Petits Poucets

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Petits Poucets

keeping found thing found Nolwenn Maudet

mĂŠmoire de projet DSAA Design Produit - 2013



Petits Poucets

keeping found thing found Nolwenn Maudet 2

ĂŠcole Boulle DSAA Design Produit - 2013


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« Nous façonnons nos outils  ; et par la suite nos outils nous façonnent » –Marshall McLuhan, 1964 Understanding Media

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Introduction

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Introduction

« La consommation [d’informations] ferait figure d’activité moutonnière, progressivement immobilisée et traitée grâce à la mobilité croissante des conquérants de l’espace que sont les médias. Aux foules il resterait seulement la liberté de brouter la ration de simulacres que le système distribue à chacun. Voilà précisément l’idée contre laquelle je m’élève [...]. » −Michel de Certeau, 1980, L’invention du quotidien : 1. arts de faire

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ous vivons dans un monde d’informations. Si le constat n’est pas nouveau, les approches théoriques qui en résultent se sont complexifiées tout comme leur objet d’étude. Au point que les termes comme « flux d’informations » et « surcharge informationnelle » sont désormais entrés dans le langage courant. Il faut dire qu’avec l’accès à Internet, la quantité d’informations publiées a augmenté de manière exponentielle. Dans le même temps, on a pu observer une démocratisation des moyens d’y accéder comme les moteurs de recherche ou de nouveaux principes de curation.

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Or, si l’accès à l’information est primordial, il est loin d’épuiser le sujet. Car une fois qu’une information est trouvée, que se passe-t-il ? Comment peut-on s’approprier cette information pour en extraire des connaissances et en conserver l’utilité sur le long-terme ? C’est toute la question de la mémoire comme extension technique. Le psychologue constructiviste russe Lev Vigotski a en effet montré dès le début du siècle que « ce sont ces moyens d’extériorisation de la mémoire qui décuplent les potentialités de la pensée naturelle de l’individu ». Dans le contexte actuel, il semble indispensable de repenser les outils de la mémoire pour qu’ils puissent répondre au défi de l’âge de l’information. Car mémoire technique et mémoire biologique forment un couple qui met en jeu des notions aussi diverses que la liberté ou l’identité. On a pu le constater et l’analyser dans le mémoire de philosophie. Quel rôle peut alors avoir le designer dans ce contexte ? Comment concevoir un outil de la mémoire, un outil de la pensée ? Je pense qu’il faut partir de l’individu, de ses pratiques et de ses attentes. Dans une première partie, on étudiera donc les pratiques actuelles de la collecte d’informations en confrontant les faits à l’analyse. Un bagage qui permettra de mieux comprendre le décalage existant entre les pratiques et les outils actuellement proposés. Dans un second temps, nous déterminerons les démarches et le niveau d’actions envisageables par le designer. Le cadre du projet 9


sera donc constitué des contraintes que l’on retirera de l’analyse des besoins des utilisateurs. Dans un dernier temps on élaborera des axes de réponses cohérents avec le positionnement et les contraintes du projet. Pour cela, on se fondera sur l’étude de la mémoire biologique par les sciences cognitives et par l’histoire des processus mnémotechniques. Mener un tel projet est avant tout un choix de posture. Car les outils de la connaissance que sont les nouvelles technologies ne sont pas neutres. « La vie de l’esprit est conditionnée par ses moyens d’expressions techniques » affirme le philosophe Bernard Stiegler. Je souhaite donc avec ce projet comprendre et favoriser la richesse des pratiques déjà existantes de la collecte d’informations. Pourront alors se dégager des hypothèses pour ajuster les outils de la pensée aux nouvelles réalités de l’ère numérique.

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Table des matières

Introduction

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Chapitre 1

Territoire de projet

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I - Étude et analyse des pratiques de collecte d’informations

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II - Penser c’est classer, analyse fonctionnelle des outils existants

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Chapitre 2

Positionnement & Objectifs

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I - Étude et analyse des attentes des utilisateurs

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II - Ma posture de designer

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III - Un cadre pour le projet

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IV - Enjeux et objectifs du projet

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Chapitre 3

Vers des Petits Poucets de l’information, Axes de projet

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I - Positionnement de projet

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II - Trois outils pour un cycle complet

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1 - Le plug-in, pierre angulaire du projet 2 - La clé, outil de la mobilité et de la sécurité 3 - L’archive, mémoire du long-terme et du partage

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Conclusion

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Bibliographie & Remerciements

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Chapitre 1

Territoire de projet

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Grey Area (2009), Julie Mehretu Dans ses peintures, elle explore les traces des guerres passĂŠes dans les villes et leur disparition dans les mĂŠmoires 17


I Étude et analyse des pratiques de collecte d’information

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ous ne sommes pas passifs face au flux d’informations. Les transformations paradigmatiques induites par Internet sont un champ largement exploré de la recherche aujourd’hui. On démontre (souvent) et s’inquiète (beaucoup)1 que nos pratiques changent avec les technologies de l’information et de la communication (TIC). On s’intéresse (énormément) aux changements induits par l’avènement des réseaux sociaux mais l’on étudie très peu les pratiques individuelles de collecte d’informations. Il faut dire que ces pratiques sont toujours restées intimes et confidentielles. Comment navigue-t-on sur Internet ? Et dans quels buts ? Pourquoi a-t-on tendance à remplir des dossiers de liens, de textes et d’images que l’on ne retrouvera peut-être jamais ? Ces pratiques paraissent humbles au premier abord, mais elles répondent, si l’on en croit Derrida, à un besoin profondément humain, celui de se construire une histoire à la fois personnelle et collective2. On a également vu dans le mémoire philosophique qu’elles participaient pleinement à la construction de soi. Ce constat premier est né de bribes d’informations rele1.  CARR N. (2008), Is Google Making Us Stupid ?, the Atlantic, aout 2008 2.  DERRIDA J (1995), mal d’archive, une impression freudienne, ed Galilée.

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vées lors de mes recherches préliminaires sur la collecte d’informations sur Internet. Au détour d’une conversation pointait la frustration de ne pas retrouver l’article, l’image ou la vidéo dont on sait qu’il (elle) est conservé(e) dans un obscur dossier et qui éclairerait si bien ce que l’on cherche à démontrer. Les causes invoquées étaient alors toujours très personnelles. C’était toujours parce que « je ne suis pas organisé », « j’ai une mauvaise mémoire », ou bien encore parce que « je ne prend jamais le temps de ranger mes marque-pages ». Pour éclairer ces premiers faits, j’ai mené une enquête sous forme de questionnaire réalisé avec l’aide d’ergonomes (Isabelle Coullon et Odile Cornil chez Orange Lab). Elle apparaissait comme la meilleure porte d’entrée pour mieux cerner et comprendre les pratiques individuelles de collecte d’informations sur Internet3. L’enquête a été réalisée entre le 11 juillet et le 30 août 2012, auprès de 165 personnes. Elle se concentrait sur des étudiants (65%) et des actifs (35%), habitués à l’utilisation régulière des TIC. L’ensemble du questionnaire était divisé en trois parties qui étudiaient des aspects différents : les pratiques de navigation, les aspects de la collecte d’informations et enfin un espace d’expression sur ce que devrait être un outil de collecte d’information. J’ai également mené 3 interview qua3.  Le questionnaire est toujours accessible à l’adresse suivante : https://docs.google.com/spreadsheet/viewform?formkey=dGJs V0JsU1k5NllvWUowVDhtWGQxX0E6MQ#gid=0 les résultats détaillés sont également disponibles à l’adresse suivante : www.nolwennmaudet.com/analyse_questionnaire.html

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litatives auprès d’étudiants pour rendre plus sensible l’ensemble des besoins et des doléances exprimées. À partir de ces points de départ, j’ai pu analyser et nourrir les différentes observations en les confrontant à des travaux issus des sciences humaines, de l’étude des nouveaux médias et de la philosophie. Un travail qui m’a permis de cartographier peu à peu mon territoire de projet.

Nous découvrons.

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remière constatation, intuitive certainement, mais révélatrice sur les pratiques en ligne. Nous découvrons des informations qui nous intéressent sur Internet. Et dans un très grand nombre, puisque 95% des répondants déclarent découvrir des contenus intéressants au moins lors d’un épisode de navigation sur trois. Cela conforte la perception du Web comme un ensemble infini de ressources à portée de clic. Un constat qui met en évidence l’appropriation très personnelle qui est faite de cette technologie. Il existe autant de Web que d’individus, chacun se construisant son propre écosystème informationnel4. Au delà de cette première constatation un autre chiffre éclaire ce fait. Plus de 75% des répondants ont noté qu’ils n’avaient pas assez de temps pour lire/regarder/écouter toutes les informations intéressantes qu’ils 4.  PARISER E. (2011), The filter bubble, Penguin Books, p.48.

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découvraient. Un constat qui atteste de la surcharge informationelle souvent évoquée comme corollaire d’un accès à l’information facilité par Internet. 40 ans après la popularisation de cette notion par Alvin Toffle, on commence à mieux comprendre ce phénomène. En effet il faut, pour l’auteur techno-pessimiste Nicholas Carr, faire la différence entre deux types de surcharges. Ce n’est pas le bombardement généralisé d’informations en tout genre qui est problématique. Les filtres naturels de notre attention nous en préservent. En revanche, nous sommes très sensibles à la masse des informations qui « sont d’un intérêt immédiat pour nous », c’est ce qu’il nomme « surcharge ambiante »5. De plus en plus, des outils de recherche et de filtrage nous aident à accéder toujours plus facilement aux informations qui nous intéressent. Et cela, paradoxalement, renforce toujours plus cette surcharge ambiante contre laquelle nous sommes démunis.

Nous explorons.

