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Bonjour à tous pour notre

édition du Menhir de Lugnasad,

Que vos récoltes soient fructueuses ! Vous êtes tous les bienvenus pour étoffer l'Echo des tribus avec vos annonces, vos témoignages, contribuer à la Plume du Barde avec photos, dessins, poésies, ainsi que les rubriques Je fabrique moi-même et Sites sacrés dans ma région. Présentez nous vos Clairières, annoncez vos célébrations ou n’hésitez pas à laisser un message si vous êtes en recherche d’autres membres de l’Ordre dans votre région. Envoyez moi vos contributions à saille@carnutes.com.

Dianann (Annick Jacq)

Redacteurs

Sommaire

Traductrices des textes anglais: Dany Seignabou, Dominique Goedert, LaureAlice Baud, Jody Mohammadioun, Hélène Bessole et Joëlle Lapietra pour l'italien. Le Menhir : Annick Jacq Célébrations : Jean-Jacques Meyfroid Symboles : Dominique Paquot Notre carte du ciel : Myrdhin Dossier archéologie : Annick Jacq/ Jody Mohammadioun Le Monde des plantes sauvages : Florence Laporte Conte celtique et breton : Jody Mohammadioun/Philippe le Maréchal/ Annick jacq Dossiers : Pierre-Charles Fraysse/ Dominique Goedert Mise en page et graphisme : Annick Jacq

- Le Mane Braz (photo de couverture) - Touchstone : Le chant de la Terre - Traduction : Afagddu (partie I) - Célébration de Lugnasad - Lughnasad : récolte et sacrifice - Notre ciel pour la fête de Lugnasad - Dossier : Parlez-vous gaulois ? - L’enchanteur Merlin - La Plume du Barde - Les trois portes de la sagesse - Dossier : Humusation - Archéologie : Mine de sel de Marsal - Conte breton : Ar Rannou - Bons mots - Les échos des Clairières - Les Clairières de l’OBOD

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Le Mane-braz La fête de Lugnasad fut initiée par Lug en l’honneur de sa mère nourricière Taïltiu, et cette assemblée avait lieu sur le site même de son tumulus. C'est pourquoi j'ai choisi de vous présenter un site exceptionnel de par sa valeur archéologique, mais surtout de par la force qui en émane.

Nous y avons célébré Lugnasad l'année dernière et quand Yris à appelé la Déesse, nous avons immédiatement senti sa présence bienveillante. Site remarquable, comportant un dolmen à couloir avec 4 chambres latérales. Un second dolmen simple mais imposant. Un troisième comporte une petite chambre et n'a plus sa dalle de couverture.

Dolmen à chambres latérales

Vue intérieure du second dolmen

Troisième dolmen

Deux furent fouillés en 1867 ; ils contenaient des vases à piédestal, des pointes de flèches, des perles, des haches. D'autres poteries montrent que le monument fut utilisé jusque vers 2000 avant notre ère, et c'est à cette époque qu'on y déposa une petite plaque en or. De l'autre côté du chemin d'accès se trouvent les restes d'un alignement de menhirs, probablement la fin des alignements de Kerzhero.

Dianann Page 3


Le Chant de la terre (Practicum) Cela fait un moment maintenant que je suis loin des bois, plusieurs mois. Je marche de temps en temps, je vais à notre cercle pour les lunes mais je vais rarement la nuit, comme avant, écouter les sons et chanter et jouer. Cela me manque tellement.

Pour la première fois depuis des mois, j’ai pris ma flûte et je suis allé dans les bois, j’ai descendu le chemin jusqu’à la crique où se tient Grand-Père Chêne, jusqu’à l’autel que nous avons dressé pour Grand-Mère Araignée, l’un des esprits locaux des Cherokees, qui a une forte présence sur cette terreci. Je me suis assis juste après le crépuscule, pour la nouvelle lune.

J’ai écouté un moment, puis j’ai entendu le coassement des grenouilles arboricoles au-dessus, le mugissement des crapauds-buffles en bas dans la mare, la stridulation chaleureuse des crickets et l’appel triste et solitaire de l’engoulevent de Caroline. J’ai entendu la toux âpre du cerf, surpris de me trouver trop proche de sa patrouille du soir. Il a rait et a fait deux ou trois pas lourds dans ma direction mais, comme je ne suis pas parti, il a emprunté un autre chemin.

joué un air que j’avais déjà entendu ici avant et que j’avais souvent joué par des nuits comme celle-ci. Mais là, cela sonnait creux, tombait à plat. Cela ne se reliait ni à moi ni à la Terre, ni aux bois ni à tout ce qui poussait autour de moi. Je me sentais perdu et seul, comme abandonné par une vieille amie.

Alors, je me suis assis quelques minutes et je me suis concentré sur ma respiration, sur le fait d’être présent, ici, maintenant : et j’ai senti le battement de cœur. C’était le même, celui que j’avais souvent senti en ce lieu, auparavant, mais avec juste cette subtile différence, une sorte de syncope qui lui donnait une espèce de joie sarcastique, comme pour dire : cela t’apprendra à t’imaginer que tu peux descendre ici après être resté absent si longtemps et me sauter dessus sans autre égard. Mais elle était là, maintenant et moi aussi, et la flûte aussi. Et le battement de cœur continuait, avec cette nouvelle hésitation jazzy sur le temps fort. Alors, je l’ai prise et j’ai joué cet air que j’avais souvent joué mais d’une manière nouvelle, cette fois, et cela coula. Oh cela coula. Et j’ai chanté pour elle de tout mon cœur bondissant.

A présent, j’écoutais de plus près, je guettais un son encore plus bas. Je l’ai déjà entendu et j’ai senti son appel. Cette nuit, cela a été dur de le trouver. J’ai fermé les yeux et j’ai envoyé des racines descendre profondément depuis mes pieds à travers la terre et la glaise jusqu’à ce qu’elles atteignent ce lieu où coule la chaleur verte. Mais j’ai eu du mal à le trouver. J’ai fredonné quelques mesures, tenté un chant mais on dirait que je suis incapable de me détendre et de laisser le chant couler à travers moi. Alors, j’ai joué un air ou deux sur ma flûte, essayé d’aligner quelques notes au hasard. Finalement, j’ai Page 4

Par Tyler Lembcke Touchstone Octobre 2014 Traduction Dominique Goedert


L’Histoire d’Afagddu,

1ere partie

Mon nom est Morfran mais la plupart des gens

intelligent mais l’intelligence, ce n’est pas suffim’appellent Afagddu, « totale obscurité », parce sant. que je suis censé être laid.

Je ne sais pas si c’est vrai ou pas, parce que je ne me regarde jamais dans un miroir, mais ma mère a pitié de moi et mon père ne peut pas supporter ma vue. Cela n’a pas grande importance. Il est rarement présent dans notre château de la côte sud du lac Bala. Il part guerroyer ou faire carrousse (1), comme dit ma mère, dans son château sur la rive nord du lac.

Ma sœur Creirwy, elle, n’a pour moi ni pitié ni

Quant Mère quitte notre chambre, ma sœur lève les yeux de sa tapisserie et dit : Tu as beaucoup

de dons, Morfran. Même un seul d’entre eux serait suffisant.

La nuit, après que la gouvernante nous ait bordés dans nos lits et que Creirwy respire profondément, je reste éveillé et j’écoute son souffle. C’est le souffle même de la vie et de l’amour. Quand j’entends le pas de Mère s’approcher en suivant le hall éclairé, je ferme les yeux. Je l’entends entrer dans la chambre et je sens son ombre s’étendre sur moi et je fais semblant d’être endormi, imitant la respiration de Creirwy. Je sais que Mère se fait du souci pour moi, mais je n’y peux rien. Je ne peux pas la rendre heureuse.

haine. Elle m’aime pour ce que je suis et si, comme on l’a dit, tout le monde est votre miroir, alors je dois être un délice à regarder parce que Creirwy est vraiment belle avec ses boucles blondes et son visage aux traits si doux. Nous faisons de la musique, jouons et rions ensemble. Quand notre mère nous entend, Creirwy au luth et moi au chant, elle Puis, un jour, elle conçoit un plan. Mon cher dit : « C’est un don que tu as, Morfran ! Mais garçon, murmure-t-elle, debout près de mon lit, un don n’est pas suffisant.». si tu ne peux pas être beau, il est en mon

pouvoir avec un peu d’aide de créer l’Awen, la connaissance lumineuse, pour toi. Cela fera de prend sa tapisserie. C’est un dessin que j’ai fait toi la personne la plus sage au monde. Elle

J’entends soupirer Creirwy. Elle pose son luth et

pour elle d’un loup émergeant de la forêt. Je le prononce ces mots au rythme de ma respiration et montre à ma mère. Regarde, c’est un madadh s’arrête lorsque j’inhale brusquement. Je m’assieds allaidh (2), le chien sauvage ! et prends sa main : Mère, je ne veux pas être la C’est un beau faol (3), dit-elle. Tu as un talent personne la plus sage au monde. Je suis heu-

pour le dessin mais le talent n’est pas suffisant. reux, à jouer et à chanter avec Creirwy. Je lui montre ce livre que je suis en train de lire.

Oui, dit-elle, c’est un livre très avancé pour un Mère soupire et embrasse ma main : « Je te âge aussi tendre que le tien. C’est évident, tu es donnerai le pouvoir que ton père ne t’a pas 1 : (ancienne tournure française): boire cul sec encore et encore, à l’excès. 2 : gaëlique pour « loup » 3 : synonyme gaëlique pour « loup »

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accordé. Il ne peut pas refuser un fils qui a Après son départ, je broie du noir. « Réjouis-toi, l’Awen » Morfran, dit Creirwy, tu as de la chance, ce sera génial d’avoir l’Awen ! ».

Après son départ, je n’arrive pas à dormir. J’aime

apprendre de nouvelles choses dans les livres et chez les gens. Cela n’arrivera jamais si je sais déjà tout. Je n’aurai pas besoin de lire un autre livre et je ne pourrai plus écrire un autre poème en bataillant pour trouver exactement les termes qui conviennent, ravi quand le mot juste me saute à l’esprit. Avec l’Awen, je les connaîtrai tous avant même que ma plume n’effleure le parchemin. Avec l’Awen, je ne pourrai pas regarder une toile blanche et me demander ce qui va apparaître lorsque je commencerai à dessiner, je le saurai déjà.

Mère,

cependant, est déterminée, et le matin suivant, après avoir donné des instructions à la gouvernante, elle met son manteau vert, demande son cheval favori, Ecume Blanche, et galope jusqu’aux tours de cristal de la cité de Pheryllt pour trouver l’aide dont elle a besoin. Elle a le don de changer de forme et je me demande pourquoi elle choisit de voyager à cheval ; la ville de cristal est à plusieurs jours de cheval de chez nous.

- Non, cela ne le sera pas du tout. -Mais imagine un peu, tu pourras te transformer en lièvre et courir à travers la prairie. - Mais alors, je ne pourrai pas faire la course avec toi dans le jardin et tu ne pourras pas me laisser gagner. Je pose la tête sur son épaule.

-Tu pourras voler comme un oiseau, nager comme un poisson. -Je devrais te laisser derrière, dis-je tristement. Mais Mère peut ne pas trouver ce dont elle a besoin dans la ville aux tours de cristal. Alors, réjouissons-nous ! Creirwy se lève d’un bond : On fait la course

jusqu’au bout du jardin.

Mère revient avec toute une collection d’herbes, un immense chaudron, un garçon nommé Gwion

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Bach et un vieil homme aveugle, tous les ingrédients nécessaires à la recette de l’Awen, dit-elle. Elle emmène l’homme et le garçon au cottage près du lac, remplit le chaudron d’eau du lac, le pose sur un feu et donne à Gwion et au vieil homme Morda des instructions strictes sur la manière d’entretenir le feu. Ils ont l’interdiction de toucher au liquide.

père, alors que nous nous réchauffons les mains devant l’âtre, mais il est déterminé et charmant

!

Mère est assise près de la fenêtre qui fait face au Sud et, rêveuse, elle regarde à l’extérieur. Sans tourner la tête, elle dit : « La détermination et le

Un an et un jour, dit-elle, lorsqu’elle revient au charme sont de grandes vertus mais ce n’est pas château, dans un an et un jour, tu auras l’Awen. suffisant. »

Elle se tourne vers Creirwy : n’est-ce pas excitant ? Creirwy me regarde en gloussant. Ce sera bien

Père, qui joue avec son chien préféré, Torc, ainsi nommé pour son esprit guerrier, grogne un assentiment.

d’avoir un autre garçon pour jouer ; Gwion Je pense au garçon, Gwion, dehors dans le froid à Bach a l’air gentil, dis-je en tentant de trouver entretenir le feu, le vent sauvage du lac, son nez

quelque chose de positif.

-Vous ne jouerez pas avec lui. L’humeur de Mère change instantanément et elle me jette son regard bleu métallisé. Il a un travail à faire et vous ne

rouge et ses doigts bleuis par le froid. Je demande : Encore combien de temps, mère ? D’un côté, je crains la réponse mais, de l’autre, je souhaite que le temps passe pour que Gwion et Morda soient libres de partir.

devez pas le distraire. De toute façon, nous partons pour le château de votre Père. Il sera -Cinq mois, deux semaines et trois jours, résatisfait des nouvelles que nous apportons. pond Mère. Et je soupire.

