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NUMERO

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HIVER 2012

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INTERVIEW CROISÉE

Coppel/Gaillard Ne pas oublier les athleètes " QUESTIONS POUR UN CHAMPION

Lamy ChapPuis

repond a Airiau LE TÉMOIN

Jean-Paul

PierraT Le ski a beaucoup evoluE

3,2,1 PAS DE UN 1 nordicland


© Vianney Thibaut / Agence Zoom

EDITO Lamy Chappuis, spécimen rare

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LES SEPT PÊCHÉS CAPITAUX DE Marie-Laure Brunet

FOCUS

LES EVENEMENTS PHARES DE L’HIVER

RÉTRO JO Albertville 1992

EN BREF

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INTERVIEW Romain Claudon

PORTRAIT Simon Desthieux

QUESTIONS POUR UN CHAMPION Lamy Chappuis répond à Airiau

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LE POINT AVEC Pierre Mignerey

LE CHEF D’OEUVRE DE Damien Ambrosetti (himself)

INTERVIEW CROISÉ Jean-Marc Gaillard / Jérome Coppel

DÉVELOPPEMENT DURABLE Un Grand-Bo au naturel

BALADE Topo NévacheCol de Buffère en ski de randonnée nordique

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LE TÉMOIN Jean-Paul Pierrat

DÉCRYPTAGE Nordic France, retour au premier plan

SHOPPING

50 CHRONIQUE Benoît Chauvet

Il a un palmarès long comme une paire de skis de saut. Un titre olympique, un titre mondial, deux gros globes. Jason Lamy Chappuis rafle tout sur son passage depuis deux hivers, laissant des miettes aux autres combinés. D’un talent hors du commun, le Jurassien âgé d’à peine un quart de siècle a un destin tout esquissé. Passionné de vol, en ski comme en avion, «Jez» rêve de devenir pilote. Bien dans sa tête, bien dans ses pompes, le garçon trace sa route comme il prépare sa deuxième carrière. Pour autant, le Bois d’Amonier n’a pas changé. Fidèle à sa sympathie et à sa simplicité. Un exemple, un modèle dont beaucoup devraient s’inspirer. Nils LOUNA

NORDICLAND Directeur de la publication : Nils Louna - 1 boulevard des diables bleus - 38000 Grenoble - nils@nordicland.fr Rédaction et photos : Nils Louna (sauf mentions) - Photo de couverture : Philippe Montigny / Agence Zoom. Conception graphique et mise en page : Karine Metge / Agence Zoom - Impression : Imprimerie XL Print. Remerciements : Karine Metge, Michel Cottin, Yves Perret, Damien Ambrosetti, Régis Cahn, Benoît Chauvet & Laurent Pouchoy. Un grand merci également aux annonceurs sans qui ce magazine n’existerait pas. La reproduction, même partielle d’un article paru dans ce magazine est interdite sans accord.

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© Christophe Pallot / Agence Zoom

DÉCALÉ

MARIE-LAURE BRUNET EXPRESS Née le 20 novembre 1988 Club : US Autrans Palmarès : Double médaillée olympique, quintuple médaillée mondiale dont un titre (relais mixte en 2009), 6 podiums en coupe du monde. Principaux partenaires : Somfy, Luchon, Rossignol, Swix, Cébé, Odlo, Douanes, Authentic nutrition >> www.marielaurebrunet.com


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Les

peches capitaux de... Marie-Laure

Brunet

La biathlète autranaise, pyrénéenne d'origine, s'est prêtée au jeu des sept pêchés capitaux. Une Marie-Laure Brunet sous un autre angle...

Avarice

Gourmandise

Orgueil

«Je ne pense pas que l’avarice soit un de mes péchés. Ah si, je suis avare en compliments parfois...»

«La gourmandise est un de mes péchés. Avant j’aimais surtout le salé et maintenant, j’apprécie aussi beaucoup le sucré. Je viens du sud-ouest, une région où l’on a de bons produits. Mes grands-parents et ma mère cuisinent bien. J’ai toujours du foie gras dans mes placards. J’aime particulièrement le gâteau au chocolat de ma soeur, les frites cuites dans la graisse de canard de ma grand-mère et la bonne charcuterie maison. Je cuisine beaucoup de viande, le magret entre-autres.»

«Comme la plupart des sportifs de haut-niveau, j’ai de l’orgueil. Ca me permet aussi de rebondir après une mauvaise course...»

:

Colere

«Je me mets facilement en colère et je n’ai pas besoin de l’exprimer, ça se voit sur mon visage. Je m’enerve contre moi, lorsque je suis moyenne à l’entraînement ou en course. Je n’apprécie pas non plus les personnes qui ne sont pas franches avec moi, ce n’est pas constructif.»

Envie «Je ne jalouse pas les autres. Par contre, j’ai beaucoup de rêves et d’ambitions. Au niveau sportif, je souhaite en particulier remporter le classement général de la coupe du monde, c’est ce qui me tient le plus à coeur. Et puis, mon deuxième gros objectif, c’est de gagner un titre olympique.»

Luxure

Paresse «Au fond de moi, je suis paresseuse. Petite, j’étais faignante, je ne m’entraînais pas beaucoup. A l’école, je faisais le strict minimum pour que ça passe. Aujourd’hui, je ne peux plus me le permettre. Je me donne à fond pour mon sport, je ne rechigne pas à la tâche.»

«J’ai un penchant pour les belles et bonnes choses. Parfois, je me permet certains luxes, d’autres fois je me contente de rêver. L’inaccessible me fait rêver, c’est sympa d’y goûter de temps à autres. Je me fais de temps en temps plaisir dans les magasins, j’aime un bon resto mais pas tout le temps non plus.»

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© Philippe Montigny / Agence Zoom

FOCUS

BONDÉ. Passionnés de ski, les Norvégiens étaient des dizaines de milliers au bord des pistes chaque jour des championnats du monde de ski nordique à Oslo fin février-début mars derniers. Le dernier jour, plus de 120 000 spectateurs ont assisté au couronnement de Petter Northug sur le 50 km libre. 6 nordicland


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© Christophe Pallot / Agence Zoom

FOCUS

BOE. Le biathlète Tarjei Boe (ici lors de la mass start des Mondiaux de Khanty-Mansiysk) a été la surprise norvégienne de l’hiver 2011 en devenant le numéro un mondial devant notamment ses compatriotes Emil Svendsen (2e) et Ole Einar Bjoerndalen (14e). Le Pyrénéen de Font-Romeu, Martin Fourcade, triple médaillé aux Mondiaux, est aussi le seul non-Norvégien sur le podium du classement général de la coupe du monde et devient le leader de l’équipe de France. 8 nordicland


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© Andreas Schaad / Red Bull Content Pool

FOCUS

BULL. Début avril avait lieu à Davos le Red Bull Nordix. Un spectacle regroupant les meilleurs mondiaux comme ici Dario Cologna, sur ses terres, Alex Harvey, Marcus Hellner et Alexander Legkov. Une manière de rajeunir l’image du ski nordique. 10 nordicland


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SAISON 2012 LES COUPES DU MONDE Deux coupes du monde se dérouleront en France cet hiver. Au Grand-Bornand en biathlon puis à Chaux-Neuve en combiné nordique. Le Grand-Bornand du 15 au 18 décembre 2011 sprint messieurs (jeudi à 14h30) et dames (vendredi à 14h30), poursuite messieurs (samedi à 12h) et dames (samedi à 14h30), relais mixte (dimanche à 14h30). Chaux-Neuve les 14 et 15 janvier 2012 gundersen 1 (samedi, saut à 11h30, ski de fond à 16h) et gundersen 2 (dimanche, saut à 11h30 et ski de fond à 15h45)

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De la longue distance à la coupe du monde, les principaux évènements de la saison.

LES LONGUES DISTANCES EN FRANCE 30/12/2011 : La Risouloppet (Jura) 07-08/01/2012 : Le Marathon de Bessans (Savoie) 08/01 : La Ronde des cimes (Jura) 14-15/01 : La Trans’Champsaurine (Alpes Pro) 15/01 : La Traversée de Chartreuse (Dauphiné) 15/01 : Les Belles Combes (Jura) 21-22/01 : La Foulée Blanche (Dauphiné) 29/01 : La Traversée du Parc Régional du Queyras (Alpes Pro) 29/01 : La Nordique des Crêtes (Vosges) 05/02 : La Poursuite de Serre Chevalier (Alpes Pro) 05/02 : Le Marathon des Neiges (Jura) 05/02 : La Bornandine (Mont-Blanc) 11-12/02 : La Transjurassienne (Jura) 19/02 : La Trace du Monolithe (Savoie) 19/02 : Le Marathon du Mezenc (Auvergne) 26/02 : Le Marathon du Grand Bec (Savoie) 26/02 : Le Marathon de la montagne ardéchoise (Cévennes) 25/02 : La Trace Vosgienne (Vosges) 26/02 : Le Marathon de la Clarée (Alpes Pro) 03-04/03 : La Traversée du Vercors (Dauphiné) 04/03 : La Traversée du Massacre (Jura) 04/03 : La Transfrontalière (Alpes Pro) 10-11/03 : La Savoyarde (Savoie) 17-18/03 : Le Marathon des Glières (Mont-Blanc) 18/03 : La Transpyrénéenne (Pyrénées) 25/03 : L’Etoile des Saisies (Savoie)

