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Il est 3 H 00... Avec Jeff, nous quittons l’hôtel du Commerce pour nous diriger, en trottinant sur le lieu de départ. Cette année, il nous faut parcourir près de 3 kilomètres, puisqu’en raison de travaux dans le centre-ville, le départ n’a pu être placé au même endroit. C’est dommage, parce que là nous aurons vraiment beaucoup moins de monde au départ, et puis, on part pour 106 kils... alors en faire 3 de plus... on aurait pu s’en passer, non ? LOL Tranquillement on approche de la zone ou l’émulation se fait doucement sentir. Les températures sont vraiment très fraiches, on nous annonce entre -2 et -3 degrés... J’ai bien fait de prendre les gants et un «Buff» pour la tête, en plus de celui pour le cou, ce ne sera pas du luxe ! Vers 3 H 15/20, nous arrivons enfin sur place, et comme personne n’est sur la ligne de départ on se rend dans le seul barnum ouvert et chauffé, celui du retrait des dossards pour les retardataires... Du café, des pains au chocolat, et un tas d’assortiments sont dans les étalages pour nous réchauffer... le seul problème c’est qu’ils ne sont pas offerts, et comme la majorité des coureurs, le portefeuille est resté à l’hôtel, donc on ne fera que regarder... Sympa l’orga !!! Plus l’heure avance, plus le barnum se remplit et les «sardines» se serrent et s’entassent. J’en profite pour papoter avec des trailers qui comme moi n’ont qu’une envie, entendre le Top départ !!! J’ai envie d’espaces, de liberté, de calme... alors j’en profite pour m’esquiver et aller prendre la température dehors. Quelques photos, quelques petits bouts de vidéo pour le souvenir et je décide, vers 3 H 40, d’aller me placer sur la ligne de départ. Une fois mon dossard scanné, je me faufile entre les concurrents déjà placés et je réussi à atteindre la pole position, celle que j’adore occuper dans de telles circonstances... J’en profite pour filmer ces instants inoubliables avant d’apercevoir Eric et ses filles, puis Valérie, qui est venue tenter de remporter cette course, après avoir savouré sa 2nde place l’an dernier. Je suis content de les revoir, çà faisait un bail. Eric, qui est à peine remis de son formidable UTMB a la pêche et compte bien suivre Val et la booster toute la journée... Allez Val, Forzaaaaaaaaaaaaa !!! De retour sur la start line, j’aperçois Titi, mon oh grand combien ami d’épopée qui, comme moi, est venu de notre chère Bretagne pour titiller un Top 50... Quelques petits mots échangés, et je laisse Titi à sa concentration... J’en profite pour aller faire une petite bise à Maud, sa moitié, venue le supporter avec les potes de son Team, eux inscrits sur les courses du lendemain et de dimanche. La musique, ERA comme l’an dernier, commence à retentir dans les enceintes... le speaker annonce le départ imminent. J’allume le caméscope et j’envoie l’enregistrement pour ne rien rater de ce départ...

5.... 4.... 3.... 2.... 1....

C’est parti !!! Les fumigènes rouges s’allument de chaque côté et la meute de plus de 600 concurrents s’élance vers la pénombre... J’essaie de tenir le plus longtemps possible la tête mais en vain, le départ est trop rapide et je préfère calmer le jeu... la journée va être longue, très longue, il faut garder ses forces !