Père est ravi de voir Creirwy mais pas plus heureux que ça de me voir, moi. En dépit de tout, j’apprécie la vie au château de Père. Il s’absente régulièrement pour combattre, bien que je ne puisse jamais saisir pour quelles raisons exactement. Cela paraît tellement inutile de passer ses journées à tuer des gens pour gagner un bout de terre. Lorsque l’hiver arrive et que les hommes cessent de se battre avec leurs voisins, l’homme de confiance de Père, Cu, ainsi nommé d’après le chien de protection et de loyauté, me dit : tu es assez vieux à présent, Afagddu, pour apprendre l’art du tir à l’arc. Il me conduit jusqu’à un long champ et me montre comment tirer une flèche. Dehors, dans le vent taquin, Cu me montre comment tirer à l’arc et reposer la corde juste sous mon œil pour tirer droit. La corde ne touche pas vraiment mon visage mais je tire. Pas mauvais, crie Cu, et ce sera mieux la prochaine

fois. Laisse la corde toucher ton nez !

Nous passons ensemble un après-midi joyeux, les blagues de Cu me permettent de me détendre et mes résultats s’améliorent. Ce garçon est peut-être appelé Afagddu, Monseigneur, dit Cu à mon Page 7

Joan Rosier Jones Traduction de Dominique Goedert


Lughnasadh Lughnasadh,

c’est l’assemblée de Lug, fête des pas de querelles, l’amitié devait prévaloir avec l'honpremières moissons. Et elle se tient aux alentours nêteté, la légèreté. du 1er août. Lugnasadh était une fête obligatoire (sous peine C’est une fête royale, le roi Celtique était aussi un d’orgueil et de vieillissement prématuré mais pas de mort comme pour Samonios), divine, perpétuelle, pourvoyeur de richesses. A Lughnasadh, nous récoltons ce que nous avons royale garantissant la paix et l'abondance. Les druisemé, aussi bien dans la terre que dans notre terre des y assistaient en faisant des concours de l'élointérieure. Lughnasadh est le Temps des Récoltes. quence et de science dans un esprit de coopération. Si on considère un jour comme une année, Lugna- Les guerriers participaient aussi mais pas à cheval sad représente la fin de l’après-midi, après le travail, et surtout en paix. Et enfin le peuple des agriculteurs était à l’honneur en respect pour sa fonction lorsque la journée a été bien remplie. utile à la royauté et au bien-être de chacun. C’est encore une fois l’Irlande qui nous éclaire sur cette antique fête. Lugnasad était une fête en l'hon- En transposant cela pour la Gaule, la fête peut tout neur de la Déesse Tailtiu, la nourrice et mère de à fait demeurer une fête en l’honneur de notre sol Lug, qui représentait la Terre-Mère en Irlande ; et de la Terre-Mère (sans son aspect de fertilité l’Irlande elle-même mais également en tant qu’Om- dévolu ici au roi) tout en fêtant la souveraineté de phalos royal (le nombril du monde, le point de son Fils Lug, un des Dieux les plus importants du l’espace où se rejoignent le ciel et la terre, les morts panthéon celtique gaulois également. et les vivants, mais aussi où s'annihile le temps). La souveraineté féminine de l’Irlande est ainsi mise en Rappelons que Lug a donné son nom à la ville de évidence, comme c’est souvent le cas. C'est Lug en Lugdunum, devenue Lyon. Et l’évêque catholique personne qui fut le promoteur de la fête en l'hon- de Lyon porte encore de nos jours le titre de « neur de sa nourricière. Celle-ci est morte pour Primat des Gaules ». assurer la pérennité de son peuple et chaque fête lui permet de « revenir » pour maintenir la richesse Les jeux de Lugnasadh duraient environ une sematérielle. Comme chaque année, la terre (Tailtiu) maine. L’amitié, la paix, l'abondance matérielle et va donner ses richesses pour se reposer ensuite… la pureté morale (il était même interdit de se moune mort apparente. On voit que le symbole parle quer des autres) y étaient à l'honneur. Les musiciens jouaient qu’ils soient bons ou non, on de lui-même. montrait ses compétences dans divers domaines. Le Pour célébrer cette fête, les jeux étaient à l’hon- roi récompensait chacun selon son art. Le festin neur, des jeux en l'honneur de la Mère de Lug. Les quant à lui, n'était pas le but de la fête, on ne venait richesses devaient être exposées : or, argent, jeux, pas fêter Lugnasad pour manger. Cela n’empêchait musique etc. On faisait aussi des concours d’élo- cependant pas de profiter enfin des récoltes : pomquence, le tout dans la bonne humeur obligatoire, mes de terre, céréales, blé, avoine et orge.

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Le roi montrait les meilleurs côtés de la royauté, le don de soi et le partage, la générosité royale. C'était lui le moteur de la fête, les druides n’étaient que participants sans cérémonie religieuse. Lug étant souvent considéré comme le roi des Dieux, il se retrouvait être l’archétype du bon roi, à l’honneur pour cette fête qui fait rêver lorsqu’on regarde notre société aujourd'hui et ses nombreuses inégalités... On retrouve dans cet aspect de don royal, un côté solaire très marqué, rayonnant et généreux. Dans cette atmosphère d’honnêteté, il semblait pertinent de favoriser les échanges commerciaux et économiques (foires et autres échanges), le règlement des questions politiques, les mariages, l’audition des poètes et musiciens, les trêves militaires etc.

A Lugdunum se tenait une assemblée à la même date : le conseil des Gaules. La coïncidence est étonnante, si cela en est une. Mais les Gaulois, étant très proche des Irlandais et conscients de leur unité religieuse et linguistique, n’ont pas pu mettre en place cette fête par hasard. Nous avons peu

d'informations sur elle mais on sait qu'en Gaule elle était politique et religieuse.

Le christianisme a de nouveau installé une fête à ce moment de l’année : la Transfiguration, là où le Christ, au Mont Tabor, se transforme en lumière. Quelle ressemblance avec le Dieu solaire Lug ! Si l’on regarde attentivement le déroulement de la vie du Christ, elle débute avec la nativité du 25 décembre et se termine à la Pentecôte. La transfiguration du 6 août est tout à fait en dehors du déroulement logique de l’histoire du Christ, preuve supplémentaire d’une certaine forme de « récupération » d’une antique fête païenne.

Autre

clin d’œil intéressant : la fête de Sainte Anne, la « Grand-mère » du Christ, placée le 25 juillet, à quelques jours de la Lughnasadh. Quand on parle de nourrice… On peut encore voir une intention avec l’assomption de Marie, le 15 août.

En cette période de l’année, c’est le moment de la chaleur (rappelons que la Saint Laurent, patron des brûlés, a lieu le 10 août …), ce que l’on appelle canicule. Mais cette canicule a plutôt rapport avec le chien, en fait, la constellation du chien qui culmine se lève le matin dans nos contrées à ce moment de l’année. Et c’est à ce moment que l’on constate que bon nombre de saints du calendrier ont pour attribut symbolique un chien : Roch (16/08), Christophe (25/07, puis 21/08 depuis le concile) Marie-Magdeleine (22/07), Dominique (08/08), Bernard (20/08)… la symbolique est toujours présente… mais on ne l’explique plus. Elle vient de nos ancêtres et elle a bien été « récupérée ».

Lughnasadh est également placée sous le signe de l’abondance et de la générosité. La Déesse Rosmerta est également fêtée. Son culte était particulièrement important dans l’Est, notamment sur la colline de Sion en Lorraine. Elle a été remplacée par le culte de la Vierge.

C’est

également l’époque des mariages ou des alliances sous différentes formes.

Ioan

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L’an dernier, pour la fête de Lugnasad, notre Clairière « Les Etoiles d’Artio » ont entonné en chœur, et avec cœur ce champs des moissons, trouvé « par hasard » via Internet : http://www.youtube.com/watch?v=itjcDdXOuekt

MOISSONS D’ANTAN

1.

5.

C'est à l'Automne que tout commence, Les sauvagines volent vers le Sud, La pluie alors rompt le silence, Nourrit une terre de certitude. Le labour démarre en cadence, Jour après jour de solitude.

Fêtes de famille quand vient l'Eté, Communions, mariages, jubilés. Dans la cour, sous une tente dressée, Tous les amis sont rassemblés. Moisson alors est planifiée, Tous les rôles sont distribués.

2.

6.

Le percheron et sa jument Tirent la charrue avec entrain, Et font rouler les instruments Qui permettent de planter le grain. Blé, orge, avoine, résolument, Sortent de terre comme le levain.

Le grain est mûr, il n'y a plus d'herbe Sur le sol qui verra l'éteule. Passer la faux donne les gerbes Que l'on entasse sous forme de meules, Groupées en une montagne superbe Dans une grange, raz la gueule.

3.

7.

Pendant l'Hiver, c'est le sommeil, La neige tombe sur la plaine, Qui attend que vienne le soleil Pour fondre son manteau de laine. Animaux attendent le réveil, Cachés qu'ils sont, en quarantaine.

Alors une batteuse est louée Pour séparer le grain d'la paille. Sacs de froment sur le côté Sont picorés par les volailles ! Les enfants mâchent les grains de blé, Forment une gomme et s'encanaillent !

4.

8

Quand le Printemps enfin éclate, Les épis ondulent sous le vent, Le ciel chante, magnificat, Coquelicots, bleuets, fleurs des champs. Perdrix, bécasses, et autres frégates Guettent le vol des engoulevents.

.La la la la….

9. Les moissons d'antan me reviennent Et accompagnent mes souvenirs. Elles constituent la seule antienne Qui s'impose comme un avenir ! Moissons d'antan, ma voie appienne, Entre vieillir et rajeunir !

Paroles et musique de Bob Page 10


Lugnasadh : recoltes et sacrifice Le mythe comme le symbole foisonne de sens . La

C’est en l’honneur du « sacrifice « de sa Mère lecture d’un mythe n’est jamais unique . Ce qui va adoptive que Lugh décrétera ces Jeux de Lugnasadh suivre est une lecture; pas la seule lecture. Le mythe de Tailtiu peut être interprété de différenLugnasadh est une des fêtes celtiques anciennes tes manières dont la tradition est arrivée jusqu’à nous . Littérale- En premier lieu celle qui a trait aux notions de ment assemblée de Lug , c’est bien en dédicace à ce justice, d’équité, de prospérité .. Toutes liées à une Dieu qu’elle est célébrée. forme d’organisation sociale . Lors de ces célébrations , Lug polytechnicien , pluri Ainsi nous pourrions voir dans le mythe de Tailtiu fonctionnel est reconnu sous sa forme royale. Il est , l’histoire d’un groupe humain qui passe de l’état Dieu souverain, Dieu Roi . Selon la pensée celtique naturel , premier, sauvage (la forêt ) à un état il est donc associé à la redistribution équitable des organisé, ordonné, cultivé ( au sens propre comme richesses , à l’abondance , à la prospérité. figuré) . Ceci ne se fait que par l’abandon des Par ailleurs , il est de coutume que les célébrations formes naturelles instinctives au profit d’organisade Lugnasadh s’accompagnent de jeux , de trêves tions plus élaborées. militaires , de foires, de délibérations, jugements , Que cela puisse être considéré comme une forme de contrats divers y compris ceux qui unissent les de sacrifice s’inscrit dans une certaine logique . familles ( mariage ). Il serait séduisant de lire dans ce mythe, le récit Nous sommes bien ici dans le champ de la gouver- imagé du passage entre les civilisations primitives nance sociale, ordonnée, contrôlée et globalement par exemple des chasseurs cueilleurs , individus bénéfique pour le royaume et sa prospérité. vivant naturellement dans une forêt sauvage , aux

Nous

savons aussi que Lugnasadh est aussi une fête en l’honneur de Tailtiu , Mère adoptive de Lugh qui décréta que l’on devait célébrer des jeux à son honneur.

sociétés agro pastorales, nécessitant une certaine forme d’organisation et en capacité de se projeter dans un devenir , c'est-à-dire de cultiver, de construire, de se gouverner

La forêt «

sauvage » qui défrichée devient plaine cultivable ( en passant par l’état intermédiaire du champ de trèfles ) c’est analogiquement l’humanité qui passe de l’état naturel du « bon sauvage » à l’état socialisé de l’agriculteur ou du pasteur qui Dans le livre des conquêtes d’Irlande on nous aura supposé de renoncer à une part de son autodéexplique que Tailtiu est morte de fatigue en défri- termination , de sa liberté naturelle. chant la forêt de Breg pour en faire une plaine Ce que nous dit aussi le mythe c’est que ce sacrifice cultivable volontaire de Tailtiu doit être honoré. Honoré par Tailtiu est la Fille de Mag Mor « Roi d’Espagne » , c'est-à-dire Roi de l’Autre Monde . Elle est aussi l’épouse d’Eochaid Mac Erc , le « bon « Roi des Fir Bolg . Bon Roi signifie ici qu’il est garant de la prospérité de son royaume

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des jeux et peut être ces jeux seront-ils à l’image de Le texte dit en substance ceci : cet état primitif de la société ? Tailtiu est morte d’épuisement . Peut être juste-

ment parce qu’elle a dû lutter et abandonner ses liens à la Nature primitive . Pour le bien de tous .

Cela fait peut nous faire penser à d’autres mythes ou d’autres images comme celle d’Esus, coupant les branches de l’Arbre cosmique dans lequel sont perchées les « oiseaux divins » symboles des Déesses féminines de la religion gauloise. Mais nous nous éloignons du sujet Lutter contre la Nature, l’état naturel , ou sa propre Nature constitue une forme de sacrifice. Ainsi passer d’un état naturel , ( assimilable à une forme de semi-chaos ) à un état organisé demande un investissement d’énergie non négligeable et ce qui est vrai pour une société est vrai également pour un individu

Mais d’autres champs de résonance sont lisibles dans les célébrations de Lugnasadh Celui de la récolte, des moissons.