LES CIRCUITS NATIONAUX M : minimes - C : cadets - JJ : jeunes-juniors - S : seniors TC : toutes catégories

Ski de fond

Saut et combiné nordique

3-4 décembre : Bessans (JJS) 22-23 décembre : Mouthe (C) 28-29 décembre : Megeve (JJS) 20-21 janvier : Autrans (JJS) 4-5 février : Montgenevre (C) 10-11 février : La Clusaz (JJS) 25-26 février : La Seigne (M) 3-4 mars : Les Saisies (JJS) 17-18 mars : Méaudre (C) 24-25 mars : Gerardmer (championnats de France mass start & des clubs) 29 mars - 1er avril : Bessans (championnats de France)

10-11 décembre : Les Tuffes (saut & combiné TC) 22-23 décembre : Chamonix (saut TC) 27-28 décembre : Chaux-Neuve (saut & combiné TC) 7 janvier : Courchevel (saut TC) 8 janvier : Chamonix (saut TC) 15 janvier : Chamonix (saut M) 28-29 janvier : Gérardmer (saut & combiné TC) 4-5 février : Courchevel (saut & combiné C, championnats de France) 11-12 février : Autrans (saut & combiné M) 19 février : Les Contamines (saut & combiné M) 10 mars : Courchevel (saut TC) 24-25 mars : Courchevel (saut & combiné, championnats de France TC) 31 mars - 1er avril : Prémanon (saut & combiné TC)

Biathlon 3-4 décembre : Bessans (JJS) 10-11 décembre : Beille (JJS) 29-30 décembre : Les Contamines (championnats de France sprint & poursuite JJ ; courses nationales S) 07-08 janvier : Saint-Laurent (JJS) 14-15 janvier : La Bresse (CJJS) 28-29 janvier : Prémanon (CJJS) 11-12 février : Les Plans d’Hotonnes (JJS) 25-26 février : Mont d’Or (M) 3-4 mars : Autrans (CJJS) 10-11 mars : Serre Chevalier (JJS) 17-18 mars : Peisey (JJS) 31 mars-1er avril : Bessans (championnats de France JJS)

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RÉTRO

ALBERTVILLE 1992 Il y a 20 ans... Les derniers Jeux Olympiques en France se sont déroulés il y a vingt ans. Depuis quatre candidatures (Lille 2004, Paris 2008, Paris 2012 et Annecy 2018) ont échoué. Alberville 1992, c’était un beau spectacle. C’est aussi le titre des biathlètes Anne Briand, Véronique Claudel et Corinne Niogret et le doublé des combinés Fabrice Guy et Sylvain Guillaume. Souvenirs avec deux des principaux protagonistes... © Archives Agence Zoom

Corinne Niogret : «On avait gagné le relais de la coupe du monde d’Anterselva deux semaines plus tôt. On pensait qu’une médaille était jouable. Participer à des Jeux Olympiques devant notre public, c’était plus une chance que de la pression supplémentaire... C’est moi qui lançait le relais, je l’ai passé en tête à Véro qui l’a ensuite transmis à Anne, qui sortait du pas de tir en tête. Après la course, on a eu beaucoup de sollicitations, on n’a pas vu passer le temps. Sur le coup, on ne pensait pas à l’impact que cela aurait vingt ans plus tard. Un titre en équipe, ça a une saveur particulière, d’autant qu’on logeait dans un chalet avec les fondeuses. A notre retour, elles avaient tout décoré, on a partagé cette médaille.» Fabrice Guy : «J’ai le souvenir du tremplin, de tout le public en bas qui était présent pour nous. En ski de fond, c’était pareil, des milliers d’encouragements sur le bord de piste, les coachs qui étaient là aussi et puis l’arrivée, un moment rare ou tu n’es plus toi, tu ne maîtrises rien. Pour moi, ces Jeux ont été la course la plus facile de ma carrière. J’ai vraiment pu profiter du troisième (et dernier) tour, je savais que c’était gagné. Et puis, partager cette joie avec Sylvain, avec qui je faisais tout, qui est mon pote depuis qu’on a sept ans, c’était exceptionnel.»

CE QU ILS SONT DEVENUS... Anne Briand est professeur des écoles dans le Doubs. Elle pratique toujours beaucoup de sport, pour le plaisir. Véronique ClaudeL s’occupe de ses deux enfants et donne un coup de main au club de la Bresse. Corinne Niogret travaille à la FFS. Après avoir été coordinatrice des circuits nationaux de biathlon et de ski de fond (Subaru Nordic Challenge et Subaru Biathlon Challenge), elle est devenue au printemps dernier entraîneur des juniors et jeunes seniors filles de l’équipe de France de ski de fond. Fabrice Guy est détaché de la Douane jusqu’aux JO de Sotchi dans deux ans et travaille à Prémanon au Pôle France. Il s’occupe de cinq jeunes combinés qu’il emmène sur les circuits internationaux l’hiver. Sylvain Guillaume a de son côté intégré l’administration de la Douane et est motard à Annemasse. Il n’a plus de liens directs avec le ski mais est tout de même conseiller technique ski de l’association sportive nationale de la Douane. 14 nordicland


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EN BREF

RETRAITES Vittoz, clap de fin Premier et jusque là unique champion du monde tricolore de ski de fond, en 2005 à Oberstdorf, Vincent Vittoz a mis le clignotant à la fin de l’hiver, à 35 ans. Lors des championnats de France, à l’issue de sa dernière course, Méribel lui a offert un tour en hélicoptère (photo). Après quelques semaines de réflexion, le Cluse est revenu en équipe de France... Cette fois pour devenir coach de l’équipe de France des moins de 23 ans. Un rôle qui lui convient parfaitement !

LES SKIS AU CRIBLE Tous les tests dans Ski Chrono En mars dernier, Benoît Prato, journaliste à Ski Chrono et au Dauphiné Libéré, a réuni Alexandre Rousselet, retraité du cirque blanc, désormais entraîneur de l’equipe de France militaire de ski, Jean-François Devaux, ancien entraîneur du Team Grenoble, et les coachs du comité du Dauphiné Michaël Gamby et Jonathan Bernollin à Autrans pour une série de tests des skis de l’hiver des cinq fabricants du Pool : Atomic, Fischer, Madshus, Rossignol et Salomon. Les tests sont à retrouver dans le prochain Ski Chrono du mois de décembre. Ski Chrono n° 30 - 5,70 euros Jonnier se retire aussi C’était un des coureurs les plus attachants du circuit. Un garçon passé à côté des projecteurs à cause du dopage... Trois fois au pied du podium olympique, derrière notamment des rois de la piqûre Mikhail Botvinov et Evgeni Dementiev sur le 50 km de Turin, Emmanuel Jonnier reste un grand champion, vainqueur notamment avec le relais tricolore à la Clusaz en 2004 et monté à trois reprises sur un podium mondial individuel. Depuis septembre dernier, il travaille au centre national de ski nordique de Prémanon avec un rôle transversal. Bon vent Manu ! FÉlisaz change de cap Deuxième du Grand Prix d’été 2009 et pas au mieux l’hiver passé, le combiné Jonathan Félisaz a mis un terme à sa carrière et décidé de se consacrer à son autre passion, la montagne et souhaite devenir guide... Un chemin presque naturel pour un Chamoniard ! Bourgeois, bientOt maman Célia Bourgeois a également mis un trait sur sa carrière. Elle attend un heureux évènement pour la fin de l’hiver. La Dauphinoise pourrait remettre le dossard dans un an pour participer à des longues distances.

DU NOUVEAU A SOTCHI Le saut féminin et le relais mixte font leur entrée Le CIO a confirmé au printemps dernier l’arrivée de deux nouvelles compétitions nordiques au programme olympique. Le saut féminin et le relais mixte en biathlon seront au menu de l’Olympiade russe dans deux ans. Deux nouvelles épreuves et de belles chances de médailles... 16 nordicland


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EN BREF SAUT A SKI

POINT DE VUE

Les Mondiaux de Mattel Jacques Gaillard (à droite sur la photo), entraîneur de Coline Mattel, revient sur la médaille de bronze de sa protégée remportée aux championnats du monde à Oslo le 25 février dernier.

Rollerski is dead ? Il y a encore cinq ans, un circuit national de rollerski, le Rollerski Tour composé de quatre ou cinq étapes se déroulait un peu partout en France. Autant en station comme à l’Alpe d’Huez ou à Vallouise qu’en ville, comme à Albertville ou en bord de mer comme à Bastia ou à la Tramblade. Plus de circuit aujourd’hui. Deux, trois courses l’été puis des championnats de France mais rien de bien attrayant dans l’Hexagone. Grave erreur.

© Philippe Montigny / Agence Zoom

«Coline avait très bien débuté la saison. Elle était favorite aux Mondiaux, ça l’a usée et les dix derniers jours avant la compétition elle sautait mal. Le matin de la compétition, je ne croyais pas trop à la médaille. Elle réalise un premier saut moyen (5e). Entre les deux manches, on a discuté, elle a notamment changé de combinaison et mis celle qu’elle aimait le plus puis elle est remontée en haut du tremplin. Elle fait un très bon deuxième saut (le 2e de la seconde manche). Les quatre dernières s’élancent et finalement elle est médaillée. C’est Coline, elle est toujours incroyable. Etre capable de sortir le deuxième saut qu’elle a sorti dans ce contexte, il faut le faire. Je l’ai rejoins, elle pleurait autant par rage de ne pas avoir réussi un bon premier saut que par joie d’être sur le podium.»

