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Le Lien – Juin 1948

Le Clergé pendant la Révolution LE CLERGE PAROISSIAL D’AVRILLE PENDANT LA REVOLUTION (suite)

A cette époque la Commune d’Avrillé avait peu de belles routes. Les chemins de terre qui traversaient les landes et les bois étaient des sentiers tortueux, bordé de haies touffues. L’hiver ils devenaient des fondrières d’ou il était difficile de s’arracher. M. Loyau partait souvent l’aprèsmidi, son bâton à la main, et d’un village à l’autre, il égrenait son chapelet. Il allait quelquefois trouver les travailleurs dans les champs, il s’arrêtait pour converser avec les mères, qui lui présentaient leurs enfants à bénir ; il s’asseyait au chevet des malades, compatissait à leurs souffrances, et leur apportait, autant qu’il le pouvait réconfort et soulagement. Le soir, après des fatigues de la journée, il retournait à l’Eglise où il priait longuement pour toutes les intentions qui lui auraient été confiées. Les confrères du Canton qui connaissaient sa science et son jugement droit le désignèrent, en 1789, pour aller représenter aux séances de l’Ordre du Clergé, qui se tenait à Angers et qui avaient pour but d’élire des députés aux Etats Généraux. Ces députés devaient porter à Paris « le cahier des doléances » dans lequel les prêtres et le peuple d’Avrillé exposaient les réformes qu’ils désiraient voir réalisées. Ils se plaignaient des impôts trop lourds et mal répartis. Ils réclamaient l’égalité pour tous ; ils demandaient qu’aucune terre ne soit exempté d’impôts ; que le juge de paix

soit choisi par tous les habitants et parmi les roturiers ; qu’il soit établi un bureau de charité pour le soulagement des pauvres ; que le tirage au sort soit supprimé ; que soit maintenu le droit d’usage dans les landes et communs de la paroisse ; que chaque propriétaire ait le droit de tuer le gibier sur ses terres. M. Loyau était partisan de toutes les réformes justes ; Ils les désirait même depuis longtemps et le disait ouvertement. Mais quand il constata que l’esprit de haine et de division était prêché dans toutes les réunions publiques, quand il se fut rendu compte surtout que beaucoup de députés, formés à l’école de Voltaire, avaient l’esprit antireligieuse et s’attaquaient à l’Eglise, ce que ne demandait pas la population d’Avrillé, qui, pieuse dans son ensemble, était très attachée à ses traditions religieuses, il s’inquiéta pour l’avenir et mit ses paroissiens en garde « contre les illusions qui conduisent au désordre et à la ruine ». M. Beaudouin, son vicaire, dont l’esprit sage et clairvoyant prévoyait de grands malheurs pour la France et pour l’Eglise, partageait sa manière de voir. Bientôt les évènements leur donnèrent raison. A Paris et dans toutes les villes, le peuple, excité par des meneurs, s’agitait, et des rencontres entre groupes de différents partis dégénéraient en batailles. « Le Lien » juin 1948


Le Lien – Août 1948 C’est Desvallois qui proposa au Comité révolutionnaire de faire fusiller les catholiques qu’il appelait « les brigands, les scélérats », dans l’un de ses camps : « Plus vous en amènerez, mieux ça vaudra, disait-il, ça engraisser mon terrain ». C’est encore lui qui les narguait et plusieurs fois tira sur eux, lorsqu’ils passaient enchaînés, dans sa cour pour se rendre dans le champ où des fosses avaient été creusées. Le décret de confiscation des biens religieux avait été voté le 2 novembre 1791. Dès le 8 novembre, Desvallois, assisté d’un procureur, se présenta au presbytère d’Avrillé pour inventorier les titres, les papiers et meubles de la Fabrique, et pour signifier à M. le Curé qu’il devait faire un compte détaillé des biens et revenus de sa cure. M. Loyau se mit donc en devoir d’inventorier ses meubles, son linge, sa vaisselle, d’estimer le jardin et les terres dont il n’avait plus que l’usage. Quand son travail fut terminé, il alla le porter luimême, le 26 février 1792, aux administrateurs du district d’Angers. Nous arrivons au tournant décisif de la Révolution. Tant que le Gouvernement ne s’attaqua qu’aux biens matériels, les catholiques se contentèrent de gémir, mais quand il voulut opprimer les consciences, la révolte gronda partout. Ce fut le commencement de la guerre de Vendée.

Le Clergé pendant la Révolution Le 12 juillet 1790, l’Assemblée Constituante vota la Constitution Civile du Clergé. Pour comprendre le sens de cette loi, remplacez le mot « civile » par le mot « laïque », qui veut dire la même chose, et vous vous rendrez compte du but poursuivi par l’Assemblée. Elle voulait mettre l’Eglise de France sous la dépendance absolue de l’Etat. D’après cette Constitution, les évêques ne seraient plus nommés par le Pape, mais par les électeurs du département, comme le sont nos députés, et les curés ne seraient plus nommés par leurs évêques, mais par les électeurs de la commune, comme le sont nos conseillers municipaux. Que ces électeurs soient catholiques, protestants, juifs, incrédules ou francs-maçons, peu importe. De plus ces élections auraient donné aux prêtres devenus fonctionnaires le droit d’administrer les sacrements. C’était une hérésie de prétendre que des laïcs puissent donner aux prêtres choisis par eux des pouvoirs que JésusChrist n’a délégués qu’à son Eglise. C’était provoquer un schisme que de vouloir séparer de Rome l’Eglise de France. Et pourtant l’Assemblée entendait bien rendre obligatoire cette Constitution civile du clergé, puisqu’elle obligeait tous les prêtres en fonction, à prêter publiquement, devant la municipalité et les paroissiens réunis, le serment de l’accepter et de travailler à la maintenir. « Le Lien » août 1948 à suivre


Le Lien – Septembre 1948 M. Loyau, curé d’Avrillé, étudiant le texte de la loi et du serment qu’on lui demandait de prêter. Il savait que le Pape Pie VI avait protesté contre cette loi, alors qu’elle n’était qu’en préparation. Il parlait de tout cela, avec son vicaire et avec ses confrères du voisinage. Ils pesaient ensemble les lourdes responsabilités qui résulteraient pour eux et pour l’Eglise de l’acceptation ou du refus de cette Constitution. A mesure que le temps passait, le clergé d’Avrillé comprenait plus clairement qu’il ne pouvait en conscience accepter cette loi injuste et antireligieuse. C’est pourquoi il s’ancrait plus héroïquement que jamais dans la résolution de lui résister, malgré les persécutions dont il serait victime. En effet, le maire, qui avait d’abord essayé de persuader à M. le curé et à son vicaire que leur intérêt était de se conformer à la loi, se rendit bien vite compte que l’un et l’autre resteraient inébranlablement attachés à leur devoir, aussi ne leur ménagea-t-il ni les injures ni les ennuis de toutes sortes. La prestation du serment avait été fixée au dimanche 23 janvier 1791. Elle devait se faire au prône de la messe paroissiale. Ce jour-là, Desvallois, qui depuis longtemps n’entrait plus à l’Eglise, même pour les sépultures, arriva de bonne heure entouré de son Conseil Municipal, et vint se placer devant la chaire. L’Eglise était pleine comme aux plus grands jours, de paroissiens qui, connaissaient à la fois la dignité de leur clergé et l’obstination du maire, attendaient avec anxiété pour savoir ce qui allait se passer. M. le Curé chanta lui-même la grand’messe. Après l’Evangile il monta en chaire, aussi calme qu’à son ordinaire. Toute l’assistance le regarda et un silence impressionnant se fit dans l’Eglise. Le maire, debout, l’air arrogant, promenait un regard dur sur ces braves gens qu’il semblait défier. Bientôt un éclair de colère brilla dans ses yeux. M. le Curé, après avoir fait les annonces, descendait de chaire sans parler du serment.

Le Clergé pendant la Révolution A la fin de la messe, Desvallois, toujours suivi de son conseil se rendit à la sacristie, où M. le Curé et son vicaire se trouvaient réunis. Il les somma de monter en chaire, pour prêter le serment devant l’assistance, comme la loi l’exigeait. Les deux prêtres refusèrent. – Seconde sommation du maire et second refus des deux prêtres. Alors Desvallois leur signifia que selon la loi du 26 décembre 1790, ils étaient censés démissionnés et que par conséquent, lui, maire, leur interdisait d’exercer aucune fonction sacerdotale dans la paroisse. M. Loyau répondit qu’il tenait ses pouvoirs non de la municipalité, mais de Dieu et de son Evêque, qu’il restait curé légitime d’Avrillé et que jamais il ne soumettrait sa conscience à une loi injuste. Desvallois, furieux de son insuccès, sortit de l’Eglise en proférant des menaces, et, dès le 4 mars 1791, il envoyait au département un rapport dans lequel il disait : « Nous, maire et officiers municipaux, nous nous sommes réunis à l’Eglise au jour indiqué à l’effet de recevoir ledit serment. M. le curé et son vicaire, après interpellation nous ont déclaré s’y refuser et y ont persisté… » (sic.) Malgré les menaces de la loi et l’interdiction portée, M. Loyau, curé, et M. Baudouin, vicaire, restèrent dans la paroisse et continuèrent d’exercer le Culte dans leur église, pendant plusieurs mois encore. Le 24 juin 1791, un arrêté du département de Maine-et-Loire enjoignait à tous les prêtres insermentés de quitter leur domicile dans les dix jours et de venir résider à Angers. Il leur laissait encore le droit de choisir leur résidence, s’ils connaissaient une personne charitable qui consentit à les recevoir, à condition qu’ils fissent connaître par écrit, au Comité Directeur du district, le lieu de cette résidence. « Le Lien » septembre 1948


Le Lien – Novembre 1948 Les prêtres insermentés qui n’avaient pas d’amis étaient enfermés à la Rossignolerie, maison de retraite des prêtres âgés, qui est devenue le Lycée actuel, où ils subissaient les vexations continuelles de leurs gardiens. Quelques personnes charitables et courageuses essayaient de soulager leur misère en leur apportant du pain, mais ce pain, souvent n’arrivait pas jusqu’à eux. M. Baudouin, afin de se conformer au décret, vint au début de juillet, habiter chez la veuve Meslet, batelière, rue du Calvaire. M. le Curé Loyau resta dans sa paroisse jusqu’au dimanche 4 octobre 1791. Après avoir fait ses adieux pendant la messe, à ses paroissiens qui pleuraient, il prit à son tour le chemin d’Angers et vint habiter au Tertre Saint-Laurent, chez Mme Surblé. Il savait qu’à la même heure le Comité révolutionnaire d’Angers faisait vendre la Haie-aux-Bons-Hommes et que le dimanche suivant, 11 octobre, ce serait son presbytère qui serait vendu aux enchères. Il resta donc avec ses paroissiens jusqu’à la dernière limite du possible. On peut soupçonner l’angoisse qui étreignait son cœur à la pensée de son troupeau laissé sans pasteur. Le dsitrict d’Angers faisait vendre la cure d’Avrillé parce qu’il savait que cette paroisse serait supprimée et que son territoire, ainsi que celui de JuignéBéné, serait rattaché à la paroisse de

Le Clergé pendant la Révolution Montreuil-Belfroy, moins la partie sud, où se trouve le Champ des Martyrs, qui serait rattachée à la commune d’Angers. La paroisse d’Avrillé n’existant plus légalement n’eût donc jamais de prêtre intrus. De cela les paroissiens furent toujours heureux, mais ce dont ils souffraient c’était de n’avoir plus leur deux bons prêtres. La situation religieuse de la France s’aggravait de jour en jour. Le 1er février 1792, un arrêté départemental obligea tous les prêtres internés dans la ville d’Angers à se présenter chaque jour à la mairie, qui se trouvait à ce moment, Place des Halles, pour répondre, comme des malfaiteurs surveillés, à un appel nominal. Il était statué que ceux qui ne se présentaient pas seraient considérés comme suspects de révolte et condamnés à la déportation. M. Loyau et M. Baudouin, son vicaire, vinrent donc chaque jour, à l’heure indiquée, se faire pointer par les employés municipaux. Souvent ils se rencontraient dans la cour de la mairie et se transmettaient, à voix basse, les tristes nouvelles qu’ils apprenaient. Ils parlaient de leur paroissiens et du danger de plus en plus grand qui menaçait l’Eglise de France. « Le Lien » novembre 1948 à suivre