Trois hommes sont venus de l’ouest pour raconter l’histoire de John Barleycorn. Ils l’ont mis dans un sillon, ont couvert sa tête de terre. John Barleycorn est mort. Là ils l’ont laissé longtemps et après une pluie le petit John a surpris tout le monde en levant la tête Ils l’ont laissé debout jusqu’à l’été , jusqu’à ce qu’il ait barbe et soit devenu un homme. Alors ils ont enrôlé des hommes pour lui couper la tête et le maltraiter. Puis ils lui ont arraché la peau des os et l’ont écrasé entre deux pierres. Ils l’ont porté ici et là , l’ont traité pire que tout, l’ont enfermé dans une cuve. Il n’a pas cessé de vivre pour autant , racontant son histoire. Ainsi ils l’ont versé dans un vieux baquet rond et en ont fait de la bière.

Histoire symbolique dans laquelle on pourra trou-

ver une description du cycle naturel :semis, croissance, récolte et sacrifice final , autrement dit la mort du grain personnifié. Mort qui est avant tout un changement d’état , une transformation en une substance assimilable , bière, Pain, eau de Vie …Mort soutien de Vie Il est vraisemblable que ce cycle ait été reconnu comme lié à une divinité de la végétation . C’est ce que laisse entendre Sir J. Frazer dans son « Rameau d’Or » . La notion de sacrifice fondateur et « nourricier » y est présente . Et c’est effectivement le lot de toute vie que de consommer la Vie pour s’entretenir . De notre point de vue , la récolte est un moment Ainsi le cycle , vie, sacrifice, vie ou encore Vie , de plénitude, l’Homme récolte les fruits de son mort , renouveau est constitutif d’un certain nombre de représentation qui donnent du sens à la labeur , le résultat de ce qu’il a semé. Du point de vue du grain , de la Nature elle-même, grande question de notre « culpabilité à vivre » il s’agit de Vie prélevée pour que d’autres vie Cette notion de sacrifice, le sacrifiant, le sacrifié et continuent . le bénéficiaire du sacrifice est une des bases de la L’histoire de John Barleycorn exposée dans une religiosité indo européenne parallèlement peut être chanson traditionnelle en est une belle illustration. à la symbolique cosmique et temporelle de ces John Barleycorn est la personnification du grain religions. (des céréales) qui souffre mille tourments avant que Sous nos latitudes le rythme du temps est bien lié de servir de nourriture ou de boisson aux humains. au cycle de la végétation . Page 12


Plantation, croissance, récolte, mort /transformation aux quelles correspond un festiaire saisonnier.

Les traditions folkloriques européennes évoquent la récolte avec des voix concordantes. Ainsi l’esprit du grain ou l’Esprit de la végétation est parfois représenté sous forme humaine, mannequin de blé ou poupée. Il peut être aussi la dernière gerbe de blé récoltée par une personne particulière et en grand honneur. Cette poupée, cette gerbe a une place toute particulière dans les croyances domestiques et est remplacée tous les ans , tandis que la « vieille effigie » est brûlée . Cette effigie qui abrite l’esprit du grain et dans laquelle il s’est réfugié est liée à la croissance, l’abondance et à la substance de Vie elle-même . Tout montre que les anciens reconnaissaient à la fois le caractère impermanent des apparences et la permanence d’un esprit qui se maintiendrait malgré ses transformations. Il en est de la vie, de la forme, comme du grain de blé. Elle naît , croît, mûrit puis meurt pour se transformer . Toute la Nature semble adhérer à ce cycle , c’est pourquoi il est possible d’évoquer un sacrifice volontaire de sa part . Un sacrifice qui est celui d’une « Mère pour ses Enfants »

Ce sacrifice est nécessaire aux cycles de l’existence. Il explique le mystère de la Vie et de la Mort en les inscrivant dans un processus de transformation sans cesse renouvelé. Il est aisé d’imaginer que cette façon de comprendre et d’adhérer aux cycles naturels ait pu conditionner les anciens à croire en la permanence cyclique de l’âme à travers ses métamorphoses. C’est d’ailleurs un des enseignements que l’on prête aux Druides.

Si nous nous intéressons aux celtes continentaux nous pouvons évoquer le couple Lug /Rosmerta. Lug que les romains dans leur réductionnisme assimilait à un Mercure qui au mieux soulignait les résonances avec le commerce, les échanges .. Fonctions qui nous interpellent puisque en rapport avec les usages décrits comme appropriés aux célébrations de Lugnasadh. La parèdre de Lug est en l’occurrence Rosmerta ( la pourvoyeuse) qui sous sa forme de Déesse de l’abondance semble assez proche des fonctions qui sont attribuées à Tailtiu .

Nous aurions donc un mythème commun à la sphère celtique , ce qui nous conforte dans l’idée qu’il y a là quelque chose de profond et fondamental.

Ainsi

lorsque nous célébrons Lugnasadh nous célébrons la prospérité, les récoltes, la justesse qui préside aux relations humaines harmonieuses. Mais au-delà des apparences, Lugnasadh nous confronte aussi aux grands cycles de la Vie et à ses transformations. Le grain que l’on mange est une vie qui se donne , même si elle peut nous sembler modeste . L’acte même de manger est à la fois un besoin, un plaisir et un acte grave. Toutes les prières de remerciement , toutes les bénédictions qui précèdent les repas, devraient en théorie reconnaître le caractère sacré de toute vie et ce que nous lui devons . Certes , nous plantons, nous travaillons. Depuis le néolithique nous ne sommes plus simplement préleveurs . Mais quoiqu’il en soit nous devons notre existence à la Nature qui s’offre à nous sous forme de nourriture.

Que

nos rituels s’inspirent de ce sentiment de reconnaissance, à la fois avec joie et gravité est une belle chose . Lugnasadh est un moment approprié pour remercier la Vie et ce qui nous fait vivre. Que cela s’exprime par la Parole, les jeux , la Joie et le partage .

C’est ce qu’il est juste de faire. Eber Altitona : 2015

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Lugnasad degres symboliques Pour une celebration le 1er Aout 2015 a 14h

À 8° du Lion, du foyer de Belenos s'élèvent de À 26° du Scorpion, Kernunnos , devant une table hautes flammes éclairant au milieu d'une auréole portant livre et épée, harangue une foule bigarrée. un triangle rayonnant, un œil placé au centre : ° d'eloquence persuasive

° d'activite d'Esprit

À 20° du Bélier, Borvo s'équipe avec soin pour un 23° du Verseau, Eskia se reflète dans la rivière long voyage. de l'Aff. Une famille de castors s'active à construire ° de decouverte un abri : À

° d'esprit industrieux.

À

9° des Poissons, Manaweddan Ab Llyrr descend la colline du Torr. au pied de la colline se À 17° du Lion, près du Lac , Lug est monté sur un silhouettent des constructions symbolisant les 44 cheval harnaché avec soin. Toute la Tuatha de pays qu'il a parcourus. Danann l'accompagne. ° de peregrinations

° de vie lointaine

À 13° du capricorne, Béli, debout, tient un ser-

À

29° du Lion, Sirona rayonnante comme un pent dans la main. il l'excite et le serpent siffle avec soleil frappe le sol de la pointe de son épée. Elle fait fureur. jaillir des étincelles devant un lion couché mais la ° d'esprit critique. tête haute portant un harnais somptueux.

° de Splendeur Quelques aspects :

À 24°

du cancer, Sur les remparts de Tara, le Une structure à quatre pans : Carré Lune-saturne, carré Saturne- vénus, trigone Mercure-Uranus, sexdrapeau frappé du dragon rouge. dans la plaine, tile Uranus-Lune le tout tenu par l'opposition des chevaux jouent et sautent autour d'Esus. diagonale Lune-Mercure.

° de Victoire

À 27° du Lion, Taranis plante une faux dans le sol. à sa ceinture, un poignard à deux tranchants.

° de destruction Page 14

Myrdhin


Parlez-vous gaulois

?

Ce qu’on retient souvent, c’est qu’après Alésia et Mais depuis le très sérieux ouvrage de Georges l’occupation des Gaules par les Romains, les Gaulois ont perdu leur langue. Contrairement aux Allemands, aux Italiens, aux Slaves, aux Grecs, la langue que parlent aujourd’hui les Français n’est pas vraiment la continuation de l’idiome ancestral.

Il est vrai que, pour qui veut faire l’inventaire de notre héritage gaulois, le bilan est décevant car, dans bien des domaines, on ne retrouve plus, apparemment, que des bribes : après la conquête romaine, le gaulois a dû reculer peu à peu devant la langue des nouveaux maîtres. Il a sans doute d’abord disparu des actes de la vie publique, désormais réglés par l’autorité d’occupation. Puis, dans les classes urbaines aisées, qui avaient matériellement intérêt à se romaniser. Puis, de manière plus générale, dans les villes. Et dans les activités de commerce et d’artisanat. Les dernières zones à pratiquer le gaulois étaient rurales, mais une grande partie de la population vivait alors dans les campagnes ! En plein Ve siècle, Sidoine Apollinaire dit que la noblesse arverne vient tout juste d’apprendre le latin et de se débarrasser de la « crasse » du gaulois. On considère que la Gaule parle alors latin au moins jusqu’au VIIIe siècle, quand commencent à se constituer les parlers romans. Après la romanisation, l’influence franque, la relatinisation sous Charlemagne, la relatinisation mise en œuvre par des humanistes lors de la Renaissance, on peut craindre qu’au bout du compte, la langue gauloise n’ait bel et bien été oblitérée. En outre, les recherches sont d’autant plus difficiles qu’en matière d’étymologie et pour des raisons historiques d’invasions successives, on recherche toujours, pour les mots romans (français, espagnol, catalan, italien), d’abord une origine latine puis, pour les mots français, une origine germanique.

Dottin, La Langue gauloise : textes et glossaire, paru en 1918, les archéologues ont découvert beaucoup d’inscriptions nouvelles, particulièrement durant ces dernières décennies. Depuis une quinzaine d’années, les ouvrages spécialisés concernant la langue gauloise se multiplient. Bien sûr, les auteurs restent prudents : les données sont trop fragmentaires, les dictionnaires trop lacunaires pour qu’on arrive réellement à traduire les longs textes trouvés à Chamalières (1971), au Larzac (1982) ou à Châteaubleau (1997).

L’expansion

celte a concerné des territoires très vastes : on sait que plusieurs peuples gaulois de Cisalpine portent le même nom que des peuples de Transalpine : les Cenomani de Milan et du Mans, les Veneti de Venise et de Vannes etc. Les similitudes vont plus loin, puisque les Boii de Bologne portent le même nom que ceux de Bohême et certains noms de tribus sont communs à la Gaule du Nord et à la (Grande) Bretagne : les Parisii, les Morini etc. Plusieurs traditions historiques précises mentionnent le souvenir d’une émigration assez récente des Britonni depuis la Gaule jusqu’à leur emplacement à l’époque de César. Toute étude de la langue gauloise se doit d’abord de préciser qu’elle se limite aux dialectes parlés dans les Gaules.

Le Gaulois appartient, dans la famille linguistique indo-européenne, au groupe celtique. C’est du vieux-celtique continental, comme le lépontique ou le celtibère, tous parlés dans la période antique ; de nos jours, les langues celtiques vivantes relèvent du celtique insulaire, goïdélique (comme l’irlandais et l’écossais) ou brittonique (comme le gallois ou le breton).

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Quelques noms de tribus gauloises Allobroges = ceux qui sont d’un autre pays, étrangers, exilés

Nemeto-Duron (Nanterre) = marché (au sens de place, de forum) de l’enclos sacré Il faut noter que certains noms de lieux ou de rivières sont pré-celtiques, comme probablement Varus (le Var) ou Isara (l’Isère).

Quelques termes latins empruntes au gaulois

Aremorici (Armorique) = ceux qui habitent près de la mer Bituriges = les rois du monde

Caracalla : manteau tombant jusqu’aux pieds

Caleti (pays de Caux) = les durs, les vaillants

Carros : char à quatre roues Carnutes (Chartres) = les Cornus (suffixe carn, kern qu’on retrouve dans Cornouailles, ou dans Laena : manteau gaulois Conq Querneau = Concarneau, dans Carnonos Gladios = glaive : dieu cornu et Cernunnos ; à rapprocher de Lancea = lance carn/kern : tas de pierres, tombeau) Parisii (Paris) : très probablement, ceux du chau- Toutes les langues romanes parlant de chevaux, il est difficile de dire si le mot « cheval » vient du dron latin « caballus » ou du gaulois « caballos », qui Redones (Rennes, Redon) = les conducteurs de char sont tous deux attestés, mais certains spécialistes Remi (les Rémois, Reims) = les premiers n’excluent pas du tout la possibilité que les Romains, qui disposaient du terme « equus », aient, Tectosages = ceux qui cherchent un toit là aussi, emprunté le terme gaulois pour les cheVeneti (Vannes) = la lignée (breton : Gwened, vaux de trait. Toujours est-il que les dictionnaires gallois Gwynedd) étymologiques de la langue française font quasi systématiquement remonter les mots « lance » et « cheval » au latin !