Plus l’on s’éloigne et plus le bruit des foulées efface l’AMENO d’ERA... Les respirations sont fortes, les palpitants sont dans les tours... à peine quelques paroles s’échappent du groupe aux pas bruyant sur cette portion de route bitumée qui nous emmène vers la première bosse. A peine 500 mètres et déjà «Val» me mets une mine, en me doublant après de très chaleureux encouragements... Merci championne ! Et je l’observe qui s’éloigne dans la nuit... je ne la reverrai plus ! Titi est aussi surement passé, mais dans la cohue, on a du se louper. Jeff, je ne sais pas non plus, derrière sans doute, mais bon on se reverra peutêtre dans la journée. Déjà le chemin commence à s’incliner... Comme l’an dernier, sur le 72, je préfère m’économiser et marcher vite plutôt que de courir. Je ne suis pas le seul. Même si j’ai l’expérience du 72 de l’an dernier, et le 89 du Vercors encore dans les pattes, je suis dans l’inconnue. Dépasser 100 bornes est tout nouveau pour moi. Tout peut aller très bien jusqu’à 10 ou 5bonres de la fin et puis après je peux exploser ! Et je peux aussi exploser bien avant. Il faut être prudent. De toute façon mon seul objectif est de passer la finish-line dans les barrières horaires, et en prenant du plaisir, le reste ? Peu importe... Sur les portions plus planes, j’alterne entre trot et marche active pour rester dans le jeu. Petit à petits les espaces se creusent, la foule s’est largement étendue laissant place à de petits paquets de 4 ou 5 unités au mieux, quand on ne commence pas à être tout seul. A la frontale, ma Myo RXP, je reste attentif, le relief est très difficile à capter même si ma loupiote est au top. Ne rien laisser de côté, analyser, observer, surtout quand je dépasse des gars ou quand certains me dépassent, pour ne faire de faux mouvement, ne pas chuter et se casser... La moindre erreur serait fatale. Un an de training qui pourrait se réduire à néant pour une seconde d’inattention, non, çà je ne dois pas me le permettre. Je repense à Seb, qui a eu la gentillesse de m’aider à finaliser mon entrainement entre le Vercors et cette course, lui qui, après une superbe saison et de nombreux podiums, a vu sa Diag anéantie après une chute sur le genou au 20ème kil... Allez Nico, reste concentré, soit prudent et fais gaffe ! Sur les 621 concurrents du départ, il y en aura surement un bon paquet à bâcher, à se blesser, pourvu que je n’en fasse pas partie ! Dans la montée du Causse, qui me rappelle le circuit de l’an dernier, je m’autorise quelques secondes de pause pour immortaliser le ballet sinueux des lucioles qui serpentent encore derrière. Le silence est de mise dans cette immensité ; seuls les frottements des semelles ou les claquements des bâtons se font entendre avec les respirations haletantes.


Encore quelques coups de bâtons et ça y est, le haut de la bosse se dessine. Les canes sont bien, le cardio a pris son rythme et moi ma place dans le wagon. Les températures piquent un peu, et ce petit souffle de vent sur la colline rafraichit légèrement les genoux et le visage, bref tout ce qui n’est pas couvert. J’avais hésité à mettre du baume chauffant mais finalement j’ai préféré le laisser à l’hôtel. Je me suis bien entrainé dans la neige cet hiver, alors ce ne sont pas -2 ou -3 degrés qui vont me faire faiblir... LOL Après cette bonne portion de plat, je sens que l’on commence à redescendre sur Peyrelaud. Je reconnais de plus en plus ses lacets qui nous emmènent vers ce patelin, l’an dernier c’était un peu plus «encombré» et il fallait doubler souvent. Là çà va, même si je dois user d’un peu de forcing «poli» pour ne pas trop piétiner. Je gère bien mieux cette première descente que pendant mon Vercors... sans doute une bonne leçon ! Quelques racines évitées dans ce petit chemin étroit, une simili-gamelle rattrapée au dernier moment... il faut que je calme mes ardeurs, on a à peine mangé 23 bornes après plus de 2 H 30 de trot. Ca y est, le ravito...