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a seconde constatation concerne les différentes manières de découvrir les informations. Bien entendu, lors de l’enquête, 72% déclarent trouver des informations intéressantes lorsqu’ils les recherchent activement. Jusque là, rien d’illogique. Mais 75% déclarent 5.  CARR N. (2011), « Situational overload and ambient overload », blog de Nicholas CARR, [en ligne] URL. http ://www. roughtype.com/ ?p=1464

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découvrir les contenus intéressants au fil de leur navigation. Un chiffre moins évident mais qui montre toute l’importance du système de navigation né du Web. L’hypertexte comme technologie de la découverte. L’errance et le cheminement comme logique de recherche. Il existe d’ailleurs une notion qui décrit « la découverte, par chance ou par sagacité d’une information qu’on ne cherchait pas exactement »6 : c’est la sérendipité. Or celle-ci est aujourd’hui au coeur des différentes pratiques observables sur le Web7. D’ailleurs, son potentiel créatif a été largement démontré par la recherche car elle amène à mettre en lien des idées très différentes. La sérendipité est aujourd’hui reconnue comme un des moteurs de la recherche scientifique8. Mais si elle ouvre le champ des possibles et multiplie les accès à l’information intéressante, elle est autrement problématique dans sa fugacité. Elle implique en effet que l’information découverte par hasard ne soit pas aussi facilement retrouvée. Il ne s’agit pas d’une requête sur un moteur de recherche, mais d’un parcours, d’un cheminement qui n’a pas d’histoire. Il est alors quasiment impossible de retrouver une seconde fois le chemin qui a conduit à l’information. A moins de la conserver.

6.  Définition de wikipedia.fr. 7.  FOSTER E. & FORD N., (2003), Serendipity and information seeking : An empirical study. Journal of Documentation. 8.  BARBER E. & MERTON R. (2003), The Travels and Adventures of Serendipity, Princeton University Press.

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Nous collectons.

Ainsi, pour que ces informations ne soient pas

perdues, nous les archivons (73% des répondants au questionnaire conservent les informations intéressantes qu’ils découvrent). Il faut dire que la sérendipité et son caractère fugace poussent d’autant plus à la conservation d’informations qui, sinon, seraient perdues dans les méandres du Web. Mais au delà de cette raison évidente, il faut reconnaître que l’être humain est un collectionneur né9. Nous collectons toutes sortes de choses : des pierres, des mails, des timbres, des couchers de soleil et des odeurs, des images, des articles de blog. Nous les collectionnons dans notre mémoire, souvent. Mais celle-ci est faillible et nous avons appris à développer mille stratégies pour l’aider à se remémorer, le moment voulu. Alors nous notons l’adresse du site Internet dans un carnet, le nom de l’auteur sur un postit, la citation dans un fichier texte, le lien en référence dans un mail que l’on s’envoie à soi-même ou encore le titre du billet de blog dans un fichier texte. C’est ce qui pousse certains chercheurs à affirmer que « l’usage d’Internet appauvrirait la mémoire : les gens retiennent en effet de plus en plus les chemins ou les moyens d’accès aux contenus que les contenus eux-mêmes ou leur synthèse. »10. 9.  LEROI-GOURHAN (1965), Le Geste et la Parole, Technique et Langage, Albin Michel. 10.  GUILLAUD H. (2013), Enfants et écrans : psychologie et cognition, [en ligne] URL. http ://www.Internetactu. net/2013/01/29/enfants-et-ecrans-psychologie-et-cognition/

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Asterism (2012), Gabriel Orozco collection d’objets oubliés dans une réserve Mexicaine 25


Cependant, pour la chercheuse en sciences cognitives Betsy Sparrow, nous avons toujours fonctionné et fonctionnons toujours en externalisant une partie de notre mémoire et des connaissances, c’était souvent le rôle donné à une personne dans les groupes humains. Ces pratiques sont tout à fait naturelles et permettent de faire face aux déficiences de notre propre mémoire tout en augmentant ses potentialités11. Si les NTIC modifient certainement la façon dont nous utilisons notre mémoire, ces changements ne se font pas à sens unique puisque nous développons de nouvelles capacités, notamment un apprentissage plus créatif. Aujourd’hui, cet archivage prend un nouveau visage, les pratiques et les attentes évoluent. On se rapproche, dans les pratique individuelles, de la veille documentaire qui était auparavant une activité très majoritairement professionnelle. Pour l’historienne et sociologue Delphine Gardey, cette pratique de veille créative n’a pas toujours été une pratique industrielle de « surveillance » mais trouve son origine au coeur de l’activité de recherche scientifique : « on pourrait ainsi mentionner l’apparition dans la pratique des scientifiques de la technique du découpage et du collage. Il s’agit d’une technique de recherche documentaire qui consiste à réaliser des collections de faits et citations sur feuillets mobiles »12. 11.  WELSH J. (2011), Is Google Messing with Your Mind ? Search Alters Memory Patterns, [en ligne] URL. http ://www. livescience.com/15044-Internet-google-influence-learning-memory.html 12.  GARDEY D. (2008), Écrire, calculer, classer, La Découverte, p. 175.

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map #8 (2011), Sergio Guijarro Atlas personnel de l’auteur 27


Collecter pour retrouver, « keeping found things found » « L’information est la source de l’apprentissage. Mais à moins qu’elle soit organisée, traitée et accessible aux bonnes personnes dans un format permettant la prise de décision, c’est un fardeau et non un avantage » −William Pollard, (1938 )

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es pratiques de collecte vont donc bien au delà de la seule envie de sauvegarder. Elles ne sont pas une simple copie de la mémoire sur un support physique,elles sont la mémoire externalisée, celles que l’on utilise pour faire avancer ses recherches dans le cadre scientifique, mais également, et plus simplement, pour penser13 . Ainsi, si l’on conserve des informations, c’est très souvent parce qu’elles pourraient être utiles plus tard (c’est le cas pour 70% des répondants au questionnaire par exemple). C’est presque toujours dans une optique de récupération future que se fait l’archivage. Il s’agit là d’un point primordial dans la conception des outils de la mémoire. Et puisque nous notons de moins en moins les informations elles-même dans nos mémoires, un nouveau défi en résulte : Keeping found things found. 13.  STIEGLER B. (2012), « Pharmacologie de l’épistémè numérique », conférence prononcée aux ENMI, décembre 2012.

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Comment concilier l’accumulation des informations collectées et leur utilisation future ? 29


Keeping found things found est en fait le nom d’un programme de recherche mené par William Jones à l’université de Washington. Ce chercheur en sciences cognitives attire l’attention sur l’importance de la gestion de l’information une fois celle-ci découverte. En effet, de nombreuses recherches ont été menées pour améliorer l’accessibilité à information sur Internet depuis 20 ans. Nous sommes devenus extrêmement performants dans la recherche d’information, notamment grâce à l’amélioration constante de l’efficacité des moteurs de recherche comme Google. Cependant, la simple découverte de l’information n’est pas suffisante. Pouvoir la retrouver une fois qu’elle est archivée est en fait le coeur d’un outil de la mémoire. Sans cela, c’est tout le processus de collecte et d’utilisation de ces informations qui est remis en cause. Et moins d’un tiers des répondants affirme ne pas avoir de problème pour retrouver les informations collectées. Car découvrir une information sur Internet n’est qu’une partie du processus, transformer cette information en connaissance toujours accessible et utilisable sur le long-terme relève d’une vraie démarche. On a pu l’analyser dans le mémoire de philosophie et comprendre que ce processus de construction du sens ne peut se faire sans les outils d’extériorisation des savoirs que sont le langage, l’écrit ou encore Internet. Et les outils numériques jouent un rôle de plus en plus important dans ce processus.

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Mais aujourd’hui, nous ne pouvons que constater que de l’autre coté du rideau, lorsque nous voulons conserver et interpréter une information, nos outils sont restés les mêmes depuis les débuts du Web14. Tous les outils qui sont censés nous aider à conserver et organiser les informations collectées n’ont pratiquement pas évolué dans leurs fonctionnalités : les marque-pages du navigateur comme l’éditeur de texte ou les dossiers du système d’exploitation. Or, le philosophe Bernard Stiegler ou l’ingénieur Christian Faure montrent l’importance des supports de la mémoire comme outils de la pensée : « Ces questions, en mobilisant aujourd’hui aussi bien les historiens du savoir que les neurosciences, font apparaître que le devenir du cerveau semble être indissociable de celui des supports artificiels qui constituent les savoirs »15. Et si ces outils sont aussi important, c’est qu’ils sont avant tout des outils d’organisation de l’information.

14.  GUILLAUD H. (2012), « La capacité prédictive de nos systèmes socio-techniques va-t-elle tuer notre libre arbitre ? », [en ligne] URL. http  ://www.Internetactu.net/2009/11/18/lacapacite-predictive-de-nos-systemes-socio-techniques-va-t-elletuer-notre-libre-arbitre/ 15.  STIEGLER B., op. cit.

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II Penser c’est classer, analyse fonctionnelle des outils existants Penser/classer

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’un des acquis les plus intéressants des chercheurs sur la façon dont nous pensons est une association à laquelle l’écrivain Georges Perec consacre un très bel ouvrage : Penser c’est classer. Cette idée est loin d’être nouvelle, l’historienne Delphine Gardey explique ainsi qu’« un certain nombre de travaux historiques montrent ainsi comment les pratiques savantes étaient des pratiques de classement (ou alors le rôle du classement dans l’activité de connaissance était primordial) »16. Cette idée est d’ailleurs formulée dès Aristote qui postule que penser, c’est catégoriser ; qu’on projette les nouvelles informations dans les catégories pré-existantes. Il en résulte une vision associative de la pensée que l’on peut retrouver dans la philosophie de Hume17 comme dans les travaux scientifiques les plus récents puisqu’en 2010, le magazine Sciences Humaines consacrait son numéro à l’analogie comme moteur de la pensée. Or les outils de collecte sont essentiellement des outils de catégorisation de l’information, fonctionnant 16.  GARDEY D., op. cit., p.175. 17.  HUME D. (1777), Enquête sur l’entendement humain, [en ligne] URL. http ://philotra.pagesperso-orange.fr/enquet. htm#section3

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« On passe juste notre temps à essayer de classer les informations qu’on reçoit, ou qu’on trouve. Parce qu’en fait, en essayant de classer, d’organiser toutes les infos que j’enregistre, j’ai l’impression d’organiser ma pensée. » Charlotte, extrait de l’entretien

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chacun selon différents paramètres. Et ces paramètres importent dans la façon dont on envisage la pensée. En effet, le processus de catégorisation est ambiguë : nous en avons besoin pour penser, pour nous approprier les informations et parvenir à en tirer des connaissances. Il permet de confronter des éléments nouveaux à des schémas pré-établis. Pourtant, classer est également un acte extrêmement réducteur, comme le souligne à juste titre Perec : « Tellement tentant de vouloir distribuer le monde entier selon un code unique ; une loi universelle régirait l’ensemble des phénomènes : deux hémisphères, cinq continents, masculin et féminin, [...] douze mois, vingt-six lettres. Malheureusement, ça ne marche pas, ça n’a même jamais commencé à marcher, ça ne marchera jamais. N’empêche que l’on continuera encore longtemps à catégoriser tel ou tel animal selon s’il a un nombre impair de doigts ou des cornes creuses. »18 Comment alors peut-on résoudre ce paradoxe ? Un outil de collecte et d’organisation des informations peutil offrir une souplesse suffisante pour catégoriser sans enfermer ? Pour essayer de répondre à cette question, il faut, dans un premier temps, comprendre la façon dont les outils actuels fonctionnent. Il faut également analyser la façon dont ils façonnent les différentes pratiques de collecte de l’information sur Internet aujourd’hui. 18.  PEREC G. (1985), « Le monde comme un puzzle », Penser/ Classer, Hachette, p.153.

