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14 Juillet

Texte Asp Alexandra Lesur-Tambuté

C 

omme chaque année, des millions de spectateurs suivent le défilé du 14 Juillet. Qu’ils soient devant leur poste de télévision ou sur l’avenue des ChampsÉlysées, passionnés d’aéronautique ou amateurs, nombreux sont ceux qui souhaitent profiter du passage des aéronefs dans le ciel parisien. Pour le public, l’aisance avec laquelle les formations défilent laisse souvent penser que cette manœuvre n’est qu’une simple formalité. Pourtant, qui pourrait se douter en admirant ces oiseaux de fer passer au-dessus de Paris, que des centaines d’hommes et de femmes sont mobilisés afin de garantir la réussite de ces quelques minutes de précision ? Dans l’ombre du show aérien, des aviateurs veillent à

Ci-dessous, le P3C avec ses contrôleurs aériens et le chef du défilé aérien 2011. Ci-contre, un ravitailleur C135 suivi d’une patrouille de Rafale. 24

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sa réalisation en toute sécurité. Leur mobilisation est indispensable pour offrir un spectacle sans cesse renouvelé et au sein duquel les plus grands ambassadeurs des armées se succèdent. Tout commence sur les bases aériennes ou sur les aérodromes situés en périphérie de la capitale. En effet, le jour même du défilé, la plupart des aéronefs ne décollent pas de leur site d’implantation. « Cette année, les bases aériennes 105 d’Évreux et 110 de Creil assurent l’accueil de la majorité des avions de chasse et des hélicoptères », explique le lieutenant-colonel Thierry Coupeau, chef de la division manifestations aériennes du commandement de la défense aérienne et des opérations aériennes (CDAOA). Sur la base aérienne d’Évreux, par exemple, c’est près d’une quarantaine d’avions de chasse

De l’organisation à la protection du défilé aérien du 14 Juillet, des aviateurs de toutes spécialités ont œuvré pendant plusieurs mois pour dix minutes de show. Discrets, ils sont pourtant à l’origine de la réussite de cet événement. dont deux Typhoon britanniques, accompagnés des pilotes et des mécaniciens, qu’il faut accueillir la veille du défilé, voire plusieurs jours avant l’événement. « Cela nécessite une grande organisation. L’escale aérienne doit positionner les aéronefs sur le parking et offrir aux équipages les espaces ainsi que les services dont ils ont besoin pour préparer leur mission », raconte l’adjudant-chef Jean-Yves Le

Des manœuvres à la cadence millimétrée Conte des Floris, chef des opérations à l’escale aérienne. La plateforme veille, quant à elle, à la sécurité en mobilisant des pompiers ainsi que des fusiliers commandos pour surveiller les aéronefs toute la nuit. D’autres services sont également impliqués tels que le contrôle aérien ou encore l’hôtellerie et la

W. Collet/Armée de l’air

Y. Rannou/Armée de l’air

Dans l’omb re du défilé aérien

restauration. « Treize ans déjà que je participe au défilé aérien du 14 Juillet en accueillant les chasseurs à Évreux, confie l’adjudant-chef Le Conte des Floris. Je suis rôdé pour cet événement bien qu’on ne soit jamais totalement à l’abri d’un dysfonctionnement. » Le jour du défilé, d’autres aviateurs de l’ombre interviennent pour offrir au public

le spectacle tant attendu. Ils doivent assurer, dans une cadence millimétrée et au sein d’une zone aussi dense que celle de Paris, les arrivées des avions et hélicoptères au-dessus de la capitale. Au cœur de cette manœuvre, c’est tout un réseau de contrôleurs aériens qui est mobilisé. Pour respecter le timing, chaque plot d’aéronefs doit être positionné vingt

minutes avant les festivités dans des zones appelées « hippodromes » ou « circuits d’attente ». « Les approches successives des avions sont assurées par les organismes de contrôle aérien militaire et civil », confie le lieutenant-colonel Coupeau. Tel un témoin passé lors d’une épreuve sportive, les contrôleurs aériens se relaient pour suivre le parcours de 25

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Ci-dessus, traditionnellement, les hélicoptères clôturent le défilé du 14 Juillet.

Les nouveautés de la cérémonie du 14 Juillet 2012 Les Forces aériennes françaises libres (FAFL) à l’honneur Les FAFL fêtent leurs 70 ans cette année. À cette occasion, le défilé aérien met à l’honneur trois escadrons de l’armée de l’air, héritiers des FAFL. Deux Rafale de l’escadron de chasse 2/30 « Normandie-Niemen », quatre Mirage 2000 RDI de l’escadron de chasse 2/5 « Île de France » et deux C135 du groupement de ravitaillement en vol 2/91 « Bretagne » survolent l’avenue des Champs-Élysées. La coopération franco-britannique confortée Deux Typhoon britanniques du 29e Squadron participent à la cérémonie du 14 Juillet 2012. Stationnés sur la base aérienne 105 d’Évreux, les avions de la Royal Air Force intègrent le plot « intervention/interarmées » de la première partie du défilé aérien. Le drone « Harfang » au sein du dispositif de sécurité Piloté depuis la base aérienne 709 de Cognac, le drone Harfang surveille l’espace aérien parisien. Ses vidéos sont directement retransmises aux différents postes de commandement du défilé via liaisons satellitaires. Le système sol-air de moyenne portée terrestre (SAMP-T) « Mamba » déployé Le SAMP-T est mis en œuvre sur la base aérienne 107 de Villacoublay. Opérationnel, le système complète l’ensemble des moyens utilisés lors du dispositif particulier de sûreté aérienne. Des formations « Rafale » pour le défilé au sol Les bases aériennes 115 d’Orange et 133 de Nancy innovent en défilant à pied en une formation qui rappelle les lignes du « Rafale ».

