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Nicolas Le Beulze - Clémence Mautouchet - Mirwaïs Rahimi Projets de fin d’étude - École Nationale Supérieure d’Architecture de Nantes Directeurs d’études: Chérif Hanna - Jean-Yves Petiteau 4 Juillet 2013


Achevé d’imprimer en Juin 2013


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Le quartier de l’interaction

Projets d’urbanité pour les îles de Rezé Nicolas Le Beulze Clémence Mautouchet Mirwaïs Rahimi

Estuaire 2029

Ecole Nationale Supérieure d’Architecture de Nantes - Projets de fin d’études


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Le quartier de l’interaction Sommaire


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7 Préambule 8 Calendrier LES TEMPS DU PROJET 10 Introduction 12 Partie 1 A PRIORI

Partir de la grande échelle Portrait de territoire

24 Partie 2 FAIRE CONNAISSANCE

Appréhender le territoire in situ De la parole aux cartes

48 Partie 3 FAIRE RELATION

Retours et aller encore Réinterprétations conceptuelles des îles

66 Partie 4 CONSTRUIRE ENSEMBLE

Des projets d’urbanité plutôt qu’un projet urbain Un travail par fragment pour une stratégie évolutive

79 Projet individuel de Morgane Gloux (M1) UNE FENÊTRE SUR LOIRE 83 Projet individuel de Nicolas Le Beulze (PFE) LA FOLIE DES HANGARS 103 Projet individuel de Clémence Mautouchet (PFE) PARCOURS DE CURIOSITÉS 123 Projet individuel de Mirwaïs Rahimi (PFE) LA PROMENADE GAUYER 153 Bibliographie 155 Remerciements


6- Le quartier de l’interaction


7 > Préambule «La métropole estuarienne se construira sur une question délicate ; celle de la qualité de nouveaux espacestemps lors de la mise en résonance des différentes territoires». C’est par ces premiers mots de l’équipe Chérif Hanna / Jean-Yves Petiteau / Saweta Clouet que nous découvrons un atelier de projet mais aussi un territoire d’étude qui sera le nôtre pour ce projet de fin d’études. «Estuaire 2029» s’inscrit dans le contexte de la métropole Nantes - SaintNazaire et questionne l’entre-deux de l’Estuaire de la Loire. Sur un territoire qui prévoit la construction de 8000 logements par an répartie en majeure partie sur les agglomérations de Nantes et Saint-

Nazaire, l’entre-deux subit aujourd’hui une urbanisation incontrôlée de zones pavillonaires et de ZACs. Cette année, l’approche retenue est celle de «la métaphore d’une île» et s’attache à revisiter les anciennes îles de l’Estuaire : les îles folles de Cordemais, les îles invisibles d’Indre et notre site d’étude, les îles de Rezé, contrepoints de l’île de Nantes. «La métaphore d’une île» nous invite à explorer les représentations ; une île devient le symbole d’une démarche qui touche tout un territoire. Cette approche questionne aussi les imaginaires que véhiculent les îles ; une île est aussi un concept, elle n’existe que par rapport à ce qu’elle renvoie, notamment par sa dimension utopique.


8- Le quartier de l’interaction > Les temps du projet

RENCONTRES IN SITU

Rencontre avec Dominique Poirout Entretien avec Yannick Fouchard Entretien avec Emile Robert Entretien avec Madame Lelong Entretien avec Laurence Blaya Entretien avec Violette Lequéré

RENCONTRES «EXTÉRIEURES»

VISITES & ACTIVITES IN SITU

Rencontre avec le collectif Égrainage Rencontre avec Cyril Hunault

Présentation de notre démarche au conseil de quartier Déambulation nocturne sur site Participation à la randonnée pédestre le «Tour de Rezé»

Traversées urbaines

Ateliers publics mob’îles

ÉVÉNEMENTS

Colloque «Estuaire territoire de déplacement» Rendu 1 avec Ricardo Basualdo Workshop Intervention Flore Grassiot

DÉROULÉ DU STUDIO

Mars A PRIORI

Avril

FAIRE CONNAISSANCE

FAI


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Itinéraire avec Salvador

Rencontre avec Matthias Trouillaud

Présentation de notre travail à Fréderic Bonnet

Présentation de notre démarche lors d’une «carte blanche» à la maison des îles Présentation de la carte «Les mots d’Iles» au conseil de quartier

Repas presqu’atelier

Déambulation collective

Soutenance PFE

Voyage à Montpellier Rendu final

Mai

IRE RELATION

Juin CONSTRUIRE ENSEMBLE


10- Le quartier de l’interaction


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> Introduction

Exploration - Familiarisation - Interaction - Ritualisation

Aux prémices de notre démarche nous nous questionnons sur la manière d’aborder ce site d’étude qui nous était proposé. Des trois sites, c’est celui qui est le plus proche du coeur de la métropole et de ses enjeux. Il est aujourd’hui à l’étude dans le cadre d’un futur projet urbain mené par la ville. Sujet d’enjeux complexes, il amène à réinterroger la manière d’aborder un projet urbain. Ainsi, quels outils mettre en place pour lire et concevoir les «îles de Rezé 2029». Plus qu’avec un projet c’est avec un processus que nous avons tenté de répondre à ces problématiques. Avec le recul que nous avons aujourd’hui à l’écriture de ce mémoire, nous pouvons synthétiser ce processus en quatre mots. EXPLORATION. Nous sommes devenus des explorateurs. Tout comme nous avons explorer physiquement les îles de Rezé nous avons aussi exploré une manière de faire du projet. Au début de la démarche, notre méthode de travail n’était pas dessinée et nous avons élaboré le processus par diverses expérimentations.

FAMILIARISATION. C’est pour nous prendre en compte la singularité de chaque habitant du territoire. Et donc de prendre le temps de nouer une relation avec chaque personne pour ne pas être dans la consommation de paroles habitantes et la concertation infantilisante. RITUALISATION. Du fait de la proximité du site notre travail a été ponctué d’allers retours périodiques. Il s’agit à la fois d’allers retours géographiques entre le site des îles et l’école mais aussi d’allers retours relationnels entre les habitants et nous-même. INTERACTION. Nous imaginons au travers de notre processus créer de l’interaction dans le projet urbain ainsi que dans la démarche afin que l’enrichissement mutuel devienne une réalité. Comment créer de l’interaction aujourd’hui? Cela passe notamment par dépasser ses a- prioris avant de faire connaissance puis construire une relation avant de construire ensemble.


12- Le quartier de l’interaction - A PRIORI

RENCONTRES IN SITU

Entretien avec Madame Lelong

Entretien avec Laur Entretien avec Violette Lequéré Entretien avec Yannick Fouchar

RENCONTRES «EXTÉRIEURES»

VISITES & ACTIVITES IN SITU

Rencontre avec Cyril Hunault Rencontre avec le col

Déambulation nocturne sur site

Participation à la randonnée pédestre le «Tour de R

Ateliers publics mob’îles

Colloque «Estuaire territoire de déplacement» Rendu 1 avec Ricardo Basualdo Workshop Intervention Flore Grassiot

Mars A PRIORI

Participation au co

Traversées urbaines

ÉVÉNEMENTS

DÉROULÉ DU STUDIO

Entretien avec Emil

Avril

FAIRE CONNAISSANCE

A PRIORI

FAI


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le Robert

rence Blaya

rd

Itinéraire avec Salvador

Rencontre avec Matthias Trouillaud Rencontre avec Fréderic Bonnet llectif Égrainage

onseil de quartier

Présentation de notre démarche lors d’une «carte blanche» à la maison des îles

Présentation de la carte «Les mots d’Iles» au conseil de quartier

Rezé»

Repas presqu’atelier

Déambulation collective

Soutenance PFE

Voyage à Montpellier Rendu final

Mai

Juin

CONSTRUIRE ENSEMBLE IRE RELATION Avant de commencer cette aventure Estuaire 2029, nous ne connaissons pas

ou très peu les îles de Rezé. Nos représentations de ce territoire pouvaient finalement se résumer communément en quelques scènes : les terrasses de Trentemoult le dimanche, la traversée de la Loire en Navibus, les courses au Leclerc dans la zone Atout Sud, la visite du pendule de la biennale Estuaire. C’est avec cet imaginaire que nous entamons cette phase d’exploration.


14- Le quartier de l’interaction - A PRIORI

0

1 km

Les îles sous pressions Un coeur de métropole en pleine croissance urbaine

Mobilités et connexions entre grands projets métropolitains

Bas-Chantenay (en projet)

Lignes de Tramway et Busway

Transport fluvial Navibus

Z.A.C des Isles (en projet)

Perspectives 2030 Tramway et Busway

Île de Nantes 2000-2030 (en réalisation)

Lignes de Chronobus

Perspectives 2030 Navibus Perspectives d’infrastructures 2030 : franchissements, noeuds de connexion

Coeur de ville 2015 (en réalisation) Malakoff/Pré-Gauchet 2001-2015 (en réalisation)

Perspectives 2030 Chronobus

?


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I - Partir de la grande échelle > Des îles sous pressions

Les îles de Rezé à l’échelle de la métropole Les îles de Rezé sont situées au sud de l’Île de Nantes, sur la rive sud de la Loire (en rose sur la carte). Si celles-ci sont surnommées «les îles sous pressions», c’est parce qu’aujourd’hui un certain nombre de facteurs extérieurs viennent directement ou indirectement les rendre de plus en plus attractives.

Les pressions du ciel et du fleuve Tout d’abord, le territoire d’étude est soumis à une pression urbaine forte. Actuellement, les îles de Rezé sont situées dans le couloir aérien de l’aéroport Nantes Atlantique, ce qui signifie qu’un déplacement de l’aéroport à Notre-Damedes-Landes viendrait augmenter en profondeur la constructibilité sur les îles. A ce jour cependant, le projet d’aéroport est encore loin de faire l’unanimité. En outre, la proximité de la Loire et de la Sèvre et l’absence de relief important sur le site en font un territoire inondable. Il a d’ailleurs été inclus au PPRI et empêche les constructions nouvelles sur une grande partie du territoire. Le périmètre d’aléas est aujourd’hui en négociation. Finalement se pose alors la question de quelle constructibilité sur les îles au regard de la contrainte aéroport et de la contrainte Loire?

La condition urbaine Le périmètre étudié se situe à proximité des grands projets de l’agglomération nantaise qui influent sur les îles de Rezé. Sur la berge Nord, Nantes concentre trois projets urbains : - Malakoff/Pré-Gauchet : Grand Projet de Ville de renouvellement urbain du quartier d’habitat social de Malakoff et création d’un quartier d’affaires «Euronantes». - Coeur de Ville 2015 : Projet de revitalisation du centre-ville et d’apaisement des mobilités. - Chantenay : Projet urbain encore à l’étude par Bernard Reichen, urbaniste. Par ailleurs, le projet de l’île de Nantes vise à transformer celle-ci en nouveau

pôle d’attraction avec notamment la création d’un grand parc métropolitain et le déplacement du CHU sur la rive sud. Ainsi, de tous ces projets urbains se dégagent deux impacts pour les îles de Rezé. D’une part, le glissement du centre de Nantes vers le Sud qui viendrait rapprocher les îles de Rezé du «métacentre» de Nantes.

«La pointe sud-ouest de l’île est une énorme opportunité pour la ville de Nantes de prolonger son centreville et d’en faire un métacentre.»

Marcel Smets, urbaniste en charge de la transformation de l’Île de Nantes

Si le statut de l’île de Nantes est ainsi défini par Smets, quel statut donner aux îles de Rezé, ces contrepoints de l’île de Nantes ?

La gouvernance des îles Alors qu’aujourd’hui Nantes Métropole tente de maîtriser ses projets par une action publique forte, le foncier des îles n’est pas détenu par l’agglomération et prend de plus en plus de valeur. En outre, une grande partie des îles est occupée par une zone commerciale où les sols ont une valeur commerçante largement supérieure à celle d’un terrain classique. Le mode de gouvernance sur les îles pose question. Alors que l’action publique tend à survaloriser les sols et au regard du coût des sols de la zone commerciale Atout Sud, quelle gouvernance de projet envisager ?

Les orientations de la ville pour les îles Nantes Métropole a déjà plusieurs projets d’infrastructures dans ses cartons pour les îles, à savoir un franchissement à l’Ouest pour raccorder les îles à Chantenay et un noeud de connexion au centre des îles en vue des prochains aménagements de TCSP sur le sud de Nantes.


16- Le quartier de l’interaction - A PRIORI

North-house

Trentemoult

Saint Lupien

0

500 m

> La grande échelle du temps L’évolution historique des îles de Rezé

Arrivée du chemin de fer en 1886 (début de l’endiguement du Seil) Chemin d'intérêt commun et sa prolongation résultant de la construction de pont Couët

Les îles à l'époque celtique Les îles en 1856

Pour mieux comprendre les limites des anciennes îles, nous avons cherché à décrypter les cartes historiques de l’époque celtique à nos jours. Avant le 19ème siècle le territoire est essentiellement occupé par des champs ainsi que de trois villages de pêcheurs qui l’anime. A partir de la seconde moitié du 19ème siècle on constate plusieurs événements marquants : la construction du pont de Pornic et du pont Mottes et l’apparition du chemin n°11 (en 1856) qui relie Haute Ile à Trentemoult. À cette époque, Haute-Ile, North-House et


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Basse ile

Ile motes

Haute ile

Ile massé

Le Seil de

Rezé Port au Blé

Trentemoult ont un rapport direct avec la Loire alors que Basse Ile est située de l’autre coté du chemin. L’ancienne avenue des Marronniers aujourd’hui nommée avenue du Maréchal, à North House mène vers le village de Saint Lupien, construit à la place de la cité Gallo Romaine. Avant la construction de l’église Saint Pierre ce chemin avait une continuité. Les cartes plus actuelles dévoilent deux changements majeurs : l’arrivée du chemin de fer et le début de l’endiguement du Seil. Le chemin n°11 change de nom pour devenir le chemin d’intérêt commun menant jusqu’au village des Couëts. On constate en même temps la construction du pont des Couëts. À partir de cette époque, le Seil est régulièrement comblé.

L’autorisation de construction de la route nationale est lancée en 1949 et quelques années plus tard le chemin de fer est construit et permet de rejoindre le port à bois. Dans la première moitié du vingtième siècle les villages se développent et prennent de l’ampleur. L’assèchement des plaines inondables vont permettre à Rezé dans la seconde partie du siècle de se doter d’une zone d’activités. En 1995, le pont des trois continents, permettant un franchissement vers l’île de Nantes, est construit. Au fil du temps la route nationale (route de Pornic) prend une ampleur de plus en plus importante et marque une nouvelle forme d’insularité entre Rezé et ses îles.


18- Le quartier de l’interaction - A PRIORI

II - Portrait de territoire > Histoires d’îles

Les anecdotes d’hier et d’aujourd’hui de Mme L. Nous rencontrons Mme Lelong lors de nos premières excursions sur site. Avec ses 70 années d’expérience à vagabonder entre Trentemoult et Haute Île elle nous fait découvrir, au travers de photos anciennes et son franc-parler, son histoire des îles.

Des îles pittoresques convoitées [A] Trentemoult concentrant l’essentiel de la population, le nom de l’île est souvent utilisé pour désigner l’ensemble des îles de Rezé. Les autres villages sont cependant riches de nombreuses anecdotes. Haute Île, par exemple, possède aussi ses endroits emblématiques tels que le café de Simone qui semble avoir été un endroit-clé du territoire à une période. Le caractère pittoresque des deux villages de pêcheurs a inspiré le cinéaste Jean Carmet qui s’en est servi de décor pour le tournage du film La reine blanche dans les années 90. « Un soir on était parti danser à la guinguette, et puis je dis y’a Jean Carmet, les autres me disent oooh. Je dis vous avez qu’à descendre vous allez voir. Ils étaient venus faire leurs rondes de nuit pour la reine blanche et ils étaient au bar en bas! Alors bah on est descendu à plusieurs et on a eu la bise de Jean Carmet. Ah !!! Bah je me suis pas lavée depuis! »

Le port de Trentemoult [B] Situé à l’actuel emplacement du port de plaisance se trouve ce qui est souvent dénommé “Le trou à Lisette”. L’aménagement de cet espace par la municipalité en port de plaisance date de 1980. Aujourd’hui, au regret de beaucoup, le port est soumis à un phénomène d’envasement. « Alors là c’est le trou à Lisette, où qu’mon gars avait tombé quand il était à la pêche, et puis là y’avait des roseaux…mais les roseaux reprennent leurs place ! »

La traversée de la Loire [C] De tout temps, les Rezéens ont emprunté «le passage d’eau» pour relier Nantes à Rezé par la Loire. Plusieurs types de bâteaux se sont succédés : les “Toues”, les Roquios remplacés depuis 2005 par les Navibus en fonctionnement aujourd’hui. « Mais y’a un bateau qui est tombé par temps de pluie en Loire, parce qu’il y avait tempête. [...] Mon mari travaillait au chantier, on habitait où la haute île à ce moment là ? Je lui dit bah écoute pourquoi que tu prends pas le roquios. [...] Le bateau ils n’ont jamais rien compris, il a disparu, ils ne l’ont jamais retrouvé. Après je ne lui ai jamais redit tu prends le bateau pour aller travailler de l’autre côté, c’était fini. »

Le Seil et les comblements [D] Il y a plus de 200 ans, avant son comblement, le Seil isolait totalement Trentemoult, rendant obligatoire l’existence de bateliers pour pouvoir se déplacer. Ils étaient nécessaires pour se rendre à la fois au bourg de Rezé, aux Couëts et à Chantenay. En fonction des saisons le Seil pouvait changer d’aspect : être à sec, déborder ou même geler, modifiant la typologie et la pratique du territoire. « Quand on est arrivés à Haute Ile en 1964, il y avait rien, les gens venaient combler la zone. Puis les usines sont venues après…c’était des prés au niveau de l’abattoir, y’avait pas de route, mais il y avait un chemin de terre entre Haute Ile et Trentemoult. » « Oh l’inondation de 1910, ouh ça avait été dur… Madame Morinnière descendait avec des bottes dans sa cave. Toutes les maisons sont sur pilotis, vous avez vus chez nous les marches qu’il y a à monter ? Mais…là les gens ne pouvaient plus faire de lessives, ne pouvaient plus aller aux toilettes…C’est en quelle année ça ? […] Mon gars me disait toujours le sept sept soixante dix sept il se passera quelque chose. Et bah il s’est pas trompé, Leclerc a été inondé, nous on a été inondé et y’avait ça d’eau partout dans les rues. »


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Haute île (rue Samson) [A]

Le trou à Lisette (quai Surcouf) [B]

L’embarcadère de Trentemoult [C]

Route du Seil [D]


20- Le quartier de l’interaction - A PRIORI


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> A priori en photos

Représenter le territoire des îles en quelques prises de vue La photographie a été pour nous une première manière d’aborder le site. Chacun d’entre nous, avec son regard sensible, a exploré le site derrière la lentille de l’appareil photo à différentes temporalités. Collectivement, nous avons ensuite fait une sélection d’une vingtaine de clichés qui étaient pour nous représentatifs du site à ce moment de la démarche.


22- Le quartier de l’interaction - A PRIORI

Les abattoirs, dimande, 17h30 «Pshhhhhhhhit? pshhhit, clic, clic, clic. C’est au fond du couloir, que ces ombres apparaissent. Après cinq heures de marche solitaire, il y a des sons qui rassurent. Un désert pas vraiment, la peur de croiser quelqu’un ou plus vraiment. Un signe de tête et ils m’emmènent sur leur terrain de jeux. Terres oubliées ou ces millliers d’objets deviennent une opportunité, une surface à transformer, une possibilité. Cette sensation du pas de porte, du pas de clefs ou tout est accessible. Une découverte instanée, encore une ligne, quelques couleurs comme pour marquer qu’on est passés. Sur cette île, le temps semble avoir été coupé court, pourtant ça sent la peinture fraîche comme au premier jour. A contre jour.»