D’abord parce que ça permet à tous les coureurs de se retrouver et ça crée une émulation l’été. Ensuite parce qu’un sport ne vit pas qu’en etant exposé quatre mois par an. Surtout quand sa médiatisation est relativement faible. Enfin, parce que ça permet de faire découvrir le ski de fond et le rollerski au grand public, en ville notamment. Pas besoin de grosses infrastructures. Pas besoin d’apporter des tonnes de m3 de neige. Oui au retour des shows (sprints, circuits) dans les villes et villages. Parce que c’était bien triste de voir trois-quatre parents sur le bord de la route pour encourager les coureurs en août au Grand-Bornand. Quand on pense qu’au coeur du village, il y avait des centaines de spectateurs pour découvrir c’est ORNI (objets roulants non identifiés) il y a quelques années... Parce que les gens se déplacent aussi plus pour voir un spectacle sous le soleil que dans un grand froid polaire. Le rollerski, c’est dangereux ? Utilisons les soixante paires montées en roues lentes de la FFS.

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INTERVIEW

Romain Claudon SUR MON NUAGE "

Le biathlète de Gérardmer a créé au printemps dernier avec ses copains Igor Cuny et Baptiste Noël le Rollerski Racing Team. Une structure qui les a aidés à tutoyer les sommets. Rencontre avec le numéro 2 mondial en rollerski de la catégorie juniors. © Flavio Becchis

Romain, tu es un biathlète... Qu’est-ce qui t’a amené au rollerski ? Au départ le ski à roulettes était un moyen d’entraînement. Et puis, en 2010 je suis allé sur les premières coupes du monde avec Igor et Baptiste. J’y ai pris goût. T’attendais-tu à avoir de tels résultats l’été dernier ? Non pas vraiment ! Après notre podium à Cuneo en Italie il y a un an et demi, avec Baptiste nous avons réalisé que c’était possible de faire retentir la Marseillaise mais de là à l’entendre plusieurs fois cette année...  Comment as-tu vécu les Mondiaux en Norvège ?  J’étais sur mon petit nuage ! J’ai encore du mal à réaliser que je suis revenu avec deux médailles autour du coup ! C’était l’objectif de la saison, je les avais préparé mais je rêvais seulement d’une breloque. Cela me donne encore des frissons quand j’y repense ! Et puis l’ambiance était incroyable. En plus des championnats du monde, il y avait les courses de la Toppidrettsveka, un festival réunissant les meilleurs fondeurs mondiaux, ce qui a drainé vraiment beaucoup de spectateurs ! Ce n’était pas la foule des Mondiaux de l’hiver dernier à Oslo mais il y avait beaucoup de monde au bord des routes et les moyens mis en place étaient énormes (hélicoptère avec rediffusion en live des courses sur NRK1). En Norvège, le ski de fond est le sport national, les spectateurs sont des connaisseurs et savent, je pense, encore plus apprécier l’événement, ce qui donne une ambiance de folie ! Quelles sont les qualités nécessaires pour devenir bon en rollerski ? La puissance est importante, après tout dépend du type de course. Les sprints ne demandent pas du tout les mêmes qualités que les montées de cols. Malgré tout, être tonique, véloce et habile sont des qualités indispensables. Que penses-tu du développement du rollerski en France ? Pour le moment il n’y a pas grand chose... Mais peut-être que nos résultats vont donner envie à certains de se lancer un peu plus dans cette discipline pendant l’été. Cela pourrait être sympa que les Français soient un jour aussi nombreux que les Russes ou les Italiens à une cérémonie d’ouverture !  Quels sont tes objectifs cet hiver et l’été prochain ? Pour cet hiver j’aimerais me sélectionner pour les championnats du monde de biathlon et aller en IBU Cup (avec pourquoi pas un bon résultat en plus). J’aimerais aussi m’aligner sur des KO sprints et voir ce que je vaux en senior ! Pour l’été prochain j’espère remonter sur des podiums en coupe du monde. Je serai en senior mais avec Baptiste nous avons montré que nous étions rapides sur certains formats de course ! 

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ROMAIN CLAUDON EXPRESS Né le 28 janvier 1991 Club : Gérardmer SN Palmarès : 3 victoires individuelles en coupe du monde, une victoire en team sprint, une 2e place. Médaillé d’argent du relais et médaillé de bronze de la mass start en style libre aux championnats du monde 2011. Principaux partenaires : Roll’x, Rossignol, Julbo, KV+, et les sponsors de son team. >> www.rollerskiracingteam.fr


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PORTRAIT

SIMON DESTHIEUX EXPRESS Né le 3 décembre 1991 Club : SC Lompnes Palmarès : Champion du monde juniors 2011 de l’individuel. Vice champion du monde juniors de relais 2010. Double médaillé aux championnats d’Europe 2011 (individuel, relais). Principaux partenaires : Conseil général de l’Ain, Maison Corbioli, Hauteville 3S, Dragonski, Fischer, Swix, Uvex, Roeckl.

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© Vianney Thibaut / Agence Zoom

Simon Desthieux trace sa Champion du monde juniors de l’individuel à Nove Mesto l’hiver dernier, le biathlète Simon Desthieux est en pleine ascension. Portrait d’un gamin posé, qui sait où il va...

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route

Le garçon est discret. Un peu effacé même. Du moins dans la vie. «Simon est introverti, pas très bavard, assez solitaire même» le qualifie son grand frère Baptiste, entraîneur des groupes nationaux B et juniors. Sur la piste, il pointe le bout son nez, et commence à se construire un palmarès. Il y a deux ans, Simon Desthieux était inconnu. D’ailleurs, plus jeune, lorsqu’il rentrait en cadets, il n’avait pas été pris au comité de l’Ain. «Il était encore petit, avance son entraîneur de l’époque, Olivier Niogret. L’année suivante, on a voulu lui laisser une chance. A la base, il n’avait pas des qualités exceptionnelles, mais il a travaillé. On a rapidement vu qu’il savait ce qu’il voulait...» L’hiver passé, il s’est affirmé comme un grand espoir tricolore : «J’ai franchi un cap en tir il y a un an et demi, expliquet-il. J’ai beaucoup travaillé avec JeanPierre Amat, surtout psychologiquement. A l’entraînement, mon tir debout était cor-

rect mais en course, je n’y arrivais pas.» Quelques mois plus tard, le voilà sacré champion du monde juniors en République Tchèque puis aux avant-postes sur les IBU Cup. Aux portes de la coupe du monde... «J’aimerais y goûter cette année au Grand-Bornand même si le gros objectif de l’hiver, ce sont les Mondiaux juniors.» Encore junior, pour la dernière année, il s’entraîne néanmoins avec le groupe A de l’équipe de France. Avec les Martin, Simon Fourcade, Vincent Jay, Alexis Boeuf et Loïs Habert. «Physiquement, il a beaucoup progressé au printemps» lance Baptiste, content de partager sa passion avec ses deux frangins, Simon et Etienne, le plus jeune de la famille. «Faut pas croire, à la maison on ne parle pas que biathlon» sourit-il. Simon Desthieux suit parallèlement un BTS en gestion forestière et est passionné de menuiserie. Mais le ski reste la priorité du biathlète du SC Lompnes et il pourrait creuser son nid dans le haut-niveau dès cet hiver.


QUESTIONS POUR UN CHAMPION

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Lamy Chappuis: "Se faire plaisir A l 'entrainement" L’été dernier, chez lui à Autrans, le jeune combiné Gauthier Airiau (à DROITE sur la photo) a posé cinq questions au champion olympique, champion du monde et double vainqueur du classement général de la coupe du monde, Jason Lamy Chappuis. Quels conseils donnerais-tu à un jeune combiné ? Je pense qu’il faut avant tout se faire plaisir, ne pas se dire que l’on va à tout prix faire du haut-niveau. Les résultats viennent quand le travail est bien fait, que l’on se fait plaisir à l’entraînement. Il ne faut pas y aller sous la contrainte mais avec du plaisir. Quel est le détail qui te permet d’être le meilleur combiné mondial ? C’est surtout ma capacité à élever un peu mon niveau en compétition. J’ai toujours réussi à utiliser la motivation de l’évènement, à donner le meilleur de moi-même et à surélever un peu mon niveau avec la pression et l’envie. Comment arrives-tu à être aussi humiliant dans ton humilité ? Tu as tellement d’humilité que ça devient humiliant pour nous... Je n’ai pas l’impression d’avoir changé avec tous ces résultats. J’ai envie de rester la même personne et de toujours progresser donc j’essaie de rester dans ma bulle et concentré sur ce que je fais. Ce n’est pas parce que j’ai eu de bons résultats que ça va continuer, les autres s’entraînent autant et progressent aussi, il faut toujours que je trouve de nouvelles pistes. Le fait d’être autant sollicité médiatiquement ne te dérange pas trop ? Répondre à des interviews me sert également, ça permet de me recentrer sur mes objectifs et en fin de saison, ce sont des formes de bilans. J’espère participer à faire connaître notre sport et que le grand public nous suive tout les hivers et pas uniquement tous les quatre ans lors des Jeux Olympiques. J’aimerais bien que France Télévisions retransmette les championnats du monde par exemple. En combiné, est-ce que c’est le saut ou le ski de fond qui est le plus important ? Il faut d’abord être un bon sauteur pour pouvoir partir devant en ski de fond. C’est plus facile de s’accrocher à la tête que de remonter trente places. Maxime, François et moi, on était dans le groupe juniors et on nous a d’abord appris à bien sauter, à avoir une technique stable et à être assez réguliers. Le ski de fond vient petit à petit. 25 nordicland

