaines en fait les frais.3 Résultat, les compétences administratives des EPCI s'élargissent, alors que leurs compétences professionnelles se réduisent. En d'autres termes, elles n'ont pas les moyens de recruter des agents pour se réorganiser en fonction de leurs nouveaux périmètres géographiques et administratifs. Pas les moyens de rendre les services publics pour lesquels elles existent. Cherchez l'erreur. Voilà un chapelet de constats négatifs qui pourrait être allongé à souhait si nous ne cherchions à être synthétiques4. Pourtant, sur les territoires, les acteurs restent présents. Ils continuent même à être des sources d’initiatives, des forces de propositions. Des forces vives. Des projets, il n'en manque pas. Et des personnes pour les porter non plus. 3 4

Faire les frais des économies : notez l'ironie. Il nous semble également pouvoir noter une autre injonction : l'injonction à la synthèse. Il paraît que les gens ne lisent plus. Il nous faut donc tout livrer sous des formes synthétiques, et si elles pouvaient même être schématiques, ça ne serait que mieux. 22


n'ont pas les moyens d'être structu -rantes

Même en situation de fragilisation, les territoires demeurent d'une énergie vitale très forte. Même vieillissants, nous restons nombreux, même en situation de crise nous restons intelligents et créatifs. Nous avons changé, certes, nous nous sommes un peu résignés, mais franchement : pas tant que ça. Une chose cependant, semble changer. La puissance publique, représentée à l'échelle locale par nousmêmes, à moins que ça ne soit nos parents, voisins, amis, ou encore cousins, n'a plus les moyens d'organiser, d'offrir un cadre pour permettre aux acteurs de croiser leurs énergies, leurs initiatives pour le développement du bien commun. Car il s'agirait, notamment, de moyens humains. Mais l'heure est à l'économie. Rassurons nous, ce n'est que science-fiction. Oui les territoires sont en crise, notre pays est en crise. Le monde est en crise. Mais il existe des dispositifs, des fonds pour mener des projets et ainsi répondre à ces problématiques. N'en demeure pas moins que pour se saisir de ces fonds, de ces dispositifs, les collectivités ont besoin de moyens humains et professionnels. Kafka, au secours. 23


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Entre le 1er juin 2017 et le 30 juin 2019, 15 entrepreneurs périgourdins5 se livrent à une expérience, celle de se constituer en collectif afin de formuler et d'expérimenter une ou plusieurs offres de services qui répondront au mieux aux besoins de leur environnement immédiat : les territoires ruraux et les acteurs qui les peuplent.

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Cf. Cahiers de documents/Communication 36


Sur cette base, ils sollicitent le Conseil régional de Nouvelle Aquitaine et sont soutenus au titre l'Appel à manifestation d'intérêt (AMI) Innovation Sociale et Sociétale. Pendant ces 24 mois, ils vont travailler ensemble, se réunir (beaucoup), en plénière ou en groupes de travail, travailler à la structuration de leurs équipes, réfléchir à la formulation de leurs offres de services et mener ensemble des missions. 37


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AVERTISSEMENT

L'univers x 15

Les différents points, axes de travail qui vont se succéder de façon linéaire ci-dessous, ont été menés parfois de front, souvent de façon articulée. Ils sont tous intimement liés les uns aux autres.

Interdépendants La difficulté pour nous, était de vous donner à comprendre comment nous en sommes arrivés là. Et de ne pas vous perdre dans les méandres de notre aventure. Alors, nous cédons aujourd’hui au découpage, au morcellage6 de notre expérience. Nous avons cherché des lignes de fuite, de fils pour dérouler cette pelote 7 de

vécus pensées moments réflexions intentions attentes tentatives pratiques conceptions actions immersions incompréhensions besoins itérations ressources réunions aller-retours La difficulté pour vous, sera de dépasser la linéarité et le découpage par axes de travail pour faire apparaître dans votre lecture et perception les

liens points de connexions dépendances qui intriquent les éléments en internes mais aussi ceux qui prennent en compte l’environnement, le contexte et les événements qui sont survenus et qui auront bien souvent présidé aux mouvements du groupe pour avancer. Et à 15 acteurs, c’est 15 décors, 15 intrigues, 15 fois plus d’univers

VERS un Collectif15 6 7

Non sans mal, car nous avons vécu 24 mois en résistant au phénomène, pourtant inévitable pour qui veut expliquer. Démontrer. Énorme et constituée de nombreux fils 45


S'or ganiser

Ça n’échappera à personne, quand on est plusieurs à vouloir faire quelque chose ensemble, il faut trouver un moyen d’y arriver. S’organiser Qui va faire quoi ? Selon quels critères ? Se donner des rôles selon les fonctions nécessaires à l’entreprise. Remplir des missions qui nous seront dévolues.

Pour se structurer, il faut

s’organiser Et puis, nous ne sommes pas sans ignorer que ce concept de structuration véhicule également tout un pan administratif et juridique. Il nous projette dans l’univers des bureaux, celui de l’institution, celui où s’organise notre société, celui où des normes, des principes et des codes agissent. Pour qu’on s’y retrouve, qu’on sache de quoi il retourne. Une structuration dit donc, structuration juridique, traduction administrative, reconnu par son environnement.

interface

pour être

Justification, légitimation de notre présence sur le marché. Qui sommes-nous administrativement ? Quelle forme juridique avons-nous choisie pour nous rendre crédibles et viables ? Ça en dira long de notre nature.

ENJEU8 SCOP, association, SCIC, Coop 47, cluster, PTCE, etc, il n’en ira pas des mêmes statuts 9. Il va nous falloir choisir. Trouver un statut qui soit juste, cohérent avec ceux que nous sommes et la nature du groupe que nous constituons. Une adéquation, une cohérence.