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Avant le début du défilé aérien, les aéronefs se rassemblent par plot de passage dans l’espace aérien parisien. Ils patientent dans des zones aériennes réservées appelées « circuits d’attente » ou « hippodromes ». Situés aux alentours de Paris, ces couloirs d’attente s’étendent jusqu’à la ville de Rouen.

Les moyens aériens déployés

BA 110-Creil

C160 Transall GroB 120

TB 30

L’arc de « contrôle »

Situé sur l’Arc de Triomphe, le poste de commandement, de conduite et de coordination du défilé aérien (P3C) est au cœur de l’événement. Il veille au suivi et au bon déroulement du passage de chaque aéronef sur l’avenue des Champs-Élysées. Le matin du 14 Juillet, les pilotes sont en contact permanent avec le P3C.

Cette année, 66 avions et 32 hélicoptères participent au défilé aérien du 14 Juillet 2012. Les bases aériennes ou aérodromes situés en périphérie de Paris accueillent les aéronefs venus de tous horizons.

Patrouille de France

Web + Dossier « 14 Juillet » http://www.defense.gouv.fr/air

Photo : C. Amboise/Armée de l’air

officier de l’armée de terre. « Les pilotes sont en échange radio avec les contrôleurs aériens postés sur l’Arc de Triomphe », souligne le commandant Cédric Tranchon, officier projet du défilé aérien pour l’édition 2012. Plus connus sous l’indicatif radio « Étoile », ils constituent une étape obligatoire pour l’arrivée, le passage sur l’avenue des ChampsÉlysées et le retour sur base de chaque avion. Par ailleurs, que serait le défilé aérien sans le déploiement de « SIC men », les spécialistes des systèmes d’information et de communication ? Sur l’Arc de Triomphe, six aviateurs gèrent le réseau commun informatique

Contrôleurs, mécaniciens, spécialistes des systèmes d’information et de communication, personnel navigant, tireurs d’élite ou encore opérateurs de visualisation… Ce sont autant de spécialités mobilisées pour aligner dans le ciel parisien les 66 avions et les 32 hélicoptères de l’édition 2012. n

Les coulisses du défilé aérien

Les circuits d’attente

chaque aéronef. Une fois les appareils placés correctement dans les circuits d’attente, c’est le poste de commandement, de conduite et de coordination (P3C) du défilé aérien qui prend la relève. Dissimulé sous une tente blanche au sommet de l’Arc de Triomphe, le P3C constitue le point névralgique de l’événement. Il est composé du responsable du défilé aérien, d’un officier projet, d’un météorologiste, d’une équipe de cinq contrôleurs aériens, d’un officier de la marine nationale et d’un

chef de la section posture permanente de sûreté du CDAOA. Le groupe de télécommunication d’Orléans et le groupe tactique des SIC aéronautiques d’Évreux (environ 50 aviateurs) et près de 150 spécialistes des systèmes de défense sol-air complètent le dispositif du DPSA, principalement depuis les sites de la base aérienne 107 de Villacoublay, du Mont-Valérien et du Moulin d’Orgemont. Au total, le DPSA du 14 Juillet 2012 mobilise presque 400 personnes pour sécuriser l’événement et plus précisément le défilé aérien.

NH90

Panther

Un timing de précision Puma

Caracal

Fennec

Gazelle

Tigre

Cougar

Dauphin

BA 105-Évreux Rafale

Mirage 2000 Mirage F1

BA 107-Villacoublay Fennec

Puma

Saint-Cyr-l’École Extra 330

TB 20

Alphajet Eurofighter

BA 702-Avord

BA 125-Istres

E-3F

C135FR

Toussus-le-Noble

PC6

Photo : C. Amboise/Armée de l’air

Y. Rannou/Armée de l’air

de l’activité aérienne (C2A2). Son objectif ? Assurer la sécurité du flux aérien et veiller, via le centre national des opérations aériennes de Lyon, au respect des zones interdites de survol créées pour l’événement. Pour cela, elle s’appuie notamment sur des détachements de liaison répartis dans les aérodromes avoisinant Paris. En parallèle, « dix postes de guets à vue veillent à la moindre intrusion aérienne en basse altitude et en basse vitesse susceptible de perturber le défilé », détaille le commandant Laurent Sanson,

ainsi que les liaisons radio. Pour les contrôleurs aériens du P3C, leur présence est indispensable, car « la diffusion des informations telles que les heures de référence par la radio aux pilotes doit être particulièrement claire », explique le commandant Tranchon. Co-localisée avec le P3C, une autre cellule veille, quant à elle, à la sûreté aérienne lors de la mise en place du dispositif particulier de sûreté aérienne (DPSA) déployé à cette occasion. Armée par trois personnes, il s’agit de la cellule de coordination

Le « top » départ du défilé aérien est donné lorsque le président de la République s’installe dans les tribunes d’honneur. Dès lors, la Patrouille de France dispose de 12 minutes pour ouvrir le défilé aérien et survoler la Concorde. Les autres aéronefs se positionnent et s’engagent à leur tour à raison de 30 à 40 secondes d’intervalle.

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Le défilé aérien du 14 juillet  

Comment se prépare le passage au dessus des Champs Elysées, des mois de travail pour 10 minutes de défilé.

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