JASON LAMY CHAPPUIS EXPRESS Né le 9 septembre 1986 Club : SC Bois d’Amont Palmarès : Champion olympique 2010, champion du monde 2011. Double vainqueur du classement général de la coupe du monde (2010, 2011). Principaux sponsors : Douane, Salomon, Atomic, Swix, Uvex, Région Franche-Comté, Transdev, Adréa Mutuelles, Garage Peugeot Morteau. >> www.flying-jason.com GAUTHIER AIRIAU EXPRESS Né le 12 mai 1991 Club : US Autranaise Palmarès : 1 départ en coupe du monde (49e à Chaux-Neuve en 2011). Deux tops 10 en coupe continentale (2010, 2011). Deux sélections aux Mondiaux juniors (2010, 2011). Principaux sponsors : Salomon, Julbo, Leki, Autrans, Roeckel nordicland 25


LE POINT AVEC

PIERRE MIGNEREY l’ANCIEN DIRECTEUR DES ÉQUIPES DE FRANCE DE SKI DE FOND ET DÉSORMAIS ASSISTANT DU DIRECTEUR DES COURSES DE SKI DE FOND À LA FIS ET DIRECTEUR DU DÉVELOPPEMENT À LA FFS, FAIT LE POINT. Le point sur le ski de fond mondial «La compétition se porte bien. Les recettes liées au marketing et aux audiences télévision sont en hausse mais restent fragiles.» Le point sur les formats de course «Il n’y a pas beaucoup d’évolutions en dehors de l’apparition du Tour de ski, décliné en minitours. On ne devrait pas en voir de nouveaux dans les prochaines années. Le format de course de l’Alpe Cermis (montée pure lors de la dernière étape du Tour de ski) est intéressant pour le public. On va voir ce que va donner le format du World Uphill Trophy, expérimenté en Pologne cet hiver. Concernant des skiercross, je suis emballé de voir la réussite d’une épreuve comme le Red Bull Nordix, ça rajeunit nos disciplines, ça fait venir des gens. Mais nous ne sommes pas assez mûrs à la FIS pour organiser ce type d’épreuves.» Le point sur la popularité du ski de fond «On doit aller vers les spectateurs pour faire découvrir notre discipline, c’est pour cela qu’il y a de plus en plus de sprints en ville.» Le point sur le rollerski «Le rollerski devrait se focaliser sur deux évenements annuels mondiaux. Si on veut le développer, il faut que des fondeurs soient au départ. Cela nécessite aussi d’autres types de courses, plus proches de celles du ski de fond. Les rollerskieurs prendront une autre dimension en battant des gars comme Northug. Et les télévisions viendront.» Un sprint de 500 m ? «Ce qui est intéressant dans le sprint, ce n’est pas que la vitesse pure mais aussi la technique. Faire une longue ligne droite n’aurait pas d’intérêt. Par ailleurs, on souhaite garder des athlètes polyvalents, ne pas avoir des sprinteurs et des spécialistes des courses de distance.» Faire payer les spectateurs ? «Le ski de fond est un spectacle sportif, au même titre que l’est un match de foot. Il y a du travail derrière. C’est bien que tout le monde participe... Chaux-Neuve fait payer l’entrée à la coupe du monde de combiné nordique, je trouverais cela normal que la Clusaz le fasse aussi.» 26 nordicland

Des Mondiaux en France ? «Courchevel est intéressé pour organiser des championnats du monde. 2019 ou 2021, la date n’est pas encore arrêtée, cela va dépendre des villes candidates en face. Il ne faut pas se lancer dans la bataille si l’on n’a pas nos chances. Il faudra que l’on ait un vrai dossier solide.» Des Teams privés en France ? «Les Teams sont indispensables aujourd’hui. Il faut qu’ils continuent de travailler avec les comités régionaux. C’est à la fédé ensuite de faire des groupes avec les meilleurs Français. Il y a peu de fondeurs en France aujourd’hui, il faut que les meilleurs soient ensemble pour créer une émulation. Derrière, les Teams permettent aussi de motiver ceux qui sont en équipe de France à ne pas s’endormir.»


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BOZ. Ancien membre de l’équipe de France de ski de fond, le Chamoniard Damien Ambrosetti est un fin artiste. Pour Nordicland, il a réalisé un dessin sur le sprint qu’il espère voir de plus en plus en ville.

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INTERVIEW CROISÉE

Jean-Marc Gaillard - JErome Coppel

Le spectacle

oui Mais pas au detriment des sportifs Mi-août, quelques semaines après la fin du Tour de France, le cycliste de la formation Saur-Sojasun Jérome Coppel (à GAUCHE SUR LA PHOTO) et le meilleur fondeur tricolore de l’hiver 2011, Jean-Marc Gaillard SE SONT ENTRETENUS pour une rencontre 100% rochoise.

JEAN-MARC GAILLARD EXPRESS Né le 7 octobre 1980 Club : SCN Pays Rochois Palmarès : 5 podiums dont 1 victoire en coupe du monde. 7e du classement général en 2009, 11e en 2010 et 9e en 2011 Principaux partenaires : Douanes, Fischer, Pays Rochois, Uvex, Swix >> www.jeanmarcgaillard.com JÉROME COPPEL EXPRESS Né le 6 août 1986 Équipe : Saur-Sojasun Palmarès : Double médaillé aux championnats du monde de contre-la-montre espoirs (2006, 2007). 14e du Tour de France 2011 Principaux partenaires : Saur, Sojasun, Adidas >> www.jeromecoppel.com 30 nordicland

Jérome, tu es un ancien fondeur, ton père a été le président du ski club nordique du Pays Rochois. Quels souvenirs gardes-tu de ce sport ? J : De supers souvenirs, j’ai fait du ski de fond pendant longtemps, j’ai été en ski-études... Je continue d’en faire maintenant pour ma préparation, je prends toujours beaucoup de plaisir. J’ai gardé contact avec le milieu, avec Jean-Marc, qui est du même club que moi ou Maurice (Manificat), qui est aussi né en 1986. JM : On a une petite différence d’âge, on a six ans d’écart mais on est dans un petit club, on se connaît tous, on a eu des entraînements en commun. Puis, on s’est rapidement rendu compte qu’il avait d’encore plus grandes qualités pour le vélo que pour le ski de fond donc il a fait le bon choix.

Pourquoi avoir opté pour le vélo ? J : En ski de fond, je voyais que j’étais limité pour atteindre le haut-niveau. Je n’aurai jamais été au niveau de JeanMarc. Et mon père pratiquait le vélo, il avait fait du haut-niveau avant, et j’ai vite eu des résultats donc ça m’a encouragé à poursuivre sur cette voie. Et toi Jean-Marc, tu as toujours voulu être un fondeur ? JM : Ca s’est décidé assez tard, j’ai touché à pas mal de choses : la natation, le foot, le tennis de table... En fin de collège, quand j’ai eu l’opportunité d’aller au skiétudes du Fayet, j’ai dû faire un choix. Et puis, c’était le sport que j’aimais le plus, on était dans la nature, en montagne. Ça me correspondait bien mais c’était plus par amour pour ce sport que par les résultats.


Le vélo, j’ai toujours apprécié pour la préparation et pour faire deux-trois petites compet’s par an mais je n’ai jamais poussé plus que cela, je n’ai jamais pris de licence. J : Il ne faut pas qu’il y ait trop de fondeurs qui viennent dans le vélo, parce que ce serait de trop gros clients. JM : Il faudrait qu’on s’affûte un peu déjà (rires). Quel regard portez-vous sur la discipline de l’autre ? JM : Autant Jérome connaît bien le ski, autant je ne fréquente pas tellement le milieu du vélo. Je suis admiratif de ce qu’ils font mais en même temps, je ne suis pas le Français moyen qui s’extasie devant les exploits sportifs parce qu’on s’entraîne tous les jours, ils ont deux jambes et deux bras comme nous, ce ne sont pas des

extraterrestres. C’est un métier, à partir du moment ou on le fait régulièrement, c’est plus facile. Le vélo comme le ski de fond fait partie des sports les plus difficiles. On se comprend bien quand on parle de sport, d’entraînement, d’effort. Je suis admiratif d’un Jérome qui arrive à percer à ce niveau avec la concurrence qu’il y a en France par rapport au ski où nous sommes un plus petit milieu. J : Je connais le ski au niveau que je l’ai pratiqué, c’est à dire à un niveau national mais pas mondial. Je m’intéresse beaucoup à l’entraînement, j’aime bien discuter avec Jean-Marc de cela. C’est sûrement ce qui m’impressionne le plus dans ce sport, le nombre d’heures d’entraînement qu’ils sont capables de faire. Pour nous rouler cinq heures, ça passe relativement vite alors que pour eux, quand ils doivent

faire cinq heures d’entraînement par jour, c’est au moins deux séances dans la journée. L’engouement qu’il y a autour du vélo, le public présent sur le bord du Tour de France, cela ne te fais pas rêver JeanMarc ? JM : Sisi, le Tour de France, comme les Jeux Olympiques, ce sont des évènements que l’on suit tous. Beaucoup de gamins rêvent de participer à l’un ou l’autre. Pour les sportifs, c’est le but ultime. C’est de la folie tout le monde que cela draine. C’est un beau spectacle, gratuit, c’est aussi une grande fête. C’est ce qui nous manque dans le ski, de bosser sur les à-côtés. Les gens viennent sur le Tour parce qu’il y a la caravane, parce que c’est toute une ambiance, ce ne sont pas forcément des fans de vélo, nordicland 31