Ca fait tout bizarre de rentrer dans une pièce éclairée, de voir des personnes qui nous parlent... je sais c’est con peut-être, mais cela fait un peu plus de 2 H 43 que nous sommes partis, que nous n’avons entendu pour ainsi dire personne parler, pas vu de «vrais» personnes à part des frontales... Je m’empresse de siroter un verre de coca, et de grignoter deux ou trois bouts de gruyères, avant de me remettre en route. Un coup de scan en sortant et l’orga m’annonce ma 201ème position... T’1 ! Je ne pensais pas qu’il y en avait encore plus de 400 derrière, même si ce «détail» m’importe peu, je suis ravi de voir que je ne suis pas dans les choux... Après cette portion de bitume et le passage du pont, en levant la tête j’aperçois là-haut des frontales parsemées... visiblement çà va repartir pour la deuxième ascension. Je range le scope après quelques plans et je sors la «Blacks Diamond» pour ne pas perdre trop de jus dès le début de la grimpette. D’entrée le ton est donné. Le chemin est étroit et technique, il va falloir rester en mode vigilance optimale. Dans une allure plutôt souple, j’essaye de prendre un bon tempo entre les foulées et les oscillations des bâtons. Celles ou ceux que je double n’en sont pas équipés. Mais comment font-ils sans ? On n’a même pas fait le cinquième du parcours et déjà ils s’usent... bref, je me redemande comment ils peuvent faire sans les bouts d’alu, bizarre ! Jusque-là, ma vitesse était environ de 8.5 km/h. Le circuit est pour le moment assez roulant. C’est difficile de ne pas se laisser accélérer mais pourtant je dois rester «sage». L’an dernier Kinou m’avait bien briefé là-dessus et cette année, Seb m’avait aussi fait le même style de réflexion. Partir cool et prendre du plaisir, pour finir dans les meilleures conditions. Steff, qui vient d’ouvrir les yeux en profite pour m’envoyer un petit coucou... çà fait du bien, çà réchauffe, bref çà remet le peps.


L’avancée dans cette bosse, nous fait gagner de la luminosité, ce qui commence peu à peu à éclaircir notre vision «frontalesque». Mais par endroit deviendrait même difficile à gérer. Nos yeux s’habituent pourtant vite aux changements de contraste mais certaines fois, dans ces portions un peu plus roulantes le risque de chute n’est pas loin... Et c’est peu que de le dire... Une ornière masquée avec ce contrejour me fait glisser le pied, je perds mon appui et ce que je craignais arrive. Je perds mon équilibre et tout mon poids se retrouve embarqué dans la pente. Je réussis à limiter la casse en m’agrippant à une branchette, mais pas suffisamment. Mon genou droit vient percuter la rocaille et me lancer une douleur, bizarrement, dans le genou gauche ! Sans doute la tentative d’éviter cette chute qui m’a fait forcer sur le côté opposé. Je me relève pourtant assez vite mais la douleur me lance. J’aperçois quelques égratignures sur ce genou encore frais sous ces températures hivernales, mais à priori rien de bien méchant. Je repars en boitillant. Il ne faut pas que je me focalise là-dessus, que je me remette vite à trottiner pour garder les muscles au chaud et ne pas bloquer l’articulation. La brise bien fraiche qui me fait frissonner devant ce décor magnifique qui apparait à chaque nouvelle seconde m’impose un instant d’admiration. Le soleil qui se lève sur ces massifs de calcaire ravive la couleur des ensembles qui nous encerclent. Les feuillages rosés, bruns ou jaunâtres des arbres resplendissent, les silhouettes des roches dominent la vallée encore dans la pénombre, à plus de 500 mètres en contrebas. La forme est bonne, je ne pense plus à mon genou. Voilà 3 H 50 que nous sommes partis et le temps semble s’être si peu égrené ! Je pense que partir si tôt dans la matinée est une très bonne chose. On n’a pas les mêmes repères temporels ou kilométriques dans l’obscurité. Sincèrement je commence à prendre goût à ce type d’épreuves, cette ambiance, cette «solitude sportive» dans cette immensité. Mais bon, le compteur ne flirte qu’avec les 30 kilomètres... même pas un tiers du périple, alors d’ici là mon avis à le temps de changer... Contrairement au Vercors de septembre, j’prouve énormément de plaisir, je


suis heureux de voir que la santé à l’air de tenir le coup, mon alimentation est régulière, la bouffe aussi. Toujours penser à s’alimenter, bien s’hydrater même si les conditions fraiches ne s’y prêtent pas trop. Au loin devant je vois ces halots de «fumée» que dégagent les concurrents qui me précèdent. Respirer cet air frais mais si pur, quel bonheur ! Merci !... merci pour ce beau spectacle, merci de m’en faire profiter... merci la vie de me donner cette chance d’être en pleine forme, libre de tous mes mouvements, indépendant, bref... ETRE !