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The Art of Clean up (2010), Ursus Wehrli 35


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Sans-titre, Jean Malaurie, ethnologue Penser, c’est organiser les informations. Ici, l’établissement de la généalogie d’une population d’Esquimaux 37


Quels outils de collecte et d’organisation sont aujourd’hui utilisés ?

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ans les résultats de l’enquête, les deux principaux moyens de stockage utilisés sont les outils historiques : les marques-page du navigateur et les dossiers « locaux » (utilisés tous les deux par près de 95% des personnes interrogées). Bien que beaucoup moins fréquente, l’impression est aussi très utilisée. Et puis, les détournements de sites ou de blogs à des fins de collection de l’information sont relativement fréquents eux aussi (45% des personnes interrogées les utilisent afin de conserver de l’information). Si l’on a évoqué l’absence d’évolution fonctionnelle des outils de collecte d’informations, il faut cependant constater depuis quelques années l’apparition de très nombreux outils et services autour de la collecte, de l’archivage et du partage de l’information sur Internet. Ceux-ci ont pour la très grande majorité en commun d’être des applications du Cloud. C’est à dire qu’ils déportent sur des serveurs distants le stockage et le traitement de l’information qui étaient traditionnellement localisés sur le poste de l’utilisateur, comme dans le cas des marque-pages par exemple. Le second point commun de ces nouveaux venus est de privilégier un aspect social de la collecte (pearltrees, pinterest...) qui rend public l’ensemble des informations conservées. Pourtant si l’on regarde les chiffres du questionnaire, ces outils ne sont que très peu utilisés actuellement (75% des répondants ne les utilisant jamais). 38


Des outils différents selon les types d’informations

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our comprendre ces différences, j’ai approfondi dans les entretiens les pratiques liées à la diversité et cette multiplicité des outils. J’ai ainsi pu relever que l’outil utilisé pour conserver une information est très souvent différent selon le type d’information à conserver. C’est toute la question de l’éclatement de la mémoire externe : les textes cités sauvegardés dans un fichier Word, les images collectées dans un dossier local et les liens enregistrés dans les marque-pages.... C’est, pour le chercheur du keeping found thing found, William Jones un véritable obstacle à l’exploitation du potentiel de cette collecte19. En fait, cette différenciation s’effectue moins selon l’utilisation envisagée pour l’information que selon sa nature (image ou texte, lien hypertexte ou citation). D’ailleurs dans une étude de 200120, les chercheurs du programme ont comparé l’efficacité des différents outils pour conserver de l’information qui sera réutilisée. Pour eux, c’est finalement le site Web personnel utilisé comme outil de collecte qui est le plus polyvalent et le plus performant des outils. Et cela se remarque notamment dans sa capacité à contextualiser l’information et à la garder accessible en l’état pour une utilisation future. On peut également postuler que c’est la malléabilité du site Internet utilisé comme outil 19.  JONES W. (2001), Keeping Found Things Found on the Web, [en ligne] URL. http ://research.microsoft.com/en-us/um/ people/sdumais/cikm%20paper%20camera-ready.pdf 20.  Ibid.

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de collecte qui peut expliquer cette performance. Et pour mieux comprendre la frustration ressentie par les répondants du questionnaire, il faut étudier les différents types de catégorisations mis en place dans les outils ; dans le contexte de la collecte d’informations sur Internet.

La classification par dossier, une analogie limitée

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a classification par dossiers hiérarchisés est née avec l’invention de la métaphore du bureau, présentée en 1970 par Alan Kay qui travaillait alors au Xerox PARC de Palo Alto en Californie. Cette métaphore du monde physique repose sur l’idée que l’utilisation d’un ordinateur est similaire à un travail de bureau. Les documents représentés sous forme d’icône peuvent être rangés dans des classeurs pouvant eux aussi être rangés dans d’autres classeurs. Il s’agit d’une structure strictement hiérarchique d’organisation des informations. Une manière de traiter l’information qui se place en droite ligne du travail systématisant du documentaliste Paul Otlet au début du XXe siècle21 qui indexait l’ensemble de ses documents dans des fiches standardisées. La structure des dossiers et sous-dossiers permet d’organiser des documents en les extrayant de leur contexte. L’historienne Delphine Gardey souligne 21.  LEVIE F. (2008), L’homme qui voulait classer le monde : Paul Otlet et le mundaneum, éd. Les impressions nouvelles, p.56.

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Aperçu des meubles utilisÊs par Paul Otlet pour classer ses fiches, Mundaneum, Belgique 41


en effet « La construction de la donnée par la mise en fiche des faits suppose [...] la standardisation et la calibration des instruments qui permettront des représentations partagées mais souvent concurrentes de ce qui se passe dans le contexte de l’action, de ce qui lui donne sens »22. Une structure qui améliore l’efficacité dans le contexte du travail de bureau mais qui a très tôt été vivement critiqués du côté des interfaces. On peut citer le pionnier de l’informatique Ted Nelson qui y voyait une réduction des possibilités de l’informatique, réduit à mimer le monde physique du papier23. Mais d’un point de vue plus fonctionnel, ce système ne permet pas de visualiser la granularité des grandes masses d’informations. C’est ce que constate le théoricien des nouveaux médias Lev Manovitch24 et qui lui semble, à l’ère de l’information accessible, très dommageable. Le système des dossiers demande alors un effort cognitif important, et cet effort augmente exponentiellement avec le nombre de dossiers et d’informations conservées. Enfin, on peut également relever le manque de liens autres que hiérarchiques qui peuvent être crées par ce système. Une catégorisation qui apparaît donc adaptée pour une classification simple à paramètres fixes (projet a, projet b), mais devient très vite limitée dans un contexte de réutilisation, de confron22.  GARDEY D., op. cit., p.174. 23.  Ted Nelson par Tim Bernes-Lee, [en ligne] URL. http :// hyperland.com/TBLpage 24.  MANOVITCH L. (2010), Le langage des nouveaux médias, Les presses du réel.

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« À chaque dossier nouveau ou sousdossier que je crée sur mon ordinateur, il faut aussi que je le crée dans ma tête. Parce qu’il faut que je m’en souvienne qu’ils existent ces dossiers et sous-dossiers. Donc ça me fait encore plus de choses à penser, il faut que je m’en souvienne encore plus finalement. Je la stocke [l’information] pour ne pas avoir à m’en souvenir, mais finalement il faut que je me souvienne de là ou je l’ai stockée. » Charlotte extrait de l’entretien

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tation, de visualisation de l’information ; comme c’est le cas avec la collecte d’informations sur Internet. Ce système reste pourtant ultra majoritaire aujourd’hui et bien qu’il se décline de différentes manières, à l’image des billes de Pearltrees, il a fondamentalement très peu évolué.

La classification temporelle, ou la non-organisation

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ace au système des dossiers, un autre système, ou plutôt un non-sytème de catégorisation est aujourd’hui utilisé pour collecter l’information. Il s’agit d’une classification temporelle, utilisée notamment sur les blogs, dans l’historique de navigation ou encore dans les réseaux sociaux comme Twitter ou Facebook. Contrairement à la catégorisation par dossiers, ce système crée automatiquement un lien contextuel entre les informations. On peut établir un rapport temporel entre les différents posts d’un blog et donc mieux comprendre la façon dont ils intéragissent les uns avec les autres. Mais cet apport contextuel est très faible au regard du problème qui se pose avec la multiplication des informations. Là encore, il n’y a pas de visibilité des larges masses d’informations et sur le long-terme, retrouver une information par la seule méta-donnée temporelle devient particulièrement difficile.

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La classification par tag, un renouveau de la catégorisation ?

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e dernier système d’organisation des informations que j’ai pu relever est plus récent, il s’agit du tag. Ce dernier est en fait une méta-donnée apposée par l’internaute, une « étiquette » qui qualifie de manière non hiérarchique les différentes informations. Bien que ce système existait avant l’Internet, ce sont des services comme Delicious qui lui donnèrent ses lettres de noblesse. Ce dernier a beaucoup d’avantages : car dans le contexte d’Internet, il tire partie de l’intelligence collective. Il prolonge ainsi l’ambition de l’hypertexte qui est d’établir des relations non verticales entre les documents. Grâce au système du tag, chacun peut potentiellement bénéficier d’une classification riche et multiple établie par tous. Cependant, tout le monde n’est pas aussi enthousiaste quant à l’utilisation des tag comme outil de catégorisation. En effet, pour la chercheuse en Sciences de l’Information et de la Communication (SIC) Evelyne Broudoux : « force est de constater que le coût cognitif se charge au fur et à mesure de l’augmentation du nombre de signets, dès lors qu’il s’agit de retrouver l’information taguée »25. Le système du tag apparaît très riche à échelle collective mais non adapaté à l’usage personnel qui peut en être fait.

25.  BROUDOUX E. (2008), « Indexation collaborative : entre gain informationnel et déperdition conceptuelle » in Document numérique et société, 2008.