Le Lien – Décembre 1948 En effet, le 20 avril 1792, l’Assemblée Législative déclarait la guerre à l’Autriche sous prétexte que cette puissance soutenait les émigrés. La guerre débuta très mal. Les troupes françaises désorganisées par l’émigration de leurs anciens officiers, fuyaient sans combattre. Les Girondins et les Clubs rendirent Louis XVI et les prêtres réfractaires, responsables de ces revers. Le 17 juin 1792, le commandant de la Garde Nationale d’Angers, agent secret des agitateurs parisiens, décida de tenter un coup de force contre les prêtres insermentés, qu’il déclarait ennemis de l’ordre public. Il rassembla une partie de la milice urbaine, composée presque entièrement de la lie du peuple, et la conduisit hors de la ville sous prétexte d’exercices militaires. Là, après lui avoir fait distribuer du vin en abondance, il lui proposa « une expédition digne de son patriotisme », celle d’arrêter et d’incarcérer tous les prêtres consignés dans la ville. Le projet fut approuvé avec des cris frénétiques. La troupe arriva Place des Halles, au moment où les prêtres étaient rassemblés pour l’appel nominal ; elle s’empara d’eux et les conduisit d’abord dans l’église Saint-Aubin qui servait de lieu de réunion au Club des Jacobins, puis au petit séminaire, aujourd’hui démoli, et enfin dans le grand séminaire qui est devenu le musée actuel dans la cité. Là, des prêtres furent entassée pêle-mêle, dans les chambres, les salles, les corridors, n’ayant pour lit qu’un peu de paille qui ne tarda pas à devenir infecte. Les prêtres, qui étaient en retard pour l’appel, s’enfuirent et se cachèrent chez des parents ou des amis, mais des perquisitions minutieuses les firent découvrir presque tous, et le soir de cette journée 374 prêtres étaient déjà incarcérés. Une vingtaine d’autres furent encore amenés les jours suivants. M. Loyau et MM. Baudouin échappèrent à ce guet-apens. Il est probable qu’ayant de nombreux amis à Angers, ils furent prévenus à temps, qu’ils ne se présentèrent pas à l’appel nominal

Le Clergé pendant la Révolution et qu’ils changèrent de domicile pour n’être pas découverts. Ils apprenaient quelques jours plus tard que par une décision du Comité révolutionnaire, tus les prêtres internés seraient déportés et que ceux qui ne se présenteraient pas aux autorités municipales seraient condamnés à mort. M. Loyau et M. Baudouin réfléchirent et probablement se consultèrent. Quelle décision prendre ? Partir à l’étranger, c’était s’exposer à beaucoup de souffrances, mais peutêtre sauver leur vie. Rester, c’était s’exposer à des souffrances encore plus grandes, car ils seraient errants, sans domicile, sans vivres et continuellement traqués, jusqu’au jour où découverts ou peut-être dénoncés ils seraient guillotiner sur la Place du Ralliement. Mais il y avait les âmes que Dieu leur avait confiées, ces âmes qui étaient plus que jamais en danger de se perdre maintenant que le seul fait de pratiquer la religion catholique était devenu un crime contre la patrie, le crime de fanatisme, et que tant de doctrines fausses circulaient partout… Il y avait les enfants à baptiser, les grandes personnes à soutenir, à encourager, les malades à consoler, peutêtre à administrer. Leur sécurité personnelle leur semblait de peu d’importance en comparaison du bien des âmes et de la gloire de Dieu. Puis, s’ils avaient l’honneur de mourir martyrs, ils seraient heureux d’offrir à Notre Seigneur, qui est mort par amour pour nous, le plus grand témoignage d’amour qu’il soit possible de lui donner. Leur décision fut vite prise : ils resteront… quoi qu’il advienne. L’amertume d’être inutiles leur parut plus pénible que le risque d’être immolés. M. Loyau retourna dans sa paroisse. M. Baudouin s’engagea comme aumônier volontaire dans l’armée vendéenne. Des 400 prêtres qui avaient été internés au grand séminaire d’Angers, un peu plus de 300 furent déportés en Espagne. Ceux qui restaient, parce qu’ils étaient trop âgés pour faire le voyage


furent entassés sur un bateau et conduits à Nantes. Le directeur du convoi, Gouppil, en noya 6 dans le gouffre de la Beaumette et remit les autres à Carrier qui, pour s’en débarrasser, les fit noyer dans la Loire. Dans la France entière plus de 20 000 prêtres furent déportés en exil, pour la plupart à la Guyanne où beaucoup moururent de misère et de faim. « Le Lien » décembre 1948 à suivre


Le Lien – Février 1949 Monsieur Baudouin M. l’Abbé Jean Baudouin fut vicaire à Avrillé de 1781 à 1791. Il fut un saint prêtre et un grand Français. Il naquit le 23 février 1757 à Congrier, dans cette partie de l’ancienne province d’Anjou qui servit à former le département actuel de la Mayenne. Il appartenait donc au diocèse d’Angers Nous savons peu de choses de sa famille sinon que sa mère était très pieuse. Lui-même parlait avec vénération de celle qu’il appelait sa chère Maman. Nous trouvons dans ses lettres des phrases comme celles-ci : « C’est à elle après Dieu que nous devons, mon frère Alexandre et moi, nos vocations sacerdotales » ; ou encore : « C’est à elle que je pense quand la vie est dure ; elle nous a si souvent répété : soyez bons et songez que Dieu vous voit » ; ou encore : « Notre chère Maman nous a toujours donné l’exemple du devoir et du sacrifice accomplis joyeusement, pour l’amour de Dieu ». Le petit Jean Baudouin fut envoyé faire ses études au collège de ChâteauGontier, où il se fit remarquer par son intelligence, sa piété, son esprit d’initiative. Tout de suite il se classa en tête de ses camarades et garda cette place jusqu’à la fin de ses études. Au Séminaire d’Angers il manifesta les mêmes qualités qui firent de lui ce qu’il resta toute sa vie : un entraîneur dans le bien. « Le Lien » février 1949 à suivre

Le Clergé pendant la Révolution Monsieur Baudouin Dès sa sortie du séminaire il fut jugé apte à remplir le poste de vicaire dans la belle paroisse d’Avrillé, qui, sous la sage direction de M. Loyau, était en plein épanouissement religieux Guidé par son curé, il s’initia très vite au ministère paroissial et donna aux œuvres de jeunesse qui lui furent confiées, une impulsion nouvelle. Toute sa vie il garda des dix années qu’il passa dans la paroisse d’Avrillé un souvenir très doux. Plus tard, lorsqu’il sera plongé dans les horreurs de la guerre civile, il évoquera dans ses lettres les belles fêtes religieuses qu’il y organisait et les amitiés profondes qu’il y avait nouées. Comme son curé il refusa de prêter le serment schismatique qu’on voulait lui imposer, sachant pourtant les terribles conséquences qui résulteraient pour lui de son refus, et les acceptant d’avance. Il refusa avec énergie, peut-être avec rudesse, lorsqu’ le dimanche 23 janvier 1791, après la grand’messe, le maire Desvallois alla le trouver à la sacristie pour le supplier, ainsi que son Curé, de monter en chaire, afin de faire devant les paroissiens rassemblés le serment requis : « Je dois obéir à Dieu plutôt qu’aux hommes ». Si bien que le maire, dans un rapport qu’il fit parvenir au district le 26 février 1791, dénonçait M. Baudouin comme « anticonformiste renforcé et fanatique dangereux ». Il continue son ministère dans la paroisse d’Avrillé jusqu’à la fin de juin, mais depuis Pâques il faisait de fréquentes apparitions à Angers. Sans doute cherchait-il quelque lieu de retraite pour les jours mauvais qui s’annonçaient, car les bruits les plus sinistres circulaient déjà. On entendait dire que les prêtres insermentés seraient emprisonnés, qu’ils seraient déportés, qu’ils seraient fusillés ou guillotinés. « Le Lien » mars 1949 à suivre


Le Lien – Avril 1949 Monsieur Beaudouin (suite) Pour se conformer au décret du 24 juin 1791 qui ordonnait à tous les prêtres insermentés de quitter leur domicile et de venir résider à Angers, M. Baudouin s’installa, dès le début de juillet, chez la veuve Meslet, batelière, rue du Calvaire. Mais ses ressources furent vite épuisées ; par ailleurs la veuve Meslet n’était pas riche et son maigre salaire était insuffisant pour nourrir une bouche de plus ; aussi M. Baudouin adressa-t-il une demande aux administrateurs du département, afin que la pension alimentaire, qui avait été promise aux prêtres, résidant à Angers, lui fut versée ; « Messieurs, m’appuyant sur votre justice, j’ose vous demander ma pension pour les mois de juillet, août et septembre, comme il été décidé par un décret de l’Assemblée Nationale, et vous avez trop d’humanité pour me mettre dans la cruelle nécessité ou de jurer ou de manquer de pain ; ce serait gêner extrêmement ma conscience car je n’ai ni bénéfice ni patrimoine ». Naturellement sa requête fut rejetée. Ce que voulait la Révolution, ce n’était pas soulager les prêtres qu’elle avait réduit à la misère en confiscant leurs biens, mais les faire disparaître. A partir de février 1792, M. Baudouin vint chaque matin dans la cour de la mairie (actuellement Place des Halles) pour répondre à l’appel nominal qui était fait de tous les prêtres, placés en résidence surveillée dans la ville d’Angers. Le 17 juin 1792 il échappa, comme son curé, au coup de filet organisé par le commandant de la Garde Nationale et à l’internement général des prêtres insermentés, dans la prison de la Rossignolerie (actuellement le lycée). Il resta cependant à Angers ou dans les environs pendant deux années encore, prodiguant son ministère de tous côtés. La pénurie de prêtres était si grande que M. Baudouin était obligé de se déplacer continuellement pour répondre à l’appel des mourants qui le réclamaient.

Le Clergé pendant la Révolution Afin de dépister la police qui le recherchait activement, et changeait continuellement de costume et de cachette. Il restait enfermé pendant la journée ; le soir, affublé d’une blouse de paysan ou, d’une veste maçon, la casquette rabattue jusqu’aux yeux, et le cou enveloppé d’un foulard rouge, il sortait pour aller baptiser un nouveau-né, célébrer un mariage, dire une messe, faire le catéchisme, dans une maison écartée où l’attendaient quelques personnes pieuses. Un soir il fut accosté par une patrouille de soldats qui lui demandèrent s’il n’avait pas vu le ci-devant Baudouin qu’ils avaient mission d’arrêter. « Si, dit-il, je crois qu’il n’est pas loin… il passait tout-à-l’heure là bas », et tout en parlant il montrait la rue que lui-même venait de quitter, puis, sans la moindre émotion apparente, il continua son chemin. Il dût cependant être arrêté, le 30 novembre 1792, car à cette date nous trouvons son nom sur le registre des prêtres détenus à la Rossignolerie, mais il dût s’évader aussitôt, car son nom ne figure plus une seul fois sur les registres de la prison, ni pour le contrôle, ni pour le ravitaillement… et différentes pièces officielles nous indiquent, qu’à cette époque, il continuait son ministère clandestin. Au début de 1793 le premier Comité Révolutionnaire d’Angers accusait le Supérieure de l’Hospice des Incurables (actuellement le Haras, rue Paul-Bert) de plusieurs crimes, en particulier d’avoir permis à l’abbé Baudouin de célébrer la messe chez elle : « La citoyenne Ciret, supérieure de l’Hospice des Incurables a souffert que des prêtres non assermentés, et en particulier le fameux vicaire d’Avrillé, célébrassent des offices chez elle, auxquels elle a assisté, ainsi que toute sa maison ». « Le Lien » avril 1949 (à suivre)


Le Lien – Mai 1949 Monsieur Baudouin (suite) Le 18 mars 1794, le second Comité Révolutionnaire interrogeait une amidonnière d’Angers, Mme Vve Dumont, et dans cet interrogatoire nous trouvons les questions suivantes : « - à vos différentes visites dans la maison Souchet et Gautreau, n’avez-vous pas rencontré le cidevant vicaire d’Avrillé ? - oui. - Quelles conversations aviez-vous avec ce prêtre réfractaire ? - Je causais de choses et d’autres et particulièrement de la religion. - Ne l’avez-vous pas vu dire la messe dans cette maison ? - Oui, et j’y ai assisté. - Y avez-vous assisté souvent ? - Plusieurs fois. - Quels principes débitait-il dans cette maison ? - Il a quelquefois lu l’Evangile et autre livres de religion. Dix jours plus tard Mme Dumont était de nouveau interrogée, cette fois par la Commission Militaire. - Vous avez travaillé contre la République car on a la preuve que vous avez caché des ornements d’Eglise pour les prêtres réfractaires. - Je ne croyais pas faire tort à la République en faisant cela. Effectivement j’ai été à la messe du vicaire d’Avrillé, chez les femmes Souchet et Gautreau, maîtresse d’école à Saint-Laud. Pour avoir accompli cet acte de charité, Mme Dumond fut condamnée à mort, comme fanatique, et guillotinée sur la place du Ralliement. Cette poursuite acharnée de la police contre l’abbé Baudouin et les multiples accusations portées contre lui montrent que, pendant la tourmente révolutionnaire, le saint abbé ne cessa jamais d’accomplir son ministère sacerdotal, au péril de sa vie.

