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À PROPOS DE L’AUTEUR : Neurochirurgien de métier, Christodule a toujours investi toute son énergie au service des autres. Que ce soit pour vous enlever une tumeur au cerveau ou vous guider dans la jungle urbaine de Tana, c’est l’homme de la situation. Premier Malgache à être allé sur la Lune, il a décroché, grâce à une curiosité sans limites, le titre de “meilleur guide de l’univers”, bien qu’il s’agisse d’un titre autoproclamé. Dès son adolescence, il brillait par la variété de ses talents.: karaté (ceinture noire), couture (dé à coudre d’or), empailleur virtuose. Christodule vante souvent sa remarquable humilité, même s’il a fâcheusement tendance à parler de lui-même à la troisième personne.


COMMENT UTILISER CE GUIDE ? À Madagascar, les objets de la vie quotidienne sont régulièrement détournés de leur usage habituel. C’est ainsi que les bus de ville deviennent des restaurants rapides, les antennes de télévision des couvre-chefs, les moustiquaires des robes de mariées. Ce guide n’échappera pas à la règle. Certes, le livre qu’en ce moment vous tenez entre vos mains est une mine d’informations fiables, vérifiées et sérieuses. Mais il est bien davantage. La couverture a été enduite d’un pelliculage spécial qui résiste aux éclaboussures de rhum arrangé. Vous pouvez ainsi l’utiliser pour porter six shots ou trois verres à cocktail de manière élégante. De quoi impressionner vos amis assoiffés. Ouvrez le livre au milieu, retournez-le, et vous voilà en possession d’une excellente cale qui bloquera les portes les plus réticentes. Cette page, découpée en suivant les pointillés, vous aidera à allumer les braises qui cuiront vos grillades (ou preuves embarrassantes). Prenez le livre par un coin : vous verrez que ses dimensions ont été étudiées pour vous permettre d’accéder aux démangeaisons habituellement inaccessibles entre les omoplates. Utilisez le dos du guide, plus résistant, pour les grosses démangeaisons (puces, araignées, moustiques) et le côté pages pour les petites démangeaisons (mycoses, coups de soleil). Enfin, l’encre employée est non toxique et même légèrement sucrée : la cellulose du papier peut représenter un apport calorique intéressant. Et bien sûr, ce guide, vous pouvez aussi le lire... 5


SOMMAIRE

BIENVENUE..................................................................................................................................9 POPULATION................................................................................................10 LANGUE.............................................................................................................11 RELIGION.........................................................................................................12 TRADITIONS ANCESTRALES.........................................................13 SANTÉ.................................................................................................................14 CUISINE............................................................................................................16 MUSIQUE ET DANSE............................................................................17 PAUVRETÉ......................................................................................................18 POLITIQUE......................................................................................................19 FORCES ARMÉES......................................................................................20 GÉOGRAPHIE................................................................................................21 TOURISME SEXUEL...............................................................................22 NATURE.............................................................................................................24 6


DÉVELOPPEMENT.................................... ARTISANAT................................................................................................28 ANTANANARIVO..............................................................................................................32 HISTORIQUE.............................................................................................34 TRANSPORTS...........................................................................................38 LA SAISON DES PLUIES...............................................................44 L’ART DANS LA RUE.......................................................................48 LES JEUX...................................................................................................52 MANGER DANS LA RUE............................................................56 ACHATS.........................................................................................................60 LES ANIMAUX DANS LA VILLE.............................................66 PETITS MÉTIERS................................................................................70 PARTIR EN PROVINCE..............................................................................................74 ÎLE SAINTE-MARIE........................................................................78 MAJUNGA..................................................................................................84 TAMATAVE................................................................................................88 MORONDAVA............................................................................................92 TULÉAR.....................................................................................................96 DIEGO-SUAREZ................................. NOSY BE ET AUTRES ÎLES EXPRESSIONS UTILES.................................. INDEX......................................................................................................


Les restaurants métissés de la capitale.

La RN 7 et ses trésors publicitaires.

Les fabriques de cocaïne du grand Sud.


Les reptiles malgaches sont réputés pour leur sens de l’accueil.

Ahhh, Madagascar. Pays au nom rêveur et dont les noms de villes sont imprononçables pour les visiteurs du monde entier. Véritable bouillon de cultures venues d’Asie, d’Afrique, d’Inde et d’Europe, c’est le seul pays au monde où vous pourrez déguster un curry de manioc laqué au foie gras accompagné de bananes plantain bolognaise. L’île rouge (surnom qui fait écho aux années marxistes de 1970 à 1990) a toujours su attirer les touristes, grâce, notamment, à une riche biodiversité qui émoustille tout naturaliste digne de ce nom. Les touristes de toute sensibilité trouveront leur bonheur lors d’un séjour à Mada. Certains chercheront à barouder sur les pistes en taxibrousse, laissant derrière eux le confort occidental ainsi que le luxe d’une digestion paisible. D’autres souhaiteront profiter de leur pouvoir d’achat artificiellement élevé et se croiront, le temps d’un voyage, richissimes. Ils se dirigeront vers les grands hôtels en bordure de plage où ils paieront quand même trop cher, mais dans un cadre idyllique. Et puis il y a ceux qui souhaitent simplement découvrir un peuple, sonder le cœur des hommes, ainsi que les culottes des femmes. 9


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La frise de la Haute Ville retrace les grands moments de l’histoire du peuple malagasy. De l’arrivée des pêcheurs/perchistes(1), à la défaite

