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la critique d’art ?

À quoi sert


À quoi sert

la critique d’art ?


Alfred De Musset

Jacques Chardonne

Jean Paulhan

Claude Lelouch

Gilles Archambault

Sacha Guitry

Oscar Wilde

Plaute

Alphonse de Lamartine

Somerset Maugham

George Louis Buffon

Georges Braque

Théophile Gautier

Anatole France

Raymond Devos

Gustave Flaubert

Philippe Néricault Destouches

Maurice Lemaître

Jules Renard

Louis Aragon

Henry De Montherlant

Jean Cocteau

Pierre Baillargeon

Salvador Dali

Jules Renard

Marcel Duchamp

Ezra Pound


« Après une brève présentation des intervenants, le public — divisé en groupes de 4 ou 5 personnes — est invité à piocher des billets dans un chapeau. Chacun des billets comporte une citation ayant trait à la critique d’art. Une dizaine de minute de discussion au sein de chaque groupe sera suivi d’un échange, autour de ces citations, entre la salle et les conférenciers. »


« C’est clairement une dévalorisation de la critique mais ça pose la question de l’impact de la critique et la manière dont la critique va orienter la progression d’une œuvre lorsqu’elle touche un point sensible. Si on suit Musset, on pourrait penser que la critique ne sert pas à grand-chose même si une mouche, ça agace ! Il ne faut pas non plus oublier qu’à l’époque de Musset, la critique est puissante et que l’image de la critique comme mouche renvoie à l’idée de charognard, de parasite qui vit sur la bête… »


Je ne fais pas grand cas, pour moi, de la critique. Toute mouche qu’elle est, c’est rare qu’elle pique.


« Tout lecteur peut-il être spécialiste de l’écriture ? Je pense qu’il n’y a pas besoin d’être boucher pour apprécier un steak. Après, se pose la question des mots que je vais mettre pour parler de cette expérience, et sur ce point aussi bien le critique que le néophyte parlent un langage clos et stéréotypé (langage commun versus langage du spécialiste). »


Ce sont les critiques qui font la littĂŠrature.


« Ça renvoie à la définition de la critique d’art. D’un autre point de vue, essayer de définir ce qu’est la critique d’art est le meilleur moyen de ne pas répondre à la question tout en ayant l’assurance de ne jamais trouver de réponse à cette question ontologique. »


Tous les critiques sont justes. Il ne reste qu’à les comprendre.


« On peut tous avoir une opinion sur une œuvre mais rien ne nous assure qu’elle provienne vraiment de nous, d’autant plus dans un contexte où on est bombardé de données au sujet d’un objet (factuelles, promotionnelles, critiques, etc.) ? Cela me semble valable aussi bien pour un critique professionnel que pour un spectateur lambda… Dès lors, il est nécessaire de s’interroger sur l’origine de ses opinions tout en ayant conscience qu’une opinion n’est pas vraiment un jugement, mais plutôt quelque chose de flottant. »


La critique a droit à toutes les opinions à condition d’en avoir.


« Il parle d’écriture, mais il ne pose pas le contexte de la lecture. Est-ce que quelqu’un qui crée a la même capacité d’interprétation de son propre travail qu’un simple spectateur ? De manière plus générale, est-ce que toute interprétation n’est pas une tentative de rapprocher un objet d’un lieu commun qui nous est proche ? Dès lors, comment faire la distinction entre le lieu commun et le discours critique ? »


Les gens qui n’écrivent pas ont sur l’écriture des idées toutes faites.


« Certaines personnes sont critiques d’art sans option personnelle clairement affirmée se fiant seulement à l’image qu’ils se font de leur auditoire. »


Avoir le sens critique, c’est porter le plus vif intérêt à un ouvrage qui, justement, vous paraît en manquer.