Le Clergé pendant la Révolution Et cependant malgré cette vie héroïque et débordante, l’abbé trouva bientôt qu’il n’en faisait pas encore assez. Sans doute, chaque nuit, il se dépensait sans jamais compter avec ses forces, mais le jour il était inactif, et cette inaction lui pesait. Puis son jeune frère Alexandre, le séminariste, venait d’être guillotiné à Craon. Lui-même aurait sans doute bientôt le même sort. Ne convenait-il pas de faire rendre à sa vie le maximum, pendant qu’il en était encore temps ? Dans son pays, ses parents, ses amis, ses camarades d’école avaient pris les armes pour défendre la cause de Dieu. Plusieurs étaient morts sur les champs de bataille. Ceux qui restaient demandaient des prêtres pour les absoudre, les instruire, les réconforter ; ils demandaient des infirmiers pour les soigner ; ils désiraient des hommes instruits, discrets et bons pour écrire leurs lettres, car beaucoup de soldats n’avaient pas été à l’école. Lui qui était jeune et robuste, qui avait fait des études pourrait peut-être rendre plus de services aux armées qu’à l’arrière, et son âme ardente, assoiffée de la gloire de Dieu, trouvait déjà une joie très douce à la pensée qu’il se dévouerait encore davantage. Au mois de juillet 1794, il s’engagea donc comme aumônier volontaire dans la division d’Entre Sarthe et Mayenne, commandée par Coquereau et Gaullier. « Le Lien » mai 1949 (à suivre)


Le Lien – Juin 1949 Monsieur Baudouin (suite) Pendant les sept mois que l’abbé Baudouin passa aux armées, il fut d’une bravoure et d’un dévouement extraordinaires. Tous les témoignages sur ce point concordent, aussi bien les injures de ses ennemis que les félicitations de ses chefs. Il prit part à tous les engagements qui eurent lieu pendant cette période. Toujours au plus fort du combat, sans se soucier du danger, il allait d’un blessé à l’autre pour panser les plaies et réconforter les âmes. Quand sa division était au repos, il continuait sa double fonction de prêtre et d’infirmier. Chaque soir, il réunissait les hommes valides pour leur adresse la parole et les faire prier. On l’appelait « le grand prédicant » de l’armée. Le matin il était levé le premier pour entendre les confessions, dire la messe, distribuer la sainte communion. Les hommes l’aimaient, le consultaient et lui confiaient leurs peines. Lui, toujours aimable et souriant, rendait service à tout le monde. Ce fut au cours d’un engagement que M. L’abbé Baudouin tomba aux mains de ses ennemis. Des rencontres avaient lieu presque tous les jours ; son régiment restait en état d’alerte. Cependant, le dimanche 18 janvier 1795, la journée avait été calme et l’abbé avait pu chanter une grand’messe dans l’église de Soeurdres. Le lendemain, les Vendéens se dirigeaient vers Saint Laurent-des-Mortiers, quand ils furent attaqués par une colonne de Bleus, venue d’Angers. Ils repoussèrent assez facilement l’attaque. C’est alors qu’un des Bleus, grièvement blessé, apercevant l’abbé Baudouin, réclama le secours de son ministère. L’abbé n’hésita pas ; il se rendit auprès du mourant, se pencha près de lui et reçut sa confession, pendant que les balles, échangées par les adversaires, sifflaient autour de lui. Sur ces entrefaites, les Bleus reçurent en renfort une compagnie de carabiniers et la fortune changea de camp. Bientôt les Vendéens commencèrent à reculer, puis leur retraite se changea en déroute. Que va faire

Le Clergé pendant la Révolution l’abbé Baudouin ? Va-t-il subir la contagion de la panique ? – Sauvez-vous, Monsieur l’aumônier, lui crie un fuyard ; vous allez être pris. – J’ai d’abord cette âme à sauver lui répond tranquillement l’abbé, et toujours à genoux près de son moribond, il continue à l’exhorter, comme il faisait autrefois dans le silence de son confessionnal. A ce moment, les Bleus arrivent, et l’un d’eux, transporté de colère à la vue d’un prêtre, veut l’abattre d’un coup de sabre. N de ses camarades lui retient le bras : « Ne lui fais pas de mal, dit-il, il se dévoue pour l’un des nôtres ». L’abbé fut fait prisonnier et conduit à Châteauneuf-sur-Sarthe. Dès le soir, les administrateurs du district écrivirent à leurs collègues du département : « Les nôtres ont arrêté le nommé Baudouin, ci-devant vicaire à Avrillé, lequel était muni d’hosties, d’huile et d’autres signes de superstition et de fanatisme. Ce scélérat, amené ici et interrogé, a reconnu avoir dit la messe, hier, à Soeurdres ? C’est lui qui confessait et exhortait les blessés sur le champ de bataille. » « Le Lien » juin 1949 (à suivre)


Le Lien – Août 1949 Monsieur Baudouin (suite) -

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A quelle époque t’es-tu réuni avec les brigands ? En juillet 1794 A quel endroit ta réunion avec eux a-t-elle eu lieu ? Dans la commune de Marigné, près Daon. Qui connais-tu parmi les brigands et quels sont leurs chefs ? M. Coquereau et plusieurs autres que je ne nommerai pas. As-tu assisté aux combats, incendies, destructions, dans les communes de Cherré, Goutigné, Marigné, Soeurdres, Miré, Brisarthe, Cheffer, Champteussé, Tiercé, Moulin d’Yvré, Etriché, SaintLaurent-des-Mortiers, Bierné et autres communes circonvoisines ? Oui. A Cherré j’ai combattu l’incendie ; j’ai pris la main de plusieurs volontaires expirant et je leur ai demandé s’ils voulaient se confesser. J’ai pareillement assisté aux combats de Contigné, Brissarthe, Cheffes, Tiercé, Etriché, Moulin d’Yvré. Dans quels endroits as-tu célébré la messe depuis quinze jours ? A Soeurdres dans l’église ; à Daon où assistaient des gens de la campagne que je ne connais point. As-tu donné la communion et à qui ? J’ai donné la communion et je ne dis point à qui. Où prends-tu les hosties ? Je ne veux pas dire qui est-ce qui me les procurait. Quel était le nombre des brigands qui ont combattu contre les carabiniers, au passage de Daon ? Environ 300, sous le commandement de Coquereau. Où les blessés et les malades des brigands se retirent-ils ? Je ne veux pas le dire. Quel est le projet des brigands ?

Le Clergé pendant la Révolution -

Avoir une religion, la religion catholique. Quelles sont les maisons où les brigands ont coutume de se retirer ? C’est une chose que je ne puis dire. Quels sont les autres prêtres qui sont parmi les brigands ? Il n’y en a point. - A lui présenté un chapelet, une boîte aux Saintes Huiles, deux hosties, une étole, un scapulaire, deux corporaux, un petit livre intitulé : « Pensez-y bien », ainsi que plusieurs autres livres et sermons. Il dit qu’il connaît tous ces objets pour lui appartenir et qu’on a trouvé sur lui, lors de son arrestation, qu’il manque un calice d’argent avec sa patène, qu’il avait pareillement sur lui lors de son arrestation. - Où as-tu pris ce calice que tu dis avoir eu sur toi lors de ton arrestation ? - Je ne veux pas nommer la personne qui me l’a procuré. Ainsi donc pendant tout cet interrogatoire, l’abbé Baudouin n’a rien caché de ses activités sacerdotales, tant il était fier d’être prêtre et conscient d’avoir accompli son devoir, mais il eut soin de ne nommer aucune des personnes qui lui avaient rendu service, dans la crainte de les compromettre. Quelques témoins à charge furent ensuite appelés. Une femme Moreau de Cheffes vint dire que les brigands avaient apporté des blessés dans sa maison et que c’était l’abbé Baudouin qui les avait soignés, qu’il lui avait demandé de la filasse et de l’eau pour panser les plaies, qu’il avait les mains pleines de sang et qu’il avait administré plusieurs mourants.


Une autre femme, la fille Lochard, 24 ans, de Daon vint affirmer que l’abbé avait célébré la messe au château des Ecoubières, près de chez elle, le dimanche 11 janvier 1795. Et ce fut tout, car le tribunal révolutionnaire n’admettait ni témoins à décharge ni avocat. Le procès-verbal de cette lugubre séance se termine par un résumé dans lequel sont précisés les chefs d’accusation, retenus contre le « cidevant Jean Baudouin, traître, bandit et chouan ». Ils sont au nombre de cinq. - C’est un prêtre réfractaire.

- C’est un fanatique. - Il a continué d’exercer son ministère. - Il s’est joint aux brigands. - Il a prêché l’insurrection pour rétablir la religion. L’issue d’un tel jugement n’était pas douteuse, puisque chacun de ces prétendus crimes était passible de la peine de mort. Aussi les administrateurs du district de Châteauneuf ne doutaient pas qu’en envoyant ce prisonnier de marque à leurs collègues d’Angers, ceux-ci le feraient guillotiner sans retard. « Le Lien » août 1949


Le Lien – Octobre 1949 Monsieur l’Abbé Baudouin (suite) Arrêté et mis en prison, l’abbé Baudouin pensait à sa mort prochaine par la guillotine, puisque ses gardiens l’entendaient répéter dans sa prison : »Merci, mon Dieu, d’avoir accepté mon sacrifice, je ne méritais pas un tel honneur ». Ce fut le 24 janvier 1795 que trois gendarmes, l’abbé, avec les pièces de son jugement, à René Fricard « gardien des maisons d’arrêt et de justice de la ville d’Angers. Or le lendemain 25 janvier, un représentant du peuple, envoyé de Paris, ordonnait de « surseoir aux jugements et exécutions des prêtres réfractaires et de tous autres détenus ». Que se passait-il donc ? C’est que le gouvernement désirait la paix. Sept fois, au cours de l’automne 1794, la Convention, lasse de cette guerre fratricide, qui ruinait la France, décimait ses armés dont elle avait un besoin impérieux à la frontière et mécontentait tout le monde, avait offert plus ou moins directement un armistice aux Vendéens. Des affiches avaient été placardées portant : « Vendéens, la Convention Nationale vous pardonne, si vous posez les armes. Vos chaumière sont brûlées, nous vous aiderons à les relever. Vos terres sont incultes, nous vous fournirons des secours, des bestiaux, des harnais… » - Nous rendrez-vous aussi nos bons prêtres ? demandent les Vendéens. - Non, répond la Convention, l’armistice n’est pas pour eux ni pour les deux mille personnes qui les ont secourus ou cachés et que nous détenons en prison. - Alors, nous continuons la guerre. De son côté le Vicomte de Crissé, au nom des armées de Mayenne et Sarthe, fait parvenir au gouvernement ce mot fier et énergique : « Nous désirons la paix autant que vous, mais nous ne poserons les armes que quand la religion catholique, apostolique et romaine sera rétablie dans tout son lustre. C’est la religion de nos pères, nous y avons vécu et nous y mourrons ».

