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L’Observatoire des saisons

L’Observatoire des Saisons est un programme scientifique et pédagogique qui invite les citoyens à mesurer l’impact du changement climatique sur la faune et la flore. Il leur permet de s’initier à la pratique de la démarche scientifique, tout en les sensibilisant aux conséquences du changement climatique. Les données fournies par le réseau d’observateurs amateurs sont indispensables, elles serviront à des recherches qui mesurent les impacts du changement climatique sur le long terme.

L’

Observatoire des Saisons (ODS) a été lancé en 2006 par un groupement de recherche du CNRS travaillant sur la phénologie (rythmes saisonniers du monde vivant) et sur l’impact du réchauffement climatique sur la faune et la flore, avec l’aide d’associations travaillant dans le domaine de l’éducation à l’environnement, la botanique. Ce programme s’adresse au grand public. En effet, les chercheurs font appel aux citoyens pour obtenir le plus grand nombre d’informations possible. Cette expérience consiste à fournir des observations phénologiques précises d’espèces particulières par le biais d’Internet, en suivant un protocole élaboré par la communauté scientifique. “Il s’agit de choisir une ou plusieurs espèce, de les observer tout au long de l’année, puis de saisir en ligne les informations relevées. Le protocole est simple. N’importe qui peut le comprendre et l’intégrer”, assure Isabelle Chuine, chercheur

responsable du projet. De plus, tout est expliqué sur le site de l’ODS (www.obs-saions.fr). Ce programme invite donc les débutants, amateurs ou passionnés à profiter du printemps pour observer et noter les dates de floraison et de feuillaison des arbres, mais aussi l’apparition des premières hirondelles ou encore le premier chant du coucou…dans les jardins, au bord des routes, dans les parcs de la ville ou dans le jardin potager. “Ces observations représentent des indicateurs précieux sur l’impact du réchauffement climatique sur la faune et la flore. On note par exemple que la floraison est de plus en plus précoce et que la chute des feuilles est de plus en plus tardive. Le problème, c’est que cela a des conséquences très importantes sur la survie des espèces et le fonctionnement des écosysthèmes.” Le taux d’erreurs sur les informations fournies par les observateurs est inférieur à 5 % et le plus souvent celles-ci sont dues à des fautes de frappes !

Trois associations relais Le programme est actuellement porté par trois associations en collaboration avec le Groupement de Recherche. Elles assurent l’animation des réseaux de bénévoles et l’accompagnement des structures et professionnels désireux de relayer le programme. L’association

© F. Richart, PRNN

Isabelle Chuine lors de la formation ODS pour l’équipe du Parc Régional Naturel de la Narbonnaise et pour les membres de l’association “les amis du parc” le 3 mai 2012.

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Tela Botanica coordonne le programme ODS et apporte ses compétences en animation de réseau et développement informatique. Elle assure aussi l’accompagnement de projet localement. L’association Planète Sciences et ses délégations régionales proposent aux jeunes des activités scientifiques dans le cadre des loisirs et du temps scolaire. Elle est responsable de l’animation junior et des apports pédagogiques sur le programme ODS. Enfin, le CREA (Centre de Recherche sur les Ecosystèmes d’Altitude), coordonne depuis 2004 le programme Phénoclim dans les Alpes. Sur le même principe que l’ODS, Phénoclim concerne plus particulièrement les habitants des Alpes et des milieux montagneux.

Eduquer le public Les chercheurs s’impliquent en participant à la formation des

© B. Martin, CEFE CNRS

L’Arbre en ville

Isabelle Chuine, chercheur au CEFE CNRS, directrice du Groupement de Recherche SIP-GECC, est la créatrice et la responsable de l’Observatoire des Saisons. animateurs dans les milieux associatifs. Ils font également des interventions dans les classes et de plus en plus auprès de collectivités qui demandent à être formées. Cette expérience scientifique peut ainsi fournir aux collectivités territoriales et aux associations gestionnaires d’espaces naturels et urbains, un outil de suivi de l’impact du réchauffement climatique sur le territoire. Ces acteurs y trouvent également un moyen original d’éduquer le public, y compris les plus jeunes, aux thématiques du développement durable. “Les collectivités sont intéressées par ce genre de programme qui s’insère bien dans les Plans Climat-Energie territoriaux”, souligne Isabelle Chuine. L’ODS compte aujourd’hui plus de 2 000 observateurs (amateurs et passionnés de nature, jardiniers, écoles et lycées…) répartis sur toute la France.

Plantes et animaux à observer Plus d’une quinzaine d’essences d’arbres, sont proposées à l’observation : amandier, cerisier, bouleau, chêne blanc, épicéa forsythia, frênes communs, lilas , marronnier, mélèze, micocoulier, noisetier, platane, poirier, prunier, robinier faux-accacia, sorbier des oiseleurs, viorne tin. Près d’une dizaine d’espèces d’oiseaux sont aussi intégrés au programme : coucou, échasse blanche, guépier, hirondelle des fenêtres, hirondelle rustique, martinet, milan noir, rossignol philomène. Des insectes sont aussi à observer : coccinelles et papillons citron. Prochainement, il y aura également des amphibiens et reptiles. Des fiches d’identification pour chaque espèce, réalisées par le groupement de recherche et Tela Botanica, sont consultables sur le site Internet de l’Observatoire des Saisons. Les plus observées actuellement sont le marronnier, le forsythia et le lilas. Ce sont les espèces pour lesquelles on trouve le plus de données sur toute la France.


L’Arbre en ville Données accessibles Les données produites sont librement accessibles dans différents types de formats sur le site du programme et font l’objet d’un compte-rendu détaillé dans des lettres bisanuelles, envoyées aux participants. Par ailleurs, les données recueillies par les observateurs amateurs sont basculées une fois par an dans une autre base de données utilisée ensuite par

les chercheurs. Cette dernière est ouverte gratuitement à la communauté scientifique. L’utilisation des données de ce programme pour des questions de recherches ne fait que commencer. L’effort d’observation obtenu jusqu’à présent double celui que les scientifiques peuvent fournir.

La phénologie La phénologie est l’étude de l’occurrence d’événements périodiques de la vie animale et végétale en relation avec le climat, par exemple la floraison des plantes, la coloration des feuilles à l’automne, l’arrivée des oiseaux migrateurs, etc. Les rythmes saisonniers des plantes et des animaux sont étroitement dépendants des changements de température. L’étude de ces manifestations saisonnières est donc d’un grand intérêt scientifique pour mesurer l’impact du changement climatique sur la biodiversité. La moindre augmentation de température peut avancer de plusieurs jours, voire de plusieurs semaines, le réveil printanier de la végétation ou le retour des hirondelles.

Informations sur www.obs.saisons.fr et www.gdr2968.cnrs.fr.

Parmi les espèces les plus observées actuellement, figurent le lilas et le forsythia.

© I. Chuine, CEFE CNRS

© I. Chuine, CEFE CNRS

© I. Chuine, CEFE CNRS

Le robinier, une des espèces suivies par l’Observatoire des Saisons.

© p. du Valois

Fleur mâle d’un noisetier, Corylus avellana.

Une espèce emblématique : fleur d’amandier.

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