Issuu on Google+

N°7 - Mars 2007 - www.isubway.fr

L A I C SPE OPE EUR

News - Médias - Culture - Identités

MAGAZINE

BAYROU

«Les Français n’ont pas dit non à l’Europe !»

- L’homme - Son projet - Interview


iSubway Magazine N째 7




Mars/Avril 2007

L’EDITORIAL DE

BIXENTE BARNETCHE

L limite ! L’Europe vient de fêter son

a galanterie française n’a plus de

50ème anniversaire mais nos candidats à la présidentielle ont eu la délicatesse de ne pas le faire remarquer. Il faut dire que depuis le 29 mai 2005, l’honorable dame est convalescente et nos french doctors de candidats ne se précipitent pas vraiment à son chevet. Pis, pour éviter définitivement le sujet, Nicolas Sarkozy recentra même le débat sur l’identité nationale. Flirtant dangereusement avec

du Oui… François Bayrou, pourtant réputé comme un européiste convaincu et adoubé comme tel par Romano Prodi, n’est pas plus loquace sur le sujet, axant sa campagne sur l’union… nationale. Pourquoi un tel silence sur l’Europe ? Notre pays, fondateur de l’Union, se comporte-t-il en père jaloux qui observe, résigné, sa fille s’acoquiner avec près d’une trentaine d’amoureux ? Désormais incapable d’influer conséquemment sur

«Pourquoi un tel silence sur l’Europe ?» l’extrême droite, il alla même jusqu’à proposer un ministère de l’immigration et de l’identité nationale ; rappela que la France [n’avait] jamais cédé à la tentation totalitaire, [n’avait] jamais exterminé un peuple, [n’avait] pas inventé la solution finale [et n’avait] pas commis de crime contre l’humanité, ni de génocide à l’inverse de nos voisins allemands quitte à tendre les relations diplomatiques avec notre principal allié ; avant de finir par évoquer des gènes de la pédophilie ou du suicide. A ce niveau-là, ce n’est plus du flirt, mais carrément la copulation. Le même malaise est perceptible avec Ségolène Royal pour l’évocation des questions européennes, qu’elle relègue d’ailleurs au milieu de son septième et dernier pilier du pacte présidentiel. Il est vrai que le sujet est délicat, sa candidature rassemblant derrière elle autant de partisans du Non au référendum que

son futur, il se contenterait de regarder s’éloigner, déçu, une belle promesse d’avenir pour finalement se préoccuper de ses vieux jours… Pour les citoyens, la mariée est certes belle mais sa dot est ressentie plus lourdement qu’ils ne le souhaiteraient. Ainsi, l’Europe n’est-elle plus un sujet porteur pour une campagne présidentielle. Comme le rappelle François Bayrou dans son interview pour iSubway, les français n’ont pas dit non à l’Europe. S’ils attendent préalablement les candidats sur d’autres sujets, les convictions européennes semblent être une qualité requise pour le futur Président. L’Europe peut à nouveau être porteuse d’espoir, à condition de rallumer l’étincelle qui ferait briller les étoiles du drapeau. Pour un jour, peutêtre, le brandir aux fenêtres chaque 25 mars ?




iSubway Magazine N° 7

EN COUVERTURE

Tous à poil ! P.66

Quel média pour demain

Célibattantes

P.48

contre métrosexuels P.80 p.72

SOMMAIRE



GÉNÉRAL

NEWS

Bayrou - L’élan béarnais-----------------------8 Entre ruralité et modernité------------------10 Un engagement au coeur de la campagne-------------------------------11 Interview de François Bayrou--------------12 Quel programme de rupture pour un centriste ?---------------16

Grand Jury Européen : une mise au grill salutaire-----------------22 L’Europe, l’oubliée de la présidentielle ?-------------24 Les limites du référendum pan-européen-------------------26 Interview de Fabien de Sans-Nicolas-----28 Le testament politique de Chirac--------30 CPE : 1 an après----------------------------------31 Une loi pas près d’être consommée----32 Les expulsions à tout prix-------------------34 Le malaise des noirs en France---------36 Eramus : la rançon de la gloire-----------38 Ca chauffe sur la planète !----------------39 Climat : l’heure est au bilant---------------42 Les plans du Cinq majeur-------------------44 Un rugby passionnant en Pro D2-------45


Mars/Avril 2007

Interview de François Bayrou P.12 MÉDIAS

CULTURE

IDENTITÉS

Quels médias pour demain ?---------------48 La télévision du futur----------------------50 La radio à l’heure du numérique----51 Qui se cache derrière Nonce Paolini ?--54 50 ans d’émissions politiques------55 La presse écrite en crise-----------58 L’Europe de l’Est, nouvel eldorado---60 L’eurosphère en marche-----------------62 Mission Président : pourquoi pas vous ?-63

Tous à poil !------------------------------------66 Les musiciens et le métro-----------72 Sim-Kool : découverte d’un artiste aux multiples facettes--------------74 Et le prix est attribué à...--------------76 >> Cinéma-----------------------------------------77 >> Musique----------------------------------------78 >> Parodies----------------------------------------79

Célibattantes contre Métrosexuels : la guerre des sexes n’aura pas lieu---80 Le dernier métrosapiens--------------------86 La Roumanie--------------------------------------88 Présidentielles 1995 – Mangez des pommes-------------------------93 Cahier Critiques----------------------------------97




Directeur de la publication : Bixente Barnetche b.barnetche@isubway.fr Rédacteur en chef News : Romain Amaro r.amaro@isubway.fr Rédacteur en chef Médias : Pierre-Antoine Pelle pa.pelle@isubway.fr Directeur Artisitque : Jimmy Roura j.roura@isubway.fr http://jim.lion.bleublog.ch Rédaction : Romain Amaro, Fanny Berrebi, Olivier Beuscart, Zahra Boucha, François Boulogne, Marko Butic, Pierre Catalan, Fabien Cazenave, Benoît Daragon, Quitterie Delmas, Vincent Do Carmo, Claire Fenez, Mathieu Galard, Pauline Gessant, Benjamin Joyeux, Fabien Marianne, Henri Moreigne, Adam Plon, Pierre-Antoine Pelle, Cédric Pusiney, Mathieu Rembart, Dominika Rutkowska, Gilles Simon Dessins : Philippe Tastet

Une publication de l’Association iSubway. Président : Bixente Barnetche b.barnetche@isubway.fr Trésorière : Zahra Boucha z.boucha@isubway.fr Secrétaire : Claire Fenez c.fenez@isubway.fr

PARTENAIRES Le Taurillon est le webzine des Jeunes Européens France, qui s’est créé à la suite du référendum français de 2005. Nous voulons abordé l’actualité européenne selon une grille de lecture eurocritique pour défendre notre vision de l’Europe Celle-ci s’inscrit dans la poursuite de la construction européenne pour aller vers une Europe politique et fédérale. Nous atteignons aujourd’hui la barre des plus de 30.000 visiteurs par mois.


Mars/Avril 2007

LE DESSIN

PAR

Philippe TASTET




iSubway Magazine N° 7

COVER

Après une impressionnante progression dans les sondages qui l’a vu augmenter de 6 à 24%, François Bayrou a vu sa montée stoppée avant de redescendre ou stagner. Le PS et l’UMP ont cru le « moment Bayrou » fini, or voilà que désormais le candidat centriste remonte légèrement alors que Ségolène Royal chute. Le Béarnais saura-t-il et surtout, pourra-t-il, profiter de ce nouvel élan pour être porté jusqu’au second tour où il rêve d’affronter Nicolas Sarkozy ? Quelle que soit l’issue, le leader de l’UDF aura réussi son coup et marqué la campagne.

BAYROU L’élan béarnais




Mars/Avril 2007

COVER




iSubway Magazine N° 7

COVER

L

a ruralité, ses origines paysannes béarnaises, François Bayrou ne les renie pas, il les revendique. De son pays le Béarn, de Bordères son village de trois cents habitants, le candidat de l’UDF est fier. Loin du parisianisme bon teint, c’est de ses terres natales, au pied des Pyrénées, en mettant en avant sa ruralité, qu’il a officiellement lancé «l’aventure» des présidentielles. Impossible de comprendre l’homme sans comprendre son attachement à son terroir. «J’aime la terre. J’aime les champs et j’aime ce métier-là. Chaque semaine, je vais me promener dans les champs. Je conduis mon tracteur. J’élève avec passion les chevaux dont je m’occupe. C’est une part de mon équilibre.» La ferme, ses bruits, ses odeurs, François Bayrou les a toujours connus. Ses parents avaient une petite exploitation de 10 hectares de polyculture-élevage avec maïs et tabac. Sa jeunesse s’y déroule dans les années 1950 et 1960. Il vit une enfance comme nul ne pourrait l’imaginer aujourd’hui, apprenant à nager dans la rivière, gardant les vaches, au sens propre, avant les clôtures électriques, bâton à la main. Ces années forgent son caractère et lui font découvrir la solidarité. A la ferme, la vie n’est pas facile. La participation de toute la famille est indispensable pour faire tourner l’exploitation. Dans ce paysage de carte postale sur fond de Pyrénées, le petit François apprend l’essentiel, en particulier l’histoire, en chargeant les sacs de maïs avec son père Calixte.

La soif d’apprendre Son père déjà n’est pas un paysan ordinaire. C’est un érudit qui lui transmet avec le savoir, la soif d’apprendre. Pourtant, si son père est un homme d’une grande culture, son statut social reste celui d’un paysan, une catégorie alors méprisée par le reste de la société, notamment les pouvoirs publics. Le jeune Bayrou ne l’oubliera pas. Il pressent la nécessité pour ces catégories mésestimées de disposer de porte-drapeau. Ce sera lui. Mais, sa jeunesse ce n’est pas seulement la ferme. C’est aussi l’école : «J’ai découvert à l’école quelque chose qui a changé ma vie : l’amour de la lecture. A partir du moment où j’ai su lire — disons, six ans — j’ai toujours cherché mon évasion dans les livres. L’institutrice était une maîtresse comme à l’époque, avec ce qu’il faut de distance et de respect. C’était formidable.» L’élève bouillonne d’intelligence. Son esprit déborde de mots, il bégaie. Un handicap qu’il vaincra seul, quelques années plus tard, par sa seule volonté. Un «exploit» qui, allié à

10

Entre ruralité et modernité Henry Moreigne

Difficile de lui échapper. Celui qui, il y a encore quelques mois dénonçait avec véhémence le manque d’objectivité et le silence des médias à son égard est entre temps devenu leur chouchou. Omniprésent, il est partout, répondant à interview sur interview. La Bayroumania bat son plein, les sondages frémissent et en font le potentiel troisième homme. Pourtant si une place l’intéresse c’est celle de premier. François Bayrou a de l’ambition et croit fermement en son destin fusse au prix de quitter ses Pyrénées pour le palais de l’Elysée. Portrait d’un provincial qui rêve de succès et de changer la France. son érudition, lui vaudra l’estime de François Mitterrand. Le Président lui prédit, diton, une destinée de premier plan. A la sortie de l’adolescence, il veut un métier qui lui garantisse une liberté à laquelle il a goûté et qu’il juge précieuse. Il sera donc professeur de lettres. A 23 ans, il prépare l’agrégation à l’Université de Bordeaux. Son père s’inquiète de savoir, question de transmission de la terre si, une fois diplômé, il reviendra à la ferme. Il ne le saura pas. Un jour d’avril 1974, il chute du haut d’une remorque chargée de bottes de foin et se tue sur le coup. Pour lui, il reviendra donc. Un choix qu’il n’a jamais regretté et dont il conserve désormais une grande fierté. François Bayrou s’installe au village avec sa femme et ses deux filles. Pendant plus de dix ans, il mène une double vie. Enseignant au lycée voisin le jour, il assure le soir et pendant ses congés l’exploitation de la propriété avec sa mère, le temps qu’elle atteigne ses 65 ans. François Bayrou est alors proche des mouvements non-violents. En 1982, à 30 ans, il devient Conseiller Général. Il est chrétien de centre droit, comme son père. Sa carrière et son ascension politiques sont lancées. Il ferraille contre l’inamovible Maire socialiste de Pau, le regretté Andrè Labarrère. Quatre ans plus tard, il

est élu député des Pyrénées-Atlantique sous étiquette centriste. L’expérience du pouvoir En 1993, c’est la consécration. Il prend le portefeuille de ministre de l’Education Nationale du gouvernement Balladur contraint à cohabiter avec le Président Mitterrand. Suit le premier gouvernement Juppé. Ses fonctions ministérielles sont étendues à l’enseignement supérieur, la recherche et la formation professionnelle. Enivré par le pouvoir, isolé du terrain il va commettre sa première erreur politique d’importance. Sous la pression des parlementaires de droite, il tente de faire adopter une réforme qui vise à intégrer au budget de l’État les investissements et la construction des établissements d’enseignement confessionnel, et à intégrer à l’Éducation nationale les enseignants du privé. La tentative de passage en force est un échec. Le 24 janvier 1994, une manifestation de défense de l’école laïque rassemble un million de Français. François Bayrou retiendra la leçon, on n’impose pas les réformes. La victoire de la gauche plurielle aux élections de 1997 le renvoie sur les bancs de l’Assemblée Nationale. Entre temps, le Béarnais a compris, à l’image de François Mitterrand, que son avenir politique passe par la conquête d’un parti.


Mars/Avril 2007

COVER

En 1994, il est élu président du CDS qu’il fait fusionner avec le Parti social-démocrate pour créer Force Démocrate en 1995. De là, il s’empare en 1998 de l’UDF qui fédère alors différents partis du centre. En 1998, la formation est rebaptisée Nouvelle UDF après le départ d’Alain Madelin et de Démocratie Libérale. En 2002, François Bayrou se présente comme candidat de l’UDF à l’élection présidentielle. Avec 6,84% il obtient un score en recul par rapport aux 9,28% enregistrés aux élections européennes de 1999. Pire, au lendemain de la pré-

sidentielle, François Bayrou se retrouve à la tête d’une formation très affaiblie par la création de l’UMP à laquelle se sont ralliés les députés UDF dans leur majorité. Il sait alors qu’il joue sa survie politique. Mais, il ne plie pas. Avec 30 députés élus aux élections législatives de 2002, il parvient à maintenir un groupe parlementaire. Son positionnement est délicat. Ses amis d’hier ne supportent pas son indépendance. La gauche le raille et l’amalgame à la gestion de droite. Ce sera donc seul contre tous et avec panache : le 16 mai 2006 il franchit le rubicon en votant, avec la gauche, une motion de censure contre le gouvernement Villepin. Sur cette vision moderne de la politique, du ni gauche ni droite, il se présente aux présidentielles de 2007 comme le candidat de l’anti-système. Celui qui rejette le bipartisme et son mode de gestion clanique du pouvoir qui permet aux deux grandes formations politiques dominantes de confisquer tous les postes. Il veut, à l’image d’Angela Merkel, la Chancelière Allemande, incarner

l’unité nationale. Un aboutissement idéologique somme toute naturel pour un homme de lettres auteur d’une des plus belles et des plus vendues biographies d’Henri IV. Ce bon roi Henri, roi de France et de Navarre, qui réussit à mettre un terme à ce qui semblait là aussi impossible, la guerre entre catholiques et protestants. Un souverain dont il aime reprendre la maxime : «Le Béarnais est pauvre mais il ne baisse pas la tête». En octobre 2006, François Bayrou affirme sa conviction dans le livre « Au nom du tiers état » : « Gouvernants et puissants croient que le peuple français est sans importance. Ils se trompent. La démocratie, c’est la condition du développement, développement économique, développement humain. Le peuple français attend qu’on le prenne au sérieux et qu’on lui donne la place qui est la sienne en démocratie : la première. Verrouilleurs et démagogues contre démocrates, le combat commence et il va falloir le livrer. J’y suis résolu ».

Un engagement au coeur de la campagne Quitterie Delmas Révélation internet de cette présidentielle, Quitterie Delmas représente le visage de l’UDF dans la blogosphère. Familière des bloggeurs, elle nous livre son témoignage pour éclairer sur son rôle dans la campagne.

U c’est ne

campagne présidentielle, presque du 24/24, 7/7. Quelques heures de sommeil pour reprendre des forces mais c’est vrai que ça ne s’arrête jamais Une aventure humaine. Une aventure d’équipe autour d’un Homme qui va accomplir son destin. Une ère nouvelle de la politique à construire pour une génération qui l’accompagne et qui le rejoint chaque jour. La journée, je travaille beaucoup sur Internet dans l’équipe qui a monté www.bayrou.fr et qui a eu le plaisir de fêter son million de visiteurs. En ce qui me concerne je m’occupe plus de la blogosphère. Notre petite cellule accompagne les sympathisants et militants qui soutiennent François Bayrou à monter leur blog, à l’animer. J¹entretiens aussi des liens étroits avec

ce qu’on appelle aujourd’hui le 5ème pouvoir, qui sont toutes les personnes actrices de la toile, et qui sont les précurseurs d’une autre forme de politique : la politique collaborative, la synergie entre les forces vives de notre pays. Mon temps libre, je le passe à incarner moi-même la vision de François Bayrou sur mon propre blog, ou sur le terrain, dans des marchés, lors de réunions publiques ou dans les médias. Ces différentes actions me procurent un bonheur immense de voir que mes concitoyens sont passionnés comme jamais par les enjeux cruciaux de cette année. De manière virtuelle ou physique, nous avons enfin compris que seule notre action pouvait avoir un impact sur le spectacle désolant de ces dernières années. Toutes couleurs

politiques confondues, nous nous rencontrons, nous dépassons enfin les frontières partisanes pour construire l’avenir. Je suis très fière d’être aux côtés de l’homme qui nous ouvre une ère politique nouvelle. Je vois chaque jour des énergies fabuleuses nous rejoindre. Avec François Bayrou, c’est une génération toute entière qui se réveille, qui souhaite être acteur à part entière.

11


iSubway Magazine N° 7

COVER

« Je suis profondément révolutionnaire ! » Interview de François Bayrou Propos recueillis par Bixente BARNETCHE & Benoît DARAGON 50 ans d’Union Européenne, et pourtant les candidats abordent mollement le sujet. Récemment, Romano Prodi avait défini François Bayrou comme le plus européenn parmi les prétendants à la Présidence de la République. Pour fêter le traité de Rome, iSubway s’est du coup adressé au leader de l’UDF pour lui parler d’Europe, mais aussi médias, dette et politique bien-sûr...

L

e 25 mars, l’Union Européenne a fêté le 50ème anniversaire du traité de Rome pourtant l’évènement fut peu audible en France. Pensez-vous que l’Europe ait sa place dans la campagne ou qu’elle soit taboue après la victoire du non au référendum ? Le non au référendum a tétanisé certains partisans du oui, les plus frileux. Ceux qui pensent qu’être européen, c’est le passage obligé pour être un candidat crédible à l’élection présidentielle. Mais les européens convaincus dont je suis, n’ont pas cette réticence, ils ont une conviction intime. Sans l’Europe, la France n’a pas les moyens de peser sur les choix du monde, sur la mondialisation. Il faut donc dire aux Français que l’Europe, ce n’est pas le sujet dont on parle quand on a épuisé tous les autres, c’est un sujet majeur qui engage notre avenir commun.   Quel texte la France pourrait-elle alors proposer pour relancer la construction européenne et cet avenir commun ? Nous avons besoin d’un texte clair et concis sur les institutions de l’Europe. Tout simplement parce que l’Union européenne ne peut pas fonctionner avec 27 pays alors même qu’elle fonctionnait déjà difficilement avec 15. Un texte qui place la démocratie au cœur de son  fonctionnement et qui mette également l’accent sur l’efficacité du processus de décision : élargissement de la procédure de codécision Parlement-Conseil, double majorité Etats-populations au sein du Conseil des ministres, limitation du nombre des commissaires européens, remise en cause de la rotation accélérée de la présidence du Conseil.

12

Vous indiquez dans votre programme que ce nouveau projet de Constitution devra être soumis aux français par la voie référendaire. Organiser un nouveau référendum 4 ans après le non des français n’est-il pas risqué ? Les Français n’ont pas dit non à l’Europe. Ils ont dit non à un texte confus où tout était mélangé, qui manquait de vision et de clarté. Parce qu’ils n’y ont pas trouvé la raison d’être du projet européen face au monde. Ils n’y ont pas trouvé la réponse à la question des frontières de l’Europe, à commencer par la Turquie. La responsabilité des politiques dans ce désenchantement est considérable ! Avant de soumettre aux Français un nouveau référendum, il faudra leur parler vraiment des atouts de l‘Europe pour notre pays. Il faudra faire l’inverse d’aujourd’hui où Bruxelles est montrée du doigt comme si la France n’avait pas son mot à dire dans les décisions qui y sont prises. Cette hypocrisie est insupportable !   Mais comment imposer un nouveau texte aux pays ayant voté oui ? La France n’est-elle pas isolée pour remettre l’Union en marche ? C’est une difficulté que je n’ignore pas. Mais l’Europe ne peut se faire sans la France. Aujourd’hui le processus est bloqué, les pays qui ont déjà dit oui le savent pertinemment. Lors de leur réunion à Madrid, le 26 janvier dernier, ils ont rappelé que l’Europe a besoin d’une réforme en profondeur de ses institutions. Je crois que l’on peut s’entendre là-dessus sans opposer les uns aux autres. Nous avons besoin d’une conférence intergouvernementale qui rédigerait un texte plus


Mars/Avril 2007

COVER

simple, plus clair et compréhensible par tous. Pour cela, il faut distinguer les dispositions institutionnelles et démocratiques, et ce qui relève des traités.   Vous critiquez depuis des mois le parti pris des médias pour Nicolas Sarkozy et Ségolène Royal. Aujourd’hui, les mêmes vous présentent comme le troisième homme. Finalement, vous n’êtes pas le plus mal loti… Je constate un mieux et je constate que les Français sont d’accord avec moi.  Mais je vous fais observer qu’il a fallu pour cela que je ferraille dur ! Je ne l’ai pas fait pour moi, je l’ai fait pour que les médias respectent le pluralisme et sortent de cette pensée unique qui voudrait que les Français n’aient que deux choix possibles. A chaque élection, les Français disent clairement qu’ils ne votent pas majoritairement pour les deux partis prétendument dominants. En 2002, au premier tour, Chirac et Jospin faisaient 36% des voix ! Si je n’avais pas protesté les médias auraient continué à nous faire le coup du binaire !  

Ce manque de pluralisme, vous l’avez également critiqué parmi les membres du CSA. Pouvez-vous nous assurer que, si vous êtes élu, jamais Alain Duhamel ne sera nommé au CSA ? Ce que je critique c’est l’avalanche de nominations qui tombent, conseil des ministres après conseil des ministres. Je n’ai rien contre les hommes, je ne remets pas en cause leur compétence, mais quand ces nominations vont toutes dans le même sens, je ne peux m’empêcher de penser qu’il y a du copinage et du remerciement pour service rendu. Je propose que ces nominations soient confirmées par un vote solennel du Parlement. Dans ce cadre, je suis certain qu’Alain Duhamel dont on connaît les compétences et la probité, emportera les suffrages.   Face aux liens entre les grands groupes industriels, l’Etat et les médias, vous proposez une loi pour assurer une stricte séparation. Comment cela se mettrait-il en œuvre concrètement ? N’est-ce pas courir le risque de voir des grands médias passer dans des mains étrangères ? Concrètement, les entreprises dont l’activité dépend des commandes de l’Etat pour plus de 20% de leur chiffre d’affaires, ne pourront détenir directement ou indirectement plus de 3% du capital ou des droits de vote d’un média. Enfin, j’observe que les pays européens qui nous entourent, possèdent de grands médias indépendants qui ne sont aucunement menacés de passer sous contrôle étranger.   Vos adversaires lancent des promesses aux coûts exorbitants. La dette est votre cheval de bataille et vous promettez un programme qui ne coûte rien. Quelle est votre recette ? Depuis Raymond Barre, le budget de la France n’est plus en équilibre ! Tous les jours, l’État dépense 20% de plus que ce qui rentre dans ses caisses : on a dépassé mille milliards d’euros de dette ; c’est insupportable. Il faut que nous diminuions ce déficit de près de moitié les trois premières années - donc de 20 milliards par an pour stabiliser durablement la dette. Il faut inscrire dans la Constitution l’interdiction pour un gouvernement de présenter un budget en déficit de fonctionnement. On doit exiger de l’administration un effort de productivité de 2 % par an pendant six à huit ans - c’est ce que font toutes les entreprises françaises. Cela entrera dans un plan décennal de réduction de la dette publique. Tous les engagements que je prends seront donc compensés.   Cette lutte contre le déficit de fonctionnement de l’Etat, ça ressemble à du Adam Smith…Vous êtes libéral ? Si vous voulez me faire dire que je défends le capital contre le travail vous vous trompez de bonhomme ! Mais si vous voulez me faire dire que je défends les valeurs libérales qui sont à la base de la révolution de 1789, alors oui, je les défends, comme la gauche du 19ème siècle le faisait avec ferveur parce que c’était le rempart contre la tyrannie et l’arbitraire. Je crois en effet que l’économie

13


iSubway Magazine N° 7

COVER

« A chaque élection, les Français disent clairement qu’ils ne votent pas majoritairement pour les deux partis prétendument dominants. Si je n’avais pas protesté les médias auraient continué à nous faire le coup du binaire ! » 14


Mars/Avril 2007

COVER

sociale de marché a fait plus pour le progrès de l’humanité que les régimes totalitaires qui ont failli détruire l’Europe au cours du siècle dernier. Et je dis « social » parce que le marché a besoin de règles pour défendre le plus faible contre le plus fort. C’est une évidence.   Vos propositions sur l’environnement ne paraissent pas très coûteuses… D’où viennent les fonds si ce n’est pas l’Etat qui soutient ce secteur ? Parce qu’elles s’inscrivent dans une vision à long terme et dans le cadre d’un contrat clair avec les Français. L’objectif de réduction de facteur 4 qui veut dire que la France s’engage à diviser par 4 les émissions de gaz à effet de serre à l’horizon 2050 réclame un changement profond de nos comportements. Un changement qu’il faut accompagner avec constance et régularité, avec des « préavis » clairement définis pour que les Français et les entreprises disposent d’une feuille de route qui accompagne la démarche collective. Petit à petit, par des évolutions régulières fiscalement soutenues, compensées par une augmentation progressive de la taxe carbone, l’objectif sera atteint et je l’espère, dépassé.   Vous parlez depuis longtemps, si vous êtes élu, de former un gouvernement d’union nationale. Dans notre numéro de janvier, Jean-Yves de Chaisemartin [NDLR : Président des Jeunes UDF] évoquait sa situation idéale : « Bayrou, Président et DSK, Premier Ministre. » C’est envisageable pour vous ? Je n’exclus aucune hypothèse. Ce que je crois, c’est que nous avons besoin, pour remettre la France sur les rails de la croissance, pour réformer ce qui ne va pas, de rassembler des femmes et des hommes artificiellement séparés par des clivages préhistoriques, qui pensent que l’intérêt général doit enfin l’emporter sur les calculs politiciens. Ce qui m’importe, c’est de sortir de l’immobilisme et de l’affrontement pour sortir le pays de la crise. A une très large majorité, les Français m’en donnent acte.   En quoi le « vote Bayrou » peut-il être un barrage à la présence de Le Pen au second tour de la présidentielle ? En 2002, le vote Le Pen a renforcé le système. Avec 82% des voix, Jacques Chirac s’est contenté de créer le parti unique et de faire comme si de rien n’était, comme si tout allait pour le mieux dans le meilleur des mondes. Cinq ans après, on constate que rien, sur le fond, n’a changé dans la vie quotidienne des Français. Le vrai changement c’est de voter utile, c’est choisir un homme et une équipe, c’est adhérer à un projet crédible, au cœur du champ républicain.  

Vous prônez la VIème République, le mot « résistance » revient régulièrement dans votre discours, vous en appelez au tiers état… Vous êtes bien candidat à la présidentielle ?? Ce n’est pas un poste qui a été occupé par beaucoup de « révolutionnaires »… La révolution ce n’est pas la caricature de la Terreur. La grande leçon de 1789 c’est l’abolition des privilèges, la Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen et la mise en œuvre, pour la première fois dans notre histoire, du régime représentatif qui veut dire que la souveraineté nationale appartient au peuple qui l’exerce par ses représentants. De ce point de vue, je suis profondément révolutionnaire, tout simplement parce que cette leçon a été désapprise ! La 6ème République, c’est le retour aux principes fondateurs, c’est la nécessité de défendre la démocratie, l’équilibre des pouvoirs, la responsabilité politique, les droits du Parlement contre les dérives du pouvoir absolu, secondé sur des forteresses financières et médiatiques. Le peuple Français est profondément méprisé, on ne l’écoute plus et quand viennent les élections, on lui promet sans compter tout et son contraire, on se moque profondément de lui. Et on voudrait que je m’abstienne de me révolter ! L’écrivain Pascal Quignard a dit une chose très juste sur la question politique. Il a dit qu’elle était unique : « prévoir le passé qui guette ». Nous en sommes là.

15


iSubway Magazine N° 7

COVER

Quel programme de rupture pour un centriste ? Mathieu GALLARD

P longtemps,

our la première fois depuis bien l’optimisme règne à l’UDF. Depuis le début du mois de février, les sondages montrent une nette embellie des intentions de vote pour François Bayrou, qui, avec jusqu’à 24% des voix au premier tour, inquiète sérieusement les deux candidats principaux. Pour celui qui, à la même époque, il y a 5 ans, affichait un lamentable 3%, on mesure l’étendue du chemin parcouru. Mais en temps de campagne électorale, de bons sondages ne peuvent durer que s’ils ne s’appuient sur un programme solide. Et François Bayrou, le nouveau « troisième homme » le sait bien, qui a dévoilé son programme économique et social le 23 février, devant un parterre de soixante journalistes, avant d’apporter certaines précisions dans une interview au Monde du 2 mars. Sous le nom de « social-économie », il a annoncé vouloir réunir à la fois le meilleur de la gauche et de la droite, le progrès social et la liberté d’entreprendre.

Agir à la marge Au cœur des priorités de François Bayrou : la dette, dont « les plus fragiles et les plus démunis sont les premières victimes». Soulignant que la charge de la dette de

16

Crédité de hauts scores dans les sondages qui l’ont amené dans le domaine des prétendants sérieux à la Présidence, François Bayrou doit désormais convaincre avec son propre programme pour susciter un vote d’adhésion. l’Etat (près de 1 200 milliards d’euros, soit les deux tiers du PIB) pèse pour près de 40 milliards dans la loi de finances pour 2007, il a estimé qu’elle ne « soutient plus la croissance, mais au contraire la freine ». Pour lui, les propositions du PS (augmentation des impôts) et de l’UMP (baisse des prélèvements obligatoires) sont illusoires. M. Bayrou préfère agir « à la marge », en proposant par exemple de « nettoyer les quelques 40 milliards d’euros que représentent les 300 niches fiscales » et de plafonner l’avantage fiscal dû au cumul des niches « à un montant fixé en pourcentage du revenu de chaque contribuable, avec un plafond de 8 000 euros ». Quant aux baisses d’impôt prévues par le candidat de l’UMP, François Bayrou les critique sévèrement : la proposition par Nicolas Sarkozy de mettre en place un bouclier fiscal à 50% du revenu « laisse échapper les gros poissons mais attrape les petits ». François Bayrou préfère nettement que la répartition des impôts se fasse sur une base élargie, quitte à en réduire les montants. Ainsi, l’impôt de solidarité sur la fortune (ISF) « a fait beaucoup de dégâts

». Estimant qu’une « nation qui accepte l’exil de ses citoyens les plus riches accepte de s’appauvrir »,  il n’en juge pas moins normal « que les plus fortunés acquittent une cotisation d’impôt supplémentaire au titre de la redistribution et de la solidarité ». Mais selon un procédé nettement différent à celui en vigueur aujourd’hui : « un prélèvement de seulement 1 pour 1000 sur les patrimoines au-dessus de 750 000 euros, rapporterait 3 milliards, à peu près l’équivalent de l’ISF aujourd’hui ! ». En bref, réduire l’impôt sur la fortune, mais l’étendre à plus de contribuables.

Le « moteur-entreprise » Au centre du projet présidentiel de François Bayrou, l’entreprise, qui est « le moteur de la social-économie ». Pour lui, le point faible de l’économie française réside dans un manque de considération chronique envers l’entreprise, alors que c’est elle qui fait « la santé, la richesse, l’emploi d’un pays ». Sur le modèle américain, il propose ainsi de mettre en place un « Small Business Act à la française », qui offrirait aux petites et


Mars/Avril 2007

COVER

moyennes entreprises une simplification des démarches administratives, fiscales et sociales, une protection fiscale et leur réserverait une part des marchés publics. De plus, la possibilité serait offerte à toute entreprise, sans discrimination de taille ou d’activité, de créer deux emplois sans charge pendant une durée de cinq ans. Cette mesure permettrait, selon l’UDF, de

 S’adapter aux évolutions de la société François Bayrou ne pousse pas l’audace jusqu’à promouvoir le mariage gay. Il n’en reste pas loin que des évolutions notables se font sentir. Il se dit ainsi favorable à l’instauration d’une « union civile », conclue à la mairie, et qui comporterait des droits équivalents à ceux du mariage.

premier des ministres », qui organise et coordonne, mais le chef du gouvernement est le Président. Deuxièmement, le Parlement doit être plus représentatif des citoyens, maître de son emploi du temps et indépendant du gouvernement. Les députés auraient un mandat unique, tandis que le Sénat serait réformé pour « exprimer la voix des collectivités locales ». A un

« Au coeur des priorités de François Bayrou : la dette, dont « les plus fragiles et les plus démunis sont les premières victimes. » Au centre du projet présidentiel de François Bayrou, l’entreprise, qui est « le moteur de la social-économie ». » créer 87 500 emplois par an, et 350 000 pendant la durée d’un mandat présidentiel. Ce n’est là qu’une des mesures qui, en agissant sur les entreprises, permettraient de résorber le chômage.  «Quand il s’agit de définir des priorités en matière économique, tout le monde parle de croissance, d’emploi, et, évidemment, à juste titre. Mais la croissance et l’emploi sont des résultantes : ce qui fait l’emploi, c’est l’entreprise. L’esprit d’entreprise et l’entrepreneur ». François Bayrou veut aussi transférer les charges sociales sur d’autres bases que le travail, parmi lesquelles « une cotisation sur la valeur ajoutée des entreprises, une hausse de la CSG, la TVA sociale, une taxe sur la consommation de carburants fossiles, une taxe sur les mouvements financiers ». En direction des jeunes, le candidat de l’UDF propose d’associer le premier contrat de travail et la formation professionnelle, la collectivité prenant en charge la part du salaire consacrée à la formation du débutant. Refusant le « modèle CNE », François Bayrou estime que « le contrat de travail normal doit être le CDI », car sa « mission n’est pas de répandre la précarité, ni pour le salarié, ni pour l’entreprise ». Il désire aussi mettre en place un service civique universel de six mois qui serait pris en compte dans la validation des acquis. En ce qui concerne les retraites, le programme de M. Bayrou vise à supprimer les régimes spéciaux et à instaurer un système de retraite par points. Il revendique comme principe l’égalité devant la retraite, avec la prise en compte de la pénibilité du travail dans le calcul des trimestres cotisés. Mais une telle réforme ne devrait être mise en place qu’à la suite d’un débat national et après sa validation par les Français, au moyen d’un référendum.

Notant que 300 000 enfants sont élevés par des couples homosexuels, il se dit disposé à ouvrir l’adoption simple aux homosexuels vivant en couple, mais refuse l’adoption plénière, qui reviendrait à « accepter qu’un enfant ait deux pères, ou deux mères, ce qui pose un problème ». Comme Ségolène Royal, François Bayrou propose de faire voter une loi-cadre sur les violences faites aux femmes, et plus particulièrement sur les violences conjugales. Sur l’environnement, M. Bayrou, qui est un des dix signataires du Pacte écologique de Nicolas Hulot, se prononce entre autre pour une «régulation du prix des énergies fossiles». Partisan d’une fiscalité écologique, il propose «une taxe carbone établie de façon progressive sur dix à quinze ans».