Quelques noms de rivieres

Dubis (le Doubs) = le Noir Glanon (St Rémy de Provence, du nom d’une rivière proche) = le Clair Rhenus (Rhin) : les flots

Quelques mots francais venus du gaulois

Alouette, ardoise, arpent, auvent, barrière, baume, Rodanus (Rhône) et Dannuuios (Danube) contien- bec, bercer, blaireau, borne, bouc, boue, bouge, nent tous deux l’élément danu = audacieux, violent, bouleau, braie, brochet, bruyère, caillou, cervoise, char, charpente, charrue, chemin, chêne , coudrier, hardi dru, gaillard, glaner, gober, gosier, grève, if, jante, jarret, javelot, lande, lieue, mouton, palefroi, petit, raie, roche, ruche, sillon, soc, souche, talus, Quelques types de lieux quai, trogne, truand, truie, vanne, vassal… Toujours dans le champ de la toponymie, l’idée de plaine médiane, medio-lanon, se retrouve aussi Il s’agit ici de corriger des idées fausses, dues aux bien dans Milan que dans Meulan, Meillan, Mont- préjugés et à l’insignifiance du corpus de textes gaulois dont nous disposions jusqu’à une période meillan, Meolans. Le fort du dieu Lug, Lug-dunon, se retrouve dans récente et non de s’extasier sur ces mots au seul motif qu’ils sont d’origine gauloise : toute langue Lyon, Loudun, Leyde. Page 16


s’enrichit naturellement d’apports étrangers bienvenus ! Dans son étude, Pierre-Yves Lambert donne un bel exemple de mot voyageur : ambassade. Ce mot français est d’origine italienne (ambasciata) ; ce dernier vient du provençal (ambaissada), formé sur le latin médiéval (ambactia), lequel vient à son tour du germanique (ambahti : fonctionnaire), qui vient lui-même du celtique ambactos, latinisé en ambactus. Les ambactes celtiques étaient des courtisans ou des clients au sens politique.

Pour finir dans la bonne humeur, Jean-Paul Savignac cite deux phrases : « le petit garçon a glané

près de la lande et du bosquet une jolie javelle de blé » et « Du creux des branches brisées du chêne dru jaillissent une chétive alouette et un vanneau craintif » en soulignant tous les termes d’origine gauloise. Mais, bien entendu, il procède à partir des termes gaulois qui nous sont désormais connus pour inventer ces phrases ; de même, dans Le Chant de l’Initié, il compose des poèmes en gaulois !

Dominique Goedert

Petite bibliographie de la langue gauloise : DELAMARRE (Xavier). - Dictionnaire de la langue gauloise.- Errance, 2003 LACROIX (Jacques). - Les Noms d’origine gauloise. - Errance (tome 1 : la Gaule des combats, 2003 ; tome 2 : la Gaule des activités économiques, 2005; tome 3 : la Gaule des dieux, 2007) LAMBERT (Pierre-Yves). - La Langue gauloise. - Errance, 2003 GASTAL (Pierre). - Sous le français, le gaulois. - Le Sureau ; 2002 SAVIGNAC (Jean-Paul) Merde à César : les Gaulois, leurs écrits retrouvés, rassemblés, traduits et commentés. - La Différence, 2000 SAVIGNAC (Jean-Paul). - Le Chant de l’initié.- La Différence, 2000

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L’enchanteur MERLIN Je vous parlerai aujourd’hui d’un personnage universellement connu. Il a eu la chance d’être popularisé non seulement par des textes littéraires, mais aussi par de nombreuses adaptations pour enfants. Il apparaît le plus souvent aux côtés du roi Arthur et de ses chevaliers. Connaît-on vraiment ce personnage hors série ?

Pour en parler, certains de nos contemporains se sont appuyés sur le texte de l’anglais Thomas Malory sur l’épopée arthurienne. Pourtant nous ne connaissons pas le personnage authentique qui a donné naissance à la légende avec tous les poèmes qui s’y attachent, ni la première forme de la légende, celle de l’Homme sauvage, de l’Homme des bois, et qui recèle tous les souvenirs d’une antique mythologie liée en dernier ressort au druidisme.

Vous aurez compris que mon exposé portera sur l’enchanteur Merlin. Merlin le Magicien, le Barde, le Prophète, vieillard philosophe à la longue barbe blanche, l’équivalent masculin des bonnes ou mauvaises fées, stéréo-type d’un Moyen âge de pacotille. L’image à laquelle on le réduit n’est trop souvent qu’une représentation partielle du personnage originel, une rêverie poétique mais bien appauvrissante de cet être insaisissable.

Chronologiquement,

le texte le plus ancien où apparaît le nom latin de Merlinus, correspondant en français à Merlin et en gallois à Myrddin, est un ouvrage datant de 1132, « La Vita Merlini » de Geoffroy de Monmouth, érudit gallois qui fut dans la mouvance des ducs de Normandie puis des Plantagenet. « La Vita Merlini » serait une sorte de compilation à partir d’éléments très divers, vraisemblablement emprunté à des traditions orales concernant

un barde-prophète qui aurait vécu dans la seconde moitié du 6 ème siècle.

Le texte de Geoffroy de Monmouth situe Merlin dans le royaume de Strathchyde, c’est-à-dire l’Ecosse actuelle. Il parle de ceux qu’on appelle les Bretons, descendants de ces tribus Bretonnes que le gouvernement impérial romain avaient établis dans les zones frontalières du nord pour protéger l’île de Bretagne des tribus Picts et autres qui étaient demeurées plus celtisées que les tribus situées au sud et à l’ouest. Plus tard, il s’est avéré que ces Bretons du nord ont été l’âme de la receltisation et auraient joué un rôle considérable dans la prise de conscience nationale bretonne et dans la lutte contre les envahisseurs Saxons, Angles, Frisons, Gaël, etc. Cela n’aurait pas été sans déchirement interne, et la « Vita Merlini » se fait l’écho de guerres inexpiables entre Bretons du parti romain et ceux du parti indépendant. Déjà à cette époque, l’âme des mouvances indépendentistes avait pignon sur rue !

Toujours est-il que dans la mesure où la «

Vita

Merlini » est une compilation écrite en vers, par un érudit, on y trouve des détails d’origines obscures. S’agit-il de traditions orales, de contes populaires, des fragments historiques, on ne sait pas. La part mythologique reste grande dans cette vie de Merlin et ces références n’ont pas, à première vue, de rapports avec la légende de la table ronde.

Le transcripteur de la «

Vita Merlini », Geoffroy

de Monmouth, pense à l’avenir, car peu de temps après il écrira les véritables prophéties de Merlin, lesquelles seront intercalées dans son « Historia

Regum Britanniae ».

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Mon exposé s’attachera uniquement à la «

Vita moin des faits, abandonne les troupes en proie au

Merlini » sur l’existence de Merlin, laissant ainsi chagrin et à la douleur. la porte ouverte à l’un ou l’une d’entre vous qui voudrait éventuelle-ment parler de ce personnage à son époque la plus connue et qui est celle du mythe arthurien.

g Qu’en est-il de Merlin et de sa légende d’après la « Vita Merlini » ?

Merlin aurait été conçu de façon bizarre, par des êtres surnaturels qui lui auraient transmis les dons que la légende lui attribue. Il serait le fruit de la copulation entre sa mère, alors nonne dans un couvent, et du diable. A quelque détail près, nous retrouvons ici une conception bizarre attribuée à celui que les catholiques ont nommé Jésus de Nazareth. La mère de Merlin était la fille du roi Dyved du Pays de Galle, donc de sang royal. Il serait en fait l’héritier du roi des Démètés. Cette hypothèse peut être établie par la « Vita Merlini » où Geoffroy de Monmouth affirme que Merlin était roi en Bretagne. Nous remarquerons au passage que l’histoire de l’enfant sans père semble encore une fois bien être un cas de filiation matrilinéaire comme on en voit beaucoup chez les Celtes, où la souveraineté est bien souvent acquise par la mère.

Nous citerons ici le cas du fameux roi d’Ulster, Conchomar, qui est fils de Ness, Ness étant le nom de sa mère : sa souveraineté, il l’a acquise par sa mère. Le héros Cûchulainn lui-même est avant tout fils de sa mère Dechtire car, lorsqu’ il s’agit de déterminer qui est son père, on hésite entre Sualtan, son père puratif, Lug, ou, ce qui est plus vraisemblable, son oncle Conchobar.

Donc Merlin, roi et prophète, a vécu à une époque où les chefs des divers tribus celtes se disputèrent à cause du royaume et la guerre impitoyable qui s’en suivie, vit l’anéantissement de nombreuses cités et la mort de nombreux chefs. Merlin ayant été té-

La strophe 70 relate que durant trois jours, Merlin a sangloté sans répit, refusant toute nourriture, tant est profonde la douleur qui le consume. Il couvre ses cheveux de cendres, lacère ses vêtements et se roule en tous sens à même le sol. Il est alors saisi d’un étrange accès de folie tandis qu’il lance à tous les échos ses plaintes désespérées ; il s’éloigne à la dérobée et s’enfuit dans la forêt en veillant à n’être aperçu de personne. (Strophe 75) Là, il se réjouit d’être à l’abri sous les arbres et il observe avec émerveillement les animaux qui peuplent les bois. Il se nourrit de racines, de fruits et de plantes. Il se transforme petit à petit en homme des bois, tout comme s’il était venu au monde au cœur même de la forêt. Je viens de vous dire que notre personnage s’est enfui dans la forêt. S’agit-il de la forêt de Caledonia (Kelyddon au sud de l’Ecosse) ou la forêt de Broceliande ? Mes recherches ne m’ont pas permis de trouver de références pour déterminer le lieu exact.

Il est retrouvé par sa sœur Ganieda, qui est l’épouse du roi Rocharchus. Ganieda accueille avec bienveillance son frère mais ce dernier, qui refuse la vie en société, essaie par tous les moyens de retourner dans sa forêt. Il se fait passer pour fou et pour ce faire, il éclate de rire à n’importe quelle occasion, et lorsque l’on s’inquiète de son hilarité, il déclare qu’il ne révélera les motifs de son comportement qu’à la condition qu’on le laisse repartir. Ainsi à la lecture de la « Vita Merlini » nous pourrons relever à la strophe 290 que le prophète annonce à son beau-frère que sa femme le trompe.

Une autre fois, il révèle l’existence d’un trésor qui est caché sous un pauvre bougre qui se livre à la mendicité.

Pour le mettre à l’épreuve, les strophes 335 à 340 relatent qu’on lui présente par trois fois un jeune enfant. A chaque fois cet enfant est affublé de vêtements différents afin de ne pas être reconnu. Merlin à chaque fois prédit que l’enfant mourra en

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tombant d’un rocher, qu’il mourra dans un fleuve, qu’il mourra dans un arbre. Aux yeux de la société d’alors, Merlin est complète-ment fou. On lui permet de rejoindre sa forêt. Peu de temps après, cet enfant qui avait été présenté à Merlin, tombe sur un rocher qui se trouve dans un précipice, se noie dans la rivière qui coule au fond de l’abîme, son corps est retrouvé accroché à la branche d’un arbre. Ganieda a pitié de son frère, elle obtient de lui faire construire dans la forêt un groupe de maisons dont celle de Merlin qui comporte 70 portes et autant de fenêtres, ceci afin de lui permettre l’observation des astres. Autour de Merlin gravitent 70 scribes qui recueillent les prophéties qu’il fera sur l’avenir.

Merlin qui vit toujours son errance, se promène en compagnie de plein d’animaux et plus particulièrement d’un loup gris.

Ici

le détail de ce loup est fort curieux. Non seulement nous nous trouvons en présence du thème de l’Homme Sauvage, qui comprend et vit avec les animaux comme le chaman et vraisemblablement le druide celte, mais il est étonnant de comparer le loup gris avec un personnage que d’autres versions de la légende donne pour maître à Merlin. Il s’agit d’un ermite du nom de Blaise. Or Blaise, n’est que la francisation du mot gallois Bleidd (breton Bleiz) qui veut dire « loup ». Il y a à ce sujet toute une mythologie du loup dans l’hagiographie bretonne.

Merlin

dans sa demeure des bois chante les événements futurs. Dans tous les récits qui le concernent, un fait domine largement la description de Merlin. C’est celui de l’alliance privilégiée qu’il semble avoir avec l’arbre ou les arbres. Il apparaît comme un Homme des Bois. D’après la légende, que sa retraite soit une Prison d’Air, une Maison de Verre, sur un Arbre (un pommier), dans une maison en bois, la constante est manifeste. C’est assez remarquable pour qu’on puisse relier le mythe qu’il représente à un « culte des arbres » ou tout au moins à des données métaphysiques sur une complémentarité nécessaire entre l’Homme et la Nature. Son mythe et les légendes qui l’actualisent se réfèrent donc nettement à une religion de

type naturiste, comme l’a été la religion des Celtes, c’est-à-dire le Druidisme.

Il lui arrive de se mouvoir dans la société organisée, que se soit dans son royaume (puisque Geoffroy nous dit qu’il était roi) ou ailleurs, il n’en fait pas sa résidence principale. A chacune de ses interventions, il arrive sans prévenir, il vient d’ail-leurs. Merlin est en quelque sorte un marginal qui ne pénètre dans le monde social que pour donner des conseils ou faire des prophéties, éventuellement accomplir un acte magique. Aussitôt après, il retourne dans son domaine propre qui est la forêt. En étudiant la vie de Merlin, on se rend compte qu’il occupe un espace bien fermé, bien délimité et qui correspond au lieu de culte des anciens Celtes. Il vit dans un espace sacré, un sanctuaire au milieu de la forêt. Il semblerait que Merlin n’a pas eu d’aventure amoureuse très florissante. Dans la « Vita Merlini », son grand amour ne semble pas être celui qu’il porte à son épouse Gwendolène, mais à sa sœur Ganieda. Si l’on s’en tient, dans un premier temps, à la lecture de la « Vita Merlini », on ne peut pas douter des rapports privilégiés qu’entretenaient les deux personnages. Peu importe à Merlin que sa femme se remarie comme elle le veut, c’est tout autre chose avec sa sœur. On dirait que Merlin est jaloux. D’ailleurs, après la mort du roi Rodarcus, mari de sa sœur, mort qu’il avait prédit, Ganieda vient définitivement vivre avec lui au milieu de la forêt.

Donc voilà Ganieda qui vit avec son frère. Nous nous trouvons en présence d’un couple frère-sœur mais dans lequel la femme devient nettement privilégiée. En effet, Ganieda se met à prophétiser à son tour, et encore mieux que Merlin. Elle a tellement bien reçu la leçon initiatique de son frère qu’elle est capable de le dépasser.