Le soleil désormais là, et bien là ! Il illumine les crêtes t s’insère dans les pentes, les dévers. La température elle, a dépassé légèrement le zéro, mais le ressenti est encore bien timide. J’ai enlevé, l’espace d’un kilomètre ou deux, les gants de soie, avant de les remettre sur les hauteurs. Le léger vent ne m’en a pas laissé le choix pour rester opérationnel. Les manchettes «INOVAH» (merci Mike) sont toujours là, seul le «Buff» de mon épaisse chevelure a disparu pour laisser respirer ma crinière ! L’escalier empierré, magnifique sculpture du circuit, nous emmène en haut de cette butte ou quelques bénévoles nous encouragent chaleureusement. Un petit bout de descente, une légère pente et çà y est, nous arrivons au second ravito à St-Rome de Dolan. Cela fait 4 H 45 que je suis parti. J’en profite pour recharger les batteries, remplir les bidons et immortaliser l’espace avant de repartir à l’assaut de mon bonheur ! Ah j’oubliais, on ma scanné à la 186ème... et bien, on dirait qu’en plus je me permets de gagner des places ! Du calme Nico, l’arrivée est encore loin, il n’y a que 37 kilomètres de passés... (Que 37 ??? comment çà calme !!!) Je sors de la salle de ravito, et sur cette «terrasse» donnant sur le Tarn, je m’arrête une petite minute pour lire les messages d’encouragements, sur Facebook, les SMS, et les mails, toujours aussi nombreux ! Merci à toutes et tous, c’est vraiment sympa d’être aussi boosté !

Avec ce soleil qui nous réchauffe les joues, le bonheur est bien présent...

Et c’est reparti, on recommence à descendre vers le Tarn. La rue bitumée en lacets nous donne le ton, sauf que nous... nous allons tout droit en descente, et la pente est accidentée. Pour calmer ma fougue, je laisse plusieurs gars me passer, en me rangeant bien pour ne pas les gêner. Je n’ai pas envie d’être le «boulet» de service et de les ralentir, puisque de toute façon ils semblent plus forts, autant les laisser devant, si ce n’est pas maintenant, ce le sera dans 5mn 1/2 heure ou une heure, à quoi bon, je m’en fous de la place. Les passages sont parfois sévères à négocier et je reste très prudent. Je n’ai pas les bâtons en main, alors je laisse les mains le plus bas possible pour anticiper l’éventuelle gamelle, et parer à la mauvaise réception. Le palpitant est dans les tours, les yeux rivés sur le chemin sinueux et instable. Mais tout vient à point à qui sait attendre... et le village me sourit, j’arrive en bas... Ouf ! sans chute... Les ruelles pittoresques, les toits de lauses, ce silence et cette atmosphère de calme... comment pourrait-on ne pas aussi profiter de ces bons moments tout en courant... on est là pour çà aussi, enfin moi, les autres... je ne fais que supposer.