POPULATION La population malgache jouit d’une diversité remarquable due à ses multiples origines et aux métissages entre ethnies pendant les courtes périodes où elles ne se faisaient pas la guerre. Selon la légende, la première vague d’immigration a eu lieu il y a 1 500 ans, lorsqu’un groupe de pêcheurs indo-malais, en quête d’une sauce piment pour ses nems, s’est égaré en haute mer après plusieurs mauvais virages. Il s’est alors retrouvé sur l’île de Madagascar (appelée Lémuristan à l’époque) où il a eu la bonne surprise de trouver une gargote ouverte le dimanche. Quelques jours plus tard, juste avant de s’installer définitivement, le chef du groupe prononce la phrase désormais célèbre : ”Bon, si personne ne sait rentrer, alors on reste.” Cette première colonie n’est pas restée seule très longtemps. Des groupes venus d’Afrique lui ont rapidement emboîté le pas, chassés de leurs villages par des hordes de girafes enragées. De nos jours, une girafophobie viscérale perdure encore sur l’île rouge (voir rubrique “Artisanat”). Les vagues de peuplement suivantes s’étalent sur des centaines d’années et concernent de plus petits groupements. (Indiens, Arabes, 10


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du concombre de mer géant(4) en passant par l’invention de la catapulte à poissons(2) et la visite officielle de Mickey Mouse.(3)

Chinois, légionnaires français.) Aujourd’hui, la population de l’île est estimée à 21 281 844 personnes et demie. Mais le chiffre est peu précis. Le dernier recensement date de 1993. Il a été élaboré en comptant le nombre de lampions achetés pour la fête de l’Indépendance et en multipliant ce nombre par 10,2.

LANGUE L’alphabet malgache ressemble fort à l’alphabet latin, à quelques exceptions près : les lettres “c”, “q”, “w”, “x” et “u” ont été supprimées, au grand dam des joueurs de scrabble. Quant aux lettres “r”, “a”, et “o”, elles sont représentées trois fois chacune. D’ailleurs, les lettres “r” et “a”, fréquemment sollicitées dans l’élaboration des noms de famille (réputés mondialement pour leur longueur), doivent être renforcées à l’acier trempé sur toutes les machines à écrire du pays.

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Certaines sectes de la capitale ont pafaitement fusionné croyances traditionnelles et christianisme.

RELIGION Les Malgaches sont un peuple très religieux. On les voit prier les vendredis, les samedis, les dimanches et surtout avant chaque trajet en taxibrousse. Si 40 % de la population se dit chrétienne et 7 % musulmane, ils sont presque 100 % à être de fervents karaokistes. Les temples du karaokisme se reconnaissent aux lumières colorées qui clignotent sur leurs murs. Ces lieux sacrés se remplissent surtout en fin de semaine. On entend alors, dans toutes les rues de la capitale, un bourdonnement de chansons cultes. Les églises chrétiennes jouent un rôle prépondérant dans la politique du pays. Leur poids dans l’industrie de l’hostie (particulièrement stratégique) n’est pas négligeable, et les responsables religieux 12


sont souvent accusés de s’immiscer dans les affaires publiques. À tel point qu’aujourd’hui, rares sont les messes qui se déroulent sans la présence d’un homme d’église.

TRADITIONS ANCESTRALES Au-dessus des religions se trouvent les traditions ancestrales malgaches. Le culte des morts y occupe une place tellement prépondérante que les tombeaux sont souvent plus grands et mieux aménagés que les maisons des descendants (il n’est pas rare de croiser des tombeaux familiaux équipés du home cinema). Les veillées mortuaires peuvent durer plusieurs jours et attirent souvent des centaines de personnes. Le front du défunt est ainsi devenu un espace publicitaire de premier choix pour les annonceurs zélés. La vie quotidienne est réglée par les fady, sorte d’interdits ou tabous qui pourraient froisser un mort. Dans un village par exemple, il sera fady de manger du porc. Dans un autre, c’est porter un vêtement rouge qui attirera les foudres des ancêtres. Sur tout le territoire malgache, la discographie intégrale de Céline Dion est fady. Afin de s’assurer de n’enfreindre aucun de ces interdits lors de vos déplacements de village en village, ne vous déplacez pas.

Dans le quartier des coiffeurs de Majunga, il est fady de dessiner un sourire.


SANTÉ LA VIEUVAZACULOSE Pas d’Ébola, de variole ou de grippe espagnole à Madagascar. Les voyageurs qui posent le pied sur l’île rouge doivent cependant se méfier d’une maladie terrible et endémique : la Vieuvazaculose. Derrière ce nom barbare se cache un mal redoutable provoqué par un parasite qui ronge le cerveau des étrangers insouciants. Comme pour de nombreuses maladies, le premier symptôme, c’est la diarrhée. Dans ce cas par contre, elle est verbale. Si vous ne vous faites pas traiter rapidement, le parasite migre vers d’autres aires du cortex. Les médecins locaux ont étudié certains malades qui répétaient de manière compulsive des phrases telles que “c’est pas grave, je connais un ministre,” ou bien “ça, c’est typiquement malgache.” Chez quelques cas isolés, l’aire visuelle est touchée. Le malade, en délire hallucinatoire, se verra bien plus beau et jeune

Tous les hôpitaux stérilisent leurs instruments avant les grandes interventions chirurgicales.


Le département de virologie de l’université d’Antananarivo a été le premier à isoler le parasite responsable de la Vieuvazaculose.

qu’il n’est réellement. Le danger, c’est de se ridiculiser sur les pistes de danse de la capitale. Cher visiteur, rassurez-vous. Un traitement préventif et infaillible fait barrière à la Vieuvazaculose. Le remède, naturel, se prend tous les jours.: une bonne infusion d’humili’thé.