Rue Raphael Lancelot, 15 mars 2013, 15h «En ce jeudi après midi du mois de mars Sarah et Benjamin profitaient des quelques rayons de soleil pour déployer leurs ustensiles de peinture en extérieur. La future création qu’ils ébauchent est plutôt improvisée - une commande de leur propriétaire qui désir égayer l’une des portes de son hangar. Cet ancien entrepôt est un lieu qu’ils partagent depuis maintenant deux mois avec une dizaine d’autres créateurs en tout genre. Situé au coeur de Trentemoult ce bâtiment est une belle opportunité pour eux. D’après les rumeurs, le village est plutôt propice aux élans artistique. Tout fraîchement arrivée dans la région, la nouvelle bande semble en tout cas bien déterminée à s’y établir.»

Place des chantiers de Béziers, samedi 9 mars, 17h «Comme tous les samedis, après le cours de théâtre, Zoé et Noémie ont l’habitude de rester ensemble en attendant que Martine - la mère de Noémie qui habite Rezé - vienne la chercher. Elles en profitent pour potiner et se livrer leurs derniers secrets. Leur endroit favoris pour se retrouver est une vieille péniche abandonnée cachée dans les brousailles. Mais aujourd’hui, elles ont plutôt envie de bouger. Elles décident donc d’enfourcher leurs patinettes respectives et se rendent sur la petite placette avec les palmiers où il n’y a jamais personne. C’est plutôt tranquille comme lieu et puis...c’est tout bétonné, alors pour rouler c’est le top.»

Rue de la Basse Ile, 9 mars 2013, 16h «Mr. et Mme Lelong étaient là, l’un derrière le portail côté jardin, l’autre devant, côté rue. Ils discutent. Des dernières récoltes matinales des poules pondeuses, de Simone - l’ancienne patronne du jeu de boule de la Haute Ile - qui perd la tête en maison de retraite, de la larme qui a coulée quand les citernes ont diparues en face de chez eux il y a maintenant un an, des capacités de Bidule - leur chien - pour chasser les Roms de leur potager, du rendez-vous chez le chirurgien qui les obligeront à remettre les pieds sur Nantes - endroit impatriqué depuis plus de dix ans pour Mme Lelong, de la clé - bien inutile maintennant - qu’ils possèdent pour accèder aux berges, du rachat de la maison de Mme Hubert par de jeunes inconnus qu’ils n’ont toujours pas croisés, des gelées de 86 et du temps qu’il fera demain. Enfin...la nuit tombe, il faut rentrer les poules.»

Trentemoult, 10 mars 2013, 16h «Un dimanche après midi. Une odeur de crêpe flotte dans l’air. La pluie vient de tomber, les ruelles sont vides mais des paroles et rires d’enfants viennent percer le silence. L’un raconte son voyage en Ine, l’autre ne le croit pas. L’un essaye, tant bien que mal, de faire du vélo sous le regard inquiet de son père. L’autre hésite à emprunter la grande descente du toboggan. D’autres s’inventent des histoires, en imaginant un monde fantastique parmi les hangars de taule. Les parents sourient et ne le prennent pas vraiment au sérieux.»

Rue de la Californie, 11h31 « M. Y raccrocha car de toutes façons, il avait du mal à entendre à cause du brouhaha des voitures. Visiblement dégoûté d’avoir raté le dernier bus de trois minutes, il ne daigna pas saluer le vieillard qui lui lançait de gros regards aguicheurs sur sa gauche et reprit son chemin en direction de la Sobreda - boucherie gourmande - charcuterie boucherie - vollaille - fromage - traiteur - vin - OUVERT aux particuliers en se remémorant le panneau qu’il avait lu cent mètres avant : «LA MARCHE, EFFET DURABLE POUR LA SANTÉ». »


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Rue Véga, 20 mars 2013, 14h22 « Comme tous les samedis, après le cours de théâtre, Zoé et Noémie ont l’habitude de rester ensemble en attendant que Martine - la mère de Noémie qui habite Rezé - vienne la chercher. Elles en profitent pour potiner et se livrer leurs derniers secrets. Leur endroit favoris pour se retrouver est une vieille péniche abandonnée cachée dans les brousailles. Mais aujourd’hui, elles ont plutôt envie de bouger. Elles décident donc d’enfourcher leurs patinettes respectives et se rendent sur la petite placette avec les palmiers où il n’y a jamais personne. C’est plutôt tranquille comme lieu et puis...c’est tout bétonné, alors pour rouler c’est le top. »

Quai de l’échouage, le 9 mars 2013, 17h37 «« Alors ça dessine?» La curiosité permet d’engager la conversation. «Ah le Saint Germain...le seul bateau qui passe...» La nostalgie dans sa voix reflète son regret de ne plus voir les pêcheurs passer. Comment c’était avant? Apparemment les bateaux donnaient vie à la Loire la nuit. Haute-Ile c’est mieux que Trentemoult, c’est moins lisse. Enfin...Il aimerait bien qu’on bouche les trous de la route de temps en temps.»

Pont de Pornic, 10 mars, 19h « «Vous aimez la photo?». Jeune homme, lunettes de soleil, blouson bleu, sourire aguicheur. «C’est vrai que la lumière est belle». En effet la fabrique se voit sublimée par ce coucher de soleil. Et nous fait parler photographie. Discussion étonnante, contexte étrange.»

Chemin du Seil, 24 mars 2013, 8h10 « A la recherche du Seil. Madame X ne connait pas le ruisseau, mais elle adore y participer chaque printemps. Elle aime marcher avec sa voisine. Depuis 14 ans maintenant, une grande randonnée familiale et sportive est mise à profit de la découverte de Rezé. Cette année, c’est sur le thème de « Nantes capitale verte de l’Europe». »

> Parler / écrire

Entre documentaire et fiction Comment arpenter, explorer, représenter ce qui anime les îles de Rezé? Comment retranscrire ces ambiances, ces atmosphères qui les caractérisent? Ces interrogations sont présentes dès l’enclenchement de notre démarche. Ces anciennes îles, nous les parcourons dans un premier temps, de manière libre et hasardeuse, ignorants tout de leurs histoires, de leurs géographies et des tensions qui les constituent. Nous commençons à rencontrer les habitants qui les pratiquent et échangeons sur leurs ressentis et leurs vécus du territoire. Ces déambulations et ces discussions nous amènent à une redécouverte constante du territoire.

Au-delà des premières photographies et des cartes que nous commençons à dessiner, nous décidons en parallèle d’élaborer une compilation de récits. Nous mettons en place des règles du jeu simples – une situation datée, une photo (dépourvue d’individu), un court texte. Libre ensuite à chacun d’entre nous de s’approprier ce protocole et de raconter à sa manière une expérience au sein du territoire qui lui fait sens. Agréablement surpris des premiers essais, nous décidons de poursuivre cet exercice jusqu’à la fin du projet. Ce répertoire de petites histoires constitue aujourd’hui une chronique qui romance notre expérience de terrain durant ces cinq mois de projet.


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Après cette première phase d’a-priori, nous avons poursuivi notre processus - Projet - Chapitre par une deuxième étape que l’on a nommée «faire connaissance». Après s’être rendus plusieurs fois sur le site, il s’agit maintenant d’aller davantage à la rencontre des îles, de s’approprier ses langages, de faire connaissance avec ses habitants. Parallèlement, à l’aide des outils mis à notre disposition, nous nous faisons un bagage de connaissances plus pointu sur le territoire des îles.

FAIRE CONNAISSANCE


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26- Le quartier de l’interaction - FAIRE CONNAISSANCE « Si les cartes et les plans sont indispensables comme outils de représentation pour le territoire et la ville, ils peinent à rendre compte de cette dimension dynamique, si naturelle au quotidien, qui consiste à saisir la ville dans la variation de ses ambiances. Alors plaidons pour le développement de récits en marchant, de coupes urbaines, de travellings et autres parcours photographiques pour représenter, débattre et même projeter un quotidien urbain. » Nicolas Tixier

I - Appréhender le territoire in situ > Traversée urbaine

Découvrir le territoire des îles en marchant

La traversée en récit. Mercredi. Préparation de la traversée. Quel parcours dessiner pour découvrir ce vaste territoire des anciennes îles de Rezé? Nous fixons ensemble le tracé d’un itinéraire qui reflète notre vision du site à ce moment du projet. Pour cette traversée nous décidons de nous répartir les dispositifs de collecte. Nicolas prend la caméra. Morgane l’appareil photo. Mirwaïs le dictaphone. Julien le capteur de sons. Clémence le carnet de note. Vendredi matin 9h. Nous donnons rendez-vous à l’équipe d’excursionnistes au navibus de gare maritime. 9h10. Le bateau arrive. Nous embarquons en direction de Trentemoult, première île à parcourir. 9h20. Notre équipe d’aventuriers pose pied à terre et nous entamons la traversée. Nous vadrouillons dans les méandres des rues de Trentemoult, contemplons le pendule, escaladons les tas de sable de la

Sablière. Nous discutons avec les artistes installés dans le hangar du pendule. Nous passons devant l’école Jean Jaurès, arpentons les contre- allées des arrières d’usines, déambulons dans les allées marchandes du Leclerc, suivons la ligne de chemin de fer, découvrons le site en friche des anciens abattoirs, parcourons la zone industriel et arpentons les ruelles dérobées de Haute Île. Arrêt au restaurant ouvrier du café des Bienvenus. Et nous quittons finalement les îles par la passerelle.

Retour de traversée Nous avions jusqu’alors parcouru le site «classiquement» d’ouest en est. Durant cette marche nous avons renversé notre manière de le parcourir et l’avons découvert transversalement. Cela nous a permis de prendre conscience d’une caractéristique majeure de notre territoire qu’est la promiscuité manifeste entre différents paysages urbains (industriel, commercial, habitat, friche) et la rapidité avec laquelle nous pouvons passer d’un univers à l’autre.


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28- Le quartier de l’interaction - FAIRE CONNAISSANCE

La traversée urbaine en photos


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30- Le quartier de l’interaction - FAIRE CONNAISSANCE


31 > Atelier public mob’îles

Sillonner le territoire à l’écoute des Habitants «Remettre les choses à plat dans les rapports architectes-habitants» Flore Grassiot

Faire le cirque L’atelier n’est pas ennuyeux. Plutôt qu’un lieu monotone, il est un événement un peu curieux, une pièce de théâtre dont les habitants et les étudiants en sont les acteurs et le territoire, son décor. Son physique étrange et gigantesque recouvert de laine et d’écailles jaunes, vertes, orange et rouges nous convainc de nous en approcher.

La spontanéité et la simplicité

Du mercredi 3 au vendredi 5 avril, nous organisons des ateliers publics sur les îles de Rezé. Pour nous, ils sont l’occasion d’une sensibilisation réciproque au territoire entre nous et les habitants et s’inscrivent dans une démarche bien particulière «Atelier Public Mob’Îles». En voici les règles du jeu :

Si tu ne viens pas à l’atelier public... ... l’atelier public viendra à toi. L’atelier n’appartient à aucun lieu. En utilisant des supports simples (une carte géante de 3,5m x 1,2m et 20 panneaux photos) et grâce aux remorques de l’association «Chemins de faire» de Julien, l’atelier se déplace sur les quatre îles. Avec comme base de repli le Centre Nautique Sèvre et Loire de Trentemoult où il est entreposé la nuit et la matin, celui-ci se déplace de points d’intensité en points d’intensité. Plusieurs fois par jour, toute la journée il vient au plus près des gens, plutôt que de les attendre dans un local municipal.

Lors de l’atelier public, les habitants sont invités à parler sur le mode de l’entretien non directif et non sur un mode d’interaction classique architecte-habitant. Il s’agit simplement de faire parler les gens sur le territoire, sans contrainte et avec le minimum d’interventions puis de fixer les paroles sur la carte en pointant le lieu évoqué. Des pochettes-catégories ont ensuite été créées en fonction des sujets abordés par les habitants. Ceux-ci sont spécifiques et révèlent des problématiques du territoire et de ses résidents.

Considérer tous les habitants comme des Habitants En se déplaçant dans des restaurants ouvriers, des bâtiments commerciaux, des locaux associatifs ou des centres socioculturels, l’atelier public mob’îles accorde autant d’importance à l’habitant qui a un logement sur le territoire des îles qu’à l’habitant qui travaille sur la zone industrielle, fait ses courses dans la zone commerciale ou se promène le long de la Loire.

De l’interaction à la relation L’atelier ne s’est pas arrêté le 5 avril. Avec certains habitants, les interactions se sont muées en de vraies relations. Nous décidons de les ré-inviter pour un 2e atelier : «Un Dîner presqu’Atelier».


32- Le quartier de l’interaction - FAIRE CONNAISSANCE L’Atelier public mob’îles en récit, extraits d’un carnet de bord

«Mercredi matin, 9h, derniers préparatifs au CNSL»

«Mercredi midi, lancement des APM au restaurant Morning City»

«Mercredi après-midi, concertation avec les clients d’Ecorev»

«Mercredi soir, relecture et regroupement des paroles»


33

«Jeudi midi, déplacement à HauteÎle devant le «café des bienvenus»

«Sortie d’école jeudi soir pour un atelier de rue avec petits et grands»

«Vendredi matin au CNSL, notre QG à la rencontre d’élus et d’associatifs»


34- Le quartier de l’interaction - FAIRE CONNAISSANCE «Photo-manifest-aton»

Comme dans un photomaton, des participants de l’atelier ont posé. Une photo est choisie, un message écrit. La pancarte est brandie.

«le no man’s land de Rezé» « :-) » «Pêche à la civelle !!! Beghin Say, licenciements jusqu’à quand ?» «Roseaux, Loire, Quais»

«Je passe par là quand je fais mon footing.»

«jardin à côté à la place des abattoirs»

<vide>

«faire des ateliers d’artistes»

«c’est là que je promène mon chien le dimanche. Alix + Gabrielle»

«à conserver patrimoine» «Le temps passe bien à Trentemoult»


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«Belle vue»

«vue des bureaux du CSC Loire et Seil»

«Belle vue»

«que construire à la place?»

«La plus belle vue d’OTIS France»

«Décontaminer les sols»

<vide>

«Trentemoult grand tout vert»

<vide> «Rendons le quai aux flâneurs de Loire» «Trentemoult grand tout vert» <vide>


36- Le quartier de l’interaction - FAIRE CONNAISSANCE Mots d’îles : le territoire en belles paroles (Voir carte en pièce jointe)


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38- Le quartier de l’interaction - FAIRE CONNAISSANCE > Les entretiens

Prendre le temps d’écouter quelqu’un dans son histoire et son expérience L’acte de «faire connaissance» s’est aussi effectué au travers d’une série d’entretiens non directifs que nous avons menés durant les premières semaines sur le terrain. Ces moments nous ont permis, dans des temps longs (1h30 à 2h), d’alimenter nos connaissances du territoire.

«Ecoreve, je méfie des Roms depuis qu’ils sont làbas. Quand ils étaient dans l’abattoir ils étaient pas voleurs.» «Mr Lemogaine, il avait une pêcherie là-bas derrière.»

«Mais si tu regardes les vieux hameaux c’est toujours comme ça aussi, très aggloméré. C’est aussi pour des questions de chauffage je pense. On se tient plus chaud comme à l’américaine aujourd’hui, avec le pavillon en milieu de parcelle.»

«La ville de Nantes ça fait bien longtemps qu’on n’y a pas été. La chose qu’ils ont fait de bien c’est le pont des trois continents.» «Marée haute on voit pas mais marée basse pffff c’est affreux, c’est dégueux. Mais les gens sont sales. Ils balancent tout. Avant la Loire était belle, vous prenez le trou à Lisette, ou qu’y a les bateaux là-bas, mais c’était pas fait comme ça avant.»

«C’est plutôt une bonne ambiance. Même à Trentemoult y’en a des fêtes de village mais… ça doit être plus intime ici. Y’a quand même pas beaucoup de gens de l’extérieur qui viennent. A Trentemoult le quai y’ plein de gens qui roulent vite, y’a plein de gens qu’habitent par là et qui passent par là et qui du coup font pas trop gaffe. Ici c’est vachement plus calme ouais. Et Norkiouse c’était quand même, rien à voir quoi.»

«De temps en temps on voit un ou deux petits bateaux mais c’est vrai qu’on pourrait penser que normalement il pourrait y en avoir plus mais … non. Y’a des pêcheurs mais plus maintenant beaucoup «Alors on partait en parce que la civelle c’est chaussons, parce que les cuit.» talons aiguilles n’auraient pas supporté le voyage. «Et puis maintenant ils On mettait les chaussures veulent renouveler la dans les sacs et puis ressource, ils enlèvent les quand on arrivait là-bas à licences, ils leur mettent la Guinguette, il y avait une des cotas, donc les gars ils cabine téléphonique, là on gagnent plus leur vie.» mettait nos talons…»

Madame V.L. le 19 mars 2013

Monsieur N.B. le 9 mars 2013

Madame A.L. le 19 mars 2013


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«A Trentemoult, la jolie ville, où il y a des maisons «Je n’ai rien contre la blanches, on dit qu’il est «Mais moi je trouve que ça une barbière qui est plus promenade en bord de Loire, au contraire c’est manque les commerces belle que le jour…» super, ça attire du monde. à Trentemoult. Un village sans commerces c’est «La reine blanche, ce Il y a eu beaucoup moins pas pareil. Être dépendant film-là, il a eu surtout de monde pendant 15 mois des grandes surfaces non l’avantage de rappeler là, il y a eu les Roms. Ils aux gens qu’ils étaient faisaient demi tour les plus.» à la tête d’un patrimoine gens ils ne venaient pas.» patrimoine bâti «Finalement Trentemoult aussi, c’est assez hétéroclite, y’a notamment... Et qu’il y avait «J’engueule ceux qui vont les pêcheurs et puis y’a les un caractère qu’il fallait prendre leurs pains dans capitaines. Et aujourd’hui préserver et notamment les grandes surfaces. Je qu’il fallait pas faire dis attends elle va fermer c’est toujours un peu ça.» n’importe quoi, foutre des notre boulangerie, c’est le «Trentemoult c’est le pvc n’importe comment, seul commerce qui reste.» village du bonheur pour les démolir des façades, faire «Donc sur les bords enfants. Le fait qu’il n’y ait des grandes baies vitrées de Loire je vois les pas de voitures, ça en fait etc., ça bousillait tout ! Et myocastors, mes canards une ville à leur échelle. Ils c’est là qu’il y a eu un début là mes colverts et heu… de prise de conscience.» se connaissent tous.» et quand je vois le boulot «On est pile à la pointe, qu’ils ont fait…les cales «C’est tellement enclavé. au cœur de l’évolution du envasées. Mais tu peux PAF la Loire, PAF la quartier quoi. Et donc ça pas accéder en bateau il grosse route, les grosses on est... un peu sous pres- y a rien rien. Tu veux venir surfaces, c’est terminé. De sions, tout ça.» voir quelqu’un en bateau, part et d’autre y’a plus rien. un ami à Trentemoult il n’y On peut pas se dire « tiens «Je vois que le quartier a a rien rien.» on va se balader » c’est un peu de mal avec son PLOUF on tombe ou EURK « image bobo parce que «Parce que toute la zone a qu’est-ce que c’est que ces quand même l’habitat été remblayée avec, et bah lumières et ce son ? » Donc est pas si facile que ça à du sable de Loire et bah il on est là, on s’organise à vivre.» faut le dépolluer parce qu’il l’intérieur.» y a du plomb.» Madame L.B. le 26 mars 2013

Monsieur E.R. le 5 avril 2013

Monsieur Y.F. le 26 mars 2013


40- Le quartier de l’interaction - FAIRE CONNAISSANCE

II - Première analyse du territoire

Les Îles en déplacements

0

Barrières du territoire

Chemins piétonniers Lignes de bus

Lignes de tramway Générateurs métropolitains

de

déplacements

Déplacements à Atout Sud et à Trentemoult Piéton

Vélo

Routier

1 km


41

II - De la parole aux cartes A la suite des ateliers publics, des thèmes d’analyse ont émergés. Nous les avons développer en cartographies selon trois axes de réflexion.