« On n’échappe pas à sa subjectivité ! Cela dit, si on se positionne comme critique, qu’est-ce qu’on vise finalement avec cette posture ? Comment peut-on avoir l’ambition de convaincre avec sa propre subjectivité ? Ça renvoie à la question du jugement et donc à une posture d’autorité qui s’oppose à la fonction d’accompagnement de la critique. Jugement et accompagnement dessinent finalement le portrait des deux familles ennemies de la critique d’art. »


Le critique est celui qui peut transposer d’une autre manière ou traduire en éléments nouveaux son impression de la beauté.


On préfère un compliment menteur à une critique sincère.


La critique est la puissance des impuissants.


« Un des seuls avantages de la critique est qu’elle permet la diffusion et la circulation des idées. Concrètement, elle sert surtout à asseoir des réputations. »


Les gens sollicitent vos critiques mais il ne dĂŠsirent seulement que des louanges.


Fermons l’oreille aux aboiements de la critique.


« On peut imaginer que l’artiste puisse orienter le discours sur son travail même s’il est évident que cela nécessite des relais dans le monde de l’art pour être opérant. »


Il ne faut pas demander à l’artiste plus qu’il ne peut donner, ni au critique plus qu’il ne peut voir.


Le critique qui n’a rien produit est un lâche.


« Anatole France valorise la subjectivité du critique qui va surtout parler de lui-même à travers les œuvres qu’il commente. Dans ce registre, tout le monde est critique d’art. Le critique d’art ne peut alors parler que de ce qu’il aime ou de ce qu’il ressent comme faisant partie de son monde. Mais le présupposé de cette phrase est l’existence de chef-d’œuvre : et si le rôle du critique d’art était de parler d’œuvres pas encore instituées en tant que chefs-d’œuvre ? »


Le bon critique est celui qui raconte les aventures de son âme au milieu des chefs d’ oeuvre.


« Pour un artiste, il y a un intérêt pragmatique à faire appel à des critiques d’art. La plupart des artistes sont capables de parler de leur travail, car ils en sont les premiers promoteurs, mais inciter un critique d’art à parler de son œuvre permet d’asseoir une présence dans le monde de l’art. Même si de nombreux artistes des années 1960 ont produit des textes, il y a toujours un moment où le discours d’un critique extérieur permet d’aller plus loin, d’agrandir son auditoire. »


Je connais un critique qui est en même temps auteur. Ce qui le met en tant qu’auteur dans une situation critique.


On fait de la critique quand on ne peut pas faire de l’art, de même qu’on se met mouchard quand on ne peut pas être soldat.


« De manière un peu périphérique, ça pose la question du face à face entre l’artiste et le critique. Par exemple, on peut dire certaines choses dans l’intimité de l’atelier et d’autres encore dans l’espace particulier d’une école d’art. Le discours que peut avoir un enseignant sur le travail d’un étudiant me semble être sans commune mesureavec un propos formulé par un critique d’art dans un article de presse. Finalement,on retrouve la question du contexte d’émission de la critique et de son intention face à un destinataire déterminé au moment où elle est formulée… »


La critique est aisÊe, mais l’art est difficile.


« Peut-on imaginer qu’il existe une critique d’art non verbale, une critique d’art faite par les œuvres elles-mêmes ? »


La seule critique définitive est la création


Le critique de livres ne lit plus que sa critique, que lui rédige son secrétaire.


La critique, c’est le bagne à perpétuité.


Le critique insulte l’auteur: on appelle cela de la critique. L’auteur insulte le critique : on appelle cela de l’insulte.


« Le critique peut avoir un recul suffisant par rapport à tout ce qu’il a pu voir, l’exercice critique sera toujours lié a un vécu. Derrière cela il y a l’idée que la comparaison fait appel à une certaine culture panoptique du critique d’art idéal. Un des rôles de la critique serait celui de donner des éléments de comparaison afin d’aider au jugement. Si on force le trait, on pourrait penser que le critique ne fait qu’empiler des savoirs et reste prisonnier de son propre champ de référence ou de sa grille de lecture. Cocteau sous-entend que cet empilement de déjà vu empêcherait le critique de comprendre l’extrême nouveauté ou les ruptures esthétiques assimilables à rien de connu. Face à ce type d’objet, un critique est-il alors capable de renouveler son jugement, ses références ? »


Le critique compare toujours. L’incomparable lui Êchappe.