Refonder les institutions Comme la quasi-totalité des « petits candidats », une des priorités de François Bayrou serait d’instaurer une part de proportionnelle pour l’élection de l’Assemblée Nationale. Il désire aussi rendre le vote obligatoire, avec pour contrepartie la reconnaissance du vote blanc : « Dans un pays où l’école et l’assurance sociale sont obligatoires, la participation aux choix de la cité ne peut pas rester optionnelle ». M. Bayrou se dit aussi « plutôt favorable » au vote des étrangers lors des élections locales.

niveau plus local, François Bayrou désire fondre la région et le département en une seule collectivité.  Une troisième voie à la française ? François Bayrou, dont le discours repose sur une dénonciation du système partisan français, partagé entre un PS et une UMP hégémoniques sur leurs camps respectifs, se targue de prendre exemple sur nos voisins européens. La grande coalition allemande trouve grâce à ses yeux, tout comme la majorité parlementaire de Romano Prodi, qui va du centre-droit à la gauche radicale. Et quand on lui demande si son programme s’apparente à celui de la « troisième voie » de Tony Blair, M. Bayrou ne nie pas la comparaison. Reste à voir si la percée dans les sondages s’accentue, au point de menacer sérieusement Ségolène Royal ou Nicolas Sarkozy. Et surtout si, en imaginant que François Bayrou soit élu Président de la République au soir du 6 mai, il parviendrait à former un mois plus tard une majorité stable autour de son programme présidentiel. Il lui reste deux mois pour réussir son pari.

Mais il ne s’agit pas d’en rester à des réformes de façade. Le candidat de l’UDF s’engage à « refonder la République » autour de trois points. Premièrement, celui qui est élu doit être celui qui gouverne. C’est au Président de déterminer et de conduire la politique de la nation, et c’est au gouvernement de la mettre en œuvre. Le Premier ministre doit redevenir « le

17


LE BILLET D’HUMEUR DE

Romain Amaro

i je devais commenter les faits qui dominent l’actualité aujourd’hui, les élections présidentielles seraient LE sujet incontournable de ce billet d’humeur. Et pourtant, il y a bien des informations importantes, qui passent derrière ce rideau politique, comme si rien ne se passait en France hormis les meetings de Mme Royale ou les humeurs de François Bayrou (Ba-i-rou et non B-é-rou, sinon Monsieur pourrait se fâcher contre nous).

S

Qui aurait pensé que l’activité que chaque français pratique le plus dans sa vie serait à l’origine du suicide de quatre ouvriers en quatre mois ? Le travail ! Qui aurait pensé que l’activité que chaque français pratique le plus dans sa vie serait à l’origine du suicide de quatre ouvriers en quatre mois ? Trois dans l’usine Renault de Guyancourt et un dans celle de concurrent lui aussi français, Peugeot. Depuis le temps que ces travailleurs dénoncent les pressions insoutenables, le gouvernement a une nouvelle fois attendu des morts pour agir ! Taylorisme, Fordisme, Toyotisme, à chaque époque son organisation du travail. Pourquoi hésitons aujourd’hui à modifier en profondeur notre organisation du travail ? Les français se sentent mal, ne faudrait-il pas agir ?

A Ceci s’ajoute à un autre problème : les milliers de licenciements que connaît chaque mois notre pays. 1.500 chez Alcatel-Lucent, des milliers chez Airbus qui emploie 11.500 salariés en France sur quatre sites différents. Sans compter les familles meurtries sous la menace d’un licenciement chez Arena ou à Marseille dans l’entreprise de sucre St Louis. Certes on nous parle parfois de licenciements secs, comme pour Airbus, mais la pression du travail est bien là ! L’emploi est en crise, et seules les manifestations des principaux concernés et ces regrettables suicides le reflètent. Mais la situation internationale n’est pas meilleure qu’en France. La situation en Irak devient de plus en plus critique, et l’on peut se demander aujourd’hui comment Georges W.Bush va-t-il se sortir du bourbier irakien alors que tous ceux qui le soutenaient le laisse-tomber. Tony Blair a en effet annoncé qu’il ordonnait le retour progressif de ses troupes. La démission de Romano Prodi en Italie, marque le malaise dans lequel se trouve l’Italie aujourd’hui. Une politique étrangère rejetée et Berlusconi remonte au créneau. Des combats très loin d’être réglés...


iSubway Magazine N°7 ISubway

POLITIQUE

Dans une campagne rythmée par les questions d’immigration et d’identité nationale, l’Europe est la grande absente des débats. Depuis le référendum de 2005 qui a vu le non l’emporter, les politiques restent frileux et n’osent plus se prononcer trop ouvertement au sujet de l’Union Européenne. Pourtant, la France est attendue par les autres pays membres. Après avoir mis un coup de frein à l’aventure européenne, la France est considérée comme un pays moteur pouvant relancer un projet de Constitution. Les méthodes d’adoption divergent notamment (référendum ou Parlement), sans susciter malgré tout le débat…

La grande absente 20


Mars/Avril 2007

POLITIQUE

21


iSubway Magazine N°7 ISubway

POLITIQUE

Grand Jury Européen : une mise au grill salutaire Pierre Catalan a matinée a commencé par deux discours introductifs de Pierre Simon, président de la Chambre de Commerce et de l’Industrie de Paris, et Jacques Barrot, vice-président de la Commission qui ont parfaitement défini ce à quoi a servi ensuite, et va servir maintenant, le Grand Jury Européen des étudiants. Pierre Simon a rappelé que la construction européenne a eu deux grandes significations ; celle d’apporter la Paix entre les Européens, et celle d’apporter prospérité, et cohésion dans un continent désormais réconcilié et réuni. Il a rappelé que l’Europe déçoit les Français, parce qu’elle ressemble de moins en moins à la France, et parce qu’elle est de plus en plus le témoin d’un monde qui tourne plus vite que nous. Il a rappelé que le courage face à ce constat c’est la pédagogie, c’est l’exigence intellectuelle. Qu’aujourd’hui des étudiants pensent à interpeller les candidats pour leur faire prendre conscience de ces enjeux, c’est très salutaire.  Une campagne décevante Puis Jacques Barrot a complété, en souhaitant que cette matinée tire vers le haut une campagne décevante sur le sujet Européen. En rappelant qu’il était

L

22

Le Grand Jury Européen qui s’est tenu samedi matin a dégagé des lignes de débat pour la présidentielle, mais l’absence des candidats et la difficulté pour leurs représentants de s’engager en leurs noms a rendu l’exercice difficile... fort dangereux que désormais il y ait une jeunesse qui pense directement de façon globale, et une autre qui n’espère que du niveau national, en oubliant la force de l’Europe. Il y a certes des erreurs de l’Europe, des chantiers à compléter, il y a des consensus difficiles à digérer. Mais il y a surtout un horizon, et celui-ci n’admettra aucune faiblesse, ni aucune démagogie, c’est ce que sera l’Europe dans 50 ans. Celle que nous aurons construit. La Communauté n’est qu’une étape vers une gouvernance mondiale, qui devra soigner un monde difficile, en remédiant à la pauvreté dans le monde, en régulant la mondialisation. En gagnant des guerres mais surtout en conquérant des paix. La suite fut moins poétique, moins enthousiasmante. Ce fut Gilles Savary, Denis Badré et Michel Barnier, respectivement pour Ségolène Royal, François Bayrou et Nicolas Sarkozy, qui étaient venus avec le mandat de leur candidat de parler et s’engager en leur nom.

Du premier, l’on apprend des choses. On apprend l’engagement de Mme Royal d’engager un chantier de pédagogie de l’Europe par les responsables politiques Français. On remarque qu’il reconnaît humblement le double langage destructeur des politiques Français jusqu’à aujourd’hui sur le sujet Européen. Mais on entend que ce qui doit nous amener à désormais véritablement rompre avec ces anciennes façons de gérer les sujets Européens, c’est que l’opinion publique est entrée dans ce débat, et qu’elle compte y rester. Ségolène Royal, que veut-elle pour l’Europe, et pour le débat européen en France? Elle veut donner du sens à la construction de notre Communauté; en lançant un nouveau cycle Européen, sur l’environnement, en clarifiant le projet Européen par des preuves, des programmes concrets. Pour atteindre ces objectifs, il nous faut un bon traité, rassemblant tous les points de consensus du TCE, la partie I, mais aussi les 54 bases nouvelles de la partie III.


Mars/Avril 2007

POLITIQUE

  Un vrai projet de relance pour l’horizon 2009-2010 Du second, l’on comprend que l’Europe motive l’engagement de François Bayrou. Un diagnostic simple : la France a la dérive attend de l’aide de l’Europe, et l’Europe à l’arrêt attend un coup de manivelle de la France. L’idée de l’UDF c’est de réussir à sortir de cette double crise par le haut, par un sursaut du peuple Français, mais des peuples Européens en général. Par l’élaboration d’un nouveau traité ratifié par referendum, permettant de repartir de l’avant. Quitte à adopter un système d’Europe par cercles concentriques, pour créer une capacité d’entraînement. Un centre politique, une ceinture euro, une ceinture économique, une ceinture de partenariats privilégiés... Mais attention! Cercle concentrique, ça ne veut pas nécessairement dire que ce sera la France qui sera au centre ! Du troisième, on est placé devant deux alternatives face à un monde qui ne nous pose que des défis. Être solitaires ou bien être solidaires? Pour être solidaires, il nous faut mutualiser les ressources, les politiques, les dépenses... Et mutualiser, c’est sacrifier. Ce n’est qu’à cette condition que dans 20 ans, alors que les USA, l’Inde, la Chine ou la Russie règleront le monde, l’Europe pourra être un acteur de sagesse et de promotion de ce qui fait l’humanité. Barnier rappelle que dans le projet qu’il faut construire d’ici 2010, il nous faudra d’avantage de démocratie, davantage de connections entre Bruxelles et la France, pour éviter la couardise des responsables politiques. Il faudra reconnaître enfin qu’industrie, économie, monnaie et politique sont indissociables pour réussir. Pour travailler à 27, il faut réformer rapidement les institutions par un traité de consensus simplifié ratifié par voie parlementaire, pour ensuite travailler à un vrai projet de relance pour l’horizon 2009-2010, accepté directement par tous.   Comme un combat d’idées Il n’en reste pas moins que, mis sur le grill, on a eu l’impression que ces trois

Européens convaincus, tenant des propos presque fédéralistes, sont mal à l’aise de certaines positions de leur candidat. Gilles Savary est très évasif sur la méconnaissance manifeste de Ségolène Royal sur le contenu des Accords de Cotonou pour le co-développement. Il a du mal à défendre sa vision très Francofrançaise et très « PS » d’une harmonisation des droits sociaux par le haut, notamment via un SMIC Européen. Denis Badré a des problèmes à reconnaître la faiblesse de François Bayrou qui refuse la création d’une armée commune malgré l’ardent besoin que l’on en a. Il lui est difficile de justifier l’archaïsme de la vision de la PAC de son candidat, qui est un frein direct à la négociation viable d’un bon budget Européen. Face à la demande d’explication sur l’incohérence d’un directoire des 6 Grands et sur cette inqualifiable sortie de l’esprit Communautaire de Nicolas Sarkozy, Michel Barnier ne peut que tenter le bluff (« Nicolas Sarkozy n’a jamais prononcé ces mots! Sauf peut-être sur

des sujets ne concernant que son domaine particulier de ministre de l’intérieur... »). Il a aussi des difficultés à justifier le patriotisme économique emprunt de démagogie du candidat Sarkozy sur Alstom, Suez ou Airbus. Qu’il partage d’ailleurs, pour être tout à fait juste, avec l’ensemble de la classe politique Française... Au final, il y aura eu comme un combat d’idées. Une mise sur le grill salutaire qui aura eu le mérité de mettre en lumière des faiblesses, à défaut des les résoudre. Mais c’est notre regret, et c’est leur faute: Ségolène Royal a préféré se rendre au Congrès de l’Unef à Lille, François Bayrou a annulé son engagement pour se rendre à la Réunion, et Nicolas Sarkozy a eu un programme trop serré avec sa visite aux Antilles. Un jour d’anniversaire des 50 ans du traité de Rome, un tel abandon d’un événement de pédagogie Européenne, ça nous a fait mal. Mais rassurez-vous, Gilles Savary s’engage : désormais, les responsables politiques Français feront de la pédagogie sur le sujet Européen !

23


POLITIQUE

L’Europe, l’oubliée de la présidentielle ? Pauline Gessant, Présidente des Jeunes Européens - France

arce que l’Europe est partie prenante de la vie française, parce que le Président français est également notre représentant au sein du Conseil de l’Union européenne, l’Europe devrait être au cœur de la campagne présidentielle. L’Europe est ainsi présente dans notre vie quotidienne : l’euro en est un exemple très concret. Souvent décrié, l’Euro permet pourtant une certaine stabilité monétaire en Europe, là où se fait la majorité de nos échanges commerciaux. Il permet également de peser davantage face au dollar américain, de renforcer le pouvoir économique de nos entreprises, de voyager sans avoir à se soucier des taux de change… L’Europe en France, c’est aussi plus de 14 milliards d’euros (euros courants) qui seront attribués à la France pour 20072013 au seul titre de la politique régionale européenne. Par ailleurs plus de 80 % des lois françaises sont aujourd’hui d’origine communautaire. Ce constat implique donc que les questions

P

24

Dans quelques semaines, les français éliront leur Président de la République pour 5 ans. Parmi les thèmes de campagne, de nombreux sujets sont abordés : logement, environnement, jeunesse, immigration, économie … Pourtant un sujet essentiel est oublié par les candidats : l’Europe.

européennes ne soient plus isolées de la vie politique nationale. Malheureusement, aujourd’hui, seuls les partis extrémistes parlent d’Europe dans la campagne et souvent par opposition à l’idée même

De nombreux thèmes abordés dans le cadre de la campagne devraient l’être dans une optique européenne. Les questions énergétique et environnementale par exemple ne peuvent être traitées qu’à

De nombreux thèmes abordés dans le cadre de la campagne devraient l’être dans une optique européenne. Les questions énergétique et environnementale par exemple ne peuvent être traitées qu’à l’échelle européenne. d’Europe. Pourtant, aujourd’hui, face aux défis de la mondialisation, de la sécurité mondiale, de l’environnement, la France ne peut s’appréhender que par le prisme européen.

l’échelle européenne. Comment peser également dans la mondialisation, face aux Etats-Unis et aux puissances asiatiques émergentes, sans parler d’une seule voix, la voix européenne ? Il est donc essentiel


POLITIQUE

que les candidats à la Présidentielle parlent d’Europe et ce d’autant plus que le référendum de 2005 a révélé une fracture européenne entre les représentants politiques et une partie de la population qui connaît la tentation du repli national, tentation se traduisant par une suspicion vis-à-vis de l’Union européenne. Cette fracture ne se résoudra pas d’elle-même en abordant les questions européennes uniquement au moment d’un référendum (13 ans séparent le référendum sur le Traité de Maastricht en 1992,  et le Traité constitutionnel en 2005). Les hommes et femmes politiques français doivent se saisir de la problématique européenne. « La conspiration du silence » pour reprendre les termes de Pierre Lequillier, Président de la Délégation de l’Union européenne à l’Assemblée nationale, ne doit donc pas avoir lieu : l’Europe doit être un sujet incontournable de la campagne.   Un chef d’Etat, également représentant français au Conseil européen Si cette élection ne semble être qu’un évènement franco-français, il n’en est rien.  Tous les pays européens sont attentifs à la campagne  électorale. En effet, non seulement nous élirons notre Président, mais nous élirons également notre représentant au Conseil de l’Union

européenne. Nos candidats devraient donc clairement s’exprimer sur la vision qu’ils porteront  en ce qui concerne le budget, les frontières et  la réforme institutionnelle de l’Union européenne. Dans une Europe qui fonctionne encore sur un mode intergouvernemental, notamment au sein du Conseil européen, la France a une voix qui compte. Les priorités des candidats à la présidentielle devraient donc être clairement connues. De plus, la France porte aujourd’hui une lourde responsabilité envers nos voisins européens : elle a donné un coup d’arrêt au projet de constitution européenne alors que plus de la moitié des citoyens et pays européens l’ont ratifié. Nous avons arrêté le processus, nous devons proposer des solutions : la relance du processus constitutionnel européen doit ainsi être au cœur de la campagne présidentielle. Estil déjà trop tard ? La réunion de Madrid

présidentielle doit donc être l’occasion pour les candidats de définir clairement les options qu’ils entendent privilégier en matière de politique européenne. Les Français  sont d’ailleurs conscients de l’importance de l’Europe. Pour une nette majorité d’entre-eux, la construction européenne doit être un enjeu « important «  (57 %) voire « tout à fait prioritaire » (16%) de l’élection présidentielle selon un sondage CSA-France Europe Express – France Info réalisé en mai 2006. Et ces mêmes français voteront en conséquence...  2007, l’Europe doit être au programme ! Le 25 mars, les chefs d’Etat et de gouvernement célébreront le cinquantenaire du Traité de Rome par une déclaration solennelle à Berlin. Le 25 mars, soit en pleine campagne française. Espérons qu’à cette occasion,  nos candidats exprimeront enfin leur vision pour la construction

C’est probablement à la France qu’il reviendra de relancer le processus constitutionnel lorsqu’elle présidera l’Union européenne en 2008 ! récemment a montré que les autres pays, notamment ceux qui ont ratifié le Traité constitutionnel, ne nous attendront pas. De plus, c’est probablement à la France qu’il reviendra de relancer le processus constitutionnel lorsqu’elle présidera l’Union européenne en 2008 ! Les Allemands prévoient en effet de faire en juin des propositions pour reprendre les négociations afin d’aboutir en décembre 2008 sous présidence française. C’est également sous présidence française que devrait être notamment amorcée la révision à mi-parcours des perspectives financières de l’Europe pour la période 2007-2013. Cette révision portera sur toutes les dépenses, politique agricole commune et rabais britannique inclus. L’élection

européenne. La construction européenne a toujours avancé quand il y avait des leaderships forts : Robert Schuman et Jean Monnet pour le Traité de Rome, Valéry Giscard d’Estaing pour le Système monétaire européen, François Mitterand, Helmut Kohl et Jacques Delors pour le marché unique et le traité de Maastricht. L’Europe a aujourd’hui plus que jamais besoin de leadership européen : souhaitons que nos candidats aux élections présidentielles fassent preuve de d’une forte conviction européenne et expriment une vision ambitieuse pour la France en Europe, et donc pour la construction européenne. Que l’Europe soit au programme !

25


iSubway Magazine N°7 ISubway

POLITIQUE

Les limites du référendum pan-européen Marko Butic Depuis Maastricht en 1992, le vote direct sur les questions européennes est en développement. Cependant, alors que la majorité des analyses et des commentaires se concentrent sur les mauvaises stratégies de communication de l’UE et des politiques nationaux, il faut étudier de manière plus institutionnelle la raison pour laquelle la démocratie directe est un enjeu primordial pour les fédéralistes. Notre attention devrait en particulier se consacrer à démystifier le référendum paneuropéen et à en reconnaître certains de ses aspects négatifs.

L

a théorie qui sous-tend globalement l’implication directe des citoyens n’est pas seulement liée à l’UE. Ce qui est souvent contesté est la tendance à légiférer à l’intention du prétendu « électeur moyen » (défini comme une personne fictive qui soutiendrait toutes les politiques l’ayant emporté). Lorsque des partis politiques s’engagent dans une campagne référendaire sur une question précise, la connaissance de ce que pense « l’électeur moyen » est la clé de la victoire.  Poser la/les bonne(s) question(s) Tout cela paraît fort simple, mais c’est dans une certaine mesure trompeur. Un grand nombre de questions qui viennent à l’esprit de l’électeur se superposent les unes aux autres, et les individus sont prêts à échanger leurs préférences sur une question contre leurs préférences sur une autre question. Il n’y a qu’un faible nombre de questions auxquelles nous pouvons répondre par oui ou par non ; par exemple lorsque les Suédois eurent à choisir entre la conduite à droite ou la conduite à gauche. Y avait-il une autre possibilité ? Non.

26

Les trois principales conséquences d’une mauvaise question sont : une incompréhension généralisée et une campagne menacée de populisme et qui pourrait conduire à des tensions dans la société. Et si les deux premières conséquences peuvent être gérées par des partis politiques, la troisième doit rester une source de grave préoccupation pour les fédéralistes européens. L’absence de demos unifié dans les sociétés fragmentées peut conduire à des tensions lorsque l’arme du référendum est utilisée pour graver dans le marbre les règles par lesquelles cette société sera gouvernée. On peut tracer un parallèle avec l’UE. Alors que les peuples européens pourraient en venir à comprendre l’importance et les avantages de la disparition de l’unanimité dans certains domaines, il reste une forte résistance lorsqu’on tente d’expliquer les règles et les procédures communes. Une résistance qui, comme les résultats négatifs en France et aux Pays-Bas, ne devrait pas être ignorée.  Le gouvernement par référendum ? La lente approche, progressive, de l’intégration européenne, a produit suffisamment de résultats positifs pour

prouver que la coopération européenne est sensée. Pourquoi dès lors ne pas introduire une démocratie directe paneuropéenne à ce niveau ? Pour entrer en vigueur, une proposition n’aurait besoin que du soutien de la majorité des Européens, en laissant en dehors les pays qui auraient été majoritairement contre. La différence entre cette éventualité et un référendum paneuropéen sur un accord constitutionnel réside dans le fait que ce dernier est plus permanent qu’une décision politique publique, et également plus substantiel en ce sens qu’il laisse des minorités isolées en permanence. Ce faisant, il court le risque que s’applique un ensemble de règles s’appliquant à des groupes politiques distincts les uns des autres. Si l’on veut faire le meilleur usage du développement actuel de la démocratie directe dans l’UE et de l’éventuelle méthode du référendum paneuropéen, il nous faut voir dans quels domaines concrets les Européens devraient avoir leur mot à dire, et non promouvoir envers et contre tout un référendum paneuropéen sur la (prochaine) Constitution.


Mars/Avril 2007

POLITIQUE

27


POLITIQUE

Fabien de Sans Nicolas : «La meilleure thérapie de choc, c’est Nicolas Sarkozy !»   Propos recueillis par Fabien MARIANNE Entretien avec Fabien de Sans Nicolas, président des Jeunes Populaires, pour qui Nicolas Sarkozy incarne ce que les Jeunes recherchent aujourd’hui chez les hommes politiques : le renouveau, le dynamisme et le franc-parler. votre engagement politique a-t-il débuté ? Quel Q uand a été le déclic pour avoir poussé les portes d’un parti politique ? Mon engagement politique a débuté il y a maintenant 5 ans, en 2002. J’ai commencé mes fonctions au sein du Mouvement des Jeunes de l’UMP en Isère, mon département d’origine. Après avoir passé 3 ans au service de la Nation dans l’armée et après une blessure qui m’a fait revenir dans le civil, j’ai décidé de m’engager en politique pour défendre les valeurs auxquelles je crois: Liberté, Travail, Humilité, Effort, Mérite.  L’année d’après j’ai intégré l’équipe nationale des Jeunes, et c’est durant l’été 2005 que j’ai été élu Président National du Mouvement des Jeunes. Qu’est ce qui vous a attiré à l’UMP et incité à prendre des responsabilités ? J’ai voulu poursuivre mon engagement citoyen en faisant de la politique pour rester au service de mon pays. La droite était la tendance la plus proche de mes idées, aussi c’est tout naturellement

28

que je me suis engagé à l’UMP dés sa création. Puis mon engagement s’est approfondi à la suite de l’accession de Nicolas Sarkozy à la présidence de l’UMP, moi qui le soutiens depuis le début, j’étais plus que motivé pour me battre et promouvoir ce candidat et ses idées. Mon parcours personnel est semé d’embuche mais dans la vie tout est possible, c’est le message de Nicolas Sarkozy, c’est pourquoi je me retrouve pleinement en lui.   Les Jeunes Pops sont passés de 6000 militants à près de 40 000 depuis l’arrivée de Nicolas Sarkozy pour devenir la 1ère force politique jeune. Comment expliquez-vous ce dynamisme ? Tout simplement parce que Nicolas Sarkozy incarne ce que les jeunes recherchent aujourd’hui chez les hommes politiques : le renouveau, le dynamisme et le franc-parler. Il parle aux jeunes, les écoute et sait répondre à leurs attentes.   Quel est le rôle des Jeunes Pops et en particulier le vôtre dans cette campagne présidentielle ? Les Jeunes Populaires comme tous les militants de l’UMP sont en permanence sur le terrain pour diffuser les idées de notre candidat et provoquer le débat partout : sur les marchés, dans les entreprises, dans les facs, bref partout ! Pour ma part je coordonne les différentes actions des jeunes durant cette campagne, notamment à travers les différents comités soutiens de jeunes créés en faveur de Nicolas Sarkozy. Les Jeunes Populaires ont bien entendu une place non négligeable sur la toile : plus de 800 blogs, sites et forums en tout genre existent sur le net pour toucher un maximum de jeunes.   Ces 5 dernières années ont été, en autres, marquées par des contestations des jeunes, que ce soit contre la réforme Fillon concernant le bac, les émeutes en banlieue ou alors contre le CPE. On ne peut, ainsi, pas nier qu’il existe un véritable malaise. Comment le résoudre ? Bien sûr qu’il existe un malaise ! Nous sommes en pleinement conscient. Et c’est bien pour cela que le concept de rupture de Nicolas Sarkozy plait tant aux jeunes qui le placent en tête dans leurs intentions de vote. Comment voulez-vous qu’il n’y ait pas de malaise quand plus de 25 % des jeunes sont au chômage, que les difficultés d’intégration sont grandes et les perspectives d’avenir peu encourageantes. Comment résoudre le malaise ? En faisant le pari de la jeunesse, en lui donnant de l’indépendance, de l’autonomie, des perspectives d’avenir, en récompensant l’effort et le risque. Voilà quelle est la philosophie de notre programme. Nous proposons un contrat d’autonomie pour une indépendance financière, une prémajorité à 16 ans pour une indépendance juridique, des facilités de logement pour une indépendance matérielle. Nous souhaitons une réforme des universités pour qu’obtenir un diplôme redevienne un « plus » pour trouver un emploi.   Selon vous, quelles seront les mesures prioritaires à prendre une fois Nicolas Sarkozy élu ? Vous ne serez pas étonné si je pense que parmi les mesures


Mars/Avril 2007

POLITIQUE

prioritaires doivent figurer les jeunes : autonomie des universités, mise en place du contrat d’autonomie, réforme de la carte scolaire, doublement du budget de la recherche… Et apparemment Nicolas Sarkozy est plutôt d’accord sur le sujet puisqu’en en cas de victoire il a prévu de mettre en place l’autonomie des universités avant le mois de septembre.   Dernièrement, le financement des projets de votre candidat a été source de débats. Qu’en est-il ? Déjà, je dois dire que c’est quand même une bonne chose que

Il est quand même révélateur que les plus grandes personnalités de l’ancienne UDF soutiennent Nicolas Sarkozy : Simone Veil, Pierre Méhaignerie, Philippe Douste-Blazy, André Santini, Christian Blanc et tant d’autres. Pour répondre plus directement à votre question : François Bayrou est un candidat tout aussi sérieux que Madame Royal, mais il joue avec les français. En imaginant qu’il soit au second tour contre Nicolas Sarkozy, il se revendiquera de la gauche. Si par malheur, c’est face à Ségolène Royal, il dira qu’il est le candidat de la droite. Si c’est cela la nouvelle politique, les français ne tomberont pas dans le panneau.

«Il faut également donner une visibilité à l’Europe en la dotant d’un Président et d’une diplomatie avec de véritables pouvoirs. Il faut enfin relancer l’Europe par des projets concrets comme par exemple Erasmus.»

les français s’inquiètent du coût du programme des candidats. Au moins, ces derniers ne peuvent plus faire un catalogue de promesses qui ne seront pas tenues. D’ailleurs, je reste à chaque fois stupéfait par Madame Royal : à chaque fois qu’elle rencontre une catégorie de la population, un syndicat ou une association, elle commence par dire que résoudre leurs problèmes sera sa priorité des priorités, puis elle dit « oui » à l’ensemble de leurs demandes. A ce petit jeu là, elle doit déjà en entre à une vingtaine de lois qui seront traitées en priorité ! Et le coût de son programme augmente de jour en jour. Sans oublier, le projet législatif du PS. Rien que la renationalisation de GDF alourdit la facture de quelques dizaines de milliards supplémentaires, pour s’envoler à près d’une centaine de milliards d’euros. Comment pourra t-elle le financer ? Du côté de Nicolas Sarkozy, le coût annoncé du programme, de l’ordre de 32 milliards d’euros sur 5 ans, sera compensé d’une part par le non remplacement des départs en retraite des fonctionnaires pour revenir au niveau global de fonctionnaires de 1991, et d’autre part par une réaffectation des dépenses inutiles.   Ces derniers temps, les médias parlent énormément de Bayrou suite à des sondages de plus en plus favorables. Son discours antisarko et antisego semble séduire. Il multiplie les gages visà-vis de l’électorat de gauche, notamment en déclarant que s’il devient chef de l’Etat, il prendrait un Delors jeune comme premier ministre. Devient-il un candidat aussi sérieux que Ségolène Royal ? Est-il toujours protégé en raison des liens particuliers entre l’UDF et l’UMP ?  François Bayrou surfe une idée a priori séduisante : rapprocher la droite et la gauche au sein d’un gouvernement d’union nationale. Mais cette idée est totalement illusoire. Comment peut-il concilier le programme de Nicolas Sarkozy basé sur le mérite, le travail, le volontarisme, la liberté de travailler et d’entreprendre avec celui de Ségolène Royal qui prône plus de pouvoirs publics, plus d’assistanat, plus d’administration. C’est vouloir concilier l’inconciliable ! Et en cas de victoire, comment compte t-il gouverner à l’Assemblée ? Et puis, que propose t-il de vraiment novateur ? Rien. En quoi son programme est-il meilleur que les autres ? On ne sait pas. Quelles sont ses propositions pour répondre aux problèmes de la France ? Aucune.

 Le non français a sérieusement ébranlé l’Union Européenne. Comment repartir de l’avant ? A mon sens, il faudrait en priorité que l’on se mette d’accord sur quelle Europe nous voulons. Est-ce qu’on veut simplement un marché économique (vision défendue par les USA et la GrandeBretagne) ou une Europe politique avec un rapprochement entre tous les pays et une volonté d’agir ensemble ? Nicolas Sarkozy, et l’ensemble des Jeunes Pop d’ailleurs, ont fait le choix d’une Europe politique. Partant de là, il faut d’abord poser les limites de l’Europe et dire clairement que la Turquie n’a pas vocation à entrer dans l’Europe. Il faut ensuite sortir des lourdeurs des actuelles Institutions européennes et au premier titre d’entre elles le vote à l’unanimité. Comment peut-on espérer avancer dans une Europe à 27 où il suffit d’une voix contre pour bloquer une décision ? C’est pourquoi nous sommes pour un traité purement institutionnel qui remettrait à plat le mode de fonctionnement européen. Il faut également donner une visibilité à l’Europe en la dotant d’un Président et d’une diplomatie avec de véritables pouvoirs. Il faut enfin relancer l’Europe par des projets concrets comme par exemple Erasmus. C’est notre génération qui peut faire avancer la cause européenne par les séjours à l’étranger et le rapprochement des peuples.   Pour finir, que retiendrez-vous des années Chirac ? On a beaucoup parlé de rupture pour remettre la France sur de bons rails. Est-ce une rupture par rapport à son héritage ? Jacques Chirac a su incarner une certaine idée de la France, avec des succès indéniables. Il ne faut pas oublier qu’il a tout tenté pour éviter la guerre en Irak et on voit bien aujourd’hui à quel point il avait raison. Sur bien d’autres points, il a su être précurseur. Par exemple l’environnement avec la signature du protocole de Kyoto et la Constitutionnalisation de la Charte sur l’Environnement ou bien encore la professionnalisation de nos armées. Beaucoup de jeunes le remercient encore pour ne pas avoir à accomplir leur service ! Maintenant, il est vrai qu’une rupture doit se faire avec les idées et les méthodes que l’ensemble de la classe politique a eu l’habitude de pratiquer jusqu’alors. Il est incontestable que la France a besoin d’une thérapie de choc. La meilleure, c’est Nicolas Sarkozy.

29


iSubway Magazine N°7 ISubway

POLITIQUE

Le testament politique de Chirac Olivier Beuscart

Plus de 22 millions de téléspectateurs ont suivi l’allocution télévisée du Chef de l’Etat dimanche dernier dans laquelle il annonçait sa décision de ne pas se représenter à l’élection présidentielle. Jacques Chirac a adressé plusieurs messages aux français et dressé en filigrane le portrait du futur Président de la France…

«

Je ne solliciterai pas vos suffrages pour un nouveau mandat ». La phrase est enfin lâchée, le vraifaux suspens autour d’une nouvelle candidature s’arrête enfin. Après 42 ans de vie politique, dont 12 années à la Présidence de la République, Jacques Chirac signait ses adieux à la vie politique active. Le Président s’est exprimé avec « beaucoup d’émotion », « avec au cœur l’amour et la fierté de la France ». Mais Chirac ne se considère pas pour autant comme un retraité de la vie politique. Le Président a en effet expliqué qu’il comptait servir la France « autrement », « d’une manière différente, mais avec un enthousiasme intact et la même passion d’agir pour vous, je continuerai à mener les combats qui sont les nôtres, les combats de toute ma vie, pour la justice, pour le progrès, pour la paix, pour la grandeur de la France ».   Grande interrogation de cette intervention : l’annonce de son soutien ou non à Nicolas Sarkozy. Chirac a balayé la question en une phrase : « j’aurais l’occasion d’exprimer mes choix personnels » ultérieurement. Débarrassé temporairement de cette

30

tradition républicaine, Chirac a pu prendre son temps pour témoigner de son amour de la France et donner quelques conseils aux français pour les échéances électorales à venir. « Ne composez jamais avec l’extrémisme, le racisme, l’antisémitisme ou le rejet de l’autre. Dans notre histoire, l’extrémisme a déjà failli nous conduire à l’abîme. C’est un poison. Il divise. Il pervertit, il détruit », a-t-il notamment déclaré, avant de jouer sur la fibre sociale : « Oui, nos valeurs ont un sens ! Oui, la France est riche de sa diversité ! Oui, l’honneur de la politique, c’est d’agir d’abord pour l’égalité des chances ! ». Alors que Nicolas Sarkozy considère le modèle social français obsolète et veut l’adapter à la mondialisation, le chef de l’Etat a adressé un message en filigrane au candidat de l’UMP : « Nous avons tant d’atouts. Nous ne devons pas craindre les évolutions du monde. Ce nouveau monde, il faut le prendre à bras-le-corps », mais « sans jamais brader notre modèle français ».   Jacques Chirac a également parlé de politique étrangère, et notamment d’Europe. Alors que les français ont rejeté en mai 2005 le traité sur la

Constitution Européenne, Chirac a estimé qu’il était « vital de poursuivre la construction européenne ». « La France doit affirmer l’exigence d’une Europe puissance. D’une Europe politique. D’une Europe qui garantisse notre modèle social » a-t-il également souligné.   Enfin, à la fin de son intervention, Jacques Chirac a exprimé ouvertement ses émotions, chose particulièrement rare chez un homme aussi pudique et réservé que lui. Le Président a ainsi déclaré : « Pas un instant, vous n’avez cessé d’habiter mon coeur et mon esprit. Pas une minute, je n’ai cessé d’agir pour servir cette France magnifique. Cette France que j’aime autant que je vous aime » et qui « n’a pas fini d’étonner le monde ».   Les réactions après l’intervention de Jacques Chirac n’ont pas tardé. Nicolas Sarkozy s’est déclaré « touché » par le message du Président. Ségolène Royal a été évidemment moins expansive, mais a tout de même tenu à saluer une partie du message de Jacques Chirac : « Il y a une dignité d’intervention du chef de l’Etat qui fait référence à des valeurs constitutionnelles qui nous appartiennent à tous ». Quant à François Bayrou, trublion de l’élection présidentielle, il a tenu a rappeler ses nombreuses divergences avec Jacques Chirac, tout en adressant au Président : « un coup de chapeau. J’ai trouvé que ce discours était le fil conducteur de ce qu’il faudrait faire en France, même s’il y a parfois très loin de la parole aux actes ».