> Les Îles en déplacements Usages et mobilités au sein du territoire Des îles à caractère métropolitain Les îles de Rezé sont un territoire de la métropole nantaise. Elles disposent d’un grand nombre d’équipements : Trentemoult, dont l’attrait touristique amène touristes et badauds en masse périodiquement, Leclerc, l’hypermarché le plus proche du centre-ville de Nantes, les nouvelles cliniques nantaises, qui reprennent la surcharge du CHU de Nantes. Tous ces pôles qui rayonnent à l’échelle métropolitaine sont autant d’attracteurs et de générateurs de déplacement qui engendrent des flux de mobilités importants. En outre, les bords des îles sont raccordées aux extrémités au réseau de transports en commun (tramway à l’Est, navibus à l’Ouest), ce qui en fait un territoire situé à moins de 15 minutes du centre-ville.

Des îles enclavées Malgré leur proximité du centre, les îles sont toutefois un territoire enclavé.

C’est tout d’abord un site qu’on contourne plus qu’une destination qu’on cherche à atteindre : le réseau de transports en commun dessert mal l’intérieur de l’île et la route de Pornic constitue un axe important pour les automobilistes qui préfèrent l’emprunter plutôt que de passer à l’intérieur des îles. Le sentiment d’enclavement se ressent aussi par l’importance des frontières physiques et sensibles du site : la route de Pornic, la Loire et le pont des trois continents.

Des mobilités qui cohabitent Le territoire est constitué aujourd’hui de plusieurs zones où un type de mobilité prévaut à chaque fois : à Trentemoult, l’étroitesse des rues en fait un site dédié au piéton. La zone Atout Sud avec ses étendues de parking est pensée pour la voiture. À l’Est, la zone industrielle est dimensionnée pour les transporteurs routiers. Se pose alors la question de l’intermodalité entre ces différents types de transports mais aussi de la cohabitation entre ces différentes zones aux mobilités variées ?


42- Le quartier de l’interaction - FAIRE CONNAISSANCE

La Loire, prédatrice des îles

0

Aléas Faible (h<0.5m) Moyen (0.5<h<1m) Fort (h>1m)

Les îles immergées : des zones d’inondabilité au zones de verdure

1 km


43

> La Loire, obstacle et ressource du territoire Le rapport du site à l’eau

L’étude du rapport à l’eau semble essentielle étant donné le passé de notre territoire, notamment par la topographie du site, anciennement composé d’îles mais aussi par la présence des anciennes populations de pêcheurs.

trois nouvelles catégories : l’abandon (les cales de la Sablière, les péniches de Norkiouse, la pêche), le réemploi (les deux péniches habitées, les cales de Trentemoult, la pêche à Haute-Ile) et la valorisation (le navibus et le CNSL).

Au cours des Ateliers Publics nous avons ressenti une certaine nostalgie chez les habitants quant au passé de la Loire. Mais aussi de nouvelles envies : une recherche de tranquillité, une vie au bord de l’eau et en retrait de la ville.

Enfin nous nous sommes questionnés sur la perception de la ville face aux espaces des berges. En étudiant les projets d’aménagements réalisés ou non, en cours et futurs. Comment fonctionnent-ils? Quels sont leurs atouts et leurs contraintes?

Pour aborder cette thématique nous avons tout d’abord analysé les zones inondables et les traces des anciens usages ligériens : la pêche, la baignade, les chantiers navals, le roquio, etc. A quel moment ont-ils été les plus sollicités?

Plusieurs problématiques se sont alors révélées. Quelles orientations donner aux aménagements des berges de notre territoire? Quels usages sont à revaloriser, à apporter? Que faire des espaces délaissés? Quelles constructions sont De cette première analyse nous nous possibles face aux réglementations? Au sommes demandés ce qu’il restait de ces sein des différents acteurs du territoire, usages aujourd’hui. Nous avons pu classer qui dirige les projets?


44- Le quartier de l’interaction - FAIRE CONNAISSANCE

C F B A

La Loire et les hommes : le fleuve comme source d’usages

A

B

D

C

E

E

C


45

H

I

G

0

F

G

H

I

500 m


46- Le quartier de l’interaction - FAIRE CONNAISSANCE

7 13 9 15

8

11

2 10

6

1

12

3

14 5

4

Mosaïque des îles

0

Habitat

Industrie

1 Logement collectif 2 Résidence étudiante

10 Alva 11 Colas

Équipements publics

Commercial

3 Nouvelle clinique nantaise 4 Bâtiment TAN 5 Pôle emploi 6 École 7 Maison des Iles

12 Leclerc 13 Boulangerie

Loisirs

Friches

8 Pain ball 9 CNSL

14 Ancien abattoir 15 Sablière

1 km


47

> Mosaïque des îles

Un mille-feuilles d’activités en mutation Le site des anciennes îles de Rezé est singulier par la diversité des activités qu’il comporte dans un même espace. Les zones d’habitations, présentes depuis plus d’un siècle pour les plus anciennes, sont aujourd’hui constituées de deux « villages » principaux : Trentemoult et Haute Île avec des habitations plus éparses entre les deux dans les zones de Norkiouse et Basse Île. Ces logements, historiquement habités par des pêcheurs, sont des maisons individuelles d’une typologie bien particulière. Elles sont généralement petites, étroites et hautes, et sans jardin. Depuis une vingtaine d’années, ces habitations sont colorées par leurs propriétaires et possèdent un attrait touristique particulier notamment sur le village de Trentemoult. Cette attraction se fait aussi ressentir dans les nouvelles populations qui s’installent sur le territoire. Ces changements peuvent poser question. Comment faire cohabiter ces nouvelles populations avec les plus anciennes? Comment ces nouveaux arrivés peuvent adapter leurs modes de vie à la typologie singulière des villages? On y trouve aussi des équipements publics de différents types. L’école Jean Jaurès, très dynamique depuis quelques années apporte une vie de quartier importante. La Maison des Îles, maison de quartier située sur Trentemoult, est aussi une centralité pour les habitants. Les nouvelles cliniques, installées depuis 2003, sont elles aussi un lieu d’interaction à l’échelle métropolitaine comme nous l’évoquions précédemment.

On trouve sur le site quelques activités associatives et de loisirs telles que le Centre Nautique Sèvre et Loire (CNSL). Plus récemment, on peut aussi mentionner le Crasy ball 44 qui a réinvesti un hangar industriel et permet une pratique du paint ball. D’un point de vue commercial, on distingue deux échelles de commerces. Dans les « villages » on repère, bien que leur nombre ait considérablement diminué, de petits commerces de proximité : restaurants, cafés, boulangerie…D’une toute autre échelle, des bâtiments commerciaux se sont installés depuis les années 50 sur une large zone du territoire. On trouve ainsi le centre commercial Leclerc Atout sud bordé par divers bâtiments commerciaux tels que Leroy Merlin, Conforama ou encore Gemo qui attirent une population métropolitaine. Comment sur un même territoire adapter les activités commerciales et répondre aux besoins des différentes populations? Un pôle industriel s’étend sur la zone ouest du territoire. On y trouve des entreprises diverses et variées des secteurs secondaire et tertiaire qui accueillent, durant la journée, des employés au sein de la zone. Enfin, on constate des zones laissées à l’abandon telles que la sablière à l’est et le site des anciens abattoirs. Le futur aménagement de ce dernier, par sa centralité et sa large emprise foncière, est aujourd’hui en débat. Aussi quel avenir imaginer sur ces espaces aujourd’hui inoccupés?


48- Projet - Chapitre

À mesure que nous voyons les habitants, nous passons de «faire connaissance» à «faire relation». En ce sens, notre regard sur le territoire s’est aussi décalé. Comme dans une relation avec quelqu’un, notre perception des îles se modifie au fur et à mesure du temps passé en sa compagnie : nous les interprétons. En outre, il ne s’agit plus maintenant seulement de s’apprendre des choses mais aussi de créer de l’interaction. Entre nous et les habitants (échanger et accepter de se soumettre à la critique habitante) et aussi entre les habitants (créer un projet urbain pour faire dialoguer les différentes écologies du site).

FAIRE RELATION


49


50- Le quartier de l’interaction - FAIRE RELATION

Pierre

Elu en charge de la vie associative

Ecos

Agriculture Urbaine

Egrainage

Architectes - Plasticiens

Collectif Frédéric

Association Atout-Sud

Gaël

Leroy Merlin

Atout Sud Entreprises

Atelier Public Mob’îles

Sylviane Leclerc

Urbanisme

Matthias

Nantes Métropole Aménagement

Frédéric

Obras Architectes

Françoise

Gérante chambre d’hôtes

Yannick Retraité

Eric

Photographe

Emile CNSL


51 > La mécanique de l’interaction Les acteurs du site en réseau Cyril

Elu en charge de la démocratie locale

Dominique

Elue de quartier

Violette

Habitante

Bruno

Sculpteur

Institutions

Salvador

Composteur

Haute-Île Geneviève

Association habitants

Habitants

Basse-Île Antony & Ermeline Café des Bienvenus

Trentemoult Norkiouse

Mme Lelong Habitante

Isabelle

Institutrice école Jean Jaurès

Caroline

Architecte

Soizic

François Vidéaste

Laurence

Artiste Hangar du Pendule

Artiste Hangar du Pendule

Interaction

Atelier Public Mobile Dîner Presqu’Atelier Entretien/Itinéraire


52- Le quartier de l’interaction - FAIRE RELATION

I - Retours et aller encore «Faire relation» a été pour nous l’occasion de poursuivre nos allers et retours avec les habitants des îles. Convaincus qu’il ne fallait pas s’arrêter d’habiter pendant que nous bâtissions nos projets, nous avons continué d’explorer de nouveaux dispositifs comme le dîner presqu’atelier et l’itinéraire afin de mieux comprendre la réalité habitante des îles mais aussi afin d’amorcer un début d’implication des habitants dans nos projets.

> Dîner presqu’atelier

Une invitation à l’échange et à la critique habitante À la suite de l’atelier public mob’îles, nous avons décidé de poursuivre cette évènementialisation des rencontres avec les habitants en organisant un deuxième atelier sous forme d’un dîner. En invitant les habitants pour un moment de retour sur les premiers ateliers publics et sur nos projets, nous avons voulu redonner aux gens ce qu’ils nous avaient donné lors des premiers ateliers publics.

Manger sur la carte et savourer le territoire Le dîner presqu’atelier a rassemblé une quinzaine de personnes : élus, habitants des îles et Charly du collectif Egrainage (www.egrainage.eu). Nous avons pris le temps de l’apéritif et de l’entrée pour échanger autour des premiers ateliers publics, par le biais de la carte «Mots d’Îles» et nous avons ensuite enchaîné sur un «Rendu» devant les habitants avec un temps de «Retour critique» sur les projets lors du plat et du dessert.

Le repas, symbole de la démarche de projet Même si cela peut sembler au premier abord farfelu, utiliser le temps du repas pour débattre autour des îles s’est révélé être un outil de concertation intéressant. Tout d’abord, il a été pour nous l’occasion de réinviter les habitants après que ceux-ci nous aient accueillis sur les îles. Le sens de l’invitation constituait en ce sens une marque de reconnaissance du temps qu’ils nous avaient consacré lors

du premier atelier public. D’autre part, cet atelier public de par sa forme constituait déjà une amorce du projet urbain qui est le nôtre : en invitant à la fois élus, collectifs et habitants des quatre îles à s’asseoir à la même table pour dîner, un dialogue a débuté entre des acteurs qui parfois ne se connaissaient pas. Sans nous en rendre compte, nous avions déjà «fait relation».

L’informel libérateur Dans la même lignée que les ateliers publics mobiles, le format du repas s’est révélé être un bon moyen de rester dans une certaine forme de spontanéité quant au mode d’expression. Tout d’abord, le fait d’être tous assis autour de la même table a permis de casser les hiérarchies qui peuvent nuire à l’échange. Ainsi, toutes les paroles avaient la même valeur, qu’elles soient les nôtres, celles de l’élu ou de l’habitant Cela a eu pour effet d’amener plus de consistance au débat que lors des premiers ateliers publics.

Et le débat s’élève Finalement, la réflexion que nous avons mené ensemble sur le territoire s’est ajusté. Elle a renvoyé directement à des témoignages concrets des habitants sur les thématiques que nous avions dégagées : habiter, écotones, délaissés, etc. Finalement, les post-its du premier atelier public se sont épaissis.


53 Un dîner presqu’Atelier d’après Charly Fortis du collectif Egrainage. (texte envoyé le lendemain du repas)

«19h00 début de la réunion au 1A de l’école. Invitation pour un retour sur les ateliers publics un mois auparavant, présentation des projets et repas. 18 personnes présentes, profitant de délicieuses tartines et agrémentés d’un verre. Autour de la carte format XXL, on discute, on se présente, on se raconte le territoire et ce qu’on y fait. Tout le monde, est la, Clémence commence. Retour en image sur les ateliers, l’envers du décor vu par les étudiants, et les pauses devant photomaton. on lance des noms : François…. Le postier…… ah je connais celui la ! Nicolas déploie la carte des citations et déjà on la réclame, mais en plus grand !! Retour devant la carte XXL, et présentation du territoire par les architectes. Surfaces de toit, écotones, cheminements… les problématiques sont introduites. Les langues se débrident, on se pose des questions. Chacun accepte l’invitation de Clémence, et nous nous attablons. Geneviève appelle son mari, et ne mangera pas à la maison ce soir. Le grand Julien continue de s’activer autour de la cuisine, en coulisse extérieur. Chouette, on va manger bio !! On débouche de nouvelles bouteilles de vins, on s’égare quelques secondes en plongeant notre esprit dans les carto-set de table, puis mange l’entrée, Clémence initie un tour de table afin d’avoir un retour sur les ateliers Publics. Une première dame commence, et le débat s’ouvre … le passage de relais se transforme en partie de pingpong… et chacun y va de sa remarque. Les abattoirs, l’équilibre Trentemoult-les Iles, l’ignorance réciproque des usines, la piétonisation de Trentemoult, l’envie de fédérer les écologies, le pont en bois…. La nostalgie d’avant le pont des 3 continents… Les élus renseignent et rectifient le tir sur les différentes infos, les complètent… en tous cas on a la place pour prendre la parole. Changement de cap, a nous d’écouter. Pendant que l’on nous apporte les nouveaux « délices de Julien » Clémence et Morgane

mettent à l’épreuve leurs intuitions de projet…. On reprend la parole, on débat de qui fait agora. Nouvelle séance d’écoute : Nicolas puis Mirwais, nous parlent de leur intuitions. Intéressant tout cela…. Ce qui est sûr, c’est que l’on parle beaucoup de ces envies de « faire du lien », de se rencontrer. Le gâteau au chocolat nous permet de prolonger ces discussions…Désaccord sur les cheminements, discussion de la place qu’on laisse au Mega Mall d’Atout sud… Il est 22h30, on ne s’est pas ennuyé. Après la dernière bouchée, à chacun de s’en aller. On remercie, on repart. Bruno traîne un peu, Salvador aide à ranger… Ce soir, le tempo est lancé, bien lancé, il s’agit de ne pas l’arrêter.»


54- Le quartier de l’interaction - FAIRE RELATION = APÉRITIF =

On peut faire un retour sur ce qu'on vient de raconter, les ateliers publics, nos analyses... Et là c'est qui ? Aaaaah on connaît pas ?! Ah non. C'est un employé d'Otis. Ah oui c'est bien vous avez rencontré ces gens là aussi. Ils sont bien pratiques quand on a des problèmes d'ascenseurs, ils sont à proximité ! Pourquoivousn'avezpasmisdans«lieuxàreconquérir» les abattoirs ? Allez moi je vais en garder un, pour travailler avec les élèves, là c'est carrément intéressant parce qu'on cherche toujours des plans. On peut écrire sur les cartes mais aussi sur la nappe. C’est une petite salade préparée par le cuisinier, derrière la vitre. Et l’idée pour commencer c’est peutêtre que l’on fasse un tour de table pour connaisse nos prénoms…Donc moi c’est Clémence. Nicolas. Mirwaïs. Julien et Morgane qui sont derriere. Aux cuisines. Donc Isabelle. Bruno. Dominique. Pierre. Soizic. Laurence. Salvador. Geneviève. Charly. Hermeline. Antony. Ah oui le facteur ! Ah nous on n’a pas le même à Trentemoult…Ah oui non. Non on n’a pas le même. Je trouve ça assez intéressant d'avoir ce genre de problématiques, de gens qui se posent des questions sur comment on vit dans un quartier, ça nous permet aussi de nous poser la question. Oui c'est vrai que ce côté abattoirs à la base c'est morbide mais alors abattoirs à l'abandon. Plutôt que de faire ça dans des bureaux aseptisés, je trouvais ça bien d'aller à la rencontre des gens, que ce soit pas forcément qu'une sorte de gens, mais aussi des gens qui viennent travailler, des gens qui ont des enfants, etc. C'est d'abord les gens qui y vivent qui vont faire le lieu !


55 = PLAT =

= DESSERT =

Quand vous parliez tout à l’heure des parkings qui ne sont pas forcément utilisés tout le temps, c’est vrai que l’idée de pouvoir les utiliser à un moment donné et que dans la journée ça serve à d’autres, et que le soir ça serve aux résidents… ça c’est intéressant.

Est-ce qu'il y a pas dans la proximité, une promenade à faire, comme Estuaire mais à la petite échelle ?

J'habite entre la Loire et la zone d'activités. Quand je sors de chez moi, si j'ai envie de marcher, c'est soit vers la Loire ou soit vers les zones d'activité. C'est très spécial d'habiter à Trentemoult parce que de part et d'autre on est coincés ! Ce qu'on entendait c'est qu'il y aurait des coulées vertes qui permettraient de se réapproprier la Loire. Après faut avoir la chance d'être en face des coulées vertes ! Onestdansunezoneindustrielle,unezonepatrimoniale où il y a des gens qui créent, où il y a des gens qui vivent, et ces lieux ne cohabitent pas naturellement ensembleetcommentonvatrouverducoupdesespaces de liaisons ? Il faut qu'il y ait une espèce de pseudoharmoniealorsqu'a-priorionestplutôtsurdestrucsqui nous séparent... Si on fait des logements là c'est chouette, mais à quel moment on fait un endroit où on a envie d'aller ? Les gens croient que la zone, c'est une barrière et que ça s'arrête là. C'est vrai qu'entre "côté Nouvelles cliniques" et "côté la zone", t'as l'impression d'être enfermé. En fin de compte on est complètement enfermés. Tout le monde parle de la traversée de Loire mais personne ne parle de la traversée de la route de Pornic. On peut faire un pont de chaque côté hein ! Pas de jaloux ! Tout le monde d'accord. Ah ben si carrément, mais qu'est-ce tu veux aller faire de l'autre côté, il y a rien ! Forcément, t'as toujours envie d'aller de l'autre côté mais pourquoi faire ? À moins que ce soit créer des choses à y faire... Tout à l'heure, on parlait d'agora, on est complètement dans l'idée Agora.

Le côté parking de Leclerc, t'as un côté "t'es obligé de participer parce que voilà t'es pris dans le sac !". C'est pas mal aussi ça. si c'est pour aller à la rencontre des gens et discuter comme ici du territoire, et ben pourquoi pas aller sur le parking de Leclerc ? C’est un bon endroit, il est central par rapport au territoire EtquandSaint-Herblainlancedescerclesderéflexions, ils le font sur ces espaces-là, sur le parking de Leclerc, ils font des agoras citoyennes. La Loire, ça a été laissé à l'abandon donc maintenant c'est de la boue et de la vase, ça a plus un intérêt visuel ! C'est moins intéressant, sauf à marée haute mais à marée basse c'est pas beau quoi. Haute île c'est pas abandonné ! Il y encore des pécheurs. Pour moi la haute ile c'est pas encore mort au niveau maritime ni au niveau fluvial. C'est parce qu'on n'expérimente plus, qu'on ne bouge plus, qu'effectivement les choses sont figées et donnent l'impression d'immobilisme. L'envasement est un problème.

Mais il faut écouter les marins hein ! Relier les lieux de vie, c'est ça l'idée. Il y a un manque de visibilité sur le territoire. On sait pas qu'en se mettant sur le parking de Leroy Merlin, on est à deux pas du village. Quand on a du bricolage à faire, on va emprunter du matériel aux voisins. Pas vrai Bruno ? Leroy Merlin nous a dit la dernière fois "Oh Dominique, on aimerait bien participer à la fête des couleurs!". Pourquoi t’achètes des outils alors qu’on pourrait tous les partager ? C’est ça l’idée... En même temps, Fly ou Monsieur Meuble, ils vont peut-être pas aller dans le sens "Je fais mon meuble à côté de vous et je viens rien vous acheter."