« Un des problèmes de la critique est qu’elle est toujours injuste vis-à-vis des œuvres, mais c’est probablement un mal nécessaire. Le critique n’est pas l’artiste, il appréhende l’œuvre avec son vécu, son bagage, ses intentions, son propre plan de carrière… il rend compte du travail de l’artiste suivant un certain nombre d’intérêts qui ne sont pas ceux de l’artiste. Pour les artistes, la difficulté est d’accepter que quelqu’un produise un discours à son propos — discours qui n’est pas toujours conforme à ce qu’il pense — ; la contrepartie étant que le critique aide à faire connaître une œuvre même si ce discours est approximatif, lacunaire ou en partie faux... le critique d’art ne peut pas être autre chose qu’un intermédiaire. »


Le critique a quelque chose à voir avec le médecin.


« Le critique amène une parole qui est la sienne et cette parole est diffusée. Par exemple, le rapport entre Pierre Restany et Yves Klein est caractéristique d’une pensée de critique d’art dont s’empare un artiste pour modifier le discours sur son œuvre. Libre à l’artiste de refuser ou de s’accommoder de la parole parfois abusive d’un critique d’art. »


C’est quelquefois la critique d’un critique que nous n’aimons pas qui nous fait aimer le livre critiqué.


« C’est une manière de penser l’objectivité de la critique d’art, posture qui semble permettre au critique de ne pas prendre parti. Mais n’y a-t-il pas une part de subjectivité dans le travail de l’historien et donc de la même manière dans celui du critique d’art comme historien. »


Tant qu’un critique ne prend pas parti, il est historien.


La critique est une chose sublime. Elle est digne seulement des gĂŠnies.


« Dans la situation actuelle, on a l’impression que la critique d’art négative n’est pas très répandue contrairement à ce qu’on peut voir dans le cinéma ou la musique. Cela tient probablement à la structuration assez confidentielle du monde de l’art contemporain sans compter que dans les structures performantes (grands musées, fondations, biennales, etc.) on produit le discours sur l’exposition en même temps que l’exposition, on encadre le travail du critique avec des communiqués de presse, des partenariats commerciaux avec les revues, etc. finalement, le seul jugement négatif dans le champ de l’art contemporain consiste à ne pas parler d’une œuvre, d’une exposition… »


Plus la critique est hostile, plus l’artiste devrait être encouragé.


Vous pouvez voir le mauvais critique à ce qu’il commence par parler du poète et non du poème.


La table ronde « À quoi sert la critique d’art ? » est une initiative conjointe du groupe de recherche « La critique d’art en questions » (université Paris 8) et d’Esadhar Recherche (Ecole Supérieure d’Art et de design du Havre et de Rouen). Elle s’inscrit dans le cycle de conférences « Venons nombreux ».


Edité par l’esadhar 2014


A QUOI SERT LA CRITIQUE D’ART ? Table Ronde organisée à l’ESADHaR (site du Havre) le 5 novembre 2013 avec Maxence Alcalde, Nathalie Desmet, Claire Fagnart et Jérôme Glicenstein. Citations regroupées par : Nathalie Desmet Retranscription des textes : Maxence Alcalde Conception graphique : Nicolas Cosson Remerciements : Emmanuel Lalande, Guillaume Melennec, Yann Owens et aux étudiants de l’ESADHaR présent à la table ronde.

Un enregistrement de cette table ronde a été diffusé sur Radio PiedNu (piednu.fr)

A quoi sert la critique d'art ?  

Livre témoin du colloque sur la critique d'art qui eu lieu à l'ESADaR en 2013, en partenariat avec l'université Paris 8