© Philippe Montigny / Agence Zoom

Jean-Marc «La vie des Norvégiens ne me fait pas rÊver»

il y a en a beaucoup qui ne connaissent pas les noms des coureurs du peloton. Aimerais-tu que le ski soit plus médiatisé ? JM : Oui et non, c’est un éternel débat. On fait un sport assez confidentiel en France, que l’on ne peut pratiquer que dans les montagnes. C’est difficile d’intéresser des régions qui n’ont pas de neige l’hiver. L’idéal, ce serait que les principales compétitions soient retransmises sur des chaînes régionales parce que je pense que les gens ici sont demandeurs de voir du ski. La FFS se bat pour promouvoir notre sport, d’autres personnes également, mais ce sont des choses que l’on ne maîtrise pas en tant que sportif, donc on fait avec et on se rend compte que l’on n’est pas si malheureux. Même si l’on n’a pas des salaires exceptionnels, on vit bien et on est heureux dans ce que l’on fait donc c’est l’essentiel. A l’étranger, suivant les pays, 32 nordicland

ce n’est pas du tout la même médiatisation. Cet été, j’ai passé un peu de temps en Norvège, c’est un autre monde. Les simples courses de skiroues qui passent le soir sur l’équivalent de TF1, c’est impensable chez nous, alors que chez eux, c’est naturel. D’un autre côté, les Northug et Bjoergen ne peuvent plus faire ce qu’ils veulent. Quand je vois leur vie au quotidien, ça ne me fait pas rêver. Jérome, ça te pèse la médiatisation, la foule qu’il y avait dans la montée du Galibier ou de l’Alpe d’Huez pendant le Tour ? J : Non pas tellement, on est dans notre course, on ne fait pas trop attention à ce qu’il y a autour. Je ne suis pas spécialement médiatisé, je peux encore me balader tranquillement. Il y a des cyclistes comme Thomas Voeckler qui ne peuvent plus faire ce qu’ils veulent... Je suis un peu comme Jean-Marc, ça ne m’attire pas du tout.

C’est peut-être l’esprit montagnard qui ressort, on ne recherche pas forcément la reconnaissance. On est heureux dans notre sport et ça nous suffit. Que changeriez-vous dans votre discipline ? J : Pas grand chose dans le mien. JM : Dans le ski de fond, il faudrait stabiliser les formats de course. On recherche beaucoup à mieux promouvoir le ski de fond, en lançant des concepts. Cette année, il va y avoir une Uphill Trophy (en février en Pologne, au lendemain de l’étape de coupe du monde de Szklarska Poreba) composé d’une montée puis d’une descente derrière. Ce ne sera pas une coupe du monde mais tout le monde ira. J’ai l’impression que des fois, on fait des courses pour faire rire les gens. Déjà la montée pendant le Tour de Ski, ce n’est pas vraiment du ski de fond, il n’y a pas de glisse. Maintenant on va faire une des-


© James Startt / Agence Zoom

JÉROME «Trouver un juste milieu entre spectacLe et plaisir pour les athlÈtes»

cente de super-G, avec des skis de fond aux pieds. On n’est pas fait pour faire de la descente, on va passer pour des clowns. Le skiercross non plus, ce n’est pas du ski de fond. Le skiercross, on le fait en se préparant pour ça, avec du matériel adapté. C’est ludique, c’est sympa pour les gamins mais c’est une autre discipline. On a beaucoup de formats, ce serait bien d’homogénéiser tout ça. Par contre, c’est bien d’avoir des shows avec du public. On va avoir de beaux sprints en ville cette hiver, à Duesseldorf, Milan, Stockholm notamment. Les sprints, ce n’est plus la peine de les faire en forêt mais les 15 ou 30 km on ne peut pas les faire en ville et la base du ski de fond, c’est d’être dans la nature, même si on essaie d’être assez proche des villes. La FIS réfléchit à beaucoup de choses pour promouvoir le ski mais il ne faut pas non plus se mordre la queue. J : Parfois, ils recherchent trop le spec-

tacle. Je vois sur le Tour pour nous c’est pareil, les gens étaient contents parce qu’il y a eu des péripéties mais en tant que sportif, ce n’est pas ce que l’on recherche. Certains ont perdu leur saison en descente, sur des formats de course qui n’étaient pas adaptés. Il y a des coureurs qui ont misé toute leur saison sur le Tour de France, comme Jurgen Van den Broeck et qui doivent faire une croix dessus à cause d’une chute. Il ne faut pas vouloir faire trop de spectacle au détriment du sport et de la santé des athlètes. JM : Surtout que le spectacle, ce sont les coureurs qui le font, ce n’est pas le parcours. Quand ils ont décidé de faire la course, c’est là que ça devient intéressant. Il ne faut pas aller dans les extrêmes. J : Il ne faut pas que ce soit l’escalade à toujours plus de spectacle. Les gens aiment cela mais ce ne sont pas eux qui

sont sur le vélo à prendre des gamelles ou à risquer d’hypothéquer une saison sur un format de course inadapté. Il faut trouver un juste milieu entre le spectacle pour le public et le plaisir pour les athlètes. JM : Tu as trouvé le Tour plus dangereux que les autres courses ? J : Oui, c’est vraiment plus dangereux, il y a beaucoup plus de spectateurs, les gens ne sont pas tous disciplinés. J’ai fait la première semaine en 2009, elle n’avait rien à voir avec celle-ci. Là, c’était beaucoup de petites routes pour être au bord de la mer, le peloton était nerveux. J’espère que ça ne sera pas comme ça chaque année. JM : Nous, c’est vrai que nous avons moins ces problèmes-là. Le ski de fond peut-il devenir un sport d’équipe ? JM : Faut pas rêver, on roule pour notre nordicland 33


© Philippe Montigny / Agence Zoom

pomme, mais le fait d’être régulièrement en stage avec l’équipe, de passer plus de temps avec le groupe qu’avec la famille, d’avoir un relais, ... ce sont des choses qui créent un état d’esprit, on essaie d’être des copains. Ca nous aide pour mieux nous préparer et sur les compétitions. A l’abord des courses, on est tous un peu tendus. S’il y a déjà des tensions dans la préparation, ça ne peut pas aller. Cet été, tout se passe bien, donc c’est positif. Même dans les courses individuelles, si on peut donner un coup de main à un moment donné, on n’hésite pas à le faire. Le but, c’est que les skieurs français soient devant. Si un jour, je ne suis pas bien, j’aime autant que ce soit Maurice qui soit devant plutôt qu’un Dementiev. Mais dans l’approche, on reste individuel. Dès qu’on met le dossard, on sait que l’on ne peut compter sur personne à part exceptionnellement. Sur un relais, on ne peut pas penser qu’à soi, on se met encore plus de pression que sur une course individuelle, on se dit qu’on a trois copains avec nous et qu’on ne peut pas être le maillon faible. Peut-on voir débarquer des teams comme il y a en vélo ? JM : Ca se fait déjà plus ou moins sur le circuit de longues distances, avec quatre ou cinq teams norvégiens qui ont de beaux budgets. Je pense qu’ils en sont presque à avoir des équipiers parfois, avec des cou34 nordicland

reurs qui skient pour leur leader en début de course, surtout que maintenant les longues distances sont relativement plates. Mais en coupe du monde, on n’en est pas encore là, les profils sont trop durs pour avoir des équipiers. Si l’équipier arrive à t’emmener jusqu’aux deux derniers kilomètres, c’est qu’il est capable de gagner. L’aspiration joue moins qu’en vélo et puis on n’a pas de relation avec l’entraîneur comme ils ont avec l’oreillette donc je ne pense pas que cela puisse venir dans le ski. Passons au sujet sensible. Jérome, comment expliques-tu qu’il y ait autant de contrôles positifs en vélo ? J : Je ne sais pas comment on peut l’expliquer, je ne sais pas s’il y a moins ou plus de dopés dans le vélo que dans le ski de fond. JM : Nous, on est beaucoup moins nombreux à haut-niveau. Un peloton professionnel en vélo, c’est 500 cyclistes. J : Je pense qu’on est sur la bonne voie. Depuis que je suis passé professionnel, je n’ai rien vu de surréaliste. Peut-être que je suis passé pro au bon moment et certainement qu’avant c’était plus ancré dans le milieu mais maintenant avec le passeport biologique, les contrôles inoppinés, il y a de moins en moins de dopage. Dernière question, ce n’est pas frustrant d’être dominé par des Norvégiens même dans le vélo ?

