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Ambassade de France à Washington Mission pour la Science et la Technologie 4101 Reservoir Road, NW, Washington DC 20007 Tel : +1 202 944 6249 Fax : 202 944 6219 Mail : publications.mst@ambafrance-us.org URL : http://www.ambafrance-us.org

Domaine : Document : Titre : Auteur(s) : Date : Contacts : Mots-clefs Résumé

Recherche Rapport d’études La R&D aux Etats-Unis: panorama et tendances Johan Delory Estelle Bouzat 30 juin 2010 johan.delory@ambafrance-us.org Recherche, gouvernance, R&D, financement, coopération scientique Ce rapport décrit le système américain de R&D tout en apportant un éclairage sur quelques grandes tendances actuelles. Avec plus du tiers des dépenses mondiales de R&D, les EtatsUnis, malgré une relative érosion face aux pays émergents d’Asie, maintiennent leur domination . Le gouvernement fédéral d’abord, dont le budget augmente de 0,3% par an en termes réels depuis l’arrivée du Président Obama, soutient la recherche fondamentale dans les laboratoires fédéraux et les universités. Le secteur privé ensuite, véritable moteur de la R&D américaine, a injecté en 2008 268 Md de dollars soit 67,5% du total national (+20 Md par rapport à 2007). Ce marché colossal et dynamique continue d’attirer étudiants et chercheurs du monde entier –les asiatiques en tête- ce qui repousse la problématique de désaffection des filières scientifiques. De surcroît, le rayonnement international américain se caractérise aussi par l’intensité de ses coopérations scientifiques, où l’UE conserve sa place de premier partenaire, même si l’on note une nette percée de la Chine qui a pris la 4ème position des Nations, juste devant la France. Enfin, la science est envisagée de plus en plus par la galaxie d’acteurs influençant la politique de R&D -administration, congrès et « think tanks »comme un instrument diplomatique à placer au service de la sécurité nationale.

NB : Toutes nos publications sont disponibles auprès de l’Agence pour la Diffusion de l’Information Technologique (ADIT), 2, rue Brûlée, 67000 Strasbourg (http://www.adit.fr)

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TABLE DES MATIERE 1. Positionnement mondial : les Etats-Unis toujours en tête des Nations dans leur course vers une économie de la connaissance 1.1 Le premier acteur mondial en matière de R&D

p4

1.2 Tendance: les Etats-Unis face au rattrapage de l'Asie

p5

2. La gouvernance de la R&D 2.1 L'orientation des politiques nationales de R&D

p6

2.2 Tendance: l'influence croissante des groupes de pensée

p7

3. Financement et dépenses en R&D 3.1 Les grands comptes de la R&D américaine

p8

3.2 Un investissement fédéral massif distribué par les agences et ministères

p9

3.3 Schéma synoptique de la circulation des financements en R&D

p 11

3.4 Tendance: la politique de R&D du Président Obama

p13

4. Les acteurs de la recherche 4.1 Le secteur privé lucratif, premier contributeur de la R&D

p 13

4.2 Laboratoires internes aux agences fédérales et centres d'excellence

p 14

4.3 Les universités

p 15

4.4 Acteurs individuels: les chercheurs

p 16

4.5 Tendance: la problématique de la formation en S&T

p 17

5. La coopération scientifique internationale 5.1 Les Etats-Unis et l’UE, premiers partenaires scientifiques au monde

p 18

5.2 Tendance: la S&T, un nouvel outil au service de la diplomatie américaine

p 19

6. Perspectives : le renouvellement de l’America Competes Act

p 22

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1. Positionnement mondial : les Etats-Unis toujours en tête des Nations dans leur course vers une économie de la connaissance

1.1 Le premier acteur mondial en matière de R&D Exprimé en valeur absolue, l'effort de R&D des Etats-Unis représentait 368 milliards de dollars en 2007, soit un tiers du total mondial. Le montant cumulé de l’investissement public et privé américain n’a pas d’égal sur la planète, dépassant de 40% le total des 27 pays de l’UE et représentant la moitié des pays du G8.

Ventilation des dépenses de R&D en millions de dollars (en 2007)

36

114 368

87

139 99

36

67

40

Etats-Unis

Allemagne

France

RU

Japon

Chine

Corée du Sud

Autres

Autres UE

Source: OCDE, Principaux Indicateurs en Science et Technologies. Statistiques utilisant la PPA, "le Monde" étant composé des membres de l'OCDE plus l'Argentine, la Chine, la Roumanie, l'Israël, la Russie, Singapour, la Slovénie, l'Afrique du Sud, et Taiwan.