LE TOAKA GASY : MIRACLE DE LA MÉDECINE DES PLANTES C’est à partir du jus fermenté de canne à sucre que les pharmaciens de brousse élaborent le toaka gasy, puissant remède traditionnel. Bu à tout moment de la journée, le toaka gasy permet de combattre la timidité, la bonne haleine et les comportements non violents. Outre son rôle de lubrifiant social, c’est aussi un excellent décapant à métaux. Le Viagro® ou Petite pillule rouge®, médicament très populaires chez les vazaha ventripotents.

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Le piment malgache est tellement fort qu’il peut être utilisé pour les petites soudures.

CUISINE Le riz est si important dans la culture malgache qu’il a failli supplanter l’Indépendance comme thématique de fête nationale à Madagascar. Les Malgaches sont effectivement les plus grands mangeurs de riz de la planète, et si on mettait bout à bout tous les grains de riz consommés sur l’île en un an, on atteindrait la planète Mars. L’assiette typique malgache se compose d’une plâtrée de riz agrémentée d’un bouillon de feuilles, parfois de quelques bouts de viande et toujours de petits cailloux qui garantiront que chaque repas sera un moment riche en surprises. Les fruits et légumes méritent une attention toute particulière pour leur saveur incroyable mais aussi pour leur utilisation : les oignons de Madagascar, grâce à leur pouvoir lacrymogène, sont utilisés pour disperser les foules par les forces antiémeutes les plus répressives du monde. Amateurs de sensations fortes, ne manquez surtout pas le spectacle impressionnant des enfants dévalant les pentes de Tana chaussés de peaux de bananes. 16


MUSIQUE ET DANSE Vecteur de connaissances, de coutumes, mais aussi de malentendus dans les boîtes de nuit, la danse occupe une place importante dans la société malgache. Et elle a la particularité de s’inspirer directement de la vie quotidienne. L’afindrafindrao, sorte de file indienne dansée lors des fêtes solennelles sur les Hautes Terres, a été chorégraphiée d’après les interminables queues pour payer les factures d’électricité en fin de mois. Pour bien la danser, il ne faut surtout pas sourire. Le salegy, originaire du Nord de l’île, rappelle quant à lui les spasmes incontrôlés provoqués par le neuro-palu dans les zones côtières. Le hira gasy, véritable art national, mêle chant, danse et théâtre pour sensibiliser les populations rurales à la théorie de la relativité générale d’Einstein.

LE DRAPEAU MALGACHE Adopté en l’an 44 BC (Before Christodule), le drapeau représente le célèbre “sourire malgache.” Rouge pour les gencives, blanc pour la dent et vert pour le petit morceau de ravitoto (feuille de manioc) souvent coincé après le repas. 17


PAUVRETÉ C’est un phénomène de mode dont se seraient bien passées les autorités malgaches. Depuis trop d’années déjà, des personnes s’installent dans les rues, refusent de vivre avec assez d’argent et se placent volontairement au ban de la société de consommation. Ce courant, appelé “pauvreté”, remporte de plus en plus de succès au sein de la population malgache. Et il a le don d’agacer le pouvoir. Non seulement c’est un refus pur et simple des richesses dont regorge le pays, mais c’est un véritable pied de nez aux dirigeants qui s’efforcent, depuis tant d’années, d’améliorer le quotidien de leurs concitoyens. Le mouvement a pris une telle ampleur que, dans certains quartiers de la capitale, les emplacements pour dormir sur les trottoirs deviennent très recherchés. Et désormais, les vendeurs de vêtements prédéchirent et prétachent pantalons et chemises afin de convenir aux goûts du plus grand nombre. 18


POLITIQUE Bla, blabla, bla. Blablabla renversement du pouvoir. Bla blabla blablablabla crise. Blabla transition. Blablabla blabla malgachomalgache. Blabla ? Inclusif et consensuel. “Bla blabla bla bla délai” bla blablabla rencontre dans une capitale africaine. Blablabla bla ressources minières ! Bla bla bla. Bla bla Chinois, blabla bla investisseurs. B’la bla bla bois de rose. Bla bla bla. Blabla bla : forces armées. Blablabla blabla blabla bla bla blabla blabla distribution de tee-shirts. Bla blabla bla, mauvaise gestion. Blabla. Bla soulèvement populaire. Blablabla blablabla bla. Blablabla renversement du pouvoir. Bla.

POUR ALLER PLUS LOIN Lecture conseillée : C’est une blague ? Histoire de la politique à Madagascar. Un ouvrage très divertissant, qui aborde les différents types de politique à Madagascar : politique de répétition, politique de situation, politique de mœurs, politique burlesque. 19


Authentique blindé malgache lors du défilé militaire du 26 juin.

FORCES ARMÉES Postés sur les routes de province, aux entrées et sorties de toute ville, les hommes en vert quadrillent le territoire malgache de leur présence rassurante. Ce sont de grands lecteurs, et les chauffeurs de taxi-brousse ne manquent jamais de leur donner un journal rempli de billets d’humeur. Les militaires malgaches ont poussé la notion d’armée de métier à l’extrême, devenant armée de passion et refusant tout argent de l’État. Ils ont élaboré un astucieux système de rémunération qui permet de prélever leur solde directement à la source, auprès des citoyens. Ainsi, ils ne sont payés que si les Malgaches estiment qu’ils le méritent, ou s’ils insistent un peu. 20


DES ARTISTES ENGAGÉS : LES BAKCHICH BOYS Depuis 2002, un groupe de militaires s’est trouvé un don pour la musique et fait de la sensibilisation contre la corruption dans les bas quartiers. Leur tube Qu’est-ce qu’on fait maintenant ? (de l’album Kakiphonie) a fait un tabac auprès de tous les transporteurs de la grande île. Kalach’ Kalin, leur opéra romantique, est attendu dans les salles à la fin de l’année.