Mars/Avril 2007

POLITIQUE

CPE : 1 an après (2/2) Adam Plon Deuxième volet de notre retour sur la crise du CPE de l’année dernière, avec l’opinion cette fois d’un partisan du nouveau contrat...

Première Embauche, Contrat Nouvelle 1) Contrat Embauche : même combat ?

La genèse du contrat première embauche (CPE) est la suivante : aider les jeunes âgés de moins de 26 ans à pouvoir mettre un premier pas dans le monde du travail. En effet, force est malheureusement de constater qu’aujourd’hui les entreprises reprochent souvent aux jeunes - diplômés ou non - de manquer d’expérience et nombreux sont ceux qui essuient des refus lors de l’envoi d’une candidature à un poste, les employeurs invoquant à l’appui de leur refus un « manque d’expérience ». Productivité faible du junior lorsqu’il entre en entreprise, temps trop important consacré par une tierce personne à la formation du junior, incertitude sur sa capacité d’adaptation au poste, sur ses compétences… Les entreprises sont en général réticentes à embaucher un jeune qu’elles devront former. Le problème était le suivant : comment acquérir de l’expérience si l’on ne permet pas aux jeunes d’en avoir ? Le CPE répondait à ce problème en permettant une certaine souplesse quant à sa rupture, limitant les risques d’erreur liés à l’embauche d’un junior, mais en assurant en même temps la garantie de droits attachés à un contrat de travail à durée indéterminée (CDI) classique. Le contrat nouvelle embauche (CNE) a la même finalité mais concerne les petites et moyennes entreprises qui avaient grandement besoin de disposer de règles assouplies pour embaucher.   2) Recours au 49-3 : passage en force ou mesure d’urgence ? L’article créant le CPE était un texte important et dont la mise en œuvre était urgente. Les milliers d’amendements déposés par l’opposition parlementaire ne laissaient pas d’autres choix que de recourir à l’article 49 alinéa 3 de la Constitution ! C’est bien ici l’attitude de l’Assemblée, ou tout du moins de certains députés qui voulaient ralentir le débat parlementaire, qui est à condamner et non celle du gouvernement. 3) Grèves et blocages : des méthodes de revendications adéquates ? Bien sûr que non ! La fin ne justifie pas les moyens. Mais

d’abord, l’usage du mot grève est inapproprié. Les étudiants et lycéens « grévistes » ne jouissent pas du droit de grève. On ne peut donc pas dire qu’ils faisaient grève mais plutôt qu’ils faisaient l’école buissonnière ! S’agissant des blocages, les tribunaux administratifs ont eu à se prononcer plusieurs fois sur leur légalité et il en est ressorti qu’ils étaient illégaux et méconnaissaient certaines libertés fondamentales. Mais au-delà de leur illégalité, on ne peut que s’insurger de voir qu’une minorité imposait sa volonté à une majorité en empêchant celle-ci d’accéder à des locaux…publics ! On peut exprimer son mécontentement autrement sans recourir à la violence, à la dégradation, au pillage de lieux publics, à plus forte raison quand le combat qu’on mène n’est pas juste.   4) Promulgation sans application : nouvelle liberté constitutionnelle ? La loi avait été votée, la loi avait été déclarée conforme à la Constitution, la loi avait été promulguée, la loi était publiée au JO, la loi était entrée en vigueur… Mais le plus haut Magistrat de France demande à ce qu’elle ne soit pas appliquée ! C’est évidemment une décision surprenante et aberrante. Il aurait été amusant que certains employeurs et salariés signent des CPE…Ce qui aurait été parfaitement légal.   5) Sortie de crise : un parti politique au secours du gouvernement ? L’abrogation du CPE et son remplacement par un texte inutile sont une fin bien triste pour un contrat si prometteur.   6) 1 an après : quelles leçons ? Déception ou satisfaction ? Intéressons-nous d’abord au CNE ici. « 8 % des chefs d’entreprise ayant embauché en CNE en mai 2006 déclarent qu’ils n’auraient pas embauché sur le poste de travail si le CNE n’avait pas existé et près de 20% déclarent que ce nouveau contrat leur a permis d’anticiper l’embauche. D’après ces réponses, qui confirment celles recueillies à la première vague d’enquête, le CNE favorise les embauches dans les petites entreprises.» La dernière récente enquête de mars 2007 menée par le ministère du travail sur le CNE est plutôt positive et montre que le but du CNE, à savoir celui de favoriser l’embauche, est atteint. On peut être déçu que le CPE ait été abrogé au vu de cette enquête qui ne surprend pas. Le débat sur le CPE a été confisqué par de jeunes politisés ignares et par des syndicats en mal de reconnaissance. C’est regrettable. Un grand débat contradictoire entre les partenaires sociaux mené par des spécialistes en économie et en droit aurait dû être lancé après l’abrogation du CPE. Le gouvernement aurait dû retravailler le texte créant le CPE en écoutant les critiques faites, et notamment porter à un an, par exemple, la période de consolidation…

31


iSubway Magazine N°7 ISubway

POLITIQUE

Une loi pas près d’être consommée Romain AMARO La loi qui devait entériner entre autre la gratuité du temps d’attente des hotlines a été enterrée avant même d’être discutée à l’Assemblée.

P

eut-être faites-vous partie des nombreuses personnes qui ont dû subir les déboires des connexions internet. Un simple petit souci sur votre ligne et vous voilà engagé dans un combat de longue haleine. Coup de fil à la hotline du fournisseur d’accès à internet, et après dix minutes d’attente pour avoir quelqu’un à l’autre bout du

vous désabonner de votre FAI pensant régler le problème. Mais après plusieurs mois, celui-ci continue tout de même à débiter votre compte et joue la sourde oreille. Voilà le calvaire que vitvent près de 400 abonnés de Noos Numéricable depuis quelques mois et qui ont porté plainte contre l’opérateur.  

Cette mesure devait permettre aux consommateurs de se regrouper pour faire valoir leurs droits dans le cadre de procédures collectives. téléphone (pendant lesquelles vous avez eu le droit à une charmante musique), personne ne décroche. Et si par chance vous tombez sur un conseiller, on vous dit que le problème sera réglé au plus vite (rien que quelques semaines, voire plus d’un mois). Totalement dépassé par les évènements, vous décidez de

32

Les raisons d’un abandon Des problèmes qui auraient sans nul doute été réglés plus rapidement avec la loi sur la consommation qui devait être discutée à l’Assemblée début février, mais qui a été abandonnée par le groupe UMP. Officiellement, c’est par manque de temps que le

gouvernement a décidé de laisser ces quelques cinq cents amendements de côté, et de retirer le projet de l’agenda parlementaire, « le ministre a pris acte de l’impossibilité technique d’examiner cette loi en [une quinzaine] d’heures compte tenu du nombre trop élevé d’amendements déposés » a déclaré Bercy. Au sein de l’UMP le débat a créé quelques tensions, et cela pourrait être les raisons qui ont poussé la majorité à abandonner ce projet promis depuis plus d’un an. Certaines parties de ce projet dont les class actions principalement, chères à Jacques Chirac et Thierry Breton, ne plaisaient pas à M. De Villepin et à Nicolas Sarkozy. Luc Chatel, rapporteur du texte s’est dit très déçu « car beaucoup de mesures étaient favorables à la défense des consommateurs. » Ce projet de loi comportait, à côté de nombreux autres, deux projets phares : les class actions et la gratuité du temps d’attente des hotlines. Cette mesure qui consiste au recours collectif, devait permettre aux consommateurs de se


Mars/Avril 2007 ECONOMIE

regrouper pour faire valoir leurs droits dans le cadre de procédures collectives, au lieu d’attaquer seuls une entreprise ou une institution. Un procédé très utilisé aux Etats-Unis. Néanmoins, il devait s’agir de litiges inférieurs à 2000€, cela ne concernait pas les atteintes à l’environnement et à la santé, la réparation de préjudices corporels et les relations employeurs-employés, pour éviter les abus comme c’est le cas Outre-Atlantique. Mais certains députés se sont montrés

participé à l’enquête se sont dit peu ou pas satisfaits de ces hotlines, et 74% d’entre eux ont déclaré qu’elles étaient trop chères. Dans ces conditions, les opérateurs téléphoniques et internet se sont engagés à appliquer cette idée, mais il reste encore quelques mauvais élèves. Alice a été le premier à emboîter le pas en rendant totalement gratuite sa hotline dès septembre 2005, mais celle-ci deviendra alors inaccessible. France Télécom (Orange) suit en

Avec l’abandon de cette loi, il est clair que l’UMP a décidé dans sa majorité de pénaliser les consommateurs, peut-être sous le lobby des opérateurs de communication. réticents face à ce projet, craignant des débordements au sein du parti, en pleine campagne présidentielle de Nicolas Sarkozy, et ne souhaitant pas fâcher les milieux patronaux. Là où Ségolène Royale pense qu’il est « urgent de se doter d’un système d’action de groupe digne de ce nom », le ministre de l’intérieur avance le fait que « nos entreprises ne peuvent pas cumuler tous les inconvénients de nos rigidités et la menace des actions de groupes ». Le Medef lui, s’est dit satisfait de l’abandon des class actions, alors que l’UFC « que choisir » a vivement réagi, soulignant que « le consommateur est la première victime de la lâcheté du gouvernement ». Payer pour patienter Depuis longtemps, les hotlines des FAI et opérateurs mobiles ont été dénoncées comme une grosse source de revenus pour ces opérateurs qui utilisent des numéros surtaxés. Face à la grogne des abonnés, une table ronde avait été organisée il y a un an et demi avec ces principaux acteurs, afin d’envisager de rendre gratuit le temps d’attente de leur service d’assistance. En effet, selon un précédent sondage de 60 millions de consommateurs réalisé en 2006, 61% des 4.000 internautes ayant

décembre de la même année, avec le temps d’attente gratuit, puis suivront Télé2 et SFR. Pour Neuf Cegetel, cette non facturation est effective depuis le 28 février dernier, mais en ce qui concerne Free et Bouygues Telecom, ces opérateurs ne jouent pas le jeu puisque aucune annonce n’a été faite de leur part malgré leurs engagements. Pour ces deux FAI, vous vous verrez facturé 0,34cts/min. Pour obliger ces opérateurs à suivre leurs engagements, la loi sur la consommation devait obliger à ne plus faire payer cette attente, mais après son abandon les choses ne sont pas près de bouger. Outre ces projets phares, le projet de loi devait aussi remédier à l’opacité tarifaire des banques avec l’instauration d’une facturation récapitulative de l’ensemble des frais prélevés par les banques sur les comptes individuels, ou encore le plafonnement des incidents de paiement. Néanmoins, le gouvernement a tout de même décidé de réagir, en annonçant que des mesures seront prises pour plafonner ces abus pratiqués par les banques en raccrochant un amendement au texte de loi sur le droit au logement opposable. L’organisation des soldes

à dates fixes était aussi au programme, puisque le texte prévoyait le début des soldes le deuxième mercredi de janvier en hiver et le dernier mercredi de juin en été. Faute de loi, cette prérogative reste aux mains des préfets. Avec l’abandon de cette loi, il est clair que l’UMP a décidé dans sa majorité de pénaliser les consommateurs, peutêtre sous le lobby des opérateurs de communication. Seuls l’actuel Président de la République et le Ministre Thierry Breton continuent de défendre ce projet, rejeté par le Premier Ministre et le Président de l’UMP et candidat aux présidentielles de cette année.   Pour qui on Noos prend ? Des milliers de clients de l’opérateur Noos sont privés depuis plusieurs mois de leur connexion internet, voire du service de télévision ou même du téléphone. Alors que Noos ne répondait pas aux appels de détresse de ses clients désabusés, l’association ‘‘Les déçus du câble’’ a porté plainte auprès de la Direction de la concurrence, de la consommation et de la répression des fraudes pour « publicité mensongère, abus de biens sociaux et tromperie ». Le cablo-opérateur a certes annoncé qu’il prenait le problème très au sérieux et allait au plus vite y remédier, mais contre toute attente, Noos-Numéricable lance une campagne de PUB pour recruter de nouveaux abonnés. Alors que l’entreprise devrait faire profil bas, celle-ci a décidé de redorer son blason, faisant comme si les problèmes de surfacturation ou d’interruption de service étaient réglés. La firme doit en subir les conséquences, les chiffres du churn (perte de clientèle) ont été dévoilés. L’opérateur perdrait entre 17% et 19% de ses abonnés par an (tout comme 9Cegetel et Club Internet) contre  11 et 12% pour Free et France Telecom et 20% pour Alice.

33


iSubway Magazine N°7

POLITIQUE

Les expulsions à tout prix ? Benjamin Joyeux Question méconnue, mais pourtant bien réelle : le coût des expulsions. Car si l’on s’interroge souvent sur le bien-fondé social de l’expatriation des sans-papiers, on oublie fréquemment que tout ça n’est pas sans frais pour l’Etat. En 4 ans, c’est ainsi l’équivalent du déficit annuel de l’assurance vieillesse qui a été dépensé.

«

Ni sanction, ni expulsion, les rafles de la police, on n’en veut plus.» C’est avec ces quelques mots qu’enseignants, parents d’élèves, syndicalistes, militants et étudiants ont manifesté, le lundi 26 mars 2007 en fin d’aprèsmidi, devant la direction du rectorat de Paris pour protester contre la garde à vue, le 23 mars, de Valérie Boukobza, directrice de l’école maternelle Rampal, située dans le 19e arrondissement de Paris. Celle-ci était en effet restée près de sept heures au commissariat suite aux échauffourées entre des parents d’élèves et des policiers, mardi 20 mars, après l’interpellation d’une personne âgée chinoise en situation irrégulière dans un café situé en face de l’école Rampal. Après les arrestations dans les files

34

d’attente des restos du cœur, place de la République à Paris cet hiver, qui avaient profondément choqué les associations, l’interpellation d’un sans papiers, qui plus est âgé, à la sortie d’une école, constituait une escalade de plus dans la confrontation entre des citoyens révoltées par ce qu’il considèrent comme des « rafles » et les forces de l’ordre soumises de plus en plus à une pression hiérarchique qui réclame de « faire du chiffre » en matière d’expulsion.   L’équivalent du déficit annuel de l’assurance vieillesse  Penchons-nous donc ainsi sur une question rarement abordée, si ce n’est par Damien de Blic, post-doctorant à l’EHESS, dans un article paru sur le

site Internet de la revue Mouvements le 23 mars 2007, celle du coût de la politique d’expulsion systématique des sans papiers mise en place par Nicolas Sarkozy depuis son arrivée au Ministère de l’Intérieur. D’après Damien de Blic, chiffre à l’appui, le coût des expulsions réalisées par le ministère de l’Intérieur depuis 2003 équivaudrait au déficit annuel de l’assurance vieillesse. Vue comme cela, on peut légitimement se demander si la politique dure du ministre de l’Intérieur vis-à-vis des personnes en situation irrégulière répond au critère de l’intérêt général. Nous savons que depuis les années 70, la lutte contre l’immigration clandestine constitue un objectif déclaré des politiques migratoires dans la majorité des pays dits « développés ». Or en


Mars/Avril 2007 SOCIETE

France depuis quatre ans, cela va bien plus loin puisque est opéré un chiffrage précis du nombre de reconduites à la frontière à réaliser chaque année. Nous sommes passés d’une obligation de moyens à une obligation de résultats au détriment de la pertinence et de la nécessité de chaque expulsion. Tout est expliqué dans la circulaire du 22 octobre 2003 de Nicolas Sarkozy : celle-ci demande à chaque préfet de doubler à court terme les expulsions de sans papiers : en effet ce texte précise que « l’exécution effective des décisions d’éloignement est la condition de crédibilité de toute politique publique de maîtrise de l’immigration ». La messe est dite ! C’est une question de « crédibilité », soit de communication à destination des citoyens. Le ministre de l’Intérieur, lorgnant sur l’Elysée, se

sert des expulsions de sans papiers pour se forger une image de « bon ministre » qui obtient des résultats et qui a ainsi l’étoffe d’un futur Président de la République, peu importe les coûts humains et financiers de sa politique d’expulsion. Les sans papiers, leurs familles, leurs enfants, sont sacrifiés sur l’hôtel de l’ambition de Sarkozy, boucs émissaires bien commodes du maigre résultat du ministre en matière de lutte contre la délinquance (les atteintes contre les personnes n’ont jamais été aussi élevées qu’en 2006).   15 000 emplois consacrés à l’expulsion  Mais au-delà des expulsés, ce sont les contribuables qui payent les ambitions de Nicolas Sarkozy. Les objectifs affichés du Ministère de l’Intérieur étaient de plus de 15 000 expulsions en 2004, près de 20 000 en 2005, 24 000 en 2006, 28 000 pour 2007. Comme l’indique Damien de Blic dans son article, pour sa seule partie émergée, au moins 11 000 emplois à temps plein sont consacrés à la politique d’expulsion. Mais d’autres

personnes sont « empruntées » à des services normalement destinés à d’autres emplois : fonctionnaires affectés au centres de rétention, policiers assurant les interpellations, escortes internationales, etc. Ainsi 15 000 emplois à temps plein sont au bas mot consacrés à l’expulsion des sans-papiers chaque année. En traduction monétaire, 11 000 emplois, cela signifie environ 687 millions d’euros. Depuis 2003, si l’on s’en tient à ces chiffres, cela fait donc en tout 44 000 emplois soit presque 3 milliards d’euros consacrés à la seule expulsion de sans papiers, finalement bien plus que le déficit annuel de l’assurance vieillesse, chiffré pour 2005 à 2, 032 milliards d’euros. L’avenir de Nicolas Sarkozy semble donc bien plus important que celui de nos retraites. Certains rétorqueront que la régularisation des sans papiers aurait également un coût important. Certes, mais il pourrait au moins être compensé par les recettes obtenues par l’Etat de ces nouveaux citoyens qui deviendraient imposables. De plus, la plupart des sans papiers travaillent déjà « au noir » dans l’Hexagone, et ces flux financiers ne profitent qu’à des patrons « voyous » et à des marchands de sommeil, alors qu’ils pourraient participer au budget de l’Etat. L’hypocrisie est de mise sur cette question. Toute l’énergie et les effectifs consacrés par les forces de l’ordre à expulser des sans papiers ne seraient-ils donc pas utilisés à meilleur escient en priorisant la lutte contre la criminalité ? En tous cas, nous pouvons être sûrs d’une chose : l’image d’efficacité et de fermeté que veut se donner monsieur Sarkozy fait très mal au porte-monnaie des Français, sans parler bien entendu de l’image de la France en tant que patrie des droits de l’homme, bien malmenée par cette politique de multiplication des expulsions.

35


iSubway Magazine N°7 SOCIETE

Le malaise des noirs en France Fabien Marianne A l’inverse des juifs ou des musulmans, la notion de communauté est moins prise en compte pour les noirs en France. Pourtant, ils sont également confrontés à des discriminations, leur malaise est réel. A l’heure de la présidentielle, ils entendent mettre au jour leurs problèmes via le CRAN pour interpeller les candidats.  

L

a République Française est une et indivisible. Elle se fonde sur une communauté nationale, un regroupement de semblables où chacun est son égal. Les différences devraient être ignorées mais ce n’est pas le cas. C’est une vision théorique de notre société. Dans les faits, des maux tels que le racisme, la discrimination la gangrènent et annihilent ce schéma théorique. La couleur de peau est source d’inégalité. En quoi la couleur de peau peut elle constituer une communauté ? Comment peut-on faire référence à un groupe de personnes juste à travers cet élément ? On parle aisément d’une culture noire mais elle correspond en définitive à quoi ? Il est indéniable qu’il existe une reconnaissance et une adhésion visà-vis de la culture Afro-Américaine. Elle est le résultat d’une lutte de peuples pour imposer leur place, pour mettre fin à la ségrégation qui a sévi jusque dans les années 60. Ce combat a façonné le mode de vie,

36

le mode d’expression dont l’héritage provient de leurs ancêtres et de cette terre où ils ont été arrachés, l’Afrique. De nos jours, ce lien est toujours aussi vivant. Il existe un vrai attrait de la part des Noirs Américains vis-à-vis des pays subsahariens. Les exemples du Libéria et de l’Afrique du Sud sont très parlants. Une identité forgée dans la souffrance  L’histoire du Libéria se conjugue avec l’histoire américaine. En effet, cette nation a été fondée par une société américaine de colonisation pour y installer des esclaves libérés d’où son nom. Il en ressort un intérêt particulier qui s’est pleinement exprimé lors de l’après-Charles Taylor et l’investiture d’Ellen Johnson Sirleaf en 2006. Dans le cas de l’Afrique du Sud, la fin de l’apartheid a permis une modification accélérée de la société sud-africaine. Cette évolution a été grandement influencée par les Afroaméricains qui se sont massivement intéressés, ont massivement investi

et visité la nation arc-en-ciel. Un sentiment profond d’attachement à ce continent se révèle. Cela se retrouve par la terminologie « African American ». En fait, cette identité s’inscrit dans des souffrances suite à un déracinement et dans un combat afin de faire valoir ses droits, ce qui fonde une unité. Le résultat est une prise de conscience des responsabilités et la volonté de compenser ces siècles d’oppression par le gouvernement américain. « Affirmative Action » entre dans cette démarche, c’est dans une perspective de rééquilibrage des contours de la société. Tout s’ancre dans une perception multicommunautaire des Etats-Unis. Néanmoins, il est évident que les problèmes tels que le racisme, la discrimination n’ont pas disparu mais on a vu l’émergence d’une classe aisée, d’une élite, d’intellectuels noirs, ce qui a permis de mettre en place une réflexion sur la place des Afro-américains dans la société américaine. En France, la conception républicaine induit un refus du communautarisme à l’anglo-saxon, de sorte que la question noire n’est pas vraiment prise en compte. Or, ce pays a une forte histoire colonisatrice qui détermine, aujourd’hui, les intérêts


Mars/Avril 2007 SOCIETE

et les liens particuliers avec les anciennes colonies africaines, notamment les Etats de la zone franc, mais également l’existence de territoires en outre-mer.    Les Antilles ou l’éloignement source d’incompréhension Les Antilles françaises sont la continuation de la France hors de ses frontières européennes. Les individus qui les composent sont des citoyens de même statut que ceux en métropole. Toutefois, il est juste de noter que l’éloignement est source d’incompréhension. Qu’on le veuille ou non, l’esclavage a conditionné les esprits antillais. Il a laissé des marques, d’où une certaine méfiance. L’histoire de ces territoires est imprégnée par ce système, par les structures qui en découlent. C’est un élément que l’on ne doit pas prendre en compte d’autant que les gouvernements successifs n’ont pas su résoudre les maux de ces sociétés. Mais en ont-ils eu la volonté ? De nos jours, le ministère de l’Outre-mer, héritage du ministère des colonies, est-il utile ? C’est flatteur d’avoir un ministère spécialement dédié à soi mais s’il n’a aucun moyen, aucune marge de manœuvre, aucun poids au sein du gouvernement, cela ne sert à rien, d’autant que la part énorme du secteur public dans ces îles et donc des avantages qui en découlent, empêche la constitution d’un secteur privé fort. Cette répartition est la conséquence de la volonté de l’Etat français et n’a pas été modifiée depuis. Alors, il est facile après de parler d’assistanat quand on nourrit

ce type de relation. Il est bien évidemment que ces territoires du fait de leur éloignement nécessitent un traitement particulier. Ainsi, il faut leur confier des compétences élargies tout en affirmant leur pleine participation dans la République. La situation des Antillais en métropole est différente, déjà parce qu’ils sont assimilés par certains comme des immigrés ou de descendants d’immigrés ; comme si la couleur de peau implique forcément de venir d’ailleurs et donc être noir, de venir d’Afrique. C’est une façon consciente ou non de ne pas les considérer comme des Français à part entière. La récurrente question : d’où viens-tu ? est très maladroite. On retrouve la même problématique pour les descendants d’immigrés à qui on invente des désignations totalement inappropriées et incorrectes comme immigré de troisième génération. C’est surtout un moyen de poser éternellement la question de l’intégration, d’insister sur le fait qu’ils sont mal intégrés, pas intégrés. Or, en tant que fils de la République, c’est tout simplement insultant car on feint de distinguer Français de souche et ceux d’origine étrangère mais ce qu’on devrait se demander c’est ce qu’est un Français de souche. Ainsi, on met à part à cause d’une couleur de peau, parce qu’on n’est pas blanc. D’un autre côté, le malaise des Noirs en France est ignoré du fait de la volonté de ne pas compartimenter la population. Pour autant, ils sont confrontés à des phénomènes communs qui ne devraient pas

exister dans une société moderne : discrimination dans la recherche du travail, discrimination dans la quête d’un logement, délit de faciès, notamment avec la multiplication des contrôles d’identité, racisme, ghettoïsation, manque de visibilité… d’autant que les Juifs sont perçus comme une communauté du fait des conséquences de la Shoah, du lien particulier avec Israël, des institutions comme le CRIF. Cela  a débouché sur la montée d’un extrémisme particulier que l’on a pu voir à travers le parcours intellectuel de Dieudonné ou l’ex-tribu de Ka, qui instillait la concurrence des mémoires. La loi Taubira  qui prône que l’esclavage est un crime contre l’humanité a remis en selle la question noire, ainsi que le choix du 10 mai comme jour de commémoration de l’esclavage. Tout cela est renforcé par la création du CRAN (Conseil Représentatif des Associations Noires), le 26 novembre 2005, qui est une fédération dont l’ambition est d’établir un bilan des discriminations « ethno-raciales » et de rétablir une véritable égalité. C’est une sorte de groupe de pression qui s’est relevé par la publication d’un sondage édifiant sur la situation de cette part de la population et par l’audition des différents candidats à l’élection présidentielle. Même si sa légitimité peut être contestée, elle peut se présenter comme un porteparole des maux que rencontrent les Noirs de France. C’est une avancée non négligeable et on verra si cela durera.

37


iSubway Magazine N°7 ECONOMIE

Erasmus : la rançon de la gloire Dominika Rutkowska Erasmus fête ses 20 ans dans l’Europe, le programme a-t-il les moyens de son succès ?

E

rasmus, l’action du programme Socrates de la Commission européenne, fêtera en 2007 ses 20 ans d’existence en Europe. Cette action est ouverte à tous les 27 États membres de l’Union européenne, à la Turquie et aux pays membres de l’Association européenne de libre échange (AELE) : Islande, Suisse, Liechtenstein et Norvège. Erasmus vise à renforcer la dimension européenne dans l’enseignement supérieur, en encourageant la coopération transnationale entre les établissements supérieurs et la mobilité européenne des étudiants et des enseignants. Les points importants de l’action sont donc : la mobilité, la transparence et la reconnaissance académique des études.

dre d’une action européenne coordonnée dans le domaine de l’éducation.

Erasmus, un vrai succès Les étudiants qui effectuent une partie de leurs études (de 3 mois à 9 mois, à partir de la 2ème année d’études) dans une université étrangère bénéficient d’une allocation de mobilité. Celle-ci est différente selon le pays d’origine et le pays d’accueil. Les études effectuées à l’étranger sont reconnues par l’université d’origine grâce au système ECTS (le système européen de transfert de crédits). Les participants reçoivent une Charte étudiante Erasmus qui décrit leurs droits et leurs obligations. Pour José Manuel Barroso, président de la Commission européenne, Erasmus est devenu « bien plus qu’un simple programme éducatif  ». Il est allé plus loin que ce que l’on peut atten-

Les problèmes d’Erasmus Les problèmes qui touchent des étudiants peuvent être divisées dans deux domaines. Le premier concerne strictement le cursus universitaire. D’après des témoignages d’étudiants, il arrive qu’il y ait des difficultés quant à la reconnaissance du séjour passé à l’étranger par l’université du pays d’origine. Souvent, il y a un problème d’équivalence des diplômes car il n’y a pas les mêmes cours que dans l’établissement étranger. Le deuxième problème concerne plutôt les politiques de l’Union européenne et d’autres pays qui participent au programme Erasmus. Il s’agit du budget. L’argent manque. Partir faire Erasmus, c’est très difficile pour les moins favorisés. Il faut économiser de l’argent avant partir, demander au parents d’aider ou travailler pendant le séjour. Être aidé par ses parents n’est pas souvent possible, surtout pour ces jeunes qui ne vivent pas encore dans la zone euro et pour qui la vie à l’étranger est souvent plus chère que dans le pays d’origine. Imaginez-vous vivre à Paris pendant un mois avec 350 euros dans la poche ? Cela m’est arrivé et c’était une de plus grandes bourses parmi les étudiants Erasmus que j’ai eu l’occasion de rencontrer en 2004/2005. Pour la période 2000-2006, le programme Socrates/Erasmus disposait d’une enveloppe budgétaire de 950 millions d’euros.

38

Est-ce que c’est suffisamment par rapport au nombre d’étudiants qui veulent partir ? C’est aux États d’augmenter leur participation financière pour développer cette action destinée aux jeunes qui rêvent de partir. Visà-vis de la construction de l’Europe, chaque étudiant doit pouvoir partir dans une ville universitaire européenne de son choix. Pour ce type de décision, l’Europe ne peut pas compter seulement sur la bonne volonté des États. La légitimité pour ce genre de décision viendra d’une Europe réellement politique. Les citoyens européens plébiscitent ce programme. Pour qu’il se développe, ce n’est pas en se contentant des institutions européennes actuelles que nous y arriverons…


Mars/Avril 2007 ECONOMIE

Ca chauffe sur la planète ! Benjamin Joyeux

D

u 29 janvier au 1er février 2007, 500 spécialistes du climat, réunis par le Groupe d’experts intergouvernemental du climat (GIEC) à l’initiative des Nations Unies, ont fait le point sur la question à Paris. Leurs conclusions : ils estiment notamment que les dérèglements

Est-ce que la météo va devenir l’angoisse permanente du XXIe siècle ? Regarderons-nous bientôt à la télévision les descendants d’Alain GillotPétré la peur au ventre en espérant que « le ciel ne nous tombe pas sur la tête » ? Une chose est sûre : le climat se réchauffe et l’activité humaine en est la principale responsable. Il n’y plus de doute là-dessus.

Seize mégalopoles se trouvent en bord de mer, dont New York, Tokyo ou encore Lagos (capitale du Nigéria). Elles sont directement menacées par la montée des eaux. climatiques provoqués par l’Homme demeureront plus de mille ans. Par ailleurs, la température terrestre moyenne pourrait augmenter de 4°C d’ici à la fin du XXIe siècle. Déjà, le GIEC a constaté que depuis un siècle, la température moyenne a augmenté d’environ 0,7°C. On ne se rend pas tout de suite compte des conséquences incommensurables de cet état de fait. Et pourtant. Il n’y aurait pas que les manchots, les ours polaires ou encore les habitants de l’archipel de Tuvalu qui seraient victimes de la montée des eaux. L’ensemble des sociétés humaines et de la biodiversité serait bouleversé.  De plus, le thermomètre grimpe bien plus vite que prévu : depuis les premières mesu-

res climatiques effectuées à partir de 1860, l’année 2005 a été la plus chaude, suivie par l’année 1998, puis 2002, 2003 et 2004. Les dix années les plus torrides depuis un siècle et demi ont eu lieu ces quinze dernières années. Mais ce phénomène n’est pas uniforme. La température augmente pour l’instant plus rapidement au Nord qu’au Sud de l’Equateur. Ainsi en vingt ans, elle a augmenté de 0,8°C dans l’hémisphère Nord et de 0,2°C dans l’hémisphère Sud. Or ce dernier a bel et bien l’intention de se développer à l’image du Nord et de connaître lui aussi son ère industrielle et post-industrielle, au risque, si rien n’est fait, de venir accentuer encore un réchauffement climatique aux proportions déjà funestes.

D’après les relevés effectués par les scientifiques dans les profondeurs de la calotte glaciaire, depuis des centaines de milliers d’années (420 000 exactement), la concentration moyenne de CO2 dans l’atmosphère n’avait jamais dépassé les 295 ppm (partie par million). Or en 2005, nous avons battu tous les records avec plus de 380 ppm de CO2 dans l’atmosphère. Le seuil critique est estimé à 450 ppm. D’après les experts du GIEC, il sera atteint en 2030. Cela donne envie d’avoir des enfants !   Des phénomènes inquiétants Cet hiver, on a pu observer un redoux printanier partout en Europe, avec des températures excédant les 15°C en plein mois de janvier. Au même moment, l’Amérique du Nord subissait en alternance des montées de thermomètre et des terribles vagues de froid venues par exemple geler les oranges californiennes, phénomène jamais observé jusqu’alors. Phénomènes naturels ou pre-

39


iSubway Magazine N°7 SOCIETE

Les multinationales contre le réchauffement climatique ? Après avoir longtemps contribué à l’exploitation sans vergogne des ressources naturelles, à la production sans frein et aux diverses pollutions un peu partout sur le globe, les grandes entreprises se soucieraient-elles aujourd’hui d’environnement ? Plusieurs dizaines de grandes entreprises, dont Air France, Allianz, Bayer, Citigroup, EDF, General Electric ou encore Volvo, ont appelé en effet, le 20 février 2007, à l’université de Columbia à New York, les gouvernements du monde entier à mettre en place un pacte de lutte contre le réchauffement de la planète. Elles ont notamment demandé aux responsables politiques de fixer des objectifs précis en matière d’émission de gaz à effet de serre et notamment de CO2. Mais attention, tout ceci dans l’optique de miers signes d’un réchauffement climatique ? Même si l’on trouve plutôt sympathique de pouvoir aller se baigner et profiter des plages en plein hiver, ces différents dérèglements sont en mesure de nous inquiéter à juste titre. La France a connu deux phénomènes climatiques exceptionnels ces dernières années : la tempête de décembre 1999 et la canicule meurtrière d’août 2003. S’il est encore impossible d’affirmer avec certitude que ces deux cas sont liés directement au réchauffement climatique, les présomptions sont de plus en plus fortes. Et ce qui est certain, c’est que le réchauffement entraîne

40

« créer des systèmes durables permettant d’assurer la croissance économique ». Il ne s’agit pas de remettre en cause la croissance, se basant pourtant sur la production sans fin dans un monde aux ressources limitées. Peut-être seront-elles un jour en mesure de répondre à ce paradoxe de l’économie actuelle ? En attendant, le rapport Stern, qui évaluait le coût probable du réchauffement climatique à plus de 5000 milliards d’euros, semble avoir fait des émules. Les multinationales ont surtout compris qu’anticiper la crise à venir leur coûtera moins cher que d’avoir à la supporter sans prévoir. C’est toujours ça de gagné pour l’environnement. Il était temps.

une multiplication des tempêtes tropicales telles que l’ouragan Katrina qui a dévasté la Louisiane et la Nouvelle Orléans fin août 2005, faisant des milliers de morts. Ce type de tempête nécessite en effet une température des eaux de surface égale ou supérieure à 27°C. Or l’océan Atlantique se réchauffe. Les tempêtes sont une chose, mais il y a également les grandes inondations, dont le nombre aurait doublé entre 1990 et 1999. Le phénomène physique est on ne peut plus simple : la température augmente, donc l’évaporation, donc les précipitations. Là encore, il y a de grandes disparités géographiques entre par exemple le nord et le

centre de l’Europe, dont les moyennes des précipitations ont énormément augmenté, et le pourtour Méditerranéen qui s’assèche progressivement. Des bouleversements biologiques et géopolitiques De plus, si aucune mesure drastique n’est mise en œuvre de façon urgente, les mers et océans vont monter d’un demi-mètre d’ici à un siècle. Or  un milliard deux cents millions de personnes vivent à moins de 3 mètres au-dessus du niveau des mers, ce qui fait beaucoup de monde. Seize mégalopoles se trouvent en bord de mer, dont New


Mars/Avril 2007 SOCIETE

York, Tokyo ou encore Lagos (capitale du Nigéria). Elles sont donc directement menacées. Les Pays-Bas viennent par exemple de décider de renforcer leurs digues, mais tous les pays n’en auront pas les moyens, tel le Bangladesh. Les grands deltas du monde (Gange, Nil, Mékong), qui irriguent des millions d’hectares de terres agricoles nourrissant des millions de personnes, sont dès à présent menacés.   Selon l’université des Nations Unies de Bonn (Allemagne), le nombre de réfugiés climatiques s’élèvera d’ores et déjà à 50 millions de personnes dès 2010, pour passer à 150 millions, voire 200 millions en 2050. Au vu de ces chiffres, il va être difficile de fermer les frontières, comme le préconisent beaucoup de nos actuels dirigeants. Les murs devront être de plus en plus hauts et bien surveillés. Une politique nationale et sécuritaire paraît en la matière bien dérisoire. Sans parler de la disparition de multiples espèces animales et végétales, de la fonte des glaciers et de la banquise ou encore de la multiplication des épidémies (le paludisme par exemple, qui se développe bien au dessus de 29°C). La liste des catastrophes qui nous attendent, dont on commence à peine à ressentir les premiers symptômes aujourd’hui (d’où en France le succès de la démarche de Nicolas Hulot), est loin d’être exhaustive.   Des politiques inconséquents Face à tout cela, le protocole de Kyoto, même pas ratifié par les Etats-Unis, apparaît bien maigre. En France, nos dirigeants parlent de plus en plus d’urgence écologique. Certes le constat est là, mais après la parole doivent suivre les actes. Souvenonsnous de l’envolée lyrique de notre Président

Chirac lors du Sommet de Johannesburg le 2 septembre 2002 : «Notre maison brûle et nous regardons ailleurs. La nature, mutilée, surexploitée, ne parvient plus à se reconstituer et nous refusons de l’admettre. L’humanité souffre. Elle souffre de mal-développement, au Nord comme au Sud, et nous sommes indifférents. La terre et l’humanité sont en péril et nous en sommes tous responsables.» C’est la même personne qui, en France, n’a jamais cessé de soutenir l’agriculture productiviste, immense gaspilleuse de terres et d’énergie, en grande partie responsable du fait qu’aujourd’hui dans notre pays plus de 70% des nappes phréatiques sont polluées. Alors à quelques semaines des élections présidentielles françaises, les différents candidats ont-ils des programmes à la hauteur de ces enjeux ? Certes la plupart ont signé le pacte écologique de Nicolas Hulot, mais cela ne doit pas les dédouaner de réfléchir concrètement aux meilleures façons de lutter contre le réchauffement climatique. La France, qui se targue souvent d’être le pays des « Lumières », doit être une meilleure élève en matière d’environnement dans le monde. D’après les universités Yale et Columbia (Etats-Unis), la France est au 36e rang des pays classés selon leur politique et leur situation environnementales, bien loin derrière la Finlande, la Norvège, l’Uruguay ou la Suède, qui occupent les premières places du classement. A part Dominique Voynet, ou encore José Bové dans un registre essentiellement agricole, bien que Ségolène Royal ait fait montre également de quelques avancées significatives en la matière, les autres candidats ne semblent pas placer le réchauffement climatique au cœur de leurs préoccupations. Pourtant il en va de l’avenir de nos enfants, des nôtres comme des leurs. Les scientifiques ont suffisamment constaté, aux politiques d’agir !