56- Le quartier de l’interaction - FAIRE RELATION


57 «Cette parole peut sembler hors sujet dans le registre habituel de l’évaluation des projets d’architecture ou d’urbanisme. C’est pourtant parce qu’elle est inattendue qu’elle révèle un rapport inédit à l’habiter par le rapprochement dans l’instant de plusieurs échelles de la perception.» Jean-Yves Petiteau

> L’itinéraire : Glaner plutôt que flâner Une traversée des «îles vertes» de Salvador

Dans la continuité du processus d’allers et retours avec les îles et leurs habitants, nous avons aussi effectué un itinéraire avec Salvador, habitant de Haute-Île et membre de l’association Confluence. Cette démarche nous a permis d’expérimenter le fait «d’aller avec quelqu’un» dans sa manière d’habiter. À la suite du dîner, nous avions convenu avec Salvador de nous retrouver pour un itinéraire dominical en lui laissant le soin de préparer le trajet. Le jour venu, nous avons acceptés de nous faire emporter par celui-ci à la fois dans son voyage physique que dans son récit, nous nous sommes retrouvé à naviguer entre ses îles.

Les îles vertes de Salvador D’abord, il y a ses «stations gourmandes» constituées d’arbres fruitiers ou de plantes nourricières qu’il récolte lors que c’est la saison. Puis il y a ses espaces d’opportunités : tous ces endroits qui pourraient être cultivés si on lui laissait l’occasion de planter quelques graines. Enfin, il y son jardin, qu’il aime regarder pousser et sur lequel notre itinéraire s’est arrêté.

Finalement, cette expérience nous a permis de nous rendre compte de la richesse de ces «îles vertes» sur ce territoire, que ce soit l’estran avec sa flore inondable, les espaces verts de représentation (de l’hôpital par exemple) ou bien les délaissés végétaux qui jalonnent le site.

Habiter Haute-Île en récit La méthode de l’itinéraire nous a permis aussi d’évoquer d’autres aspects de l’habiter du territoire de Haute-Île. Les gravats de long de la ligne de chemin de fer nous ont par exemple renvoyés aux nombreux déplacements de populations roms sur les îles. L’odeur de la savonnerie nous a permis de parler de l’épisode de la «commission ALVA», lorsque l’entreprise de la zone industrielle avait été accusée de polluer la Loire avec ses rejets. Cet épisode témoigne d’ailleurs d’une difficulté de dialogue entre le territoire de Haute-Île et celui de la zone industrielle. En fin de compte, c’est la combinaison de tous ces espaces-temps qui nous a permis de dresser un récit de l’habiter de Salvador.


58- Le quartier de l’interaction - FAIRE RELATION Fragment de l’itinéraire réalisé avec Salvador

S : On peut passer voir un pommier sauvage. Je l’ai découvert un jour où je voulais m’isoler un peu. Et puis euh « tiens un pommier » ! Là récemment en y retournant avec ma mère on a retrouvé un petit chêne au pied. C’est marrant parce que y’a pas de pommier alentour, pas de chêne alentour. Bon là le chêne il est tout petit. Ce qui est assez marrant pour le fenouil et l’aneth, y’avait des gars qui travaillent de la mairie, des paysagistes, et on voit cette plante-là avec ma mère, on va les voir et on dit « euh excusez-nous mais vous savez ce que c’es que cette plante ? ». Ils savaient pas. On a su je ne sais plus où. Mais pas par les gars de la mairie !

Alors ils mettent des plantes qui ne sont pas vraiment acclimatées. Je trouve ça un peu aberrant. Le bambou euh il monte pas là… Il aurait soif ! Un petit géotextile là histoire de bien polluer. Ce qui est assez délirant c’est que j’ai des voisins, ils voulaient faire un truc joli selon leurs goûts, donc ils ont mis une grande bâche bleue, ils ont percé à certains endroits pour mettre leurs plantes et des cailloux sur la bâche bleue. Et puis bah y’a des plantes qui poussent, ils ont arraché les plantes et ils ont rajouté du caillou. Mais le problème c’est que plus ils vont rajouter des cailloux plus ils vont donner de la place aux racines pour s’étendre, ça augmente la taille du substrat, les plantes vont encore plus se battre. (rires).

Ah non y’a des gens dans le village…

Moi j’essaye de garder de la convivialité mais c’est vrai que… (rires). Des fois justement on voit passer la dame

de cette maison, parce que le samedi matin elle fait le ménage, elle jette les poubelles. Mais elle a arrêté. Ou alors avant 11h parce que nous à 11h 12h on fait la permanence pour le composteur. Et bah moi je suis en mode convivial tout le temps, alors je lui dis comme ça « alors vous avez quelque chose pour nous ? », bah non elle va jeter à la poubelle. 5 minutes après on la revoit passer avec encore d’autres sacs pour la poubelle. Alors je dis en rigolant « mais c’est de la provocation ça c’est pas possible ! » Et puis la personne qui était avec moi elle s’est choquée elle-même un peu, je sais plus ce qu’elle a dit mais un petit peu plus agressive. Ca a jeté un froid. Mais en même quelqu’un qui allait jeter des poubelles il avait forcément de l’organique. N : Bah ouais. S : Faut arriver à dire le truc sans…

plantes aromatiques là.

Tiens c’est de la sauge ça. Moi je pense qu’il devrait y avoir que des

N : Oui il y aurait des bonnes odeurs. S : Oui des bonnes odeurs et aussi parce qu’elles sont médicinales… L’allopathie. N : C’est quoi ? S : C’est de la médecine j’ai envie de dire brutale. Antibiotique, inflammatoire, matériaux de synthèse. Au contraire de l’aromathérapie, les huiles essentielles. La phytothérapie avec les plantes, les tisanes. Y’a une grosse influence de l’esprit sur le développement des maladies. Si on est démoralisés c’est foutu. On peut prendre toutes les chimio qu’on veut. (silence) Tiens hier on a eu la visite de Egrainage ! Ils sont venus au composteur. Parce que c’est cette voie ferrée qu’ils veulent utilisés. N : Ouais. Ils ont démarche vachement alimentaire. Du coup je pense que ça les intéresse de voir les initiatives existantes. Ouais ils sont cools. S : Ouais ouais, ça fait plaisir de voir des projets alternatifs. .....

Parce que c’est vrai que là c’est de la simple juxtaposition. Les usines, la ville, les commerces, de la ville, des usines. Sans que y’ait de lien alors que ce serait très intéressant… Par exemple cette usine, là on voit la savonnerie et derrière y’a Alva. Et je leur

avais proposé, parce que de temps en temps ils peuvent prévoir qu’il va y avoir des grosses puanteurs dont souffre le village. Et donc je leur avais proposé qu’ils mettent un panneau d’affichage avec… N : Les horaires où ça dégaze quoi ! S : Ouais ! (rires) Et aussi qu’ils nous en donnent les « clés », que nous aussi on puisse faire des annonces. Du genre « fête du village », ou «

le gars de l’usine il m’avait répondu « oui mais on a peur que ce soit pris comme si le village nous appartient, ça deviendrait village Alva », il avait pas envie quoi. Toujours des n’oubliez pas composteur 11h 12h ». Et

bonnes raisons pour pas faire ce qu’ils veulent et inversement. On est tous un peu comme ça (rires). N : Oui mais certains plus que les autres.

S : C’est vrai qu’on embête beaucoup Alva. Tiens ça a l’air d’être en friche là. Ah non y’a un camion dedans. N : Ouais mais c’est complètement ouvert. S : Alors le sol aussi faut voir, les premières plantes qui arrivent, qui se contentent de peu et qui vont venir enrichir le sable. N : C’est la pampa là !


59 S : Y’a deux chênes. N : Ah ouais ! Ils sont minus. S : C’est marrant parce que y’a pas un seul chêne à la ronde. ..... Alors là le sol il est…c’est là aussi que l’on voit les premières plantes qui arrivent, qui se contente de peu et puis qui vont enrichir le sol. N : Ouai ..... N : Et c’est la pampa là !

Donc là il y a un pommier sauvage.

S : Ouai. N : Ah il est en fleur !

S : Ouai là il est en fleur…Et N : Il y a deux ? S : Deux chênes. N : Ah ouai putain, ils sont minus !

en fait il y a deux chênes aussi.

c’est marrant parce qu’il n’y a pas un seul chêne à la ronde. Le pommier donne des petites pommes sauvages, très bonnes. S : Ouai et

N : C’est quoi comme sorte de pomme ? C’est des… ? Ca n’existe pas vraiment ? S : C’est des sauvages. N : Ouai

On dit si tu veux faire des arbres fruitiers et notamment les pommes et puis d’autres aussi, si tu veux qu’il donne il faut le greffer. Mais c’est pas vrai, mais si tu le greffes tu va avoir des pommes plus grosses… S:

N : Ah ouai, alors que là c’est des petites naturelles. S : Pleines de goût et pas bourrées de pesticides. ..... S : Ça on dirait l’arbre… N : Que l’on a vu tout à l’heure ouai. .....

S : Donc les savons qui sont fait là il y en a beaucoup qui sont fait à partir de la graisse animale qui est tiré de … N : De chez Alva S : De chez Alva ouai. Il y a un tuyau qui va directement d’une usine à l’autre. 816 N : C’est vrai ?! S : Ouai ouai. (rires) N : Et après ils le vendent à qui ce savon ? S : Bah à des grandes surfaces… N : lls le revendent à d’autres marques genre Nivea et tout ? S : Ah bah ils font Persavon, ils ont des marques… .....

Le gros tas de gravas qui est là c’est pas anodin hein N : C’est pour…. ?

C’est pour que les Roms ne puissent plus ramener des caravanes.

S: N : Ah ouai d’accord.

S : Et du coup on vit dans…j’ai pas N : Ah ils ont laissé un chemin quand même. S : Tiens N : Ah oui.

envie de dire le Liban mais bon…ça parle quoi.

là il y a de la tulipe.

S : Sinon il y a des daturas qui poussent aussi la dessus. Là on en voit un cadavre. N : Oh putain c’est quoi cette fleur ?! S : Ça c’est la datura avec ses graines qui sont un poison hallucinogène. N : C’est vrai ? S : Si on n’en prend pas trop c’est grosse hallucination si on en prend trop on décède. N : Ah ouai. (rires) Il vaut mieux le savoir. S : C’est une plante médicinale aussi mais là du coup il faut en prendre encore moins. N : Oui à petite dose quoi. (rires) Remarque des fois c’est vrai que ça guéri trop quoi. S : Ça te guérit trop ouai (rires) c’est ça ! (silence) Je suis en train de me demander si ça ça serait pas de la camomille. Ça sent pas grand chose…Il y a pas les fleurs en plus. Fin quand heu quand il y aura les fleurs je m’en rendrais plus compte. .....


60- Le quartier de l’interaction - FAIRE RELATION


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II - Réinterprétations conceptuelles des îles > S’approprier le territoire Développement de la notion d’insularité

«Toute appréhension d’un problème environnemental postule le développement d’univers de valeurs et donc d’un engagement éthico-politique. Elle appelle aussi l’incarnation d’un système de modélisation, pour soutenir ces univers de valeurs, c’est-à-dire des pratiques sociales, de terrain, des pratiques analytiques quand il s’agit de production de subjectivité.» Félix Guattari

Comme dans une relation nous avons aussi cherché à mieux comprendre cette personne qu’est le territoire et commençons à élaborer des interprétations. Cet ancien territoire historiquement composé de quatre îles n’en est aujourd’hui physiquement plus qu’une.

Aussi, qu’est ce qui fait île sur le territoire? Comment réinterpréter et réinterroger ce caractère insulaire? Pour répondre à ces questions nous proposons quatre axes d’analyse, sources de notre vision et de nos statuts sur le territoire des îles.


62- Le quartier de l’interaction - FAIRE RELATION > Des portes et fenêtres Le rapport des îles à l’extérieur

Quels rapports entretient ce groupement d’îles vers l’extérieur? Leur fonctionnement, conditionné par son caractère insulaire, est à la fois un atout - il leur offre sa riche identité îlienne - qu’une incommodité - les îles manquent parfois de liaisons. Il n’existe pas aujourd’hui de connexion continue vers l’extérieur. Les connexions sont ponctuelles, autant vers la Loire au nord que vers la route de Pornic au sud.

Les portes Nous nommons «portes» les connexions physiques qui permettent de relier physiquement deux endroits. Ainsi les ponts (pont des trois continents et pont de Pornic au nord), le transport fluvial (navette navibus), les ronds-points (sur le boulevard du général De Gaulle et la route de Pornic au sud) ainsi que le chemin de fer sont autant de portes du territoire.

Les fenêtres Nous nommons «fenêtres» les connexions qui permettent d’accéder visuellement à un cadrage sur l’extérieur. Les cales, les pontons, les toits des hangars sont donc pour nous des fenêtres du site des îles.

Un ponton abandonné sur Norkiouse


63 > Un puzzle d’écologies habitées L’emboîtement d’hétérogénéités

«Le terme d’écologie est éclectique. Il englobe des réalités très hétérogènes, ce qui fait d’ailleurs sa richesse. D’abord, c’est une science, la science des écosystèmes de toute nature. Elle n’a pas des contours bien délimités car elle prend en compte aussi bien des écosystèmes sociaux, urbains, familiaux que ceux de la biosphère.» Félix Guattari

Aujourd’hui les îles de Rezé ne sont pas simplement les îles habitées : Haute Île, Basse Île, Norkiouse et Trentemoult mais ce sont plusieurs écologies qui se côtoient. Quand on parle d’écologie on parle de relation entre une population, une activité et un environnement. Nous pouvons ainsi définir la présence de quatre écologies sur le site. L’écologie HABITATION qui correspond aux habitants qui ont un logement sur le site, une activité «habiter» au sens classique du terme. L’environnement de cette écologie est constituée par les villages. L’écologie COMMERCIALE qui s’attache à une population qui travaille ou qui vient faire ses courses sur le site. Une activité marchande s’y pratique dans un environnement de grands hangars de tôle type «boîte à chaussures». L’écologie INDUSTRIELLE qui correspond à une population d’employés travaillant sur des activités secondaires ou tertiaires dans un environnement d’usines.

La zone d’habitation de Haute Île

La zone commerciale Atout sud

L’usine Alva dans la zone industrielle


64- Le quartier de l’interaction - FAIRE RELATION > Des îles résiduelles Les espaces vacants du territoire

Les friches

Les délaissés commerciaux

Nous relevons trois types d’îles résiduelles sur le territoire des îles. Notons d’une part la présence de trois grandes friches : la zone de la sablière à l’ouest, la zone de l’usine Colas aux abords de la Loire et la zone des anciens abattoirs au centre. L’avenir de ces espaces aujourd’hui très convoités est source de nombreuses interrogations.

D’autre part nous considérons aussi que tous les hangars commerciaux possèdent des espaces résiduels. A la fois par leurs surfaces considérables de toitures et de façades inutilisées mais aussi par les espaces d’entre deux qu’ils génèrent.

La zone de la sablière

Vue sur les toitures de la zone Atout Sud

La zone de l’usine Colas

Façade arrière de Fly

La zone des anciens abattoirs

Entre-deux entre Fly et Monsieur Meuble


65 > Des espaces écotoniques Le frottement des écologies

« Une idée bête enchante l’Occident : l’humanité, qui va mal, ira mieux sans frontières. [...] C’est le passé qui nous rappelle que ces frontières garantissent le sens du sacré; ces frontières protègent à elles seules le caractère singulier d’un peuple.» Régis Debray dans l’Éloge des frontières

En évoquant la notion de puzzle d’écologies, nous nous sommes interrogés sur les emboîtements de ces pièces de puzzle. Quelles sont les essences de ces interfaces entre des écologies si diverses mais si proches? C’est ce qu’on l’on a nommé «écotone». Ainsi, nous nous sommes attardés à chercher tous les espaces d’interfaces, là où les écologies se frottent.

L’estran à Norkiouse

Rue de la Basse Île

Selon nous, il existe différents types d’écotones en fonction du caractère des écologies en questions. Aussi, on retrouve de multiples espaces écotoniques questionnant des duos d’écologies : Loire/habitation, industrie/ habitation, commerce/habitation, industrie/commerce, , route de Pornic/ industrie, etc.


66- Projet - Chapitre

Inévitablement, notre démarche d’élaboration du projet urbain, nous l’imaginons à plusieurs mains et à plusieurs têtes. Celles des l’élus, des professionnels de l’aménagement, mais aussi celles des habitants. C’est dans cette optique que nous imaginons un projet urbain pensé et dessiné de manière collective.

CONSTRUIRE ENSEMBLE


67


68- Le quartier de lâ&#x20AC;&#x2122;interaction - CONSTRUIRE ENSEMBLE

La promenade utopique Nos utopies

Utopies Egrainage Etapes Egrainage


69

I. Des projets d’urbanité plutôt qu’un projet urbain

> La promenade utopique

Voyage pédestre dans les îles et leurs écotones

Faire dialoguer un ensemble plus large d’acteurs Dans la continuité du dîner presqu’atelier, la promenade utopique nous permettra de faire dialoguer habitants, mais aussi élus, entreprises, commerçants et membres du collectif Egrainage. En invitant habitants de toutes écologies, nous espérons amorcer une discussion entre tous les acteurs que nous avons pu rencontrer jusqu’à maintenant.

Confronter analyse et projet à la réalité du site

Jamais deux sans trois Dans la poursuite de notre processus d’allers et retours (et d’aller encore) vers les habitants, nous avons décidé d’organiser le 22 juin un dernier atelier public sur les îles. Il sera réalisé en partenariat avec le collectif Egrainage qui a souhaité participer à cet atelier public. La promenade utopique fait partie du projet d’interaction que nous avons mené depuis le début du semestre mais elle poursuit aussi d’autres buts.

En dessinant le parcours, nous avons souhaité passer à travers toutes les thématiques identifiées : ainsi, ensemble, nous pourrons nous balader dans les écotones, contempler l’étendue des délaissés, regarder la Loire par la fenêtre, etc. Il s’agira aussi de présenter nos projets, à la manière d’utopies que nous viendrons «insérer» sur site afin qu’elles soient sources d’échanges et de retours critiques des habitants. Enfin, nous avons prévu un pot de remerciement à la fin au café des bienvenus pour revenir ensemble sur cette promenade


70- Le quartier de l’interaction - CONSTRUIRE ENSEMBLE > Pour des îles enrichies

Quel projet pour ces îles sous pression ? Alors que nous sommes aujourd’hui aux prémices d’un projet urbain des «îles de Rezé», nous avons nous aussi tenté d’élaborer les grandes lignes qui dessinent notre conception du territoire. Par rapport aux données macroéconomique, nous affirmons aujourd’hui une posture qui est la nôtre : consciente de la condition urbaine des îles de Rezé mais libérée de celle-ci. En nous appuyant sur le concept de «ville enrichie» de Frédéric Bonnet, nous avons tenté d’énoncer les principes de notre projet pour ce territoire.

Elements de contexte économique et politique Revenons un instant sur le «macro-contexte» des îles de Rezé : nous sommes aujourd’hui sur un territoire aux pressions multiples comme cela a été énoncé précédemment. La pression financière y est énorme : nous sommes sur un site d’étude qui, grâce aux divers projets urbains en cours, se rapproche du «centre de Nantes» et en vient donc à prendre de la valeur. A cette valeur des sols déjà élevée s’ajoute, dans certains cas, une valeur commerçante : rappelons que les terrains de la zone commerciale Atout Sud - vendus à sa création pour une bouchée de pain par la ville aux enseignes dans le but de créer de l’emploi - sont aujourd’hui hors de prix.

