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ma vie en boîte

chronique

par Annie Khan

Peut moins faire Les femmes patrons, dirigeantes de grands groupes, ne veulent plus entendre parler du plafond de verre. Normal, elles l’ont brisé. En revanche, elles s’avèrent très lucides quant aux «freins autocultivés», ces boulets spécifiques qu’elles traînent et qu’elles conseillent vivement de détecter et de déposer sur le bord du chemin. Pour qui aurait le désir de gravir les marches du pouvoir en entreprise. L’étude «Les hauts dirigeants au féminin: prendre le pouvoir sur soi» que vient de publier le cabinet NB Lemercier, chasseur de têtes de haut vol, en fait l’analyse. Ce discours peut choquer. En préférant oublier les obstacles qu’elles ont dû surmonter, les 36 femmes d’exception, interrogées par la sociologue Maria Pourchet, auteure de l’étude, ne se désolidarisent-elles pas de toutes les autres, pour rester seules en tête ? Peut-être. Mais leurs propos, finement synthétisés par la sociologue, sont passionnants. Ils peuvent être utiles non seulement à celles qui seraient vaiment prêtes à consacrer une bonne part de leur vie à leur carrière, mais aussi à toutes les autres. Les femmes qui, sans avoir forcément une telle ambition, sont lasses de ne pouvoir parvenir à leurs fins dans l’entreprise pour des raisons qui leur échappent, alors qu’elles ont toutes les compétences requises. Car le plafond de verre ou de béton, qui

existe bel et bien à mon avis, est d’autant plus difficile à percer qu’on a des boulets aux pieds. Mieux vaut donc les repérer et s’en délester.

Le poison de la perfection

La tentation du perfectionnisme est sans doute le premier d’entre eux. A force d’avoir été très bonnes élèves, trop sensibles au «peut mieux faire», injonction qu’une minorité d’enseignants ne peut s’empêcher d’assener même aux meilleurs, les femmes vivent dans la crainte perpétuelle de ne jamais donner assez de leur temps et de leur énergie... Les petites filles seraient globalement plus perméables au «peut mieux faire» que les petits garcons, disent ces femmes, qui réfutent pourtant l’idée d’un managenent spécifiquement féminin. «Le perfectionnisme est un poison paralysant», prévient l’une dentre elles, qui exhorte ses consoeurs à en faire moins,plutôt que toujours plus. Pour ne pas s’épuiser en actions non rétribuées à leur juste niveau. Provoquant aigreur et renoncement. Difficile de changer de logiciel. Mais n’est-ce pas tentant ? Pour, vraiment, mieux faire !

kahn@lemonde.fr

Peut moins faire  
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