GÉOGRAPHIE Madagascar possède une géographie très accidentée, comme en témoignent les carcasses de camions qui jonchent les bords des routes nationales. Mais ce sont les tsingy, formations issues de siècles d’érosion, qui sont devenus célèbres dans le monde entier comme emblèmes de la richesse paysagère de l’île. Si bien que dans d’autres régions de Madagascar, on s’efforce de brûler toutes les prairies, année après année, dans l’espoir de recréer cette magnifique érosion et ainsi de profiter de la manne touristique qui en découle. 21


Il faut lever le voile sur les rumeurs : le tourisme sexuel existe bel et bien à Madagascar. Encore trop nombreux sont les jeunes vacanciers qui financent leurs voyage en vendant leurs “services” aux clients locaux en manque d’exotisme. La prostitution (locale ou importée ) est un sujet sérieux, et les tentatives ont été nombreuses pour réguler ce marché juteux (voir fesses ci-dessous).

ANNALES DE LA POLITIQUE


POUR UN TOURISME SEXUEL ÉQUITABLE : Utilisez des préservatifs sans OGM, Ne côtoyez que des personnes sans MST, l Tournez votre sexe dans votre pantalon sept fois avant de passer à l’acte, l Soyez prêts à fonder une famille avec la personne que vous solliciterez, l Refusez tout argent en échange de vos services, l Ne fréquentez que des personnes de votre âge, classe sociale et beauté équivalente. l l


VOUS AVEZ DIT ENDÉMIQUE ? NATURE Aucun voyage à Mada ne serait complet sans une rencontre avec les indigènes. Longtemps considérée comme la première richesse du pays, la nature perd pourtant son aura paradisiaque ces dernières années suite à de nombreuses frictions avec les hommes. Plusieurs affaires ont éclaté, jetant le doute sur les réelles intentions de la nature et sur ses efforts déployés (ou non) pour développer le pays. Il est ainsi avéré que de plus en plus de lémuriens (surtout les maki catta et les lémuriens bruns) transfèrent leurs fonds sur des comptes bancaires en Suisse ou en Afrique du Sud. Les Argema mittrei, les plus gros papillons de l’île, sont responsables, par leur négligence, de Propitecus verreauxi, le lémurien danseur, est souvent embauché pour mettre l’ambiance dans les discothèques de la capitale.


Depuis la décentralisation, la sécurité des aires protégées est confiée aux populations locales.

nombreux feux de brousse. Attirés par la lumière et donc par les flammes, ils se changent en de véritables boules de feu volantes (d’où leur surnom de papillon-comète). Certaines espèces d’oiseaux, d’amphibiens et de reptiles n’hésitent plus à squatter les forêts pourtant très prisées des coupeurs de bois. Et puis, de vastes étendues de parcs naturels sont désormais inaccessibles : le lémurien Indri marque maintenant son territoire en installant des barrières de barbelés. Face à ce marasme ambiant, les tortues tentent désespérément de quitter l’île en se glissant (parfois par centaines !) dans les bagages de voyageurs insouciants. L’exode a pris une telle ampleur que cer taines espèces risquent même d’être radiées de la liste des habitants de Madagascar. 25


Grâce au soutien de l’ONG HCSF (Haute couture sans frontière), cette jeune vendeuse a pu s’offrir un manteau de poules, très tendance actuellement à Antananarivo.

DÉVELOPPEMENT Madagascar fait partie des pays les plus riches du monde. En plus du fer, du titane, du nickel, de l’or, de l’uranium, des pierres précieuses et du pétrole, le sous-sol malgache regorge de carottes, de manioc et de patates douces. Et pourtant, nombreuses sont les organisations internationales qui se lancent dans ce qu’elles appellent “le développement”, sorte d’intervention héroïque génératrice de richesses. Ces démarches sont souvent loin des réalités du terrain. En 2009 par exemple, l’ONG Happy Happy World a installé des lecteurs Blu-ray dans tous les villages du Sud alors qu’il s’agissait déjà d’un format vidéo obsolète. Certains programmes de développement ont même un effet néfaste sur la société malgache. Un cas probant : le programme onusien “Sexe 26


contre nourriture,” véritable fiasco humanitaire malgré l’enthousiasme des bailleurs de fonds. Fort heureusement, certaines initiatives apportent réellement une amélioration dans le quotidien des Malgaches les plus vulnérables. Pour que les enfants des rues aient, comme les enfants d’Occident, un accès aux grandes marques d’habillement, les graveurs de tampons ont été recrutés pour sérigraphier les logos les plus prestigieux directement dans la corne des pieds des jeunes démunis. Cette opération, baptisée “À vos marques, prêts, gravez !”, a été cofinancée par la Banque mondiale et les grandes compagnies vestimentaires.