Le Clergé pendant la Révolution Pourtant la Convention voulait en finir. Elle cherchait des agents de liaison qui porteraient officiellement au Général de Charrette, les conditions de paix de la République. Des pourparlers furent engagés au château de la Jaunaye , près de Nantes. Les premières entrevues furent orageuses. Les représentants de la Vendée : de Bruc et de Béjarry exigent la liberté des cultes, l’abolition des lois contre le clergé réfractaire, le retour des prêtres exilés, la remise en liberté de tous les détenus. Les délégués du gouvernement Ruelle et Canciaux, sentant bien que la liberté religieuse est la question capitale, essaient de biaiser : Les soldats et les généraux vendéens seront libres, disent-ils. Et les prêtres ? Les prêtres aussi, sauf les Réfractaires. Nous ne voulons que ceux-là. Et nos Eglises ? La République accorde la liberté du culte, mais non sa publicité. Alors nous serons encore réduits à nous cacher pour entendre la messe. Où est la liberté ? Nous serions fous de rendre nos armes ! Pas de paix dans ces conditions-là. Ruelle embarrassé invoque les ordres de la Convention… puis demande à consulter son gouvernement. Les Vendéens retournent vers Charrette. Trois jours plus tard, les conversations reprennent. Les deux partis se font des concessions mutuelles et le 17 février 1795, la paix est officiellement signée à la Jaunaye. Les deux premiers articles donnent satisfaction à la Vendée : 1°) Le culte catholique est désormais libre en Vendée. 2°) Les prêtres réfractaires ne sont pas inquiétés ni ceux qui les ont cachés. Ainsi les paysans ne se seront pas soulevés pour rien ; leur sang n’a pas coulé en vain. Ils voulaient que chez eux la religion fût libre, elle l’est. Ils voulaient garder leurs bons prêtres, ils les gardent. C’est enfin la paix ! Et du même coup les prisons s’ouvrent. Des milliers d’innocents, qui pour


« crime de fanatisme » attendaient la mort, demeure fixe. Cet homme nous inquiète car la deviennent libres. semence de ses principes contreL’abbé Baudouin qui, depuis six révolutionnaires ne semble pas avoir été semaines, était enfermé à la prison nationale, oubliée chez bien des habitants de ce Place des Halles, à l’endroit où se trouve canton ». actuellement le Courrier de l’Ouest, sortit, luiLe 1 Le 18 avril 1797, nouvelle lettre de dénonciation du même Commissaire : « Je aussi de prison, le 5 mas 1795, au matin. On vous ai déjà dit que, dans ce canton, tout ne le vit circuler dans les rues d’Angers, se se fait que par les conseils du ci-devant rendre à Avrillé pour rendre visite à son curé Baudouin qu’on appel « Monsieur l’Abbé ». M. Loyau, et remercier les paroissiens qui l’avaient caché. Le Le 21 novembre 1797, une troisième dénonciation arrive à Angers : « J’apprends « Le Lien » octobre 1949 par voie sûre que Baudouin, ci-devant vicaire d’Avrillé, est errant dans le canton du Louroux-Béconnais. Il y dit la messe furtivement tantôt dans une métairie, tantôt M. L’abbé Baudouin (suite et fin) dans une autre, et vagabond, il ne reste pas deux jours dans le même endroit. Cet homme Hélas ! cette liberté que tout le monde est un fanatique aussi entêté que dangereux. avait fêtée par des réjouissances ne dura pas Ce serait une bonne prise, mais difficile à longtemps. faire : il a des amis dans le canton, et surtout Au mois d’octobre de cette même année dans la commune de Saint-Clément de la 1795 la Convention céda la place au Place, qui le cachent le jour. Il ne marche que Directoire. Pendant les quatre années que la nuit ». dura ce gouvernement, ce fut une période Ces accusations font grand honneur à déséquilibre social : certaines familles l’homme religieux qui, pendant dix ans, sus enrichies malhonnêtement pendant la déjouer les recherches de la police, qu saint Révolution menait une vie scandaleuse de prêtre, qui n’a pas craint d’exposer tous les plaisir et de luxe. Malgré des impôts jours sa vie, afin de pouvoir continuer son excessifs, le trésor était toujours vide ; le ministère, et à la population très chrétienne peuple mal payé et mal nourri était qui en favorisant l’apostolat de ses prêtres, malheureux ; aussi le mécontentement montra son attachement héroïque a la religion devenait général. Pour essayer de faire catholique. oublier les scandales et les privations, les Cependant l’abbé Baudouin, traqué de membres du Directoire, dominé par le fameux toutes parts par la police, et craignant de Barras, homme corrompu et malhonnête compromettre les personnes qui lui donnaient reprirent la persécution religieuse. Ce fut à asile, quitta notre région vers la fin de 1797, cette époque que 8000 prêtres, entassés sur pour aller se cacher dans sa paroisse de Saint les pontons de Rochefort, moururent de Aignan-sur-Roc (Mayenne). misère et de faim. Après la signature du Concordait en 1803 L’abbé Baudouin qui, quelques mois plus il y fut nommé curé et y mourut en fonctions tôt, avait été condamné à mort, fut donc le 7 juin 1822, entouré de la vénération de obligé de se cacher de nouveau, pour tout son peuple. échapper à la police qui le recherchait activement. Il reprit sa vie errante de proscrit. Les habitants d’Avrillé eurent donc la Nous le trouvons à Denée, vers la fin de chance d’avoir deux saints prêtres pour les 1795 ; quelques semaines plus tard, il célébra guider dans les voies de Dieu pendant la en cachette un mariage à la Pouèze, puis sa période troublée de la Révolution. présence fut signalée plusieurs fois dans le Or nous savons qu’au Ciel, les saints canton de la Meignanne par le Commissaire gardent la mission que Dieu leur avait confiée du Directoire qui écrit à son collègue lorsqu’ils étaient sur la terre. Maintenant que d’Angers : « Il se cache dans les environs un M. Loyau et M. Baudouin sont près de Dieu, prêtre réfractaire, nommé Baudouin, ancien ils continuent donc de veiller sur les vicaire d’Avrillé, qui, comme un loup, paraît descendants de ceux qu’ils ont tant aimés. tantôt dans un endroit, tantôt dans un autre. Je suis prévenu qu’il court ainsi furtivement « Le Lien » décembre 1949 plusieurs cantons, sans pouvoir connaître sa


Le Lien – Février 1947

Histoires et Légendes LA PAROISSE D’AVRILLE

Vous lirez, chers lecteurs, avec un vif intérêt, l’histoire de votre petite patrie. C’est M. le Chanoine Houdebine, aujourd’hui Supérieur de la Maison des Récollets à Douai, et de toujours enfant de la Paroisse, qui vous la conte, avec quel talent d’historien et en quel style, dans les pages qui vont suivre ! Le Curé d’Avrillé heureux d’une telle collaboration pour son bulletin, exprime à M. le Chanoine Houdebine toute sa respectueuse gratitude et lui dit la joie des paroissiens d’Avrillé.

HISTOIRES ET LEGENDES Racontées à bâtons rompus par M. le Chanoine Houdebine, né en la dite paroisse AVRILLE – ORIGINE DU NOM – TOPOGRAPHIE Dès la fin du onzième siècle, en 1094,il est question d’Avrillé, Avrilleium, dans le premier cartulaire de l’Abbaye de Saint Serge, conservé aux Archives de Maine-et-Loire. Ce nom n’est pas particulier à notre paroisse, il désigne encore d’autres lieux dits que l’on trouve à Beaufort en Vallée, à Saint-Jean-desMauvrets, et en dehors de notre province. Ce nom d’Avrillé est curieux. A défaut de documents précis, il semble avoir pour origine le mot latin aper, sanglier, et signifierait un Lieu peuplé de sangliers. L’étymologie paraît assez vraisemblable, étant donné, à proximité de notre bourg, l’existence du Bois du Roi et de celui de la Haye-aux-BonsHommes, qui, au moyen âge, et il n’y a pas bien longtemps encore prolongeaient par-dessus l’Etang de Saint-Nicolas et les brousses de Belle-Beille, la vieille , forêt des Echats, peuplée de gros gibier. A la fin du dernier siècle, des laies, suivies de leurs marcassins, venaient

encore fourrager dans les pommes de terre des champs de la Plesse et de l’Epine. On vit même, en ce temps-là un vieux solitaire – il avait sans doute l’humeur touristique – traverser à Angers, en face de l’Hôtel du Roi de Pologne, et remonter en trottinant le boulevard du Château pour aller se faire abattre à coup de piques et de barres de fer sous le grand hall de la gare Saint-Laud, parmi les voyageurs apeurés qui prenaient d’assaut et en vitesse les wagons des trains en partance. Le territoire d’Avrillé a une superficie de 1582 hectares. Il forme un haut plateau que limitent les paroisses de Saint-Jacques et de Sainte-Thérèse d’Angers, d’Epinard, de Montreuil-Belfroi, de Juigné-Béné, de la Meignanne et de Beaucouzé. « Le Lien » février 1947 à suivre


Le Lien – Juin 1947 La tradition du couteau, en témoignage de la soumission donnée à l’Abesse du Ronceray, nous paraît bien curieuse. Elle était au XIIe siècle ce qu’est devenue la prise de possession par la saisine. Le couteau était, au Moyen Age, le symbole de la vraie propriété, « du pouvoir d’user et d’abuser » comme dit le Code populaire de ce que l’on possède. L’acte de le fermer ou de le briser était la preuve que le donateur renonçait à tout jamais à la propriété de ce qu’il venait de céder. Le couteau, témoin était conservé d’ordinaire dans les archives des églises, des monastères et des châteaux. On l’attachait même quelquefois aux documents qu’il authentiquait. La paroisse d’Avrillé, distraite de celle de la Trinité d’Angers, fut fondée très probablement en même temps que le bourg, bien que le prêtre, Jean de Luigné, qui le desservait n’avait encore que le titre de chapelain en 1229, d’après un acte du chartier de la Haie-aux-Bons-Hommes. Elle était dédiée, comme l’avait été la chapelle dont il est question dans l’acte de 1129 à Saint-Gilles, un saint dont le culte était répandu dans tous les pays de l’Europe Occidentale et Nordique. A la veille de la Révolution, elle dépendait au temporel du propriétaire du Château de la Perrière, qui en était le Seigneur. A ce titre, il avait à l’église la première place, un banc à ses armes. Avant tout le monde il recevait l’eau bénite, l’encens, le pain bénit, et au prône de toutes les messes, les dimanches et fêtes, il était recommandé aux prières des fidèles, et des communications étaient faites en son nom.

Histoires et Légendes Au point de vue spirituel notre paroisse faisait partie du Doyenné de Candé, dont le titulaire résidait au bourg d’Iré, et dont le réseau immense comprenait la Doutre et le territoire actuel des Doyennés de la Trinité d’Angers, de Candé, de Segré, du Lion d’Angers, du Louroux-Béconnais et de Saint-Georgessur-Loire. A la Révolution la paroisse fut maintenue et l’église, conservée comme oratoire par décret du 5 avril 1791, fut remise entre les mains des prêtres intrus, après le refus du serment d’obéissance à la Constitution Civile du Clergé, fait courageusement par le curé d’alors, M. Loyseau, et son vicaire, M. Beaudoin. Après le Concordait, la paroisse fut redonnée aux Catholiques, par décret du 5 Nivose an XIII. M. Loyseau qui avait été déporté en Espagne, revenu de son exil après Thermidor, en reprit officiellement la direction. L’Abbé Baudouin était mort. Il était resté dans le pays tout le temps de la Terreur, changeant continuellement de cachettes et de déguisements. La nuit, il célébrait la messe en des lieux divers, baptisait les nouveaux-nés, bénissait les mariages, visitait les malades, administrait ceux qui allaient mourir, donnait l’absoute devant leurs dépouilles, et cela sur un vaste territoire qui comprenait la Doutre, les paroisses d’Avrillé, de la Meignanne, du Plessis-Macé, de Saint-Jean-desMarais, de Saint-Clément-de-la-Place, de Saint-Lambert-la-Potherie et de Beaucouzé. Il a laissé un registre des baptêmes, des mariages, des sépultures, auxquels il a présidé et qui est conservé aux archives de Saint-Clément-de-laPlace. « Le Lien » juin 1947 à suivre