J : Je me disais après la deuxième victoire de Thor Hushovd sur le Tour : «Heureusement qu’ils ne sont que deux (avec Edvald Boasson Hagen)» parce qu’ils ont déjà gagné quatre étapes et ont porté une semaine le maillot jaune. Nous les Français, on était quarante et on a pas fait la moitié de ce qu’ils ont fait. JM : J’étais en Norvège à ce moment-là. Ils étaient comme des fous. Le vélo là-bas, c’est important aussi, le Tour est retransmis en direct. J : Hushovd, c’est la star là-bas et Boassen Hagen, c’est la relève. Ils ont deux très bons coureurs et il y en a d’autres autour qui peuvent marcher. JM : C’est vraiment un pays de sportifs, c’est impressionnant. A Oslo, l’été tout le monde va courir, l’hiver tout le monde fait du ski. Ils ont une culture du sport que l’on n’a pas ici. Même s’ils ont une faible population, ils rivalisent avec les gros pays parce que tous les gamins baignent dans le sport depuis tout petit, ils sont tout de suite dans des clubs, ils doivent faire plus de sport à l’école aussi. J : Et puis ils ont des structures. Boassen Hagen, l’hiver il s’entraîne sur les mêmes tapis roulants que pour le skiroues, ils ont un gros centre à Oslo ou tous les sportifs peuvent aller. Hushovd et Boassen Hagen font du ski de fond, comme tous les Norvégiens. Ils savent ce que c’est que de se faire mal et peut-être que ça les aide aussi.


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DEVELOPPEMENT DURABLE

Un Grand-Bo au naturel © Vianney Thibaut / Agence Zoom

Malgré une audience forte et des générations de biathlètes hommes et femmes qui se succèdent au plus haut niveau mondial, la France n’a pas accueilli de coupe du monde de biathlon depuis les préolympiques d’Albertville en... 1991, il y a plus de 20 ans. Après avoir organisé l’hiver passé une IBU Cup, le Grand-Bornand verra cette maldonne enfin réparée avec l’organisation d’une coupe du monde du 15 au 18 décembre prochain puis deux ans plus tard. Comme tout évènement d’envergure, cette épreuve est synonyme d’une nouvelle infrastructure pour s’adapter à l’accueil des athlètes et du grand public. Un sujet qui d’ordinaire provoque de nombreuses questions en matière de développement durable et fait naître certaines dissensions... Par Laurent Pouchoy, rédacteur de www.lecridurenne.fr

Concilier sport et développement durable est une problématique complexe du fait de la multiplicité des thèmes que recouvre le mot «développement». Dans le cadre d’une station de ski, il est probable que l’on identifie des notions telles la notoriété, un environnement naturel valorisé, une bonne capacité d’accueil, ... Construire une nouvelle infrastructure nécessite de prendre en compte ces considérations afin de ne desservir, autant que faire se peut, ni l’une ni l’autre. Pour cela, le Grand-Bornand a fait preuve d’originalité en proposant une nouvelle piste pour les stades de biathlon : la flexibilité. 36 nordicland


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© Le Grand-Bornand

DÉVELOPPEMENT DURABLE

80% des infrastructures sont démontables

LA FLEXIBILITÉ D’UN STADE DEMONTABLE En adéquation avec le cahier des charges imposé, le stade du GrandBornand est également entièrement démontable. Alors que certains sites internationaux sont peu utilisés sur l’ensemble d’une année, une telle infrastructure ouvre des pistes de réflexions pour l’IBU (Fédération Internationale de Biathlon) qui imposait jusqu’alors le bétonnage des sites. Mais si cette option a séduit l’IBU, c’est bel et bien du côté du Grand-Bornand que l’intérêt est indéniable. Alors que les stades de biathlon se situent généralement à distance des communes, le stade du Grand-Bornand a pu être réalisé en plein coeur du village en adéquation avec l’accueil touristique et les autres évènements de la station. Aucune des infrastructures construites ne pénalise la zone de l’envers du village et l’organisation des évènements qui rythment sa vie. Au total, 80% des infrastructures sont démontables à l’issue de la compétition : les passerelles sur pistes, les éléments de sécurité et les tribunes utilisées par ailleurs pour la fête du lac d’Annecy. La zone restera donc à usage multiple : lieu d’atterrissage des parapentes, cœur du festival «Au bonheur des mômes», ...

LE PROGRAMME Jeudi 15 décembre : sprint messieurs (14h30) Vendredi 16 : sprint dames (14h30) Samedi 17 : poursuites messieurs (12h) et dames (14h30) Dimanche 18 : relais mixte (14h30)

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UN AMÉNAGEMENT SOIGNÉ POUR UN IMPACT PAYSAGER MINIMISÉ Le stade de biathlon est localisé dans la zone de protection d’une ferme traditionnelle inscrite aux Bâtiments de France. Loin d’être un handicap, ce critère lui a permis de profiter d’un aménagement soigné et pensé en coordination avec un architecte des Bâtiments de France. Considérant son démontage impossible, le mur du pas de tir bénéficie également de ses précautions avec une réalisation en pierres de la région. Les terrains adjacents au stade ont été préservés puisque les pistes hivernales seront modelées en travaillant la neige ou à l’aide de bottes de foins. Le résultat : une intégration plus forte dans le paysage et une conservation du caractère authentique des lieux. Lors de l’organisation de la compétition, des actions telles que la limitation des voitures (des navettes seront mises en place) et le tri des déchets seront menées. Considérant leur caractère obligatoire, c’est bel et bien l’intégration de la durabilité en amont lors de la construction des infrastructures que l’on retiendra. Un projet dont Sylvie Becaert, ex-biathlète et membre du comité d’organisation, peut être fière puisque le stade porte désormais son nom.


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BALADE

Topo

Nevache Col de

Buffere

© Régis Cahn / Skirandonnenordique.com

Le ski de randonnée nordique a le vent en poupe. A l’origine du ski de fond, cette PRATIQUE longtemps marginale, séduit de plus en plus de skieurs adepte des espaces vierges. Régis Cahn, président de l’Association Ski de Randonnée Nordique et webmaster de www.skirandonnenordique.com vous propose un itinéraire dans les Hautes-Alpes entre Névache et le col de Buffère en passant par le refuge de Buffère.


Le skieur quitte rapidement Névache et sa plaine pour s’enfoncer dans la Haute-Vallée de la Clarée. Son chemin croise la rivière qui donne le nom à ce magnifique terroir. Après un effort soutenu mais facile, il parvient à franchir le vallon suspendu de Buffère. Du refuge, l’endroit est idéal pour partir à ski à la découverte d’un plateau d’altitude. Plein sud, le Grand Aréa domine le col de Buffère. profiter du refuge de Buffère.

Névache – Refuge de Buffère – Col de Buffère Carte IGN TOP 25 3535 OT «Névache / Mont Thabor» Carte IGN TOP 25 3536 OT «Briançon Serre-Chevalier Montgenèvre» DIFFICULTÉS ET DÉNIVELÉ Dénivelé cumulé : 830 mètres Altitude de départ : 1600 mètres Point le plus haut : 2427 mètres Ce parcours très pratiqué par les skieurs de randonnée alpine et les raquetteurs s’adresse à de bons skieurs de randonnée nordique. Le cheminement ne comporte pas de réelles difficultés, hormis les dangers objectifs de la montagne (coulées, avalanches…). L’itinéraire se déroule en fond de vallée puis sur un plateau d’altitude. Certaines descentes peuvent s’avérer difficiles pour le débutant et notamment celle qui joint le refuge de Buffère au Pont du Rately.

Retrouvez toutes les infos sur le portail du Ski de Randonnée Nordique : www.skirandonnenordique.com

ITINÉRAIRE Depuis le village de Névache (1600 m), utiliser la voie blanche qui emprunte la route D 301T. Le sentier s’élève progressivement en lacets dans la Haute-Vallée de la Clarée. Après être passé à proximité d’une chapelle (1770 m), tirer à gauche en direction du Pont du Rately (1739 m). Traverser le pont qui permet de franchir la Clarée et prendre à droite (panneau) une piste damée pour le refuge de Buffère situé à 45 minutes environ. L’itinéraire s’enfonce dans une belle forêt de mélèzes et suit le balisage du GR 57. Après un lacet, la piste se fait de plus en plus raide avant de sortir de la forêt au chalet du Serre. Continuer jusqu’au refuge de Buffère (2070 m). Du refuge, prendre plein sud (traces) puis

PRATIQUE Hébergement au refuge de Buffère (2076 m) Refuge gardé. 30 places en chambres de 2, 4 ou 5 lits simples ou doubles. Le refuge est équipé de salles de bains avec eau chaude, douches et sanitaires. Gardiens : Nadette et Claude Devalle. Réservation par téléphone indispensable : Téléphone : 04 92 21 34 03 Portable : 06 77 32 59 62 GPS : 32T0308591 - UTM 4987223 Mail : buffere@wanadoo.fr www.refugebuffere.com L’utilisation d’une pulka est possible sur cet itinéraire. Le tronçon, entre le pont du Rately et le refuge de Buffère, est très raide pour tracter une pulka.