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LA LÉGENDE DE L’AIR QUI REND RICHE La rumeur s’est propagée comme une traînée de poudre : l’air malgache serait saturé de paillettes d’or. C’est pour cette raison que l’on voit souvent des Malgaches en train de fouiller vigoureusement leurs narines dans l’espoir de dénicher la pépite qui les rendra riches. Malgré le démenti formel de cette rumeur par le ministère de l’Atmosphère et de la Respiration, la prospection nasale reste une activité populaire et décomplexée sur l’île rouge. 27


ARTISANAT “Madagascar est un pays où l’artisanat est top !” 63 ans après la mort du grand homme, la célèbre phrase de Mahatma Gandhi résonne toujours avec autant de force. Il est vrai que les touristes ont de quoi s’extasier face à l’incroyable habileté des artisans qui travaillent des matériaux nobles comme le saphir, le bois précieux, le raphia et les ordures ménagères. Voici quelques objets insolites à tasser dans vos valises déjà trop pleines : 28


VOITURES EN FER DE RÉCUPÉRATION Ils transforment canettes de bière et boîtes de poison anti-cafards en jouets pour enfants. Les fabricants de voiturettes sont de véritables magiciens de la récup’. Certaines voitures, chefs-d’œuvre de précision, impressionnent par leur fidélité. Les touristes s’émerveilleront de découvrir que leur nouvel achat possède non seulement un pare-brise fissuré et un klaxon qui fonctionne, mais même une authentique fuite d’huile de moteur. “L’industrie de la 4L en alu” s’est tellement développée ces dernières années que les boîtes de conserve sont passées du statut de déchet à celui de MPPP (matière première particulièrement prisée). Aujourd’hui, on assiste à une véritable pénurie de ces ordures à haute valeur ajoutée dans les bennes de la capitale. Les conserveries, habituées, elles aussi, à recycler le métal des boîtes usagées, se tournent désormais vers les garages et utilisent des restes de voitures dans leurs chaînes de production.

OBJETS EN RAPHIA Dans la grande famille des animaux en raphia, l’un des membres sort du lot (aux sens propre et figuré). “Mais il n’y a pas de girafe à Madagascar.!”, 29


s’indignerait le touriste mal informé. Justement. C’est bien parce que l’on confectionne ces sosies en raphia que l’île rouge n’est pas envahie par ces mammifères difformes et sanguinaires. Les artisans avaient commencé à fabriquer ces épouvantails dès les premières vagues de peuplement de l’île. Le but : garder à distance ces animaux allongés réputés pour leur cruauté, leur instabilité et leur tendance à fomenter des coups d’État. Et il faut dire que la mesure est efficace. À ce jour, aucune girafe n’a foulé le sol rouge de Madagascar de ses pattes détestables. Forts de leurs succès, les artisans n’ont pas baissé le régime et les girafes de raphia, aussi moches que ridicules, sont devenues de véritables gardiennes de la République.

BAMBOU Considéré comme “matériau du millénaire” par les fabricants de meubles eux-mêmes, le bambou impressionne par la diversité de ses utilisations.

Les artisans malgaches s’attaquent désormais à la confection d’écrans plats. Ici, un prototype d’écran 3D.

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On en fait des cure-dents (pour ceux dont la dentition est encore serrée), des instruments de musique (les valiha qui vous suivent partout dans la ville au son d’”Au clair de la Lune”), des bâtons pour brochettes... Lors de la dernière foire internationale des innovateurs du bambou, c’est un Malgache qui a remporté le premier prix avec son lecteur de DVD 100 % fonctionnel. Son produit sera commercialisé pour les prochaines fêtes de fin d’année. Attention tout de même, selon la notice qui est fournie avec, la machine peut prendre feu si on insère dans la fente des films trop ”chauds.” (Ceux que l’on vous propose à voix basse sous les arches d’Analakely.)

Histoire d’un flop

LE SAC À VOMI EN RAPHIA C’est en 1998 que la compagnie aérienne nationale Air Maki commande 500 000 sacs à vomi en raphia aux artisans malgaches. Ces sacs se sont finalement révélés aussi perméables que les douanes, au grand désarroi des voyageurs et de leurs pantalons. Afin d’écouler quand même la production, Air Maki utilise désormais ces sacs pour contenir les repas qui n’ont pas encore été digérés. Si vous avez le mal de l’air, appelez une hôtesse, elle viendra promptement vous essuyer les genoux. 31


RIVO A N A N A T AN HISTORIQUE.......................................................................................................................34 TRANSPORTS.....................................................................................................................38 LA SAISON DES PLUIES..........................................................................................44 L’ART DANS LA RUE....................................................................................................48 LES JEUX...............................................................................................................................52 MANGER DANS LA RUE...........................................................................................56 ACHATS....................................................................................................................................60 LES ANIMAUX DANS LA VILLE.........................................................................66 PETITS MÉTIERS...........................................................................................................70


iq Histor

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ANTANAN’ARRIVÉ

Personne ne connaît l’origine exacte d’Antananarivo mais, selon la légende, le roi des Vazimba fit un pacte avec le chef des lémuriens, premiers occupants de l’île. Les futurs Antananariviens reçurent le droit d’occuper les terres de la région d’Analamanga. En contrepartie, ils se sont engagés à se débarrasser de l’ennemi juré des lémuriens : l’ignoble bois de rose. Le chantier, gigantesque, n’est toujours pas achevé. En 1796, la ville est baptisée Antananarivo, soit, en malgache, “ville bruyante, mais charmante et où l’on mange très bien.”

LA VILLE DEVIENT CAPITALE C’est au début du XIXe siècle qu’Antananarivo deviendra le centre du pouvoir malgache. Le roi Andrianampoinimerina fédère les peuples de l’île autour d’une valeur acceptée de tous : le tuning des charrettes à zébus, de préférence avec des lumières bleues qui clignotent. Il fait construire son palais en bois au-dessus de la colline d’Andohalo pour avoir une vue imprenable sur les matchs de foot à Mahamasina. Son règne est synonyme de développement de la ville, mais tout n’est pas rose. Un jour, en 1807, après une matinée de mots croisés, le souverain se rend compte que “le roi Andrianampoinimerina” est en fait l’anagramme de “ô roi, ma mini-narine la peindra.” Accablé par cette révélation nasale, le 34


roi oubliera d’ignifuger les rideaux de la chambre royale. Par la suite, en 1869, le palais sera recouvert de pierres par l’architecte écossais James Cameron. Grassement payé par la reine Ranavalona II, il investira une partie de son pactole dans le financement de Terminator 2.