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Et pas des moindres Ni de la même représentation, du regard porté sur la dite structure 46


Des cadres tout prêts nous attendent10. Lequel sera notre outil de dialogue avec notre environnement ?

Savoir / Choisir savoir choisir ***

10 Ouf ou Aïe, c’est selon 47


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Le début

Cet Appel à Manifestation d’Intérêt, c’est 24 mois durant lesquels de nombreuses personnes vont prendre part de près ou de loin à notre projet. Un projet qui s’écrit dans tous nos documents :

« structuration d’un collectif d’acteurs économiques et expérimentation d’une offre de service croisée » et qui pour nous, dit : On est plusieurs à chercher à vivre et travailler au pays, On veut montrer qu’on est capables de rester ici, d’apporter à nos territoires autant qu’ils nous donnent. On veut pouvoir compter les uns sur les autres, s’ appuyer les uns sur les autres. Et puis, nous, ce qu’on veut depuis le début c’est raconter nos terres, notre pays, les donner à vivre. De quoi entrer dans les concepts de narration

territoriale et de tourisme expérientiel.

L’expérience commence donc avec l’obtention de l’AMI innovation sociale. Par où on commence ? Par quoi on commence ? Par regarder autour de nous qui pourrait avoir un intérêt à partager ce projet ; nous activons nos réseaux et, de relation en relation nous rencontrons, discutons avec des animateurs, des guides, des chercheurs, des artistes – vidéaste, réalisateurs, auteurs –, des ingénieurs, des consultants. A ce moment là, une vingtaine de personnes étaient pressenties et ont été approchées pour partager notre démarche. Nous savions qu’il faudrait un peu de temps pour que le groupe se stabilise, qu’il trouve sa « géométrie ». Nous serons finalement un noyau de 15 à participer du début à la fin. Et bien sûr, nous commençons par une journée de travail. Autrement appelée chez nous et tout au long du projet : réunion collective (il y en aura d’autres : 9 en tout).

Premier temps de rencontre ; pour l’instant, nous sommes un peu nombreux, et de manière générale à peu, voir pas, se connaître, il va falloir remédier à ça et faire connaissance.

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Ça s’est passé le 12 juillet 2017, nous étions au Val d’Atur –nous avions mis les petits plats dans les grands –. Nous étions 15 (pas les mêmes) et avions pour intention de :

Définir

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définir les contours du projet, de mettre en commun nos besoins et volontés, de partager la démarche et de commencer à réfléchir aux moyens pour la mettre en œuvre. Ce qui se fait appeler communément «

partage de visions ».

Pour préparer cette journée de mise en commun et de démarrage, nous avons travaillé avec l’une d’entre nous, Aurélie Falempe, entrepreneuse salariée de Coop’alpha, consultante, spécialiste de méthodes et d’outils de réflexion collective et de mise en œuvre de projets coopératifs. Elle a aussi assurée l’animation de la journée. Ce jour-là, nous avons commencé à évoquer ce que nous attendions de ce projet, ce que nous avions en commun et à tracer les lignes directrices de sa mise en œuvre. Il en ressort un groupe qui : - se voit comme un réseau transdisciplinaire à vocation économique, appuyé sur une valeur principale : l’égalité dans la diversité. -

désire s’engager pour nos territoires de façon différente et d’y apporter une offre nouvelle, innovante.

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ambitionne de trouver des complémentarités de compétences pour accéder à plus de missions et s’assurer une certaine crédibilité sur les territoires

Cette autre façon et ce nouveau service, nous ne sommes pas encore en mesure de les définir, de les formuler, de les expliquer clairement. Pour l’instant. Nous aurons deux années pour y travailler.

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Afin de créer le Collectif et le rendre opérationnel, nous formulons 4 questions auxquelles l’expérience que nous menons devra répondre : - Quelle organisation pour parvenir à faire fonctionner le collectif et sa coopération ?

Les bases

- Quel modèle économique pour la coopération de ses membres ? - Quelle identité affichée pour ce collectif, quelle communication ? - Quelle structuration juridique et quels outils pour l’administration de ce collectif ? Pour terminer cette première journée, nous abordons l’organisation et le fonctionnement du projet tant pour la structuration que pour l’expérimentation. Nous déterminons sept fonctions nécessaires à sa mise en œuvre : - La coordination interne - La stratégie de développement - La communication interne - La communication externe - Les outils collaboratifs - La prospection - Les relations extérieures Chacun est invité à prendre un rôle là où bon lui semble. Nous nous quittons en décidant de mette en place : - un questionnaire pour recenser nos compétences, savoir-faire, réseaux et aussi nos attentes. - des outils collaboratifs11 : o un espace de stockage des documents (MEGA), o un Framapad (partage de notes) o une Foire aux questions *** 11

D’autres ont été ouverts et chacun a eu son temps de vie, certains n’ont pas eu la chance de voir le jour. La foire aux questions est de ceux-ci. Apparemment (selon la taille du groupe), rien ne vaut un coup de téléphone ou un mail.

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Nous proposons également de mettre en place un groupe de suivi du projet afin de répondre à la nécessité de comprendre les besoins du/des territoires et de s’assurer au fur et à mesure que notre démarche reste en adéquation avec ces derniers. Il était dit qu’il serait mobilisable 3 à 4 fois et il était composé d’acteurs de la recherche, du tourisme et de l’ESS (universités, collectivités, élus, office du tourisme), nous avions leur accord, ils étaient prêts à se prêter un jeu. L’histoire en a voulu autrement Ou plutôt le « temps » qui nous été imparti pour faire tout ce qu’on avait projeté. Rien ne s’est déroulé comme prévu12.

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On ne le redira jamais assez 53


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Autre test_2  

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