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Une analyse qui questionne les outils de collecte de l’information

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insi, l’ensemble de cette étude et de son analyse a permis de mettre en lumière la diversité et la richesse des pratiques de collecte d’information sur Internet. On retiendra d’abord le triptyque affirmé de la découverte, de l’exploration et de la collecte d’informations comme activités majeures sur le Web. On a également pu analyser la façon dont cette collecte s’articule avant tout dans l’optique d’une réutilisation du matériau collecté. Des matériaux de la pensée qui prennent leur sens dans la construction d’une pensée par le classement. Mais du côté des outils utilisés pour cet ensemble de tâches, on remarque une focalisation sur les outils historiques bien que le système des dossiers apparaisse aujourd’hui très peu approprié dans le contexte de la collecte à l’ère d’Internet. En conclusion, c’est toujours la mémoire qui s’adapte au système. Elle se plie tant bien que mal aux exigences des outils, mais souvent en les détournant ou en expérimentant des allers-retours entre différentes classifications. (Cf capture d’écran ci-contre). Une richesse des pratiques qui appelle la création de nouveaux outils plus sensibles et flexibles pour que le couple mémoire biologique/mémoire technique puisse aujourd’hui pleinement s’exprimer.

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Exemple de détournement de l’interface du bureau pour organiser un ensemble d’images collectées 47


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Chapitre 2

Positionnement & Objectifs

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I Étude et analyse des attentes des utilisateurs Quelles sont les attentes des utilisateurs ?

Q

ue peut-on faire face à ces constats ? Comment le designer peut-il prendre en compte ces pratiques et tenter de proposer une alternative ? Le premier pas vers un travail de conception, me semble-t-il, est de donner la parole aux principaux intéressés. Suite à la série de questions permettant de mieux comprendre les pratiques, l’enquête donnait la possibilité aux répondants de formuler ce qu’ils attendaient d’outils de conservation de l’information (extraits page suivante). Le point le plus largement convoqué est celui qui correspond au keeping found thing found, permettre de retrouver plus facilement les informations stockées afin de favoriser leur utilisation future. Un second point, l’aspect le plus multiple est l’importance de la contextualisation de l’information pour qu’une véritable utilisation puisse en être faite sur le long terme. Il s’agit de pouvoir faire du lien entre les différentes informations, d’être capable de retrouver sa source, ou encore de permettre la conservation de tous les types de médias. Les deux derniers points évoqués participent d’une même idée. Il s’agit de confiance en l’outil. Que celui-ci 50


garantisse la sécurité et la possession des données mais également l’aspect privé et strictement personnel de ces collections. Ces quatre points fondent ainsi la base des besoins auxquels l’outil doit pouvoir répondre. Afin de faire des choix de conception éclairé, je les ai étudié succinctement afin de mieux comprendre leurs mécanismes et leur importance dans le contexte actuel.

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Propositions extraites du questionnaire

« En réalité, une information ne m’intéresse pas tant en elle-même que tout ce à quoi elle est liée, ce à quoi elle m’amène a penser. En conséquence, c’est dans ma tête qu’elle est la plus riche, même si il n’en reste qu’une petite trace. » « Je trouverai intéressante l’idée d’une page de navigation personnelle » « Il serait aussi très pratique d’avoir un outil de conservation de l’info qui justement donne des infos sur le contenu du site/blog/etc... » « Pour ma part, ça serait plus un outil de traçabilité que de conservation. En fait, je garde une trace de tout ce que j’ai pu voir en me baladant dans ma tête et ça ne m’intéresse qu’à posteriori si je retombe sur un sujet du même genre. Alors, l’exercice consiste à le retrouver. »

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« La sensation de posséder, un minimum, et l’assurance de stocker en sécurité. » « Il serait intéressant de pouvoir mêler plus facilement les différents médias : prendre un texte et l’associer à une photo par exemple, annoter une vidéo ou un site... Ainsi que de pouvoir utiliser les outils « à l’ancienne », comme lorsque l’on organisait nos recherches sur une feuille de papier avec un surligneur, une paire de ciseau et un tube de colle pour regrouper ou sélectionner des morceaux de photocopies. » « Je ne sauvegarde pas une page si elle m’intéresse seulement un petit peu car elle obstruera la visibilité d’autres données dans mes favoris, pourtant je sais que j’en aurai besoin plus tard ! » « Cependant, au-delà d’avoir un logiciel intelligent me comprenant, le plus important est pour moi d’être certain de garder une totale confidentialité sur mes informations et pratiques personnelles. »

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Un outil pour retrouver l’information collectée

C

onformément aux pratiques que l’on a pu relever, l’attente principale, probablement celle toujours déçue aujourd’hui, est la facilité avec laquelle une information conservée peut être retrouvée. Ce processus est au coeur même d’un outil de mémoire. Ce qui n’est plus accessible est oublié, même s’il existe toujours physiquement. Ce besoin s’articule donc avec les différents aspects de la réutilisation de l’information collectée. Pour cela, le besoin de visibilité et de manipulation de la granularité de l’information est souvent évoqué dans les réponses au questionnaire. Cette notion de granularité désigne le niveau de détails contenus dans une unité d‘information. En fait il s’agit de répondre à la question : Qu’est-ce qu’on veut repérer et indexer, pour quels usages ? (le paragraphe ? le mot ? la page ? le site Internet ? etc). Ce sont des différents niveaux qui permettront de mieux organiser et de créer le sens nécessaire à une bonne réutilisation de l’information.

Un outil pour contextualiser

R

etrouver l’information collectée est un but qui s’articule avec l’importance de la contextualisation de l’information. Comme l’évoquait une personne ayant 54


répondu à l’enquête, une information importe en ce à quoi elle amène à penser, à sa capacité à créer du lien. Un besoin qui renvoie au manque de cohérence et à l’éclatement actuel des informations entre différents outils de collecte que l’on a étudiés précédemment. Cela correspond également à la volonté de mieux prendre en compte l’utilité de chaque information. Pour cela, un double contexte est important à développer. Le premier est le contexte de l’information. Cela passe par un principe fondamental qui est celui de l’hyperlien. La simple copie et le simple stockage de l’information à collecter n’est pas envisageable. Et ce pour deux raisons. La première est qu’on la coupe de son contexte, il n’y a plus de lien entre cette information et le site dont elle a été extraite. Et cela interdit très souvent les retours à la source de l’information. La seconde raison est que l’on surcharge alors un monde déjà limité en énergie et en matière. A l’échelle individuelle, un article de presse ou une image ne représente qu’une quantité infinitésimale d’énergie et de matière pour être conservée sur un serveur. Mais à l’échelle mondiale les chiffres sont très éloquents puisqu’aujourd’hui, pour faire tourner les fermes de serveur, c’est l’équivalent de 30 centrales nucléaires qui sont utilisées, soit environ 30 milliard de watt. Or, cette énergie est la grande majorité du temps gaspillée1 car 1.  GLANZ J. (2012), Power, Pollution and the Internet, [en ligne] URL. http ://www.nytimes.com/2012/09/23/technology/datacenters-waste-vast-amounts-of-energy-belying-industry-image. html ?

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elle sert à maintenir allumés en permanence les serveurs pour que l’ensemble des données soit accessible à tout moment. Les outils de collecte de l’information ne peuvent faire l’économie d’une réflexion construite sur le sujet. Bien entendu, si l’on ne copie pas l’information on se risque au problème des liens morts. Mais d’autres solutions que la simple copie peuvent être envisagées et sont à développer. Le second contexte à favoriser est le contexte personnel de l’utilisateur, c’est ce qui permet de comprendre dans quel but a été d’abord collectée cette information, à quelle date ou dans quelles conditions. Le contexte de l’utilisateur donne sens à la collecte et permet de générer les liens de plusieurs natures entre les informations. Et dans une optique de récupération de l’information, c’est souvent ce contexte très personnel comme le parcours pour accéder à une information ou la date de sa recherche qui est utilisé. Ce double contexte est donc à prendre en compte afin de permettre non seulement de retrouver, mais de confronter, de comparer, de chercher de nouveau. Étant donné l’importance de la navigation hypertextuelle dans les pratiques de découverte actuelles, il parait intéressant de faire en sorte que chaque élément collecté puisse devenir un point de départ pour une nouvelle recherche.

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image

« Ça m’arrive de noter des références dans mon carnet. L’intérêt d’avoir un carnet c’est que quand je tourne les pages, je sais exactement ce qu’il y a dedans sans avoir besoin de lire. [...] Je regarde le mot, je sais ce qu’il veut dire parce que, inconsciemment, j’ai mémorisé qu’à cette page j’ai parlé de tel gars parce que c’est écrit au stylo bic vert et je me souviens à quel moment je l’ai écrit. Je sais que cette référence est à coté d’un autre dessin qui n’a pas forcément de rapport [...] y’a beaucoup plus d’informations qui tournent autour dans un carnet. » Thomas extrait de l’entretien

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La sécurité et la possession des données, un enjeu de liberté « Que serait Sisyphe sans mémoire ? Les sociétés humaines, les « civilisations » se construisent sur de la mémoire. Sur une mémoire partagée et rassemblée et non sur des fragment mémoriels largement « partagés », en permanence « disséminés », épars. Le seul vrai projet pour civiliser l’Internet serait d’empêcher cette priva(tisa)tion de nos mémoires, de nos mémoires intimes, de nos mémoires sociales, de nos mémoires culturelles. »2 −Olivier Ertzscheid (2011), « nos mémoires ne valent pas un cloud »

L

a sécurité et la possession des données est un besoin largement évoqué par les utilisateurs. Pour mieux comprendre cette requête, il faut analyser l’état de l’existant. On l’a vu, de nombreux outils de collecte ont vu le jour ces dernières années, bien que leurs fonctionnalités de classement ne diffèrent pas des systèmes existants. Quel est alors l’intérêt de proposer de tels outils ? En fait, la raison est relativement simple, d’un point de vue économique. Être en possession des 2.  ERTZSCHEID O. (2011), « nos mémoires ne valent pas un cloud », [en ligne] URL. http ://affordance.typepad.com/mon_ weblog/2011/06/nos-memoires-ne-valent-pas-un-cloud.html

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informations collectées par les utilisateurs est potentiellement une véritable mine d’or. C’est tout le problème du cloud computing tel qu’il est aujourd’hui envisagé3. Tous les nouveaux outils de collecte de l’information sur Internet reposent sur ce système et ont pour la plupart d’entre eux, déjà mis en place un modèle économique basé sur l’exploitation des données personnelles collectées et conservées sur leurs serveurs. La richesse de la navigation est une valeur qui est captée et exploitée par les différents acteurs (google, facebook). A l’inverse l’utilisateur ne possède pas les mêmes moyens d’analyse et d’exploitation de ces données. Pour le chercheur du keeping found things found, William Jones, il faudrait tenter de travailler à l’inverse. Les données devraient être stockées au même endroit et ce devraient être les applications ou les logiciels qui viennent ensuite interagir sur cette masse4. Cette façon d’envisager un outil de la mémoire est inverse à ce qui est actuellement vécu en pratique et ce système présente deux avantages. Le premier est la facilité et l’opportunité nouvelle qu’il pourrait y avoir à traiter une masse d’informations dans son intégrité. On pourrait imaginer des applications très diverses mises au service

3.  GUILLAUD H. (2012), « Réutilisation des données personnelles : Rendre leurs données aux utilisateurs », [en ligne] URL. http ://www.Internetactu.net/2012/06/19/reutilisationdes-donnees-personnelles-14-rendre-leurs-donnees-aux-utilisateurs/ 4.  JONES W., op. cit.