41


iSubway Magazine N°7 SOCIETE

Climat : l’heure est au bilan François BOULOGNE Le mois dernier, le GIEC s’est réunit à Paris et a publié son rapport 2007. Que nous apprend-il ? , la question climatique A ujourd’hui semble faire parler d’elle que se soit via des actions comme celle d’éteindre les lumières pendant cinq minutes qui a eu lieu le premier février, et qui s’est traduit par une baisse de consommation de 1%, ou encore via une nouvelle chanson sur l’écologie de Charles Aznavour dans son dernier album «Colore ma vie» sans compter les débats pour la présidentielle 2007 qui ne pourront contourner la question… Qu’est ce que le GIEC ? Le GIEC (Groupe d’Experts Intergouvernemental sur l’Evolution du Climat) est a été fondé en 1998 par l’organisation météorologique mondiale et le programme pour l’environnement des nations Unies. Il a pour ambition d’étudier les modifications climatiques sans parti pris et de façon méthodique, de mesurer les conséquences de l’activité humaine et de proposer des stratégies pour atténuer ces effets. Il a réunit plus de 2500 scientifiques de monde entier. Que peut-on tirer de 20 ans d’existence du GIEC ? Les gaz à effet de serres anthropiques sont responsables d’une large part du réchauffement global observé depuis

42

une cinquantaine d’années. D’autre part, les modèles prévoient des perturbations climatiques importantes. Ces deux conclusions peuvent sembler évidentes aux yeux du grand public, mais scientifiquement parlant, ce sont des choses difficiles à établir. En effet, nous n’avons pas énormément de recul sur les données. Par exemples, nos technologies actuelles permettent de mesurer avec une précision suffisante la hauteur des mers grâce à des satellites, pour avoir des données plus anciennes on doit se reporter à des marégraphes moins précis. Idem en ce qui concerne les données sur l’atmosphère, les chercheurs doivent extraire des carottes de glaces pour espérer connaitre notre passé. L’acquisition de ces données demande du temps. En outre, les données sont injectées dans des modèles climatiques. Comme tous modèles, ils comportent des limites qu’il faut maitriser. D’années en années, le maillage de ces modèles se resserre grâce au développement croissant de la puissance des calculateurs. L’incertitude des données et les faiblesses des modèles se traduisent par une fourchette importante des prévisions. Notons que des facteurs sociaux, politiques et culturels prennent une part importante

sur l’avenir. Malgré cela, la majorité des études convergent vers une évolution inquiétante du climat. En 2001, les experts se voulaient encore très prudents quant au rôle des activités humaines dans le réchauffement. Maintenant, ils affirment que « l’essentiel de l’accroissement observé sur la température moyenne globale depuis le milieu du XX° siècle est très vraisemblablement dû à l’augmentation observée des gaz à effet de serre anthropique [d’origine humaine] ». Pour les climatologues, ce « très vraisemblablement » correspond à une probabilité supérieure à 90%. Plus précisément, quels sont les nouvelles données apportées dans ce rapport ? Depuis 1750, les concentrations de gaz à effet de serre ont cru de façon notable et dépasse de manière significative celles de l’âge préindustriel (détermination via les


Mars/Avril 2007 SCIENCES

A1 représente un scenario de forte croissance économique et technologique avec homogénéisation des capacités et interactions sociaux-culturelles. Le maximum de la population serait atteint vers 2050 suivis d’un déclin. On distingue : A1F1 : forte utilisation d’énergie fossile. A1T : sources d’énergie autre que fossile. A1B : équilibre des deux cas précédents.

carottes de glace). Ceci est principalement du à l’utilisation de combustible fossile (pétrole, charbon…), au changement d’utilisation des terres et à l’agriculture. Nous pouvons maintenant observer des conséquences directes de la modification du climat, en voici les grandes lignes : -Accroissement de la concentration de gaz à effet de serre : De 280 ppm(parties par million) pour la période entre 1000 et 1750 à 368 ppm en 2000 pour de dioxyde de carbone. -Accroissement des températures : diminution des jours froids et augmentation des jours chauds. Notons que onze des douze dernières années figurent au palmarès des douze années les plus chaudes depuis 150 ans. -Accroissement de la concentration de la vapeur d’eau. -Elévation du niveau de la mer (dilatation et fonte des glaciers). -Fonte généralisé de la neige et de la glace. -Modification des précipitations : Augmentation de 5 à 10 % au cours du XXe siècle dans l’hémisphère Nord (jugée très probable), mais diminution sur certaines régions (Afrique du Nord et occidentale et certaines parties de la Méditerranée, par exemple). La fonte des glaciers a pour conséquence une modification de la salinité des océans,

ce qui pourrait modifier la distribution des courants océaniques jouant un rôle majeur dans la régulation des températures et provoquerait la disparition de nombreuses espèces constituant la faune et la flore marine. Les modélisations montrent qu’avec un affaiblissement de la circulation thermo haline qui réduirait le réchauffement dans l’hémisphère nord, l’augmentation de l’effet de serre poursuivrait la monté des températures. -Augmentation des phénomènes extrêmes (tornades*, cyclones*, inondations, sécheresses…). -Déplacement des espèces animales et végétales vers les pôles et en altitude. -Floraison, reproduction des animaux, migration des oiseaux et apparition des insectes sont plus précoces. -Les phénomènes El Niño sont plus fréquents, plus longs et plus intenses au cours des vingt à trente dernières années, par rapport aux cent ans antérieurs. *(il semble néanmoins que la fréquence et l’intensité de ces derniers n’aient pas évolué ces dernières années, mais une augmentation d’intensité est jugée probable). Que projettent les différents scénarios mis en place ? On observe une grande disparité selon les modèles envisagés. Celle-ci s’étale de 0.6 à 4.0°C.

A2 est un modèle d’un monde hétérogène avec accroissement continue de la population mondiale. Le développement technologique est plus local et plus lent. B1 simule la même évolution de population qu’A1 mais avec une rapide évolution vers une économie de service et d’information, diminution de l’utilisation des matériaux, développement de technologies propres, et ceci à l’échelle mondiale. Enfin, B2 développe des solutions locales dans le sens de la viabilité économique, sociale et environnement tale, l’évolution de la population est similaire à A2 mais reste plus faible, le développement technologique y est plus hétérogène et plus lent. Ces scénarios ne prennent pas en compte d’initiatives climatiques comme l’application du protocole de Kyoto. D’après les modèles, la Terre se réchauffera de 1,8°C (scénario B1 : pollution la plus réduite) à 4°C (scénario A1Fl : pollution la plus forte) d’ici à 2100. Des estimations finalement assez proches de celles déjà proposées en 2001 (de 1,4 à 5,8°C), mais qui présentent cette fois-ci des marges d’incertitudes plus réduites. Il reste encore une foule de phénomènes à comprendre et d’incertitudes à lever tel que le rôle des océans dans l’absorption du CO2, le rôle des courants marins, la réaction de forets vis à vis de l’augmentation de la concentration en CO2 (de récentes études semble infirmer la théorie qui prévoit un dopage de la végétation par le CO2). Le rôle des nuages est encore très mal compris. Le travail du GIEC n’est pas terminé. En effet, il se réunira à Bruxelles début avril et à Bangkok début mai pour évaluer les impacts du réchauffement et les mesures à prendre. Affaire à suivre...

43


iSubway Magazine N°7

SPORT

C

inq candidats à la Présidentielle ont été auditionnés le 15 février par le Comité National Olympique et Sportif Français pour exposer leur conception du sport, qu’il s’agisse de son intérêt social et éducatif ou de financement. Marie-George Buffet a donné le coup d’envoi du colloque. L’ancienne ministre des Sports du gouvernement Jospin était évidemment en terrain connu. Elle a prôné le « développement du sport pour tous » et s’est notamment opposée à la cotation des clubs de football professionnels en Bourse. Pour développer le sport vers les filles et les personnes handicapées, elle propose le passage du budget des sports à 1% du PIB. Nicolas Sarkozy, qui est intervenu par le biais d’un message vidéo (déplacement à La Réunion oblige), a proposé 3% du budget en faveur du ministère des Sports. Exaltant des valeurs de travail, de mérite, et d’esprit d’équipe, le candidat UMP a surtout plaidé pour une amélioration de son traitement à l’école. Selon lui, le sport « doit faire partie du socle fondamental » des connaissances, faire partie « de tous les cursus ». Il propose une meilleure prise en compte des coefficients aux examens et le doublement des heures de sport à l’école. Il voudrait également créer un ministère des Sports et de la Santé. Dominique Voynet a pris le relais. La candidate des Verts a elle aussi insisté sur les valeurs du sport pour tous. « En m’inspirant des mots de Michel Platini, je dirais que bien sûr le sport est un facteur d’insertion, de cohésion, de tolérance, d’acceptation des différences, des règles. Mais c’est surtout un jeu, et pas seulement un vecteur, un

Les plans du cinq majeur

Aurélien Carpentier Devant le Comité national olympique et sportif français, les candidats à l’élection présidentielle se sont découvert une âme de grands défenseurs du sport. En vue : le vote de 15,5 millions de licenciés.

plaisir, et pas seulement un outil. C’est une fin en soi avant d’être une utilité ».   Un pacte sportif    Une utilité sociale. C’est ainsi que Ségolène Royal a traité du sport. C’était l’un de ses premiers thèmes. « Le premier apprentissage de la loi commune pour un jeune ou pour un enfant, c’est la règle sportive, c’est l’interdiction de tricher, c’est le respect de l’adversaire », a fait valoir la candidate socialiste. Elle a plaidé pour un fort développement de la pratique sportive notamment grâce à un « doublement du budget des sports ». Les professeurs d’EPS sont aussi dans la cible des candidats. Elle veut ainsi augmenter de 70% le nombre de postes au CAPES, afin de  pouvoir assurer la troisième heure d’EPS dans les lycées. L’ultime passage de témoin s’est fait en faveur de François Bayrou. Le candidat centriste a souligné le rôle « irremplaçable et clé » du sport « quand il s’agit de retisser un lien social aux endroits les plus fragiles de la société, là où l’Etat est absent », en référence au rôle des éducateurs sportifs  notamment dans les quartiers sensibles. Il a souligné le besoin d’augmentation de l’activité  physique à l’école et la nécessité d’aider le bénévolat, et proposé la création

44

d’un « plan épargne reconversion » pour aider les sportifs de haut niveau au moment de leur retour à la vie civile. Pas question pour lui de parler du budget qui serait alloué au sport, se moquant des « promesses fallacieuses » faites par ses concurrents.   « Nous ferons connaître ces déclarations aux 15,5 millions de licenciés pour qu’ils aient un éclairage supplémentaire dans l’isoloir », a déclaré en conclusion Henri Sérandour. Le président du CNOSF qui a annoncé qu’un « pacte » concernant le mouvement sportif serait soumis aux candidats présents au second tour de l’élection présidentielle. A l’image du « Pacte écologique » de Nicolas Hulot.


Mars/Avril 2007

SPORT

Un rugby passionant... en ProD2 ! Fabien Cazenave ont des noms bizarre dans le Q u’ils «Rugueby» ! La Pro D2 concerne donc ces équipes qui sont en 2ème division. Cette saison 2006-2007 est passionante. En effet, si le leader - Auch - est incontesté, le reste vit et c’est là que l’expression «C’est à la fin de le foire qu’on compte les bouses» prend toute son ampleur. En effet, si le 1er du classement monte directement en Top 14, les 4 poursuivants s’affronteront en play-off

Alors que le Tournoi des VI Nations a battu son plein, le temps semble s’être arrêté pour les fans de clubs en Top 14. Pourtant, pendant le «grand» tournoi, le championnat de Pro D2 continue... Toulon est un mélange d’histoire avec son fameux stade du Muguet, ses supporters qui savent faire monter la sauce et ses joueurs qui ont souvent été connus pour leur vertu du combat. Aujourd’hui, avec pour président l’éditeur des éditions du Soleil (très connu dans le monde de la

jamais développer ton jeu, quit à pourrir la rencontre. Les Bitterois du frère de Loulou Nicolin (les Poubelles bien sûr, mais aussi Montpellier chez les manchots du Foot) connaissent une petite mauvaise passe mais sont toujours dans la course. A eux de d’aller au charbon.

«La ProD2, c’est aussi un combat avec un paquet d’avant qui ne doit jamais se relâcher.» à la fin de saison pour obtenir le 2ème ticket. Et là, c’est de la folie où toutes les facettes du rugby se retrouvent. Par exemple, Le LOU (Lyon Olympique Universitaire) après s’être démené tout seul pour remonter en ProD2 a été pris sous son aile par les fouteux de l’OL qui leur ont donné de quoi bâtir un club de Top 14. Après un début de saison boulet de canon, le Lou a marqué le pas pour revenir à la lisière des play-offs et est prêt à croquer le premier qui lâchera un peu...

BD), le mythique néo-zélandais Umaga est venu faire une pige en cours d’année. Bon coup médiatique, des victoires à la clé et c’est tout le stade de la Rade qui se met à croire au retour dans l’élite des Rouge et Noir. Bézier a longtemps soutenu la comparaison avec les Gersois du FC Auch en début de saison. Mais ils ont commencé à lâcher du lest. La ProD2, c’est aussi un combat avec un paquet d’avant qui ne doit jamais se relâcher. Les équipes plus faibles ne laissent

La Rochelle et son jeu de 3/4... «La balle à l’aile, la vie est belle» comme dirait Pierre Salviac qui était rochelais. Mais sur le Vieux Port, la rumeur enfle : c’en est fini des déceptions à l’extérieur après la victoire à domicile. Ce temps là est révolu. Avec la menace pour l’équipe adverse d’un buteur comme le charentais Merceron, le pack emmène le ballon en terre promise grâce à sa défense de fer et son meneur Benjamin Cherrou. Peu de point bonus pour les Jaune et Noir mais une grosse équipe qui donne le moral à toute la Charente Maritime. Enfin la bonne pour le club du stade Deflandre ? La course est donc lancée aussi pour Dax qui continue à faire son beau jeu et qui espère bien exploser dans les playoffs où l’enjeu donnera à ceux qui font vivre la balle, comme leur collègue de La Rochelle, la place pour développer leur jeu. Gageons que le Rouge et Blanc pourrait bien faire flotter ses couleurs jusqu’à la finale. Alors qui montera ? Faîtes vos jeux !

45


Mars/Avril 2007

LE BILLET D’HUMEUR DE

Pierre-Antoine PELLE

Q

ui sera donc le prochain journaliste à être mis en quarantaine pour avoir soutenu officiellement un homme politique ou bien pour en fréquenter un ? Le sujet est des plus sérieux. Car il touche à différentes libertés mais aussi à la déontologie de la profession. Retour sur actu. 15 février, les dernières effluves de la Saint Valentin à peine envolées que sort sur le blog de Guy Birenbaum une vidéo, enregistrée en Novembre dernier, pendant une réunion privée rassemblant Alain Duhamel, des jeunes UDF de Sciences Po et l’une des responsables de l’UDF

Doit-on, empêcher un journaliste politique d’exprimer ses opinions en dehors du ou des médias pour lesquels il travaille ? depuis devenue Directrice de la campagne de François Bayrou. On voit donc Alain Duhamel confesser qu’il votera Bayrou en avril prochain. Cette vidéo, dont le journaliste ignorait l’existence, a fait l’effet d’une bombe. En quelques minutes plusieurs sites l’ont reprise. Rapidement les directions de France 2 et RTL ont rencontré le chroniqueur et ont décidé de le suspendre d’antenne durant la campagne électorale. Voilà pour  l’histoire. J’avoue, je suis assez partagé sur cette affaire. Peut-on, doit-on, empêcher un journaliste politique d’exprimer ses opinions en dehors du ou des médias pour lesquels il travaille ? Pourquoi tolère-t-on qu’un journaliste de presse écrite indique « son camp » mais pas un journaliste radio ou télé ? Eston bête au point de penser que chaque journaliste politique ne penche pas pour tel ou tel candidat ou parti? Ces hommes

et femmes qui commentent, analysent chaque jour l’information politique ont forcément une opinion personnelle qu’ils laissent de côté lorsqu’ils travaillent. Tout cela est assez hypocrite. Les propos de la vidéo datent de novembre 2006. Y a-t-il eu des soupçons de favoritisme envers Bayrou pendant ces 4 mois ? Non ! Ce journaliste est reconnu par tous comme quelqu’un d’intègre et  aujourd’hui on envisage qu’il pourrait s’être corrompu ? Ridicule. Doit-on empêcher ces journalistes de révéler leur penchant politique ? Certains disent «non», cela porterait le doute sur les propos du journaliste mais aussi du média qui l’emploie. D’autres disent «oui», car une opinion personnelle influence obligatoirement la réflexion du journaliste et qu’il serait donc plus sain de connaître leurs opinions politiques. Doit-on s’arrêter à la seule opinion politique du journaliste ? Doit-on prendre en compte l’opinion voire l’engagement du conjoint ? En somme Claire Chazal devrait-elle se retirer de l’antenne sous prétexte que son mari s’est clairement engagé auprès de Royal (NB: il a prononcé un discours à Villepinte) ? Les deux points de vue s’écoutent, s’entendent, et même s’acceptent. Je ne suis pas sûr que le silence qui prévaut aujourd’hui soit bon. On ne fait que se cacher les choses. Les journalistes ont des opinions politiques et qu’elles soient secrètes ou non elles influencent plus ou moins leur travail, leur réflexion. Il serait temps de se pencher sur le sujet après les élections. Il faut en parler, en discuter, car suspendre des journalistes pour avoir exprimé une opinion personnelle ou bien juste pour aimer un homme ou une femme politique n’est pas logique, pire cela ne respecte pas l’humain et les libertés fondamentales de notre société.

47


iSubway Magazine N°7

DOSSIER DU MOIS omme nous, le monde des médias évolue. Une évolution nécessaire, voire incontournable, pour garder sa place dans nos cœurs de consommateurs. Une évolution qui doit s’adapter aux progrès techniques mais aussi aux attentes du public. Pour faire face à ces nombreuses évolutions et éviter que tout cela ne tourne au grand n’importe quoi, pour éviter que chacun ne choisisse un système de diffusion différent des autres obligeant les consommateurs à acheter un système par chaîne ou station, le gouvernement a proposé en ce début d’année au vote du parlement une loi sur les médias du futur. Cette loi, très complexe et technique, couvre la télévision, la radio et internet. Le mot d’ordre est bel est bien le numérique. Si l’on sait que la télévision numérique est déjà là, quid de la radio numérique, quelle place aura internet dans ce nouveau paysage ? Et la télévision sur notre téléphone mobile ? Mais ce ne sont pas les seuls points abordés. La question du financement des œuvres audiovisuelles, les technologies, les équipements que devront avoir les français et leur coût… autant de questions auxquelles la loi répond. Cette loi, qui pourrait être perçue comme accessoire, est cependant très importante. Elle dessine les futurs contours du monde des médias d’ici à l’horizon 2011. Et quand un français consomme environ 4 heures de télévision par jour à quoi il faut ajouter la radio, le temps passé sur internet et demain la possibilité de recevoir du contenu audio et vidéo sur son téléphone portable, on comprend assez vite l’importance d’une telle loi…

C

Quels médias pour demain ? 48

DOSSIER DU MOIS

Dossier : Pierre-Antoine PELLE


Mars/Avril 2007

DOSSIER DU MOIS

DOSSIER DU MOIS

49


iSubway Magazine N°7

DOSSIER DU MOIS

La télévision du futur Pierre-Antoine PELLE Dans la nuit du 31 janvier au 1er février dernier les députés ont voté la loi dite de « la télévision du futur ». Au-delà des nombreux articles de cette loi qui réglementeront la télévision des prochaines années, elle marque la fin de la télévision analogique et confirme la date de la télé 100% numérique. Ainsi la France rattrape son retard en la matière, bien des années après la Grande Bretagne.

L la fin de la télévision analogique au e 30 novembre 2011 marquera donc

profit du numérique. A cette date 95% des Français recevront la TNT via leur antenne « râteau» si celle-ci est conforme. Pour les 5% restant, qui concernent les zones montagneuses, décaissées ou encore proches des forêts… Pour ces zones, donc, dites « zones d’ombres » l’Etat a prévu la mise en place d’une diffusion satellite pour l’ensemble des chaînes gratuites et payantes de la TNT. Une partie du coût de la diffusion sera pris en charge par l’Etat. L’équipement des foyers en zone d’ombre sera entièrement financé par l’Etat. En octobre 2006, 66% de la population était couverte. Une nouvelle vague d’émetteurs sera basculée courant 2007 permettant ainsi d’approcher les 95% de population pouvant recevoir la Télévision Numérique Terrestre. Rappelons au passage que pour recevoir la TNT vous devez possédez une antenne « râteau » récente et vous équiper d’un récepteur numérique (coût moyen 40 à 50€). Une loi « fourre-tout » qui mécontente Cette loi baptisée « Lois sur la télévision du futur » porte un peu mal son nom. Car comme le titrait il y a quelques semaines Libération cette loi est une loi « fourretout ». En effet, elle aborde en plus de la télévision, la TMP : Télévision Mobile Personnelle, la TVHD : Télévision Haute Définition, mais aussi la question du financement des créations audiovisuelles. Une loi qui pose les jalons du progrès ne peut que faire le consensus même dans

50

DOSSIER DU MOIS

nos sphères politiques. Et bien non ! Seul l’UMP a voté pour cette loi, PS, UDF et PC votant contre. Alors cette loi a-t-elle été victime de la pré-campagne électorale ? Non, simplement les députés PS, UDF et PC ne voulaient pas voter une loi qui offre un joli cadeau aux chaînes privées historiques : TF1, Canal+ et M6. En effet la loi prévoit l’attribution d’une chaîne bonus sur la Télévision Numérique Terrestre pour chacun de ces groupes. Cette chaîne bonus est là pour compenser le fait que le passage au tout numérique représente un investissement conséquent pour ces chaînes. En effet, entre 2005 (date de lancement de l’offre TNT) et 2011, TF1, Canal+ et M6 doivent supporter le coût d’une diffusion à la fois en analogique et numérique alors que les autres chaînes ne diffusent qu’en numérique. France Télévisions étant prioritaire pour l’attribution de certains canaux, le groupe ne bénéficie pas du système de chaîne bonus. Il n’y a pas que les députés qui sont mécontent, Patrick De Carolis est lui aussi en colère. Depuis plusieurs mois le PDG de FT demande la possibilité de couper les émissions de flux par de la publicité. L’UMP n’ayant pas répondu a cette demande, un député du parti radical devait déposer un amendement en ce sens. Or ce député n’était pas présent lors du vote ! Cette loi légifère aussi sur la création audiovisuelle. Actuellement chaque diffuseur doit payer une contribution qui permet le financement public de certaines œuvres. Or les FAI qui proposent des offres triplay (téléphone, internet et télévision)

y échappaient jusque là. La loi prévoit maintenant que les Fournisseurs d’Accès à Internet devront s’acquitter de cette contribution. Free qui était contre cette disposition a dû se résigner malgré une pétition signée par 500 000 internautes. Les FAI devront donc verser une contribution calculée sur un pourcentage du chiffre d’affaires lié à la télévision par internet. La HD pour bientôt La loi prévoit l’arrivée de la Haute Définition sur la TNT à l’horizon 2011, c’est-à-dire au moment de l’extension de l’analogique. Pour regarder les programmes en HD il faudra quand même être équipé d’un téléviseur « HD ready » et d’un décodeur gérant cette norme, la plupart des terminaux actuels le font. Actuellement NRJ12 diffuse certains de ses programmes en Haute Définition et un canal HD a déjà été attribué à France Télévisions qui l’activera en 2011. Ce canal devrait permettre la diffusion de grands événements sportifs et culturels. Les autres canaux seront attribués par le CSA courant 2010-2011. La loi sur « la télévision du futur » marque donc un tournant pour la France qui rattrape ainsi son retard en la matière. A partir de 2011-2012 la télévision sera partout et en masse. Pas moins de 20 chaînes sur la TNT et bientôt la télévision sur le téléphone mobile. Cette multiplication des supports qui diffusent les chaînes de télévision ne devrait pas favoriser la multiplication des opérateurs. On devrait rester avec les groupes actuels (TF1, France Télévisions, Canal, M6, Lagardère, Bolloré, NRJ, AB et NextradioTV), mais ces groupes devraient augmenter leur nombre de chaînes sans aucun doute. Certains envisagent déjà la reprise de certaines de leurs chaînes actuellement diffusées sur le satellite, l’adsl ou la câble sur le réseau TNT.


Mars/Avril 2007

DOSSIER DU MOIS

La radio numérique enfin sur les rails Pierre-Antoine PELLE Un rêve, voire un fantasme pour certains. Beaucoup l’attendaient, en parlaient, mais depuis des années on ne voyait rien venir. Il y a presque trois un pas important a été franchi. 2006 a vu une nouvelle étape dans l’histoire de la naissance de la radio numérique.

E

n octobre dernier le CSA a lançé une grande consultation sur la radio numérique. Avant de vous en dire plus sur cette consultation qui pose les bases de la radio numérique, vous devez certainement vous demander : mais pourquoi passer la radio en numérique. Les raisons sont multiples. D’abord le but principal est d’offrir aux auditeurs une meilleure qualité d’écoute mais aussi plus de stations et de services. En effet le numérique permettra d’augmenter le nombre de canaux de diffusion sur une même zone géographique, ainsi chaque ville pourra disposer d’un nombre plus important de stations, pour peu que les stations veuillent diffuser dans ces zones. Autre avantage les services. En plus de véhiculer du son les canaux numérique peuvent transporter des informations comme le titre du morceau diffusé, le nom de l’artiste ou encore les dates des concerts de l’artiste dans votre région etc… Une loi cadre et des consultations La loi du 9 juillet 2004 posait le cadre juridique de la radio numérique en France. Depuis le CSA a lancé différentes consultations auprès des professionnels du secteur et d’industriels. En 2005, et dans le cadre de la loi de 2004, le Conseil Supérieur de l’Audiovisuel lance une première consultation générale explorant l’ensemble des voies de numérisation. 4 scénarios ont été recensés. Le développement de la radio numérique sur les bandes dédiées III et L semble rassembler le plus d’avis positifs. La diffusion sur la bande actuelle ou mixte : hertzien/satellite n’ont pas séduit les professionnels du secteur. En effet se

posent des questions de disponibilité de ressource et de coûts de diffusion. Les résultats, encourageants, de cette étude ont conduit le CSA à lancer une nouvelle consultation mais cette fois ci publique. Le 3 octobre 2006 le CSA lance donc une consultation ouverte à tous depuis le site internet du Conseil. Une consultation préalable au lancement éventuel d’appels aux candidatures en vue de l’attribution d’autorisations pour des services de radio numérique. Le conseil a reçu une centaine de contribution provenant d’éditeurs, d’organisations professionnelles, de diffuseurs et d’opérateurs satellite. Comme pour la télévision, la radio connaîtra une période de diffusion mixte avec à la fois le numérique et l’analogique. Les radios associatives ont attiré l’attention du CSA sur le coût du passage de l’analogique au numérique, la plupart ne pourront pas assurer seul ce passage. Le CSA devrait interroger l’Etat sur une possible aide financière pour les radios associatives via le fond d’aide aux radios. Le lancement de la radio numérique devrait se faire assez rapidement, mais peut être pas avant 2011 étant donné qu’une partie de la bande III est occupée par les programmes analogiques de Canal+. Il faut aussi déterminer l’importance des ressources disponibles sur les bandes III et L, ainsi les acteurs du secteur pourront se lancer en connaissance de cause. Les éditeurs de services radiophoniques souhaiteraient utiliser la bande L lorsque la bande III est saturée dans certaines zones géographiques (comme les grandes agglomérations) ou pour les radios locales et associatives.

Les professionnels appellent à un lancement des appels d’offres dès 2007, mais il ne faut pas oublier le plan FM actuellement en cour. Ce plan a pour but de réorganiser les fréquences analogiques pour permettre d’augmenter le nombre de stations pour chaque zone géographique. Le CSA indique à la suite de cette consultation que les appels d’offres pour le numérique ne sera lancé dans les CRT qu’une fois la procédure analogique du plan FM finie. Certains CRT pourront donc lancer les appels d’offre pour la radio numérique dès cette année. On peut se demander si il est encore utile de maintenir le plan FM, celui-ci devient inutile à moyen terme puisque la bande FM devrait disparaître lors du passage au numérique. Les professionnels souhaitent le maintient de ce plan car aucune date pour le lancement de la radio numérique n’est déterminée et encore moins pour la date de la fin de la radio analogique. De plus la structure de notre paysage radiophonique et l’importance des petites radios qui ne possèdent pas beaucoup de moyens financiers font que la période de transition devrait être plus longue que pour la télévision. L’équipement des ménages en radio numérique sera aussi plus long, car là où un seul récepteur est nécessaire pour la télévision il faut pour la radio un récepteur fixe (chaîne hifi), baladeur (radio portable, lecteur MP3/radio) sans oublier l’autoradio. Tous les ménages ne pourront changer leur matériel en une seule fois et en même temps. La radio numérique voulue mais pas à n’importe quel prix La loi sur « la télévision du futur » affirme le lancement prochain de la radio numérique. Maintenant que celle-ci est inéluctable il reste un enjeu énorme à la fois technique et politique : celui des normes de diffusion que le ministère de l’industrie choisira dans les semaines qui viennent. D’un côté, le GRN (Groupement pour la Radio Numérique qui rassemble : RTL France, Radio France,

DOSSIER DU MOIS

51


iSubway Magazine N°7

DOSSIER DU MOIS

Europe 1, NRJ et les Indépendants) dont Paris. « La numérisation doit aller dans le la numérisation de la radio ne s’annonce certains opérateurs sont aussi dans la sens du collectif et pas d’une petite bande pas pour autant comme facile. Comme télévision et la téléphonie, préconise une d’industriels », a déclaré Joël Pons, président pour la Télévision Numérique Terrestre norme qui garantisse la plus haute qualité du comité Digital Radio Françaises. « il y aura certainement bataille autour des et associe de l’image à la radio (coulisses, Si seuls les «gros» des télécoms et de la normes de compression, chacun avançant météo, vidéos...). A cette technologie, télévision étaient reconnus, ce serait un ses arguments pour telle ou telle norme. plusieurs groupements de radios reprochent danger. ». Au Royaume-Uni, où la radio Autre interrogation le matériel de réception son coût et le risque que seuls les grands numérique a été lancée sans pouvoir des nouveaux programmes. Aucune date groupes obtiennent des fréquences. accueillir toutes les radios existantes, les de sortie des premiers récepteurs fixe Le comité Digital Radios Françaises (DRF), stations restées en FM ferment faute de ou mobile n’est encore annoncée par les l’association Digital industriels, ceux-ci étant «Le groupe pourrait lancer au moins de aussi dépendants de la Radio (DR), le Syndicat National des Radios juin, un bouquet de chaînes gratuites norme qui sera choisie. Libres (SNRL), entre On ne connaît pas non autres, demandent que disponibles via le satellite et l’ADSL, plus le coût exact de plusieurs des normes ce type d’équipement. afin de contrer CanalSat.» européennes soient Dans les pays possédant reconnues, et non une seule. Pour que revenus suffisants. En acceptant plusieurs déjà la radio numérique le coût moyen conformément à la loi, toutes les radios technologies, compatibles avec celles que d’un poste de réception fixe est de 100 existantes puissent passer au numérique à testent les autres pays européens, nous à 200 euros, pas vraiment accessible moindre coût, et que de nouvelles stations pourrions satisfaire tout le monde et créer aux petits budgets. Le « pluralisme » du thématiques voient éventuellement le jour. un marché européen pour de nouveaux paysage est l’objet de toutes les attentions Représentant des radios nationales mais récepteurs.» de la part du gouvernement et du Conseil aussi une partie des 800 stations associatives Supérieur de l’Audiovisuel comme l’on françaises (soit 10 % de l’audience Après la libéralisation des radios en 1981, indiqué récemment Laurence Franceschini, nationale), ces opposants au choix du GRN le passage au numérique s’annonce comme directrice de la direction du développement ont fait connaître fermement leurs craintes la deuxième révolution de ce média. des médias et Rachid Arhab, responsable lors du salon Radio !, lieu de rencontre des Voulue par tous : professionnels, autorités du groupe de travail sur la radio numérique professionnels de la radio chaque année à de régulation, politiques et consommateurs au CSA

TF1 pourrait lancer un bouquet de chaînes gratuites Romain AMARO

52

DOSSIER DU MOIS

TF1 n’est pas l’une des grandes gagnantes depuis l’arrivée de la TNT en France en mars 2005. Avec la multiplication des chaînes gratuites (18 aujourd’hui), les téléspectateurs ont plus de choix et la première chaîne d’Europe voit ses audiences s’éroder au fil du temps. En effet, la Une a perdu sur un an 0,7 pts de part de marché, et perd même entre le mois de janvier dernier et le mois de janvier 2006 1,3 points (passant de 32 à 30,7% de part de marché). Le fait que TF1 détienne à elle seule 97 des 100 meilleures audiences en 2006 toutes chaînes confondues n’arrange rien. Les résultats nets des bénéfices de TF1 sont en baisse en 2006, avec une perte de 9,9%. C’est pourquoi le groupe pourrait lancer au moins de juin (au plus tard septembre), un bouquet de chaînes gratuites disponibles via le satellite et l’ADSL, afin de contrer CanalSat (qui a fusionné avec TPS, ex-filiale de TF1) et d’attirer les téléspectateurs qui s’éparpillent sur les chaînes gratuites actuellement présentes sur la Télévision Numérique Terrestre. Dans cette optique, TF1 a racheté 33% du groupe AB (RTL9, AB1, NT1, Histoire, Chasse et Pêche,…), qui devrait lancer dans les semaines à venir cinq nouvelles déclinaisons de la chaîne RTL9, qui devraient alimenter le futur bouquet gratuit de la Une. Ce bouquet devrait réunir une dizaine de chaînes dont TF1 (aussi en version HD) ; TFou, Histoire, Odyssée, Jet, une chaîne d’humour, une chaîne musicale et les déclinaisons citées cidessus.


iSubway Magazine N°7

TELEVISION

Qui se cache derrière Nonce Paolini ? Romain AMARO L’annonce a été faite fin février, par l’acteul PDG de TF1, Patrick Le Lay. C’est Nonce Paolini qui reprendra les commandes de la chaîne.