Il y a trois types de projets : ceux issus des initiatives privées sont exceptionnels, et souvent établis sur des territoires riches et très spécifiques ; ceux régulés par la puissance publique, dont les moyens de financement et de management s’essoufflent ; et ceux tout aussi innombrables, issus d’initiatives locales, d’inventions contextuelles : un site, des ressources, des gens, qui bien souvent agissent pour le mieux, parfois malgré les règles, en créant leur propre cadre.

remarquables

Frédéric Bonnet


71

Face à ce vrai coût des choses, nous disposons actuellement de trois types de réponses pour faire du projet, comme énoncé par M. Bonnet. Il y a d’une part, le «laisser faire», qui n’est pas aujourd’hui la méthode nantaise et qui entraînerait un risque de spéculation sur le territoire des Îles. En deuxième alternative, il y a l’action publique forte. C’est à dire que la ville, pour faire en sorte d’avoir un projet urbain bien ordonné, se doit de maîtriser ses sols. Sauf qu’aujourd’hui, en plus du coût énorme des sols sur le territoire des îles, l’action publique se retrouve face à son paradoxe. En revalorisant des sols qu’elle rachète, la ville fait grimper la valeur des terrains adjacents. Dans l’hypothèse d’un lancement d’un projet urbain, ceux-ci lui coûterait alors encore plus chers. Et finalement, il y a la logique qui va dans le sens «bottom-up» : faire du projet en partant d’initiatives locales. C’est cette manière de faire du projet que nous avons tenté d’explorer.

La puissance de l’interaction Cette troisième alternative ne peut toutefois pas se faire sans une assimilation de ces imposantes données macro-économiques. Il ne s’agit pas seulement de bien connaître le territoire, ses habitants, ses «habiter». Il est aussi important, pour appuyer un projet basé sur l’initiative locale que tous soient conscients des logiques foncières. À partir de cela, toute notre démarche prend corps. Au delà du projet, toute la démarche «faire connaissance/ faire relation/construire ensemble» est déjà en soi un projet car elle crée des outils d’échanges, de discussion, de débat pas seulement sur le contexte local mais aussi sur le contexte global. C’est en ce sens que nous nous sommes attachés à aller à la rencontre d’une foultitude d’acteurs du territoire : habitants, élus, commerçants, entreprises, urbanistes, aménageurs. Le projet urbain est pour nous basé sur l’interaction : entre Habitants au sens large (habitants avec un grand H), entre habitants et politiques, entre habitants, politiques

et professionnels de l’urbains. Faire ce projet d’interaction, c’est se donner le bagage de connaissances nécessaire pour construire ensemble. C’est pourquoi notre projet urbain s’attache à créer de la rencontre, créer de la relation. Ce sont les îles enrichies au sens de la «ville enrichie», riches des relations humaines. Quels dispositifs spatiaux mettre en alors oeuvre pour créer ce lien ?

Le fragment comme réponse La ville enrichie se métamorphose avec les richesses citoyennes, politiques, naturelles, culturelles. [...] Elle est écologique sui generi, car elle redonne à la modestie des moyens leur plein effet. [...] C’est aussi une écologie de l’action, c’est à dire la restitution de la puissance du politique, de l’art de l’arbitrage : cela ne va pas sans les rugosités fertiles du conflit et de la controverse, mais cela ne vaut-il pas mieux que le calme apparent de la ville franchisée et de ses normes dérégulatrices ? Frédéric Bonnet

Notre réponse urbaine n’a pas de forme prédéfinie. Elle est contextuelle dans le sens où elle s’attache à conserver les contrastes actuellement à l’oeuvre sur le site. Pour nous, le puzzle d’écologies est une richesse et ce sont les résistances entre ces écologies qui sont supports de projets. Nous souhaitons garder cette hétérogénéité, cette friction entre les îles habitées, commerciales et industrielles d’où un travail concentré sur les lisières de ces îles. Dans ce but, nous nous sommes attachés à définir des fragments architecturaux qui permettent de «faire porte» entre les écologies, de faire du lien tout en conservant les contrastes et les variations singulières à chaque île.


72- Le quartier de l’interaction - CONSTRUIRE ENSEMBLE

> La fractalisation d’une île

Les nouveaux espaces opportunistes d’urbanité Le rapport des îles à l’extérieur

Un puzzle d’écologies habitées

Portes

Villages d’habitation

Fenêtres

Zone industrielle Zone commerciale


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0

Des espaces résiduels Toitures Friches singulières

500 m

Des espaces écotoniques écotone simple écotone diffus


74- Le quartier de l’interaction - CONSTRUIRE ENSEMBLE Ouvrir les portes et les fenêtres

Considérer toutes les écologies sur un même pied d’égalité

Au nord - vers le Loire - ainsi qu’au sud - vers la route de Pornic - il nous semble intéressant d’ouvrir les portes et fenêtres présentes sur le territoire ainsi que d’en créer de nouvelles. Ces actions ponctuelles permettraient de mieux connecter les îles vers l’extérieur tout en gardant leurs caractères insulaires qui fait leurs singularités et leurs forces.

Dans notre dessein du projet urbain nous pensons qu’il est primordial de considérer sur un même pied d’égalité toutes les écologies qui habitent le site. Ce parti pris pourra permettre de reconsidérer la notion d’habiter et d’hétérogénéité. L’épineuse question du «vivre ensemble» et de la cohabitation trouvera peut être alors dans ce statut des prémices de réponse...

Quels statuts adoptons-nous concernant les deux entités qui font îles? Pour ce qui est de la Loire nous pensons qu’il faut construire «avec» et non «contre». C’est-à-dire laisser le fleuve se répandre et considérer l’inondabilité comme richesse du site qui permettrait de guider et non de contraindre le projet urbain. En ce qui concerne la route de Pornic, sa vocation dans un avenir lointain est sans doute de devenir une grande promenade urbaine avec des modes de déplacements doux (vélo, piéton). Toutefois, à court terme, nous pensons qu’il faut ouvrir des portes et fenêtres vers Rezé. Ce travail d’acupuncture permettrait de recréer une cohérence entre Rezé et ses îles.


75 Regarder les îles Réinventer les résiduelles comme espaces écotoniques des îles d’opportunités

L’avenir des trois friches principales semble aujourd’hui être une question incontournable quand on se penche sur le futur des îles de Rezé. Ce sont indéniablement des atouts pour le territoire qui doivent être réappropriés collectivement. Sur les abattoirs nous imaginons un projet dans le temps en acceptant le fur et à mesure. Nous pensons qu’il existe une alternative à la tabula rasa de tous les bâtiments présents actuellement sur le site. L’identification des qualités patrimoniales de chacun d’entre eux pourrait permettre d’imaginer des réhabilitations partielles. Le futur aménagement de la zone de Colas, située au abords de la Loire, devra selon nous jouer avec les aléas du fleuve pour se positionner au mieux entre terre et eau. La sablière, qui est aujourd’hui un immense terrain de jeux et de promenade pour la population, pourrait devenir métaphoriquement «l’île aux enfants». Toutefois, conscients du besoin de logement et dans une démarche de densification de la ville nous imaginons aussi de l’habitat au sein de cette zone.

Les écotones que nous avons repérés sont pour nous des espaces qui font interaction entre les écologies. Ces espaces sont des richesses pour le site avec des potentialités de projet indéniables. Penser un travail par capillarité permettra de venir conserver l’une des richesses du territoire qu’est sa perméabilité. Cela évitera de créer des îles dédiées à des spécimens et permettra plutôt d’imaginer une extension des urbanités.


76- Le quartier de l’interaction - CONSTRUIRE ENSEMBLE

II- Un travail par fragment pour une stratégie évolutive

MAQUETTE COMMUNE 1.2500E

> La question du rapport à la Loire UNE FENÊTRE SUR LOIRE

> Le traitement des écotones PARCOURS DE CURIOSITÉS


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« Moi je travaille plus en plan masse, vous êtes plus dans l’idée d’un fil qui se déroule avec une série de lieux. Vous partez du fragment pour composer une structure. Finalement votre projet spatial n’est pas réglé par le plan masse mais il est très organisé.» Frédéric Bonnet (urbaniste en charge du projet urbain sur la zac des îles) lors de notre présentation le 30 mai 2013

> La réutilisation des délaissés des hangars LA FOLIE DES HANGARS

> L’aménagement des axes historiques LA PROMENADE GAUYER


78- Projet - Chapitre


79

Une fenĂŞtre sur Loire Morgane Gloux (M1)


80- Une fenêtre sur Loire - MORGANE GLOUX PARC MÉTROPOLITAIN

GRUE GRISE PONT DES

PIRMIL

3 CONTINENTS

CHANTENAY

vers pointe est de l’Ile

NORKIOUSE HAUTE-ÎLE TRENTEMOULT SÈVRE

SABLIÈRE

vers estuaire

vers bords de sèvre

le pendule

les cales du Belfast

2

ligne d’eau moyenne

1

les bateaux ré-habités

la cale de trentemoult

3

la place de norkiouse

le mémorial des chantiers navals

la cale de haute-île

le nouveau ponton de pêche

la cale de haute île

4

la Cinquième île

la cinquième île 1

2

scénette

le Nork’House 2

3

3

bar/épicerie

4

4 le Nork’House

1 2 3 4

ligne d’eau moyenne


81

> Une fenêtre sur la Loire Offrir une fenêtre sur la Loire, c’est donner une nouvelle approche des bords de Loire, en insistant sur l’aspect patrimonial des anciennes infrastructures liées à l’identité du fleuve. Se placer le long de la Loire de manière perpendiculaire, tout en sélectionnant différents points-clés, est une façon de contrer le projet d’aménagement existant des berges. De nouveaux usages voient le jour le long des berges. La navette, « la 5e ile », itinérante, permettra de découvrir ce patrimoine, mais aussi de lier notre territoire aux bords de Sèvre, à l’ile de Nantes et à Chantenay.

Une partie du projet se situe sur la place de la cale des chantiers Béziers, entourée de logements sociaux; sur la Loire, avec les trois barges et la péniche abandonnée; et entre les deux, au sein même de l’estran. Sur la place, les 1001 Tables ou un lieu de mixité entre les habitants des logements, mais aussi des passants. Sur la bande végétale, le Fil de l’Estran ou, plus qu’une traversée, un parcours sur une passerelle, ponctué de points d’arrêts et de contemplation. Sur l’eau, les bateaux, le Nork’House ou un nouvel espace de fête pour Norkiouse.


82- La folie des hangars - NICOLAS LE BEULZE


83

la Folie des Hangars Nicolas Le Beulze


84- La folie des hangars - NICOLAS LE BEULZE

extraits d’une séquence filmée sur la rue principale d’Atout Sud


85

> L’émergence d’une cinquième île Mon travail sur la zone commerciale Atout Sud est un choix personnel. D’une part c’est le territoire des îles dont j’ai la meilleure connaissance, mon colocataire et moi ayant pris l’habitude d’aller faire nos emplettes dans les grandes surfaces Leclerc et Leroy Merlin. D’autre part, parce que c’est un endroit fascinant, avec sa grande rue à la circulation automobile ininterrompue, avec ses architecture de hangars quasiidentiques, symboles d’un commerce nomade qui s’installe pour marchander mais se tient prêt à repartir dès que les affaires seront moins bonnes.

Atout Sud est un «non-lieu» selon la doxa. Pourtant, c’est de prendre à contrepied la doxa qui m’attire dans le choix d’Atout Sud comme site de projet. C’est pourquoi, j’ai pris le parti de considérer Atout Sud comme une cinquième île à part entière, à égalité avec les quatre îles existantes de Rezé. À partir de ce postulat, je suis allé chercher les qualités de cette île. Je l’ai explorée, en quête d’espaces opportunistes afin d’y créer de l’urbanité.


86- La folie des hangars - NICOLAS LE BEULZE

collage «l’émergence d’une cinquième île»


87 «Services techniques, architectes-urbanistes ont pesé de peu de poids durant la période de création des grands centres commerciaux. Négocié avec les propriétaires fonciers et les élus, chaque centre commercial occupe aujourd’hui une emprise de plusieurs hectares, gagnées sur des terres agricoles remembrées. Les opérations de remembrement menée dans l’après-guerre ont, à bien des égards, préparé et permis de dégager les grands terrains qu’ont investis les mondes de la consommation de masse.» David Mangin in La ville franchisée

> Introduction Petit historique de la création d’Atout Sud

quartier urbain de logements plus dense, plus intégré à la ville.

Dans les années 60, la ville de Rezé, comme bon nombre de villes souhaite se doter d’une Z.C. et d’une Z.I. pour se développer. Le choix du site se porte sur une portion des îles de Rezé, à l’origine occupée par des terrains agricoles le long du Seil. La ville décide donc de remblayer le Seil afin de créer une pénétrante urbaine (la route de Pornic) et convertit les sols alloués à l’agriculture en zone commerciale et zone

Cependant, la zone commerciale Atout Sud fonctionne très bien sur le plan économique, et le coût des sols étant calculé selon leur valeur «marchande», il est fort probable que les commerçants n’accepteront de se déplacer de leurs emplacements actuels qu’en contrepartie de compensations financières importantes.

«Faire du social, c’est aussi assurer du travail à la génération qui monte.»

M. PLancher, maire de Rezé, lors de la présentation publique du plan de la zone commerciale «Atout Sud», le 15 janvier 1962

industrielle. Les terrains sont revendus à l’époque pour une bouchée de pain dans le but de construire des hangars commerciaux.

Atout Sud face à son paradoxe Durant 50 ans, Atout Sud s’est développée et a continué de croître autour de la rue Ordronneau. Toutefois, elle ne s’est jamais vraiment renouvelée et est aujourd’hui synonyme d’un urbanisme commercial vieillissant. Avec le développement des projets urbains métropolitains, Atout Sud est aujourd’hui à un moment charnière alors que les urbanistes étudient la possibilité de reconvertir la zone en un nouveau

Dès lors, comment envisager l’avenir d’Atout Sud si le coût d’un déplacement de la zone commerciale est trop lourd à assumer pour la collectivité ? Plutôt que d’envisager un projet immobilier lourd qui permettrait de rentabiliser l’achat des parcelles d’Atout Sud, pourquoi ne pas «faire avec l’existant» ? Si on décide conserver les hangars commerciaux, comment en faire un espace d’urbanité intégré à la ville alors que celui-ci est aujourd’hui aménagé selon des logiques de marketing, introverti par rapport à son contexte urbain ? Enfin quelle architecture et quel programme proposer afin de répondre à ces problématiques spatiales ? Nous tenterons, après avoir analysé le site et ses qualités, de délimiter un périmètre de pertinence et de proposer une réponse architecturale adaptée répondant autant à des enjeux fonctionnels, sociaux et sensibles. fonctionnels, sociaux et sensibles.


88- La folie des hangars - NICOLAS LE BEULZE

L’écologie «Atout Sud» parmi les autres îles

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I. Du «non-lieu» au nouveau territoire d’urbanité > «Atout Sud - les isles» : contexte métropolitain et territorial Un centre commercial «de proximité» en coeur de métropole

Aujourd’hui, Atout Sud est une zone qui fonctionne comme bon nombre de centres commerciaux périurbain. Située le long de la route de Pornic, elle capte des populations arrivant en voiture dans une zone de chalandise très étendue (Nantes et Sud d’agglomération). Du fait de sa proximité avec le centre-ville (il est le deuxième centre commercial le plus proche du centre-ville avec Beaulieu), il attire de nombreux clients d’hypermarchés souhaitant éviter les supermarchés du centre-ville, moins fournis et plus chers.

«En matière de choix des sites, la formule est simple : flux, accessibilité, visibilité, co-présence, capacité d’accueil. Les routes nationales pénétrant dans les villes réunissent tous ces critères.» David Mangin in La ville franchisée

Grâce à sa position géographique (proche du centre-ville, le long de la route de Pornic), Atout Sud se révèle donc être une zone commerciale très attractive. En outre, l’importante fréquentation quotidienne depuis Nantes, Bouguenais, Rezé et les îles en fait assurément l’endroit le plus métropolitain des îles.

Un urbanisme aveugle qui éloigne des îles voisines Si elle est assurément un espace métropolitain, Atout Sud est aussi une zone insulaire. Située entre Trentemoult/Norkiouse et Rezé, elle est une barrière physique pour les gens des îles voisines de Trentemoult et de Rezé. En effet, l’aménagement tourné vers les automobilistes (accessibilité,

visibilité, capacité d’accueil) est réalisé au détriment de la circulation à vélo ou à pied, qui deviennent complexes et peu agréables. Cette confrontation d’usages contribue à isoler les différents habitants de chaque île sur son île. Enfin la zone semble complètement déconnectée des autres îles : Sa logique commerciale très contrastée avec l’île de Trentemoult empêche la création de liens entre les îles. Dès lors, ces îles pourtant proches apparaissent éloignées.

«C’est vrai que moi, pour me garer pour le navibus, je vais toujours me garer dans Trentemoult alors que je pourrais me garer à Leroy Merlin.» Salvador, habitant de Haute-Île

Atout Sud la métropolitaine autarcique Atout Sud se trouve dans une situation urbaine paradoxale, alors que celle-ci, comme nombre de zones commerciales périurbaines, est un lieu métropolitain par excellence. La ville voisine de Saint-Herblain a d’ailleurs décidé d’utiliser ce potentiel à ses fins en organisant des séances de concertation publique sur les parkings d’Atlantis. À l’inverse l’île-zone commerciale apparaît aujourd’hui éloignée et isolée de ses voisines. Dès lors, comment l’intégrer urbainement afin d’en faire un morceau de ville à part entière et permettre de créer des liens avec Trentemoult et Rezé?

«Leroy Merlin nous a dit la dernière fois "Oh Dominique, on aimerait bien participer à la fête des couleurs!"» Dominique Poirout, élue de quartier des îles de Rezé


90- La folie des hangars - NICOLAS LE BEULZE > Critique de l’urbanisme commercial d’Atout Sud Une zone monofonctionnelle Comme la plupart des zones commerciales, Atout Sud a été aménagée uniquement pour la circulation automobile. Tout doit être accessible en voiture, les magasins doivent pouvoir être repérés depuis la route et on doit pouvoir se garer au plus près du commerce pour charger facilement les marchandises et éviter d’avoir à marcher à pied. Il en résulte aujourd’hui une mono fonctionnalité de la zone : la place pour le flâneur à pied ou le cycliste y est complètement négligée (trottoirs abimés, poubelles, arbres prenant tout la place, absence de continuité piétonne, de voies cyclables). En outre, la minéralité du site (sol en bitume à perte de vue) et l’absence de recherche d’aménagement végétal (verdure résiduelle en parterres d’herbes, arbres taillés en «brosse à toilette» le long de la route) accentue cette absence de recherche de qualités spatiales sur l’ensemble d’Atout Sud. Les horaires d’ouverture des commerces qui viennent régir la vie de la zone achèvent d’en accentuer le caractère monofonctionnel : Hormis la journée en semaine, Atout Sud est complètement désertique le soir et le dimanche alors qu’elle pourrait être un terrain de jeu géant.

Systématisme de la forme urbaine La forme urbaine d’Atout Sud est très systématique : la rue Ordronneau sert de colonne vertébrale à l’ensemble de

la zone. C’est à partir de cette rue que se déploient les accès aux commerces et aux voies secondaires. L’implantation des hangars commerciaux y est très systématique. En partant de la rue Ordronneau, on retrouve peu ou prou la même logique : Rue Ordronneau > Trottoir > Accès voiture > Panneau d’enseigne géant > parking aérien > trottoir > entrée du magasin. Les parcelles sont séparées par un rebord planté haut de 15cm rendant la circulation entre deux commerces impossible pour les personnes à mobilité réduite. Chaque hangar est ensuite lui-même construit en milieu de parcelle en négation du sol, mais aussi en négation du contexte bâti puisqu’il n’y a pas de dialogues entres les hangars ou de dialogue entre les hangars et le contexte voisin de la zone commerciale (Trentemoult et Norkiouse au Nord).

Des architectures de hangar Architecturalement, les bâtiments présentent peu d’originalité architecturale. Conçus en structure métallique (systèmes poteaux-poutres ou portiques), ils ont tous une forme cubique composée de façades légères métalliques. La façade avant est composée d’une entrée où est inscrit en grand le nom de l’enseigne. Quelque fois, il y a recherche de mise en valeur de l’entrée (voir Fly page suivante), les deux façades latérales sont aveugles avec de temps en temps des entrées de service. La façade arrière est souvent dédiée au stockage des déchets, via une benne ou un enclos grillagé.