UN PROBLÈME DE COLON Comme le voulait la mode européenne de la fin du XIXe siècle, les Français déclarèrent que leur pays manquait de plages paradisiaques et de cocktails bon marché. Ils décidèrent de s’installer à Madagascar, pays réputé pour son accueil chaleureux et sa pénurie en armes à feu. Les Malgaches ne sont pas restés les bras croisés, ils en ont profité pour récupérer les deux plus grandes richesses françaises : la pétanque et la bureaucratie. Madagascar devenait enfin un pays de paperasse et de tampons. Et de tampons. Et de tampons. Après plusieurs décennies de cohabitation parfois difficiles, les deux parties ont fini par tomber 35


Magnifique boîte à musique du musée d’Andohalo, témoin de l’âge d’or durant lequel des troupes de lémuriens jouaient pour la cour royale.

d’accord sur un point : en fait, leur arrangement n’était pas très correct. Les Français quittèrent le pays. Mais le lien entre les deux nations reste fort et de nombreux Français se réfugient à Madagascar, à la recherche d’une vie meilleure.

TANA URBANISÉ Les années soixante se démarquent par un nouvel élan d’urbanisme et un amour inconditionnel pour le béton armé. C’est à cette époque que se dresse le quartier 67 Hectares, nommé d’après l’urbaniste qui a porté le projet : Solofo 67 Hectares. Autre projet de taille : l’université d’Ankatso, construite uniquement avec des matériaux locaux (briques et pâte de manioc en guise de mortier.) Lorsque les autorités sont en retard sur le paiement des bourses, les étudiants se tournent vers les murs pour un complément alimentaire. D’où l’état actuel de la cité universitaire. 36


Le Tana moderne prend réellement son essor avec le boum du marché des protège-volants de voitures. Aujourd’hui, la ville continue sa transformation et la municipalité expérimente des concepts urbanistiques innovants tels que l’ambitieuse politique “un nid de poule par habitant.” L’avenir de la capitale n’est pourtant pas assuré. Les Antananariviens ont entamé de nouvelles négociations avec les lémuriens qui reviennent en force et dénoncent un non respect du bail. Leur projet : récupérer leur terre pour y replanter une forêt.

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LE TEMPLE GREC DE LA HAUTE VILLE Près du palais de la reine, se dresse un improbable temple grec. C’est le seul vestige d’Alexandre Bé (Alexandre le Grand) qui fit un passage éclair sur l’île rouge entre deux conquêtes. La reine Ranomafana en fit ensuite un palais de justice où elle exécutait ceux qui ne laissaient pas de pourboires dans les gargotes. 37 XX


Vous êtes arrivé à Tana ; maintenant tout se complique. Il va falloir s’y déplacer.

LA VOITURE Solution privilégiée des étrangers et des Malgaches nantis de la capitale, la grosse voiture (4x4) représente le chemin le plus court pour aller de la clim’ du bureau au premier mojito du soir. Les automobilistes qui choisiront un véhicule plus modeste auront cependant une obligation : accrocher à leurs vitres des paresoleil figurant chiots et chatons plus adorables les uns que les autres. Pour ceux qui n’ont pas encore de véhicule, il faut savoir que le permis de conduire est délivré par le ministère des Travaux publics et de la Météorologie (comme les cyclones, la circulation à Tana relève de la théorie du chaos).

LE Les cinéphiles imaginatifs adoreront se déplacer en taxi. Vous vous installez à l’arrière d’une 4L déglinguée. Chuck Norris allume l’engin en associant deux fils électriques sous le volant. Vous vous retrouvez alors avec Bruce Willis en pleine scène de poursuite. Vous êtes secoué dans tous les sens, le moteur rugit à vous faire saigner des oreilles. Attention, vous êtes touché ! le capot se met à cracher une épaisse fumée noire. Vous vous arrêtez. Mac Guyver sort du véhicule et rafistole la machine avec un fil de fer et un coup 39


de pied bien placé. Un détour par la station service et vous êtes projeté en pleine science fiction.: il suffit d’un litre d’essence pour faire le plein ! Mais c’est au moment de payer que le scénar io prend une tour nure inquiétante : sans sous-titres, vous confondez ariary et FMG.

LE TAXI BE C’est le choix des baroudeurs aux cheveux longs. Vous savez, ces jeunes assoiffés d’authenticité qui recherchent un excès de galère par pur masochisme. À l’arrière de ces minibus, vous trouverez les receveurs. Champions du monde de Tetris en 2006 et 2008, ils défient les lois de la physique et trouvent des places là où il n’en existe pas. On s’y entasse à ne plus respirer. Vous êtes maintenant parti pour un voyage intime et folklorique, au son caractéristique de la ferraille qui rebondit sur les pavés. Le trajet coûte l’équivalent de trois brochettes de zébu (voir rubrique “manger dans la rue”, page 56).

LE MÉTRO Ah ah ah.


LES DEUX-ROUES Tous les Antananariviens vous le diront : les deux-roues sont la meilleure solution pour contourner les embouteillages et renverser les crieurs de journaux et les vendeurs ambulants de Monopoly. Vous trouverez toujours la même moto sur les routes, mais vendue sous des marques improbables : Gasyrider, Yamamoto, ou Harley Dakinlon. Si vous investissez dans ce genre de bolide, prévoyez aussi outils et pièces de rechange. Chefs d’œuvre de plastique chromé, ces motos sèment vis, boulons et autres bitoniaux à chaque virage.