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de l’exploitation de ces informations5. Le corollaire est bien évidemment la possession et la maîtrise des informations et des utilisations qui en sont faites par l’utilisateur. Il a le contrôle sur la « matière première » et c’est donc lui peut choisir quels programmes peuvent utiliser ses données. Une façon d’envisager un outil de la mémoire qui réponde parfaitement aux exigences de sécurité et de possession des informations.

Un outil privé et personnel

I

l existe actuellement un décalage fort entre le désir d’intimité et de contrôle exprimé par les personnes interrogées et la tendance actuelle au « tout social ». Or l’aspect social est l’un des atouts majeurs du Web, on a largement vanté son importance dans la puissance de l’Internet, pour l’avenir de la démocratie ou pour un affranchissement des barrières physiques entre les individus. Tous ces aspects sont bien évidemment centraux. Pourtant, dans le contexte très précis de la collecte d’information, le besoin exprimé par les utilisateurs est celui de l’intimité contrôlée. En effet, les psychologues ont depuis longtemps montré que la pression d’une action qui est effectuée publiquement modifie les comportements. Ceci est particulièrement flagrant

5.  GUILLAUD H. (2012), « Privly : utiliser les services web sans leur confier nos contenus », Internetactu.net.

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sur des réseaux sociaux comme facebook6. Il existe une différence entre les centres d’intérêt d’une personne et les centres d’intérêt qu’elle décide de mettre en avant ou au contraire de minimiser sur les réseaux sociaux. A ces débuts, Internet permettait de démultiplier les identités et cette construction par l’expérience était un aspect largement revendiqué7. Hors aujourd’hui, la tendance est à l’harmonisation et à l’utilisation du Web sous sa propre identité. Or il apparaît important de préserver des espaces privés au sein du réseau et de protéger l’intégrité des pratiques de la collecte et de la publication. Ainsi, l’outil doit par défaut être privé. Si partage des informations il y a, il intervient comme une action volontaire de l’utilisateur.

6.  GEORGES F. (2009), Représentation de soi et identité numérique, Réseaux, n°154. 7.  TURKLE S. (2011), « How social media impacts to your identity (Part 2) », [en ligne] URL. http ://simonmainwaring. com/social-networking/sherry-turkle-of-mit-how-social-media-impacts-to-your-identity-part-2/

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Memopol II (2011), Timo Toots L’installation récupère et affiche toutes les informations personnelles que vous avez semées en ligne : de votre parcours scolaire aux photos de vos amis. 63


II Ma posture de designer Quelle place pour le designer ?

F

ace à de tels besoins, il est légitime de se questionner sur la place et le rôle que doit pouvoir jouer le designer dans la réponse à de tels problèmes. Bien évidement, la conception de nouveaux outils ne permettra jamais de régler tous les problèmes, le champ politique doit également prendre ses responsabilités. Les outils jouent cependant un grand rôle car ce sont eux qui conditionnent également l’utilisation qui peut-être faite des données. Par exemple, en concevant des outils qui traitent et conservent l’information sur le poste de l’utilisateur on réduit considérablement les possibilités d’appropriation et une exploitation de ces données pour de la publicité ciblée. Un simple choix technique peut avoir des conséquences aussi, voire plus importantes que l’action politique. C’est exactement ce qu’affirme le juriste Lawrence Lessig lorsqu’il écrit que « le code est la loi »8. Le programme a un très grand impact dans les contraintes ou les potentialités qu’il donne à l’utilisateur.

8.  LESSIG L. (2006), Code  : Version 2.0, [en ligne] URL. http  ://codev2.cc/

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Cela rejoint une seconde observation. En effet, si « la vie de l’esprit est conditionnée par ses moyens d’expressions techniques » comme l’affirme le philosophe Bernard Stiegler, alors la conception des outils de la pensée doit être très prudente. C’est également ce qu’appellent de leurs voeux les activistes Eli Pariser et Douglas Rushkoff. Pour eux, il est crucial que le rôle non neutre des outils soit perçu par ceux qui les conçoivent. On a pu le voir dans le mémoire de philosophie. Si une posture doit alors être adoptée, c’est d’abord celle de l’humilité. Mesurer précisément les effets d’un outil reste largement hors de portée de tout concepteur. L’exemple de Facebook est un très bon témoin puisqu’il modifie les rapports sociaux, les pratiques de communication ou encore la façon de jouer sur Internet. Des changements profonds qui n’avaient pas été pensés à l’origine. Car l’utilisateur, comme le rapportait Michel de Certeau, n’est jamais passif face aux outils ou aux informations et il s’approprie toujours de manière relativement imprévisible les solutions et potentialités qui lui sont offertes. Alors la proposition d’un nouvel outil doit être pensée comme une alternative et non comme un nouveau modèle à vocation hégémonique. Je pense en effet que la proposition d’une autre voie ne peut-être que bénéfique, une voie qui doit pouvoir faire fi de l’histoire des existants et se concentrer sur les besoins réellement exprimés aujourd’hui.

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Quelle démarche de projet adopter ? « L’ouverture, en résumé, est plus qu’un problème commercial ou culturel. C’est une question de survie. »9 –John Thackara, 2011 Open Design Now

S

i je veux vraiment respecter et honorer les engagements liés à la posture que je souhaite adopter, il m’apparaît important de concevoir ce projet de manière strictement réaliste. Et pour qu’il puisse avoir une chance de ne pas tomber dans l’oubli d’un obscur portfolio après la date du diplôme, je souhaite adopter une démarche ouverte. Ce que certains aujourd’hui nomment « open design ». Il s’agit d’une démarche de conception appliquant les principes d‘ouverture et de partage des logiciels libres. Mais une telle démarche implique de lourdes conséquences sur le projet en luimême. Et elles sont de deux ordres : La première est l’ouverture et la mise à disposition de l’ensemble des recherches et travaux menés sur ce projet. Ils seront publiés en ligne et placés sous la licence Creative Commons (CC BY-NC-SA 3.0). Cette 9.  Open Design Now, BIS publishers, 2011, [en ligne] http :// opendesignnow.org/

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dernière est une licence alternative au copyright et qui permet à chacun de pouvoir s’approprier ce travail et le manipuler à sa guise à condition de le partager à son tour, dans les mêmes conditions. Il me semble que ce soit le seul moyen pour donner une chance à ce projet de prendre vie. La seconde, qui va de pair avec l’ouverture souhaitée de l’outil, est l’aspect strictement non économique du projet. Des outils aussi importants et sensibles que ceux de la mémoire ne doivent pas tous dépendre d’une visée commerciale ; des alternatives libres doivent être envisagées pour que chacun ait la possibilité de maîtriser à la fois l’outil et les informations que ce dernier collecte. De manière plus pragmatique, le projet devra reposer sur la création de systèmes, qu’ils soient numériques ou physiques, entièrement conçus par et pour les technologies standards déjà utilisées, comme par exemple l’ordinateur de bureau ou l’imprimante de la famille... Il ne pourra donc pas y avoir de production d’un nouvel objet électronique dans le cadre de ce projet. Ainsi, les utilisateurs auront non seulement la possibilité d’utiliser l’outil librement mais également de maîtriser et de jouer avec les divers processus qu’il mettra en jeu. Enfin, pour répondre au mieux aux attentes, l’ensemble du projet doit s’insérer au coeur d’un écosystème de pratiques déjà pré-établies et tenter de proposer un outil qui soutienne la collecte de manière non intrusive.

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III Un cadre pour le projet

U

ne telle démarche ne peut pas s’appliquer à toutes les pratiques ni à tous les publics. Il faut donc poser le cadre du projet en confrontant le positionnement envisagé avec les besoins exprimés afin de qualifier de manière plus précise la pratique que l’on cherche à accompagner.