Désormais, Merlin va se taire. Il n’occupe plus qu’une place secondaire et Ganieda est en passe de devenir la fameuse Dame du Lac, maîtresse absolue du domaine forestier qu’elle a d’ailleurs fait construire, et dans lequel on peut l’imaginer gardant son frère en dehors du temps et de l’espace. En y

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réfléchissant, c’est l’enserrement de Merlin par Celle que l’on appellera Viviane du mythe Arthurien.

Bien

entendu Geoffroy de Mormonth ne fait aucune allusion à des rapports incestueux entre le frère et la sœur, mais la situation est parfaitement équivoque, et si l’on admet que Ganieda correspond au personnage de Viviane, le doute n’est plus possible. Ce sont les versions françaises courtoises et raffinées rédigées par des Cisterciens qui sont édulcorées, car, dans les poèmes gallois attribués à Myrddin, les choses sont beaucoup plus précises. En effet Myrddin, seul dans sa forêt, se plaint souvent d’être délaissé. Il n’apparaît pas comme un reclus volontaire ni comme un ermite ayant choisi de demeurer à l’écart du monde, mais vraiment comme un prisonnier. Myrddin aime follement sa sœur. Il ferait tout pour elle.

g Il est à noter que l’inceste fraternel n’a rien qui puisse nous surprendre. C’est un thème qui a été développé dans toutes les mythologies et qui se présente comme l’image du hiérogame parfait, de la Dyade par excellence, avec tout ce que cela comporte de prolongements ésotériques, mystiques et théologiques.

Nous pourrons citer au passage pour information le mythe de Castor et Pollux avant que la censure morale ait masculinisé l’un des Dioscures sans se rendre compte qu’ainsi se développait un autre thème, celui de l’homosexualité ; Le mythe des deux enfants de Lêto, Apollon et Artémis, qui se partageaient la lumière du monde et qui passèrent leur temps à se chercher pour s’accoupler dans les rares moments de l’éclipse, moments privilégiés mais redoutable, où se produit la conjonction de toutes les forces qui animent le monde ; Le mythe de Zeus et de Hera, de Jupiter et de Junon : le fait qu’ils soient frère et sœur, n’empêche pas leur mariage sacré, lequel est le symbole de l’équilibre entre le Ciel et la Terre.

pratique se retrouve dans l’ancienne Perse, en Arménie et chez les Incas. Au Japon et chez les Esquimaux qui semblent, à l’origine, avoir eu une culture identique, le mythe du Soleil-Femme et de la Lune-Homme nous présente un couple primordial, celui du frère et de la sœur qui sont en même temps amants et époux.

L’inceste est interdit au commun des mortels, il n’est réservé qu’à des êtres d’élite, des personnages assez forts pour supporter le choc magique qui provoque une telle union. Il s’agit d’une union symbolique entre deux êtres qui ont une naissance identique. Le mythe de l’Androgyne primitif est toujours présent : à partir du moment où l’espèce a été sexuée, c’est-à-dire « coupée » en mâle et femelle, chacune des composantes ne rêve qu’à rejoindre sa moitié complémentaire.

On pourra dire que tout cela est du domaine du fantastique et de l’imaginaire car la mythologie met en image des fantasmes les plus divers entre des êtres humains. Il faut cependant se souvenir de ce que disait César à propos des Bretons et des Pictes dont la tradition était matrilinéaire, dont la promiscuité sexuelle était choquante.

On peut se demander si, dans l’ancienne civilisation celtique, l’inceste fraternel n’a pas été, sinon une institution, du moins une certaine habitude, et l’on sait très bien que ces dernières ne naissent pas par hasard. Les habitudes ont souvent un support religieux ou métaphysique qui n’est plus compris mais qui se réactualise constamment au niveau de l’inconscient. Tout ceci pour vous dire qu’il s’agit de l’indice d’une époque gynécocratique, où le mâle n’est rien en dehors de son rôle de procréateur. Mais c’est aussi la preuve que les rapports entre père et fille, frère et sœur peuvent être privilégiés dans certaines circonstances.

Ce genre d’inceste se retrouve dans un contexte parallèle à la légende de Merlin.

On pourra se demander comment Merlin définit comme un être doté de tels pouvoirs, se laissera séduire et infléchir aussi facilement par les charmes Il est vrai que dans l’ancienne Égypte, les Pharaons de sa sœur et qu’il se laissera « enserrer » dans une épousaient obligatoirement leurs sœurs et que cette prison alors qu’il possède d’une part la vision de Page 21


l’avenir et d’autre part, il est possesseur de pouvoirs magiques supérieurs.

g Pourquoi Merlin, de son propre gré, décide-t-il de se laisser enfermer ? Une première réponse peut-être donnée par un rapprochement avec la « Vita Merlini ». Ganieda est saisie par la fureur prophétique et à ce moment là, Merlin dit qu’il jette l’éponge, puisqu’il estime que sa sœur est supérieure à lui. C’est un aveu. Il s’agit d’une véritable transmission de pouvoir. Les divinités, quelles qu’elles soient, sont soumises au Destin. Elles doivent naître, accomplir leur mission et enfin disparaître pour laisser la place à des divinités plus jeunes.

Symboliquement étant donné que la mythologie représente sous les traits d’un personnage divin, la conception qu’on a de ce dieu à une période donnée, il est nécessaire d’adopter ou de transformer cet aspect qui ne serait plus compris ni ressenti par une société qui a évoluée.

De toute façon Merlin a choisit volontairement sa retraite. C’est lui qui décide ardemment vivre au milieu des bois. Sa folie n’est qu’un prétexte pour justifier cet abandon manifeste.

C’est Merlin qui mène le jeu. Il prophétise à tour de bras lors de promenades à proximité de lacs ou de fontaines dont l’eau guérit toutes les blessures. On pense à ce sujet en se remémorant la forêt où se situe la vie de Merlin que cette fontaine magique serait peut-être celle des Tuatha Dé Danann en Irlande, où le dieu Diancecht avait mis toutes les herbes qui guérissaient les maladies et les blessures les plus graves ou tout simplement la fontaine de Barenton dont l’eau possède également des pouvoirs de guérison.

Il semble bien que Merlin raconte intentionnellement ces prophéties à sa sœur. Elles sont en quelque sorte la préfiguration de ce qui va lui arriver.

Il y a une sorte de dialogue de sourds entre les deux personnages. En aucun cas il apparaît que Merlin semble dupe du jeu auquel se livre celle qu’il aime. Ne nous dit-on pas que Merlin est maître de magie, maître des illusions qu’il peut susciter à son gré, mais il n’est plus maître de son destin, et que les choses doivent s’accomplir parce qu’elles ont été décidées par une force supérieure et qu’il devait en être ainsi.

La magie de Merlin ne sera pas perdue puisque la « Vita Merlini » mentionne la présence constante à ces côtés du barde Taliesin, qui sera chargé de raconter les grands secrets du monde, du moins ceux qui peuvent être transmis à l’oreille de ceux qui savent écouter. Notons au passage, que cet illustre Taliesin a étudié en Armorique à l’ermitage de Gildas (actuellement St-Gildas-de-Rhuys dans le Morbihan).

Dans la «

Vita Merlini » il n’est nulle part fait

allusion à la mort de Merlin sinon que dans le dialogue qu’il a avec sa sœur, mais ce n’est qu’une suite de regrets, on ne voit pas le poète mourir. Merlin n’est donc pas mort, il est simplement « occulté »

Merlin serait enserré dans différents lieux. Dans « l’Histoire de Merlin » il s’agit d’un château invisible entouré de murailles translucides mais infranchissables. Dans « le Morte d’Arthur » de Malory, Merlin est littéralement « encombré » sous une grosse roche. Il se trouve avec son maître Blaise. Mais quand il y réside, aucun œil humain ne peut le voir. Dans la « Vita Merlini » Merlin se retire tout simplement dans sa maison dans les bois où il continue d’observer les astres. Dans la triade 113 on parle de la disparition de Myrddin qui s’en est allé sur mer à la recherche de la Maison de Verre. Un texte Irlandais sur « la Folie de Suibhné » décrit la vie d’un roi fou qui vit sur un if au milieu de la forêt. Le fait que Merlin soit enserré dans une prison ou dans un château de verre, peut susciter de nombreux commentaires.

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Merlin authentique, dépouillé de ses oripeaux folkloriques. Il vous sera aisé de comprendre que je ne me suis pas étendu à toute la symbiose mytholoEn conclusion : A la lecture de la « Vita Merlini gie que contient le texte en raison du temps qui », Merlin n’a pas ce caractère de magicien et d’en- m’est imparti, mais il reste bien des choses à chanteur qu’on lui prête volontiers à l’époque fouiller et à découvrir sur la vie de Merlin. Arthurienne. Le texte de Geoffroy de Monmouth est fondamenIl est loin d’être bon, d’être serein, il s’adresse aux arbres et aux animaux et éclate souvent d’un rire tal, même s’il dérange la vision qu’on a généralesarcastique sans raison apparente. Il est à la fois le ment de l’enchanteur Merlin. C’est son image prophète, le solitaire qui habite les bois et l’enfant comme avant sa transformation. Mythe ou légende, bâtard qui connaît les causes premières du monde. le personnage a-t-il existé ou pas ?

g

Il est l’initié, le Fou des bois, le semeur de troubles. La vie de Merlin est comme son image, pleine de Son comportement parfois incompréhensible trouve toujours son sens après coup, et, s’il lui arrive de points obscurs, mais elle reste l’image mythologifaire des prédictions, ce sera la logique traditionnel- que d’un personnage imprévisible. le qui se révélera rétroactivement inefficace, et non la prévision des événements.

Merlin

surgit-il de la nuit des temps avec un caractère d’homme sauvage restituant la situation primitive, celle de l’aube de l’humanité, quand bêtes et gens se comprenaient, quand régnait le roi de l’âge d’or, le roi d’un paradis perdu par la faute des hommes eux-mêmes ?

La

« Vita Merlini » peut se lire à plusieurs niveaux, soit le simple récit d’aventure, soit la découverte d’un texte ancien qui fait resurgir le

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/I\ Uridotondos Devenu /I\ Den Ar C’Hoat

XV Ogronios, 3871 M : T : ( 28 février 2001 è : v : )


Le Chaudron de Poesie Mon authentique chaudron de Chaleur a été tiré de l’abîme des mystérieux éléments par les Dieux ; une juste décision qui rend ses lettres de noblesse au centre de l’être, et déverse avec force un terrifiant flux de discours.

Ma substance est claire et mes cheveux gris

;

Je suis Amergin au blanc genou, accomplissant mon incubation dans les formes poétiques appropriées, aux diverses couleurs.

Les Dieux n'accordent pas la même chose à tout le monde, [le chaudron peut être] versé sur le coté, complètement a l'envers, ou debout ; [c’est a dire] aucune connaissance, demi-connaissance, ou connaissance complète -En l’honneur d’Eber et en l'honneur de Donn, la composition d’une poésie effrayante, vaste, un puissant projet de mortelles incantations, actif dans la voix, passif dans le silence, en équilibre neutre entre les deux, dans le rythme et la forme et la rime, c’est de cette manière qu'il est parlé du chemin, de la fonction de mon chaudron.

Je chante le chaudron de Sagesse qui rend hommage au mérite de chaque art, à travers lequel s’accumule le trésor qui rend précieux l’artisan ordinaire, et qui construit la personne par l'expression de son don.

Où est la racine de la poésie dans l’être; dans le corps ou dans l’âme ? Certains disent que c'est dans l’âme, car le corps ne fait rien sans l’âme.

D’autres disent que c’est dans le corps que les arts sont appris, en passant à travers les corps de nos ancêtres. Il est dit que c'est de ce socle que provient la racine de la poésie, et que cette sagesse, provenant des ancêtres, et du Ciel du Nord, n’est pas pour tout le monde, mais varie d’une personne à l’autre.

Quelle est alors la racine de la poésie et de toute autre sagesse Page 24

?


Ce n’est pas difficile; Trois chaudrons naissent dans chaque personne - le chaudron de Chaleur [d’incubation] le chaudron du Mouvement [de vocation] et le chaudron de Sagesse.

Le chaudron de Chaleur est né debout chez toute personne depuis le début. Il distribue la sagesse aux êtres dans leur jeunesse.

Le chaudron de Mouvement, cependant, n’augmente sa capacité qu’après s'être retourné. Car il est né basculé de côté (et ne se redresse qu’en se remplissant).

Le chaudron de la Sagesse est né complètement renversé et distribue la sagesse grâce aux arts et a la poésie.

Le chaudron de Mouvement, est renversé chez certaines personnes, c.a.d chez les ignorants. Il est incliné sur le côté, chez les personnes en cours d’études bardiques, apprenant l’art de la strophe. Il est debout chez [ceux que l’on surnomme] “grands fleuves” [poètes aux études avancées] détenteurs de grande Sagesse et Poésie.

Sachant cela, tout poète de niveau moyen n’a donc pas [encore] son chaudron debout, Car le chaudron de Mouvement peut être retourné par le chagrin ou la joie. Question : Combien de sortes de douleurs peuvent tourner les chaudrons des Sages ? Ce n'est pas difficile; il y en a quatre : la nostalgie et le chagrin, la douleur de la jalousie, et l'ascèse du pèlerinage aux lieux saints.

Ces quatre douleurs sont endurées en interne, retournant les chaudrons, bien que la cause en soit externe. Il y a deux sortes de joies qui transforment le chaudron de Sagesse; la joie divine et la joie humaine.