À PIEDS Il s’agit de l’option préférée des Antananariviens. Par souci d’économie, mais aussi par charité envers les artères bouchées de la capitale. Prenez le temps de traverser le tunnel qui relie Analakely à Anosy, fleuron du tourisme sensoriel. Vous aurez l’impression, en fermant les yeux, de vous engouffrer dans un pot d’échappement géant. Quelques précautions sont à respecter pour les déplacements bipèdes : attention aux nombreux trous, évitez de trop respirer et méfiez-vous des grands 4x4 qui roulent très vite. Surtout à l’heure des premiers mojitos.


SE GARER Excessivement rares dans la capitale, les places de parking sont encore plus convoitées que les voitures elles mêmes. Elles sont si précieuses que chaque place a son gardien attitré. Aussi appelés “brasseurs d’air”, ces hommes et femmes vous guideront directement dans l’enfer de la circulation en répétant “alefa, alefa”, “teba, teba”, ou, si vous êtes trop pressé, “mon pied ! mon pied !” Sachez que l’occupation de l’espace public du centre-ville suit une réglementation draconnienne. Si vous tombez en panne, il est ainsi strictement interdit de pousser votre véhicule sur le bas côté pour dégager la circulation. Plan des lignes de taxi-be par un artiste anonyme, fasciné par l’efficacité des transports dans le centre-ville.


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LA SAISON DES PLUIES

Si l’époque comprise entre novembre et mars souffre d’une mauvaise réputation, c’est parce que “saison des pluies” est une expression injustement réductrice. Il ne faut pas oublier qu’il s’agit aussi de la saison de la boue, de la saison des fuites et de la saison des amours pour les nids de poule qui se multiplient alors à un rythme effréné. La saison des pluies débute sous les jacarandas, ces majestueux arbres violets qui pleurent la fin de l’hiver austral. Ils ont d’autres raisons d’être malheureux : leurs racines les empêchent de partir à la découverte des merveilles touristiques qui fleurissent dès les premières grandes averses dans la capitale.


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L’ART DANS LA RUE Si les touristes fraîchement débarqués se plaignent souvent d’un manque de musées, de salles de concert et d’offre culturelle en général, c’est parce qu’ils prennent Antananarivo pour une capitale ordinaire. Plutôt que d’enfermer œuvres et installations dans des salles d’exposition, la municipalité a opté pour une démarche bien plus originale et artistique : le musée, c’est la ville.

INSTALLATIONS URBAINES Sur les gazons et les buissons de la capitale, une symphonie de pantalons bleus, de chemises rouges, de chaussettes jaunes et noires. Les impressionnistes du vêtement peignent leurs couleurs textiles sur des toiles végétales. Surtout en fin de semaine. À ne pas manquer : Foule évaporée, l’un des tableaux les plus étendus et les plus expressifs d’Antananarivo, qui se trouve autour du lavoir d’Amparibe. La fuite sans fin, quant à elle, est une installation ambitieuse disséminée dans les rues de la capitale. Jets d’eau qui jaillissent des canalisations, fissures dans l’asphalte dont ruissellent chaque jour des milliers de litres d’eau potable pour rafraîchir la chaussée : l’artiste Nantenaina Ranobe veut nous rappeler que l’eau est une ressource illimitée et gratuite pour tous. La fin de l’exposition n’est pas encore programmée. Autre exposition permanente de ce pionnier du graffiti routier : où allons-nous ? C’est lui qui a 48


Les nids de poule de Tana : de véritables œuvres d’art éphémère.

dessiné ces fléchages et rayures blanches au sol qui, semble-t-il, n’ont aucune utilité. Tout comme ces boîtes métalliques à trois lumières éteintes qui trônent au-dessus de certains carrefours encombrés de la capitale. “Une œuvre futuriste et utopiste” déclarent les plus grands critiques d’art contemporain.

LES PERFORMANCES Pour des expositions plus interactives, dirigezvous vers le lac de Behoririka, résidence des célèbres compositeurs d’odeurs. Le style puissant de ces virtuoses de la musique olfactive ne laisse personne indifférent. À sentir surtout pendant les mois chauds d’été, leur saison la plus créative. Les narines les plus averties de la capitale se délecteront de leur traditionnelle composition décomposée. 50


Plus en hauteur, et dans un genre plus théâtral.: les improvisateurs du Rova. Cette bande de joyeux lurons vous surprendra par la richesse de son imagination. Ils sont capables de réinventer l’histoire de la ville pour chaque touriste. Leurs explications valent le coup d’oreille. Finalement, pour vous émerveiller avec un peu de poésie, les siffleurs de bulles d’Analakely vous rappelleront le caractère léger et éphémère de l’art de rue antananarivien.

QUAND L’ART DEVIENT SUBVERSIF La palme d’or de l’artiste le plus prolifique et omniprésent dans les rues de Tana revient, sans conteste, à Mister Telmo. S’inspirant des grands noms du pop art où les sérigraphies se répètent jusqu’à l’oppression, Mister Telmo placarde ses étendards rouges et verts à chaque coin de rue. Ses actions ont même déclenché un bras de fer entre la municipalité, qui se doit de préserver l’environnement visuel des citoyens, et le collectif Globules Sans Morale qui milite pour une appropriation artistique de l’espace urbain. Particulièrement bien connecté, GSM a usé de son réseau pour rester intouchable. Pour le moment. Face à la menace de sanctions, certaines échoppes, par solidarité, se sont parées des couleurs de Mister Telmo. Les habitants de la capitale se sont habitués à ces excès créatifs et de nombreuses personnes portent même des habits au logo du célèbre artiste. Un coup dur contre l’ordre établi. 51


X LE S J E U Découvrez Madagascar par ses jeux ! Commencez par la roulette malgache, qui se joue à plusieurs. Sur les six nems achetés dans la rue, un seul a été préparé avec de la viande avariée. C’est la façon la plus courante de s’initier à la gastronomie locale. Les virées touristiques dans les marchés n’échapperont pas aux habituels jeux tels que “devinez combien ça coûte”, “j’agite mon chapeau et je te fais les poches” ou encore : “j’évite les trous dans la chaussée”. Petit aperçu des jeux les plus populaires de Mada.