La recherche ouverte

L

e chercheur en sciences cognitives André Tricot a en effet montré qu’il existait deux types de collecte d’informations très différentes. Il distingue la recherche d’informations à but fermé, c’est à dire la recherche d’une information précise, localisée à un endroit particulier du Web. À l’opposé, dans la recherche à but ouvert, l’information recherchée peut être plus générale et correspondre à un ensemble d’informations existantes dans plusieurs endroits du Web. Celle qui nous intéresse est la seconde, c’est celle qui aujourd’hui n’est pas aussi bien prise en charge par les outils de collecte de l’information. Les travaux de la chercheuse en Sciences de l’Information et de la Communication Kyung-Sun Kim ont montré que poursuivre des buts ouverts entraînait par exemple des temps de recherche

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Caminos from Heliografias (1982), Leòn Ferrari deux cheminements distincts, la recherche à but fermé (en haut) et la recherche à but ouvert ( en bas) 69


d’informations plus longs que des buts plus fermés10. De même, un but ouvert conduit les utilisateurs à faire une plus grande utilisation de la navigation par hyperliens ou par des outils comme les marque-pages : les patterns de recherche deviennent plus exploratoires lorsque le but est général11. La façon de traiter les informations collectées n’est pas non plus la même. André Tricot souligne en effet que les processus cognitifs mis en jeu sont différents. Dans le cadre de recherches à buts ouverts, on constate que des contenus sont consultés en plus grand nombre et font ensuite l’objet d’« une tâche de compréhension qui va exiger la sélection de plusieurs informations pour être traitées et permettre la construction d’une représentation mentale à partir de l’ensemble des informations traitées.12 ». En revanche les buts plus fermés conduisent à une exploration plus superficielle des contenus « pour localiser un fait spécifique ». La recherche à but ouvert est celle qui fait le plus appel aux capacités de conservation, de reconvocation, de contextualisation et d’interprétation des outils de collecte de l’information. Ce sont ces pratiques qui nécessitent véritablement un outil qui les accompagne de manière plus sensible dans leur recherche. 10.  KIM K.-S., « Information seeking on the Web : Effects of user and task variables », Library & Information Science Research, vol. 23, p. 233-255, 2001. 11.  QIU L., « Analytical searching vs. browsing in hypertex information retrieval systems », Canadian Journal of Information and Library Science, vol. 18, p. 1-13, 1993. 12.  TRICOT A. (2010), « Navigation dans les hypertextes », Hermes, [en ligne] URL. http ://andre.tricot.pagesperso-orange. fr/TricotAmadieuChapHermes_2010.pdf

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Versus / Unus II (2010), Jorinde Voigt Chacun de ses travaux est une cartographie, une partition de faits rencontrĂŠs au fil de la pensĂŠe 71


La figure de l’amateur

À ces pratiques à buts ouverts correspond un profil

de personnes différent de celui des buts fermés. On peut grossièrement le résumer à la dichotomie entre professionnel et amateur. En effet, le contexte professionnel et sa contrainte d’efficacité privilégie la recherche d’informations à buts fermés. Mais pour l’amateur, le contexte est très différent et est largement favorable à la recherche à but ouvert. Or, les outils informatiques de collecte d’informations ont presque tous été pensés dans un contexte professionnel. La figure de l’amateur a très longtemps été délaissée dans le contexte de la recherche et l’acquisition des connaissances. Internet aidant, on voit un retour de cette figure dans l’espace public13. Que ce soit dans Wikipedia, pour aider la science ou dans des actions beaucoup plus ponctuelles, l’amateur retrouve ses lettres de noblesse. Il n’est plus seulement celui qui aime, mais également celui qui contribue14. L’outil devra prendre en compte les rythmes et les usages qui leur sont propre. L’amateur est un contributeur, tout comme le professionnel, il a des projets. Mais la démarche pour réaliser ces projets est très différente. 13.  STIEGLER B. (2012), « Figure de l’amateur et innovation ascendante », conférence, 18 mars 2008. 14.  DULAURANS M. (2011), « Patrice Flichy. Le sacre de l’amateur », Communication & Organisation, 2011 (n° 39), [en ligne] URL. www.cairn.info/revue-communication-et-organisation-2011-1-page-257.htm.

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Elle ne repose pas sur les mêmes ressorts et ne convoque pas les mêmes capacités. Dans le cas de l’amateur, le temps est différent, long, dilletant. L’efficacité n’est plus non plus une condition aussi importante alors que le plaisir, la construction progressive d’un objectif parfois non véritablement formulé est souvent à l’ordre du jour. Il s’agit bien d’un processus de recherche ouvert associé à une construction du sens dans la durée. Afin de donner corps aux pratiques et pour développer de manière plus précise mes pistes de recherche, j’ai crée quelques personnas d’amateurs. Ils représentent la diversité des profils et des pratiques de collecte d’information qui sont au coeur de mon projet. Ils présentent aussi un point commun central, tous mènent un projet. On peut d’ailleurs distinguer deux catégories de projets amateurs. La première est de l’ordre de l’apprentissage ou de la veille, il s’agit d’expérimenter ou de s’informer sur un sujet. Le second est d’ordre pratique, ce sont des projets à réaliser, pour lesquels la collecte et l’acquisition de connaissances est indispensable. Mais tous deux reposent sur l’acquisition de connaissance par la collecte d’informations sur le Web.

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Camille

Matthieu

35 ans, ingénieur génie civil et conseillère municipale

23 ans, étudiant en journalisme

Camille est passionnée par l’évolution des politiques publiques, en particulier dans sa ville. Elle se tient informée de toutes les actions entreprises et participe à certaines d’entre elles.

Matthieu est membre d’une association de vulgarisation scientifique. Il organise un projet pour expliquer le fonctionnement du cerveau grâce à un électroencé-phalogramme.

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Jeanne

Paul

64 ans, avocate à la retraite

49 ans, infirmier urgentiste

Jeanne prépare son prochain long voyage de trois mois au Japon. Elle a envie de découvrir Kyoto et souhaite apprendre les bases de la langue pour réussir à se débrouiller seule sur place.

Paul veut refaire sa cuisine par ses propres moyens. Il recherche la meilleure façon de réparer et repeindre les murs abîmés. Il cherche également des idées pour remplacer le plan de travail et les placards.

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IV Enjeux et objectifs du projet Les enjeux

L

es enjeux d’un tel projet sont multiples. Quelle peut-être la place du design au coeur des tensions actuelles entre l’accès à la connaissance permis par Internet et son pendant aliénant : la surcharge informationelle ? Un outil de la mémoire peut-il favoriser la capacité d’action des individus face au flux des informations ? Comment prendre en compte les spécificités des projets amateurs ? Le design s’est souvent mesuré en terme d’efficacité ou de facilitation d’une tâche donnée. Ici, ce ne sont plus les mêmes valeurs d’usage qui sont en jeu. Comment concevoir un outil qui favorise la lente construction des connaissances ? Les données personnelles sont régulièrement au coeur d’interrogations quant à la façon dont elles sont aujourd’hui traitées ou appropriées par les industriels de l’information. Comment favoriser le nécessaire contrôle par l’utilisateur des informations qu’il collecte Mais la principale question posée par ce projet est probablement celle du dessin des outils de la mémoire. Peut-on, en tant que designer, penser un tel outil de la même manière qu’un autre projet ? 76


Les objectifs du projet

Concevoir un outil qui ne se focalise pas sur la

conservation de l’information glanées sur le Web mais qui prenne en compte l’ensemble du processus de sa collecte et de sa réutilisation. S’insérer en douceur au sein d’un écosystème de pratiques et d’outils déjà largement développés. Concevoir un outil pour une cible très peu prise en compte : les amateurs. Et pour cela, mettre au coeur du projet les spécificités de leurs projets comme le temps long, la sérendipité ou la construction de connaissances à partir d’un grand nombre d’information. Donner l’entière maîtrise de l’outil à l’utilisateur par un fonctionnement transparent et une conception ouverte. Un système qui doit permettre à l’utilisateur de greffer d’autres applications selon ses besoins. Donner à l’utilisateur le contrôle et l’entière possession des informations collectées.

Concevoir un outil de la mémoire, un outil de la pensée.

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Chapitre 3

Vers des Petits Poucets de l’information, Axes de projet

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I Positionnement de projet

F

ace à l’ensemble des constats et des besoins exprimés, l’un des principaux problèmes à résoudre est le décalage existant entre les outils de collecte aujourd’hui proposés et les mécanismes de la mémoire biologique. Le projet entend donc proposer des hypothèses de logique de fonctionnement qui permettrait de réconcilier les mécanismes de la mémoire biologique et de l’informatique. D’autant plus que l’histoire de l’art mnémotechnique est très riche. Au fil des siècles de très nombreuses méthodes ont été mises au point en s’appuyant sur les facultés de la mémoire et pourraient constituer une base de recherche pour l’outil. De même, grâce aux immenses progrès des sciences cognitives, on connaît de mieux en mieux les mécanismes de la remémoration et la façon dont ils intéragissent avec les différentes extensions techniques. On a déjà montré qu’elle s’adaptait effectivement aux nouvelles capacités offertes par le Web. C’est donc à partir de l’histoire et des sciences de la remémoration que l’on formulera les outils qui accompagnent et s’adaptent à la mémoire afin de valoriser les informations collectées. Les choix de conception devront donc réinterroger des systèmes de classification établis et proposer des solutions plus flexibles. Pour cela, je fais le choix de 80


Le Petit Poucet (1867), Gustave DorĂŠ 81


travailler sur une approche très sensible qui peut aller emprunter des références fonctionnelles ou visuelles dans des domaines a priori très éloignés. Une attention toute particulière sera donnée aux ruses et autres pratiques du quotidien (numériques ou non) pour classer, retrouver ou mémoriser des informations. Ce positionnement de projet doit permettre de révéler en chacun le Petit Poucet de l’information qui travaille discrètement à piocher et construire un parcours de mémoire. Comme dans le conte de Perrault, celuici peut être utilisé en sens inverse pour permettre un retour sur soi en associant les différents éléments de la collecte. Dans le conte, lorsque le Petit Poucet ne peut plus utiliser des petits cailloux et tente de construire son parcours avec des miettes de pain, celles-ci se font dévorer par les oiseaux, interdisant aux enfants tout retour. Tout l’enjeu de conception de mon projet se trouve dans la capacité du parcours à se faire cailloux plutôt que miettes de pain.

