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porte la veste Adidas, les bottes de gaucho, la casquette de e. le pantalon de kimono ou le perfecto bien ciré. Manu passe sans :':3,ème de la tenue zoulou-zone au costard moutarde coupe fifties. Pas : -r forme. Le groupe hait les poseurs, en souvenir du punk, le véritable :sr1t rock anti{rime. Dans les rades de Pigalle, il n'y a pas de poseurs. orincipe est simple: rester soi-même. Dans ses fringues mais aussi :,:c son surnom et ses tatouages.

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En une

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tournée, au printemps,

le rock

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de

Puta's fever

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a changé Pigalle

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Une ville Gomme Paris a besoin d'un Pigalle, d'un poumon libertaire se greffe la dérive. Pigalle s'est anémiée, elle reste tout de même une :-lerge espagnole, on y mange ce qu'on y amène. Et la Mano s'y baffre.

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.",,re vite. A Sèvres, banlieue sud-ouest de Paris. Manu a grandi là Santi, le batteur de la Mano. lls commencent par jouer dans des

:.:c

::irts

groupes de quartiers. Avec les Black Panthers de Paname.

0n jouait du rockabilly avec eux. Vraiment l'époque héroTque où tu te :cJrres de Fringanor et tu tapes toute la nuit avec des barreaux de chaise : {aire du rockab'. Enfin, à essayer. - T as pris des gnons?

- Moi, rarement. J'étais le petit greumai, la petite bonne gueule. Je traî-

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après pour mater la connerie. Je me suis mis dans un coin et i'ai gratté. Depuis le temps que j'attends/ De passer à la télé/ Depuis le temps que

s toujours avec des craignos mais i'étais'leur petit frère. Encore main-

::rant quand je les revois." l,,1anu

y est je suis adopté/ C'est moi le nouveau chien savant/ Montrer ma queue, la remuer/ C'est moi l'nouveau chien savanV Docile

j'attends/ Ça

en revoit effectivement quelques-uns de la racaille d'autrefois. pas eu sa chance ou celle des Black Panthers. Nénesse par

-:us n'ont

:,emple, le caid de Sèvres. Sa mère bossait à la cantine communale. A sept-huit ans, je bouffais à la cantine. C'était tout le temps le bordel

et bien payé.

- Ce sont des chansons populaires? - 0uais. "Roger Cageot", "la Patchanka","Guayaquil", "Darling" et toutes les autres. A Marseille, les supporters de l'0M sont venus au concert. Après, on s'est retrouvé dans le stade avec eux pour le match 0M-Nice. lls chantaient "Darling" avec des paroles un peu remaniées: Je reviendrai un jour chez toi/Pour t'enculer petit Niçois. Manu a mis sa vesle de combat et relevé la capuche de son survêt' rouge. 0n marche en bande dans Galpi. ll fait froid sur le boulevard. 0n le remonte, comme tous les soirs. Pour prendre le frais, se faire alpaguer par les chasseurs de pigeons et se frotter à leur baratin et leurs tirades

:: quand Nénesse entrait, toute la salle se taisait. Silence de mort, la star. -:Jt le monde en avait une peur bleue. C'était un frappeur genre mon ::rnier bal.

Le castagneur, l'embrouilleur fini. Et moi, il m'adorait., Aujourd'hui Nénesse est en taule. Une embrouille avec les flics, il a pris :eux filles en otage dans un cabaret de Pigalle, Le GIGN s'est occupé de ,r ll a pris plusieurs balles dans le corps et quinze ans de prison. Pigalle et ses dangers. Ça défouraille toujours sur la place. l-endroit : rmente les colonnes de faits divers depuis le siècle dernier. C'est là que )apillon a signé son dépar1 pour le bagne de Cayenne en butant un sou-

::neur le 25 mars 1930. Le squatt de Sèvres n'était pas si loin de l'esprit apache du vieux

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dignes de Francis Carco. Cette lactance à faire craquer le gogo. Aux Noctambules, c'est Pigalle. Tous vous le diront. Chaque jour, tout le quartier défile. Les putes, les maquereaux, les travelos, les tauliers, les chasseurs, les riches, les misérables, les alcoolos, les vieux et les moins vieux, La Mano en a fait son 0G. Pour eux ce caf'conc popu d'une autre époque c'est de la patchanka. De la patchanka pour papy. c'est quoi la patchanka?

galle.