Parmi les joies humaines, Il en est quatre sortes parmi les sages : l’intimité sexuelle, la joie de la santé et de la prospérité après les difficiles années d’étude de la poésie, la joie de la sagesse [venant] après la création harmonieuse de poèmes, et la joie de l’extase qui vient en mangeant les justes noisettes des neuf noisetiers du Puits de Segais dans le Sidhe.

Elles se jettent en foule, [ces noisettes] moussues comme la toison d’un bélier sur les vagues de la Boyne, remontant vers l’amont, plus rapides que les chevaux de course participant à la grande course de la Saint-Jean qui a lieu tous les sept ans.

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Les Dieux touchent les gens à travers les joies divines et humaines de sorte qu’ils sont capables de parler en poèmes prophétiques, de distribuer la sagesse et d’accomplir des miracles, statuant sagement dans les disputes, et prononçant des bénédictions en réponse à chaque requête.

La source de ces joies est externe a la personne et s'ajoute à son chaudron pour le faire tourner, mais la cause de sa joie est interne.

Je chante le chaudron de Mouvement Grâce de la compréhension, Accumulation de sagesse Ruisseau d'extase comme le lait coulant du sein,

Eau de la marée du Savoir Union des sages Flux de splendeur Gloire des humbles

Maîtrise du discours Éclair d’intelligence Satire mordantes Habileté des récits que chérissent les apprentis.

Observation des lois de reliance Discernement des significations Attrait vers la musicalité Propagation de sagesse

S’enrichissant par la noblesse Ennoblissant la banalité Rafraîchissant les âmes Ramenant des louanges

Par le travail sur la Loi La comparaison des rangs Soupesant avec pureté la noblesse Avec les mots justes des sages Aidés des ruisseaux de sagesse,

Ce noble breuvage dans lequel on fait bouillir la vraie racine de toute connaissance Qui nous soutient en accord avec le principe d'harmonie

S’accrochant pour trouver la patience Que l’Extase met en mouvement Que la Joie transforme Qui se révèle dans la Douleur;

Il endure le feu Il est une protection sans faille. Page 26


Je chante le chaudron du Mouvement. Le chaudron de Mouvement soutient, Soutenant, il s’étend, S’étendant, il nourrit, Nourrissant, il honore, Honorant, il invoque, Invoqué, il chante, Chantant, il garde, Gardant, il organise, Organisé, il soutient, et est soutenu.

Bon est le puits de la poésie, Bonne la demeure de la parole, Bonne l’union du pouvoir et de la maîtrise Qui établit la force.

Plus grand que tous les domaines, Meilleur que tous les héritages, Il amène l’être à la connaissance, Il s’aventure loin de l’ignorance.

Traduction de l’anglais pat Willow Moon (Traduit en anglais a partir de l'irlandais par - Erynn Rowan Laurie 1995/1998)

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La Cle du Coeur ! Quelle est la clé pour une grande serrure ? La clé réside non pas dans le produit de l’acte, mais dans son pourquoi ! Non pas, dans le « jouir » de l’instant présent, en le traquant sans cesse, ou encore à le marteler, jusqu’à en devenir esclave ! Ni à retomber avec lui, dans la fosse des insatisfactions et des putréfactions ! La clé est dans la Présence de l’Ici et Maintenant ! La clé ? C’est de trouver la bonne clé pour ouvrir grand la porte de son Âme ! Celle d’un Coeur emprisonné derrière les barreaux de la séparation, et atomisé devant le miroir du réel, qui lui renvoie une image égratignée et éborgnée ! On peut aussi porter une clé sur la peau, tel un tatouage, mais sache bien que le mimétisme est un automatisme à gommer de ta vie, à jamais et pour toujours ! Le passe-partout est un cambrioleur et un menteur ! Si tu veux que l’immensité du ciel pénètre en ta demeure, il te faudra une clé à ailes, qui ira à elle, et qui dans l’intimité de la serrure, tintera du SON au diapason, de l’Octave supérieure ; celle du déclic de l’Ouverture du Coeur, vers les sphères étoilées, de nos constellations aimantes ! La Vie est une D A N S E vibrante, qui s’écoule en s’aime-en, dans le ‘LIT de Cristal’, purificateur subtil de la Divinité élective, sur l’Autel de notre Maisonnée Céleste !

P.L.M~Saorsa Aum Barde Kaerijin

Improvisation au Chant des Oiseaux de l’Aurore, Bretagne sud - 14 Mars 2015

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We are the mirror Nous sommes le miroir et aussi le visage qu’il contient. Nous goûtons au goût de l’éternité cet instant. Nous sommes la douleur et ce qui guérit la douleur. Nous somme l’eau fraîche et douce et la jatte qui déverse. Âme du monde, aucune vie, aucun monde ne reste, aucunes femmes belles et d’hommes qui les désirent. Seulement cet amour antique qui tourne autour de la pierre noire sacrée du néant. Où l’amant est l’aimé, l’horizon, et tout ce qu’il contient.

Jelaluddin Rumi 13 ème siècle

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Comment la Terre se fit decrire une orbite autour de la Lune La robe lunaire tomba en grands rouleaux ; la princesse sans royaume, avec son patrimoine en flammes d'orange et d'or hermétique, se tint debout, nue dans sa peau d'antimoine. Avec ses yeux gris sombrement aquatique comme une déesse de marbre de Macédoine, elle estoit espandu par dessus les eaux. L'œil de l'homme Terre, concupiscent et bleu regarda la fille, l'argent de ses cheveux. Il prit sa jeunesse dans un capteur de rêves le péché original d'Adam contre Ève. Là fut-elle allongée, tombée comme une étoile, saignée à blanc par peur, et ne vacillant plus. Tendre comme un amant, furtif comme un voleur, il prit un cheveu fin dans doigts fort résolus. Il fit un nœud, baissa la tête, à sa hauteur se pendit à la fin de la mèche étendue. Il se balance encore, démêlant sa voile.

Race MoChridhe

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Oeil de Pierre

Le menhir projette son ombre Sur l’herbe sèche piétinée. Je m’adosse et entame mon vigile. Paupières closes, le champ moissonné N’est plus qu’un lac de sang, Un feu, à senteur de blé. Attente.

L’orbite aveugle de la pierre Vide, scrute le ciel vide— Point de lumière Dans cette pupille opaque— Mire un instant le trait noir D’un corbeau qui plane. Pierre, sable creusé d’un lointain rivage, Sculptée par le flux et reflux, Figée, puis dressée, Grès se souvenant de l’eau. Attente.

Papillon rouge et noir sur fond de coquelicot Qu’un souffle d’air fait vaciller. Dans un recoin de mousse Un escargot s’est abrité. C’est ailleurs que se fait Le travail des hommes. Ici, tout est statique— En attente,

Sauf le soleil, Qui poursuit, imperturbable, sa trajectoire. L’ombre s’étale, recouvre le sentier. L’œil s’ourle de rouge, puis lentement s’emplit. Enfin, la pierre Voit, Et le soleil Voit au travers de la pierre Et le monde s’illumine de cette conjonction, Recevant en son sein ce rayon— L’Inspiration.

Bechuille Page 31


Trajectoires C'est une lumière changeante comme un vitrail Au gré des heures et des saisons.

C'est un parfum mêlé d'encens qui refroidit Dans des coupes incrustées d'émail noir et ciselées.

C'est un silence ténu comme un bois d'acacia Qui pousse dans les forêts d'Arrée.

Ainsi volent les flèches de la vie. Légères et bigarrées, Leur sillage laisse de la sueur et des pleurs Dans les espaces et les temps Saturés d'une rosée rouge.

Le doux chant de l'arc ne s'est pas éteint. Il guide avec sûreté A travers les déserts argentés Jusqu'au pays éblouissant.

Là sont les cibles. Fleurs parmi les fleurs Qui, sous le choc, émettent Des parfums. Alors, une fine irisation et trois encoches Étincellent autour du ciel Et le tir prend le nom du tireur.

Serge Page 32


Pierre de Mer Lourde, pleine et chaude, tiède plutôt, enfin… pas froide Arrondie et pourtant grumeleuse Son toucher est crayeux Légèrement crevassé Légères aspérités… C’est une pierre de mer au grain sableux C’est une peau de pierre au teint rocheux Chargée de particules et de vie De sac et de ressac De force et d’amour De secrets de la Terre Témoin des secousses, d’une évolution lente, discrète, Opérée loin de nous, de nos yeux, de notre temps Elle était là avant, sera là bien derrière La force de la vie, la force de la mer Intemporelle Son histoire est si longue comparée à la nôtre, si riche Cette pierre a vécu, elle en porte les traces Les éponges ont gravé des sillons dans sa chair Et la griffe du temps est sur son corps de pierre Les marques de son temps et de sa traversée L’empreinte de ses temps Sa mémoire est immense Elle est riche et patiente Elle est douce et présente La sagesse est en elle Elle a vu tant de choses Son voyage est en cours Elle offre son récit Chaque étape est gravée, tatouée dans son cœur Elle porte les embruns de l’eau… sa fraîcheur Page 33


Le vent et l’écume La force de l’air Les bourrasques froides Les algues salées L’oxygène pur et vif par giclées… Elle goûte le sel et le sable Le calcaire et la craie Les épices marines C’est un goût frais et libre Dès que l’eau la touche, elle livre sa saveur, son chant et ses trésors… La réponse est directe La langue se colle à elle, car elle absorbe l’eau Elle a soif de la mer La langue se détache et garde un peu de sable… De son milieu de vie Son cœur est à la mer et sa mère lui manque Cette pierre au bruit sourd, mat, cependant profond Massif, plein et fort, un peu sec pourtant Et un peu rêche aussi Cette pierre sauvage faite pour les roulis Discrète et pourtant forte Sait les allers retours de la mer sur sa peau Les marées de la lune dessous un ciel d’argent Courbe de tout côté, excepté au dessus Si bien qu’on lui dirait un petit chapeau mou La palette si douce, allant du gris au beige Quelques impacts noirs contrastants par endroits Racontent son parcours et parlent de la vie Ce gros galet unique est extraordinaire Son cœur est à la mer et ce cœur est de pierre Son pouls est lent et doux Mais sa vie est si longue Pacifique, comme l’eau qui la réclame Retirée un beau jour de son milieu marin Elle y retournera Se souviendra-t-elle de moi ?

Plume Page 34


Tailtiu Je te rends hommage, Tailtiu, en ce jour de Lugnasad. Oh Mère, si douce tu étais quand je me blottissais contre ton sein, Oh Mère, si belle tu étais dans les rayons du soleil, Oh Mère, si forte tu étais en défrichant les Terres.

Tu m’as donné ton lait et offert ton amour Mère adoptive et généreuse, Mère primordiale et protectrice, Mère souveraine au cœur des hommes.

Tu as donné ta Vie au peuple d’Irlande, Ta générosité, ton désintéressement. Apportant l’abondance et la prospérité, Transformant la forêt en une plaine fertile.

Tu n’es pas morte ce jour là, Ton corps, transformé et parsemé de trèfles, Encore et encore renaît dans la douceur du printemps. Oh non, tu n’es pas morte, ma douce Mère.

Aujourd’hui et pour l’éternité, J’honorerai ton courage, J’honorerai ton sourire, J’honorerai ce don de Toi.

En mon nom, Lugh Samildanach, Au nom du peuple d’Irlande, Au nom des tous les peuples de la Terre, Nous marcherons dans tes pas.

En cycle perpétuel D’une nature divine.

Le sourire d'une Mère, Et l'Amour d'une Mère Jamais ne s'éteindra

Dianann Page 35


Les Trois Portes de la Sagesse Un Roi avait pour fils unique un jeune Prince Bien des années passèrent. Un jour, il rencontra courageux, habile et intelligent. Pour parfaire son le Vieux Sage qui lui demanda: apprentissage de la Vie, il l’envoya auprès d’un - Qu’as-tu appris sur le chemin ? Vieux Sage.

- J’ai appris, répondit le Prince, à discerner ce

- Éclaire-moi sur le Chemin de la Vie, demanda qui est en mon pouvoir et ce qui m’échappe, ce le Prince.

- Mes paroles s’évanouiront comme les traces de tes pas dans le sable, répondit le Sage. Cependant je veux bien te donner quelques indications. Sur ta route, tu trouveras trois portes. Lis les préceptes inscrits sur chacune d’elles. Un besoin irrésistible te poussera à les suivre. Ne cherche pas à t’en détourner, car tu serais condamné à revivre sans cesse ce que tu aurais fui. Je ne puis t’en dire plus. Tu dois éprouver tout cela dans ton cœur et dans ta chair. Va, maintenant. Suis cette route, droit devant toi.

qui dépend de moi et ce qui n’en dépend pas.

- C’est bien, dit le Vieil Homme. Utilise tes forces pour agir sur ce qui est en ton pouvoir. Oublie ce qui échappe à ton emprise. Et il disparut.

Peu après, le Prince se trouva face à une seconde porte. On pouvait y lire: “Change les Autres.”

C’était

bien là mon intention, pensa-t-il . Les Le Vieux Sage disparut et le Prince s’engagea sur autres sont source de plaisir, de joie et de satisfacle Chemin de la Vie. Il se trouva bientôt face à une tion mais aussi de douleur, d’amertume et de frustration. Et il s’insurgea contre tout ce qui pougrande porte sur laquelle on pouvait lire: vait le déranger ou lui déplaire chez ses semblables. Il chercha à infléchir leur caractère et à extirper leurs défauts. Ce fut là son deuxième combat. “Change le Monde.”

C’était bien là mon intention, pensa le Prince, car

Bien des années passèrent. Un jour, alors qu’il

méditait sur l’inutilité de ses tentatives de vouloir si certaines choses me plaisent dans ce monde, changer les autres, il croisa le Vieux Sage qui lui demanda: d’autres ne me conviennent pas. Et il entama son premier combat. Son idéal, sa fougue et sa vigueur le poussèrent à se confronter au monde, à entreprendre, à conquérir, à modeler la réalité selon son désir. Il y trouva le plaisir et l’ivresse du conquérant, mais pas l’apaisement du cœur. Il réussit à changer certaines choses, mais beaucoup d’autres lui résistèrent.