© Régis Cahn / Skirandonnenordique.com

DURÉE DE L’ITINÉRAIRE Temps aller-retour : 5 heures. L’itinéraire se fait généralement à la journée mais il est possible de partir sur deux jours et de

ACCÈS Depuis Briançon, suivre la N94 en direction de Montgenèvre (Italie). A la Vachette, tourner à gauche pour la vallée de la Clarée (D 994G). Suivre la route jusqu’à son terminus : Névache.

tirer légèrement à droite pour atteindre le fond du vallon. Atteindre des poteaux télégraphiques et suivre cette ligne qui jalonnent le parcours jusqu’au col de Buffère (2427 m). Sur la gauche du col, une plateforme naturelle appelée le ressaut Pinon fournit une vue exceptionnelle sur les environs. Retour : Le retour est identique à l’itinéraire de l’aller.

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LE TÉMOIN

Jean-Paul Pierrat «Le ski a

beaucoup EvoluE Premier Tricolore médaillé mondial, bronzé sur le 50 km de Lahti en 1978, également vainqueur de la Vasaloppet la même année, le Vosgien Jean-Paul Pierrat, porte un regard sur le ski de fond actuel et fait le parallèle avec celui qu’il a connu il y A trente ans.

© Agence Zoom

Jean-Paul, vous auriez aimé pratiquer votre sport à haut niveau aujourd’hui ? Le ski a beaucoup évolué, il évoluera encore. Ca doit être sympa aussi maintenant. Mais il ne faut pas croire, le ski de fond était moins médiatisé dans l’Hexagone en raison des résultats des Français mais il y avait autant de monde sur le bord des pistes lorsque je courrais. Lors de la coupe du monde à la Bresse, il devait y avoir 10 000 spectateurs. Holmenkollen (Oslo) rassemblait déjà des dizaines de milliers de personnes. Ce qui a surtout changé, c’est le matériel, la préparation, les formats de courses... Vous avez connu l’apparition du skating. J’ai dû faire ma première course sans fart de retenue en 1981 lors de l’Engadine. Et la première coupe du monde où plusieurs coureurs ont innové, dont moi, remonte à 1982, lors de la finale, sur une neige de printemps. 42 nordicland

Vous parliez du matériel. Qu’est-ce qui a évolué ? Lorsque j’étais junior et au début de ma carrière, c’était folklorique. La fabrication des skis était artisanale, ils se cassaient, on était obligé d’en acheter. Puis dans les années 1970-1975, des marques comme Fischer ou Rossignol sont arrivées. C’est devenu plus professionnel. En France, il y a maintenant des personnes chargées d’étudier le matériel, à Prémanon notamment, ce qui n’était pas le cas lorsque je courrais. Comment prépariez-vous l’hiver ? J’étais détaché de la Douane pour m’entraîner. A l’époque déjà, les skieurs pouvaient faire partie de l’Armée ou de la Douane. En mai-juin, nous faisions une plus grosse coupure que les athlètes la font aujourd’hui. Puis, on reprenait le vélo et les chaussures pour aller courir. Le rollerski, on le pratiquait


© Agence Zoom

assez peu, deux fois par semaine, alors que maintenant, les coureurs en font tous les jours. On était également moins souvent dans des salles de musculation. C’était un travail moins spécifique, par contre dès les premières neiges, nous partions en Scandinavie et nous ne mettions pas le dossard avant d’avoir skié mille bornes. Maintenant, les fondeurs ont assez peu de ski dans les jambes, mais beaucoup de rollerski. La saison commence plus tôt et se termine plus tôt. De mon côté, en fin d’hiver, je remontais en Scandinavie et je participais au début du printemps à des sortes de critériums, avec une course par jour jusqu’à fin avril. Quel regard portez-vous sur le circuit mondial actuel ? C’est beaucoup plus professionnel, il y a des standards de courses. A mon époque,

un 15 km pouvait faire 17 km, l’organisation était moins rigoureuse. Les courses sont plus courtes, nous avions beaucoup de 30 km et au moins deux ou trois 50 km chaque hiver. Aujourd’hui, j’ai dû mal à comprendre pourquoi un 50 km se règle au sprint. C’est une course d’usure, ce n’est pas très palpitant à voir à la télévision. Ca n’arrivait pas à mon époque, les courses étaient individuelles. J’ai été un des premiers à militer pour que le ski de fond sorte du bois, mais il ne faut pas partir dans l’excès inverse, parfois on a l’impression de voir passer un manège devant un stade. Le profil des pistes est en cause, il n’y a pas de grosses bosses qui permettent de faire la différence. Par contre, il y a une formule qui est intéressante, c’est le Tour de Ski. La formule doit encore mûrir, il faut que les classements soient plus lisibles pour le public, mais l’idée est bonne.

Dernière question, comment jugez-vous l’équipe de France de ski de fond français actuelle ? Je suis émerveillé. C’est une très belle équipe depuis une dizaine d’années. Elle a réussi des exploits. La France est respectée aujourd’hui. Elle a de belles années devant elle avec notamment Maurice Manificat et Jean-Marc Gaillard. Pourvu que cela dure !

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DéCRYPTAGE

NORDIC

FRANCE Retour au premier plan L’association qui coordonne les activités et espaces nordiques s’était endormie pendant de trop nombreuses années... La voilà réveillée depuis quelques mois. En espérant que son travail porte ses fruits rapidement.

Nordic France a pris des couleurs autranaises. Présidée depuis un an par Jean Faure (à droite sur la photo), sénateur et ancien maire du village du Vercors et dirigée par Thierry Gamot, ancien responsable des services de la même station, également président de Nordic Rhône-Alpes, la structure s’est remise dans les rails. Le duo expose quelques idées pour redynamiser le ski nordique, dont le principal point noir est, selon eux, l’image «veillotte» de ce sport. le ski nordique, un loisir. Le skating est un produit pour les sportifs. Mais le ski de fond, dans les pays scandinaves notamment, ce n’est pas uniquement un sport difficile. C’est aussi un loisir que la plupart des Nordiques pratiquent pour se ressourcer, pour se balader, pour le bien-être. «Le mec qui se fait doubler par quelqu’un en skating qui va à la vitesse du son, est frustré. Alors aujourd’hui, il s’est orienté vers la raquettes, en dehors des grandes pistes. Mais on peut faire revenir les gens au ski de fond en traçant des pistes séparées. Par ailleurs, on n’ pas compris en France qu’il fallait créer des points sur les pistes, des goûters à la ferme, des histoires sur des lieux-dits... Il y a aussi le ski de randonnée nordique, qui permet de se promener dans des terrains vierges, et qui lui, est en plein essor. Aujourd’hui, il y a un vrai retour au «slow», au naturel.»

TARIFS 2012 La carte nationale (valable dans toute la France sauf dans les Hautes-Pyrénées) Adulte : 155 € Enfant (6-16 ans) : 35 € 44 nordicland

baisser les coûts de fonctionnement. «On n’a plus besoin de passer plusieurs fois la dameuse par jour ni de tracer 200 km de pistes. Les gens ne feront jamais 200 km, il faut revenir à des domaines raisonnables et ne pas communiquer sur le nombre de kilomètres d’une station. On n’a plus besoin de tracer des boulevards.»

le ski nordique, un plaisir. «On a essayé il y a quelques années de mettre en place une activité qui utiliserait des skis un peu plus larges que les skis de fond et dont le principe serait d’emprunter des pistes légèrement descendantes et avec quelques toutes petites montées. A Autrans, on avait préparé il y a des années une piste de 23 km avec 600 m de dénivelé négatif et deux refuges sur le parcours pour faire des haltes. Mais, ce qui n’a pas fonctionné, c’est le prix que coûtait la remontée mécanique. En Scandinavie, ils ont des petits teleskis et pratiquent cela. A Gève (plateau au-dessus d’Autrans), lorsqu’on a mis en place une navette, on s’est aperçus que les gens l’utilisaient pour monter et qu’ils redescendaient en skis de fond.» Toutes ses idées n’apporteront pas directement des ressources aux domaines mais elles permettront de faire vivre des villages, d’attirer des touristes et donc des clients aux hôtels, restaurants et commerces des stations.

Qui sont ces deux grands skieurs pris lors d’une séance photos dans la charmante station des Saisies ?


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Š Francis Bompard / Agence Zoom


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ANNONCEURS ... FISCHER Ski RCS carbonlite classic Ce ski haute performance portant le label de qualité Race code atténue davantage encore le mouvement pendulaire grâce à la nouvelle technologie Carbon Pro Tip & Tail. Le skieur le ressent à chaque pas. Véritable technologie de Coupe du Monde: la construction Air Core Carbonlite et la finition DTG WC font de ce ski un vainqueur en puissance. Également disponible en version Cold (cf. visuel) pour des températures inférieures à -2°C.

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439,95€

JULBO Lunette Pipeline www.julbo-eyewear.com Prix public :

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130 €

La construction Twin Flex donne à ce modèle polyvalent son look racé, mais surtout son ergonomie extrême : la répartition des appuis sur les branches donne une sensation immédiate de confort et l’impression d’absorber les chocs en douceur ! La largeur des verres Zebra laisse le champ libre au regard en toutes conditions, d’autant que le Sweat Blocker, insert mousse antisueur, bloque toute goutte susceptible de gêner la vision.