«Les firmes commerciales dégagent des marges telles dans certains secteurs, que pour des raisons de concurrence, d’images, de fiscalité, elles doivent investir continuellement dans le renouvellement des produits et parfois des idées. Cette course au concept et à la créativité jouera-t-elle un rôle positif dans l’amélioration des environnements urbains ? La réponse intéresse au premier chef l’avenir des friches - résidentielles, commerciales ou industrielles - de première couronne. Là se trouve peut-être, à court terme, un espace d’innovation» David Mangin in La ville franchisée


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Répartition des activités commerciales le long de la rue Ordronneau 1 2 3 4 5 6 7 8 9

Dépôt Semitan + Parking-relais Campanile Tout se loue (outillage) Leroy Merlin (bricolage) Leclerc Peugeot (garage) Centre Fitness Ucar (location véhicules) Conforama (mobilier)

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Gémo (habillement) Mondial Moquette + Heytens (décoration) Boulanger (multimédia) Saint-Macloud (décoration) Norauto (garage) Equipa (mobilier) Chantemur (décoration) La Halle (habillement) Gifi (mobilier)

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(discount + multimédia) Destock Ouest (décoration) Centrakor+Compagnie du lit (mobilier) Fly (mobilier) Monsieur Meuble (mobilier) Cuisinella (mobilier) + Leader Price Leroy Merlin (bricolage) Leroy Merlin (bricolage)t

enseigne géante arbres «brosses à toilette» rue Ordronneau V i d e d’arrière

Vide de toiture

Vide de façade

Vide de parking

Coupe transversale à la rue Ordronneau le long du hangar 21


92- La folie des hangars - NICOLAS LE BEULZE > Le «Strip» Ordronneau

Atout Sud vue à la manière de «Learning from Vegas» Enseignes Hangar

Façade avant

Côté/Entre-deux


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Arrière

Espace public avant

Vue aérienne


94- La folie des hangars - NICOLAS LE BEULZE

Port de Trentemoult

Rivière de la jaguère

Les Atouts d’Atout Sud Ecotone Trentemout/Atout Sud et Norkiouse/Atout Sud Délaissés de toiture réutilisables

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Cadrages «bandes d’opportunités»

oult tem Tren ne to éco s issé déla ités s poro sés is a l é d d t su atou

Norkiouse écotone porosités délaissés atout sud

lt emou Trent otone éc ité porossés is déla sés délais s sé délais ité poros sud atout

Bandes d’opportunités pour des projets d’urbanité au sein d’Atout Sud

oult Trentem e n to o éc és porosit omicr és s is déla ud

atout s


95 > Les nombreux atouts d’Atout Sud Au-delà de la critique première qui en a été faite, Atout Sud est une zone commerciale possédant de nombreux atouts qui sont autant d’opportunités à exploiter au sein de la zone et en faire un territoire d’urbanité.

accessibles qu’il suffirait simplement de traiter pour rendre réel le passage à travers Atout Sud (voir catégorie «Entredeux» ci-avant).

Deux ensembles paysagers proches à reconnecter

L’écotone qui borde la zone commerciale au Nord est en fait la trace historique du Seil, le bras mort de la Loire qui séparait les îles de Rezé du Sud Loire. En venant travailler sur cette lisière, on a l’opportunité de faire un projet qui relie des écologies qui aujourd’hui cohabitent mais se tournent le dos.

Atout est située entre deux grands éléments paysagers : au Nord la Loire, avec le port de Trentemoult, extrémité ouest de l’aménagement urbain des berges et début de l’estran qui file ensuite jusqu’à Haute-Île. Au Sud, de l’autre côté de la route de Pornic, la rivière de la Jaguère qui se déverse dans les plaines inondables. Cette rivière urbaine constitue la limite entre Bouguenais et Trentemoult depuis le Sud de l’agglomération. Elle est bordée tout du long par une promenade qui relie plusieurs entités : Sud de l’agglomération, collège de Rezé, centre administratif de Rezé, tramway, etc. Dès lors, relier ces deux ensembles paysagers par une ligne de mobilité apaisée qui traverserait Atout Sud constitue une opportunité d’aménagement. Plutôt que de commencer l’aménagement urbain par les grandes infrastructures, il s’agit ici de partir du piéton pour penser la ville : un franchissement d’Atout Sud et de la Route de Pornic dédié aux déplacements doux permettrait d’offrir aux habitants des îles une alternative à la voiture pour se rendre au Sud et à Rezé et permettrait de prolonger la promenade de la Jaguère jusqu’à la Loire.

Une zone poreuse L’opportunité d’une traversée apaisée d’Atout Sud est rendue possible, notamment grâce à la porosité de la zone commerciale. Avec ses hangars implantés en milieu de parcelle, la zone commerciale offre de nombreux entredeux aujourd’hui abandonnés mais

Et derrière coulait une rivière

Une foultitude de surfaces résiduelles opportunistes Enfin, Atout Sud avec ses hangars commerciaux est riche d’une importante étendue de surfaces de délaissés : toitures inutilisées, façades aveugles, fonds de parcelles et entredeux vides qu’on pourrait réinvestir. C’est le sens du projet de venir rémployer ces «délaissés» en venant y créer de l’urbanité. En construisant sur les toits, on vient réutiliser des surfaces aujourd’hui abandonnées et profiter de vues dégagées sur Rezé et la Loire. En construisant le long des façades, on vient remettre de la vie dans les entre-deux.

Bandes d’opportunités Afin de synthétiser cette recherche d’atouts, j’ai imaginé des cadrages archétypaux : les «bandes d’opportunités», en m’inspirant des «bandes programmatiques» de Koolhaas. Celles-ci s’appuient à chaque fois sur l’écotone et font émerger des espaces résiduels et opportunistes qui deviennent supports de nouveaux territoires d’urbanité pour la zone commerciale Atout Sud.


96- La folie des hangars - NICOLAS LE BEULZE «Pour venir à Trentemoult en vélo, je prends le petit chemin de la Jaguère, on se rend même pas compte de la 4 voies. Il faudrait le reconnecter à Trentemoult en passant par le parking-relais qui marche pas.» François Guillement, Atelier Public Mob’Îles, CNSL

«On devrait obliger les industries à avoir des toits végétaux pour la biodiversité des abeilles.» Mademoiselle X, Atelier Public Mob’Îles, Ecorev

La compagnie du lit

RUE ORDRONNEAU

Monsieur Meuble Fly

Cuisinella/ Leader Price

N PROMENADE GEORGES COLDER PORT DE TRENTEMOULT

Axonométrie explicative du site de projet


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II. La folie des hangars

> Un projet d’architecture du disponible

«Rien ne se perd, rien ne se crée, tout se transforme.» Antoine de Lavoisier

Un projet de conversation entre écologies Initié par des habitants rencontrés lors des ateliers publics mob’îles, le projet reprend plusieurs idées énoncées : D’une part, la traversée apaisée d’Atout Sud pour reconnecter la Loire et la Jaguère et le réinvestissement des toitures d’autre part. En introduisant de nouveaux usages autour de la zone commerciale, le projet vise aussi à réintroduire de la conversation entre entreprises commerçantes, métropolitains faisant leurs achats sur Atout Sud et habitants des îles de Rezé, qui aujourd’hui s’ignorent. En ce sens, plusieurs rencontres avec les habitants mais également avec des responsables de hangars commerciaux ont été entreprises avec l’espoir d’instaurer un moment de dialogue lors de la «promenade utopique» du 23 juin.

Introduire de l’urbanité dans les délaissés Le projet s’inscrit dans un chevauchement d’écologies, au niveau de l’écotone Trentemoult/Atout Sud, la promenade Georges Colder. En s’appuyant sur cette promenade, il s’insère ensuite sur l’arrière et dans l’entre-deux des hangars «Compagnie du lit», «Fly» et «Monsieur meuble». La dernière partie du projet consiste à réinvestir les toits de ces hangars en venant construire dessus grâce à une surstructure légère. En construisant dans ces endroits, le projet s’engage à ne pas détruire de hangars commerciaux mais à tenir compte de l’existant. Il s’agit alors de réactiver «l’autour» de ces hangars et de leur redonner une forme urbaine

contextualisée et à échelle humaine.

Un programme en lien avec les commerces d’Atout Sud En lien avec les entreprises commerciales présentes sur le site, l’édifice propose un programme fondé sur le réemploi des ressources du territoire d’Atout Sud. Au moyen d’ateliers de bricolage publics, le projet explore une alternative à la gestion actuelle des déchets des entreprises d’Atout Sud, une zone où commerçants de mobilier, d’outillage et décoration sont très largement représentés. Il s’agit aussi à l’heure de la densification de la métropole de proposer des espaces dédiés au bricolage pour les métropolitains qui ne possèdent pas de garage ou d’atelier dans lequel ils pourraient bricoler.

Des ateliers de bricolage métropolitains Le programme se décompose ainsi : à la petite échelle, il offre des mini-ateliers de bricolage plus privatifs, fonctionnant de manière autonomes, les «boîtes à outils». De plus, le projet propose aussi des ateliers plus larges permettant de mettre en partage un outillage plus lourd. Il est composé de : - Un «Recyclarium», sorte de bibliothèque de matériaux de récupération dans lequel il sera possible de venir piocher. - Un «Théâtre des Machines», atelier de fabrication, composé de machines de découpes et d’assemblage mises en scène sur l’extérieur - Une «Vitrine», espace de réflexion. Elle contient aussi bien des espaces de partage des savoir-faire qu’une salle d’exposition permettant de mettre en valeur les réalisations.


98- La folie des hangars - NICOLAS LE BEULZE Des îles aériennes Sur les toits, le programme se déploie sous forme d’îles afin d’exploiter la grande superficie disponible, l’ensoleillement et la vue avec des aménagements légers : - Une «île verte», composée de potagers de toiture et d’espaces de détente. - Une «île aux insectes», où seront installés ruches et hôtels à insectes dans un jardin de plantes à faible racinaire. - Une «île du soleil» proposant d’utiliser l’apport solaire en toiture : serres de jardins et panneaux photovoltaïques.

Une architecture du disponible Finalement le projet réutilise les délaissés laissés par les hangars commerciaux afin d’y réintroduire

de l’urbain et s’attache à réemployer les déchets mis à disposition par les entreprises (invendus, marchandises présentant des défauts ou ayant subi des problèmes de transport, etc.). En ce sens, il constitue une architecture du disponible en utilisant toutes les ressources du site à disposition.

«Dans l’élaboration des objets, des bâtiments et de la ville qui se renouvellent continuellement, avant même d’envisager le recyclage des objets tombés en désuétude (nouveau cycle de la matière, coûteux en énergie), leur simple réemploi permet une économie et mise en perspective historique et sociale.» Jean-Marc Huygen in La poubelle et l’architecte

> La réactivation d’un autour

La réactivation de l’autour des hangars est aussi ancrée dans le temps, elle est constituée de plusieurs phases de construction.

Coloniser Il s’agit de construire dans les interstices les premiers ateliers de bricolage («boîtes à outils») afin de «parasiter les hangars». Afin d’amorcer l’usage avant l’édifice, les constructions se feront sous forme de chantiers publics.

Révéler En montant sur les toits, en construisant et en y cultivant, on prend conscience des possibles de ces toitures.

Durer À partir de ces premières étapes, la traversée de la zone commerciale peut se développer : l’espace privatisé des hangars se «publicise» et est rendu plus vivant et plus urbain par les aménagements réalisés. On peut alors projeter le franchissement doux de la route Pornic en passant à travers Atout Sud.


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Intention première

Intention seconde

Intention troisième

La promenade Georges Colder

Entre-deux des hangars de Fly et Monsieur Meuble

Etape 1 : Habiter les entre-deux avec des ateliers de bricolage

Etape 2 : Réinvestir les toitures : «l’île verte»

Etape 3 : Franchissement visuel : Afin de révéler la proximité des distances entre la Loire et la Jaguère et l’opportunité d’un franchissement physique, le format des panneaux publicitaires routiers est détourné. Sous chaque pancarte est écrit «sur votre gauche, à 600m à pied, sans passer par les ronds-points.»


100- La folie des hangars - NICOLAS LE BEULZE > Vers un patchwork architectural ?

Rebecca King, Crazy Patchwork, 1881-1900

«La réalisation du patchwork avait d’abord un but pratique de réutilisation de fragments de tissu divers issus de découpes nécessaires pour d’autres travaux.»


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102- Parcours de curiosités - CLÉMENCE MAUTOUCHET


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Parcours de curiosités Une promenade de la négociation plantée dans les écotones des îles de Rezé

Estuaire 2029 #2 Clémence Mautouchet


104- Parcours de curiosités - CLÉMENCE MAUTOUCHET


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> Avant propos Les îles de Rezé, avant le lancement de ce projet, sont pour moi à la fois séduisantes et atypiques mais surtout intrigantes et mystérieuses. Je les connais en effet surtout de l’extérieur, depuis la rive opposée, le Bas Chantenay. Je participe dans ce quartier, en parallèle du projet, à l’animation d’ateliers citoyens sur le thème du « diagnostic sensible du paysage urbain ».

«Aujourd’hui, la concertation, voire la participation, apparaît bel et bien comme un impératif politique dans la production des espaces publics. En d’autres termes, la production des espaces publics va désormais de pair avec une mise en débat dans la sphère publique. Celle-ci serait non seulement le gage d’une meilleure appropriation de l’espace par les citadins dans toute leur diversité, dans l’optique de fabriquer des espaces de mixité, mais permettrait aussi aux pouvoirs publics d’améliorer la durabilité des nouveaux aménagements, par une conception au plus proche des pratiques, des besoins et des désirs des citadins associés au processus.

Il n’existe, pourtant, à ce jour pas de recette miracle. L’encadrement législatif reste relativement lâche et les acteurs de l’aménagement tentent chacun dans leur territoire, avec des résultats souvent mitigés, d’inventer des techniques ad hoc qui favorisent l’implication des habitants tout en préservant les prérogatives décisionnelles des élus et la légitimité technique des services municipaux.» Antoine Fleury & Stéphane Tonnelat dans l’article Espaces publics urbains et concertation

Nous sommes aujourd’hui dans une période charnière où diverses techniques de concertation sont à l’essai. De par mon stage, je m’interroge sur ces problématiques. Comment passer d’une concertation à une participation habitante ? Comment donner de la « capabilité » aux habitants ? Comment les rendre partie prenante dans la conception des futurs aménagements urbains qui constituent leur environnement ? Ces interrogations prennent aujourd’hui pour moi tout leurs sens dans un territoire en pleine mutation qu’est celui des îles de Rezé.


106- Parcours de curiosités - CLÉMENCE MAUTOUCHET

«Ramener le bâtir au domaine auquel appartient tout ce qui est». Or «ce qui est» n’est-ce pas pour moi : 1. ce que je sais nommer, 2. ce qui m’est familier et ce qu’en un certain sens j’habite ? N’y a-t-il donc pas dès l’origine un lien entre la parole, l’être, le monde habité par l’homme ?» Extrait de la conférence prononcée par Martin Heidegger en août 1951 à Darmstadt.


107 > [A]ménager le territoire

Texte et collage d’intentions aux prémices d’un projet

L’espace habité est teinté, coloré par la subjectivité de son habitant, de son «caractère», de ses mœurs, de ses souvenirs, de ses mouvements et gestes, de son rythme et de sa vibration. Tel un puzzle le paysage des îles de Rezé métisse des activités diverses et variées animées par ses Habitants. Ce territoire, aujourd’hui en pleine mutation, est enclin à une dynamique qui lui offre une vitalité propre. Face à ces changements on peut s’interroger. Comment ce territoire va être agencé ? Quelles vont être les parties prenantes du projet de mutation ? Comment mettre au grand jour le dessous des cartes et des décisions? Comment imaginer un travail collectif du territoire ? Un travail à plusieurs mains - celles de l’habitant, de l’élu, de l’urbaniste – n’est-il pas nécessaire ?

A la manière du tableau « Do it yourself » d’Andy Warhol le territoire n’est-il pas un immense terrain de dessin? Un espace sur lequel chacun peut venir y mettre « sa patte », son « grain de sel », son dessein. Les parcelles, engorgées de numéros, redessinent les îles et la diversité des visions, des idées, des possibles qu’elles contiennent. Les numéros s’enchevêtrent montrant aussi la complexité du travail sur un tel territoire. Ainsi, on peut se questionner sur «l’[a]ménagement» de ce territoire, ce territoire physique, ce territoire habité ? Comment, par un agir micropolitique, participer à rendre la ville plus écologique et plus démocratique, à rendre les espaces de proximité moins dépendants d’un processus hiérarchique et plus accessibles aux Habitants. Finalement, comment, par un travail dans les interstices, imaginer une mise en relation de ce patchwork des îles ?

Do it yourself flowers - Andy Warhol - 1962


108- Parcours de curiosités - CLÉMENCE MAUTOUCHET

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Les sentiers existants : faire le tour des îles sans s’y introduire Sentiers piétons existants

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109 > Retrouver le sens de la marche en milieu urbain Un sentier pédestre au coeur des îles de rezé

« Nous on a jamais eu de voitures, on a toujours resté dans le quartier, not’ sortie dans le temps, on allait à la pêche à Cheviré, moi j’allais avec mon p’tit vélo là-bas, on avait monté une espèce de cabane avec un sac en plastique, quand y pleuvait j’tricotais en dessous du sac plastique, c’était gai dans le temps ! On a jamais eu de voitures, on a jamais fait comme les autres, on a jamais quitté le quartier. Moi jvous dis quand je sors ma chienne, on en voit plus à pied qu’en voiture hein. Y’a des choses que je vois qu’y a des gens qui voyent pas ! Parce qu’à pied on voit quand même davantage de choses, c’est différent. Les gens passent en voiture, ils ne vivent pas les gens, ils sont toujours…Tandis qu’à pied… » Anette L., habitante des îles depuis 70 ans

Suite à mes premières interrogations je réfléchis sur la nature des premiers outils à mettre en place pour réinterroger les concertations «classiques» ? Au travers de l’entretien effectué avec Mme L. je trouve des prémices de réponses dans sa critique de l’empressement. Aussi, comment contrecarrer cet appétit constant de rapidité ? Finalement comment réapprendre à observer son territoire pour mieux le connaître, mieux le comprendre et ainsi mieux l’accompagner dans ses mutations ?

L’idée d’un parcours piétons m’apparaît alors comme une évidence. J’effectue suite à cela des recherches sur les sentiers existants sur le territoire. Il en existe, mais ce sont des sentiers qui contournent les îles sans les pénétrer. En effet, la conception habituelle des sentiers pédestres privilégie des espaces arborés, au calme et en pleine nature. Toutefois ces îles «de l’intérieur» n’ontelles pas des choses à montrer elles aussi ? Comment remettre en question la vision classique des sentiers de grande randonnée et imaginer une randonnée urbaine ? Le projet artistique et culturel « GR urbain Marseille 2013 » va dans ce sens en proposant une nouvelle expérience de la randonnée pédestre. A travers campagne et lotissement, cabanons et garrique, réserves naturelles et autoroutes, bastides et zones industrielles, oppidiums et zones d’activités, ce sentier métropolitain se veut révèler les poches de poésie de l’urbain et du périurbain. Je commence alors à penser, en me raccrochant aux sentiers existants, à l’élaboration d’un «GR urbain» dans les îles de Rezé.