N

talentueux PDG, et des épreuves qu’il devra affronter à la direction de TF1.

Seul son nom ne nous laisserait pas oublier ses origines corses, puisque l’homme au caractère bien trempé, n’hésite pas à investir corps et âme dans sa carrière professionnelle, passant certaines de ses journées à travailler sans une heure de sommeil. Calme, serein dans toutes circonstances, même les plus difficiles, Nonce (à prononcer nonché) a su garder un peu de son passé en conservant sa maison familiale de Ghisonaccia sur la Costa Serena, alors que sa vie rime aujourd’hui avec le stress et le prestige parisien. Petit détour de la vie de ce

Un parcours qui l’a forgé C’est à Ivry-Sur-Seine que Mme Paolini a mis au monde le 1er avril 1949, Nonce, qui deviendra 58 ans plus tard, l’un des hommes les plus respectés dans le monde de la télévision. Loin des montagnes corses, Nonce Paolini a suivi des études de lettres, dont il finira par décrocher le diplôme et intégrer la prestigieuse école de Sciences Pô. C’est en 1973 que la carrière de ce corse continental débute, lorsqu’il entre chez EDF, entreprise dans laquelle il restera quinze années et où il exercera des responsabilités opérationnelles et d’Etat Major. C’est en homme comblé, marié et père de trois filles : Marion, Emma et Raphaëlle, qu’il prend le poste de directeur des Ressources Humaines en 1988 dans le groupe de travaux publics Bouygues. Par la suite, il sera au sein du groupe chargé de la direction centrale de la communication externe où il démontrera une nouvelle fois tout son savoir-faire. C’est donc tout naturellement qu’en 1993, TF1 va lui accordé sa confiance et va le nommer au poste qu’il connaît bien, celui de DRH, avant de le faire évoluer en directeur général adjoint. Patrick Le Lay en fait alors son principal bras-droit, et au fil du temps, Nonce va gagner en assurance et en autorité. C’est sous l’ordre de son supérieur

icolas De Tavernost (Président du directoire d’M6), ou encore Bertrand Méhent (de Canal+) faisaient parti des nombreuses personnes à vouloir décrocher LE poste dont tout le monde rêve : celui de devenir le roi de TF1 ! Et pourtant, aucun de ces deux prétendants n’accédera à la présidence de la première chaîne d’Europe, qui s’apprête à tourner une page majeure de son histoire. C’est le 21 février que Patrick Le Lay a annoncé lors du Conseil d’administration qu’il quittera au mois de mai la direction opérationnelle de TF1. Néanmoins, il restera pendant quelques temps encore (pour éviter une brutale fracture) Président de la chaîne, et la direction générale sera confiée à un autre homme, déjà bien connu du groupe pour y avoir longtemps travaillé, et actuel Directeur Général de Bouygues Telecom. Vous l’avez bien sur démasqué : Nonce Paolini.

54

qu’il n’hésitera d’ailleurs pas à affronter Anne Sinclair pour lui annoncer qu’elle doit quitter le navire alors qu’elle tenait toujours la barre de son émission 7 sur 7. Fier de son poulain, c’est sans hésitation que Le Lay va lui confier la tâche la plus difficile que Paolini ai connu : déménager et numériser la chaîne d’infos LCI ! En véritable Ethan Hunt, Nonce accepte la mission, celle de débrancher la chaîne et de réinstaller toute la rédaction à côté de TF1 et avec de nouveaux matériels, et tout ceci en une seule nuit ! C’est avec un sang-froid sans précédent que le futur remplaçant de l’Homme le plus puissant des médias -ou l’un des plus puissants- réussi la mission qu’on lui a confié. Dans une soif de conquête, le dauphin de Le Lay désire évoluer et fait savoir que le poste de la direction des programmes l’intéresse. Mais le PDG de TF1 ne peut lui offrir, et pour éviter de le froisser, il lui conseille plutôt bien- de continuer pour le moment sa carrière chez Bouygues Telecom… carrière aujourd’hui plus que réussie. Après plusieurs années de passer dans le groupe Bouygues, il est donc tout à fait normal que Le Lay ait pensé à son acolyte de toujours. Un poste qui ne sera pas de tout repos Même si Nonce Paolini en a déjà vu de toutes les couleurs, son futur poste ne sera pas de tout repos ! TF1 a annoncé une baisse de son bénéfice en 2006, et l’arrivée de nouveaux modes de diffusion audiovisuelle ainsi que des nouvelles chaînes de la TNT bouleversent totalement la donne. La place de numéro 1 qu’occupe aujourd’hui la Une à travers l’Europe, avec ses 50% de parts de marché publicitaires en France pourrait être remise sur le marché ! Le principal objectif de Nonce Paolini sera donc de faire garder au groupe sa suprématie européenne. TF1 perd de l’argent, mais aussi en audiences… Le futur bouquet satellite de chaines gratuites que prépare TF1 va-t-il redynamiser la chaine ? La plateforme Wat.TV, qui a enregistré 713.000 visiteurs uniques en janvier dernier, devra ne pas être laissée de côté, puisque la survie du groupe passe la diversification et le développement de tous les médias (malgré l’échec de TF1 Mobile abandonné il y a peu). Autre dossier complexe sur lequel Nonce Paolini devra se pencher : la numérisation de TF1 d’ici à l’horizon 2011 qui a été imposé par le projet de loi sur la télévision du futur. Débuts en fanfare donc pour cet amateur de jazz !


Mars/Avril 2007 TELEVISION

50 ans d’émissions politiques Aucune émission politique actuelle n’a le succès, la notoriété et le statut des grands rendez-vous des années 70 et 80. A la télévision, la politique se trouve désormais au purgatoire et il n’est pas exclu qu’elle descende aux enfer ». Ce constat est fait par Alain Duhamel, et il prend encore plus de poids lorsque l’on sait qu’il est l’un des rares journalistes à avoir vécu depuis les coulisses les différentes évolutions des émissions politiques à la télévision française. De Armes égales en 1970 à A vous de juger en 2006, Alain Duhamel s’impose comme un observateur implacable de ce type de programme. L’histoire des émissions politiques remonte aux années 50 avec Face à l’opinion en 1954.

«

Pierre-Antoine Pelle 2007, année électorale par excellence, est l’occasion de revenir sur cinquante années d’émissions politiques à la télévision. Depuis Face à l’opinion jusqu’à J’ai une question à vous poser... Tout commence donc en 1954 avec Face à l’opinion, une émission de débat entre un homme politique et des journalistes de presse écrite. Cette émission fut suivie de nombreuses autres comme Faisons le point, Problèmes de gouvernement ou Liberté de l’esprit. La présidentielle de 1965 vit l’adaptation d’une émission américaine Meet the Press devenue chez nous Face à face avec Igor Barrère et Jean Ferran. L’émission inaugure le débat entre deux hommes politiques, mais elle s’arrête en avril 1968. Le temps des débats Il faudra attendre deux ans avant de retrouver un nouveau programme.

A armes égales débute donc en 1970 et confirme la formule de l’opposition entre deux hommes politiques. Dès lors le journaliste endosse plus le rôle d’arbitre. Durant les années 70 et 80 deux formules d’émissions politiques cohabiteront : le débat et la conférence de presse, un homme politique répond à divers journalistes. L’actualité en question, Les trois vérités, Actuel 2, Cartes sur table ponctueront les années 70, Le grand débat de Jean-Marie Cavada marquera le début des années 80. Les années 80 verront une désaffection du grand public  pour les grands rendezvous politiques obligeant dirigeants de chaînes, producteurs et journalistes à trouver des formules plus attractives.

55


iSubway Magazine N°7

TELEVISION

Copyright M6 – Morell

Quatre émissions porteront la marque de cette volonté de renouvellement : L’Heure de Vérité de François Henri de Virieu de 1982 à 1995, l’émission mise sur l’interactivité avec les téléspectateurs. Question à domicile avec Anne Sinclair et Pierre Luc Séguillon  de 1985 à 1989 qui introduit l’intimité des politiques dans nos salons. Sept sur Sept et son dosage subtil entre politique et actualité et enfin Les absents ont toujours tort en 1991. Les années 90 verront naître un mouvement de refonte des émissions politiques. C’est la fin de la «politique paillettes» et des émissions politiques à 20h50, hors campagne électorale. Les chaînes renoncent au grand public pour ce genre de programme. L’Heure

56

Copyright France 5 – Guyon

de vérité glisse le dimanche midi avant d’être remplacée par Polémiques puis Dimanche midi Amar. Fin 2001, après avoir remplacé Sept sur sept par les émissions de Michel Field et Ruth Elkrief TF1 retire l’une de ses seules émissions politiques pour y placer 7 à 8. Puis c’est au tour de Répondez-nous avec PPDA d’être retiré de l’antenne marquant ainsi la fin des émissions politiques pour la première chaîne. Avec une sixième chaîne complètement absente de ce genre de programme seul le service public produit des émissions politiques notamment à 20h50. Du début des années 2000 ressort un constat implacable : les français se désintéressent de la politique et de la parole des politiques. Un constat qui se concrétise par des audiences moyennes,

Copyright France 5 – Guyon

hors périodes électorales, pour les très rares émissions encore diffusées. Les politiques doivent pouvoir s’exprimer pour reconquérir le public et notamment le jeune public. Mais comment toucher ce public ? C’est ainsi que les hommes et femmes politiques vont investir les plateaux des talk-show. Karl Zéro, Michel Drucker, Marc Olivier Fogiel ou encore Thierry Ardisson, tous, ont accueilli, accueillent et accueilleront des hommes et des femmes politiques. Certes le message politique est dilué car toutes les questions ne portent pas sur la politique pure : la vie privée, les coulisses du pouvoir sont parfois préférées aux débats de fond. Nombreux regretteront cette politique spectacle ou encore cette politique canapé. La deuxième partie


Mars/Avril 2007 TELEVISION

des années 90, notamment 1995 et son élection présidentielle verront arriver à la télévision les «non journalistes». Les interventions des experts, des spécialistes ou même des profanes se multiplient sur les plateaux télé. Mais en soit cela n’est pas une innovation, suffit de regarder l’émission Les absents ont toujours tort de Guillaume Durand en 1991. 2004 marque le retour à un format plus traditionnel de l’échange politique. 2006, un bon cru ? L’année 2006 sera-t- elle un bon cru en matière d’émission politique ? Une chose est sûre, c’est que la réponse dépend principalement de la qualité du débat politique. A deux mois du premier tour de l’élection présidentielle et après deux mois de pré-campagne, on peut sincèrement penser que cette année sera bonne. Pour répondre à l’intérêt des français pour cette élection les chaînes multiplient les rendez-vous politiques et renouvellent les formules en s’inspirant d’internet. TF1 consacre quatre lundi soir à un grand prime time : J’ai une question à vous poser, d’autres émissions devront suivre pendant la campagne officielle. France 2 installe plus régulièrement A vous de juger avec Arlette Chabot, France 3 diffuse un prime axé sur les régions. Canal+ a recruté en septembre dernier Laurence Ferrari qui a pour, entre autres,

mission de couvrir avec un regard différent la campagne. Même M6, jusque là absente de ce type de programme, vient de lancer son émission, 5 ans avec... qui se donne comme objectif de mieux connaître l’homme ou la femme qui se cache derrière le candidat ou la candidate à l’élection.. Et il faut reconnaître que le succès est au rendez-vous. TF1 avec son émission J’ai une question à vous poser a réuni 8, 2 millions de téléspectateurs pour l’émission avec Nicolas Sarkozy, 8,9 millions pour l’émission avec Ségolène Royal.. France 2 réalise de bonnes audiences avec A vous de juger, idem pour Canal+ et Dimanche +. A côté de cela les nouvelles émissions de France 2 : Un dimanche de campagne et celle de M6 5 ans avec… n’ont pas vraiment rencontré leur public pour leur premier numéro. J’ai une question à vous poser ou A vous de juger surfent sur le succès d’internet. Internet qui, en 2006, s’impose comme l’autre média de cette élection. Internet a pour principe de donner une large place à l’expression libre à travers les blogs, les forums ou encore les chats. Chacun d’entre nous peut devenir « journaliste amateur». Face à ce succès les chaînes reprennent à leur compte cette forme de nouvelle démocratie. J’ai une question à vous poser met face aux candidats cent français qui s’expriment sans filtre. Sur France 2 c’est encore plus criant : SMS,

webcam et français sur le plateau. Les français prennent le pouvoir. Cette nouvelle donne a le bienfait de rendre la parole aux français et ainsi de les intéresser un peu plus à la politique. Mais c’est sans compter sur les journalistes. Nombreux sont ceux qui disent qu’un débat électoral de qualité passe forcement par une bonne contradiction face aux candidats. Et qui seraient les mieux placés pour opposer une bonne contradiction aux hommes et femmes politiques ? Les journalistes ! Le syndicat des journalistes de France 2 a même diffusé une pétition pour le retour des journalistes au sein des émissions politiques. Cette année est peut-être une année charnière pour les programmes politiques : succès des émissions en prime time, parole donnée aux français, utilisation des ressources offertes par internet, place importante des experts et spécialistes dans les émissions d’analyses comme C’est dans l’air ou N’ayons pas peur des mots... Mais ces succès se confirmeront-ils tout au long de la campagne ? Le mouvement s’essoufflera-t-il après ou continuera-t-il avec les législatives ? Quid après ces deux échéances importantes ? Réponses dans les semaines à venir...

57


iSubway Magazine N°7

TELEVISION

est aussi un des points qui explique cette crise. En effet avec l’avènement des chaînes d’information en continu et internet, les consommateurs ou lecteurs veulent une information rapide à lire, complète mais aussi mise à jour le plus souvent possible. Il leur faut aussi des points de vente proches de leurs lieux de travail ou de passage. Et la presse écrite n’est pas en mesure de répondre à ces dernières demandes. Difficile pour un quotidien imprimé de fournir une information renouvelée tout au long de la journée ; concernant la distribution , là aussi les quotidiens ne maîtrisent pas le système ; celui-ci est entièrement géré par les NMPP qui viennent d’ailleurs de lancer un plan de diversification des lieux de vente en privilégiant les lieux de passage et de transit notamment dans les grandes villes. Il faut donc que les groupes de la presse écrite mutent, que leur métier, leur façon d’aborder, de présenter l’information évoluent.

La presse écrite en crise Pierre-Antoine Pelle La presse écrite est en crise, cela ne date pas d’hier mais les chiffres de 2006 confirment la tendance. 2007 devrait être un peu meilleur pour certains titres alors que d’autres devraient disparaître du paysage de la presse nationale.

C

ela fait déjà bien longtemps que la presse écrite de notre pays est en crise. Crise éditoriale mais surtout financière, concernant surtout la presse d’information qui doit faire face à la concurrence des chaînes d’information continue, d’internet et maintenant des services de la téléphonie mobile. « France Soir », « Le Monde », « Le Parisien » ou plus récemment « Libération » tous ces titres sont ou ont été en perte de vitesse ces dernières années. Et il faut reconnaître que les chiffres de 2006, parus pour certains en février, confirment la tendance. Mais les perspectives pour 2007 semblent « encourageantes » pour certains groupes

58

de presse. La crise que traverse la presse écrite française ne date pas d’hier. Et les raisons en sont multiples. Cette crise concerne principalement la presse d’information quotidienne payante, les magazines hebdomadaires qu’ils soient d’information, spécialistes ou encore de divertissement souffrent beaucoup moins, voire pas du tout. Les raisons sont donc multiples. Tout d’abord il y a la concurrence : presse gratuite, internet, chaîne d’information en continue et plus récemment la téléphonie mobile. Tous ces nouveaux médias sont autant de concurrents pour la presse écrite. L’évolution des modes de consommation

Presse payante qui pleure, presse gratuite qui sourit Chaque début d’année les NMPP (Nouvelles Messageries des Presses Parisiennes) publient leur rapport sur l’évolution de la presse en France. Dans le courant du mois de février le rapport 2006 est tombé. Et le moins que l’on puisse dire c’est que les chiffres ne sont pas bons pour la presse payante quotidienne, à quelques exceptions près. Si « Aujourd’hui en France », « Les Echos » et « L’Equipe » se tirent d’affaire, ce n’est pas le cas pour le reste des titres. Libération a vu ses ventes chuter en kiosque de 11,5% entre 2005 et 2006. Le quotidien paye sévèrement la crise des derniers mois. La restructuration engagée par la nouvelle direction - accès sur le site internet et une nouvelle formule - devrait pouvoir inverser la tendance ; en tout cas c’est ce qu’espèrent les actionnaires qui annoncent l’équilibre financier pour cette année. Le Monde et le Figaro ne sont pas en meilleure forme avec une baisse de 6% de leurs ventes en kiosque et cela malgré leur nouvelle formule. Le groupe « Monde » (qui se compose du quotidien et de son imprimerie) a annoncé une perte de 4,5 millions d’euros en 2006 contre 7,5 en 2005. En 2007, Jean-Marie Colombani prévoit une perte réduite à 1 millions d’euros et un plan de développement stratégique pour « La vie » et les éditions « Fleurus » qui appartiennent au groupe. Pour le Figaro le redressement passe par


Mars/Avril 2007 PRESSE

La presse people : le vent en poupe !

internet et ses revenus publicitaires. En plus du site premium, figaro.fr, le groupe va lancer deux journaux en ligne consacrés à la Bourse et au Patrimoine. Deux sites entièrement gratuits qui auront pour but de proposer « une information en temps réel, d’approfondir les sujets qui font l’actualité et de proposer des exclusivités » A l’opposé, la presse gratuite est en forme. Si peu de titres communiquent sur le nombre d’exemplaire ou les performances financières, Métro France ne se gène pas. En effet pour la deuxième fois de son histoire le quotidien gratuit a enregistré un résultat d’exploitation positif à 2,1 millions

rassemblé toutes ses activités médias et publicitaires en une même structure. Une telle réorganisation s’accompagne souvent d’un plan de restructuration et d’économie. Lagardère n’y échappe pas. Didier Quillot, président du directoire de Lagardère Active, a annoncé fin janvier le possible arrêt de plusieurs titres « déficitaires et dont la croissance du chiffre d’affaires est négative ». 7 à 10% des effectifs du groupe seraient concernés par la fermeture de ces titres. Si aucun titre n’a été nommé, le quotidien « Le Monde » pense que 20 seraient concernés. « Top famille » est le premier titre à être arrêté par Lagardère.

«Cette crise concerne principalement la presse d’information quotidienne payante, les magazines hebdomadaires qu’ils soient d’information, spécialistes ou encore de divertissement souffrent beaucoup moins, voire pas du tout.» d’euros contre 0,3 millions en 2005. Métro distribue 880 000 exemplaires dans 12 grandes villes, +34% en un an. Dans le même temps Bolloré et Le Monde lancent « Matin plus ». Avec 52 millions d’euros d’investissements sur 5 ans, Bolloré montre bien que le secteur de la presse gratuite se porte bien, surtout financièrement, même si il faut patienter jusqu’à 7 ans pour un bon retour sur investissements. Il y a quelques mois, et pour faire face à l’évolution du monde des médias, le groupe de Arnaud Lagardère s’est réorganisé. En créant Lagardère Active, le groupe à

Cette décision a d’ailleurs donné lieu à une manifestation des salariés devant le siège du Monde qui est co-propriétaire du titre. Si certains titres semblent condamnés, d’autres sont à la limite. Pour ceux-là Lagardère a décidé de leur donner une nouvelle chance. « Première » inaugure ce plan de relance avec une nouvelle formule dès le 5 mars. Le mensuel s’ouvre à l’ensemble des thématiques culturelles en lien avec le cinéma : DVD, VOD, Internet… « Première » devient plus féminin, plus glamour. Cette relance s’accompagne d’un important plan média de 1,5 millions d’euros !

S’il y a une presse qui ne s’en fait pas, c’est bien la presse people. Elle ne s’est jamais aussi bien portée en France. Voici est en tête de ses ventes avec des records en 2006. La preuve en est le nombre de nouveaux titres parus en 2006. En 2005 Public et Closer ont plusieurs fois dépassé les 500 000 exemplaires et les chiffres 2006 s’annoncent tout aussi bons. La recette du succès est simple : du people, des scandales, des potins et des news. Et certains titres ne renoncent à rien et passent allégrement les derniers tabous que nous avions. « Public » édite des photos de Ségolène Royal en maillot de bain, « Bon Week » révèle la relation entre Marie Drucker et François Barouin, Ministre de l’outre mer. Le succès n’a pas de prix… pour certains. D’ailleurs « Bon Week » paye les pots cassés de cette politique. L’hebdo a fermé boutique en raison des très nombreux procès des stars, procès qui risquaient de faire basculer les comptes dans le rouge. La presse française d’information est donc en crise. Pourra-t-elle en sortir ? Oui mais à condition d’accepter de faire évoluer son métier. Finis les titres centrés uniquement sur une édition papier. Désormais les lecteurs veulent chaque jour retrouver dans une même édition un tour du monde de l’actualité, une analyse pointue des grands événements, sans oublier les grandes enquêtes d’investigations mais aussi pouvoir consulter en ligne l’actualité en temps réel avec la qualité du quotidien. Il faudra aussi que la presse vienne à la rencontre des lecteurs comme le fait la presse gratuite aujourd’hui. A ce titre Nicolas Sarkozy envisage une modification du mode de distribution de la presse en le rendant plus proche des lieux de passage et en augmentant les lieux de vente. Mais la transformation ne se fera pas sans douleur et sans heurt. Changer en profondeur n’est pas si simple et évident, surtout quand cela dure depuis des décennies. Pas évident de passer du papier au numérique sans froisser ou prendre des risques. Mais cette évolutionrévolution est incontournable, inévitable si la presse payante ne veut pas disparaître un jour ou pire devenir marginale. L’avenir nous dira ce qu’il réserve à notre presse d’information payante.

59


iSubway Magazine N°7

TELEVISION

L’Europe de l’Est, nouvel eldorado Mathieu Rembart L’affaire Vilnius, au-delà du drame Marie Trintignant/Bertrand Cantat, a porté les projecteurs sur un nouveau secteur de délocalisations : les tournages cinématographiques. Un nombre croissant de productions se tourne désormais en Europe de l’Est…

M soutenir les productions tournées algré les aides octroyées pour

dans les différents studios agréés en France, les délocalisations des tournages cinématographiques sont de plus en plus fréquentes vers les pays de l’Europe de l’est. La France n’est pas le seul pays à connaître des délocalisations dans ce domaine ; d’autres états comme les Etats Unis sont touchés par ce phénomène. C’est ainsi que nombre de producteurs emmènent toute leur petite troupe de comédiens vers la Tchèquie, la Hongrie, la Roumanie ... Essayons d’étudier les différentes raisons qui motivent ces choix : qualités des studios locaux, moindres coûts de la main d’oeuvre trouvée sur place, aides proposées par certains états, paysages… Commençons par faire un petit tour en République Tchèque, à Prague plus précisément, ville que certains n’hésitent plus à qualifier «d’Hollywood européen». La raison de l’afflux d’un grand nombre de sociétés de productions dans cette ville est tout d’abord l’ouverture du plus grand

60

studio insonorisé d’Europe : les studios Barrandov, aujourd’hui mondialement connus pour leur qualité irréprochable. C’est entre autre dans ses murs qu’ont été tournés les derniers James Bond, Oliver Twist, Prédator, Mission Impossible, La mémoire dans la peau, ... Les sociétés de productions de tous les pays y ayant travaillé y retournent car ils se disent séduits par un excellent mélange qualité/prix qu’ils ont du mal à retrouver ailleurs. En effet, hormis les considérations financières, le travail des cinéastes locaux est une des raisons clefs de leur succès. Amadeus, le précurseur C’est Milos Forman qui a, en quelque sorte, lancé la mode en 1984 quand il a décidé de se rendre dans son pays d’origine pour y tourner son célèbre «Amadeus». Barbara Streisand a enchaîné, quand elle est venue y tourner son magnifique et inoubliable Yentl. Le résultat de ces deux tournages, on ne peut plus réussis, ont démontré le savoir faire des professionnels tchèques dans des domaines aussi variés que la décoration, la

construction de décors, la qualité de leurs cascadeurs, ... tout y était parfait pour un budget incomparable à ce qu’ils pouvaient trouver partout ailleurs, que ce soit dans les autres pays d’Europe ou même aux Etats Unis. Certains producteurs ayant choisi de rester malgré tout dans leur pays d’origine pour réaliser leurs oeuvres font quand même venir certains spécialistes tchèques sur leurs tournages, c’est le cas de certains cascadeurs que l’on a retrouvés notamment dans le dernier Titanic. Difficile de trouver des ateliers de 1000 mètres carrés de surface, de 12 mètres de hauteur, ainsi qu’un atelier de 2000 mètres carrés de surface et de près de 14 mètres de haut, les trois pouvant s’assembler afin de créer un studio gigantesque de 98,5 mètres de long et de près de 4000 mètres carrés de surface. Le tout étant bien entendu équipé de tout le matériel nécessaire au bon déroulement de leur travail, jusqu’aux matériels les plus lourds comme les décorations, l’éclairage ... Tout se trouve sur place : la qualité, le prix hors concurrence ainsi que les conditions de sécurité exceptionnelles. Tout porte donc à penser que la raison du prix est loin d’être le seul facteur déterminant dans le choix de ces cinéastes qui choisissent la Tchéquie comme lieu de


Mars/Avril 2007 CINEMA

tournage. Les raisons de qualité trouvées sur place qui, selon la plupart des personnes ayant tourné la-bas, frôlent la perfection sont à prendre en compte quand on cherche à comprendre leurs motivations diverses. Même s’ils avouent tout de même que plus ils vont à l’Est, plus les prix baissent. Des paysages incomparables Allons donc voir maintenant ce qu’il en est pour les tournages réalisés en Roumanie. La réputation de ce pays dans l’industrie du cinéma a commencé avec le succès mondial de «Retour à Cold Mountain». Hormis le prix, ce sont les paysages de ce pays qui attirent les réalisateurs. L’industrialisation y étant moins marquée, ils trouvent des paysages incomparables à ce qu’ils peuvent trouver aux USA (les Carpates par exemple).

La société Castel Film Studio a encore de bons projets d’essor pour promouvoir le savoir-faire roumain dans ce domaine. La Hongrie est également un pays très prisé, essentiellement pour des raisons économiques. Le dynamisme et la qualité de la production hongroise montrent néanmoins d’autres avantages que ces premières raisons ; elle a même vu plusieurs longs métrages dans les différentes sélections du festival de Cannes, signe de qualité pour certains. Le film Munich de Spielberg leur a d’ailleurs donné un bon coup de publicité. D’autres cinéastes continuent d’y affluer. Mais ne soyons pas idéalistes quant à la qualité comme unique raison ; en grattant

bien on se rend compte que certains pays de l’Est offrent des exonérations fiscales on ne peut plus avantageuses, d’autres baissent les impôts des sociétés locales quand elles participent à des co-productions ; certains vont même jusqu’à proposer des aides d’états spéciales comme c’est le cas en Hongrie. Face à toutes ces différences d’aides diverses entre les pays de l’Union Européenne, une étude a été commandée par la Commission Européenne par les directions de la concurrence et du marché intérieur. La question principale est de s’interroger sur la compatibilité européenne des différents systèmes d’aide nationaux. Les aides des vingt-cinq pays de l’Union vont donc être attentivement étudiées. Rien ne sera remis en cause avant 2008, mais certains se demandent néanmoins si l’avenir du cinéma dans certains états ne va pas être mis en danger. Une trentaine de productions en moins ? Actuellement en France, les aides françaises sont données en contre-partie d’une obligation de tourner sur le territoire. C’est ce qu’aimerait changer cette commission. Que les aides soient accordées sans empêcher les producteurs de tourner ailleurs en Europe. Cette hypothèse enlèverait alors tout intérêt aux régions de subventionner certains tournages de films ou de séries télévisées. Selon certains professionnels, c’est une bonne trentaine de productions qui n’auraient pas lieu chaque année en France si les aides leur permettaient de tourner où bon leur semble en Europe. La délocalisation des tournages à l’étranger cause donc un aussi gros problème sur le monde de l’industrie cinématographique que dans les autres domaines économiques. Mais peut-on qualifier aussi aisément de pays «étrangers» des états appartenant à la Communauté Européenne ? Certains s’interrogent vivement sur cette autre question ... Toujours est-il que certains se rebifferont encore longtemps, que ce soit du côté de certains créateurs ou du côté des régions françaises ainsi mises un peu de côté. Seul l’audit en cours de la Commission Européenne tranchera. Mais il y a de fortes chances qu’en tant qu’organe prônant l’ouverture des frontières, elle permette à ces délocalisations européennes de continuer voire de s’intensifier dans les années à venir.

61


iSubway Magazine N°7

INFORMATIQUE

L’eurosphère en marche Cédric Puisney

Lors du référendum de mai 2005, le non s’est révélé sur le net. Depuis, l’Europe a pris ses aises sur la toile : la naissance d’une eurosphère ?

F

lashback : retour au 29 mai 2005. Contre toute attente, la France refuse de ratifier le Traité Constitutionnel Européen par voie référendaire. Une décision couperet précédée, quelques semaines plus tôt, de vives discussions dans les chaumières mais aussi, une première, sur Internet. Un professeur trublion sans étiquette politique, Etienne Chouard, attise alors les passions (anti)européennes en publiant un brûlot anti-TCE sur son site qui devient rapidement l’objet de buzz. Bien lui en a pris puisque, à l’époque, il était l’un des rares, voire le seul, à évoquer le sujet européen sur Internet. 2 ans plus tard, où en sommes nous ? Le site de M. Chouard a suivi la croissance exponentielle des blogs en France en adoptant le même format. Mais le soufflé altermondialiste semble être retombé. Alors que de très rares acteurs politiques et citoyens, à l’instar de DSK, se déclaraient en ligne pour le TCE ou simplement daignaient répondre aux nombreux mensonges diffusés par les webnonistes portés par une vague médiatique retournée contre elle-même, l’eurosphère virtuelle s’est radicalement modifiée depuis.

62

Le rejet du TCE en France aura eu au moins la vertu de donner le coup d’envoi d’une blogosphère résolument engagée pour l’Europe sans complaisance ni défaitisme. L’après 29 mai marque l’acte de naissance du Taurillon, un webzine euromilitant (entre temps devenu polyglotte) à l’initiative des Jeunes Européens France. Mais aussi des Euros du village. Deux sites incontournables aujourd’hui dont le démarrage apparaît pourtant tardif, puisque quatre ans après celui de Café Babel, également multilingue et créé à l’inititiative d’étudiants européens. Dans un premier temps déçus et critiques envers les nonistes, ces blogs d’un genre nouveau ont rapidement pris le parti de la pédagogie et de l’argumentation: expliquer l’Europe pour mieux combattre les idées reçues. Parfois relayés aussi par les blogs de quelques-uns de leurs membres, puis par d’autres sympathisants, ces sites souvent associatifs ont ouvert la voie aux journalistes professionnels. On mentionnera les coulisses de Bruxelles dévoilés par Jean Quatremer depuis décembre 2005 ou encore le blog de Daniel Riot, ancien directeur de l’information sur France 3.

L’année 2006 aura marqué l’explosion de la blogosphère francophone proeuropéenne, reléguant les «chouardises» et autres argumentaires souverainistes au rang de seconds couteaux. Mieux, elle s’est spécialisée au fil des blogs: tantôt traitée sous l’angle de la «Nouvelle Europe», de la campagne électorale française (Catherine Guibourg), via les râles d’un Européen jamais content (votre serviteur) ou encore de l’analyse de l’opinion européenne (Dominique Reynié). Les moindres détails du sujet européen n’échappent plus à l’internaute en manque d’avis enthousiastes autant que critiques. En 2007, à l’occasion des élections en France, le débat européen porté par les citoyens devient aussi l’affaire des élus, nouveaux blogueurs, à l’instar de Pierre Moscovici, où l’Europe tient un rôle proportionnellement important à leurs convictions. Malheureusement souvent bien faible.  Comme le résume la cartographie européenne de Touteleurope.fr, la blogosphère européenne comprend encore quelques pionniers anti-, mais aussi de plus en plus de citoyens engagés, de journalistes et d’acteurs politiques nationaux. Et les institutions européennes ? Au delà du portail Europa, la Commissaire à la Communication a son blog. Et demain, des projets entre blogueurs européens et les institutions ? Qui sait...


Mars/Avril 2007 INFORMATIQUE

Pourquoi pas vous ? Olivier Beuscart Vous avez envie d’être candidat à la présidentielle et de gérer vousmême un pays, avec les avantages et les inconvénients qui en découlent ? Votre rêve est en mesure d’être exaucé grâce au jeu PC de simulation géopolitique « Mission Président ».

