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CHINE, le Grand Ecart Le modèle chinois de développement Les Occidentaux ont l’habitude de considérer que l’économie de marché, le libre échange, le capitalisme et la démocratie sont inséparables. Considérant la libéralisation et l’ouverture croissante de l’économie chinoise, ses performances, la démocratisation du régime est inévitable. Or la Chine est en train de nous démontrer le contraire. Plus le système économique de la Chine se libéralise, plus le régime politique se durcit. Pour les hiérarques du parti au pouvoir, il convient au contraire de compenser les libéralisations économiques par un contrôle accru de la société s’ils veulent éviter un dérapage incontrôlable. L’effondrement des pays de l’Est et les évènements de Tien An Men sont présents même si l’on n’en parle jamais. D’ailleurs la Chine n’est pas une économie de marché. Les Etats Unis et l’Europe ont jusqu’à présent refusé de reconnaître le statut d’économie de marché à la Chine qui lui donnerait accès à un certain nombre d’avantages commerciaux. L’économie de marché suppose un certain nombre de conditions : la propriété privée, le désengagement de l’Etat, la libre entreprise, l’état de droit, la protection de la propriété intellectuelle, l’interdiction des monopoles, etc. Or la Chine ne remplit pas ces conditions. L’EtatParti est omniprésent et les structures politiques sont intangibles. Depuis Deng Xiao ping, les dirigeants ont approche pragmatique, expérimentale et décomplexée. Ils ont puisé dans les autres expériences, ce qui pouvait améliorer les performances du système économique. Certes, rien n’échappe à la politique de réforme, mais la réforme s’arrête là où le Parti commence. L’emprise du Parti se fait sentir directement ou indirectement dans tous les secteurs. Les plus grandes sociétés, les plus grandes banques, sont contrôlées directement par le parti. Les privatisations n’ont pas pour but de transmettre le contrôle des entreprises à des intérêts privés mais à modifier les modes de gouvernance. La plupart des banques étrangères qui avaient participé aux « privatisations » des grands établissements de crédit ont revendu leurs participations qui ne leur donnaient aucune influence sur la direction de l’entreprise et ne leur apportait aucun effet induit en termes de pénétration du marché chinois. Même les entreprises « privées », les entreprises individuelles ou familiales, sont à la merci des chefs locaux du Parti. La corruption est endémique mais elle est indispensable au bon fonctionnement du modèle économique. L’Etat-Parti utilise les mécanismes de marché pour améliorer la gestion des entreprises mais les fondements du régime sont inchangés. Deng Xiao ping a répété à plusieurs reprises que la Chine n’était pas faite pour un régime multipartiste pratiquant la séparation du pouvoir. Seule la dictature d’un parti unique pouvait mener à bien la politique de réformes. Le livre démontre sans peine que les principes du régime actuel remontent loin dans l’histoire de la Chine, notamment dans le mouvement des « Légistes » qui a inspiré


les réformes conduisant à l’établissement de l’empire (221 avant J.C.-1911 après J.C.). Chaque changement de dynastie traduit une perte de légitimité du régime en place et consacre un changement dans le contexte politique, économique ou social. La dynastie rouge n’est que le dernier avatar qui a gouverné la Chine avec succès depuis 5 000 ans. Le fonctionnement des institutions ont peu changé depuis l’installation de l’Empire. Si la Chine n’a pas adopté le régime occidental, c’est qu’elle n’a jamais été colonisée et qu’elle dispose d’une forte identité historique fondée notamment sur la langue. La Chine n’a pas hérité d’un modèle dominant sur lequel se modeler. Non seulement la Chine n’est pas capitaliste ni démocratique, mais elle n’est pas en passe de le devenir. Tous les dirigeants réformateurs, jusqu’à l’ancien Premier Ministre, Wang Jia bao, ont rappelé que la réforme économique sans la réforme politique conduisait tôt ou tard à l’échec. Les succès de la réforme économique permettent au régime de perdurer sans se remettre en cause. Mais de graves problèmes restent irrésolus : le vieillissement de la population, la politique de l’enfant unique, la croissance d’un lumpen proletariat (200 millions de migrants) sans aucune protection de la loi, une économie à deux vitesses (800 millions de ruraux), la corruption généralisée, l’inflation provoquée par l’accumulation des devises et des investissements improductifs, … Maintenant que les marchés des pays développés sont frappés de catalepsie, la Chine doit redéfinir un nouveau modèle économique. Le moteur de l’économie doit passer des investissements publics à la consommation des ménages. Transition d’autant plus difficile qu’elle suppose un changement de comportement de la part du consommateur mais aussi un changement d’orientation de la part des gouvernants. On se trouve plus ou moins dans la même situation que les années trente. A l’époque, les régimes capitalistes semblaient à bout de souffle, minés par la crise économique, politique et sociale. Des régimes totalitaires, communistes ou fascistes, prospéraient sur les décombres de la démocratie. Il ne fallut rien moins qu’une guerre mondiale pour sortir de la crise. La Chine a raté la révolution industrielle et la croissance phénoménale à laquelle on assiste, n’est qu’une sorte de rattrapage. Désormais la Chine pénètre dans une zone « grise » ; elle construit sous nos yeux un nouveau modèle de développement dont nous ne connaissons pas encore les contours.


Dominique rambures