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« Cet aménagement de mon territoire se fait rarement au hasard » dit Perec à propos de sa table de travail. 83


II Trois outils pour un cycle complet

I

l faut définir les différentes phases du projet pour envisager la nature des outils à mettre en place pour accompagner la collecte et l’exploitation des informations sur Internet. Ce processus se déroule en 3 phases distinctes. La première est l’indexation. Lorsque l’utilisateur trouve une information intéressante, il doit l’indexer, c’est à dire l’ajouter à la collection. Les paramètres de cette indexation conditionnent la façon dont cette information pourra ensuite être retrouvée et réutilisée. Il s’agit d’une tache ponctuelle, mais c’est elle qui conditionne la façon dont la phase suivante pourra être réalisée. La seconde phase est la phase d’appropriation des connaissances. L’échelle de temps est beaucoup plus longue. La première étape de cette phase est la reconvocation de l’information. Quels mécanismes sont mis en jeu pour aider à retrouver une information collectée ? La reconvocation peut-elle faire intervenir des principes comme la sérendipité ou le hasard ? Peut-elle devenir le point de départ pour un nouvel épisode de navigation ? Cette étape est associée à d’autres actions possibles par l’utilisateur. La manipulation des informations après leur première indexation apparaît importante. On a vu qu’une recherche à but ouvert était susceptible d’évoluer dans le temps, au fur et à mesure de la construction 84


indexation

reconvocation manipulation mise en relation nouvel ĂŠpisode de navigation

archivage

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du projet. Les mécanismes de manipulation et de mise en relation des informations devront donc être pensés avec soin. Enfin, la dernière phase est celle de l’archivage. Puisqu’une collecte peut être à la fois indéfinie mais aussi finie dans le temps, il faut songer aux moyens d’archivage à plus long terme de l’information. Comment favoriser à la fois la pérennité des informations tout en évitant une accumulation d’informations qui ne sont peut-être plus utilisées ? Le cas de Jeanne est explicite : une fois que le voyage est passé, que faire de la collection terminée ?

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1 le plug-in, pierre angulaire du projet

A partir de ce cycle, on peut envisager les typolo-

gies d’outils à même d’accompagner l’utilisateur tout au long du cycle. Le premier de ces outils est le principal. C’est lui qui coordonne à la fois la phase d’indexation et la phase de reconvocation. Afin de s’insérer au mieux au coeur des pratiques, il semble pertinent de proposer un outil directement dans l’outil même de la découverte des informations : le navigateur. Des navigateurs comme Firefox permettent à chacun d’installer des programmes complémentaires qui s’adaptent aux différents besoins. L’outil prendra donc la forme d’un plugin. Invisible ou presque, il n’est pas intrusif et permet au contraire à l’utilisateur de conserver ses pratiques de recherches. En outre, la typologie du plug-in privilégie la légèreté par rapport à un logiciel à part entière. Ce choix permet également de localiser sur l’ordinateur de l’utilisateur l’ensemble du traitement de l’information. Un moyen d’assurer le contrôle de l’outil. Il en va de même pour les informations collectées qui sont conservées sur le disque dur de l’utilisateur, toujours dans le but d’assurer que la maîtrise de ces informations personnelles soit dans les mains de l’utilisateur. Le plug-in est donc la pierre angulaire du projet, toutes les fonctions essentielles y ont lieu.

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1 le plug-in

Inséré dans les pratiques, privilégie la légèreté et le stockage local des informations. Il donne le contrôle à l’utilisateur.

indexation

reconvocation manipulation mise en relation nouvel épisode de navigation

archivage

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Une mémoire qui se construit par la spatialisation « La carte et la bibliothèque sont des espaces où l’on voyage, où l’on peut suivre un itinéraire court ou long, vectoriel ou circulaire, en surface ou stratigraphique, programmé à l’avance ou déterminé par des choix successifs, où l’on peut se lester de connaissances, de sagesse, d’expériences au fil des étapes.1 » −Christian Jacob, (2001), « Rassembler la mémoire », Diogène

L

a spatialisation de l’information comme moyen d’une meilleure compréhension est un phénomène intéressant à envisager. L’idée vient d’abord lorsque l’on pense à la structure même du Web. « Une navigation par l’hypertexte peut être comparée à la construction d’un parcours dans un espace d’informations »2 pour le chercheur André Tricot. Elle fait donc appel à ce qu’il définit comme habiletés spatiales. Et ces habiletés spatiales sont une ressource utile à la navigation et l’interprétation du parcours de navigation. Les chercheurs américains Nilsson et Mayer ont par exemple montré 1.  JACOB C. (2001), « Rassembler la mémoire », Diogène, n°196, 2001, [en ligne] URL. www.cairn.info/revue-diogene2001-4-page-53.htm. 2.  TRICOT A. op. cit.

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que le développement des habilités spatiales des utilisateurs amélioraient l’efficience de la navigation (temps de navigation et nombres de nœuds visités et pris en compte dans la recherche)3. Pour l’historienne des arts de la mémoire Frances Yates, l’art de la mémoire est architectural, une disposition ordonnée des éléments étant essentiel à une bonne mémoire. Cette idée a été largement mise en pratique par les grecs qui ont développé de véritables techniques de mémorisation basées sur le principe de la spatialisation et de la représentation visuelle du souvenir. Dans son ouvrage elle cite Aristote exprimant l’importance du parcours dans la remémoration : « Nous devrons essayer de retrouver un ordre des éléments ou des impressions qui nous mènera à l’objet de notre recherche car les mouvements du souvenir suivent le même ordre que les événements eux-mêmes. [...] Mais il nous faut un point de départ à partir duquel entamer l’effort du souvenir »4. Ces principes pourraient donc être appliqué à la pratique même de la collecte car ils offriraient des capacités accrues d’interprétation, de comparaison et de synthèse des différents éléments collectés.

3.  NILSSON R. & MAYER R. (2002), « The effects of graphic organizers on users’ navigation strategies and performance », International Journal of Human-Computer Studies, n° 57, 2002. 4.  ARISTOTE, De memoria et reminiscentia.

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Les Palais de mémoire sont une technique grecque de remémoration des idées. En mémorisant un parcours dans une architecture, on peut y placer des idées et les retrouver ensuite par cheminement mental. 93


Neatlite est un outil d’interprétation de documents qui utilise le principe de la cartographie pour favoriser leur compréhension en contexte 94


Prezi est un outil de création de présentations basé sur un espace en trois dimensions. Il permet une meilleure compréhension des relations qui unissent les idée, aide à garder le fil de la pensée et à construire du sens. 95


Prendre en compte la granularité de l’information

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a spatialisation est un point d’entrée qui met à profit les capacités naturelles de la mémoire spatiale au service de l’organisation des idées. Mais si l’on veut pousser plus loin l’appropriation des connaissances, une prise en compte des différents niveaux de détails des informations qui sont collectées semble nécessaire. Deux niveaux peuvent être envisagés, le premier est celui d’une prise de recul. Il peut être largement inspiré des apports de la cartographie qui a permis, à son origine de poser un autre regard sur le territoire. En permettant à l’homme de s’extraire du monde et en réduisant ce dernier à une taille manipulable, on permet également à la pensée de l’analyser de manière plus globale et synthétique. Le second niveau de granularité à prendre en compte est, à l’inverse, de l’ordre du détail. Ce sont bien souvent ces informations qui ne peuvent pas être conservées aujourd’hui. Or elles sont primordiales dans l’élaboration d’un raisonnement complexe. Comment peut-on développer ces différents niveaux de lecture sans complexifier l’outil en lui-même ?

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L’exemple de la cartographie est révélateur d’une nouvelle appréhension du territoire possible grâce au zoom et au dézoom. 97


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Nietzsche Map (2003), Thomas Hirschhorn, Marcus Steinweg Leur travail met en jeu le principe de granularité en proposant différents niveaux de lecture, du détail à l’esquisse des grandes relations 99


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Comparaison des résultat d’une requête Google image pour Rothko et Pierre Soulages. Une prise de recul qui permet une synthèse immédiate de leurs travaux 101


2 La clé, outil de la mobilité et de la sécurité

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ependant, si le plug-in et son interface sont au coeur du projet et assurent toutes les actions principales, ils possèdent des inconvénients intrinsèques. En effet, aujourd’hui, les pratiques de collecte de l’information n’ont pas lieu en un seul lieu, l’ordinateur personnel, mais, au contraire, se déroulent à la fois sur l’ordinateur personnel, sur la tablette tactile de la famille ou bien même sur l’ordinateur portable du travail. L’autre question soulevée par le choix d’un lieu unique de conservation est la perennité des informations en cas de défaillance de l’ordinateur. On peut donc proposer un outil complément. Il s’agit d’offrir la possibilité d’une mémoire mobile. Une sauvegarde minimale qui synchronise l’ensemble des appareils et assure une copie en cas de perte des données. De manière concrète, puisque l’on doit se baser sur un développement non économique, une simple clé usb doit pouvoir être utilisée pour synchroniser les différents appareils et assurer la continuité de l’outil.

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2 la clé support mobile de la mémoire

indexation

reconvocation manipulation mise en relation nouvel épisode de navigation

archivage

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3 L’archive, mémoire du long-terme et du partage

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’archive est le dernier objet du projet. Elle répond à la question de la pérennité des informations collectées, lorsque le projet auquel elles correspondent a pris fin. En effet, conserver indéfiniment les informations collectées sur le disque dur de l’ordinateur ne peut être un parti-pris réaliste sur le très long terme. On peut donc imaginer un système permettant de décharger la mémoire de l’ordinateur en conservant sur un autre support le projet qui est terminé. Un outil complément, encore une fois, mais qui peut offrir d’autres possibilités que le plug-in. Le parti-pris de l’impression apparaît pour cela intéressant. En effet, accessible à tous car dépendant uniquement d’une imprimante, il décharge l’ordinateur en investissant un matériau très léger, économique, durable dans le temps. En donnant une matérialité à un projet fini on modifie également la façon dont celui-ci est envisagé et peut être manipulé. Mais pour que cette mémoire puisse être reconvoquée si besoin est, il faut pour cela coder l’ensemble du projet de manière à ce qu’aucune information ne soit perdue. On peut par exemple penser au principe du flashcode qui lorsqu’il est lu par le bon algorithme peut être décrypté et renvoyé à une adresse Internet. Un tel code pourrait être développé pour retranscrire dans la version imprimée toutes les informations collectées et l’ensemble des méta-données qui y sont rattachées. Une 104


1

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indexation

reconvocation manipulation mise en relation nouvel épisode de navigation

3 l’archive mémoire au long-terme qui décharge

archivage

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fois imprimées, les informations codées pourraient être conservées dans leur format papier. Elles pourraient également être récupérées dans l’outil si besoin est, en plaçant le code devant la webcam de la tablette ou de l’ordinateur par exemple. Ce système de code possède également l’avantage de cryptographier les informations. Celles-ci ne sont interprétables que par un algorithme et préservent donc l’intimité voulue par les utilisateurs. En revanche, comme le projet est imprimé en tant qu’élément indépendant, il peut être facilement prêté ou donné à un tiers pour que celui-ci puisse profiter des informations qui sont collectées. Dans la continuité du projet, l’utilisateur peut gérer l’information qu’il décide de garder pour lui et celle qu’il souhaite partager de manière fine. Enfin, une telle archive convoque d’autres imaginaires comme celui très personnel et intimiste de l’album photo. Il donne un statut affirmé à une collection d’informations jusqu’alors cantonné au rôle d’outil.