Le Lien – Décembre 1947

Histoires et Légendes

Le mobilier et l’église actuelle Le mobilier de l’église d’Avrillé est simple, mais bien en harmonie avec tout l’ensemble de l’édifice. Il fut crée en grande partie par les ateliers SaintJoseph, à Angers, sous la direction de M. de Farcy, un savant et un homme de goût, dont les livres à peine connus des Angevins ont une réputation mondiale. Le maître-autel en pierre, payé par les familles de Boguais de la Boissière et de Farcy, est composé d’une table qui repose sur quatre colonnes à chapiteaux sculptés, d’un prédable, d’un faux-rétable, d’un tabernacle dont la porte est un chefd’œuvre d’orfèvrerie et d’émaillerie, et d’une exposition en forme de ciborium. Le tout polychromé, doré, accompagné de pierres précieuses, rubis, émeraudes et saphirs du plus gracieux effet. Les petits autels en pierre, polychromés et dorés, eux aussi, sont de chaque côté du chœur, appuyés au mur qui clôt les nefs latérales, sur lequel on a peint un portique à trois baies et une rosace. Ils sont composés d’une table reposant sur deux colonnes d’un fauxrétable, d’une niche pour le crucifix et d’un entablement-support pour les statues de la Sainte-Vierge et de SaintJoseph – deux œuvres remarquables qui ont pour auteurs des artistes aui avaient le sens de l’art religieux ; la première, un

jésuite architecte, le R.P. de Tounesac, la seconde un sculpteur angevin, le Bourrichet. Elles se détachent admirablement en couleur crème avec quelques boucles d’or, sur le mur richement décoré qui leur sert de fond. Depuis cinquante ans la statumanie a sévi à Avrillé comme partout, hélas ! en notre cher pays de France, et l’on a introduit dans notre église une demi-douzaines d’autres statues. Malgré la vénération que l’on a pour les saints et les saintes qu’elles représentent, malgré aussi le respect qui est dû aux intentions des donateurs, on peut dire que ces œuvres d’art, que l’ignorance et le mauvais goût des fabricants de notre époque distribuent si généreusement à nos églises sont la négation même de l’art. Affreusement peinturlurées, elles ne sont pas de nature à augmenter beaucoup la vraie piété des fidèles. Elles sont souvent un objet de risée pour les mécréants de chez nous et toujours un sujet d’étonnement pour les étrangers en visite chez nous, qui savent ce que fut le bon goût des Français dans le passé et le culte pour la beauté. « Le Lien » décembre 1947 à suivre


Le Lien – Janvier 1948 Les stalles en chêne de l’Eglise d’Avrillé sont anciennes ; elles datent du XVe siècle, et viennent de la vieille église prieurale de Cunault. Joly-Leterne, l’architecte qui restaura magnifiquement ce monument était de l’avis de Viollet le Duc, qui prétendait que tout édifice ancien à réparer devait être remis dans son état primitif et qu’il fallait en faire disparaître tout ce que les siècles y avaient apporté depuis sa construction. Les belles stalles du XVe siècle furent donc mises au rencart, peut-être vendues. M. de Farcy, qui en connaissait la beauté en acheta une douzaine pour notre Eglise. Les miséricordes des stalles représentaient des feuillages admirablement découpés, des monstres, des têtes de moines. Les panneaux du dorsal sont modernes avec quelques

Histoires et Légendes morceaux anciens. Ils représentent des fenestrages très délicatement travaillés sous une corniche que surmonte une galerie à jour. Bien accordé avec les parties anciennes, ce dorsal fait grand honneur à un maître-menuisier de Bayeux, qui avait du goût et connaissait à fond tous les secrets du métier des huchiers d’autrefois. Les prie-Dieu, du même artisan, sont décorés de panneaux à plis du plus bel effet. Les stalles d’Avrillé sont trop peu connues ; les amateurs qui de temps en temps viennent les visiter s’étonnent de trouver une œuvre de menuiserie aussi parfaite dans une église de campagne. « Le Lien » janvier 1948 à suivre


Le Lien – Février 1948

Les confessionnaux, la chaire de vérité sans abat-voix, de style gothique, sont de vrais meubles meublant, et point encombrant comme tant de leurs semblables qui sont de vrais monuments et ne cadrent point avec les lignes du milieu où ils se trouvent. Les fonts baptismaux, une relique de la vieille église, n’ont aucune valeur artistique. Ils sont bien à l’étroit dans la tourelle où ils se trouvent, et hélés ! d’accoutrement bien pauvre. En général – et c’est bien regrettable – les fonts baptismaux n’ont point la dignité d’aspect qu’ils devraient avoir, étant donné l’importance du sacrement qu’on y confère.

Histoires et Légendes Le chemin de Croix est une œuvre originale. Les cadres des quatorze stations sont en chêne de Hongrie, décorés sous la surveillance de M. de Farcy, de rimeaux qui rappellent ceux que l’on voit souvent sur les émaux de Limoges et de Verdun. Les scènes ont été peintes à Gand, par un artiste de grand talent, M. de Tracy. Chacune ne comprend qu’un petit nombre de personnages, habillés, par un anachronisme admis dans le passé, à la mode du XIIIe siècle. Il y a cinquante ans, l’archéologie régnait en maîtresse dans les ateliers d’art religieux. En ce temps là on admettait pas les théories d’émancipation que l’on prône aujourd’hui. Il fallait que dans une église tout fut à l’unisson de son style. « Le Lien » février 1948


Le Lien – Juin 1948

Dans cette lettre à M. La Réveillère, M. le curé Ménard lui expose respectueusement sa détresse et lui demande d’avoir pitié de sa requête. Le procédé paraîtra sans doute un peu mièvre et quelque peu démodé, mais il était plein de délicatesse. Il plut à M. La Réveillère, qui fit à M. Ménard, pour la cloche devenue sa filleule la réponse souhaitée. M. Victorin La Réveillère habitait le château du Fléchay. Il était le neveu du Membre du Directoire, fondateur de la religion des Théophilanthropes, qui se plaignant un jour à Talleyrand du peu de succès de son entreprise, s’attira cette réponse : « mon ami, un moyen infaillible de réussir c’est de mourir un vendredi soir et de ressusciter un dimanche matin ».

Histoires et Légendes

Victorin La Réveillère était un ami de Grégoire Bordillon et de David d’Angers. Imbu comme eux des idées de JeanJacques Rousseau, il était de la religion du Vicaire Savoyard ; il fréquentait les Loges plus que les Eglises, mais il était toujours prêt à faire une bonne œuvre, quelque fut celui qui la demandait, quelle que fut la nature des de ses idées politiques ou religieuses. M. Ménard, en arrivant à Avrillé, était allé faire visite à son paroissien. Tout de suite il lui plut par la distinction de ses manières, sa haute culture, son esprit sacerdotal et le charme de sa conversation. Les relations bien amorcées continuèrent de plus en plus sympathiques ; les deux hommes se parlaient cœur à cœur, l’un exposant ses idées, qui n’étaient pas toujours des plus catholiques, l’autre les réfutant en toute liberté et charité. « Le Lien » juin 1948


Le Lien – Août 1948 Vous dites qu’aujourd’hui tout est changé. Il est vrai que beaucoup l’ont été depuis ma jeunesse et que j’ai peine à reconnaître les usages de mon temps au milieu d’un rite tout nouveau pour moi et pour bien d’autres – (Ils se scandalise bien à tort de l’introduction du rite romain chez nous et il exagère étrangement ses doléances) – Je ne doute pas des bonnes intentions de ceux qui l’ont introduit, dans le but de l’unité, mais je crois qu’ils se sont trompés à l’égard de la France, si facile à entraîner dans d’imprudents changements, à laquelle il ne faut pas donner cet exemple. Un des grands avantages de la Religion Catholique, qui emploie votre voix est celui, tout en gardant son dogme et des principes inaltérables, de se plier dans la forme aux caractères, aux mœurs, aux habitudes de peuples différents, qui ont le bonheur de la professer. Votre franchise, ma chère filleule, encourage et appelle la mienne. Je vous dirai donc que je vois donc avec beaucoup de peine remettre au jour des

Histoires et Légendes prétentions qui remontent à la barbarie d’il y a quatre ou cinq siècles, et de vouloir par la force et l’autorité imposer une foi qui ne peut être vraie en principe qu’autant qu’elle vient de la conviction d’une libre conscience. C’est du moins la doctrine enseignée par notre divin Maître et par les plus éminents apôtres de sa sublime morale. – (C’est toujours la doctrine de l’Eglise). – Pourquoi des intérêts et des considérations de ce monde sont-elles venues changer des opinions si contraires, il n’y a encore que quelques années ? Ce que l’on voulait défendre et conserver, on vient l’affaiblir par des rigueurs inopportunes, tout cela, ma chère filleule, n’a de rapport qu’au temporel, car la doctrine du Fils de Dieu ne peut pas périr, et elle passera pure, au milieu de ces imprévoyants amis et des négateurs de bonne foi ou non. « Le Lien » août 1948 à suivre


Le Lien – Février 1950 D’abord cette petite précision. Par suite de l’abondance des matières nous avions interrompu ce récit avec le Bulletin d’Août 1948. Aujourd’hui, nous en prenons la suite, pour achever cette jolie page d’histoire locale, due à la science de M. le Chanoine Houdebine. (Il s’agit des cloches). Ne vous alarmez donc pas trop cher Victorin-Stephanie, si vous ne me voyez pas répondre plus exactement à votre appel. Vous avez des sœurs (les cloches d’Avrillé) qui se trouvent habituellement situées à ma portée dans les grands jours solennels de notre culte et me donnent plus de facilité de me rendre à leur convocation. Je n’en reste pas moins irrévocablement attaché aux convictions de ma mère qui ont été la base de mes plus tendres comme des plus heureuses émotions dans mon enfance. Je tâche autant qu’il est donné à la faiblesse humaine de pouvoir la faire obéir aux commandements d’un Dieu qui a été pour nous, par la venue de son Fils sur cette terre de misère, le Rédempteur de nos fautes et le Fondateur de la Liberté et de la civilisation moderne. Je les crois donc parfaitement compatibles et je m’en remets à la Justice de la Providence, qui

Histoires et Légendes saura dans son immuable équité apprécier les intentions et le for intérieur de chacun de nous. Vos souhaits et vos paroles sont doux, ma chère filleule ; Je ne veux donc pas clore cette réponse à vos bons sentiments sans vous assurer des miens, et vous demander, si un jour j’arrive à vous satisfaire, d’avantager vos bienveillants désirs, non en bruyant carillon, mais en sincères prières plus en harmonie avec la modestie que doit toujours garder la pratique des prescriptions et des vertus chrétiennes. Votre parrain tout dévoué. Jardin du Presbytère d’Avrillé, 3 janvier 1865 Merci, bien-aimé parrain de vos charitables et vos touchantes promesses à mon endroit. Elles ne m’étonnent pas, car je sais depuis longtemps que tout ce qui souffre trouve près de vous secours et consolation. « Le Lien » février 1950 (à suivre)


Le Lien – Mars 1950 Histoires et Légendes (suite) Vos sages conseils, puisés au sein même de cette divine Religion, dont ma voix est l’écho, ont rétabli le calme dans mes pensées et la résignation dans mon âme. Je souffre, il est vrai, dans la résidence que n’ai point choisie. Je suis dénuée de tout, et par là je ressemble à notre divin Maître qui a voulu naître dans la pauvreté et la souffrance et qui aux jours de sa vie mortelle n’avait pas même où reposer sa tête. Je souffre. Mais, comme vous le faites observer, ma position n’est que transitoire. En cela, je suis l’image du chrétien sur la terre. Il souffre, mais il espère ! Déjà je vois s’élever tout près d’ici une belle et élégante tour qui dit-on, deviendra bientôt mon palais. C’est de là que devenue par mon élévation reine de toutes mes sœurs des environs je convierai les fidèles chrétiens à venir adorer le Roi des Rois dans son nouveau temple, à venir prendre part au festin de l’Agneau toujours immolé sur l’autel. Ma voix, aujourd’hui étouffée entre

Histoires et Légendes les murailles qui la resserrent, se fera entendre au loin, vibrante et sonore, elle pénètrera jusqu’au fond des splendides pavillons du Fléchay et mon bien-aimé parrain ne pourra résister à leurs accents. Ce sera le jour de mon triomphe, car son exemple plus entraînant, plus puissant encore que ma voix, entraînera le peuple en foule à nos solennités. Alors, je n’aurai rien à envier à mes sœurs aujourd’hui trop heureuses, et dont je suis bien un peu jalouse. Vous me dites, cher parrain, qu’au milieu des vicissitudes que vous avez traversées dans votre belle et noble carrière, vous êtes toujours resté fidèle aux principes de votre pieuse et respectable mère. Je n’en doute nullement ; et ce bel édifice qui s’élève majestueusement près de moi, et qui est dû en grande partie à votre religieuse générosité, en est aux yeux de tous un témoin irrécusable. (Réponse de la cloche à son parrain) « Le Lien » mars 1950 (suite)


Le Lien – Avril 1950

Histoires et Légendes

Histoires et Légendes (suite) A l’exemple de mon illustre parrain, moi aussi, je n’ai pas varié dans mes convictions religieuses. J’ai vu changer sans m’émouvoir la forme des rites et des cérémonies. Je sais que tout ceci est extérieur. C’est un vêtement que la religion peut changer tout en restant toujours la même. Elle m’est toujours apparue tenant à la main le même Evangile, annonçant à toutes les générations les mêmes vérités, leur prêchant la même morale, leur administrant les mêmes sacrements. Et cette admirable unité m’engage à chanter toujours sur un ton uniforme et invariable la gloire de Dieu un et éternel dans son essence. Vous me demandez, aimable parrain, une humble et sincère prière en harmonie avec la modestie qui couvre vos vertus chrétiennes. Je serais bien ingrate si lorsque mes accents s’élèvent vers le Ciel, je n’avais pas un vœu à faire monter jusqu’au trône de Dieu pour le bonheur temporel et éternel du bienfaiteur généreux dont j’ai l’insigne honneur de porter le nom. Daignez agréer, bien aimé parrain, les sentiments reconnaissants et respectueux de votre humble filleule. Victorien Stéphanie.