D

ans cette cyber-simulation de notre planète, vous pouvez prendre la tête de pas moins de 180 pays différents, des Etats-Unis au Turkménistan, en passant par la France. Votre objectif ? Rester au pouvoir le plus longtemps possible, et accessoirement en étant aussi populaire qu’il est possible de l’être, tout en tenant compte des autres pays et de leurs influences diverses. Car vous n’êtes pas seul dans Mission Président : les autres pays sont gérés par l’intelligence artificielle du jeu : il vous faudra donc faire attention aux décisions que vous pourrez prendre contre certains pays (ne vous risquez pas à attaquer une grande puissance militaire si vos armées sont insignifiantes par exemple).

varier le nombre de fonctionnaires, créer des alliances avec d’autres pays, déclarer la guerre, anticiper les catastrophes naturelles, gérer la planification de l’industrie, déterminer le nombre d’écoles, faire voter des lois diverses et variées… Au total : près de 1000 actions possibles !   En lisant les lignes ci-dessus le joueur potentiel peut craindre de se retrouver noyé dans la masse d’informations et de commandes du jeu, d’autant plus que l’interface est composée d’une dizaine d’icônes et de sous-menus liés. Ne craignez rien, le développeur du jeu, Eversim, a tout prévu : l’interface a été

conçue pour être aisée à prendre en main, à condition toutefois d’accepter de se fixer des tâches et objectifs simples pour la première partie de jeu et d’explorer au fur et à mesure les domaines de gestion du jeu.   Concrètement, votre écran se présentera de la manière suivante : en haut à gauche vous trouverez toutes les informations relatives à votre côte de popularité ainsi qu’aux prochaines échéances électorales (si toutefois vous n’avez pas encore interdit les élections !). Ces informations sont vitales pour le jeu car elles permettent de voir si votre politique est populaire ou non, et de faire les ajustements qui s’imposent en temps réel. A droite de votre écran maintenant, vous trouverez le descriptif de votre pays : PIB, population, nature du régime politique. L’espace central de votre écran est lui

Près de 1 000 actions possibles !  Pour chaque pays, ce véritable simulateur contient des centaines de données : chômage, partis politiques, alliances internationales, démographie, syndicats, lobbies, ressources naturelles, forces armées, institutions,… Les variables proposées sont d’un réalisme saisissant, et le joueur dispose de tous les attributs du pouvoir : décision de prendre un embargo contre un pays, baisser ou augmenter les impôts, les charges sociales, l’impôt sur la fortune…, faire

63


iSubway Magazine N°7 CINEMA

consacré aux territoires, visibles en plus ou moins grand nombre selon le niveau de zoom choisi. Avec un grand recul vous aurez un aperçu de toute la planète, à échelle réduite, vous pourrez voir en 3D vos villes et vos unités militaires, et accessoirement déplacer vous-même vos troupes pour différentes manœuvres militaires.  Sur le côté de gauche de votre écran, vous trouverez une barre d’information en temps réel qui vous signifiera les chefs d’états étrangers qui souhaitent s’entretenir avec vous pour des motifs divers et variés, ou qui vous lancent des avertissements (ultimatums par exemple). Enfin, la barre située en bas de votre écran comporte 12 icônes vous permettant d’accéder à des secteurs de gestion précis : industrie, emploi, éducation, forces armées, culture… et de prendre des mesures relatives à ses secteurs.   Mais ce n’est pas tout : pour vous aider dans votre travail quotidien de Président, Eversim a prévu de vous fournir des conseillers qui pourront vous aider tout au long du jeu, mais également de vous laisser la possibilité de composer un gouvernement et de déléguer à vos ministres différentes fonctions afin de vous soulager dans votre mission. Attention toutefois aux ministres que vous souhaitez nommer : ils auront en effet tous un comportement propre et personnalisé, une attitude vis-à-vis de vous et diverses actions pourront avoir lieu dans le jeu : démission, trahison, changement de parti, et même… suicide !     Toute une palette d’actions dignes des

64

régimes totalitaires !  En clair, votre objectif sera de savoir prendre les bonnes décisions pour satisfaire votre peuple et le mener vers la prospérité, mais que les dictateurs en herbe se rassurent, Mission Président autorise toute une palette d’actions dignes des régimes totalitaires : assassinats politiques, cambriolages de QG politiques adverses, falsification des élections… tout cela est possible, mais au risque considérable de voir votre côte de popularité dégringoler en flèche et votre peuple se rebeller contre vous, vous contraignant à l’exil politique. Egalement, votre majorité politique pourra se retourner contre vous, et vous contraindre à la démission ou à la défaite lors des prochaines élections. Toutefois, l’éditeur du jeu précise que certaines limites ne sont pas franchies : il sera ainsi impossible de pratiquer la torture ou de créer des camps de concentration. Au joueur de savoir trouver le juste milieu. La meilleure solution pour durer semble être d’essayer de s’attirer la sympathie du plus grand nombre afin d’être sur de remporter les élections à venir, mais dans un pays qui compte plusieurs millions d’habitants, il est particulièrement difficile de satisfaire tout le monde. Il faudra alors faire de véritables choix politiques dont les incidences pourront être plus ou moins importantes : ainsi, faire baisser les charges sociales des entreprises pourra vous attirer la sympathie et le soutien des entrepreneurs, mais il y a fort à parier pour que les syndicats dressent une levée de boucliers contre vous ! Mais ceux qui pensent pouvoir contenter le plus grand nombre à l’aide d’une politique démagogique en seront pour leurs frais : il est certes facile d’appliquer des mesures


Mars/Avril 2007 CINEMA

P

remière partie dans Mission Président : abreuvé des nouvelles fraîches de la campagne électorale en France, je décide de faire ma première partie avec ce pays là. Objectif  ? Me faire réélire dans les 80 jours qui viennent. Au premier abord le jeu semble complexe, je commence timidement à manipuler les différentes fonctions et commandes pour voir ce que cela donne. Cherchant à réduire le déficit de la France, je décide d’une augmente de la TVA d’un point, me permettant de faire entrer plusieurs milliards dans les caisses de l’Etat. Mais voilà, je n’avais pas négocié avec les syndicats, encore moins avec les autres partis politiques. Bilan : 5 millions de manifestants, une côte de popularité inférieure à 10% à 3 mois de l’élection présidentielle, et mon conseiller personnel qui m’interrompt dans mon travail quotidien en me proposant de m’exiler, ce que je refuse… du moins pour le moment car le peuple n’a pas l’air de se calmer. Je recommence donc une nouvelle partie. Je suis toujours en France, je suis toujours l’actuel Président en fin de mandat et ma côte de popularité est sensiblement supérieure à 50%. Cette fois-ci je décide de jouer lentement et de regarder toutes les fonctions du jeu. Finalement, après une petite heure d’exploration le résultat est particulièrement sympathique : je sais gérer comme un pro mon agenda présidentiel, fixer mes rendez-vous avec des politiques, des syndicalistes, des artistes, des intellectuels mais aussi avec mes homologues Américains, Russes ou Indiens. Je sais également comment gérer au quotidien mon gouvernement et surtout, chose la plus importante au final dans Mission Président, ma côte de popularité. Pour cela je me fais un malin plaisir de squatter les médias et de labourer toute la France en visitant hôpitaux, universités ou

agences pour l’emploi. Une vraie campagne de terrain comme notre futur ex-président savait très bien le faire. Alors que s’approchait dangereusement l’élection présidentielle, je me rappel alors un adage prononcé par Jacques Chirac : « On distribue les cadeaux avant les élections, on décide les impôts après ». Et s’il avait raison ? Je décide de tester : jusqu’à la présidentielle, JE NE FAIS RIEN ! Et je fais de belles promesses en même temps, c’est évident. Sans oublier un petit coup fourré de temps en temps, comme par exemple l’idée de géni de nommer au gouvernement ma rivale à l’élection présidentielle et de descendre en flèche son action en tant que ministre ! Résultat ? Réélection avec 55% des suffrages… dès le premier tour ! Chirac peut être fier de moi, l’élève a dépassé le maître. Jouer à Mission Président est finalement amusant et facile lorsque l’on prend le temps de découvrir chaque fonction et de se fixer de petits objectifs. L’intelligence artificielle du logiciel est en tout cas saisissante, une interaction avec les autres pays a vraiment lieu tout au long du jeu et qui plus est de manière particulièrement réaliste. Mieux encore, les centaines de commandes offertes au joueur donnent à ce jeu une durée de vie considérable. Seuls regrets, le graphisme laisse franchement à désirer lorsque le zoom est de plus en plus important, et les musiques sont presque inexistantes mais en tout cas lassantes et redondantes. Pour le reste Mission Président saura ravir les passionnés des jeux de stratégie, car ce jeu là est très certainement l’un des meilleur de sa catégorie de par son réalisme saisissant et la multiplicité des variables de jeu.

particulièrement populaires (baisse des impôts, augmentation des budgets alloués à la culture et à l’éducation…), mais il est plus complexe de les financer. Or Mission Président intègre une partie budgétaire dans sa simulation : si votre politique se révèle être un gouffre financier, les électeurs risquent de vous le faire payer !   Mission Président, édité par la société française Eversim, est le fruit de plusieurs années de travail.  Le jeu se base sur des statistiques réelles publiées par différents organismes internationaux. Le réalisme de cette simulation est tel que l’armée française s’intéresse de près à ce jeu : en effet, la délégation générale pour l’armement (DGA), qui est chargée de conduire les programmes de recherche de l’armée, a avancé la somme de 30 000 euros pour soutenir le développement de Mission Président. L’armée compte utiliser cette technologie pour simuler des comportements de pays et même pour former ses propres officiers !   Sortie du jeu le 16 mars 2007, au prix de 39,90 euros. Une version multi joueurs est prévue pour la fin de l’année.

LA CRITIQUE Jeu Graphisme Son Durée de vie

65


iSubway Magazine N°7 REPERES

Mais qu’est-ce qui nous prend à nous, français qui sommes si dignes et si fiers ? Nous sommes pourtant pudiques d’habitude, réservés, courtois, conscients de notre prestige passé. Alors pourquoi vous, nous, moi qui ne comprends pas, tout le monde… Pourquoi avez-vous besoin de vous montrer à poil devant tout le monde ? Si l’image est certes exagérée, la métaphore n’en est pas moins représentative. Car mon œil innocent se heurte de plus en plus à des images ou des contenus que ma pureté ne saurait connaître. Plus que des images, des contenus ; il s’agit pour certains d’un mode de vie, d’une manière d’exister. Le phénomène ainsi décrit vous paraît poussé à l’extrême ? Et pourtant nous avons affaire plus qu’à un effet mode, à un vrai phénomène culturel. Vous n’avez rien vu changer, vous ? Comment en est-on arrivé d’une pudeur sans compromis à un exhibitionnisme poussé à son paroxysme en seulement quelques générations ? Quels facteurs ont contribué à normaliser le nombrilisme dans lequel les jeunes français se prélassent ? Des blogs, des mails, des photos, il faut absolument que je te raconte ma vie si passionnante, etc… Mes yeux fragiles se sont prêtés à l’observation sans voyeurisme aucun.

66

Tous Dossier: Claire FENEZ

à


Mars/Avril 2007 REPERES

poil !

67


iSubway Magazine N°7 REPERES

pose pas tes coudes sur la « Ne table. Enlève tes doigts de ton nez.

Montre pas tes fesses à la dame. Fais pas ci, fais pas ça. » Difficile d’exprimer un quelconque et banal désir d’exhibition. Les générations de nos parents et surtout de nos chers grands-parents n’ont pas baigné dans le même train de vie que nous, pauvres jeunes dépravés que nous sommes. La vie d’après-guerre était plus rude, plus conforme, plus rangée, moins excentrique. Alors forcément, quand papy voit des photos de sa petite fille à moitié dénudée sur son blog, son cœur manque de lâcher. Raisonnables, c’est ce que nous oublions parfois d’être. « Raisonnable », un mot qui revient souvent dans la bouche de nos petits vieux adorés. Aurions-nous donc perdu la raison ? Sommes-nous tous fous à lier ? La petite Caroline met sa photo d’elle en maillot de bain en avatar sur msn pour épater les mâles prépubères et ramène un 18 de moyenne en maths. Si ce n’est pas la raison, c’est quoi ? Simplement une évolution des mentalités. Á l’époque, papy et mamy ne se draguaient pas en s’aguichant sur le net, mais organisaient des rendez-vous

collègues de travail… Le contact entre personnes d’une même génération était plus simple, sans fioriture, au naturel, avec un peu de sel s’il vous plaît. Les loisirs de l’époque se réduisaient au cinéma ambulant, les fêtes du village, les grands marchés événementiels... Et après l’effort, le réconfort. Une petite bibine était la bienvenue après quelques heures de travail, au troquet du coin, entre copains. Le code vestimentaire n’était pas non plus le même qu’aujourd’hui. Pas de minijupes, de décolletés, de baggys, de boxers Dolce & Gabanna… L’image que nos grands-parents donnaient d’euxmêmes était toute aussi conforme à la société, aux manières codifiées et aux mœurs pudiques. Soyons heureuses, nous les filles, de ne plus avoir à nous coltiner un chaperon dès qu’on met le nez dehors. On ne devait jamais voir un jeune homme et une jeune femme ensemble (quelle inconvenance !). C’est dans ce climat que nos grands-parents ont vécu leur adolescence et leur jeunesse, dans ce climat que sont nés nos parents, dans ce climat que la révolte contre l’autorité a été explosive…

« Certains geeks qui ne connaissent plus la vie sociale pensent même que l’on n’est personne si l’on n’a pas un blog. » secrets pour que leurs géniteurs ne soient pas au courant des folies qu’ils faisaient faire à leurs corps. On se rencontrait dans des bals organisés par la commune, par des connaissances familiales, des

68

Les facteurs de l’exhibition Vous l’aurez compris, l’atmosphère a plus que contribué à contester cette pseudo sainte pudeur, et à enclencher

les événements de mai 68. C’est à partir de ce moment là que les choses ont radicalement changé. C’est depuis ce moment-là que le phénomène d’exhibition prend de plus en plus d’ampleur. L’image devient un argument percutant et indispensable dans la communication et dans la publicité. Elle a réussi à imposer sa dictature en seulement quelques décennies. Aujourd’hui la crédibilité passe par l’image : les gestes, la langue et le vestimentaire. Lorsqu’on maîtrise ces trois notions-là, on peut mener par le bout du nez à peu près n’importe qui. Si tout le monde n’a pas compris ce principe, les jeunes générations en ont trouvé un usage détourné : les mettre en valeur eux-mêmes avant tout. Il suffit de se balader dans un collège ou un lycée pour voir qu’entre jeunes, les normes vestimentaires et esthétiques sont très codifiées. Plus que sa propre image, c’est sa personnalité et ses malheurs que l’on a ensuite cherché à mettre en avant. Il suffit de regarder la programmation des chaînes nationales. Combien d’émissions font intervenir des personnes pour qu’elles racontent leur histoire ? Combien de personnes font appel à la télévision pour régler leurs problèmes, qu’ils soient amoureux, sociaux, professionnels ou économiques ? Nous connaissons tous quelqu’un qui a failli être invité à passer à la télévision pour ce genre d’émission. Pire encore, aux Etats-Unis, le Jerry Springer Show a connu un succès fou, certes contestable, mais fou. Exprimer ses soucis, exposer sa manière de vivre, sa personnalité, imposer son image…


Mars/Avril 2007 REPERES

Voilà où nous en sommes arrivés. Le but est de se montrer, d’avoir un public et de l’émouvoir ou le fasciner. Pourquoi ? Parce les modèles qu’on nous montre dans les médias sont des modèles de réussite, des gens comme tout le monde qui ont réussi à se faire un nom et réaliser leur rêve. Alors pourquoi pas nous ? Le travail, l’école, la société offrent de moins en moins de reconnaissance. C’est peutêtre ce besoin de reconnaissance-là qui nous pousse à un nombrilisme exacerbé. Car c’est bien de cela qu’il s’agit, de nombrilisme. On ne se montre pas pour les autres, mais avant tout pour soi. Le problème est que ce phénomène s’est étendu à des domaines qui n’auraient pas du être touchés. Voyons seulement nos présidentiables constamment suivis dans leur vie, et pas seulement leur vie professionnelle. Ils sont soumis aux critiques du public au même titre que les stars people de la jet set. Comment rester crédible ? Il est aussi effarant de voir le nombre de jeunes femmes plongées dans la lecture du dernier « Public ». Et pourtant personne ne semble rien remarquer. Tout le monde aime se mettre en avant par ses propres moyens, tout le monde cherche à se caresser le nombril et sa fierté. Et le pire c’est que le phénomène s’est entièrement banalisé. Mais quand tous les rebelles suivent une même mode on peut se demander s’ils sont encore des rebelles, ou simplement des victimes des rouages de la société. Nous vivons dans une société de consommation, soumis à la dictature de l’image. Pas étonnant que la sémiologie

(littéralement science des signes) soit en pleine expansion. Le phénomène internet Il méritait bien son petit paragraphe, ce phénomène-là. C’est un des facteurs qui a considérablement révolutionné le monde du nombrilisme. Internet met à disposition des formes d’espace

phénomène des blogs a révolutionné la toile. Qu’est-ce qu’un blog sinon un journal personnel mis à la disposition de tous ? Pourquoi ce besoin de voir que des gens commentent notre vie, nos actions, nos photos (les plus sexy évidemment, sinon ça ne sert à rien) ? Plus qu’un besoin de reconnaissance nous avons affaire à un fort désir d’exhibition, sans

« Plus qu’un besoin de reconnaissance nous avons affaire à un fort désir d’exhibition, sans se soucier du jugement des autres. » à soi, où il est même possible de jouer avec son image et sa personnalité. Quoi de mieux pour se titiller le nombril ? L’identité virtuelle prend une ampleur hallucinante. Il existe même des cas de rejet total, pour certaines personnes qui ont peur de vivre uniquement dans le virtuel. Une solution de facilité aussi pour certains que la timidité empêche de se montrer face au regard des autres. Une plate-forme où chacun a sa place, sur un même pied d’égalité et chacun peut décider de son propre chemin. Certains geeks qui ne connaissent plus la vie sociale pensent même que l’on n’est personne si l’on n’a pas un blog. LLM pour ne citer personne. Comment peuton en arriver là ? Pourquoi vouloir à tout prix devenir quelqu’un au détriment de sa vie sociale ? L’amour des sens aurait donc perdu le combat ? L’émotion estelle la même sans savoir qu’il y a de la vie autour de soi ? Et c’est malheureusement de philosophie de vie qu’il s’agit. Le

se soucier du jugement des autres. Se montrer, plaire, provoquer, susciter des réactions… Peut-être simplement chercher le contact de l’autre sous toutes ses formes, sans avoir à passer par la bienséance sociale. L’internet a cet esprit communautaire que l’on ne trouve pas dans la vie de tous les jours. Parce qu’au fond, ce que l’on cherche à montrer, c’est juste une parcelle de soi à faire partager aux autres (je suis presque en train de me convaincre). Ce besoin de partage n’est pas réalisable en dehors du net, à moins d’être déjà reconnu pour ses talents. Qu’est-ce qu’on cherche à partager avant tout ? Ses bonheurs, ses malheurs, ses goûts, le rythme de sa vie… Ces choses qui pour certaines personnes paraissent essentiellement personnelles (par pudeur d’esprit), et qui pour d’autres sont absolument inévitables pour se construire un réseau de connaissances. Le partage amène là : se constituer un groupe qui tourne autour de soi, être le

69


ISubway Magazine N°7 MUSIQUE

centre d’un cercle de personnes, se placer pour une fois sur le devant d’une scène et se caresser le nombril. Mettons-nous d’accord, il existe des blogs parfaitement utiles dans lesquels l’auteur ne développe pas sa vie mais ses arguments. Pourtant la majorité des blogs sont le fruit d’un besoin égocentrique, un inavouable sentiment d’exhibitionnisme et de reconnaissance. Pour certaines personnes il s’agit aussi d’avoir une certaine sécurité, des gens à qui se confier quelque part, qui vous soutiennent, qui ne peuvent vous juger. Les conséquences sur les mœurs Nous sommes actuellement en proie à une recherche identitaire en masse. Nous essayons par tous les moyens possibles de nous assurer une place dans la société et pour cela il faut savoir s’imposer. Pas étonnant non plus que les piercings et les tatouages aient autant de succès. Le public touché reste dans les générations en dessous de 60 ans. Un public trop large ? Non simplement réaliste. Il suffit de voir le succès des agences de relookage pour les hommes et les femmes de tous âges. Une recherche identitaire qui a pour cause le flou qui nous a bercé ces dernières années. A l’époque de nos grands-parents, on savait ce qui était interdit, prohibé, réprimé. De nos jours les limites ne sont plus aussi fixes qu’avant, bien que nous

70

ayons une meilleure connaissance du monde actuel. Simplement les démarches de communication marketing font de nous des cibles faciles, des objectifs à atteindre. Et ça marche. Aujourd’hui les jeunes générations se jugent par le style musical qu’elles écoutent, les vêtements qu’elles portent, leur façon de parler. On classe les gens dans des catégories, bobos, métro sexuels, nouvelles amazones, et j’en passe… Vous ne le croyez pas mais pourtant « l’habit fait le moine » et c’est une tendance qui va se généraliser dans les années à venir. Car si l’image représente ce que nous voulons bien montrer de nous, il est facile de déduire ce que l’on veut aussi cacher ou masquer. Nous avons sous nos yeux des troupeaux de moutons, qui exposent tous les mêmes codes vestimentaires, la même coiffure, les mêmes références par troupeau. Nous avons tous essayé à un moment où à un autre de faire partie de l’un de ces groupes en jouant sur notre image. Pas toujours facile lorsque l’on n’a pas les mêmes goûts que tout le monde. Autant rester soi-même, car même si l’on n’est pas toujours reconnu par les autres l’on se sent plus libre. Cet égocentrisme forcé a conduit les gens à se construire une bulle d’auto satisfaction dans laquelle ils peuvent gérer leur petit monde. Les relations humaines sont possessives et


Mars/Avril 2007 REPERES

Comment ça se passe ailleurs ? Aux Etats-Unis, il n’y aurait apparemment jamais eu de pudeur hormis pour les bouts de chairs, un sein exposé au regard de tous valant une contestation nationale. Pourtant les médias diffusent sans scrupule des images de violence et de mort, dans un étrange paradoxe. L’internet représenterait même un danger potentiel, au vu de la difficulté de protéger son identité, et les nouvelles générations ne s’en rendent pas toujours bien compte. Cependant, les américains, sont beaucoup plus avancés que nous européens au niveau de la protection par le net. D’une part par les lois, d’autre part, par leur application. Il existe des émissions télévisées dans lesquelles on

traque les pédophiles sur les forums et les chats ; par la suite ceux-ci seront sévèrement punis par la loi. Les visages des coupables sont exhibés et portés à la vue de tous, à l’inverse de nos lois. Il y aurait une grande tolérance sur beaucoup de sujets, mais aucun droit à l’erreur en terme de crime. La communauté religieuse tente de maintenir une pudeur morale. Mais les jeunes générations ont découvert par le biais de l’internet un moyen de s’exprimer à l’encontre d’une pseudo sainte pudeur. Protégés derrière l’écran de leur ordinateur, ils en oublient leur timidité. Mais audelà d’une caractéristique américaine, nos jeunes recherchent ce que tout le monde cherche partout ailleurs :

l’amour. Se sentir apprécié par les autres, maintenir un contact avec les gens de sa communauté, partager tout simplement. Mais le problème se pose lorsque l’on veut être aimé avant de se donner, pour mieux se préserver. Nous avons donc encore un subtil sentiment de pudeur en nous, Dieu soit loué ! En revanche pas de complexe : aux EtatsUnis on peut aller faire ses courses en caleçon ! N’en déplaise aux prudes caissières françaises. Pas de dictature de l’image non plus, une multicoloration des styles vestimentaires et culturels.

exclusives (il suffit de voir le nombre de filles qui s’appellent « ma chiwie » entre elles), on se montre pour plaire et avoir un retour positif, on se constitue un groupe de fans. Qui n’en a jamais rêvé en créant un blog ? L’échange passe par la reconnaissance mutuelle, ce que l’autre peut nous apporter comme satisfaction personnelle (hum quelle jolie vision cynique. Parano.be ?). Un pays de frustrés. Voilà la cause ! Une

énorme frustration pèse sur les individus lorsqu’ils errent en tant qu’anonymes parmi des gens qui ne les reconnaissent pas. Le contact chaleureux s’est perdu, la fraternité d’après guerre s’est envolée, l’entraide attire les soupçons.

comparaison aux autres, je suis peutêtre complètement paranoïaque… Et en plus j’ai un blog et je pratique l’exhibitionnisme dans mon salon. Mais je suis consciente que ce phénomène touche plus ou moins tout le monde et que la pudeur est une notion qui se fait rare, et donc précieuse.

Alors voilà, je suis peut-être totalement frustrée de ne pas avoir la reconnaissance que je mérite, je suis peut-être entièrement complexée par mon image physique en

Enquête auprès de Hélène Félisot (made in USA).

71


iSubway Magazine N°7 Arts Plastiques

Les musiciens

Propos recueillis par Vincent DO CARMO

et le métro

Quoi de plus normal que de parler du métro dans le « métro » qu’est iSubway. C’est en pensant amoureusement à ce cher magazine que le provincial que je suis profite de ses petites vacances parisiennes, en prenant sans modération le métropolitain pour me faufiler aux quatre coins de la ville des Lumières. Et à mon grand étonnement, au milieu des accordéonistes clandestins, des violonistes sans domicile fixe ou des guitaristes Rmistes, se produisent de véritables orchestres, comme dans les galeries de Châtelet. Entretien avec ces musiciens du sous-sol, le groupe Cenizas : Pouvez-vous vous i Subway – présenter ?

Cenizas – Nous sommes un groupe semi professionnel de musiciens d’origine sud-américaine, et de tous les coins du continent : certains sont argentins, chiliens, péruviens, vénézueliens… mais nous habitons tous à Paris. Le groupe s’est formé il y a deux ans. iSubway – Groupe semi professionnel, c’est-à-dire ? Cenizas – C’est-à-dire que nous ne vivons pas uniquement de la musique. Nous avons une autre activité, indépendamment de Cenizes. Mais certains d’entre nous jouent dans plusieurs formations musicales et peuvent se permettre de ne pas travailler à côté.

72

iSubway – Vous avez amené énormément de matériel, c’est assez inhabituel dans le métro… Vous n’avez pas peur des autorités ? Cenizas – Non, tout simplement parce que nous ne jouons pas dans l’illégalité !

occupez vous est-il imposé ? Cenizas - Non, nous pouvons jouer partout, dans n’importe quelle station de métro ! Seulement, nous avons choisi Châtelet pour l’espace que l’on peut prendre, et ainsi déployer notre matériel.

iSubway – C’est donc la RATP1 qui vous autorise à jouer ? Comment avezvous été choisis ? Cenizas – Il nous a suffit d’envoyer une lettre pour participer à des auditions. On joue trois ou quatre morceaux, et si l’on est suffisamment convainquant, la RATP nous donne un permis de jouer qui dure six mois. Après ces six mois, nous pouvons repasser les auditions pour le renouveler.

iSubway – Et si un autre groupe veut votre emplacement ? Cenizas – Ca ne devrait pas arriver. En fait, nous jouons trois après-midi dans la semaine, les mercredi, vendredi et samedi. Avec les autres groupes sélectionnés par la RATP, nous avons mis en place un système de rotation, pour savoir qui jouera quel jour. Par exemple, le week-end, c’est le groupe de musique classique. iSubway – Vous impose-t-on des horaires pour jouer ?

iSubway – L’emplacement que vous


Mars 2007 MUSIQUE

Cenizas – Non. Pour notre part, nous jouons de 15h à 18h30, ce qui est largement suffisant. Les galeries tiennent chaud, il y a énormément de poussière, ce n’est absolument pas comparable à une scène en plein air. C’est certes une chance, mais c’est assez fatiguant. iSubway – Finalement, vous jouez dans quel but ? Argent, promotion, ou alors juste le plaisir ? Cenizas – Nous jouons avant tout pour nous faire de la promotion. Sur place, on peut vendre notre album et discuter avec les gens qui apprécient notre musique. Ces mêmes personnes nous écrivent des lettres de soutien. Pour les remercier, nous n’hésitons pas à les tenir au courant de l’avancée du groupe et des concerts que nous donnons. Après tout, s’ils nous apprécient, pourquoi nous ne les inviterions pas à passer une soirée en notre compagnie ? iSubway – Et vous êtes rémunérés pour jouer dans le métro ? Cenizas – Par la RATP, non. Ce sont les passants qui, en achetant notre album, nous payent un peu. Et ça marche… Les musiciens comme les

usagers du métro y trouvent leur compte. Les passants s’arrêtent, écoutent, prennent des photos, des vidéos. Mais en termes de musique dans le métro, et de musique dans la rue ou lieu public en général, il s’agit de ne pas faire n’importe quoi. Sans l’approbation d’une autorité supérieure (dans notre exemple la RATP), la pratique de la musique en plein air peut très vite devenir motif de sanctions judiciaires. Il n’est certes pas rare de voir des musiciens dans les transports en commun (métro ou tramway par exemple) ou dans les rues des grandes villes, mais la plupart joue dans l’illégalité. Car le tapage est puni par la loi, et ça, peu de musiciens le prennent en compte. Si le bruit est moins gênant en plein jour que la nuit, un son trop fort ou une gène des passants peut engendrer des plaintes. Le constat d’une infraction telle que le tapage peut se faire avec ou sans mesure acoustique, selon la gravité du cas ou la précision voulue. L’amende prévue à cet effet peut atteindre 450 euros, mais le condamné peut aussi se faire confisquer l’instrument avec lequel il a commis l’infraction, ainsi que de possibles dommages et intérêts si le plaignant se constitue partie civile. La responsabilité des

personnes ayant facilité la « consommation » de l’infraction peut être également prise en compte, En d’autres termes, improviser un concert de rap ou de metal en pleine ville avec un public très (trop) réceptif, peut très rapidement devenir lourd de conséquences. Aussi, si vous vouliez vous faire un peu d’argent de poche en faisant la manche, sachez que mendier est interdit. La peine peut être faible si vous êtes un mendiant « gentil » (deux mois d’emprisonnement), mais en cas d’acquisition d’arme ou d’animal dangereux, ou si vous incitez un peu trop les gens à faire un geste pour sauver votre compte en banque, la peine peut vite monter à deux ans de prison et 3750 euros d’amende. Donc la musique dans le métro, oui, mais pas n’importe comment. Si vous êtes musicien, que vous avez une formation et des morceaux, et que vous voulez vous promouvoir, ne faites pas n’importe quoi ! Et si les bars vous barbent, si vous faites un trop plein de tremplins, n’oubliez pas qu’un petit coup de téléphone à la RATP peut toujours s’avérer utile !

73


ISubway Magazine N°7 MUSIQUE

Sim-Kool : découverte d’un artiste aux multiples facettes. Propos recueillis par Mathieu Rembart TIGORI

Aka

alias

ivoirien

on

auteur,

compositeur,

ne

Sim-kool

peut

plus

est

un

complet:

interprète

et

artiste

chanteur,

philosophe.

Il nous a gentiment accordé un entretien afin de mieux découvrir son univers et son travail. 

C Je suis un artiste et philosophe ivoirien. La source de ma omment décrirais tu brièvement ton univers musical ?

musique, c’est du reggae mais qui reste très africain, avec les instruments traditionnels. Mon côté philosophe influence naturellement mon univers musical et j’en suis fier car delà défini ma singularité. Ton site vient d’atteindre ses 10 000 visiteurs, quels sont les plus belles remarques qu’on t’en a faites notamment sur la sortie de ton album «BOUAKE FOUE MÔ» ? Je suis doublement fier d’une part pour le 10 000 ème et d’autre part que cet internaute vienne de Côte d’Ivoire. Le constat est positif dans la mesure où 400/1000 CD pressés ont été vendus. Tu aimerais qu’on te consacre davantage par rapport à ta musique ou à ton côté philosophe ? C’est indissociable à tes yeux peut être ? C’est celui qui vous tente le mieux, moi je suis Sim Kool et ces deux options sont enracinées en moi. Tu es allé proposer des dédicasses de ton CD à la Fnac de

Genève, qu’as tu gardé de cette journée ? Je me suis auto produit, donc pouvoir vendre mes CD à la Fnac est un résultat d’avancement et un jour inoubliable au moment de la signature. Que penses tu des artistes d’origine africaine actuellement connus en Europe ? Corneille est pour moi un mythe. Si l’on voyait son histoire dans un film, on aurait du mal à y croire mais hélas, cela arrive à des êtres humains. Tes pensées sont quotidiennement misent en ligne sur ton site, quelles sont celles que tu préfères ? Je n’en ai pas de préférée car chaque pensée a sa valeur, sa qualité et sa richesse. Tu es devenu orphelin très jeune, tu as envie d’en parler ou c’est trop douloureux pour toi ? Je peux en parler car comme je le dis souvent : j’ai eut une enfance chaotique en passant par une jeunesse traumatisante pour retrouver une vie d’adulte pleine d’espoir. Tu as créé l’Association Amor qui vient en aide aux orphelins. Quel est le projet qui te tient le plus à coeur ? Ouvrir une école pour les orphelins de guerre car l’éducation est la base dans l’évolution d’un enfant, je chante d’ailleurs l’éducation. Et actuellement peu de choses sont faites pour ces orphelins ? Ah oui et l’un de nos objectifs est de pouvoir demander à l’ONU de déclarer une journée mondiale de l’orphelin. L’ONU a déjà donné une réponse à ce sujet où c’est en cours ? AMOR existe depuis 1999 et la guerre en Côte d’Ivoire depuis 2002. Nous faisons de notre mieux pour les orphelins . Nous devons formuler une demande après un certain nombre d’année d’existence. Tu es un immigré en Suisse ? As tu été intégré facilement ? Oui je suis immigré en Suisse et en passant je remercie les suisses.

74


Mars 2007 MUSIQUE

Jamais tu ne lui en as voulu de t’avoir fait vivre des choses aussi difficiles ?  Si bien sûr et surtout quand on se sent abandonné ... C’est pire car ce qui compte dans la vie ce n’est pas le matériel mais les sentiments. Une plaie se cicatrise avec la douleur mais la cicatrise reste toujours ouverte.

Je me suis donné les moyens pour pouvoir m’intégrer. Je me suis dit, quand on quitte son pays pour un autre, on perd des choses pour en acquérir d’autres. As tu souffert ou souffres tu encore du racisme ? Le racisme des autres c’est pour moi une faiblesse psychologique. Le racisme quand je le constate, je lui partage mon sourire. Le raciste est souvent plein d’ignorance et de peur de l’autre. Le racisme a existé, existe et existera tant que l’autre se dira supérieur à son semblable. Que gardes tu comme plus beau souvenir de la Côte d’Ivoire, et comment vois tu son avenir ? La richesse culturelle de mon pays. Et pour son avenir, je reste profondément optimiste même si je suis conscient des bêtises faites par ses hommes politiques. Quelles sont les plus grosses erreurs qu’ils ont commises ? Tu sais, la Côte d’Ivoire était partie pour devenir les Etats Unis d’Afrique, elle était la perle de l’Afrique. C’est la haine qui est devenue plus fort que l’amour chez les politiciens qui a donné ce résultat. Hélas, nos hommes politiques sont encore dans les sentiments de vengeance et oublient que les autres avancent avec leur raisonnement très mature. Quand ils sont dans l’opposition, ils disent que c’est pour le peuple qu’ils se battent et une fois au pouvoir, ils disent que c’est Dieu qui leur a donné le pouvoir, c’est un peu primitif comme raisonnement. Ils veulent se venger de leur frère, ils ont décidé d’en faire un ennemi. Tu crois en Dieu ? Je te pose la question suite à cette pensée de toi : « Une mère peut mettre plusieurs enfants au monde et Dieu choisira leur beauté, leur caractère ainsi que leur destin.» Dieu est pour moi le seul guide suprême et je pense sincèrement qu’il m’a soutenu sur mon parcours d’orphelin jusqu’à ce jour.

J’ai feuilleté la partie photo de ton site et tu es toujours souriant, on voit que ta philosophie de la vie fait que tu veux à tout prix être heureux. On le ressent dans tes chansons également. Mais est ce une image que tu veux donner aux autres ou es-tu réellement comme ça ? Je suis naturellement comme ça et je pense que la meilleure façon d’être heureux dans la vie, c’est de se dire que c’est une providence d’être en vie et en bonne santé. Et moi je dois vivre pour 4 personnes : ma mère, mon père, ma grand mère et Sim Kool himself. Je pense que ces personnes seraient fières aujourd’hui de ce que Sim Kool est entrain de devenir.   Peux tu développer ta citation : « L’Afrique va mal à cause de ses premiers voleurs et de ses derniers dictateurs.» Dans cette pensée, on trouve les deux responsables du malheur de l’Afrique. Le colonisateur qui imposait sa culture jusqu’à aller dire aux autres de dire que leurs grands parents sont des gaulois tout en pillant la richesse africaine, et l’autre lui même africain perdu dans ses illusions de folie de grandeur voulant régner rien que pour régner. Si tu étais français pour qui voteraistu ? François Bayrou. Il est un peu paysan, un peu famille avec 6 enfants et il adore l’écriture comme moi. Sans oublier qu’il est professeur. Je pense qu’il peut avec son équilibre faire l’affaire des français. Et peut être pour les immigrés. Pour moi l’Afrique n’a plus besoin d’aide mais de partenaires, c’est plus rationnel. Et tu penses que Bayrou sera un partenaire pour l’Afrique si il est élu Président ? Il pourra faire des propositions réalistes et ça pour moi c’est mieux, car choisir les meilleurs d’Afrique n’est rien d’autre que revenir à l’esclavage. Comment ça ? Je pense à Sarko qui parle de l’immigration choisie. Hier on choisissait les plus gros et grands pour l’Occident et aujourd’hui on nous parle de l’immigration choisie. Ces propos sont très colonisateurs. Merci pour cet entretien et bonne chance pour la suite de ta carrière et de tes projets. Merci à toi et pour finir, voici une pensée : « Ceux qui agissent existent et ceux qui pensent vivent.»