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Little Printer communique avec les applications et imprime des nouvelles des réseaux sociaux ou autres petits messages. Un retour au tangible qui offre une lecture différente du flux ainsi matérialisé 107


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Conclusion

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Conclusion

Dans

le contexte actuel de multiplication et d’amplification des flux, la collecte d’informations est aujourd’hui le principal moyen d’appropriation et de construction d’un rapport riche à l’information. Son analyse a permis de comprendre la façon dont elle s’insère pleinement dans les processus d’exploration du Web. La collecte est un écosystème de pratiques reposant bien souvent sur le détournement ou l’appropriation d’outils de catégorisation qui n’ont pas été pensé en ce sens. Keeping found things found, est ainsi apparu comme le besoin fondamental auquel doit répondre un outil de collecte aujourd’hui. Un point de départ nécessaire pour une construction du sens et le développement de la pensée à l’ère d’Internet. Petit Poucet envisage donc la collecte dans son intégrité pour concevoir un outil qui fasse écho aux pratiques actuelles. Le projet s’insère pour cela dans un contexte dont l’exploration par le design n’en est qu’à ses débuts : la pratique amateure dans le contexte numérique. Il tente de prendre en compte leurs spécificités et amène à repenser l’efficacité de l’outil en terme de maturation du matériau malléable qu’est l’information. Petit Poucet est également un projet dont la portée est politique, choisissant de développer une démarche « d’Open Design ». Je souhaite ainsi me placer au plus 110


près des utilisateurs afin de produire un outil intègre qui leur donne l’entière maîtrise des informations collectées et ouvre des possibles sur leur exploitation raisonnée. Quant au parti-pris fonctionnel développé, c’est celui d’une symbiose entre la mémoire technique et la mémoire biologique. L’une ne peut exister sans l’autre et il faut donc faciliter et enrichir leur collaboration si l’on veut permettre à la pensée de s’épanouir à l’âge de l’information. S’appuyant à la fois sur les sciences cognitive et l’histoire de la mnémotechnique, l’outil fait fi des conventions passées et cherche à développer un langage plus adapté aux pratiques actuelles. Cela passe notamment par des mécanismes comme la spatialisation de l’information, ou encore la mise en place de différents niveaux de lecture. Une gamme de moyen qui doivent favoriser la construction du sens pour des usages multiples. Deux objets complémentaires sont également envisagés afin de favoriser et valoriser une utilisation à la fois mobile et pérenne de cette mémoire. Pour cela, un retour au tangible est envisagé. La phase de développement du projet permettra quant à elle d’aborder plusieurs problématiques. En effet, l’ergonomie de l’interface devra permettre la lisibilité de grandes masses d’information tout en apportant la flexibilité nécessaire à leur manipulation. L’exploration détaillée de l’imaginaire du projet permettra quant à lui de nourrir et donner sens aux différentes alternatives de conception. Enfin, les choix 111


techniques seront développés pour intégrer au mieux l’ensemble de l’outil dans le contexte multiple et très prolifique des technologies du Web. A travers ce projet, je souhaite mettre en lumière les pratiques peu étudiées de la collecte d’information. Je veux montrer que ces gestes quotidiens participent pleinement à l’appropriation de l’incroyable potentiel offert par Internet.

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Bibliographie & Remerciements

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Bibliographie

Ouvrages ARISTOTE, « De memoria et reminiscentia », Parva naturalia CARAËS M-H. & MARCHAND-ZANARTU N. (2011), Images de Pensée, édition de la Réunion des musées nationaux CERTEAU (de) M. (1980), L’invention du quotidien : 1. arts de faire, Paris, éd. Folio Essais. DERRIDA J. (1995), Mal d’archive, Galillée. FOUCAULT M. (1983), « L’écriture de soi », dans Dits et écrits, t2, éd Gallimard. GARDEY D. (2008), Écrire, calculer, classer, Paris, La Découverte, coll. « textes à l’appui ». LEROI-GOURHAN A. (1965), Le geste et la parole, La mémoire et les rythmes, éd. Albin Michel Sciences. LEVIE F. (2008), L’homme qui voulait classer le monde : Paul Otlet et le mundaneum, Paris, éd. Les impressions nouvelles LIEURY A. (2005), Psychologie de la Mémoire : Histoire, Théories, Expériences, Dunod 116


MANOVITCH L. (2010), Le langage des nouveaux médias, Les presses du réel, coll. « Perceptions ». THACKARA J. et al. (2011), Open Design Now, BIS publishers, [en ligne] URL. http ://opendesignnow.org/ PARISER E. (2011), The filter bubble, how the new personalized web is changing what we read and how we think, Londre, Penguin Books. PEREC G. (1985), Penser/Classer, Hachette. RIFKIN J. (2000), L’âge de l’accès, Paris, La Découverte, coll « Essais ». RUSHKOFF D. (2011), Les 10 commandements de l’ère numérique ,Paris, FYP éditions YATES F. (1966), L’Art de la Mémoire, Gallimard

Mémoires MOURAT (de) R. (2010), @ttention, la transformation de l’attention à l’ère d’Internet, mémoire de philosophie en DSAA dpm, Paris, École Boulle. TARDIF V. (2010), La bibliothèque et ses métamorphoses, mémoire de philosophie en DSAA dpm, Paris, École Boulle.

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Articles BUSH V. (1945), « As We May Think », in Atlantic Magazine [en ligne] URL. http ://www.theatlantic.com/ magazine/archive/1945/07/as-we-may-think/303881/ CARR N. (2011), « Situational overload and ambient overload », blog de Nicholas CARR, [en ligne] URL. http ://www.roughtype.com/ ?p=1464 FOSTER E. & FORD N., (2003), « Serendipity and information seeking : An empirical study ». Journal of Documentation. GEORGES F. (2009), « Représentation de soi et identité numérique », Réseaux, n°154. GUILLAUD H. (2012), « Notre surcharge informationnelle en perspective », [en ligne] URL.  http ://www.Internetactu.net/2012/ 02/29/lift12-notre-surcharge-informationnelle-enperspective/ JACOB C. (2001), « Rassembler la mémoire, Réflexions sur l’histoire des bibliothèques », Diogène, n°196, 2001, [en ligne] URL. www.cairn.info/revue-diogene2001-4-page-53.htm. JONES W. (2001), Keeping Found Things Found on the Web, [en ligne] URL. http ://research.microsoft.com/en-us/ um/people/sdumais/cikm%20paper%20camera-ready. pdf 118


MANOVITCH L. (2011), « Media Visualization », [en ligne] URL. http ://manovich.net/DOCS/media_ visualization.2011.pdf SERRES A. (2008), « Bernard Stiegler : pensée des techniques et culture informationnelle », Séminaire du Groupe de Recherche sur la Culture et la Didactique de l’Information, septembre 2008 SCHIRRMACHER F. (2009), « The age of informavore », [en ligne] URL. http ://www.edge.org/3rd_culture/ schirrmacher09/schirrmacher09_index.html TRICOT A. (2010), « Navigation dans les hypertextes  », Hermes, [en ligne] URL. http ://andre.tricot.pagesperso-orange.fr/TricotAmadieuChapHermes_2010.pdf

Ressources en ligne Ars Industrialis, site d’Ars Industrialis, [en ligne] URL . http ://www.arsindustrialis.org/ FAURE C. blog de Christian FAURE [en ligne] URL . http ://www.christian-faure.net InternetActu, média de la FING, [en ligne] URL . http ://www.Internetactu.net/

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Conférences STIEGLER B. (2012), « Figure de l’amateur et innovation ascendante », conférence prononcée dans le cadre du colloque organisé par Vivagora le 18 mars 2008. STIEGLER B. (2012), « Pharmacologie de l’épistémè numérique », conférence prononcée aux ENMI, décembre 2012. SHIRKY C. (2012), « Comment Internet transformera un jour le gouvernement », conférence prononcée à TED en juin 2012, [en ligne] URL. http ://www.ted.com/talks/ clay_shirky_how_the_Internet_will_one_day_transform_government.html

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Remerciements

Quel

plus beau terrain d’expérimentation que la pensée pour un designer ? Ce projet est un bonheur de tous les jours et j’espère avoir pu partager ma passion dans ce mémoire. Mais on ne porte pas seul une démarche de design et je me dois de remercier chacune des personnes avec qui j’ai déjà pu échanger ou travailler sur ce projet. Toutes ont nourri à leur façon mon projet. Mais certaines ont eu une influence décisive sur la forme qu’il a aujourd’hui : Je voudrais remercier Isabelle Coullon et Odile Cornil pour leur aide précieuse sur le questionnaire et pour m’avoir fait découvrir leur démarche de conception centrée sur l’humain ; L’ensemble des répondants au questionnaire qui ont posé les bases de mon analyse et de ma démarche ; Charlotte, Thomas et Fanny pour m’avoir éclairée lors des entretiens ; Mes professeurs de DSAA pour leur profond engagement auprès de nos projets et la qualité de leurs conseils ; Mes chers amis de promo pour savoir toujours enrichir et faire rebondir mon projet ; Robin de Mourat, pour avoir essuyé les plâtres des outils de pensée à l’école et pour les passionnantes discussions ; ma famille pour son soutien et son amour sans faille ; Matthieu pour le regard critique ; Enfin, mon binôme pour l’aide précieuse dont ce projet bénéficiera. Merci. 123


Ce mémoire est publié sous licence Creative Commons BY/NC/SA http ://creativecommons. org/licenses/by-nc-sa/3.0/

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