MIZUNO Collection Breath Thermo Homme Matières : 90% polyester, 10% polyacrylate. Caractéristiques : Coupe ergonomique avec inserts super stretch sur les zones les plus sollicitées lors de l’effort (Virtual Body Concept), col cheminé avec zip autobloquant équipé d’un compartiment à zip pour un plus grand confort, panneau en jacquard sur la poitrine pour plus de confort et de design, technologie Breath Thermo qui confère au textile un pouvoir chauffant ; technologie Mizuno QuickDry Plus pour une meilleure gestion de l’humidité, coutures plates ergonomiques contrastées, étiquette anti-abrasion. www.mizuno.eu/fr

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62,50€

Prix public : de (tee-shirt) à (col zipé) suivant le vêtement.

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ROSSIGNOL Ski X-IUM skating WCS Après un podium olympique en 2010, Martin Fourcade, égérie du biathlon français, s’offre en 2011 le titre de Champion du monde de poursuite classant une fois de plus, les skis X-ium comme la référence du haut-niveau. Avec une construction spécifique mise au point par Rossignol, le « Rossicap » libère les extrémités du ski : spatule et talon deviennent plus souples et flottent librement sur les irrégularités du terrain. Construit en fibre de verre multidirectionnelle, pour renforcer le ski en torsion, il devient plus stable : c’est «l’effet serpent» ! Et pour soigner les performances féminines, les X-ium se dotent d’un décor et un fit spécifique.

www.rossignol.com Prix public :

39995€

SALOMON S-LAB EQ 10 skate warm hard www.salomon.com/fr Prix public :

370 €

Ce ski de niveau coupe du monde avec cambre Power Distribution abaissé offre une grande stabilité, un rebond tonique et une accélération rapide en ligne droite. L’ajustement du cambre ski warm offre une surface de glisse plus courte qui réduit la friction et optimise l’accélération. Pour des températures au-dessus de -5 °C.

LES SAISIES Garmin Endurance WeekS C’est le deuxième hiver que les Saisies organisent en partenariat avec Garmin et Odlo, les Garmin Endurance Weeks, et décline sa version été (vtt, vélo, course d’orientation, trail) qui est un succès. Du 18 au 23 décembre et du 4 au 11 février, c’est une semaine d’entraînement aux disciplines d’endurance sous deux formes : un stage ski de fond avec Raphaël Poirée, ambassadeur des Saisies ou un stage endurance avec Guillaume Millet et Jean-Claude Banfi accompagnés de deux conférences.

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www.lessaisies.com Prix public :

270 € la semaine ou 60 € la journée

(forfait nordique inclus, équipement, hébergement et repas compris).


Swix

Madshus

Le bâton Swix Triac

Nanosonic

Une nouvelle génération de bâtons de ski de fond, le Swix Triac, tube triangulaire en fibres de carbone UHM/HM, un design sans compromis utilisant des matériaux supérieurs et une technologie de fabrication de pointe, alliant à la fois la rigidité, le poids ultra léger et une grande résistance. Equipé d’une poignée liège avec dragonne « Profit » et d’un panier renforcé , facilement interchangeable grâce à un système de fixation à vis.

www.sunset-sport.fr Prix public :

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350 €

Le nouveau Nanosonic est le ski le plus performant de la gamme Madshus, il est utilisé en Coupe du monde. Avec sa fabrication carbone et sa nouvelle géométrie, le Nanosonic permet une optimisation de la vitesse et le transfert du poids du corps. Les skis Madshus sont livrés avec le système de fixation NIS qui permet de faire glisser la fixation sur la plaque ce qui procure un gain de temps non négligeable et permet surtout d’avoir un ski encore plus nerveux puisque le ski n’est plus percé.

www.sunset-sport.fr Prix public :

399 €


CHRONIQUE

BenoIt Chauvet Le Megevan Benoît Chauvet, ancien membre de l’équipe de France de ski de fond, vainqueur notamment De la Tranjurassienne l’an passé (en photo) est aussi écrivain à ses heures perdues. Il prend sa plume pour Nordicland et vous permet de terminer ce numéro en légèreté. - Qu’est-ce que vous faîtes, dans la vie ? - Du ski de fond. - Ah ?! Ce Ah, il a tout, le point d’exclamation, d’interrogation, sans oublier les trois points de suspensions qui vont suivre. Les deux premiers marquent la déception de l’interlocuteur. Comment ça, vous ne faîtes QUE du ski de fond ?! Cette discussion, elle arrive de nulle part. A une soirée, dans un magasin, lors d’un pique-nique, en montagne, partout en somme. Juste deux personnes qui se rencontrent et qui commencent à parler. Une banalité pour ouvrir le débat, ensuite on parle de la pluie et du beau temps, de la guerre dans le monde, de la crise économique, du pays qui va mal, des coucheries médiatiques, celles du président des Etats-Unis dans les années 60, ça va de soi, et enfin, on tombe sur le classique, la question à laquelle personne n’échappe : - Et sinon, vous faîtes quoi dans la vie ? Je ne sais pas pour vous, mais en ce qui me concerne, elle a toujours le don de me faire sourire, celle-là. Je tords un peu des mains, j’essaie de digresser, de revenir au président et ses frasques avec Marilyn Monroe, mais l’histoire est vieille et le sujet se fane. Lorsque, pour la deuxième fois, elle me repose la même question, je vois bien que je ne vais pas pouvoir y échapper. Au début, je ne rentre pas dans les détails. Je BENOÎT CHAUVET parle du sport de haut niveau. Ça fait classe, EXPRESS Haut Niveau. Grandiose, élitiste, impressionnant, Né le 5 février 1981 superlatif. Niveau tout court, ça passe inaperçu, Club : CS Megève c’est plat, ça n’éveille pas la curiosité. Mais Haut Palmarès : 1 podium en Niveau, oui, tout de suite, ça cause. On est dans coupe du monde de relais. un autre domaine. 41 départs en coupe Et lui, elle, la personne en face de moi, elle s’atdu monde (hors relais). tend au joueur de foot, tennis, voire rugby, passe Sélectionné aux Mondiaux 2005. Vainqueur du marathon encore pour la pétanque… de Bessans, de la Je vois bien que lorsque j’avance le ski de fond, Foulée Blanche lorsqu’elle me répond son Ah ?!, et qu’elle ajoute et de la Transjurassienne à la fin ses trois points de suspensions : Ah ?! ..., il et 2e de l’American y a dedans toute la déception du monde. Birkebeiner en 2011 Elle fait ensuite mine de s’intéresser au sujet. Principaux partenaires : Parce qu’elle est polie, convenablement élevée, Rossignol, Megève, Hôtel Beausoleil, Allard Immobilier, et que bien qu’elle meure d’envie de tourner les talons et trouver un autre gars un peu plus intéJulbo, Fenioux >> www.les-freres-chauvet.com ressant, elle s’abstient. 50 nordicland

Donc, nous parlions de ski de fond… Il y a cet éclair de lucidité dans son regard, et le sourire au coin des lèvres, la personne s’exclame soudain : - Ah oui ! Du ski de fond. Vous voulez dire du Skating ! Je lui explique alors gentiment ce qu’est le ski de fond. Qu’il n’y a pas que du skating, mais aussi le pas alternatif, dans les traces, et que lorsqu’on fait du ski de fond, on alterne les deux styles, parfois le classique, et parfois le skating. Elle laisse une courte pause, le temps nécessaire à la réflexion, passe en boucle les images de sa jeunesse, se rappelle ses galères d’enfant, d’école, des sorties par vingt degrés en dessous de la barre du zéro, là où même le thermomètre n’arrive plus à afficher la température tellement il se les caille lui aussi. Et elle se revoit avec une paire de skis à écailles, des chaussures en plastique avec bout en caoutchouc qu’il fallait pincer dans la fixation. Et la marche à ski comme en plein Pôle Nord. A ce moment, je perçois l’éclat des yeux qui perd encore un peu plus de son intensité. Je lui dis alors que comme le dirait ce bon vieux Prévert, le classique, c’est fantastique. Elle n’a pas la rime facile, alors dans un langage plus prosaïque, je lui parle des sensations de glisse, du déroulé du pied, des cristaux de neige crissant sous la semelle du ski. A son sourire, je devine qu’elle me prend pour un givré. On commence à devenir tous deux mal à l’aise, la personne regarde derrière elle, moi je lève la tête en disant qu’il va peut-être pleuvoir bien qu’il ne manque pas une seule étoile au ciel. Et enfin, presque par désespoir, elle me lance : - Mais, vous faîtes comme Raphaël Poirée, avec le fusil ? Je soupire, on touche le fond. Toujours le même refrain, probablement parce qu’on se souvient d’un sport de par son potentiel médiatique, et que son potentiel médiatique dépend en quelque sorte de ses champions. Parce qu’on retient plus les médailles que le sport en lui-même. Alors, pour lui faire plaisir, pour éviter de rentrer dans un nouveau débat dont je sortirais de toute façon perdant, je lui réponds : -Oui, oui, c’est ça, comme Raphaël Poirée…


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Nordicland 02