Cependant, si l’on affine l’analyse, on remarque que (i) la moitié de cet effort est lié à des applications militaires et que si (ii) l'on rapporte sa dépense intérieure en R&D (DIRD) sur le PIB, alors les Etats-Unis sont devancés par d'autres pays. Son ratio est de 2,66% contre 4,65% en Israël, 3,39% au Japon, 3,23% en Corée du Sud. A titre indicatif, celui de la France est de 2,11%, 1% pour la Chine et 1,76% pour l'UE1.

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D'un point de vue compétitif, depuis le milieu des années 1990, l'UE est dépassée par les Etats-Unis. L'intensité de ses investissements en R&D demeure inférieure à ceux des Etats-Unis avec en moyenne 1.8% contre 2.6% du PIB. Or, 85% de cet écart s'explique par le manque d'investissement du secteur privé. Ce dernier ne contribue qu'à hauteur de 1% du PIB en Europe soit 55% du total contre 66% aux Etats-Unis, 67% en Chine et 75% au Japon et en Corée du Sud. Pourquoi le secteur privé européen dépense-t-il nettement moins en R&D que son homologue américain ? La répartition des dépenses de R&D entre secteurs secondaires et tertiaires (manufacturier et services) est sensiblement identique des deux côtés de l'Atlantique (75% contre 25%). Par contre, si l'on se penche plus attentivement sur la structure de production, on s'aperçoit que les industries de haute technologie

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Le 27 Avril 2009, lors de son discours devant les National Academies, le Président Obama a annoncé une cible de 3% de DIRD/PIB2, rendu possible à travers la poursuite des investissements en recherche fondamentale, la promotion de l'innovation et l'amélioration de l'enseignement des sciences. Les quatre piliers du système américain de R&D, sources de son succès, sont (i) un investissement massif du gouvernement fédéral rendu possible par un fort soutien sociétal, (ii) un petit groupe d'universités de recherche très compétitives et attractives, (iii) une participation élevée des entreprises à l'effort national en R&D et (iv) la grande efficacité de son système de transfert de technologie. Malgré la concurrence internationale accrue, les Etats-Unis maintiennent encore aujourd’hui leur domination sur tous les fronts de la production scientifique, que ce soit pour le nombre d’articles publiés, d’articles cités, brevets déposés, d’innovations et de créations de start-ups. Mais pour combien de temps ? Les rapports alarmants se succèdent. Il est à présent indéniable qu’un rattrapage par les pays émergents d’Asie s’est amorcé.

1.2

Tendance: les Etats-Unis face au rattrapage de l'Asie

Le 15 janvier 2010, après avoir présenté le rapport de la NSF intitulé "Indicateurs en science et technologies 2010", le Dr Kei Kozumi, directeur adjoint pour la R&D fédérale au bureau des politiques scientifiques et technologiques (OSTP) a déclaré que "la domination des Etats-Unis s'est érodée significativement". Mondialement, l'investissement en R&D n'a cessé d'augmenter au cours de la période 1997-2007 en passant de 525 milliards de dollars à plus de 1 000 milliards. Cependant, tandis que les Etats-Unis enregistraient un taux de progression annuel moyen de leur DIRD de l'ordre de 5%, la Chine avoisinait les 24% d'augmentation annuelle. De même, ses voisins asiatiques entamaient leur rattrapage à un rythme soutenu (Inde 9%, Corée du Sud 10%, Taiwan 12%, Thaïlande 13%, Singapour 13,5% et Malaisie 20,5%) (voir figure 1 en annexe). En matière de publications, la Chine se démarque à nouveau par la vélocité de son rattrapage. Elle s'est imposé sur le marché des idées avec 8% des publications mondiales contre 2% en 1995 (voir figure 2 en annexe).

représentent une part plus importante de la valeur ajoutée manufacturière aux Etats-Unis qu'en Europe (28% contre 19%), cette dernière se concentrant sur les industries de moyenne technologie. Cette différence au sein des industries intenses en hautes technologies provient en très grande partie du secteur TIC, où les entreprises américaines sont de taille supérieures. Bien que les PME européennes soient aussi dépensières en R&D que leurs homologues américaines, leurs tentatives de conquêtes de part de marché et d'expansion n'ont pas été aussi fructueuses. Dans le domaine des TIC, 22% des entreprises américaines ont été crées après 1980 contre seulement 5% en europe. Dynamisme du marché, abondance du capital risque mais aussi qualité du transfert de technologie sont autant de clés d'entendement des écarts entre UE et Etats-Unis. 2

On note que cette cible de 3% du PIB est la même que l’objectif européen de Barcelone fixé en mars 2002, à la différence près qu’il semble plus accessible pour les Etats-Unis que pour l’UE.