Manu a passé quand même son bac A. Même si ça lui en coûtait.

,J'étais incapable de dire un mot. Complètement kéblo, parce que

:tais entouré de trente mecs que je ne sentais pas. J'aimais bien ,anglais parce que je savais que Ça me servait. Parce que j'arrivais à 'emettre ça ailleurs: le rock'n roll. Et puis la philo. En fait, c'est le seul :'uc à l'école qui m'ait fait kifer. Ça m'a ouvert plein de trucs, Ça me sert

"Mais

- C'est un peu de la musette avec des paroles pour apaches, explique Manu. En Espagne, la patchanka, c'est le flamenco variétoche. De la soupe roots, ce qui se joue dans les baluches. C'est un esprit, un style musical qui plane sur le groupe. Là-bas, la patchanka est louée par des groupes de voyous qui n'ont pas la banane ou le blouson mais le surin dans la poche. Ce sont les chorizos, les gens dont on a peur. Des vrais durs. La patchanka, ça parle de dope et de taule. C'est ce qu'écoutent les macs et les putes, les braqueurs et les petits mecs branchés toros." Les parents de Manu et Tonio sont espagnols. lls ont fui la guerre civile. Manu allait en vacances dans un bled de Castille où il retrouvait ses deux potes toreros. lls lui ont fait aimer la patchanka. lls lui ont donné l'esprit de la patchanka. Le risque, la vitesse, la fête. "Moi, je commençais à triper Chuck Berry, la musique et eux, ils kifaienttoro, Je m'étais acheté une guitare et eux, leur première cape.,

:icore maintenant."

l,'lanu. le littéraire. Son prof de philo a fait des pieds et des mains pour rl entre à Hypokâgne. ll y est parvenu mais Manu n'y est pas allé. ll a :'éféré le squatt et les tournées avec les Hot Pants. ,Elles parlent de quoi tes chansons? - Y a de tout. C'est un peu comme la musique que l'on loue. C'est un ^t0ment. une idée, un mec qui dit un truc. C'est une enseigne lumineuse, : est un bar, une embrouille. - C est pas de la grande philosophie? - iJon. C'est du détail, mais du détail avec beaucoup de choses derrièlne chanson faut l'écrire si t'es dedans. Faut partir d'un détail précis, le texte sur le moment, quand ça t'arrive. Même s'il est bancal. J'ai ::'1 '.La rançon du succès" pendant l'émission d'Ardisson. Sur le plateau, -" après-midi au Palace. Le groupe a joué un morceau. Moi, je suis resté

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Pigalle quand le ciel est bleu marine. C'est la pleine lune redoutée par les tauliers: "Faut faire gaffe, les gens deviennent complètement fous., Je regarde les strip-teaseuses entrer et sortir aux Folies par une petite porte en Terraille rouillée de la rue Pigalle. 0n les voit toute la nuit, fourmis sculpturales, trimballant leur tenue de scène dans un gros sac

"La patchanka, G'Gst le llamenco uariétoche. Ça panle de dope, de coups de sunin et de taule." ACTUEL

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accroché à l'épaule. Elles cavalent de cabarets en cabarets. La Puta's Fever s'est achevée hier, sur la place. La Mano Negra a quitté la scène, traversé la Toule et s'est retrouvée dehors, en plein air, mêlant le public des Folies Pigalle avec ceux, très nombreux, qui n'avaient pas pu rentrer. Le groupe a fait le tour de la fontaine au son des cuivres de Tonio

(trompette) et Kropol (trombone) avant de se hisser sur le toit d'une camionnette. Jamais Pigalle n'avait vu cela: sa place noire de monde avec

des minots en sueur, des vieux souriants, des touristes abasourdis qui chantaient a capella. Magique. llicolas Roiret

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ACTUEL N° 136 Octobre 1990  

Article "Mano Negra" par Nicolas Roiret