- Qu’as-tu appris sur le chemin ?

- J’ai appris, répondit le Prince, que les autres ne sont pas la cause ou la source de mes joies et de mes peines, de mes satisfactions et de mes déboires. Ils n’en sont que le révélateur ou

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l’occasion. C’est en moi que prennent racine d’autres qui nous résistent et qu’on n’arrive toutes ces choses. pas à briser. - Tu as raison, dit le Sage. Par ce qu'ils réveillent - C’est bien, dit le Sage. en toi, les autres te révèlent à toi- même. Sois - Oui, poursuivit le Prince, mais je commence reconnaissant envers ceux qui font vibrer en toi à être las de me battre contre tout, contre joie et plaisir. Mais sois-le aussi envers ceux qui tous, contre moi-même. Cela ne finira-t-il font naître en toi souffrance ou frustration, car jamais ? Quand trouverai-je le repos ? J’ai à travers eux la Vie t'enseigne ce qui te reste à apprendre et le chemin que tu dois encore envie de cesser le combat, de renoncer, de tout abandonner, de lâcher prise. parcourir. - C’est justement ton prochain apprentissage, Et le Vieil Homme disparut. Peu après, le Prince dit le Vieux Sage. Mais avant d’aller plus loin, arriva devant une porte où figuraient ces mots: retourne-toi et contemple le chemin parcouru. Et il disparut. ”Change-toi toi-même.”

Regardant en arrière, le Prince vit dans le lointain

la troisième porte et s’aperçut qu’elle portait sur sa Si je suis moi-même la cause de mes problèmes, face arrière une inscription qui disait: c’est bien ce qui me reste à faire, se dit-il. Et il entama son troisième combat. Il chercha à infléchir “Accepte-toi toi-même.” son caractère, à combattre ses imperfections, à supprimer ses défauts, à changer tout ce qui ne lui plaisait pas en lui, tout ce qui ne correspondait pas Le Prince s’étonna de ne point avoir vu cette à son idéal. inscription lorsqu'il avait franchi la porte la première fois, dans l’autre sens. Quand on combat, on devient aveugle se dit-il. Il vit aussi, gisant sur le sol, éparpillé autour de lui, tout ce qu’il avait rejeté et combattu en lui: ses défauts, ses ombres, ses peurs, ses limites, tous ses vieux démons. Il apprit alors à les reconnaître, à les accepter, à les aimer. Il apprit à s’aimer lui- même sans plus se comparer, se juger, se blâmer.

Il rencontra le Vieux Sage qui lui demanda: - Qu’as-tu appris sur le chemin ? - J’ai appris, répondit le Prince, que détester ou refuser une partie de moi, c’est me condamner Après bien des années de ce combat où il connut à ne jamais être en accord avec moi-même. J’ai quelque succès mais aussi des échecs et des résistan- appris à m’accepter moi- même, totalement, inconditionnellement. ces, le Prince rencontra le Sage qui lui demanda: - C’est bien, dit le Vieil Homme, c’est la premiè- Qu’as-tu appris sur le chemin ? re Sagesse. Maintenant tu peux repasser la - J’ai appris, répondit le Prince, qu’il y a en troisième porte. nous des choses qu’on peut améliorer, Page 37


À peine arrivé de l’autre côté, le Prince aperçut au loin la face arrière de la seconde porte et y lut: “Accepte les Autres.”

Tout autour de lui il reconnut les personnes qu’il

- J’ai appris, dit le Prince, que le monde est le miroir de mon âme. Que mon âme ne voit pas le monde, elle se voit dans le monde. Quand elle est enjouée, le monde lui semble gai. Quand elle est accablée, le monde lui semble triste. Le monde, lui, n’est ni triste ni gai. Il est là, il existe, c’est tout. Ce n’était pas le monde qui me troublait, mais l’idée que je m’en faisais. J’ai appris à l’accepter sans le juger, totalement, inconditionnellement.

avait côtoyées dans sa vie. Celles qu’il avait aimées et celles qu’il avait détestées. Celles qu’il avait soutenues et celles qu’il avait combattues. Mais à sa grande surprise, il était maintenant incapable de - C’est la troisième Sagesse, dit le Vieil Homme. voir leurs imperfections, leurs défauts, ce qui autreTe voilà à présent en accord avec toi- même, fois l’avait tellement gêné et contre quoi il s’était avec les autres et avec le Monde. battu.

Un profond sentiment de Paix, de Sérénité,

Il rencontra à nouveau le Vieux Sage. - Qu’as-tu appris sur le chemin ? demanda ce

de

Plénitude envahit le Prince. Le Silence l’habita.

- Tu es prêt, maintenant, à franchir le Dernier Seuil, dit le Vieux Sage, celui du passage du - J’ai appris, répondit le Prince, qu’en étant en Silence de la Plénitude à la Plénitude du Silenaccord avec moi-même, je n’avais plus rien à ce. reprocher aux autres, plus rien à craindre d’eux. J’ai appris à accepter et à aimer les autres Et le Vieil Homme disparut. totalement, inconditionnellement. dernier.

- C’est bien, dit le Vieux Sage. C’est la seconde Sagesse. Tu peux franchir à nouveau la deuxième porte.

Arrivé

de l’autre côté, le Prince aperçut la face arrière de la première porte et y lut: “Accepte le Monde.”

Curieux, se dit-il, que je n’aie pas vu cette inscription la première fois. Il regarda autour de lui et reconnut ce monde qu’il avait cherché à conquérir, à transformer, à changer. Il fut frappé par l’éclat et la beauté de toute chose. Par leur Perfection. C’était pourtant le même monde qu’autrefois. Était-ce le monde qui avait changé ou son regard ?

Il croisa le Vieux Sage qui lui demanda: - Qu’as-tu appris sur le chemin ?

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Charles Brulhart Décembre 1995

Texte proposé par Den Ar C’Hoat


L'humusation ou

la metamorphose des defunts en humus

Chaque tradition, chaque peuple a sa manière de rendre à la terre ses défunts, que cela soit :

La thanatopraxie, proposée comme service au défunt, est une pratique extrêmement polluante, tant par sa manière d’intervention, que sur les produits utilisés pour la préservation du corps.

- à l'aide des vautours - à la mise en terre et selon des rites appropriés. - à la crémation : en Inde et maintenant en Occident. L'enterrement dans un cimetière demande une gestion et une prise en charge de la commune et des Francis BUSIGNY, le premier, a pris conscience familles. de l'impact écologique de nos modes d'inhumation ; il a créé le concept d'humusation. Le compostage :

Impact écologique de la crémation

:

- 200 l par personne d’équivalent pétrole - cercueil en bois - rejets toxiques dans l’atmosphère : énorme production de CO² et dispersion des polluants chimiques - location de colombarium - dispersion sur le sol après crémation des cendres (matière inerte et donc perte d’humus) - effets secondaires sur le climat

Avant de penser à l’humusation, de nombreux travaux ont été expérimentés autour du compostage. Dans le tas de compost coexistent de nombreux micro-organismes, des bactéries et des champignons.

À CARAH, en Belgique, en 1999, le professeur Josef ORSZAGH réalise un compostage de lisiers gavés aux antibiotiques avec des déchets broyés de bois de construction traités aux fongicides et couverts de peinture au plomb ; ceci dans des conditions d’humidité (bois humide) et d’aération afin d’avoir in fine un bon rapport carbone-azote. Le tas compost, après trois mois porté à 70° Celsius, Impact écologiques de l'inhumation dans les cime- de ne contient plus les germes pathogènes et tous les tières : antibiotiques. Les corps sont enfermés dans des sacs en plastique, Au Canada, la législation actuelle préconisée par les puis dans des cercueils, en bois ou carton, et ensuite Ministères de l'Agriculture et de la Santé, demande dans des caveaux en ciment : ce qui provoque une un « compostage à la ferme » pour le gros bétail, énorme pollution de l’eau autour des cimetières et même malade, plutôt que de faire appel aux services des problèmes sanitaires importants pour le person- d’équarrissage. nel lié à l’entretien des cimetières. Pour les corps humains, un comité d’experts a mis Les corps humains d’aujourd’hui contiennent envi- au point un concept unique afin d’obtenir un ron 200 molécules chimiques accumulées au cours « super compost » capable de réaliser des résultats de la vie. spectaculaires en matière de fertilité des sols. Page 39


Ce que propose l'humusation

:

Les cérémonies religieuses, ou non, préalables à l’inhumation ou à la crémation, ne sont absolument pas changées. Un lieu spécifique, dédié au « Jardin-forêt de la métamorphose », sera destiné à la création de « tombes enherbées » et fleuries comme on en voit dans les îles volcaniques où l’on ne peut creuser le sol.

- la mise en humusation parfaite des défunts et le contrôle du bon déroulement du processus de formation d'humus, - la cérémonie (qui pourra être festive, le cas échéant), - la création de l’espace commémoratif et (ou) la remise à la famille du plant choisi (puisque cela sera le début de nouvelles vies !), - et surtout la restauration des sols les plus malmenés par l’exploitation humaine avec le solde du super compost obtenu.

Enveloppé d’un linceul, le corps est posé sur un lit de 60 cm de broyat de bois d'élagage et recouvert de 2m³ de broyat de bois gorgé d'eau de pluie et architecturé en forme de monticule recouvert de fleurs pour la cérémonie. Pour suivre la mise en place de ce projet : Le corps du défunt sera ainsi « métamorphosé »en - Un site a été créé, ainsi qu'une pétition pour humus en douze mois ; cette méthode exclut tous encourager la législation et montrer que beaucoup les risques en matière de salubrité publique et de personnes souhaitent avoir le choix de l'humugarantit une réelle protection de l'environnement. sation : www.humusation.org Au bout de douze mois, la famille reçoit un seau de ce « super compost » et surtout un petit plant d’arbre dont la graine est choisie préalablement par le défunt ou par la famille : arbre qui pourra être planté, soit dans l'espace de mémoire du jardinforêt avec une plaque commémorative, soit dans un jardin familial.

Légalisation du projet

:

En Belgique le projet est porté par la Fondation - Et un site avec une pétition sous forme d'ébauche d’utilité publique « MÉTAMORPHOSE afin de de testament ainsi que de nombreux articles intémourir ... puis donner la Vie», qui a déjà reçu ressants à méditer : bonne-eau-bonne-terre.eu/ l'approbation Royale et l'agrément du Ministère de la Justice de l'État belge. Elle pourra avoir une Ce retour à la Terre, simple et dépouillé, nous portée internationale... . La législation en Belgique a déjà laissé la possibilité parle de Poésie de la Vie, d’une troisième pratique funéraire en plus de l’inRetour à la Source humation et de la crémation. Sens de notre séjour sur la Terre ! Un centre de formation de tous les futurs Humuseurs sera créé dans le premier Jardin-Forêt de la MÉTAMORPHOSE.

Leur mission sera

Merci Josef, merci Francis !

:

- l’accueil des familles, Brigitte Baronnet

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Mine de sel de Marsal Il y a 2

500 ans, la vallée de la Seille, en Moselle, aujourd’hui paisible et champêtre, grouillait d’activité : une exposition locale qui s’ouvre mercredi retrace la vie du plus important centre d’exploitation du sel en Europe à l’époque celtique. Un débris de barre de fourneau par-ci, un fragment de cale de moule à sel par là : aux abords du village de Marsal, entre vergers et pâturages bucoliques, les déchets en terre cuite des anciens ateliers de sel de l’âge du Fer affleurent toujours, rougeâtres, en surface. « Les ateliers s'étendaient sur 10 km le long de

la Seille, en discontinu. Les accumulations de déchets de production forment des sortes de terrils dans le sol, jusqu'à 12 mètres de hauteur », explique Laurent Olivier, conservateur en

chef du patrimoine en charge du département d’archéologie celtique et gauloise au Musée d’Archéologie nationale de Saint-Germain-en-Laye. Le

volume total de ces déchets, appelés « briquetage », est estimé à environ 3,5 millions de mètres cube, « soit une fois et demi la pyramide de Khéops », souligne M. Olivier, qui dirige des fouilles à Marsal depuis 2001.

La

production se faisait à une échelle « quasi industrielle » dans la vallée, avec des milliers de tonnes de sel par an aux 6e et 5e siècles avant JC, puis entre 10 000 et 20 000 tonnes à l'époque gauloise, grâce à des techniques améliorées, selon l’archéologue. Entre 2 000 et 5 000 personnes y travaillaient en permanence, évalue-t-il. Le site est « un formidable livre ouvert » sur la société celte,

Des archéologues exhument des restes humains dans un ancien silo à grain, près d’une mine de sel celte, à Marsal, en Moselle, le 14 août 2014 (AFP/Fred Marvaux).

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mais aussi sur les conséquences environnementales d’une surexploitation industrielle, selon lui. Car le déboisement massif pour chauffer les fourneaux et l’accumulation des déchets dans la Seille ont engendré une forte érosion, rendant la zone marécageuse, peut-être dès l’époque romaine.

-

Secrets de squelettes -

L’exposition « L’or blanc des Celtes » au Musée

Quatre

de ces squelettes sont actuellement en cours d’analyse, révélant des bribes du mystère. “C’étaient des hommes qui ont eu une vie très dure : certains avaient des fractures aux mains, aux côtés, tantôt réparées, tantôt non. Tous les quatre avaient des déformations rares de la voûte plantaire, apparemment liées à des ports de charges très lourdes”, explique l’archéologue. La présence d’un enfant parmi les corps pourrait indiquer que leur rang social était héréditaire, selon lui. Et grâce aux taux de strontium comparés dans les dents et dans les os, on sait que deux d’entre eux étaient originaires de Marsal, deux autres non : des prisonniers de guerre ?