J’entame la traversée du Tarn sur ce pont bitumé ou quelques bénévoles et «supporters» nous encouragent nous prépare à cette nouvelle ascension. Je jette un œil là-haut, puis à droite et à gauche avant d’apercevoir quelques silhouettes qui sont déjà dans le dur. Le dénivelé est sévère, d’entrée... Allez c’est reparti, çà remonte ! La «flute irlandaise de Nolwenn» me susurre à l’oreille que l’iPhone me réclame. Au moment de décrocher (c’est le cas de dire) je ripe sur le bord de la paroi et «patatras»... je me retrouve sur le Q... mais mort de rire en causant à TiQ qui essayait de me joindre. Je me remets en route et j’entame une longue discussion qui me change un peu l’esprit et me permet de «parler», c’est tout con mais ça permet de décompresser un peu. En Bretagne le soleil fait son apparition, mais les tempés sont comme ici, pas caniculaires, mais douces. Je lui annonce que je viens de passer le marathon... en 5 H 30... finalement pas si mal que çà vu le D+... LOL Allez, je me remets en route, je reprends un peu de concentration après avoir achevé la com et ingurgité une barre MX3 et c’est reparti pour une marche active à l’aide des bâtons. Quelques gars semblent HS dans cette bosse... Je les dépasse mais sans rien dire, la majorité est sans bâtons, ce qui semble leur faire défaut. Je continue, certains passages étant plus délicats que d’autres, mais sans m’arrêter. Le palpitant est dans les tours, les cuissots chauffent mais je me sens bien, opérationnel, et dans MON jour... J’arpente la bosse, un virage par ci, un par là et j’aperçois, au détour de ce virage, une secouriste qui m’encourage... il n’y a personne derrière... alez..; j’ose ? Allez, j’hésite une seconde et je me lance, on verra bien. - excusez-moi, est-ce que je peux vous demander de bien vouloir me prendre en photo pour Facebook ? - oui bien sûr, avec plaisir ! Je lui laisse l’iPhone après lui avoir rapidement expliqué le fonctionnement et je redescends sur une vingtaine de mètres pour la «jouer» en action... c’est tout con mais ce sera peut-être la seule photo que j’aurai en souvenir de ce trip... Après l’avoir remerciée, je jette vite un œil et, ravi, je m’empresse de l’envoyer à Steff et TiQ pour qu’ils puissent la «placarder» sur ma «face de book»..., histoire d’agrémenter le live que les amis suivent en LIVE ! Et oui, même loin de tout, en compétition, je n’oublie personne, et encore moins «internet»... c’est dingue, que ferais-je sans ce média indispensable...


C’est tellement sympa de partager en direct ce genre d’effort, et en retour, avoir tous les encouragements çà booste et rebooste... Merci à vous ! La monotrace de la montée paraissait ne jamais s’arrêter, mais bizarrement, en y repensant elle ne m’a pas paru si longue, et pourtant, du pied au top, il s’est écoulé près de 45 minutes. Et après 6 H de courses, je me retrouve dans un courant d’air venteux qui rafraichit la bête. Le paysage une fois de plus est splendide, au détour des pitons de ce promontoire, des parois de roches claires. Les forêts à l’à-pic me ravissent de cette montée effectuée. Je garde un rythme fluide, tout en restant cool et tranquille.


Chaque crête, chaque roche esseulée, est fardée d’arbustes et de verdure. Chacune semble à la fois unique et semblable tant elles dominent ce vide immense. Une pause s’impose pour immortaliser cet instant féérique, ce décor inoubliable dans un silence qui nous fait un instant oublier la difficulté de notre effort... même les oiseaux semblent s’être tus pour nous laisser profiter de ce silence majestueux...


Le chrono indique déjà plus de 7 H de course, mais je ne m’en rends pas compte, je suis à la fois concentré dans cette course et ailleurs en profitant du spectacle. Un peu plus de 51 kilomètres de parcourus et les cuissots commencent à se réchauffer dans cette bosse qui monte vers le point d’eau de la Viale. Le soleil est de plus en plus haut, ce qui me fait enlever les gants une bonne fois. Cette alternance de montée courtes, de descentes et de faux plats me fait retrouver un peu de mécanisme. J’essaie de trouver une allure propre en levant bien les genoux pour détendre les quadris et je m’hydrate très régulièrement, avec de temps en temps une pastille de sporténine, histoire de contrer les crampes qui m’ont ruiné dans le Vercors. Je viens de passer le «midi» de l’horloge, alors que mon compteur dépasse les 8 H de course. Je revois «ma» secouriste à la sortie de cette forêt de pin... - oh... mais c’était vous la photo ? - eh oui, bonne mémoire... - vous voulez que j’en reprenne une ? - avec plaisir si vous le proposez - mais vous n’avez pas l’air fatigué ? Vous avez toujours le sourire comme çà ? - fatigué ? disons qu’on n’en n’a pas fait la moitié... on a encore le temps d’être fatigué... et de perdre le sourire...