Revenons à notre petite cloche qui est chez nous depuis déjà 75 ans. Elle est ancienne. Elle date du XIIIe siècle et sa forme est bizarre. Très haute et très étroite, elle porte autour de la cuvette l’inscription : « Ave Maria ». Elle sonne agréablement et sert de cloche d’appel à la paroisse. Elle était destinée à être brisée et à être jetée au four chez un fondeur d’Angers, quand M. de Farcy, passant un jour par le magasin de cet industriel, l’aperçut. Il trouva avec raison que ce serait dommage de la détruire, étant donné son âge et son style. Il l’acheta aussitôt et l’offrit à l’église d’Avrillé. D’où vient-elle ? On ne l’a jamais su : on ignore tout de son état civil. A l’époque, une cloche ancienne avait disparu, une nuit, à la sonnette de bois, de la petite église Saint-Martin, qui se trouve dans l’enclos de l’abbaye de Saint Maur à Grandfeuil. Est-ce elle ? personne n’a pu la reconnaître. En tout cas la petite cloche d’Avrillé est un des rares spécimens anciens de l’art camponais en Anjou. Bénédiction de l’église actuelle Après trois ans de travaux ininterrompus, la nouvelle église d’Avrillé était enfin bâtie. Les vitraux étaient aux fenêtres, la décoration sculpturale avait reçu le dernier coup de ciseau, et le maître-autel était en place. « Le Lien » avril 1950 (à suivre)


Le Lien – Juin 1950 La paroisse d’Avrillé Histoires et Légendes (suite) Tout ce décor proportionné aux dimensions de l’édifice et en harmonie avec ses vitraux était rutilant d’or et de couleurs. C’était un ensemble magnifique et nouveau que tout le monde admira. Ce n’était point quelconque, vulgaire, banal ; ça parlait à l’esprit et au cœur. Il n’y a pas de fête – même religieuse – qui ne soit accompagnée d’un banquet – l’agape est de tradition dans l’église. Celui qui suivit la bénédiction de l’église fut servi à l’école communale, dans la classe des garçons, que dirigeaient alors les sœurs de SaintCharles d’Angers. L’appartement avait été décoré de verdure, de fleurs de la saison, de listes avec inscriptions. La table admirablement ordonnancée par la femme de Monsieur le maire, Mme RichouDurand et ses filles, réunit autour de Monseigneur l’évêque d’Angers, les membres du conseil municipal et de la Fabrique et de nombreuses notabilités ecclésiastiques et laïques. Le dîner naturellement bien servi fut à l’unisson de la fête, de haute tenue comme il convenait, joyeux tout de même, mais point bruyant. Après les grâces, une dernière bénédiction de Monseigneur l’évêque et la chaude poignée de mains, chacun rentre chez soi, enchanté d’avoir assisté à de belles cérémonies, et de pouvoir se dire qu’Avrillé aurait désormais l’une des églises les plus belles parmi toutes celles qui venaient d’être rebâties dans le diocèse depuis trente ans. L’église d’Avrillé de 1870 à 1944 Personne ne pouvait penser que cette église toute pimpante dans sa fraîche beauté pouvait courir le risque à

Histoires et Légendes bref délai d’être détruite ou du moins fortement endommagée, du fait de la guerre étrangère. Et pourtant ce danger était tout proche. Nous étions à quelques mois de la bataille de Sadova, qui, par la faute de Napoléon III, amena la défaite de l’Autriche et fut la cause de toutes les ruines et de tous les malheurs qui, depuis 1870, se sont succédés et accumulés en notre beau pays de France. En 1871, quand près la déroute du Mans, dont mes contemporains ont gardé un si triste souvenir, les armées allemandes furent parvenues à Sablé et à Châteaugontier, aux portes de l’Anjou, ce fut chez nous la grande peur. Chacun pensait à ce qu’il pouvait perdre, à ce qu’allait devenir aussi notre église dont le clocher, visible de tout le pays, serait le point de mire de l’artillerie ennemie. La peur était d’autant plus grande que le préfet du temps, Engelhart, était partisan de la guerre à outrance et qu’il avait fait d’Avrillé une des positions avancées de la défense d’Angers, du côté de l’Ouest et du Nord-Ouest. Sur le domaine de la Poissandière, dans les vignes, se dressait une fortification d’une quinzaine de mètres de longueur. Elle était armée de deux mitrailleuses dont la bouche était tournée vers le pont d’Epinard. Et pour garder cette position, il avait été placé là cinq « pepères » dont l’uniforme était composé de souliers éculés, d’une culotte de velours, d’une peau de bique et d’un vieux képi cabossé. Ils faisaient les cent pas, les mains dans leurs poches, la pipe à la bouche, près d’un feu de bivouac. Sur la route de Caen, entre Livonnière et Virlouin, il y avait quatre ou cinq tranchées de cinquante centimètres d’ouverture et quarante de profondeur. Les hulans et les hussards de la mort pouvaient venir ; il auraient trouvé à qui parler. La défense d’Angers, du côté d’Avrillé, était formidable, comme celle de Tarascon,


dont Alphonse Daudet a parlé avec tant d’humour dans ses Lettres de mon Moulin. Heureusement l’armistice fut signé à temps pour nous éviter un malheur ; ce fut la paix. Nos biens et notre église étaient sauvés. Lorsque, 44 années plus tard, commença la première guerre mondiale, et que l’on apprît la marche triomphale des Allemands vers Paris, malgré le secours de nos alliés, les Anglais, de nouveau il y eut de grandes craintes chez nous. Heureusement la victoire de la Marne fut gagnée par nous, et les armées du Kaiser furent obligées de s’arrêter dans leur marche envahissante. Tout le temps que dura la guerre notre église n’eut à souffrir que de l’explosion formidable d’une poudrière, au camp du Milleron, qui ébranla l’air jusqu’à 80 kilomètres de distance. Mais l’accident ne fut pas de grande conséquence et fut vite réparé. Quelques vitraux seulement avaient été soufflés, quelques ardoises arrachées sur les nefs et à la flèche du clocher. Jusqu’à la fin de la guerre, les avions à la croix de fer n’osèrent venir, du côté de l’Anjou, marauder en notre ciel. Lors de la deuxième guerre mondiale, ce ne fut pas la même chose. Installés dès l’été de 1940 à Avrillé, les Allemands devaient y rester quatre ans. Tout de suite ils firent de grand travaux au camp d’aviation, qui nous valurent quelques désagréables visites de la R.A.F. de Sa Grâcieuse Majesté Britannque. Ils en voulurent à notre clocher dont ils parlèrent d’abattre la flèche, prétendant qu’elle gênait l’atterrissage de leurs appareils. De hautes interventions les ayant empêchés de mettre leur projet à exécution, ils organisèrent dans le beffroi des installations lumineuses, dont le fonctionnement partait du camp d’aviation. « Le Lien » juin 1950 (à suivre)


Le Lien – Juillet 1950 La paroisse d’Avrillé Histoires et Légendes (suite) Puis, quand les Anglo-Américains furent débarqués en Normandie et que fut crevé le mur de l’Atlantique, en prévision d’une attaque sur Angers, les Allemands firent creuser un grand fossé antichar des Marais de Préau à la Mayenne et des portes de fer furent installées à l’entrée d’Avrillé, face à Angers. La situation s’aggrava rapidement et bientôt ce fut la journée apocalyptique du 17 juin 1944. Ce jour là, dans la soirée, vers 16 heures, un sourd bombardement se fit entendre dans la direction du Lion d’Angers. Les masses bien ordonnancées de superforteresses Américaines, annoncées par le lugubre gémissement des sirènes d’Angers ne tardèrent pas à arriver. La défense passive avait à peine envoyé en l’air ses obus, qui en éclatant, faisaient des petits nuages blancs, que l’atmosphère se chargeait d’un brouillard jaune, qu’au milieu d’éclairs éblouissants, les bombes, précédées de sifflements aigus, tombaient de tous côtés sur le Bois du Roi et le Bourg d’Avrillé, avec le bruit effrayant d’éclatements qui faisaient tout trembler. Quand eut cessé l’infernal concert et que le nuage de souffre se fut dissipé, ce fut chez nous, à la vue de l’immense désastre, l’épouvante et l’affolement. De très nombreuses maisons du Bois du Roi et quelques-unes du Bourg étaient par terre. Partout sous les ruines ou en dehors il y avait des morts et à côté d’eux des blessés qui criaient et appelaient au secours. L’église était dans un état lamentable. Ses contreforts du chœur étaient dessoudés des murs qu’ils appuyaient. Ses vitraux étaient pulvérisés et certains autres très endommagés, son mobilier abîmé, les ardoises de sa toiture

Histoires et Légendes et de sa flèche arrachées ou percées de mille trous. Sans se laisser abattre par la tristesse du spectacle, M. le Curé qui en devinait toute l’étendue et la gravité, s’engagea , avec d’autres personnes très dévouées de la paroisse, à la recherche des mourants et des blessés. Quelle nuit ! Quelle vision de ruines et de mort ! A quelques jours de là ce fut le défilé des cercueils, l’office des morts sur la place de l’église, présidé par le Préfet régional, devant la grande porte ouverte, la conduite au cimetière, au milieu d’un immense cortège de parents et d’amis qui priaient et qui pleuraient. Mais, avant que tout fut terminé, M. le Curé avait tenu à prononcer à la cérémonie des obsèques du bombardement d’Avrillé le discours suivant : Monsieur le Préfet Régional, Mes Frères, Fallait-il donc que notre Paroisse et Commune d’Avrillé vienne si douloureusement s’inscrire, après tant d’autres, sur le palmarès des douleurs et des deuils de la France ? En moins de quelques minutes, vingt-trois victimes gisaient sous les décombres ensanglantées, qu’un dévouement sans borne de la Défense Passive et des homme de la Paroisse retirait en un minimum de temps. En moins de quelques minutes une douzaine de blessés subissaient dans leurs corps des traces plus ou moins sévères laissées par les éclats. A quoi il convient d’ajouter tant de sinistrés, privés de façon si soudaine, du fruit d’économies acquises, tout au long d’une existence, au prix de quels labeurs et de quels soucis ! « Le Lien » juillet 1950 (à suivre)


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La Haie-aux-Bons-Hommes La Haie-aux-Bons-Hommes (suite)