Prolongez la découverte en visitant son site: www.sim-kool.com

75


ISubway Magazine N°7 MUSIQUE

Et le prix est attribué à… Zahra BOUCHA Tel un rituel immuable, chanteurs, acteurs, musiciens et autres célébrités plus ou moins variables défilent sur les tapis rouges de cérémonies de remises de prix pour s’autocongratuler. Enquête sur un business juteux. toujours de voir O nPascals’étonne Obispo repartir tous

un les ans bredouille des victoires de la Musique, une Mathilde Seigner même pas nommée aux Césars, un Louis de Funès avec pour seul prix un César d’honneur, un Tom Cruise sans Oscar. Il faut dire que tous ces prix sont devenus quelque chose de très précis, une élection, que les « artistes » doivent gagner ; les studios qui organisent des soirées spéciales pour les votants (Miramax et son Shakespeare in Love n’aurait jamais gagné face à un Spielberg qui refuse de jouer ce jeu là) ; des inscriptions à des festivals devenus obligatoires comme celui de Toronto pour être qualifié et ne pas voir son film oublié. Bref une véritable industrie à laquelle s’ajoutent la mode, la presse people et les chroniqueurs divers.

76

A quoi cela sert réellement ? Les gens s’y trompent-ils ? Force est de constater qu’en France il y a toujours un effet César ou Victoires. Vincent Delerm a été (malheureusement) révélé au grand public grâce à cette soirée ; les ventes décollent ; un film comme l’Esquive ou plus récemment L’amant de Lady Chatterlay sont ressortis avec plus de copies qu’à l’origine grâce à leur prix. Les exemples ne manquent pas comme celui de Dominique Blanc qui est connue du grand public non pas par les films (confidentiels) où elle a joué mais souvent pas le nombre de ses prix. Il reste un label de qualité. Ainsi si vous écoutez les bandes annonces originales américaines la voix off dit sérieusement en guise de promotion qu’un tel a été nommé deux fois aux oscars, qu’une telle en a deux… Comme si ça prouvait à quel

point les acteurs sont bons dans ces films. Je rappelle pour mémoire que Sharon Stone a un oscar et que sa prestation dans Basic Instinct 2 lui a valu un razzie. Mais cela rassure grandement les producteurs d’avoir ce gage de qualité, ce label ; ils pensent déjà que leurs risques seront moins grands s’ils proposent cela à un certain public. Les producteurs, parlons-en : ce sont eux qui ont cré la plus prestigieuse de ces cérémonies : les Academy Awards pour les connaisseurs ou les oscars comme tout le monde les connaît. Leur syndicat voulant faire un peu taire les revendications des techniciens et des acteurs ont créé ce prix de la même manière que l’on épingle l’employé du mois. D’ailleurs, alors que leur rôle est plus important que les réalisateurs dans le cinéma d’Outre-Atlantique, ils ne se récompensent pas entre eux. En France on a mis du temps à faire de même ; un grand prix du film français existait déjà mais il a fallu attendre 1976, soit près de 40 ans après les remises des premiers Oscars, pour avoir nos


Mars/Avril 2007 SCENE

équivalents français avec les Césars du cinéma. Il faudra attendre à peu près dix ans pour avoir un équivalent français des Grammy awards. Ce sont toujours des associations, généralement, comme par hasard, regroupant des producteurs ou de diffuseurs. Il existe pourtant des critiques professionnels pour louer les artistes, un public qui accueille une œuvre ; tout cela devrait suffire pourtant ! Non, il faut qu’en plus les professionnels se congratulent, qu’ils montrent qu’ils s’y connaissent, que les critiques et le public n’ont rien compris en aimant certaines œuvres plus que d’autres. Donc les producteurs organisent une soirée, mettent en avant les vedettes, les maquillent, leur donnent à boire et à manger gratuitement, les filment, invitent la presse et ce coup de force fait que partout fleurissent, sur les pochettes de disques et sur les affiches de ciné, un label comme le label rouge ou une AOC, sauf que là ce sont des choses subjectives que l’on juge. Ils contrôlent finalement la chaîne de fabrication de bout en bout, en voulant appeler cela de l’Art ; un artiste n’a pas vraiment besoin de cela pour exister. Ils créent finalement un nouveau produit marketing qui s’appelle l’œuvre récompensée plus facile à vendre. Joli coup pour une industrie artistique qui se doit d’avoir une certaine exigence !

LE CINEMA Il y a une constante dans l’attribution des Oscars : ils ne sont pas donnés pour la meilleure œuvre ou prestation mais souvent parce que des personnes au talent incontestables ont été oubliées pendant trop longtemps. Al Pacino a été ainsi récompensé pour Parfum de femme (oui le remake américain du classique italien) ; cette année c’est Martin Scorsese qui a reçu l’Oscar du meilleur film pour Les infiltrés. Cette œuvre, rappelons-le, est le remake d’un film chinois sorti il y a seulement quelques années. Ce prix consacre finalement une crise créative ; les studios s’enfoncent dans la facilité en ne voulant pas reconnaître que les scénaristes américains de qualité s’expriment désormais par le biais du cinéma indépendant et des séries télévisées. La belle surprise de la soirée : l’Oscar du meilleur film étranger remis à La vie des autres dont les studios américains travaillent dès à présent sur une adaptation. Forest Whitaker et Helen Miren ont reçu les prix de meilleurs acteur et actrice pour des interprétations de personnages qui sont dans la mémoire collective.  Cette tendance qui tient à demander aux acteurs d’imiter le plus fidèlement possible des personnes vivantes ou ayant vécu est assez dérangeante finalement. On se demande si cela tient de l’imitation ou du jeu d’acteur ; à ce rythmelà, Patrick Sébastien aidé de son équipe de

maquilleurs pourrait prétendre à un César de meilleur acteur d’ici à quelques années (toute ressemblance avec un acteur primé l’année dernière pour son rôle de président ou une actrice primée l’année prochaine pour son rôle de chanteuse populaire serait purement fortuite). De notre côté de l’Atlantique, les Césars qui se sont tenus la veille, se sont déroulés dans une atmosphère bon enfant. Valérie Lemercier, avec son introduction sous un air de zouk endiablé, est pour beaucoup dans le succès de cette soirée. Les grands gagnants furent Lady Chatterley (meilleur film, meilleure actrice, les costumes, la photo et le travail d’adaptation) et Ne le dis à personne (meilleur acteur, meilleur réalisateur, meilleur montage, meilleure musique). L’Académie a décidé de jongler en récompensant un cinéma dit exigeant et un cinéma populaire, sans vouloir se décider entièrement. Les grands oubliés de la soirée furent, une fois encore, les comédies, qu’elles soient exigeantes comme OSS 117 et La doublure, populaires comme Les bronzés et Camping ou tout simplement rafraîchissantes comme Nos jours heureux. Ce genre aimé du public au point de faire un succès au plus douteux d’entre eux (Les aristos) n’est jamais récompensé, ce qui est dommage pour le pays de Molière.

77


iSubway Magazine N°7 SCENE

La musique semble pourtant tenir compte de façon plus soutenue du public ; ainsi on a jamais vu des personnes venues de nulle part, n’ayant vendu presque aucun disque (à part une fois pour un prix de la révélation féminine assez douteuse ce qui a valu une réorganisation des victoires). Ici point de snobisme de bon aloi. Ceux qui fonctionnent bien et qui ont en même temps une exigence artistique sont récompensés. D’ailleurs pour pallier le fait que beaucoup d’artistes populaires n’étaient pas récompensés aux Victoires de la musique, certains prix sont désormais attribués par le public. Peut-être par peur de se voir complètement mis au rebut par les prix du public que sont les NRJ, MTV, People choices awards, les catégories sont les mêmes sauf que ce sont les gens qui votent et que ces prix ne sont pas organisés par des producteurs mais par des diffuseurs comme des radios ou des télévisions musicales! Attention cette fois-ci ce sont les goûts du public qui sont distingués. Généralement les stars

jouent le jeu (elles ne vont pas risquer de déplaire à la première radio d’Europe ou la télévision musicale qui peuvent promouvoir leur disque) ; la cérémonie est beaucoup moins guindée, bon enfant, et les prix sont assez souvent remis en dépit des goûts de la majorité. Comment cela se passe-t-il ? Comme en politique : une minorité très organisée vaut mieux qu’une majorité qui ne fait rien. C’est pour cela que les Jenifer, Mylène Farmer et autres Matt Pokora qui ont des fan-clubs très dévoués arrivent à avoir des prix à chacune de leurs nominations. Leurs fans sont prêts à passer beaucoup de temps devant Internet pour voter plusieurs fois, à payer des fortunes en sms, à envoyer de nombreux bulletins pour favoriser leurs protégés…. Avec tout cela on oublie que le principal, dans une œuvre, est qu’elle vous touche ; qu’un artiste ait reçu nombre de récompenses ou pas, c’est l’émotion qu’il procure à chacun de nous personnellement qui est importante ; c’est cette intimité que finalement ils essayent de mesurer, de marqueter, de nous rendre lisses. Faites plutôt vos listes par vous-même…

LA MUSIQUE Cette année encore l’industrie musicale est en crise ; les ventes de disques se réduisent en peau de chagrin ; hier un beau succès en France c’était un million de disques vendus, aujourd’hui quand un artiste en vend 200 000 c’est presque un miracle. Dans cette ambiance morose, se tiendront prochainement les victoires de la musique et les grammy awards ont consacré cette année les dixies chics, groupe de trois texanes qui ont défrayé la chronique en critiquant l’administration Bush et en devant paria en leur propre terre en annonçant qu’elle avaient honte d’être du même Etat que le président, du coup, les radios peu enclines au pluralisme et au débat démocratique ont tout simplement boycotté leur disque s’en est suivi une chute vertigineuse de leurs ventes de disques, belle revanche pour les demoiselles. Autre reine de la soirée la grande Mary J Blidge qui a reçu dans la catégorie R&B le prix de la meilleure artiste, celui du meilleur duo et meilleur album. Mais avec pas moins de 108 catégories différentes récompensant country, rap, reggae, pop, rock, musique alternative, il est bien dur pour un chanteur

78

à succès de passer à côté d’un prix. Du côté de la France après des NRJ music award qui ont récompensé la rappeuse Diam’s, on s’attend au sacre du succès de l’année Olivia Ruiz. A noter que pour la première fois un chanteur venu du net (Lorie ça ne compte pas) est nommé pour son clip de Marly de Kamini ; côté artistes masculins il y a eu un coup de jeune, aucun des éléphants de la chanson française tels Bruel, Voulzy, Souchon and co n’ont été nommés ; le choix se fait parmi Bénabar, Vincent Delerm, Katerine et Sanseverino ; même chose pour les artistes féminines : Anaïs, Ayo, Diam’s et Olivia Ruiz se disputeront le prix de la meilleure chanteuse. La cérémonie laisse depuis quelques années quelques catégories au vote du public, ainsi « la chanson originale» et à l’ «Artiste révélation du public» fera l’objet d’un vote ( Mylène Farmer n’étant pas nommée tous ont leur chance). Encore une fois l’industrie du disque, de par un de ses représentants nous fera part de sa souffrance à se séparer d’artistes, à licencier

du personnel de par le téléchargement. En premier lieu le cd ne se vend plus, chose que l’industrie aurait dû anticiper ; le support est obsolète, pendant les années 90 ils en ont bénéficié de manière importante. Avant le compact disc existait le 33 tours ; lorsqu’on est passé à cette nouvelle technologie, les maisons de disques en ont profité pour ressortir de leurs catalogues les albums ; pendant quelques années des best of, des vieux albums, des golds se sont vendus à des millions d’exemplaires, avec un investissement minimum de promotion et aucun frais d’enregistrement. A ce moment-là, ils se sont fait une rente de situation qu’ils croyaient éternelle, leurs efforts de recherche se sont centrés sur des supports encore plus petits (mini disc …) sans voir venir la dématérialisation, les DVD musicaux ou les sonneries de portable. Restent les concerts qui ne désemplissent pas et la bonne progression du téléchargement légal qui redonnent un espoir et le temps pour réfléchir à un modèle économique viable.


Mars/Avril 2007 SCENE

LES PARODIES Comme chaque chose a son antithèse, à force de se congratuler et de se dire à quel point on est super il fallait que quelqu’un vienne dire à quel point dans la famille du ciné, de la musique ou de la télé tous ne sont pas si super que cela. Bien que des prix commencent à être distribués dans la musique et à la télé, c’est le cinéma qui a le droit aux remises de ces anti-prix de part son élitisme. La plus connue s’appelle les Razzies Awards ; ils ont été créés à la base pour être le jumeau maléfique des Oscars ; d’ailleurs par tradition, les primés sont révélés la veille de la glorieuse cérémonie. Avec le temps, loin de dénoncer la piètre qualité de certains films, ils se sont enfoncés dans le mépris et la parodie satirique visant leurs têtes de turcs tels que Kevin Costner, Demi Moore ou Sylvester Stallone ; c’est ainsi qu’ils ont perdu de la crédibilité. Le plus mauvais acteur dans un second rôle a été ainsi attribué à George W Bush en 2004 pour son apparition dans le documentaire de Michael Moore Fahrenheit 9/11. C’est le même sentiment de malaise qui m’a pris lors de la remise des Gérards du cinéma et de la musique qui se sont déroulés le 22 février 2007 au Réservoir. Déjà, ils ont oublié le pire film français que j’ai vu en 2007, il s’agit bien de Fair-play, je le conçois peu de gens ont eu l’honneur de le voir. De

plus, ce qui n’était pas forcément drôle c’est l’acharnement sur Gérard Depardieu qui, bien que mauvais dans beaucoup de films a reçu un prix pour un film où il était très bien (Quand j’étais chanteur). Ce qui était tout de même plaisant c’est la dénonciation du clientélisme dans le cinéma français (la pire prestation par un membre de la famille Depardieu, ou la pire actrice bénéficiant des réseaux de son mari) dénoncer le fait que Clovis Cornillac joue dans beaucoup trop de films, qu’il ne se passe pas un mois sans qu’il ne soit à l’affiche en boxeur, en gay-friendly, en Asterix, en psychopathe, en flic du début de 20ème siècle, la seule chose qui empêche le fait qu’il joue aussi les rôles de femme c’est peut être le coût exorbitant en maquillage. Qui a décidé qu’il était une star bankable, pourquoi autant de films avec lui ? Pourquoi les chaînes ne financent-elles pas quand elles ne voient pas des pseudos vedettes ? Ils posent le doigt où ça fait vraiment mal dans le cinéma français, quand un acteur américain joue deux ou trois films par an, nous on tourne avec une dizaine d’acteurs, toujours les mêmes et souvent quand apparaît une nouvelle tête on s’aperçoit que c’est le fils, le neveu, de quelqu’un de déjà établi. Rien que pour cela les Gérards sont une entreprise de salut public !

79


On me dit réactionnaire, tout cela parce que mon enfance a été bercée de «Petite maison dans la prairie», bluette pastorale décrivant avec lyrisme la vie d’une famille exemplaire au sein de laquelle la femme faisait des tartes et l’homme prenait les bûches pour le feu. Ce que je ne savais pas alors, c’est qu’à l’époque où se passaient les histoires pittoresques de la famille Parfaite, c’était plutôt la femme qui se prenait des tartes et l’homme qui faisait la bûche pour cuver sa cervoise. N’empêche, le mal était fait, les années 90 et Michael Landon ont eu raison de mon ouverture d’esprit. Plombant toute une génération de jeunes filles, descendantes des chiennes de gardes dans le souvenir idyllique d’une jolie maison où papa sue à grosses gouttes entre ses poils de torses pour que maman soit toujours bien coiffée. Comprenez donc, pourquoi le jour où mon homme m’a dit «fronce pas les sourcils, tu vas faire des rides», je suis retournée chez ma mère.

Célibattantes contre Métrosexuels : la guerre des sexes n’aura pas lieu Dossier: Fanny Berrebi


Isubway Magazine n째5 - Janvier 2007 - IDENTITE - page 81


iSubway Magazine N°7 RELATIONS

M C’était un dimanche, terrasse de étrosexuels et Tanguy en jupons

café crème avec l’ami Jeremy qui me parle du tout nouveau BHV Homme, le définissant comme le «plesstoubi» de la place parisienne («Place to be» : anglicisme de fille signifiant le lieu ou il faut absolument que les gens qui le connaissent voient que toi aussi tu le connais). Moi, je ne savais même pas que le BHV était une femme. Encore moins qu’il avait fallu lui créer un homme, mais je sais apprécier l’ironie de la chose. Si Dieu a crée l’homme avant la femme, le marché, a fait le contraire. Mais me disje alors, ce n’est rien d’autre qu’un magasin pour femmes avec dedans des articles pour hommes. Rien de révolutionnaire, pensai-je avant de me rendre compte qu’en fait non. Tout y est dédié à l’homme. Les articles, les têtes de gondoles, les affiches. Tout est pensé pour plaire et pour convenir aux hommes. Et pourtant quelque chose me chiffonne. Quel genre d’homme peut-il aimer perdre son temps dans les magasins sous peine de mettre à mal des décennies entières de râles musclés de mâle frustré ?! C’est là que fut prononcé le mot qui me fit tressaillir : métrosexuel. Ma pauvre, tu n’y entends donc plus rien ? Me dit Jeremy d’une voix curieusement aigue, les hommes ont changé, aujourd’hui ils prennent soin d’eux, ils choisissent avec attention leur eau de toilettes, achètent des produits pour la peau, se font faire

82

des manucures… Ah, c’est donc ça un métrosexuel ? Moi qui pensais que c’était le genre de types qui s’adonnent à des exhibitions licencieuses sur strapontin. Bien sûr, un mot qui sonne comme une perversion ne pouvait être que la définition de l’homme moderne, pas vrai ? Ben non, pas vrai. Puisque, semblerait-il, la seule perversion de l’homme moderne est certainement le prix indécent qu’il est capable de mettre dans des produits destinés à le rendre plus beau. Ouf ! «Au bonheur des hommes» a donc de beaux jours devant lui, nous disonsnous tout en devisant sur ces choses qui aujourd’hui rendent floues les frontières entre les sexes. C’est à ce moment là que nous avons établi un constat terrible : En 2007, les affaires du sexe ne se situent plus au dessous de la ceinture, mais dans la marque de celle-ci. A en croire les publicitaires, les femmes deviennent «masculines» non pas dans leur corps et dans leur identité mais dans leur comportement. Meetic.fr met en scène des jeunes femmes adoptant des comportements dits «masculins». La plus cocasse étant certainement celle où une belle blonde vêtue d’un drap raccompagne un jeune homme à sa porte. Le regarde avec ce petit air mutin qu’on ne voit que chez les femmes et lui dit «a bientôt Mike». Dépité, il dit qu’il s’appelle Bob… La réaction de la fille est inimitable. A se demander si

finalement, ce n’était pas depuis le départ le rôle des femmes de faire de genre de choses… Faf la rage, rappeur balèze qui avait pour habitude de mettre en scène des policiers bourrus du nom de Gomez nous parle dans sa dernière chanson d’une «meuf qui fait peur à tous les mecs», qui met des manchettes et des «balayettes». Evidemment, il y a encore très peu de temps (et quelques villages de France pour lesquels) le rapport direct entre la femme et la balayette était nettement plus … ménager. Et là encore, on croirait presque un juste retour des choses. Rappelons qu’un art martial, dans son sens original désigne une discipline à utilité militaire. Or quelle activité demande plus de rigueur et de discipline que celle de tenir son intérieur ? Les règles du jeu ont changé ? Peut-être pas tant que cela, finalement. L’homme, qu’il se fasse beau ou qu’il sorte du bois, en fin de compte, son seul objectif reste de «serrer de la meuf». Modernes ou pas, les comportements socio-cul ont toujours suivi des lignes dictées par les besoins primaires. Les métrosexuels prennent soin de leur corps et de leur peau, ils se disent plus sexuels que métro, et à ceux qui mettent en cause leur masculinité («c’est quoi ton problème ? Homo ou micro ?»), on pourrait facilement répondre que derrière ces attitudes féminisantes se cache


Mars/Avril 2007 RELATIONS

Le terme «métrosexuel» apparut pour la première fois en anglais dans un article du journaliste anglais Mark Simpson dans le journal The Independent en 1994 et défini ainsi : « The metrosexual, is an urban male of any sexual orientation who has a strong aesthetic sense and spends a great deal of time and money on his appearance and lifestyle. » Donc, le métrosexuel est un homme urbain, au sens développé de l’esthétique, qui dépense énormément de temps et d’argent dans son apparence et son style de vie. On utilise ce

terme pour qualifier des personnes qui font très attention à elles, prennent soin de leur corps, de leur alimentation, etc. Ce qualificatif est donné à de nombreuses personnalités telles que David Beckham, Robbie Williams ou encore Frédéric Michalak et José Luis Reséndez. « Métro » : par rapport à l’homme métropolitain. « Sexuel » : l’homme (dans le contexte de séduction et d’attirance sexuelle).

LA vraie problématique qui est la même depuis la nuit des temps : «enlarge your penis». C’est pour reconquérir son territoire que l’homme est allé investir celui de sa compagne. Il semblerait que l’homme se féminise pour retrouver sa masculinité. Parce qu’être un homme en 2007, ce n’est plus la même chose qu’à l’époque bouclée des Ingalls de Wallnut Grove. Ce sont les critères qui ont changé, pas les hommes. Eux ils se sont adaptés, ils se sont contentés d’évoluer, au sens darwinien du terme. Ils ont juste, disons remplacé les phéromones musquées de sous les aisselles par des fragrances plus … industri… civilisées, disons. Aujourd’hui on demande aux femmes d’être plus intelligentes. Elles font des études, ont un bon travail, le but de la vie d’une femme n’est plus seulement d’avoir des enfants mais aussi d’assurer. Peut-elle se permettre d’être moins belle ? Pas encore. Mais au moins l’homme non plus. Est-ce que c’est cela l’égalité des sexes ? On en demande plus à tout le monde. Et aujourd’hui on voit des femmes qui restent célibataires tant qu’elles n’ont pas assis leur carrière et des hommes qui utilisent des masques au concombre et de la cire orientale.

Euro-shopping Ils sont 51.2% en Europe à accorder une grande importance à leur apparence générale : ce sont les autrichiens qui sont en tête avec 67.5% devant les allemands (61.3%) et les anglais (60.7 %). Les français sont avant derniers avec 39.6% devant les italiens (34.8%). Les célibataires autrichiens sont les plus soucieux de leur style vestimentaire (40.9%) avec les espagnols (39.1%). Les français

sont avant-derniers avec 32% de suffrage mais devant les allemands (31.5%). Italie, pays de la mode s’il en est… s’illustre une fois de plus dans le temps passé à faire du shopping : 49.9% des italiens adorent s’adonner à cette activité mais attention, ils sont suivis de très près par 47.7% d’anglais et, oh surprise… les français arrivent en dernière position. Alors les italiens ? Mytho-sexuels ?

Métro (boulot-dodo) sexuel Comment s’y retrouver, lorsqu’on est une célibataire trentenaire wallnut Grovisée dès son plus jeune âge, fourbue de principes plus ou moins rigides sur ce que doit être un homme … et donc une femme, mais incapable d’être cette femme, parce qu’une femme aujourd’hui travaille trop, fume trop, boit trop, doit composer entre une liberté acquise et les préjugés inhérents à cette liberté. Alors on se pose la question : si je ne suis pas une femme, comment veux-tu, comment veux-tu que je rencontre un homme ? Là encore, tout est affaire de culture. Lorsque la jeune espagnole profite du progrès en jouant les Tanguy, habite chez ses parents jusqu’à pas d’âge et se revendique «Juanita» libre et décomplexée, la jeune Russe retourne à l’école pour apprendre à séduire au sein du très spécial cours Rakovski (voir encart). A Moscou, «l’école des garces» propose des

83


iSubway Magazine N°7 RELATIONS

leçons de séduction aux citadines désireuses de trouver l’homme de leur vie, riche de préférence. Succès garanti dans une Russie socialement bouleversée. Plus que jamais, la Russie fourmille de célibataires charmantes, avec une bonne situation, souvent des enfants et un ex-mari violent et alcoolique à la recherche de l’homme droit, calme, modéré et gentil qui fera leur bonheur. Du coup, les sites internet n’en finissent plus de se créer, proposant des rencontres entre désespérées des deux continents. Dali, dont la femme était russe disait : « Toutes les couleurs de Kandinski sont là! Vous les Russes, c’est votre seul grand peintre… En revanche, votre littérature est inégalable. Mais là où vous culminez, vous les Russes, c’est avec vos femmes ! ». Pour la femme russe, l’homme français représente un certain art de vivre, l’amour, la culture, et le respect. Cette image se confirme en Russie : les femmes russes considèrent les hommes français comme de vrais gentlemen, galants, intelligents et enclins à la réussite sentimentale. Pour les hommes, la femme russe représente à la fois le romantisme de Tolstoï et la femme active. Elle est attirante par sa beauté subtile, mais surtout elle saura être l’épouse presque idéale, respectueuse de cet homme qui lui offre le bonheur... Peu exigeante, sachant briller en société, sachant être femme et épouse attentionnée, la femme russe reste naturelle et simple, ce qui la rend exceptionnelle. Voilà qui vient contredire tous les principes de l’homme moderne accroc à l’épilation qui accueille avec flegme la réussite de sa wonder-femme. Les comportements socio-sexuels, tout comme le statut et les habitudes des célibataires connaissent de plus en plus de variations. Ainsi, s’il y a 30 ans, on considérait une trentenaire non-mariée comme une vieille fille et puis comme une working girl dans les années 80, aujourd’hui il y a autant de styles que de célibataires et autant d’effets de mode que de modèles d’escarpins. Pour les hommes, le phénomène, bien que différent, a pris une ampleur rapide et fulgurante. En quelques mois, on a vu fleurir les magazines masculins, les magasins, les produits de beauté et un an plus tard, le corps d’homme se portait slim et glabre comme un chanteur de pop drogué à l’héroïne. Résultat : en moins de temps qu’il n’en fallut au monde

84

pour intégrer le terme «métrosexuel» naissait une nouvelle définition, un nouveau type d’homme, un nouvel art de vivre au masculin : l’übersexuel.

on obtient le parfait spécimen de l’homme moderne. Pardon, l’homme le vrai. Celui qui a définitivement fini d’intégrer sa part de féminité au service de sa virilité.

Aussi difficile à comprendre qu’à écrire, le terme übersexuel ne désigne pas mon ami Hubert, très sexuel néanmoins, mais un type d’homme paradoxal. Complètement moderne, il trouve son inspiration dans l’archétype machiste du viril old school : James Bond… Pour ceux qui l’ignorent, James Bond, à l’origine, est un misogyne névrosé à la mentalité archaïque. Ainsi était, du moins, le personnage inventé par Ian Flemming. Les films (et Sean Connery) en ont fait un macho-beau-gosse-irrésistible au style impec, même après une guerre nucléaire. C’est sûr, ça donne envie.

Un peu comme la femme active super organisée qui a réussit dans son métier tout en restant ultra-féminine. Bien sûr, cette femme là existe depuis le début des années 80. Mais affirmer qu’il a fallu aux hommes un peu plus de 20 ans pour arriver à trouver le compromis que nous avons largement exploité serait à la fois castrateur et erroné. Or avec les enfants de la génération féministe, il faut prendre des gants. Disons que les médias ont mis du temps pour s’emparer du phénomène !

C’est ainsi qu’en mélangeant le soin apporté par le métrosexuel à son apparence et son bien-être avec l’allure plus négligée de l’homme des bois déguisé en James Bond,

« Love Attitude en Europe » : des célibataires perdus dans les concepts Le phénomène du célibat a pris une telle ampleur depuis 10 ans, les courants ont été si forts et si nombreux qu’il a fallu créer un «Observatoire du Célibat» pour réaliser

Terme inventé par la publicitaire américaine Maria Salzman, l’übersexuel est un homme qui a l’apparence d’un macho ou d’une personne virile mais qui se comporte, en fait, comme quelqu’un d’ouvert. De type barbe de trois jours, poils dépassant de la chemise, l’homme se tourne un peu moins vers lui-même et un peu plus vers les autres. Le nouvel idéal masculin caractérisé par une confiance absolue en soi sans être odieux ou vain, une virilité à toute épreuve, de la classe et un attachement à la qualité de la vie. George Clooney ou Antonio Banderas en sont de bons exemples. On les oppose souvent aux métrosexuels.


Mars/Avril 2007 RELATIONS

Les jeunes Italiens et Espagnols vivent 2,8 fois plus souvent chez leurs parents que les jeunes Danois Environ 6 jeunes Européens âgés de 18 à 29 ans sur 10 vivent chez leurs parents. Les pratiques sont en ce domaine très différentes dans les pays du nord et du sud de l’Europe : - au Danemark, en Finlande, aux Pays-Bas et au Royaume-Uni, ce sont moins de la moitié des jeunes adultes qui vivent chez leurs parents ; - en Allemagne, en France, en Autriche, au Luxembourg ou en Belgique, cette proportion est modérément plus forte, entre 50 et 60 % ; - en Grèce et en Irlande, elle devient prépondérante, entre 60 et 75 % ; - en Italie, en Espagne et au Portugal, enfin, elle culmine autour de 80 %. L’âge à partir duquel au moins la moitié des individus ont quitté leurs parents s’échelonne ainsi de 21 ans en Finlande à 29 ans en Espagne et plus en Italie. Il est de 24 ans en France, soit un peu moins que la moyenne communautaire (25 ans). Partout, les jeunes femmes quittent leurs parents plus tôt que les jeunes hommes, et encore plus dans le nord de l’Europe.

des études afin de venir à bout de cette problématique. L’observatoire communique sa première étude : les tendances et les perspectives du comportement amoureux en Europe. Plus de 100 experts en relations personnelles ont été interrogés afin de mieux comprendre, à l’échelle européenne, les principaux changements intervenus au cours de ces dix dernières années en matière de comportements amoureux, de recherche de partenaire, et des relations de couple. Pour déterminer les évolutions futures de la rencontre amoureuse des célibataires français et de leurs voisins européens, ces derniers ont cherché à comprendre comment les célibataires cherchent et trouvent leur partenaire, l’impact de l’augmentation des divorces, et ce que recherchent les célibataires dans une relation amoureuse. Plusieurs tendances sont abordées : les néo-romantiques, le syndrome GCN (des Gens Comme Nous), les nouveaux types de familles, le syndrome des relations accélérées... un véritable tour d’horizon du comportement amoureux en Europe et des modes de recherche d’un partenaire. Le sociologue Pascal Lardellier commente cette étude, disponible sur le site de l’Observatoire du Célibat. Pascal Lardellier est professeur de sciences de l’information et de la communication à l’Université de Bourgogne. Il a récemment publié «Le cœur net, célibat et amours sur le Web » (Belin, 2004). Célibataires «arc en ciel» et couples en crise Après Bridget Jones et la célib de plus de trente ans qui n’a jamais trouvé son autre, on a beaucoup entendu parler de la jeune femme de 30 à 40 ans, divorcée.

Un enfant ou deux. Prise dans les affres terribles du célibat APRES avoir réalisé sa vie de femme. Et donc foncièrement et intrinsèquement différente de la célib. En 2006 sortait le livre d’Agnès Abécassis «Les tribulations d’une jeune divorcée». Ce livre truculent nous raconte l’histoire d’une jeune femme divorcée (jusqu’ici rien de surnaturel vous me direz c’est écrit dans le titre), qui nous narre avec un humour aussi décapant que ses produits ménagers sa toute nouvelle vie. En bonne Bridget à la française, on y rit, on y sourit, on y verse sa larme et bien sûr on s’identifie. La différence avec Bridget ? Son problème à elle, ce n’est pas de se marier, puisque c’est déjà fait (et défait), non son problème c’est d’apprendre à vivre sans un homme. Et vivre ça signifie, sortir à nouveau, élever ses deux filles, tuer des cafards et parfois même en fréquenter. Gros succès pour ce livre bien de chez nous qui nous parle d’une autre manière d’être célibataire. Dernièrement, l’Observatoire du Célibat s’est également penché sur la situation des célibataires « Arc-en-ciel », c’est-à-dire les personnes qui se retrouvent seules après une longue relation. Ils sont âgés de 50 ans et plus, et doivent à nouveau mettre tous les atouts de leur côté pour rencontrer l’âme sœur. Comment vivent-ils leur célibat ? Combien sont-ils aujourd’hui en France ? Comment se présente l’avenir pour cette tranche d’âge ? L’Observatoire du Célibat répondra à toutes ces questions et bien d’autres dans un rapport complet et commenté par des experts.

85


iSubway Magazine N°7 TENDANCE

Le dernier métrosapiens Fanny Berrebi Les hommes sont-ils en train de devenir des cybersexuels qui devront avoir étudié la structure romanesque pour faire l’amour ? Un billet d’humeur au féminim en réaction au succès de Meetic.