Même si le sourire est là, les jambes commencent à se faire sentir et à me faire comprendre que la journée est loin d’être terminée. L’allure du début de course qui me voyait déjà en terminer avec moins de 14 H s’est considérablement ralentie. J’ai la pêche, le mental est fort et c’est l’essentiel. C’est tout à fait logique (à mon niveau) de commencer à ressentir une certaine fatigue, ce n’est pas tous les jours que l’on se lance sur ce type de course. Alors que je m’approche de ce point d’eau tant attendu, je remarque bizarrement que la distance indiquée sur le panneau «chek-point» n’est pas la même que la mienne... Au garmin je suis à 60 km, et le panneau lui en a 3.5 de moins... Oh non, çà ne va pas recommencer comme au Vercors ? Tout en remplissant la poche à eau et les bidons, je questionne quelques gars autour... ils ont la même surprise, leur chrono dit à 100 ou 200 mètres près la même chose que le mien... Bon ben les gars, je crois qu’on est parti pour avoir quelques kilos de Bonus !!!


Tout en regardant autour, dans cette prairie, je constate qu’elle est jonchée de sportifs assis, ou allongés, en quête d’un moment de récupération. Certains semblent vraiment entamés. Je me laisse imaginer que le bonheur serait de les accompagner dans une sieste sous le soleil, mais ce n’est pas vraiment le but de la journée. Et puis après, il faudrait repartir quand même, et là, je pense que ce serait vraiment plus dur... En terminant ma barre de MX3, je reconnais «Enzo», coaché par Kinou de 2EP, qui s’apprête à repartir. On échange quelques mots et je le laisse s’envoler. Il avait l’air bien et frais, mais j’apprendrai le lendemain qu’il a dû stopper sa course au dernier ravito, usé, n’ayant plus de jus pour avancer, et des douleurs aux jambes... Tranquillement je repars sur ce chemin verdoyant et Maud tente de m’appeler. Je décroche et j’apprends que Titi tourne bien, qu’il vient de passer le 60ème kilo il y a à peine 10 minutes. - t’es juste derrière Nico, à même pas 10 minutes, c’est bien çà tu vas finir avec Titi - hein ? non mais ce n’est pas possible, je ne vais pas rattraper THE Titi quand même... - mais si Nico, il vient de passer le 60ème... Le problème c’est qu’ils se basent sur le kilométrage de l’orga, et non du réel, et Titi est dans les 50 premiers, il y a plus de 100 trailers qui nous séparent, et avec ce tracé, ce ne sont pas 10 minutes, mais presqu’une heure, voir deux vu le D+ qui se dessine.


La descente qui suit se fait rapidement, mais quasi en solo. Désormais les paquets de trailers sont rares et je me retrouve parfois sans personne pendant plus de 15 ou 20 minutes. En rigolant, je me dis qu’il ne faudrait pas qu’il m’arrive une M...., ou que je vienne à chuter dans un devers parce que là, je pourrais rester longtemps loin des inquiétudes et des avis de recherches... C’est clair que le trail a cette particularité de nous laisser «autonomes» et bien que le téléphone soit obligatoire, vu les réseaux absents par endroits, c’est un peu «seul au monde». Il ne vaut mieux pas y penser, mais c’est vrai qu’en cas de pépin, on a le temps d’y laisser la peu le temps que les secours se pointent.


Endurance Trail 2011 - by Nico35