La règle de Grandmont prescrivait le silence et le recueillement. Les religieux ne se contentèrent bientôt plus des bois qui les séparaient du monde. Afin d’augmenter leur solitude, ils entourèrent peu à peu leur domaine d’un mur épais en pierres d’ardoise qui les isolait de l’extérieur. Cet enclos était bordé, au sud, par l’étang Saint-Nicolas, à l’ouest, par le chemin de Roc-Epine, au nord, par la route de la Meignanne et à l’est par le chemin de la Haie. Dans cet enclos, les moines construisirent encore, car ils étaient de grands bâtisseurs, à quelque cent mètres au nord-est du bâtiment principal, à l’endroit que nous appelons maintenant « le Prieuré », une petite cité, qu’ils appelaient le lazaret. C’était l’hôpital réservé aux lépreux. Puis, à un kilomètre à l’ouest du monastère, au milieu de leur propriété, ils construisirent les bâtiments de leur ferme qu’ils appelèrent « le Clos », bâtiments qui existent encore et qui appartiennent à la famille Perreault. La communauté de la Haie était gouvernée par un supérieur, qui prit d’abord le nom de Correcteur, puis, bientôt après, celui de Prieur. C’est pourquoi l’ensemble du monastère avec toutes ses dépendances reçut le nom de Prieuré, tandis que la Maison Mère de Grandmont, qui était gouvernée par un Abbé, prenait le nom d’Abbaye. Les religieux de l’Ordre de Grandmont étaient estimés et vénérés partout où ils s’établissaient, non seulement à cause de leurs vertus, mais à cause des secours qu’ils apportaient aux populations qui les entouraient, si bien que celles-ci appelaient affectueusement ces moines « les BonsHommes ». Leur domaine d’Avrillé perdit de ce fait son ancienne appellation de la Haie-du-Roi, pour prendre celle de la Haie-aux-BonsHommes, qu’il garde encore actuellement. Le Prieuré de la Haie jouissait du droit d’asile. A une époque où les guerres privées

étaient si fréquentes et les troubles presque continuels, toute personne, poursuivie par un ennemi ou par un maître trop exigeant, pouvait se réfugier dans l’enclos des religieux. L’individu qui avait passé les limites du domaine ou simplement touché un de ces points qu’on appelait « sauvetés » comme la Croix du Charme, à l’entrée du Parc, sur le chemin de la Meignanne, devenait sacré. Dans les neuf jours qui suivaient son arrivée à la « sauveté » on lui demandait s’il voulait être jugé par un tribunal laïque ou par des juges d’église. S’il préférait quitter le royaume il avait quarante jours pour s’exiler. La misère était grande au Moyen-Age et les famines fréquentes. En tout temps et particulièrement aux époques de crises, on voyait les longues files de pauvres, venant d’Angers, d’Avrillé, de Montreuil et même de plus loin, se rendre au monastère où les religieux distribuaient le blé qu’ils récoltaient dans leurs champs, et celui que des bienfaiteurs du voisinage leur donnaient, en échange de prières, car l’assistance spirituelle des moines était très recherchée aux siècles de foi, comme le prouvent certains actes de donation, trouvés aux archives. Dès la fondation du Prieuré de la Haie, Raymon de Voo, officier dans l’armée du roi, et son frère, Etienne de Marsay, président du tribunal d’Angers, qui avaient de grandes propriétés sur Avrillé et dans les environs, donnèrent aux religieux la ferme de la Ternière, ainsi que le moulin et l’écluse de Montreuil-Belfroy, afin que ces religieux les nomment chaque jour à Dieu dans leurs prières. « Le Lien » juin 1950 à suivre

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Le Lien – Août 1950

La Haie-aux-Bons-Hommes

Au XIIIe siècle, Foulque-Quatrebarbe, Seigneur du Plessis-Macé, donna : « à Dieu, à la Bienheureuse Vierge Marie et aux Frères de la Haie » des vignes, le pressoir et tout ce qui en dépendait, à Froide-Fontaine, en Avrillé, à charge pour les Religieux de célébrer à perpétuité pour le salut de son âme et le repos éternel de ses parents, une Messe chaque mois, à l’autel qui est au bas de la chapelle. Cet acte de donation fut fait devant plusieurs témoins dont Monseigneur Guillaume de Beaumont, évêque d’Angers, qui apposa son cachet sur le parchemin, et devant deux enfants, auxquels on tira les oreilles, après qu’ils eurent fait une croix, « afin qu’ils pussent se souvenir de cette donation et en témoigner dans l’avenir ». Les Moines de la Haie devenaient donc ainsi les intermédiaires, aimés de tout le mond, entre les grands seigneurs de l’époque et la foule des petites gens qu’ils protégeaient et souvent nourrissaient. Comment vivaient les Moines de la Haie-aux-Bons-Hommes ? La Communauté de la Haie ne fut jamais très nombreuse. Elle varia entre 15 et 20 religieux, dont environ un tiers de prêtres et deux tiers de frères. Primitivement les Grandmontains portaient un habit de couleur grise. A partir du XVe siècle, l’habit fut noir ; il se composait d’une robe de bure avec la capuche pour couvrir la tête, et d’un scapulaire. Au chœur les religieux mettaient le surplis et la barrette. Ils avaient dans les pieds des sabots de bois. Pour l’office ils mettaient

des sandales, excepté certains jours comme celui des Cendres et du Vendredi Saint, où la règle prescrivait d’entendre la messe pieds nus par pénitence. Quand un jeune homme arrivait au monastère avec l’intention de devenir religieux, il était reçu par le frère portier qui commençait par lui laver les pieds et par lui donner à manger. Quand il était restauré, délassé, car il arrivait souvent de loin, le père Prieur venait le voir et le faire parler longuement pour essayer de découvrir les motifs qui l’amenaient. Peut-être, après une déception, un défaut de son passé ou un enthousiasme juvénil, avait-il cru trouver dans la solitude du cloître, un refuge qui lui procurerait le bonheur ? Après avoir écouté et encouragé, le Prieur conduisait le postulant dans sa chambre située près de la chapelle et qui sera la sienne pendant un moi. Sans faire partie de la Communauté, il en suivra tous les exercices afin de se rendre compte, si la solitude, le silence, l’obéissance, les jeûnes, le lever de nuit, ne sont point une difficulté trop dure pour sa volonté. Le jeune homme jugera lui-même en toute indépendance, car l’Eglise tient essentiellement à respecter la liberté de chacun. « Le Lien » août 1950 à suivre

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Le Lien – Décembre 1950

La Haie-aux-Bons-Hommes

(l’article ci-dessous fait suite au bulletin d’août 1950) l’Office et la méditation du soir. Les religieux prêtres ajoutaient au grand office, celui de la Sainte Vierge et celui des Morts. Ils passaient chaque jour huit heures en prières devant Dieu. Ils avaient une dévotion particulière envers la Sainte Vierge qu’ils avaient établie Patronne du Prieuré. Leur chapelle lui était consacrée et une belle statue de la Vierge, tenant l’Enfant-Jésus dans ses bras, dominait la porte d’entrée du couvent. Chaque Religieux, rentrant du travail, la saluait en s’inclinant et lui redisait intérieurement ses sentiments affectueux. Chaque soir, avant de monter au dortoir, la Communauté tout entière se réunissait dans la salle du chapitre et le Prieur parlait à ses Religieux. Quand il avait des nouvelles d’une des Maisons de l’Ordre, il les communiquait. On y lisait quelques pages du gros volume manuscrit appelé « Obituaire » dans lequel étaient inscrits les noms des Religieux défunts de l’Ordre tout entier, avec une petite notice biographique pour chacun d’eux. On y rappelait également les noms des bienfaiteurs, puis chaque Religieux s’accusait en public des manquements extérieurs à la règle qu’il avait pu faire dans la journée. Le Prieur terminait la réunion en donnant les conseils et avis qu’il jugeait utiles pour entretenir la ferveur dans sa Communauté. La nourriture des Religieux était simple et frugale. On y consommait surtout les produits de la ferme. Le jeûne était obligatoire pendant tout le Carême, l’Avent et la Neuvaine préparatoire à la Pentecôte. On y faisait maigre trois jours par semaine : le mercredi, le vendredi et le samedi. A partir du XVIIe siècle, l’abstinence fut perpétuelle, excepté pour les malades qui profitaient de tous les adoucissements, que réclamait leur santé.

Toutefois le postulant n’est pas seul juge de l’appel de Dieu. Le Maître des novices et le Prieur l’examinent, le jugent. S’ils le trouvent apte à la vie religieuse et si le jeune homme, après sont temps d’épreuve, persiste dans son désir de se consacrer à Dieu, ses Supérieurs proposent à la Communauté de l’admettre à prendre l’habit. S’il est agréé, le novice suivra la même règle que les Religieux Profès, dont il ne se distinguera que par le scapulaire, car le sien sera moins long. Un dortoir commun réunissait tous les moines, y compris le Prieur. Cet appartement comprenait tout l’étage à l’Ouest des anciens bâtiments. Il était divisé par des cloisons peu élevées, en une série de chambrettes fermées par des courtines. Une lampe devait y brûler toute la nuit. A partir du XVe siècle, ce corps de bâtiment fut remplacé par celui qui existe maintenant et dans lequel chaque Religieux eut sa cellule individuelle. Pour dormir, les Religieux s’allongeaient, tout habillés, sur des paillasses, après s’être enroulées chacun dans une couverture. Ils se levaient très tôt : à 2 heures en été, à 3 heures en hiver. Un veilleur restait à la chapelle et représentait la Communauté devant le Tabernacle, pendant que ses frères se reposaient. Quand l’heure du réveil était venue, le veilleur montait dans le dortoir et tourné vers le lit du Prieur il disait : « Bénissons le Seigneur », et tous les Religieux répondaient : « Rendons grâce à Dieu ». Quand chaque moine eut sa chambre particulière, l’excitateur, comme on l’appelait, réveillait la Communauté en sonnant la cloche, et quelques minutes plus tard, tous les Religieux descendaient à la chapelle pour la récitation du bréviaire en commun. Cette récitation se faisait à haute voix, lentement, en deux chœurs alternés, à la lueur des petites lampes individuelles et sous la présidence du Prieur. Ensuite venait la méditation qui durait une heure puis la messe conventuelle qui était chantée quand le nombre des Religieux le permettait. Dans l’après-midi les moines se réunissaient de nouveau à la chapelle pour

« Le Lien » décembre 1950 à suivre

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Le Lien – Février 1951

La Haie-aux-Bons-Hommes

Quelques-uns des religieux étaient affectés au service des malades, et plus particulièrement des lépreux. Le Prieuré de la Haie et celui du Bois-Rahier, en Touraine, recevaient les lépreux des 140 maisons qui dépendaient de l’Ordre de Grandmont. La lèpre faisait de si grands ravages au Moyen-Age qu’on isolait les lépreux pour éviter tout contact dangereux. On leur construisait, à l’écart, une sorte d’hôpital qu’on appelait ladrerie ou maladrerie. La léproserie de la Haie-auxBonhommes était construite à l’endroit qu’on appelle maintenant le « Prieuré ». Les malades y avaient leur dortoir, leur réfectoire, leur infirmerie, leur chapelle, leur enclos, et leur cimetière. Ils formaient donc une petite communauté dans la grande. Ils portaient un chapeau rouge, une croix rouge sur leurs vêtements, un long bâton, des gants et une crécelle. Bien que reclus et séparés du monde, comme l’exigeaient les règlements de l’époque, les lépreux de la Haie profitaient quelquefois des beaux offices, qui étaient célébrés dans l’église du Couvent. On leur avait construit, une petite chapelle particulière le long de la grande chapelle, au nord assez loin de la porte d’entrée. Par une ouverture pratiquée dans le mur mitoyen, ils avaient vue à l’autel et faisaient ainsi partie de l’assistance religieuse, sans crainte de contaminer l’air par leur respiration. Cette ancienne chapelle des

lépreux existe encore et sert actuellement de grange à M. Boursier. A l’aller et au retour, ils agitaient leurs crécelles pour éloigner les personnes saines qui auraient pu se trouver sur leur passage, et si par hasard, ils rencontraient quelqu’un, ils avaient défense de répondre à leurs questions à moins que le vent n’emportât leur souffle dans le sens opposé. Le soin de ces malades contagieux était l’emploi le plus désiré de la Communauté. Lorsque, chaque année, à la fête de la Communauté Saint-Etienne, fondateur de l’Ordre, le Père Prieur distribuait le travail à ses Religieux, ceux qui avaient été désignés pour la léproserie se considéraient comme des privilégiés, parce qu’ils auraient pendant une année à soigner « des membres souffrants de Notre Seigneur Jésus-Christ ». Malgré la pénitence et le travail, la vie n’était pas triste à la Haye. Dans tout les écrits de l’Ordre, il n’est question que de paix, de joie, de bonheur. Ce sont des mots qui reviennent continuellement, et les contemporains parlent du visage rayonnant des Religieux. L’un d’eux écrit : « Les Grandmontains avaient grand soin de s’isoler du monde extérieur. Ils habitaient dans leur retraite priant comme s’ils vivaient dans une fête perpétuelle ». C’est qu’en effet le bonheur vient de l’âme et non de l’extérieur. Ce ne sont pas les plaisirs qui le procurent, mais le sentiment d’une conscience tranquille et la certitude d’être aimé de Dieu.