GR 2013 Sentier urbain à Marseille


110- Parcours de curiosités - CLÉMENCE MAUTOUCHET Différents paysages urbains qui profilent la promenade

Agora

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Une promenade dans les écotones Promenade dans les écotones

Vue intérieure des abattoirs (lieu de l’agora)

Vue extérieure des abattoirs

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111 > Une promenade dans les écotones Explorer la lisière des écologies Venir travailler les plis « Parce que c’est vrai que là c’est de la simple juxtaposition. Les usines, la ville, les commerces, de la ville, des usines…Sans que y’ait de lien alors que ce serait très intéressant…» Employé de l’entreprise Otis

Comme nous l’expliquons dans la première partie de ce travail, les îles de Rezé sont constituées de multiples écologies. C’est un territoire qui possède une hétérogénéité d’activités qui se confrontent peu entre elles. Aussi, dans ce territoire de résistances, aujourd’hui sous pression, comment ménager tous les Habitants du site ? Il existe déjà de nombreux outils de négociation dans les écologies «en interne» : conseil de quartier dans les zones d’habitat, conseil de développement des entreprises dans les zones industrielles...D’une part comment les révisiter, les réinterroger et d’autre part comment faire de la négociation dans des territoires d’entre deux ? Ne faut-il pas inventer une négociation dans les écotones, à la lisière des îles, dans ces espaces où les écologies se frottent ? Dans l’élaboration d’un projet commun, il me paraît certain que les écologies peuvent s’enrichir mutuellement. C’est ainsi que ma vision de ce «patchwork» d’îles se dirige vers les interstices. C’est dans ce sens que, plutôt que de les imaginer comme des frontières, je considère ces espaces comme des marges. Comment par un jeu de reconnaissance passer de l’interstice à l’interaction ? Dans ce territoire de contrastes, comment venir ouvrir une clairière pour accompagner les rapports? L’idée n’étant pas de «reconnecter les mondes» mais plutôt d’accueillir et d’accompagner les personnes dans les espaces de l’entre deux. Dans ce territoire perméable que sont les îles de Rezé je commence à alors à imaginer un fil qui se déroule dans les plis. Traversant habitats, usines, commerces et friches il questionne, confronte des mondes et rend de nouvelles coexistences manifestes.

Une agora au centre de la promenade Dans de nombreuses villes en mutation il est fréquent de voir s’installer un lieu propice au «dialogue citoyen». On le nomme «Hangar 32» sur Nantes, «Maison de la démocratie» sur Montpellier ou encore «Pavillon de l’horloge» sur Romainville. Ils sont des points de repères dans la ville où le citoyen sait qu’il peut venir y débattre du futur projet urbain. Il me semblait important qu’il existe, au travers de la promenade, ce lieu débat centralisé. Au coeur de la promenade : le site des anciens abattoirs de Rezé. D’une superficie de dix hectares il constitue un emplacement stratégique dans l’agglomération nantaise et représente aujourd’hui un enjeu fort pour le site. A l’abandon depuis plus de dix ans il est source de nombreux projets et de diverses controverses. Par son emplacement central et son poids symbolique il me semble être le lieu opportun pour y installer cet espace de discussion privilégié. Pour l’avoir parcouru à plusieurs reprises j’y ai repéré une dynamique habitante qu’il me semble importante de conserver et d’accompagner. En effet, dans cet ample complexe un espace particulier (par ses qualités constructives et architecturales) a déjà été investi. Le mouvement pourrait se poursuivre et, après une réhabilitation plus poussée, cet endroit pourrait devenir «l’agora» du parcours. Ce serait un espace qui permettrait aux citoyens, aux politiques, aux collectifs locaux ainsi qu’à nous, professionnels de l’aménagement, urbanistes, architectes et paysagistes, de venir débattre et dessiner le futur projet en dessin sur le territoire. Cet acte de réhabilitation serait une première intervention génératrice d’un projet plus ample qui viendrait ensuite se construire dans le temps.


112- Parcours de curiosités - CLÉMENCE MAUTOUCHET

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Agora

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Emplacement des «curiosités» dans la promenade

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113 > Une promenade rythmée par des curiosités Travailler des fragments singuliers Rythmer le parcours

Des fragments singuliers

Bernard Tshumi, dans son travail au parc de la Vilette, prouve qu’il est possible de construire un complexe architectural sans avoir recours aux règles traditionnelles de composition et de hiérarchie utilisées dans la majorité des projets de grande échelle. Il organise le parc sur un principe de superposition de trois systèmes autonomes de points, lignes, surfaces.

Au travers de nos ateliers publics nous nous sommes déplacés et avons fait le choix d’aller à la rencontre de tous les habitants du territoire. Chaque expérience fut singulière et différente en fonction des personnes rencontrées et a permis un enrichissement mutuel.

Pourrait-on imaginer le territoire des îles de Rezé sur ce système ? Le parcours dans les écotones, tel la promenade cinématique de Tshumi, viendrait alors se glisser dans les écologies (surface du site). Quelles seraient alors les «folies», ces points qui rythmeraient la balade ? C’est par ce questionnement que je m’interroge sur les repères qui, en complément de l’agora, pourraient venir ponctuer le parcours. Des micro agoras disséminées dans le territoire ? J’élabore alors un travail de repérage des endroits qui, par leurs résistances singulières, me paraissent être des lieux d’installation pour un élément source de négociation au cœur du territoire.

« A la recherche de morceaux de territoire qui ne sont pas forcément regardés. »

Aussi, selon moi chaque écotone est singulier et il n’existe pas une seule façon de travailler ces lieux mais bien de multiples manières. Chaque négociation est unique et se traite de façon singulière. Il existe donc des résistances, propres à chaque lieu repéré. Sur ce parcours des écotones je repère finalement dix points clés où je décide d’installer ce que je nomme des «curiosités». Ces architectures, simplement par leurs présences, «plantent le décor» et interrogent l’espace et les habitants. Elles sont des caisses de résonnance, des lieux d’échanges sur l’espace public. Comme au travers des folies de Bernard Tscumi ce n’est pas tant l’architecture en elle-même qui se veut générer de l’activité mais surtout ce qui s’y passe autour. Ainsi, j’imagine par ce travail à la micro échelle, tenter de venir réinterroger des fragments de territoire choisis.

Nicolas Tixier

Ce travail de repérage redessine et précise peu à peu le parcours.

Les folies de la Vilette - Bernard Tschumi - 1982/1998


114- Parcours de curiosités - CLÉMENCE MAUTOUCHET

1

2

9

10

3

8 4

6 7 5

Principe de fonctionnement des points d’arrêts Un usage spécifique Une «micro pépinière»


115 > Contenu des curiosités

Un usage spécifique associé à des micros pépinières urbaines

Un usage spécifique à chaque lieu Ces dix fragments repérés correspondent à dix scènes métropolitaines singulières. De par les écologies qu’elles confrontent, elles génèrent des résistances qui sont le point de lancement d’un programme. Ces nouveaux usages, satisfaisant un besoin habitant, je les définis et les singularise en fonction de chaque lieu. Ils sont de nature et d’échelles différentes : de la station de bicloo à l’aménagement d’un simple mobilier urbain en passant par la création d’un espace de tiers lieux.

Des micros pépinières urbaines Sur chacun de ces lieux je viens y ajouter un espace planté, une «micro pépinière urbaine». Tel le concept de «guerilla gardenning» ces espaces de jardinage viennent envahir le territoire et (re)verdir l’espace public. Il s’agit finalement d’une colonisation impromptue de la nature dans des endroits inattendus. Ces micros pépinières sont ouvertes à tous. Chacun peut venir y cultiver fleurs et arbustes pour son usage personnel. En outre, certaines des plantations sont des plantations que chacun cultive pour le futur espace public.

Guerilla gardenning

Cette idée a été testée à Mermoz au travers du projet «Prenez racine». Le principe est de proposer aux habitants de venir cultiver dans un espace des végétaux qui pourraient être utilisés demain dans le cadre des aménagements futurs. « Le compost, pour moi c’est l’agora du quartier, tous les samedis matins, entre 11h et 12h. C’est ma tribune, je peux y mettre mon grain de sel. » Salvador, habitant de Haute Ile

Cela me semble intéressant dans le territoire des îles de Rezé car il permet de faire adhérer les différents habitants du site autour d’un même projet qui les touche tous car relatif aux futurs espaces publics aujourd’hui en négociation (tels que les sites des abattoirs, de la sablière ou de l’usine Colas).

Pépinière urbaine «Prenez racine» à Mermoz Coordination : Tierry Boutonnier


116- Parcours de curiosités - CLÉMENCE MAUTOUCHET 1 Curiosité pépiniériste

2 Curiosité contemplative

3 Curiosité relaxante

4 Curiosité recycleuse

5 Curiosité passagère


117 6 Curiosité studieuse

7 Curiosité vagabonde

8 Curiosité bricoleuse

9 Curiosité vélocipédique

10 Curiosité florale


118- Parcours de curiosités - CLÉMENCE MAUTOUCHET

ÉVÉNEMENTS

Première traversée dans les écotones avec présentation du projet et plantation des Festival dans les abattoirs et redécouverte du lieu premières graines

Début de construction des curiosités

CONSTRUCTION Juin 2013

Réhabilitation partielle des abattoirs

Eté 2013

Sept. à déc


c. 2013

119 > Une démarche dans le temps

Ponctuer le processus de constructions concrètes et d’événements temporaires

Installation de l’équipe d’urbanistes dans les abattoirs

Déambulation collective de déplantation des arbustes disséminés dans les «micro pépinières» et replantation dans les espaces publics en construction Réunions participatives et dessin du projet urbain dans l’agora

Suite des constructions des curiosités

Début des travaux de nouvelles constructions sur les espaces de friche (ex. sablière)

2014

Des temporalités différentes Il me semble primordial de porter une attention toute particulière à la manière de mettre en action de ce projet. Tout d’abord j’imagine la mise en oeuvre des «curiosités» sous forme de constructions participatives. En effet, la concertation ne commencerait-elle pas à ce stade de la création commune ? Passer par le «faire», le «construire ensemble» est selon moi un moyen qui permet de sortir des réunions publiques classiques et d’enclencher de premières discussions. D’autre part, les lieux une fois construits pourraient avoir différentes temporalités. Ils peuvent être des espaces «test» d’usages qui permettent une possibilité d’ajustement et une remise en question perpétuelle.

2015

Ces architectures pourraient donc être éphémères. Mais on pourrait aussi imaginer que certains de ces lieux puissent se pérenniser et enclencher une réflexion sur des projets à plus long terme. Enfin, on pourrait imaginer des actions à court terme qui permettraient de rendre les habitants acteurs de leur territoire et d’animer celui-ci. Finalement, ces architectures installées dans l’espace public pourraient être considérées comme des «événements aménageurs» qui viendraient «planter le décor» des futurs aménagements. Des interventions à l’échelle citoyenne pour un projet global.


120- La promenade Gauyer - MIRWAÏS RAHIMI


121

La promenade Gauyer Mirwa誰s Rahimi


122- La promenade Gauyer - MIRWAÏS RAHIMI


123

Promenade ‘‘Gauyer’’

1

> Se baigner les pieds dans les rivières Le projet urbain puis le projet architectural, l’un après l’autre, ouvrent une nouvelle approche des iles de Rezé. Le traitement des axes historiques dévoile d’abord l’histoire cachée du site, puis son importance. Dès le début de sa création, des activités commencent à apparaitre tout au long de ces axes. Leur traitement urbain, avec un «regard actuel», va entrainer leur renaissance par l’intégration de nouvelles activités qui vont venir les animer. Le projet architectural ouvre un monde de connaissances sur l’estuaire et notamment sur la richesse de sa faune et de sa flore. L’estuaire n’est pas un jardin public, qui se consomme et puis s’oublie, il se découvre et s’apprivoise doucement, sensiblement. Le projet permet de découvrir les différent acteurs, les différents «visiteurs» autant que les différentes espèces, ce qui permet d’apprendre à connaitre le vaste monde de l’estuaire.

1. L’expression trentemousines ‘‘ se baigner les pieds dans les rivières ‘‘


124- La promenade Gauyer - MIRWAÏS RAHIMI

‘‘Les villes nous façonnent autant que nous les façonnons.’’

Vue depuis la cité Radieus


125

‘‘En se penchant sur l’histoire des villes, on constate que la planification et la structuration de l’espace urbain influencent les comportements humains et la façon dont les activités s’y déroulent. L’Empire romain avait ses villes coloniales, avec leur trame stricte et fixe de rues principales bordées de forums d’édifices public et de casernes, une formule qui venait renforcer leur rôle militaire. La rénovation urbaine stratégique de Paris entreprise en 1852 par le baron Haussmann, en particulier avec ses grands égards, a facilité le contrôle militaire de la population tout en créant un cadre propice à la naissance d’une « culture des boulevards « : les cafés se sont multipliés le long de ces vastes avenue ou il faisait bon se promener. ‘‘2

1. Jan Gehl, pour des villes à échelle humaine


126- La promenade Gauyer - MIRWAÏS RAHIMI

Vue depuis le quai président Wilson (ile de Nantes)


127

>Derrière la carte postale Lors du commencement du projet, nous avons fait le tour du site en passant notamment le long de l’estuaire, et nous avons remarqué les interventions d’artistes et d’architectes en bordure de Loire, de façon récurrente. Les différentes visites que l’on à pu faire m’ont fait penser à l’image de Manhattan à New York et au Taj-Mahal à Agra: dans toutes les boutiques et les endroits touristiques, on aperçoit des cartes postales avec des vues magnifiques et parfois impressionnantes. Si par hasard vous allez visiter les coulisses de ces lieux, vous y découvrirez les vrais visages de Manhattan et du Taj-Mahal, l’insalubrité et le manque d’attention. Mais revenons à Nantes. Ici, depuis quelques années, le Voyage à Nantes impressionne à la fois touristes et habitants. La politique invite les gens à venir sur L’lle de Nantes, ou à profiter de la visite de l’estuaire. Cependant, ce n’est pas seulement aux architectes, aux artistes ou aux «décideurs» de prendre les décisions, mais aussi aux habitants. Jusqu’à maintenant la majorité des habitants de Trentemoult n’aiment pas l’œuvre d’Estuaire 2007 ( La Pendule). «Le génie du lieu n’existe pas, c’est les habitants que le créé.» On ne voit les œuvres d’Estuaire 2007-2012 que depuis le bateau. C’est peut-être encore une fois l’histoire de la carte postale, ou peut être que cette œuvre à été faite par la Loire pour la Loire.


128- La promenade Gauyer - MIRWAÏS RAHIMI


129

>(Quadriparti) Pour moi, l’expérience de l’atelier public était une découverte puisque je n’en n’avais jamais pratiqué auparavant. Les documents que nous avons produits pour cet atelier public nous ont également énormément servi. Avant de commencer l’atelier public, je ne savais ni par quoi commencer ni de quoi parler. Le seul exemple que j’avais était celui de Nantes 2030. À la fin de l’atelier public, je me suis senti ému par les si nombreux témoignages et par l’importance que les habitants lui avaient accordé. Je me suis rendu compte que les habitants étaient autant attachés à l’histoire et aux potentialités de la ville que nous l’étions. Suite à cet atelier, nous sommes intervenus à différents endroits afin de présenter notre démarche. A ce moment là, j’ai constaté que le trajet que nous prenions et les rencontres que nous faisions se trouvaient le long d’un ancien axe. Il y avait aussi toutes sortes d’activités: logements, zone portuaire. industries, commerces, loisirs... Pendant l’atelier public nous prenions naturellement ce chemin, sans vraiment connaître le quartier. J’ai alors été intéressé d’en savoir plus. Au bout de ce chemin, il y avait une autre route qui le rejoignait perpendiculairement: l’Avenue de la Loire. Celle-ci était différente du Boulevard Victor Scheolcher, une voie rapide qui a séparé les iles en deux morceaux, industries et commerces, comme la route de Pornic qui a séparé les iles de Rezé. L’avenue de la Loire à un nom assez «impressionnant», mais la fonctionnalité est assez faible. Le point de croisement de ces deux axes verticaux et horizontaux ont fait émerger un point d’accroche, une nouvelle centralité. Ce point d’accroche m’a fait penser au mythe de la Source, la source d’eau qui sort naturellement de terre. Le point où cette «eau» jaillit peut «alimenter» les quatre iles, en jalonnant l’environnement tout au long de ce chemin. Comme le Quadriparti chez Heidegger, sa lecture qui progresse pour l’essentiel selon deux axes.


130- La promenade Gauyer - MIRWAÏS RAHIMI

>Portrait de territoire Histoire de l’axe

‘‘[A} Cet endroit fut autrefois le théâtre de rassemblements importants que l’on appelait ” L’Assemblée des Roquios”. [B} Aujourd’hui place Saint-Pierre, la place du bourg était alors une place qui ne connaissait pas encore le bitume. Les passants disposaient alors de toute la place nécessaire pour pouvoir circuler librement et les enfants de l’école voisine, l’école communale des garçons, y trouvaient là également une aire de jeux adaptée et en plein air. Nous sommes au début du siècle dernier et l’on imagine très bien le calme ambiant qui pouvait régner, comparé aux bruits de la circulation d’aujourd’hui. Sur la gauche, on aperçoit la devanture d’une boulangerie et même si elle est fermée aujourd’hui, cette maison a toujours accueilli ce type de commerce. Au fond, on peut apercevoir également l’avenue des marronniers qui mène à Trentemoult, ancien port de pêcheurs, devenu petit port de plaisance bien connu des Rezéens pour son côté pittoresque. [C] Durant la seconde moitié du XIXe siècle et jusqu’au début du XXe siècle, Trentemoult recense près d’une centaine de capitaines au long cours parmi lesquels des Cap-horniers. La proximité des chantiers nantais situés sur l’autre rive, lesquels ont construits grands nombres de leurs voiliers, explique entres autres cette concentration de navigateurs… Les armateurs, eux, n’avaient qu’à se tourner vers Trentemoult pour recruter ses officiers et constituer ses équipages venant pour la plupart de la Bretagne. Se sentant à l’étroit dans les maisons de pêcheurs, les officiers se sont fait construire autour du vieux village, d’imposantes maisons bourgeoises pourvues de jardins d’agréments caractérisés par la présence de plantes exotiques ramenées de leurs lointains voyages. Ce sont d’ailleurs ces plantes

que l’on peut apercevoir tout au long de la rue qui lui ont données cette curieuse appellation de « Petite-Californie ». Avant de prendre ce nom, la rue s’appelait « route des Couëts » car elle permettait de se rendre droit au petit bourg de Bouguenais en empruntant le pont du même nom, construit en 1857. Ce pont qui n’existe plus aujourd’hui, enjambait le Seil. [D] L’historien local Michel Kervarec, auteur de nombreux ouvrages sur l’histoire de la ville de Rezé, s’est intéressé à l’origine de ce nom. Après avoir supposé comme beaucoup une origine anglo-saxonne, celui-ci a réfuté cette hypothèse après avoir cherché dans des documents anciens. Au cours des siècles passés, il a trouvé plusieurs formes d’orthographe pour ce lieu : l’Ortiouse, l’Orthiouze, l’Ourtiouze, Nortiouse, Northiouze, Norkhouse, etc… Jusqu’à Northouse et plus récemment Norkiouse. Il a envisagé la possibilité d’un “H” disparu en tête du mot, ce qui donne à l’origine, l’Hortiouse. En vieux français, il existe le mot hort ou hourt venu du germanique hurd. Ce mot désigne, dans l’architecture militaire du Moyen Âge, un ouvrage en bois surmontant une muraille, ancêtre des créneaux en pierre. La présence d’un soubassement de tour a été attestée, il y a une centaine d’années à quelques mètres du rivage. L’Hortiouse serait donc une tour fortifiée médiévale… Une auberge a été construite sur ce socle au début du XIXe siècle jusqu’à ce que, des années plus tard vers 1870, un habitant des lieux entreprit de récupérer les pierres pour son usage personnel faisant disparaître définitivement les traces de cette tour médiévale…’’ 1

1. http://retrovilles.fr


131

L’Avenue des Marronniers (L’avenue de la loire) [A]

La place de l’église et l’avenue [B]

Rue de la Californie [C]

Norkiouse [D]


132- La promenade Gauyer - MIRWAÏS RAHIMI

Derrière le Colas


133 >Chemin au bord de l’eau La ligne qui va lier les Habitants.