UN JEU DE SOCIÉTÉ Aussi vieux que les cailloux qui font office de pions, le Fanorona étonne les touristes par son omniprésence. On y joue sur un carton, par terre, dans les embouteillages, dans les cockpits des avions de ligne. Les règles sont simples. On dessine un tableau de cinq rangs et neuf colonnes. Chaque intersection, appelée “tampon”, sert d’étape pour les pions. Le premier joueur, appelé “investisseur”, doit avancer sans faire perdre trop de pions à son adversaire, le “bureaucrate”. Souvent, il est stratégique de sacrifier quelques billes pour progresser dans le jeu. Certains cas de figure peuvent mener à un blocage, appelé “transition” : les deux parties sont alors déclarées perdantes. 52


En plein coeur de Tana : un hommage au bouliste inconnu.

MYSTÈRE ET BOULES DE PÉTANQUE “Du riz et des jeux”. L’expression désormais célèbre de la reine Ranavalona II exprime l’importance accordée aux jeux dans la société malgache. Il arrive même qu’un jeu dépasse le stade du divertissement. Prenons la pétanque. C’est un sport de récréation, mais aussi un mouvement spirituel et mystique. Il est même devenu politique lors des sanglantes “émeutes des boulistes” de 1985. Le gouvernement avait décidé de surtaxer cochonnets et serviettes frotteboules jaunes. Les “guerriers de la boule d’acier”, redoutables tireurs, ont fini par faire plier le pouvoir de l’époque après des affrontements acharnés. Depuis, l’activité a été libéralisée et les boulistes malgaches ont obtenu une précieuse reconnaissance internationale. 53


LES GLADIATEURS À PLUMES À Madagascar, les coqs ne sont pas seulement les sympathiques chanteurs qui accompagnent votre réveil. Ce sont aussi de redoutables bagarreurs assoiffés de sang. Les combats de coqs passionnent ici presque autant que les films de Charlie Chaplin. Âmes sensibles, s’abstenir. Éprouvant par sa violence, le spectacle peut en débecter plus d’un. Le coq, entraîné, musclé et massé, se retrouve dans un ring face à son adversaire qu’il doit envoyer à la marmite. Les spectateurs parient sur le vainqueur dans une ambiance survoltée. Les meilleurs coqs deviennent alors de véritables vedettes et certains champions mobilisent les plus belles pom-pom girls du pays. Mais le secteur, en pleine ébullition, est régulièrement éclaboussé de scandales en tous genres : dopage, coqs corrompus, cruauté envers les entraîneurs, etc. Les combats de coqs subissent aussi la concurrence d’une nouvelle activité particulièrement brutale : l’Ultimate Maki Fighting. 54


Les voyageurs font souvent l’impasse sur une des plus grandes richesses qu’offre Tana à ses visiteurs : la nourriture de rue. Tourista, hépatite A, parasites alimentaires… Ce ne sont que des légendes urbaines manigancées par le puissant lobby des sets de table. Malheureusement, elles suffisent souvent à démotiver les aventuriers les plus téméraires. Erreur ! Non seulement les produits sont souvent très frais, mais vous profiterez également d’un repas savoureux qui ne vous coûtera pas un bras. Et fort heureusement, puisqu’il se mangera sur le pouce.


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HALTE

À LA MORTADELLE

CONTREFAITE ! Pour lutter contre l’importation frauduleuse de mortadelle chinoise, le gouvernement a imposé l’utilisation du filigrane, rendant chaque rondelle difficilement falsifiable. Pour un tourisme responsable, n’achetez que des rondelles filigranées, seule garantie de la véritable saucisse Made in Mada. et gélatineuse ayant sué au soleil (même les vendeurs ne savent pas ce que c’est)… Bref, vous avez l’embarras du foie. Attention tout de même aux huîtres pêchées dans le lac Behoririka. Elles déclenchent, rien qu’à les regarder, des vagues de douleurs abdominales. Réservé aux gourmets les plus avertis (...des emplacements des toilettes publiques dans la ville).

BROCHETTES ET COMPAGNIE Vers 17 heures, les vendeurs de rue passent à la vitesse supérieure. Une petite odeur de viande grillée viendra vous chatouiller les poils du nez. C’est l’heure des masikita, ces brochettes de zébu tellement délicieuses qu’elles méritent leur propre religion. Dès la première bouchée, la 58


déforestation massive qui permet leur cuisson vous paraîtra largement justifiée. Les brochettes s’accompagnent de salade, d’une petite sauce pistache et de hochements de tête impressionnés. Vous trouverez au même endroit les nems, ainsi que leurs cousins les sambos : de grands farceurs. Croquez dedans, et ils aspergent votre voisin d’huile bouillante.

DESSERT Si votre estomac n’est pas encore plein à craquer, n’hésitez pas à vous brûler doigts et langue sur le croustillant, le crémeux, le sucré et le gras d’un beignet de banane. Vous clôturerez ainsi en beauté cette délicieuse aventure gastronomique et nomade. En malgache, bon appétit se dit mazotoa. L’expression se prononce avant le repas, mais s’applique surtout pour la digestion, car mazotoa veut dire : courage.

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SON AVIS SUR LA SITUATION POLITIQUE à MADAGASCAR ! 59


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