MORT DU RELIGIEUX La mort d’un Religieux, au monastère de la Haye, ne présentait pas cette physionomie de malheur et par conséquent de tristesse qu’elle a dans le monde. Que pouvait-il redouter celui qui avait travaillé toute sa vie à se détacher de lui-même et des créatures pour n’être qu’à Dieu. Il allait être jugé par Celui qu’il s’était efforcé d’imiter, par Celui qu’il avait le plus aimé. Lorsqu’un membre de la Communauté entrait en agonie, le frère sacristain sonnait la cloche et tous les Religieux quittaient leur travail pour aller s’assembler dans la cellule du mourant. Avant que celui-ci ne partit, pendant

qu’il en était encore temps, chacun de ses frères allait l’embrasser et lui confier ses commissions pour le ciel : « Demandez à Dieu qu’il m’aide à devenir meilleur – Dites-lui que je voudrais l’aimer davantage – Dites-lui que j’ai hâte de le voir – etc… ». Puis les moines s’agenouillaient autour du petit lit garni d’une seule paillasse, et le murmure de la prière ne cessait plus jusqu’à ce que l’âme du frère bien-aimé fût passée de la terre au Ciel. Le lendemain après l’office chanté, le corps du défunt habillé de la robe de bure qu’il avait revêtue au jour de sa Profession, était porté à découvert, sur un brancard, jusqu’au

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__________________________________________________________________________ cimetière. Là chaque Religieux passait devant lui pour regarder une dernière fois le visage de celui qui avait été leur compagnon de vie, pui on rabattait son capuchon sur sa figure et on le descendait dans la fosse. Après la sépulture, le Prieur donnait à ses Religieux la permission de parler car chaque journée de funérailles était un jour de fête au monastère, un jour où l’un des membres de la famille avait quitté la terre d’exil pour aller se reposer chez lui dans la Maison du Père au Ciel. Une notice nécrologique était aussitôt rédigée sur un parchemin qu’on roulait autour d’un cylindre et qu’on plaçait dans un étui,

puis le Religieux désigné pour porter le « rouleau des Morts » partait à cheval jusqu’à Grandmont afin que la nouvelle du décès fut communiquée à toutes les maisons de l’ordre. Le nom du défunt était inscrit à l’obituaire de chaque Communauté, pour qu’au jour de sa mort, il fût recommandé à la miséricorde de Dieu. Et au cimetière de la Haye ses confrères allaient chaque jour prier sur sa tombe. Ils pouvaient lire sur la petite Croix de bois qui la surmontait, l’inscription traditionnelle : « Ci-git Frère …. pieusement endormi dans le Seigneur ». « Le Lien » février 1951 à suivre

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Le Lien – Mars 1951

La Haie-aux-Bons-Hommes

Les Prieurs de la Haye aux Bons-Hommes Un des statuts de l’ordre de Grandmont spécifiait que le Prieur de chaque maison ne pouvait être pris en dehors de l’Ordre et devait être élu par les Religieux qu’il devait gouverner. Toutefois son élection devenait effective qu’après avoir été confirmée par l’Abbé Général. Le prieur vivait avec ses Religieux, il couchait avec eux, dans le même dortoir ; il mangeait avec eux et comme eux dans le même réfectoire. Il était toujours le premier à la prière et au travail. Il donnait l’exemple de toutes les vertus. En un mot il était l’entraîneur qui conduisait sa famille spirituelle à la Sainteté. Il en fut ainsi pendant trois siècles, et pendant tout ce temps les moines de la Hayeaux-Bons-Hommes vécurent dans la paix, la joie et la ferveur. Nous savons peu de chose des premiers Prieurs, tant leur vie effacée, semblable à celle de ses frères.

Le plus célèbre, parce qu’il fu appelé à jouer un grand rôle dans l’Eglise fut Pierre Roger de Beaufort. Turenne, originaire du Limousin. En 1345, Pierre Roger, qui avait alors dix ans, fut placé à la Haie-aux-BonsHommes par son oncle, le pape Clément VI, qui résidait à Avignon, parce que ce monastère angevin avait « grande réputation de Sainteté dans le royaume de France ». Il y fit de brillante études, en même temps qu’il se fit remarquer par sa profonde modestie et la noblesse de sa grande âme. Il était jeune encore quand il fut nommé Prieur du monastère de la Haye, puis cardinal de la Sainte Eglise. C’est pendant qu’il était cardinal qu’il fit exécuter les peintures murales, qu’on aperçoit encore, dans la chapelle de son Prieuré. On y remarque à côté des scènes bibliques qui constituaient un enseignement religieux, les nombreuses roses qui fleurissaient son blason et qui le firent appeler dans l’histoire « le Cardinal de la Rose ». « Le Lien » mars 1951 à suivre

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Le Lien – Avril 1951

La Haie-aux-Bons-Hommes

Un des statuts de l’ordre de Grandmont spécifiait que le Prieur de chaque Maison ne pouvait être pris en dehors de l’Ordre. Le plus célèbre de la Maison de la Haie fut Pierre Roger. Le 29 décembre 1370, dans un Conclave qui ne dura qu’un jour, les Cardinaux élevèrent au trône Pontifical le jeune Cardinal-Prieur de la Haie-aux-BonsHommes. Pierre Roger de Beaufort-Turenne n’avait que 36 ans. Il s’inclina devant un appel, où il crut voir la volonté de Dieu et prit le nom de Grégoire XI. En recevant la tiare, il fit vœu de reporter à Rome le siège de la Papauté qui depuis 65 ans était à Avignon. Le jeune Pontife ne se faisait pas d’illusion sur les difficultés d’une pareille mission. Les Nations d’Europe étaient en guerre et, Rome, aux mains de factions politiques, était en pleine Révolution. Mais le bien de l’Eglise l’exigeait. Dieu faisait connaître sa volonté par la voix inspirée de sainte Catherine de Sienne : « O Père, écrivait-elle au Pape, Catherine, servante et esclave de Jésus-Christ, vous supplie en son nom : « Venez, Très Saint Père, relever la grandeur de Rome, ce jardin arrosé du sang des Martyrs, qui bouillonne encore et qui en appelle de nouveau. » Martyr, Grégoire XI devait l’être en effet, si c’est devenir martyr au sens large du mot, que de briser, pour accomplir son devoir, les liens les plus chers de la famille et de l’amitié, que de risquer la haine d’un puissant souverain, et de s’en aller dans un pays, dont on ignore la langue, au milieu d’un peuple prévenu contre soi, mourir sous le poids de ses peines et d’un climat malfaisant. Ce fut le sort de Grégoire XI. En dépit de tant d’obstacles, il prit courageusement le chemin de Rome. Il y arriva le 17 janvier 1377. Il n’y vécut qu’un an. Le 27 mars 1378, il y rendait le dernier soupir, mais il avait rendu à la Papauté, exilée depuis 70 ans, l’immense service de la ramener où saint Pierre avait établi son siège et où Dieu la voulait. Les fatigues de son Pontificat et le souci de la chrétienté ne firent jamais oublier à Grégoire XI les années heureuses qu’il avait passées en Anjou, à étudier dans la solitude de la Haie, à jouer dans les allées du Parc, ou à gouverner sa chère Communauté. Un jour qu’il rencontra des Angevins à Rome, il leur demanda longuement des nouvelles de son ancien couvent. « Quels travaux y fait-on ? Y prie-t-on toujours bien ! » et, en souvenir de son prieurat, il accorda pour chaque année, à

perpétuité, l’indulgence plénière des péchés, à tous ceux qui visiteraient, au mois de mais la chapelle du Monastère de la Haie. Comme cette indulgence fut accordée à perpétuité, on peut donc encore la gagner, en allant au mois de mai faire une prière dans cette chapelle. Après Roger de Beaufort, la dignité de Prieur passa successivement à différents religieux de l’Ordre de Grandmont, qui gouvernèrent avec sagesse leur monastère, y maintenant la vie régulière par leur exemple. A la fin du XVème siècle, fut introduite à la Haie une innovation malheureuse. Depuis longtemps les Rois cherchaient à s’immiscer dans les affaires religieuses. Ils voulaient s’arroger le droit de nommer eux-mêmes les évêques, les abbés et les prieurs de tous les évêchés ou monastères résidant sur leur territoire. Pour obéir à leurs Constitutions, les religieux de Grandmont luttèrent longtemps contre les empiètements de la royauté. Malgré cette opposition le roi Charles VIII obtint ou prit plutôt le droit, en 1493, de nommer luimême le Prieur de la Haie. Déjà son père, le roi Louis XI avait nommé lui-même le Père Abbé de Grandmont en 1471. A partir de ces dates, les titres d’abbé ou de prieur, avec la plus grand partie des revenus de chaque monastère furent donnés par les rois successifs à des ecclésiastiques, étrangers à la vie des cloîtres, quelque fois même à des laïcs. Cette déplorable institution qu’on appelait « la Commande » porta une atteinte profonde à la vie monastique. On vit se succéder à la Haie des Supérieurs, qui vivaient habituellement loin du monastère, dont ils avaient la charge et la garde. Ils n’y venaient que deux ou trois fois par an, pour s’y reposer et pour toucher leur « commande », c’est-à-dire les deux tiers des revenus du monastère, puis s’en allaient, ne laissant aux religieux pour vivre qu’un somme ridiculement faible, si bien que ces pauvres religieux étaient réduits « à la portion congrue » comme on disait à cette époque c’est-à-dire presque à la misère. De plus ces prieurs étrangers n’étant pas des moines, ne pouvaient pas et ne voulaient pas vivre de la vie religieuse, quand ils venaient à leur monastère. C’est à cette époque, vers le début du XVIe siècle, qu’ils firent construire à la Haye, pour l’habiter, cette maison particulière qu’on appelle maintenant le « Prieuré ». Tout compte fiat, sombre et pénible période, provoquée par l’ingérence du Pouvoir

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__________________________________________________________________________ Civil dans le domaine religieux. L’Ordre de Grandmont ne cessa d’être fervent et de

prospérer tant que les Rois en respectèrent scrupuleusement les Constitutions !

Le Lien – Juin 1951

La Haie-aux-Bons-Hommes

(manque n° de mai 1951) Depuis huit siècles la commune d’Avrillé possède sur son territoire, en plus de son église paroissiale, un centre de prières, qui ne furent jamais interrompues. Pendant six siècles, ce furent les Religieux de la Haie qui remplirent ce saint ministère. Au moment où les révolutionnaires chassaient les moines de chez eux, ils firent naître sans s’en douter, un nouveau centre de prières, le Champ-des-Martyrs, en massacrant plus de deux mille catholiques dans l’enclos même du monastère. Dès au temps des fusillades, et sans interruptions depuis, les fidèles viennent souvent de loin, demander aide et protection à ceux qui sont très puissants près de Dieu.

Le monastère a fourni à l’Eglise catholique, en même temps qu’un de ces grands Papes, de nombreux saints ignorés. Le Champ-des-Martyrs va fournir à son tour à l’Eglise une centaine de saints officiellement béatifiés, sans compter les autres dont nous ne connaîtrons les noms qu’au Ciel. Puissent tant de vertu et d’héroïsmes, accumulés sur la paroisse d’Avrillé, depuis huit siècles, attirer les bénédictions de Dieu sur les personnes qui s’y trouvent actuellement et donner à tous le désir de travailler, elles aussi, à leur propre sanctification. FIN « Le Lien » juin 1951

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Avrillé