Départemental du Sel de Marsal, qui a vocation à devenir permanente, présente une centaine d’objets retrouvés dans ces poubelles de la protohistoire, ainsi que des prêts de musées d’Allemagne et de Hallstatt, en Autriche, célèbre pour sa mine de sel Tout reste encore ouvert ! de l’époque celtique

Dans

la vallée de la Seille, le sel provenait de sources d’eau saline. La saumure était portée à saturation, puis chauffée. Le voile de sel obtenu était versé dans des moules, des pots en terre poreuse, chauffés à leur tour pour former des pains à sel.

Dianann

De remarquables témoignages de cette activité ont été retrouvés: les restes d’un baquet à saumure en bois, un bout de corde tressée, des fragments d’une louche. Quelques bijoux aussi ont été retrouvés. Des parures féminines, comme un bracelet en bronze et un anneau en roche noire, mais aussi des objets venus de loin: de l’or, de l’ambre de la Baltique, des branches de corail de la Méditerranée, ou encore une délicate fibule grecque de Sicile... “Celui qui possédait le sel, indispensable à la conservation de la nourriture, était comme le roi du pétrole” et pouvait échanger sa production contre des produits exotiques et luxueux, rappelle Laurent Olivier.

Musée du Sel

Mais tous les sauniers n’étaient pas fortunés. La

Porte de France

découverte l’été dernier à Marsal de huit squelettes humains du 4e siècle avant JC, entassés sans cérémonie « comme des bêtes crevées », semble attester de l’existence d’une « caste » inférieure, affirme M. Olivier, même si d’autres scientifiques penchent pour une interprétation rituelle de ces dépôts de corps dans des silos à grains, déjà observés sur d’autres sites celtiques.

57 630 Marsal

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Informations

Tél. 03 87 35 01 50 Fax 03 87 35 01 59


Ar rannou

- La serie du Druide et de l’enfant

Selon La Villemarqué, l'Eglise a repris le système d'enseignement par questions et réponses récapitulatives inventé par les Druides, en substituant son propre Credo au Credo des antiques Celtes. C'est ce qu'il détaille sur huit longues pages de notes où il fait appel à César, Diogène Laërce, à la Myvyrian Archaeology of Wales, à Solin Polyhistor, à Procope, à Strabon, à Guillaume de Malesbury, au "Liber Landavensis" et autres ouvrages. Nous allons reprendre les Séries avec les remarques de La Villemarqué et l’étude effectuée par les Carnutes.

Tout beau, bel enfant du Druide ; réponds-moi Tout beau, bel enfant du Druide ; réponds-moi tout beau, que veux-tu que je chante ? Chante-moi la série du nombre un, jusqu’à ce que je l’apprenne aujourd’hui. Pas de série pour le nombre un : la Nécessité unique, le Trépas, père de la Douleur ; rien avant, rien de plus.

que veux-tu que je chante ? Chante-moi la série du nombre deux, jusqu’à ce que je l’apprenne aujourd’hui. Deux bœufs attelés à une coque ; ils tirent, ils vont expirer ; voyez la merveille !

D

D

Selon La Villemarqué il s’agit de l'unité cosmique Selon La Villemarqué il s’agit de déluge, avec les nécessaire identifiée au chagrin et à la mort.

Selon notre étude, le symbole du Un

représente le Tout, le principe absolu. Il est le commencement et la fin, comme si le commencement et la fin formaient un tout. Ce principe correspond au point au centre du cercle. - Le trépas (les trois pas nécessaires à la mort initiatique ou au cycle des incarnations : mort, oubli, renaissance). - Le début de tout, le big bang, quelque chose doit mourir pour qu’autre chose puisse naître. - La fin de tout, le big crash. Triade : Du principe de Fatalité et de Nécessité, découlent trois Calamités : Le Destin fatal. L'oubli des existences successives. La Mort, nécessaire aux renouvellements.

bœufs de Hu Gadarn et le crocodile (devenu coque). Bien que La Villemarqué cite les apocryphes Triades de la « Myvyrian Archeology », ces éléments pourraient appartenir à l'authentique tradition ancienne galloise. Le « Cambrian Quarterly Magazine » N° 13 de janvier 1832 note : Les « Uchain Banog », les bœufs aux grandes cornes, appartenaient à l'ancienne faune de Cambrie et se distinguaient par de puissantes ramures... Il n'est pas un lac dans la Principauté dont les riverains ne prétendent que c'est celui dont les « Uchain Banog » ont tiré « l’afanc », un autre terrible animal qu'on croit être le castor. Dans la triade de Caradawc, l'un des trois exploits de l'île de Bretagne est le « retrait du lac de l'Afanc par les bœufs de Hu Gadarn, pour que le lac cesse de déborder » (Ac Ychain Bannog Hu Gadarn a

lusgafant Afanc y llyn i dir ac ni thorres y llynn

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mwyach). « Avank » signifie « castor » en Breton. Une version des Vêpres citée par Gourvil d'après (Une version des « Vêpres » citée par Gourvil parle Brizeux porte effectivement « Trois royaumes de d'une vache rousse et d'une vache noire; une autre, Marzin ». de bœufs tirant la charrue sur le sillon avec rémis- Le commentaire de La Villemarqué et une note de sion.) bas de page nous apprennent que ce troisième serait la « 3ème sphère », celle des « béatiSelon notre étude, le symbole du Deux représente royaume tudes » dont parleraient les anciens textes gallois le duo, la dualité, le binaire. Le blanc et le noir, le « interprétés » par les tenants de la soi-disant jour et la nuit, le masculin et le féminin, le visible « Hérésie Néo-Druidique » (cf. encart, pageet l’invisible, le rythme. Gwenc'hlan). Nous avions identifié le personnage de Hu-Gadarn, L'équivalent dans la version Luzel, « Teir rouanez popularisé par les Triades de Iolo Morganwg, Mais er maendi/Perc'henn an tri Mab Herri » : « Trois pour compléter « Le sacrifice des bœufs aura servi reines dans le palais/propriété des trois fils (d') malgré tout, car le niveau des eaux baisse, permetHenri » n'est pas non plus dépourvu de mystère ! Il tant aux terres de réapparaître. Hu-Gadarn fonde est peut-être à rapprocher du vers 100 du « Dialoalors les institutions humaines, enseigne aux homgue entre Arthur et Guinclaff » (retrouvé en 1924 mes les liens qui les unissent et leur apprend la par F. Gourvil), « Herry map Herry, ha dou justice. » Baron da Herry » : « Henri, fils d'Henri et ses deux La merveille n’est pas la mort des bœufs, mais la barons ». Ce vers semble se rapporter aux trois rois fondation de l’humanité par leur sacrifice. anglais de la dynastie de Lancastre, Henri IV, Henri V et Henri VI, qui régnèrent de 1399 à 1461.

D

Tout beau, bel enfant du Druide ; réponds-moi que veux-tu que je chante ? Chante-moi la série du nombre trois, jusqu’à ce que je l’apprenne aujourd’hui. Il y a trois parties dans le monde : trois commencements et trois fins, pour l’homme comme pour le chêne. Trois royaumes de Merlin, pleins de fruits d’or, de fleurs brillantes, de petits enfants qui rient.

D Selon

La Villemarqué, les trois « sphères de l'existence » sont celles dont parle le barde gallois du 6ème siècle, Taliesin. En fait, les « Séries » parlent de « portions de ce monde-ci » -tri rann ar

bed-mañ-

Selon notre étude le symbole du Trois représente la naissance, la vie et la mort. Les grandes étapes de l’existence. La Triple Déesse, le triskel, le Tribann. Les trois parties dans le monde sont les trois royaumes (minéral, végétal, animal) faisant partie du cycle des incarnations (Je suis né 3 fois, dit Taliesin), chacune ayant un début et une fin. Trois âges de la vie : jeunesse/âge mûr/vieillesse. La fin pouvant être aussi comprise comme finalité. Le chêne signifie-t-il l’arbre ou le Druide ? Les trois royaumes de Merlin pourraient représenter le monde d’en bas, le monde du milieu et le monde d’en haut (à l’image de l’arbre) , ou le 3ème cercle des traditions galloises, le cercle des béatitudes, ce qui pourrait expliquer les fruits d’or (pommes d’Avallon) et les fleurs. Les trois royaumes pourraient aussi représenter les Sidhs : A l'ouest, au-delà de l'horizon de la mer, dans des îles magnifiques. Sous la mer, dans les lacs et les rivières où se situent de somptueux palais de cristal aux entrées mystérieuses. Sous les collines et les tertres.

Les « Trois royaumes de Merlin/(Pleins de) fruits d'or de fleurs luisantes » : « Teir rouantelez Varzhin/Frouezh melen ha bleuñv lirzin. » Alors que le fameux enchanteur était appelé « Merlin » dans la 1ère édition du Barzhaz (1839), à partir de l'édition de 1845, cette appellation est remplacée par la forme « Marzhin », dans le texte breton ( cf. Merlin le Barde). Page 44

Dianann A suivre …


Dicton breton

Triades

Mar-d-a ann arne d’ar menez, Kemer da freill ha kerz er mez ; Euz ar menez mar-d-a d’ar mor, Sarr war da gein prenestr ha dor.

Pour parvenir à l'état d'Homme, il est trois nécessités Acquérir la Science Acquérir l'Amour Acquérir la Force morale.

Si l’orage s’avance du côté de la montagne, Prends ton fléau et va dehors ; Si de la montagne vers la mer il se porte, Ferme sur toi fenêtre et porte.

Mots croises celtiques

Vertical Horizontal

1. Attribut du Dagda 2. Totale obscurité 3. Août dans le calendrier celtique de R.Graves 4. En 52 avant notre ère 6. Troisième chaudron de poésie 7. Roue d’argent 9. Invention celte 10. Élément de Lugnasad

5. Trigaranus 8. Assemblée de Lug 11. Fille de Mag Mor 12. Fou des bois 13. Beliocandos 14. Transformée en hibou

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Le Souffle de l’Ourse

Les Et oiles d ’Artio Calendrie

Calendrier des célébrations en forêt de Mormal (59) :

r des célé

brations e n Alsace Lughnasa : dh le 2 ao ût Alban Elf ed le 20 s eptembre Samonio s le 1 er no vembre

Lugnasad le 26 juillet Alban Elfed 13 septembre Samain le 1er novembre

Contact e toiles.a

Contact aset-minerva@hotmail.fr

rtio@ ioan.artio @orange. gmail.com ou fr

Lou e l a g Bu :

La Clairiere des Carnutes

on s s célébrati e d r ie r intin d Calen urit / Qu e m u e P t le 2 aoû Lugnasad n (22) à Mahalo e r b m te ed 27 sep Alban Elf (29) il.com

Calendrier des célébrations : Lugnasad le 2 août au Luteau (28) Alban Elfed 18/20 septembre à la FosseArthour (61)

s@gmai ti l e .c s o c a at Contact c

Samain le 7 novembre aux Prés de Garnes (78)

Contact saille@carnutes.com

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Les Carnutes Bretons

qu’au dolmen de Kerledan (en forme de champignon), appelé aussi ‘En Tri Men’ (les trois pierres).

L’allumage Le

week-end du 19 au 21 Juin 2015 a vu les Carnutes se réunir en Bretagne, pour des retrouvailles fort sympathiques. Au programme : une jolie marche à travers plusieurs sites mégalithiques de première importance sur la commune de Moustoirac. Nous tenons à remercier Den ar C’hoad (Morbihan) - qui fin connaisseur des lieux - s’était joint à nous, à cette occasion. Des pierres à cupules de toute beauté s’offrent à notre regard, dans les sous-bois paisibles et tranquilles, ainsi que des mégalithes, dont celui de Kermarquer, qui est le plus haut du Morbihan (après celui de Locmariaquer, hélas aujourd’hui brisé en trois morceaux). Il restait encore à visiter la pierre ‘Déesse-Mère’ du Cosquero - qui n’étant pas spécialement indiquée sur les panneaux ou les cartes - méritait un guide, en la personne de Philippe (Kaerijin), habitant les environs. La fin d’après-midi fut consacrée à l’intronisation officielle de ce dernier parmi les Carnutes, avec un passage obligé sous le dolmen du Roh-Du ! La soirée s’acheva dans une crêperie, à Camors.

des feux de la nouvelle clairière des Carnutes-BZH se fit en l’absence involontaire de Dianann, mais nous avons senti son accompagnement tout au long du rite, qui s’est d’ailleurs poursuivi par la cérémonie d’Alban Hefin, avec le concours de Myrdhin et sa compagne, jouant de leurs harpes mélodieuses ! Les lieux avec son gardien ‘Telenn Du’ -qui s’est manifesté à l’occasionainsi que la célébration, ont laissé de belles impressions dans les esprits des participants. La journée s’est achevée par un pique-nique dans le jardin de Sul…

Le dimanche, nous partîmes pour Gestel, tout près de Guidel (qui fut le point de rendez-vous)… jusPage 48

Kaerijin

Ebrel, Claude, Sul, Fearn, Kaerijin


Les Etoiles d’Artio

Clairiere des Carnutes

Contact : Ioan etoiles.artio@gmail.com

Contact : Dianann saille@carnutes.com

Le Souffle de l’ourse

Bugale Lou

Contact : Minerva lesouffledelourse@gmail.com

Contact : Den Ar C'Hoat catacos.celtis@gmail.com

Carnutes - Breizh Contact : Kaerijin philippelemarechal@hotmail.com

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Menhir - Lugnasad 2015  
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