En 1970, on voulait raser Trentemoult pour construire de nouveaux logements. Aujourd’hui, c’est le quartier le plus visité de Rezé. Sous l’influence de la ville, Haute-ile est devenue la «petite Trentemoult», avec ses maisons colorées et ses placettes assombries. Au contraire, Basse ile et North-House sont «abandonnées», comme ce témoignage le figure: «On est complètement délaissés par rapport à la mairie. C’est un peu comme si on n’existait pas. Parfois ça nous arrange, parfois on a l’impression qu’on ne fait pas parti du reste. Haute ile et Trentemoult sont des jolis quartiers, mais à Basse ile et North-House, on n’a rien. Il n’y a ni le charme de Haute Ile, ni les couleurs de Trentemoult. C’est un peu un No man’s Land». J’ai alors pensé à proposer des logements à Colas et sur la friche de Rev’Orient afin que ça puisse équilibrer le secteur du logement de Rezé. En effet, la répartition des logements n’est pas égale: 84% de logements individuels, 14% de collectifs et 2% pour le reste. Sur les iles de Rezé, il y a seulement 2% logement social. Le parc immobilier de Rezé s’est accru pour atteindre 17000 logements environ en 2005. 28% des ces logements sont situés dans les quartiers de Pont Rousseau et de Saint Paul, alors que les iles de Rezé n’en comptent que 4%. Cela marque un déséquilibre territorial dans l’implantation des logements. Depuis que la Ressourcerie de l’ile (anciennement Ecorev), s’est implantée, de nombreuses personnes y viennent. Il y a un sorte de vide au milieu des quatre iles, ce qui les a déséquilibré. Pour relier ces quatre iles, j’ai trouvé un fil conducteur important issu de l’empreinte historique. Cette dernière fait part de la première fondation de l’ile jusqu’à maintenant et montre un axe fondateur: le Chemin d’Intérêt Commun. Toutes les activités, des logements à l’industrie en

passant par les commerces, les loisirs et les équipements publics, sont jalonnés autour. Le projet urbain concerne donc un travail sur les axes situés tout au long de l’ile, horizontalement et verticalement. Le chemin qui lie Trentemoult à Haute Ile est donc historiquement nommé Chemin d’Intérêt Commun tandis que celui qui lie la Loire à la mairie de Rezé s’est appelé l’Avenue des Marronniers. L’idée est alors de réaménager ces axes historiques. Ce cheminement va chercher à la fois la Loire et Rezé. L’idée majeure de cet aménagement est de rendre la priorité aux mobilités douces et de réinstaurer une certaine convivialité entre les habitants. Quelques éléments viennent enrichir la promenade comme le Pont de Pornic, la Gare de Pont Rousseau et le CIAP (centre d’interprétation et d’animation du patrimoine). Sur le Pont de Pornic, il y a déjà la présence d’un aménagement pour mobilités douces, ce qui va amener une continuité à la promenade. La Gare de pont Rousseau est un bâtiment impressionnant, caché derrière la route de Pornic. Le CIAP va quant à lui être construit à partir de 2014, par l’agence Berranger et Vincent. D’après eux cet élément « Signal « va fonctionner comme repère et devenir le point de départ, ou le point d’arrivée, d’une promenade possible. Comme nous l’avons expliqué dans la partie collective, cette démarche va créer un lien entre nos projets. Le principe de la mise en œuvre des mobilités douces n’est pas d’interdire complètement la circulation automobile, mais d’en limiter la vitesse pour améliorer la sécurité des piétons ou des cyclistes mais également la qualité de l’environnement.


134- La promenade Gauyer - MIRWAÏS RAHIMI

Selon une étude sur les rues commerçantes de Copenhague effectuée en 2003, le niveau d’activité est sept fois plus élevé devant les façades actives que devant les façades inactives.

Basse-ile. À l’échelle de 5 km/h correspondent des espaces et des signaux visuels de petite taille, de même que de nombreux détails et une proximité avec les passants. À l’échelle de 60 km/h correspondent de vastes espaces. À cette vitesse, il est impossible de remarquer les détails ou de reconnaitre les gens.


135

En 2007, à Brighton au Royaume-Uni, la ville de New Road à été convertie en rues où les piétons ont la priorité. La rue est devenue nettement plus fréquentée qu’auparavant, tout en maintenant un espace partagé où ont lieu des activités très variées. 1

Dans les années 1960 et 1970, alors que l’invasion de la ville par l’automobile s’accélérait, il n’existait essentiellement que deux types de rues: celles vouées à la circulation des véhicules et celles réservées aux piétons. A la même époque, les rues qui étaient tracées dans les nouveaux quartiers obéissaient au principe des réseaux distincts: celui de la circulation des véhicules motorisés et celui des piétons et des cyclistes. L’idée, très séduisante en théorie, s’est presque toujours avérée difficile à mettre en pratique, car les piétons cherchent généralement à emprunter le chemin le plus court. Après que le premier choc pétrolier eut provoqué une importante diminution de la circulation, on a constaté une diversification des types de rues. Des rues à usages multiples, les woonerfs, ont vu le jour aux Pays-Bas. L’idée s’est vite répandue ailleurs en Europe. Ces dernières décennies, les idées relatives à la réorganisation et à l’intégration de la circulation se sont répandues un peu partout dans le monde. Un nouveau type de rue est venu s’ajouter aux autres: l’espace partagé. Celui-ci fonctionne bien à condition qu’il soit clair pour tout le monde et que les piétons y aient la priorité absolue.

1. Jan Gehl, Pour des villes à échelle humaine


136- La promenade Gauyer - MIRWAÏS RAHIMI

>Déroulement du projet

2013

INTERVENTION PONCTUEL

2015 AXE BLEU ET AXE ROUGE

INTERVENTION PONCTUELLE :

Intervenir tout au long de l’axe couterait une fortune. Pour maîtriser ce coût, mon projet traite l’axe de façon ciblée tout en gardant le sens de la continuité. Cela se fera grâce au traitement du sol, du mobilier urbain ou par le travail de l’éclairage qui serviront de fil conducteur.

AXE BLEU ET AXE ROUGE :

Le tronçon menant de la Rue des Chevaliers jusqu’à la rue de la Californie fonctionnera comme un axe bleu, où la circulation automobile sera réduite et donnera la priorité aux mobilités douces. Parallèlement, celui de la rue de l’ile Macé jusqu’à la Rue Ordronneau va fonctionner comme un axe rouge, où la circulation automobile sera lourde. L’opposition de ces deux approches va donner de la valeur à l’axe bleu et à ses mobilités douces. L’axe perpendiculaire, l’Avenue de la Loire, continuera jusqu’au marché de poissons.


137

2016

UNE VILLE ANIMÉE

2018

WOONERF

UNE VILLE ANIMÉE :

La présence de rues bordées de «façades ouvertes» est un élément déterminant de l’attrait d’une ville et des types d’activités que l’on va y pratiquer. Transparentes, accueillantes et actives, ces façades donnent à l’espace urbain une échelle humaine adéquate, là où celle-ci prend toute son importance : à proximité et à hauteur de regard.

WOONERF :

Le terme woonerf provient de la langue néerlandaise et il signifie « cour résidentielle » (Zone résidentielle). Il s’agit d’un aménagement de la rue qui permet à la fonction habitat de prendre le dessus sur la circulation. L’automobile n’y est pas bannie, mais la priorité est donnée au piéton et l’aménagement est propice à la tenue de diverses activités. Aux Pays-Bas, il est possible de reconnaître le woonerf grâce à sa signalisation particulière. L’objectif général du woonerf est l’amélioration de la qualité des quartiers par la priorisation des piétons. La recherche d’une diminution de la vitesse des véhicules n’est pas une finalité recherchée, mais plutôt une condition permettant à la vie de quartier d’être améliorée.


138- La promenade Gauyer - MIRWAÏS RAHIMI


139

>Le Programme du Projet: 1. Réaménagement de l’axe: il faut intervenir sur différents points : •Traitement des façades •Système «antenne», vers Rezé et la Loire, 2. Espace public:

•Équiper cet axe avec de l’équipement public,

3. Au croisement du Cardo et du Decumanus: Cette analogie va prendre de la valeur quand l’axe vertical, l’Avenue de la Loire, croisera l’axe horizontal, le chemin au bord de l’eau, anciennement appelé chemin d’intérêt commun. Au croisement de ces deux axes, il y aura un marché de poissons qui sera mon projet architectural.


140- La promenade Gauyer - MIRWAÏS RAHIMI

La

Papiers peints

CIAP

0

500 100

1000m

>Le projet à une échelle plus large. Le traitement de l’axe historique pose la question du traitement du sol. Notre site étant en zone inondable, pour la prévention du risque de la montée des eaux, notre intention a été de diminuer les zones bitumées. Le travail du pavage et le traitement des espaces publics vont limiter les risques liés à l’inondation. Les zones marécageuses, anciennement considérées comme des zones inutiles, sont pourtant les filtres des écosystèmes: elles réduisent la pollution, confinent les dommages de l’inondation et permettent à l’eau de s’infiltrer dans les nappes phréatiques. Malheureusement, beaucoup de zones humides ont été bitumées. En aménageant les axes avec du pavage, nous permettrons à l’eau de s’infiltrer pour remplir les nappes phréatiques locales et réduire le niveau des potentielles inondations. Les édifices remarquables aux alentours de l’axe historique, le logement de Dominique Perrault, la cité Radieuse, la mairie de Rezé, la gare de pont-Rousseau, le Pont de Pornic et le futur CIAP (centre d’interprétation et d’animation du patrimoine ), ont créé des zones «patchwork» qui, liées, pourraient former une balade agréable. Les façades, comme celles de la Ressourcerie de l’Île à la rue de Basse ile et celles du magasin «Papiers peints» à la rue du Général Leclerc, sont comme des «feuilles blanches», vides et lisses. Mon projet propose une boutique de fleurs à la Ressourcerie de l’ile pour offrir les meilleures possibilités d’interactions entre artisans et clients. En effet, l’un des points forts de notre site est la présence d’espaces verts à l’abandon pour lesquels j’ai imaginé un nouveau jardin de cultures et d’expérimentations botaniques. Cette boutique permet non seulement de vendre des fleurs mais elle peut être aussi utilisée comme un centre pédagogique pour les fleuristes et les botanistes. À la Ressourcerie


141

Ressourcerie de l’Île

Pont de Pornic

Gare de Pont-Rousseau

N

de l’ile, la présence d’un grand hangar donne la possibilité d’accueillir la boutique, sa réserve et ses ateliers. Cependant, la présence de locaux techniques à l’arrière du magasin «Papiers peints» ferme la possibilité d’une ouverture sur la façade arrière. Cela peut alors permettre aux artistes et aux graphistes, aujourd’hui cachés aux abattoirs, de venir faire vivre ce morceau de ville. «RockCorp, ou quatre heures de votre temps à une association = une place pour un concert exclusif.» Cette association a déjà travaillé pour la Ressourcerie de l’ile et a permis de faire gagner des places de concert pour le Zénith de Nantes. Pour mon projet, j’ai donc imaginé que cette association pourrait trouver un nouveau lieu de concert, exclusif et en plein air, aux abattoirs. Les bénévoles pourraient alors participer aux différentes activités de Rezé. La Ressourcerie de l’ile est également actuellement une plateforme de vente et d’achat d’objets d’occasion. Dans mon projet, elle devient le lieu idéal pour créer un centre de rénovation, restauration ou recyclage, à base des objets récoltés. En effet, la société dans laquelle nous vivons est une société de consommation et la logique n’est pas de produire pour simplement satisfaire les besoins mais plutôt produire pour encourager à consommer toujours plus, toujours nouveau. Cette logique a donné naissance au concept, très prisé des industriels, de l’obsolescence programmée. La surproduction produit beaucoup de déchets chaque année et la Ressourcerie de Rezé est l’un des lieux qui peut offrir une possibilité de requalification de tous ces biens. Enfin, le travail de l’axe historique permet de mettre en valeur les points de Belvédère qui viennent, comme un système d’antenne, trouver la Loire et rejoindre les activités qui s’y passent.


142- La promenade Gauyer - MIRWAÏS RAHIMI

2 8 7

6 2 5

26 3 4

9

0

500 100

1000m

> Les activités au longs des axes. Commercial 1. La Ressourcerie de l’Île 2. Dépôt Conforama 3. Peugeot 4. Centre E. Leclerc 5. Gemo, Chaussures Et Vêtements 6. Décoration maisons 7. Chantemur, Papiers peints 8. Colas

Habitat 9. Logement collectif 10. Résidence étudiante

Industrie 11. SDA, Savonnerie de l’Atlantic 12. Savonnerie et parfumerie Bernard

24

27


143

1

23

21 22

20

10

19 18

17

11

14 15 16

13

25 12

N

13. CELYS, partie de ALVA SAS Group 14. ALVA 15. OSSI Sécurité 16. MSP industrie 17. Echo 18. ? 19. Secomeca, Travaux mécanique 20. Olichon Pavageau et Associés Architectes 21 . OTIS 22. COAXEL 23. Vives Eaux, Mareyeur 24. Enero, l’Energie photovoltaïque

Équipements publics 25. Nouvelle clinique nantaise 26. École Jean Jaures

Loisirs 27. Paint ball


144- La promenade Gauyer - MIRWAÏS RAHIMI

Trentemoult

Pont des trois con

Norkiouse

2

rd de

u bo min a

Che

l’eau

Rue de la

1

Loire

0

500 100

Les parcelles aux long des axes

8

2

1000m

Les Coupes


145

ntinents

Rue des Chevaliers

Rue Félix Éboué

3

4 5 Chemin

au bord

de l’ea

u

N

Gabarit actuelle

Gabarit proposé


146- La promenade Gauyer - MIRWAÏS RAHIMI

2 3.3

7

9

7.5

10

1

Tout au long de l’axe historique, les gabarits de la rue sont variés: ils n’ont pas la même largeur, ce qui va engendrer un sentiment de curiosité et encourager le piéton à marcher et continuer sa balade. Les interventions ponctuelles font croitre ce sentiment de curiosité tout au long de la promenade. Cet axe, comme un chemin qui serpente, augmentera à chaque fois le désir de découvrir les nouvelles activités. Les coupes suivantes permettent de constater le gabarit actuel et le gabarit

12

3

3.6m

10m

4

10m

5


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>Marché de poissons

Si la Loire océane était une rencontre. Au croisement des deux axes, mon projet consiste à dessiner un marché de poissons le long de la Loire, comprenant également un restaurant, un atelier de recherche et un lieu d’exposition . Le restaurant et le marché vont apporter une connaissance plus approfondie de l’estuaire aux habitants. L’estuaire abrite et nourrit les espèces marines ou fluviales, qui ont parfois une grande valeur pour la pêche, tels le bar ou la sole. L’estuaire est aussi la voie de passage d’autres poissons «grands voyageurs». Le restaurant va proposer différentes dégustations de poissons de la région et du monde entier. Cet atelier culinaire va ouvrir aux différentes façons de cuisiner ainsi qu’enrichir les connaissances sur les poissons. Les espèces comme la Civelle, la Lamproie, la Nereis... apparaissent selon les saisons ce qui amènera le restaurant à proposer des menus adaptés au cycle. L’atelier de recherche et d’exposition : la Loire océane, sur ses 140 derniers kilomètre qui la mènent à la mer, se situe entre influences marines et fluviales, entre zones industrielles et humides. Elle se frotte à la mer et à la terre, se charge de sel, brasse et dépose des sables et des vases. A partir de tous ces mélanges, se forment la biodiversité et la richesse du milieu estuarien. Cet atelier de recherche et d’exposition va permettre de voir et d’apprendre. Le premier donne un regard profond sur l’estuaire et apporte des connaissances spécifiques sur l’estuaire de la Loire et notamment sur les recherches concernant la reproduction des poissons. L’estuaire est un lieu privilégié sur la migration des poissons et cet espace va ouvrir un débat sur les différents poissons et leur dégustation.


148- La promenade Gauyer - MIRWAÏS RAHIMI

Mes intentions sur ce projet architectural est d’avoir une continuité de l’avenue de la Loire, et d’avoir un champ visuel vers l’ile de Nantes et la mairie de Rezé. La référence en bas de la page de droite se situe en Turquie, à Istanbul. C’est le Besiktas Fish Market, conçu par un architecte New-Yorkais GAD.

Croquis d’intention


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Croquis dâ&#x20AC;&#x2122;intention

Besiktas Fish Market. GAD


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152- Le quartier de l’interaction > Bibliographie OUVRAGES - Michel de Certeau, L’invention du quotidien, Gallimard, 1990 - Bruno Latour et Emilie Hermand, Paris ville invisible, La Découverte, 1998 - Tierry Paquot, Yvette Masson-Zanussi, Marco Stathopoulos, Alter architectures manisfesto, Infolio & Eterotopia, 2012 - David Mangin, La ville franchisée, Editions de la Villette, 2004 - Robert Venturi, Denise Scott Brown, Steven Izenour, L’enseignement de Las Vegas, Architecture +recherches - Jean-Marc Huygen, La poubelle et l’architecte, Actes Sud, 2008 - Jan Gehl, Pour des villes à échelle humaine, Ecosociétés, 2010 - Marc Augé, Non-lieux, Seuil, 1992 - Patrick Bouchain, Construire en habitant, Acte sud, 2011 - Jean-Yves Petiteau, Madeleine Champs de Mars, récit d’une traversée, 2013 - Daniel Auduc, Trentemoult et les îles, Editions du petit véhicule, 2003 - Michel Kervarec, Rezé au 19ième siècle, Ville de Saint Sébastien sur Loire, 1987 - Michel Kervarec, Rezé pendant la révolution et l’empire, ville de Rezé, 1982 - Jacques Simon, Les gens vivent la ville, 1976 - Regis Debray, Éloge des frontières, Gallimard, 2010 - Colin Rowe, Collage city, Collection Archigraphy, 2002 - Jacques Lucan, Où va la ville aujourd’hui ? Formes urbaines et mixités, Edition de La Villette, 2012 - Félix Guattari, Les trois écologies, Gallilée, 1999 - Giovanni Damiani, Tschumi, Thames & Hudson, 2003

ARTICLES - Antoine Fleury et Stéphane Tonnelat, Espaces publics et concertation in Métropolitiques, 2012 - Michel Corajoud, Le projet de paysage : lettre aux étudiants in Le jardinier, l’artiste et l’ingénieur, collection jardins et paysages, Les Éditions de l’Imprimeur, 2000 - Martin Heidegger, Bâtir habiter penser, conférence à Darmstadt, 1951 - Bernardo Secchi, B. Secchi, l’invité de Thierry Paquot in Urbanisme, 1999 - Les Isles, un patrimoine à préserver in Rezé mensuel, 2013


153 > Médiagraphie VIDÉO - Jean-Louis Hubert, La reine blanche, 1990 - L’abécédaire de Gilles Deleuze, 1988

SITES INTERNET - http://maps.google.fr/ - Google maps - http://www.loire-estuaire.org/ - GIP Loire Estuaire - http://www.iledenantes.com/fr/ - Île de Nantes - http://www.reze.fr/ - Ville de Rezé - http://www.nantesmetropole.fr/ - Nantes métropole - http://www.urbantactics.org/ - L’atelier d’architecture autogérée - http://retrovilles.fr/ - Retrovilles - http://www.loire-atlantique.fr/ - Loire Atlantique (PPRI)


154- Le quartier de lâ&#x20AC;&#x2122;interaction


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Nous souhaitons remercier tous ceux qui ont participé directement ou indirectement à ce projet de fin d’études: Nous remercions tout particulièrement Morgane et Julien pour le travail collectif que nous avons mené ensemble. Nous remercions M. Chérif Hanna, M. JeanYves Petiteau et M. Saweta Clouet pour le soutien qu’ils nous ont apporté dans notre démarche tout au long du semestre. Nous remercions les différents intervenants qui sont venus ponctuellement enrichir le projet : Nicolas Tixier, Xavier Dousson, Anne De Sterck, Bernard Prud’homme Lacroix, Stéphane Bois, Philippe Léon, Flore Grassiot, Ricardo Basualdo. Merci à toutes les personnes qui ont accepté de nous accorder de leur temps et qui ont contribué à rendre ce projet réel : Salvador, Antony & Ermeline, Geneviève, Bruno, Violette, Françoise, François, Emile, Yannick, Eric, Laurence, Soizig, Isabelle, Caroline, Dominique, Mme Lelong, Pierre, Cyril, Mathias, Frédéric, le collectif Egrainage. Merci à ceux qui ont accepté de nous donner un coup de main : Mélanie, Maxime, Leslie, Camille, Antoine, Caroline, Anaïs, Estelle. Merci à nos familles respectives et à nos proches.


Rapport de fin d'études