L

es temps ont changé. C’est le constat désabusé que je me faisais en feuilletant machinalement des pages de Maximal dans lesquels j’appris avec stupeur que Clara Morgane y donnait des cours de cunnilingus. C’est honorable, on peut difficilement nier l’effort, mais d’imaginer à chaque rapport que l’homme qui est en train de nous donner du plaisir met en pratique des leçons lues dans un magazine a quelque chose de déstabilisant. Alors que je réfléchissais sur les doutes, compréhensibles mais nébuleux qui animent ma copine Sandrine quant à la possibilité de divorcer de son époux, j’ai pris conscience d’une chose étrange… Une découverte qui vient d’anéantir de façon plus ou moins définitive mes espoirs en un monde meilleur rempli d’un homme de style normal et de sa progéniture éventuelle. Comment dire en terme simple : le mari de ma chère amie, patapouf sympa sur le front duquel il est écrit en gras : «papa poule» (évidemment y’a pas que sur le front qu’il y a du gras) fait partie d’une caste d’hommes rares en voie de disparition totale, qu’il convient de protéger et de chérir,  voire d’envisager un accord avec Greenpeace pour l’inclure dans leurs programmes de protection officielle au même titre que les baleines blanches. En gros, je me suis rendu compte ce matin, alors que l’idée de travailler pour de vrai me chatouillait vainement le cortex, que nous vivons une époque de grand n’importe quoi.  «Moments chauds et câlins, sans prise de tête»

86

J’explique : La grande préoccupation des femmes depuis la nuit des temps est de dire «j’ai deux enfants à la maison». L’homme est un grand enfant, incapable de s’occuper de lui tout seul, et qui sous des allures de testostérone aguerrie, sait qu’en terme officieux, c’est sa femme qui porte la culotte à la maison… «Il faut que je gère tout» ; «Il ne sait pas prendre des décisions, et lorsque je le fais à sa place il se l’approprie» ; «J’en ai marre de

« Le papa poule fait partie d’une caste d’hommes rares en voie de disparition totale, qu’il convient de protéger et de chérir, voire d’envisager un accord avec Greenpeace pour l’inclure dans leurs programmes de protection officielle au même titre que les baleines blanches. » ramasser : ses chaussettes/sachets de thé/caleçons/slip kangourou/canettes de bières/paires de baskets/string panthères» ; etc. Voila ce que j’entends sortir, à peu de choses près, de la bouche de ma copine Sandrine et de toutes mes amies mariées. Ce à quoi en bonne amie que je me sais être, je réponds d’un air avisé : on se plaint, on se plaint, on sait ce qu’on perd mais on sait pas ce qu’on retrouve (c’est ben vrai ma ptite dame). Or ma copine Sandrine, m’est d’avis qu’elle n’est jamais allée sur «jeniquec’estmythique», le site de Nick qui raconte à grand renfort de

statistiques, un an de rencontres sur Meetic. Alors certes, les hommes d’avant ne savaient pas remplir le lave vaisselle ou étendre le linge, il pouvait leur arriver de sentir un peu fort ou de forcir du ventre, aux hommes d’avant, mais comment ne pas pleurer les hommes d’avant quand on voit le succès remporté par des mollusques invertébrés couchés sur pixels qui t’abordent en te demandant si tu es d’accord pour des «moments chauds et câlins, sans prise de tête». Des goujats qui s’offusquent que tu répondes «vafanculo» lorsqu’ils te disent dès le premier mail «attends, je te préviens d’office, euh je cherche pas


Mars/Avril 2007 TENDANCE

une relation sérieuse, on peut discuter dans un café et si ça colle on va sur mon canapé pour que je te biiiiip la biiiiiiip, mais on peut discuter un peu avant, on est pas des animaux». Quand les hommes prennent un air coquin... L’écrit a tué nos conventions ma vieille, dis-je alors à Sandrine. Nos bonnes vieilles hypocrisies de comptoir, les «bonsoir mademoiselle, vous êtes seule, vous vivez chez vos parents, vos yeux scintillent comme les étoiles au firmament, maman». Et le pire c’est que ça leur paraît normal : «tu as des photos ?», «joli décolleté, tu m’as l’air coquine, es-tu coquine ?» (on sait jamais des fois qu’elle réponde «nan je suis une planche à pain qui a passé la nuit au frigo sombre connard»), «ça te dit qu’on se chauffe un peu ? si tu étais sur un canapé, tu ferais quoi là par exemple ?». Attends voir, il faut avoir étudié la structure romanesque pour faire l’amour maintenant ? Et là je vous dis pas quand les hommes prennent un air coquin. Si si, comme la fille dans la pub Meetic.fr, un air

coquin ! Oui madame (et toi monsieur, je peux bien t’appeler madame au point où on en est). En gros, mes amis, et ma chère Sandrine, ces mecs là sont pléthores aujourd’hui, tous les mecs à tendance pas trop mal d’il y a vingt ans se réfugient désormais derrière leurs écrans pour laisser libre cours à leurs maudites pulsions sans plus se préoccuper de SEDUIRE. Forcément, à force de croiser des types qui te demandent de les sucer avant de t’avoir souhaité le bonjour, forcément ça crée des distorsions. Il faut rester calme… ne pas saisir le stylo … non pas dans l’œil … non …. Mais s’il insiste sur le fait que le travail/la discussion/son état de santé s’améliorerait considérablement en étant libéré du joug de l’attirance sexuelle ou tout simplement sur le fait qu’il ne se sent pas bien, car il aurait aimé être sucé (tu crois rêver ? ha ha mais tu es en plein dans la réalité ma chérie), rester ferme et lui dire en souriant «Ecoutes Dumbo … euh Mathieu, je coucherai avec toi le jour où je serais suffisamment désespérée pour n’envisager aucune autre solution, ce n’est pas flatteur tu ne devrais pas accepter ça». N’importe quelle célibataire en a rencontré plus que de raison des comme ça… des qui t’envoient des lignes et des lignes de mots plus crus qu’un tartare avec des fautes d’orthographes en guise de câpres. Au début, on jette un œil attendri à la réthorique débile, mais rapidement, les voir se vautrer dans la certitude d’être un mec top classe, top tendance, qui vit high tech et moove toujours à la pointe du groove, c’en est trop. Et si nous on a participé un jour avec entrain, pour l’attrait de la nouveauté, aujourd’hui on aimerait qu’ils arrêtent ne serait-ce que quand on répond mollement que

ça me ferait plaisir un bracelet Dinh Van pour mon anniversaire… Alors sus aux conversations msn percluses d’invitations à la souplesse verbale !   Tous cybersexuels ? EGOISTES, voila ce qu’ils sont … sauf qu’aujourd’hui ils ne s’en cachent plus, et l’affichent, l’écrivent, le bloguent à tous vents camouflés derrière leur «nickname» (intéressant n’empêche) dans leurs slips de la veille au lieu de se mettre un peu de gel et d’aller nous montrer leur égoïsme dans un bar ou une boite, de façon virile, comme un homme ! C’est ça que vous voulez mesdames ? Un cybersexuel ? Heureusement pour la survie de l’espèce non archivée dans les statistiques d’un blog, il reste des hommes… Il reste des hommes virils qui sont flics, pompiers, charpentiers en début de carrière, maçons, plombiers polonais et quelques autres représentants portugais (ou non) de la classe ouvrière. Dans la catégorie «moyenne gamme», il n’y a plus que des chefs de projets, responsables informatiques, commerciaux, marketing, et ceux là sont en passe de devenir les mollusques invertébrés décrits plus hauts, ils n’attendent que le coup de grâce : la rupture. Enfin dans la catégorie «haut de gamme», les avocats, médecins, et autres intellectuels, c’est que du marié ou de la prise de tête néo-psychanalytique… Autant dire qu’on n’est pas rendues ! En fin de compte Sandrine n’a jamais divorcé. Son mari a perdu 20 kilos, s’est acheté des Ray Ban et est  devenu métrosexuel. Et ce matin, dans mon horoscope j’ai lu : Gros cunnilingus sur votre vie sentimentale ! J’ai failli en pleurer. En fait c’était écrit «cumulonimbus».

87


iSubway Magazine N°7 HORIZONS

La Roumanie Zahra Boucha

La dernière fois que l’on a entendu autant parler de ce pays ce fut lors de la chute de Nicolae Ceauşescu ; inspiré par le régime Nord Coréen, le dictateur a laissé un pays ruiné par la dette et la corruption.

U européenne avec la Bulgarie, cette n nouveau pays a rejoint l’Union

fois-ci nous avons à accueillir 22 millions d’habitants qui génèrent chacun un PIB de 3.590 €( en comparaison, celui de la France est d’environ 27 000 €). Quels sont ses atouts et ses défis ? Comment ce pays va-t-il intégrer au mieux une union désormais à 27 ? Force est de constater que l’atout principal de ce pays, c’est sa population ! Les roumains sont qualifiés et cette main d’œuvre est peu chère ; le salaire mensuel moyen net est d’environ 419,38 en janvier 2007, (le salaire minimum garanti par la loi est de 131 euro). Pourtant le

88

pays est même en train d’avoir recours à l’immigration car dans sa capitale Bucarest le chômage est inexistant ; il est ainsi peu probable que les pays les plus avancés de l’UE voient se concrétiser leur peur de l’arrivée massive de travailleurs. Un chômage très bas, une inflation à 4 % en passe d’être jugulée et une croissance constante depuis 2000 (+5,7% en 2001, + 4,9% en 2002, + 4,9 % en 2003), tirée par les exportations et l’investissement. En 2004, cette croissance s’est accélérée pour atteindre 8,1%. En 2005, la croissance a ralenti mais est restée soutenue, autour de 4%. Longtemps aidée par des investissements étrangers,

la croissance repose désormais sur une forte demande intérieure. Les branches industrielles les plus développées sont le bois, les matériaux de construction, le textile et le cuir, la construction mécanique, l’électricité et la chimie. Le pays qui n’a reçu qu’en 2004 le label officiel d’économie de marché viable de l’UE,  s’est engagé dans des réformes de fonds comme la lutte contre la corruption, la privatisation des entreprises d’Etat… Le défi de taille qui a été relevé ces dernières années fut l’inflation qui était à deux chiffres il y a quelques années et est passée de plus de 40 % à 4% en 2006 grâce à une politique de rigueur mise en place par le gouvernement. Reste le fait que le PIB par Roumain représente 30% du PIB communautaire ;


Mars/Avril 2007 HORIZONS

89


iSubway Magazine N°7 HORIZONS

si le pays continue dans ce rythme de croissance il faudra des années avant qu’il n’en représente la moitié. Les grandes entreprises y délocalisent volontiers car avec l’accès au marché de l’union et une main d’œuvre moins coûteuse, la Roumanie est le candidat idéal ; une population qui parle à 15 % le français : Microsoft décide d’y installer les centrales d’appel pour Vista, Renault y produit sa Dacia et a investi en 2007 plus de 100 millions d’euros pour établir un nouveau centre de développement. Mais se positionner en sous-traitant de l’Union reste un piège que le pays veut éviter en encourageant les industries de pointe.

90

Il ne faut pas non plus oublier que grâce à ce pays l’UE a accès désormais à la Mer Noire ! Cette ressource est ce qui donnera au pays une indépendance énergétique ; pour l’instant, le transport est monopole de la Russie ; « Je considère qu’après leur adhésion à l’UE, dès le 1er janvier 2007, la Roumanie et la Bulgarie devraient continuer à militer en tout premier lieu pour la concentration de l’attention sur la région de la Mer Noire et réussir à convaincre leurs partenaires de l’Union qu’il est nécessaire, bénéfique et opportun de réaliser un partenariat avec les pays de cette région», a conclu le président Traian Basescu. ». En ces mots le président roumain rappelle que son pays apporte quelque

chose de fort à ses partenaires et que l’Union a tout à y gagner. La France aussi, car ce pays a une longue tradition francophile ; si l’on prenait la peine d’entretenir les partenariats comme le fait l’Italie très présente dans la région, nous aurions tout à y gagner. Le pays rêve déjà d’un modèle à l’Irlandaise, et d’adopter l’euro avant 2014, reste le fait qu’avec l’intégration de tous les autres pays, l’Union en panne pour le moment n’a ni l’énergie, ni les capitaux, ni la possibilité de ne s’intéresser qu’à un seul pays afin de rattraper les disparités.


Mars/Avril 2007 SERIE PRESIDENTIELLE

Présidentielles 1995 – Mangez des pommes Olivier BEUSCART

S En 1993 les élections législatives sont ituation politique

un véritable raz-de-marée électoral pour la droite. Chirac ne veut pas retourner à Matignon : il ordonne donc à Edouard Balladur, son ami de 30 ans, de gouverner la France pendant qu’il se prépare pour la présidentielle à venir en 1995. Mais Balladur va rapidement devenir très populaire, plus que Chirac, et décider de se présenter pour un duel fratricide à droite. Delors n’est pas candidat Il existe plusieurs types de candidature : les candidatures autodestructibles, les candidatures ratées, les candidatures naturelles… Mais aussi les candidatures imaginaires : celles qui n’existent pas mais qui font couler beaucoup d’encre. Il s’agit là d’une candidature qui peut apporter un certain prestige, une certaine aura, voire une stature. Jacques Delors l’a parfaitement compris. Cet homme était à l’époque présenté comme le seul pouvant amener, à nouveau, les socialistes au gouvernement. Pourtant il ne disait rien, et ne faisait pas savoir s’il avait l’intention de se déclarer candidat. Autrement dit le suspense autour de cette attente fut considérable. Cette candidature est également attendue du côté des balladuriens : en effet, pour contrer Delors

dont le prestige est alors immense, il faudrait absolument parvenir à une candidature unique à droite. En clair, Chirac devrait renoncer à se présenter. Les socialistes vont être convaincus que Jacques Delors va les représenter en 95, et lorsque l’ancien président de la Commission Européenne annonce sa participation à l’émission « 7 sur 7 » ils sont tous persuadés que cette fois-ci, c’est la bonne : Delors sera candidat. De fait, le déroulement de l’émission est de nature à entretenir l’espoir. Au début, Anne Sinclair annonce que Jacques Delors souhaite commenter l’actualité et répondre aux questions de son intervieweuse. A la fin de l’émission seulement il annoncera sa décision. Pendant 50 minutes, Delors va proposer, argumenter. Un véritable programme électoral. Et puis, 2 minutes avant la fin de l’émission, il se tourne vers la caméra et déclame un texte mûrement réfléchi : c’est non ! Il ne sera pas candidat à l’élection présidentielle. Anne Sinclair n’en revient pas, le téléspectateur non plus. La gauche vient de perdre un candidat. Finalement, les socialistes vont désigner Lionel Jospin pour porter le programme du PS en 1995. Le candidat de la France Il y a aussi des candidatures hautement symboliques. Tant par la forme que par

93


iSubway Magazine N°7 SERIE PRESIDENTIELLE

le contenu. Celle de Jacques Chirac en est une illustration et un modèle du genre. L’objectif est de montrer à ceux dont on réclame la confiance (et donc le vote) qu’on est des leurs, que l’on partage les mêmes valeurs qu’eux, celles du peuple et de la France profonde. C’est le sens de la déclaration de candidature de Jacques Chirac le 4 novembre 1994 dans les pages de la Voix du Nord. En faisant le choix de se déclarer depuis la ville de Lille, où est né le Général de Gaulle, le maire de Paris veut faire oublier la capitale qu’il dirige. Jacques Chirac se présente alors comme un homme libre, un français comme les autres, proche des gens, qui va à la rencontre du peuple, et qui défendra le peuple contre les technocrates. On sent déjà poindre dans l’interview le thème de la fracture sociale qui fera les délices des chiraquiens. Egalement, le moment de la déclaration (6 mois avant le premier tour) marque une réelle détermination à laquelle rien ne saurait le faire renoncer. La déclaration de candidature ratée d’Edouard Balladur Ultra populaire, le Premier Ministre est selon tous les sondages assuré de l’emporter en 95. Balladur bénéficie en plus de la bienveillance des médias. Mieux encore, sa candidature est attendue par tout le monde et est même réclamée par la plupart des leaders de la majorité. Lorsque Balladur apparaît sur le petit écran, les français n’en croient pas leurs yeux… Ce n’est pas un candidat qui se présente devant eux. C’est le Président de la République en personne tant il paraît sûr d’être élu. Sur fond de dorures, devant une horloge qui va marquer plus que le contenu du discours, Balladur donne l’impression d’effectuer une formalité. A un tel point que son discours manque totalement de force et de persuasion. Le Premier Ministre ne regarde même pas les Français dans les yeux. Et pour cause ! Face à deux caméras (dont une de secours en cas de panne de la première), Balladur regarde la mauvaise caméra ! Les français ont alors en tête l’image du Balladur d’avant 1993, celui que Plantu dessinait coiffé en Louis XVI sur une chaise à porteurs… Mais pire encore, cette prestation est d’autant plus difficile à comprendre que l’horloge située derrière Balladur indique que la déclaration a été enregistrée une heure avant sa diffusion. L’équipe de campagne

94

de Balladur a fait preuve de vraiment peu de professionnalisme… La campagne de Balladur vient d’entamer sa chute. TF1 et Monsieur Balladur Surprise : pour la première fois en France, une chaîne de télévision va officieusement faire campagne pour un candidat. Plusieurs années auparavant, la chaîne avait donné sa chance à Michel Noir, sans succès. Déçue, la chaîne se rabat sur le favori de l’époque, Balladur, délaissant Chirac. Balladur l’a bien compris et n’a de cesse pendant ses deux années passées à Matignon d’aider le groupe Bouygues dans sa politique d’expansion. Qui plus est, le PDG de l’époque, Martin Bouygues, propriétaire de TF1, est le meilleur ami de Nicolas Sarkozy, très proche collaborateur de Balladur. D’ Etienne Mougeotte (directeur des programmes de la chaîne) à Claire Chazal (qui a écrit une biographie à la gloire de Balladur), en passant par Gérard Carreyrou, tout l’état-major de TF1 est mobilisé pour porter Edouard Balladur à l’Elysée. Il n’est pas une émission de la Une qui ne mette en valeur la politique gouvernementale. Les invitations du Premier Ministre et de ceux qui le soutiennent se multiplient. La ficelle est tellement grosse que les autres médias s’en emparent et commencent à évoquer la « balladurisation » de TF1. Pourtant, dans leur tentative de manipulation de l’opinion publique, les dirigeants de TF1, comme les balladuriens, ont oublié un principe simple : la télévision ne fait pas l’élection ! Selon le politologue René Raymond, l’idée s’est répandue au lendemain de la victoire de de Gaulle au référendum de 62 après ses fréquents passages à la télévision : et si à force de passer en boucle à la télévision le Général avait fait basculer le résultat ? En fait, une étude a prouvé que les « non » furent plus nombreux dans les régions à forte densité de téléviseurs ! C’est donc le principe inverse qui s’exerce ! Au final, la victoire de Chirac en 95 prouve au moins une chose : il vaut mieux être bon à la télévision plutôt que de tout mettre en œuvre pour la contrôler. Les guignols et Chirac Les Guignols de l’Info ont-ils favorisé l’élection de Jacques Chirac en 1995 ? La question mérite réflexion quand on sait qu’une partie des électeurs ne s’informait que par le biais de l’émission satirique ! S’il

est peu probable qu’une émission satirique ait pu influer le vote des français, il est en revanche incontestable qu’elle a joué un rôle dans la prise de conscience de la trahison dont était victime Jacques Chirac. Au QG de Chirac on comprend très vite le parti à tirer de ce courant de sympathie naissant. Quelques mois avant la campagne présidentielle, Jacques Chirac avait publié un ouvrage intitulé « La France pour tous », dont la couverture était illustrée par un… pommier . Les Guignols de l’Info vont reprendre le pommier de Chirac, et surtout, presque tous les soirs, la marionnette de Jacques Chirac déclamait son célèbre : « Mangez des pommes ! ». Et puisque les Guignols adoptent le pommier de Chirac, la pomme va être cuisinée à toutes les sauces par les jeunes du RPR : pommes distribuées à la sortie des meetings, pommes d’amour… Mais cela ne va pas s’arrêter là, puisque Claude Chirac, chargée de la communication de son père, a intégré le facteur Guignols de l’Info dans la stratégie de campagne. Consciente du fait que les Guignols étaient très populaires chez les jeunes, et la marionnette de son père particulièrement appréciée, la fille du futur Président va reprendre le pommier qui va accompagner Chirac sur le pupitre de ses meetings jusqu’à la fin de la campagne !


Mars/Avril 2007 SERIE PRESIDENTIELLE

réalisé un travail considérable dans l’élection de Jacques Chirac puisque la quasi-totalité des fédérations RPR ont soutenu le candidat Chirac. Le troisième étage est beaucoup plus calme que les autres. C’est l’étage qui abrite les bureaux de Jacques Chirac, Alain Juppé, et Jean-Louis Debré, qui était à l’époque secrétaire général du RPR. Au quatrième étage se trouve le cerveau de la machine électorale : la direction de la campagne, sous la houlette de Patrick Stéfanini. Son équipe est chargée d’arbitrer, coordonner les différents services du QG, et veiller au respect de la ligne stratégique choisie. C’est aussi à cet étage que les élus sont reçus et sont incités à soutenir le candidat Chirac. Mais pour mieux évaluer l’ampleur du phénomène, c’est au QG de campagne de Jacques Chirac qu’il fallait se rendre : à 19H55, heure de diffusion des Guignols, tous les permanents du QG se ruaient vers les écrans de télévision pour regarder les aventures cathodiques de leur candidat en latex. Et à la fin de l’émission, c’est avec un moral à la hausse que l’équipe de campagne repartait à la tâche. Et si finalement c’était ça l’effet Guignols ? Si les Guignols avaient seulement permis à Jacques Chirac et à ses supporters de conserver un moral à toute épreuve durant la campagne ? Le QG chiraquien : mode d’emploi Une campagne électorale repose sur une large et vaste équipe de campagne qui pour l’occasion se réunit dans un Quartier Général, généralement un immeuble loué pour la durée de la campagne. En 1995, Jacques Chirac et ses troupes s’installent avenue d’Iéna. Chaque étage a une fonction, et le rôle de chacun est bien défini. Au rez-de-chaussée se trouve bien évidemment l’accueil. Cette équipe est indispensable pour le bon fonctionnement de la machine. En effet, une campagne électorale, et l’effervescence autour du QG de campagne, drainent un nombre important de curieux ou de personnes souhaitant participer d’une manière ou d’une autre à la campagne électorale. Parfois

ce sont même des espions des équipes concurrentes qui essayent de s’infiltrer ! Les visiteurs qui se présentent au QG ne vont donc pas tous pouvoir accéder aux étages, ce qui est parfois très compliqué : en effet, il ne faut pas décourager les bonnes volontés ! Les équipes d’accueil ont donc la difficile mission de filtrer, d’expliquer, d’orienter et de déceler les vrais militants des arrivistes. Au premier étage maintenant : c’est le lieu où se trouvent les services de presse et de communication. Jour et nuit cet étage est occupé. C’est ici que sont rédigés les communiqués de presse, les interviews… En 1995, cet étage était placé sous la responsabilité de François Baroin. Au deuxième étage, l’équipe des fédérations et des comités de soutien prend sa place. C’est clairement un rôle de back office qui est néanmoins indispensable à la bonne marche de la machine. Ils ont la responsabilité de coordonner l’action des fédérations partout en France. Et surtout, ils doivent veiller à la cohérence de la campagne. Egalement, ils doivent motiver. Dans le contexte de 1995 c’était une mission particulièrement difficile dans la mesure où un candidat issu du même mouvement politique (Balladur) se présente contre son président (Chirac). Les fédérations étaient soumises à des pressions, des tensions, des déchirements internes. Drôle d’ambiance ! Mais le deuxième étage de l’avenue d’Iéna a

Le cinquième étage est désert, ou quasi désert : c’est le repère du service organisation qui se charge des déplacements de campagne : plusieurs équipes y cohabitent. Jacques Chirac dispose d’une équipe dédiée, les autres équipes organisant les déplacements d’Alain Juppé, Jean-Louis Debré, et des autres ténors du RPR qui soutiennent encore Jacques Chirac. C’est aussi à cet étage que se trouve l’équipe chargée de l’animation et de la promotion, équipe qui livre les fédérations en tracts, documents, panneaux pour les meetings et autres gadgets comme les désormais célèbres… pommes ! Le sixième et dernier étage est un peu à part : c’est l’étage des jeunes et de la cafétéria. Toutes les équipes de l’immeuble peuvent s’y rendre. C’est de cet étage que sera conçue et lancée cette immense déferlante de la jeunesse derrière Chirac, tous unis au sein des comités de soutien JAC (Jeunes Avec Chirac). C’est donc dans cet immeuble, dans cette fourmilière, que travaille jour et nuit la machine de guerre chiraquienne. • Comment Mitterrand a discrètement aidé Jacques Chirac Difficile à croire, mais François Mitterrand a donné un coup de main à Jacques Chirac pour l’élection présidentielle de 1995 ! Au départ, Mitterrand éprouvait une certaine tendresse pour Edouard Balladur, qu’il jugeait apte à gérer le pays. Mais voilà, entre

95


iSubway Magazine N°7 SERIE PRESIDENTIELLE

temps François Mitterrand a dû être opéré des suites de son cancer, et son état de santé s’est considérablement dégradé, à tel point que des rumeurs d’une mort du Président pendant son septennat circulaient dans les rues de Paris… Mitterrand va confier plus tard qu’il a totalement désapprouvé l’attitude d’Edouard Balladur vis-à-vis de sa maladie. Le Président raconte que quand Balladur lui serrait la main, il avait l’impression qu’il était en train de prendre son pouls. Injure suprême quand on connaît la fierté du personnage Mitterrand. Restait donc le candidat des socialistes, Lionel Jospin. Mitterrand considérait qu’il n’avait pas la carrure. Plus encore, Mitterrand n’a pas apprécié que Jospin déclare en public qu’il avait un droit d’inventaire sur l’héritage laissé par le Président sortant ! Reste donc le candidat Chirac, l’ennemi intime depuis 1986. Le retournement de situation est surprenant, mais les enjeux ont évolué avec le temps. Désormais François Mitterrand n’a plus rien à prouver, une nouvelle candidature est impossible. L’affaire est réglée, en 1995 il quittera l’Elysée, si possible par la grande porte. Quant à Chirac, il n’a plus à chercher l’affrontement avec Mitterrand, homme pour qui il a d’ailleurs une certaine admiration. L’affaire est donc entendue, Mitterrand va discrètement donner un coup de main au candidat Chirac. Tout commence au mois d’août 1994, à Paris, sur la place de l’Hôtel de Ville. Le maire de Paris, Jacques Chirac, célèbre les cérémonies commémoratives de la Libération de Paris. Comme le veut la tradition, le Président de la République, ainsi que le Premier Ministre, sont invités à assister aux cérémonies. A la fin des cérémonies, il est prévu par le protocole que le Président de la République se rende dans la mairie de Paris pour signer le livre d’or de la mairie. Ce que va faire Mitterrand, accompagné de Chirac. Mais Mitterrand avait au préalable donné l’ordre aux caméras de France 2 de s’installer dans le bureau du maire de Paris, et de filmer le moment où il serait accompagné de Chirac. Ce que les caméramen de la 2 vont faire, offrant aux téléspectateurs l’image d’un Président de la République installé confortablement derrière le bureau du maire de Paris et en train de discuter de manière détendue avec ce dernier. Pendant ce temps, Balladur, qui n’était pas au courant du protocole, est resté sur la Place de l’Hôtel de Ville, enfoncé

96

dans son fauteuil, sous l’œil des caméras qui ne se privent pas de montrer en direct aux téléspectateurs un homme seul, au regard figé, qui vient de comprendre quel mauvais coup on vient de lui jouer ! L’opération est réussie. Jacques Chirac regagne un peu de terrain sur son rival RPR. Mais Mitterrand ne va pas s’arrêter là. Il va également s’entretenir avec Chirac par l’intermédiaire de son conseiller en communication, Jacques Philan. C’est sur les conseils de François Mitterrand, qui lui a suggéré d’entrer très rapidement en campagne pour prendre tout le monde de court, que Jacques Chirac fera cette interview dans la presse régionale 6 mois avant le premier tour. Cette aide, discrète et secrète, du Président Mitterrand au leader de la droite a choqué au Parti Socialiste. Comme pour mieux faire taire les rumeurs, et installer un peu plus le doute, Mitterrand s’est amusé à déclarer qu’il n’avait pas la moindre hésitation sur le bulletin qu’il allait glisser dans l’urne pour le premier tour… Les résultats du 1er tour Surprise ! Le candidat socialiste est arrivé en tête alors que les sondages laissaient entendre que Jospin pourrait bien ne pas arriver à franchir la ligne d’arrivée du 1er tour. Chirac arrive en seconde position. Si les sondages avaient tous noté un retournement de tendance en faveur de Chirac, ils avaient prévu une avance plus large. Les résultats du second tour Le second tour n’a pas été passionnant, sans doute l’un des moins intéressants de toute l’histoire de la Vème République tellement les jeux semblaient connus d’avance. La victoire de Chirac ne faisait pas le moindre doute, et même Lionel Jospin était résigné à la défaite. Le débat du second tour était technique, sans âme, sans petite phrase, sans rebondissement. C’est donc sans surprises que Jacques Chirac l’a emporté, avec 1, 5 millions de voix de plus que Jospin, soit plus de 52% des suffrages. Mais la victoire de 95 sera de courte durée : les socialistes vont rapidement pouvoir revenir au pouvoir et contraindre Chirac à 5 années de cohabitation…


cinéma livres

CAHIER CRITIQUEs


CAHIER CRITIQUES CINÉMA

La Môme

Film français d’Olivier Dahan

avec Marion Cotillard, Sylvie Testud, Clotilde Courau, Jean-Paul Rouve, Pascal Greggory, Emanuelle Seigner.

C

’était un des films les plus attendus de 2007, une presse dithyrambique, un sujet populaire avec une actrice qui monte, une bande annonce vraiment alléchante… Bref

tout était réuni pour faire un film éblouissant. Le début qui conte la petite enfance est plutôt réussi ; on se sent vraiment transporté par l’histoire de cette petite qui sera placée en Normandie et  grandira dans un bordel entourée de l’ affection de Titine jouée par une  Emmanuelle Seigner éblouissante. Puis, on découvre son talent : le chant ; lorsque Edith entonne la marseillaise, c’est un moment magique, le seul d’ailleurs où l’on se rend compte qu’elle est unique. La musique, les décors, les costumes, tout est en place ; pourtant on va être vite gêné par le mode narratif. Le réalisateur a fait le choix de flash-backs, d’effets de caméra qui nous déconcertent. Où est le public ? Quel est vraiment le poids de Piaf à cette époque ? Que représentait-elle ? Ces bouts de films nous ôtent même les repères des personnages : qui sont ces gens autours d’elle ? Seul Pascal Greggorry dans son interprétation pleine d’humanité nous permet d’avoir un point d’ancrage. Alors on ne nous raconte plus la vie de Piaf  : ce sont des bribes parsemées de fantasmes, de l’imaginaire, du surnaturel. Tout est fait pour susciter l’émotion, mais on a du mal à y croire et se laisser emporter. Marion Cotillard nous livre ici une performance à l’américaine digne des plus grands. Malgré cela Piaf était absente. A la fin,  les spectateurs ont applaudi ; ils en attendaient peut être moins. On devrait miser sur la surprise de la découverte pour ce genre de film. Zahra Boucha


CINÉMA

La Vie des Autres

Film allemand de Florian Henckel von Donnersmarck

avec Martina Gedeck, Ulrich Mühe, Sebastian Koch, Ulrich Tukur’

D

rôle de destin que celui de ce film allemand sur un sujet comme la Stasi avec un réalisateur qui signe son premier film et qui remporte tous les succès jusqu’à battre Babel ou le

Labyrinthe de Pan pour l’Oscar du meilleur film étranger. L’histoire se passe dans les années 80 : un agent de la Stasi est chargé de surveiller un dramaturge et une actrice vivant ensemble pour le compte d’un ministre amoureux de l’actrice. Ce que l’on suit c’est une dénonciation du régime Est-allemand par le biais d’un lieutenant dévoué à cette cause et diablement efficace comme le montre la première scène. Dès lors, on ne perd jamais pour très longtemps ce lieutenant ; s’établit alors un parallèle entre la vie des écoutés et celle retranscrite par l’agent. On attend la faute du dramaturge mais petit à petit s’opère un changement : le lieutenant va tomber amoureux de ce couple ; il va redécouvrir son humanité et commencer à le protéger aux dépens de ses intérêts. Filmé d’une manière très efficace, ce huis clos psychologique, cette métamorphose, est menée tambour battant par un acteur principal (Ulrich Mühe) époustouflant de vérité : on lit sur son visage le doute, la compassion, la découverte de la futilité de ce régime… Bref, tout au long du film on est subjugué, passionné par ce récit. La caméra reste à hauteur d’homme dans ce thriller intimiste, qui arrive à nous faire rire parfois sans jamais relâcher la pression, cette peur de voir les activités subversives découvertes nous suit jusqu’à la fin. C’est brillant, intelligent, humble et maîtrisé. Le cinéma allemand nous donne une leçon : on s’interroge alors sur l’incapacité du cinéma français à regarder son histoire contemporaine ou à se distancier des drames bourgeois ou à filmer les gens sans complaisance ou pathos. Zahra Boucha


CAHIER CRITIQUES LIVRE

Hannibal Lecter, Les origines du mal Thomas Harris

M

ais pourquoi est-il si méchant ? C’est ce que ce roman tente de vous expliquer. L’art de devenir un monstre, comment un enfant comme les autres en vient à devenir

le tueur le plus fascinant du thriller moderne. Car on peut ce que l’on veut, c’est bien de fascination qu’il s’agit entre lui et nous. Hannibal Lecter a 8 ans. C’est un petit garçon très cultivé, d’une intelligence remarquable et un grand frère très protecteur. Il est presque inséparable de Mischa, de deux ans sa cadette. En pleine guerre mondiale, il assistera à la mort de ses parents, son instituteur et de toutes les personnes qui prenaient soin d’eux. Seul avec sa sœur, il reste prisonnier de cinq soviétiques qui commettront l’irréparable et signeront leur arrêt de mort dans la mémoire de jeune Hannibal. Celui-ci est victime d’amnésie partielle et cherche toute son enfance les souvenirs qui lui dévoileront pourquoi il a été séparé de sa sœur et ce qu’il s’est réellement passé. Pris en charge par son oncle et la belle Dame Murasaki, Hannibal tombe amoureux de cette dernière et commence à révéler des symptômes de violence exacerbée. Devenu adulte, il récupère la mémoire et met en place son effroyable plan, se venger des cinq hommes qui ont tué et mangé sa sœur. Dans un climat d’après guerre, l’histoire est extrêmement prenante et tous les détails sont délicieux. Les lecteurs les plus sadiques suivront facilement la pensée du cannibale et regretteront même à la fin qu’il ne soit pas parfois allé plus loin dans l’horreur. Il est alors plus facile de comprendre qui est Hannibal Lecter et quels desseins suivent ses effroyables actes. Le roman permet aussi une certaine remise en question de ce genre d’actes commis durant la seconde guerre mondiale et les conséquences qu’ils ont impliquées dans l’esprit de ceux qui les ont vécus. L’adaptation cinématographique promet de délicieux frissons. Un film et une lecture qui laissent des marques et dont vous ne sortirez pas indemnes. Claire Fenez


LIVRE

Le concile de pierre

Jean-Christophe Grangé

L’

histoire du combat d’une femme, pour sa vie et celle de l’enfant qu’elle a adopté, son enfant, Lucien. Diane est une femme solitaire, rude, et qui depuis son agression,

a peur des hommes. Elle a appris à se défendre pour survivre dans la jungle humaine parisienne. Elle se rendra compte que ces qualités sont indispensables pour protéger l’enfant qu’elle vient d’adopter. Diane et Lucien sont victimes d’un accident de voiture, puis témoins d’un meurtre, puis d’un autre. Beaucoup de coïncidences qui laissent à penser que cet enfant n’est pas comme les autres. Diane devra mener sa propre enquête jusqu’en Mongolie, pays natal de Lucien, où elle découvrira la machination dont elle fait partie ainsi que certaines personnes qu’elle n’aurait jamais soupçonnées… L’histoire est absolument touchante, le combat d’une mère pour son enfant au passé mystérieux qui ressurgit. Le lecteur entre facilement dans le raisonnement de Diane, dont il pourra suivre toutes les directions, les hypothèses, les doutes, que le lecteur pourrait se forger lui-même au cours de sa lecture. Il devra néanmoins avoir l’esprit ouvert, car si le roman se base sur une approche terre à terre et scientifique, le paranormal prend une place de plus en plus importante dans l’intrigue qui se termine par l’incroyable. L’acupuncture, l’hypnotisme, et le chamanisme restent des valeurs « acceptables » dans un roman comme celui-ci, où Diane est aussi terre à terre que le lecteur. La transformation finale laisse cependant à désirer. On aurait peut-être souhaité une autre fin, plus axée sur l’enfant, pour un roman qui avait tellement bien débuté. Jean Christophe GRANGÉ signe un roman d’aventures extraordinaire à réserver aux esprits les plus ouverts. Le succès du roman a pourtant porté l’œuvre à l’adaptation cinématographique, dont le contenu passe sans doute plus facilement qu’à la lecture. Claire Fenez


CAHIER CRITIQUES LIVRE

Seul ce qui brûle Christine Singer

E

lle est la plus belle des femmes de son pays, il est solitaire mais complètement fou d’elle. Une histoire d’amour au XVIème siècle, où comment le coup de foudre frappe

encore, le prince charmant et la belle princesse tombent sous le charme l’un de l’autre, ils vécurent heureux, etc... Justement non ! L’unique et non des moindres singularités de cette histoire d’amour repose sur le châtiment que le notre dévoué châtelain impose à sa bien-aimée, celle-ci ayant commis LA faute irréparable. Elle l’aime pourtant d’un amour sans limite et lui, lui a accordé une confiance aveugle. Elle couchera pourtant avec son page. Ah les femmes ! Même moi qui en suis une je n’ai toujours pas compris cette histoire. On ne sait pas trop comment la belle, tendre et exemplaire Albe en vient à tromper son mari mais c’est arrivé. Et pour notre plus grand plaisir. Car le seul intérêt de ce livre réside dans le châtiment que son mari lui a infligé. Le crâne rasé, cloîtrée dans sa chambre sans aucune lumière, Albe (toujours aussi belle, même la boule à zéro) descend tous les soirs dîner avec son mari qui n’attend qu’un seul instant : que sa bien-aimée boive dans la coupe qu’il a confectionnée avec le crâne du page. Charmant ! Jusqu’au jour où un visiteur aux sagesses éclairées arrive au château et contemple la scène. Les quelques paroles qu’il prononcera au couple seront divinement perçues. Albe aime toujours son mari d’un amour sans limite, et lui l’aime à en mourir. Pouf  ! Magie, ils s’aiment à nouveau, oublient le page et ne se consacrent qu’à leur amour. Cette répugnante histoire d’amour semble écrite d’inspirations de faits réels (contestables ou non) et a tout de même mérité le Prix de la Langue Française 2006 en automne dernier. Car si le fond est mielleux à souhait, on ne se lasse pas de l’écriture elle-même, fluide précise et délicate. Un roman pour les âmes fleurs bleues ou les amateurs de jolis mots. Claire Fenez



iSubway N°7