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Pour les exportations de biens intenses en haute technologie (semi-conducteurs et produits de communication, matériel informatique, pharmaceutiques, aérospatial, outils médicaux), l'Asie à 8 –hors Chine et Japon- est largement en tête avec 28% de parts de marché et la Chine est devenue le premier pays du monde en réalisant près de 20% du chiffre d’affaire global de 2 300 milliards de dollars. Entre 1995 et 2008, la part tenue par les Etats-Unis a chuté d'un tiers pour tomber à 13,6% (voir figure 3 en annexe). Ainsi, même si les Etats-Unis demeurent la superpuissance mondiale de la connaissance, beaucoup pointent du doigt la remise en cause progressive de leur hégémonie. Quelles sont les marges de manœuvre à disposition pour la gouvernance américaine de la R&D ? 2. La gouvernance de la R&D 2.1 L'orientation des politiques nationales de R&D Face à la décentralisation du système de R&D et à l'absence de Ministère de l'Enseignement Supérieur et de la Recherche, le Président américain s'appuie sur un Bureau scientifique au sein de la Maison Blanche (l'OSTP), un comité consultatif (le PCAST), un comité de coordination (le NSTC) et un bureau du budget consacré à son élaboration (OMB).

OSTP: Le Bureau pour les Politiques Scientifiques et Technologiques (OSTP: Office of Science and Technology Policy) est intégré au cabinet Présidentiel au sein de la Maison Blanche. Il exerce un pouvoir proche de celui d'un Ministère de la Recherche. Selon sa loi fondatrice datant de 1976, l'OSTP doit conseiller le Président et son équipe, et favoriser la coordination de la branche exécutive. PCAST: Pour sa mission de conseil, l'OSTP s'appuie sur le Comité des Conseillers du Président en S&T (PCAST: President’s Council of Advisors on Science and Technology). Il s'agit d'un comité consultatif qui fut crée en 1990 par Bush Sr afin de recueillir les avis des secteurs universitaires et industriels. On note que le co-directeur du PCAST n'est autre que le directeur de l'OSTP qui cumule aussi le titre de "Conseiller Scientifique du Président". NSTC: Présidé par le Président des Etats-Unis avec à ses côtés le Vice-Président et le directeur de l'OSTP, le Conseil National de la Science et de la Technologie (NSTC: National Science and Technology Council) est un comité de coordination de la politique fédérale en R&D. Il rassemble les différents directeurs des agences fédérales et définit les stratégies nationales de S&T. Il fut crée en 1993 par Bill Clinton.

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L'OMB (Office of Management and Budget) a des attributions proches d'un Ministère du Budget. Il assiste le Président pour l'élaboration de sa requête budgétaire, supervise l'administration de ce budget et évalue les demandes concurrentes de financement des agences fédérales. Gravitant autour de ces organes de conseil dépendant de la Maison Blanche, une galaxie hétérogène de cercles de pensée (« think-tanks ») alimente les réflexions stratégiques nationales. 2.2 Tendance: l'influence croissante des groupes de pensée Dans le monde universitaire, pour compenser la décentralisation du système, les associations ont naturellement pris une place importante. Elles permettent aux différents acteurs de se regrouper par centre d'intérêt et de s’exprimer d’une seule voix. Citons : • L’Association of American Universities, regroupant les 62 universités de recherche les plus prestigieuses. Bien que concurrentes, elles se retrouvent sur des thèmes communs (organisation des campagnes de levées de fonds, choix éducatifs, etc.). • L’American Council of Education (ACE), regroupant les Président de 2000 établissements représentant 80% des étudiants. • L' Association of Public and Land-grant Universities (APLU). Il s'agit de la plus ancienne des associations d'enseignement supérieur, qui rassemble 186 universités publiques de recherche pour 3.5 millions d'étudiants. Pour les questions de science et de technologie, deux organismes ont acquis une place incontournable grâce à la qualité de leur travail et leur impartialité: • La National Academy of Sciences (NAS), formée du National Research Council (NRC), de la National Academy of Engineering (NAE) et de l'Institute of Medicine (IOM), fut établie en 1863 comme référence scientifique du gouvernement fédéral avec pour objectif l'avancement de la science et de la technologie3. Les Académies sont des organisations privées et indépendantes du Congrès comme du gouvernement. Elles emploient l'élite scientifique des Etats-Unis –dont une centaine d’étrangers- qui en deviennent membres à la suite d'une élection prestigieuse par cooptation. • L'American Association for the Advancement of Science (AAAS), association professionnelle indépendante, existe depuis 1848. Elle publie des analyses de la politiques de R&D, différentes Newsletters, livres, rapports, et revues, dont le magazine au million de tirage « Science ». Elle fait figure d’autorité dans le paysage américain de R&D et organise des manifestations à caractère scientifique qui attirent bien au-delà de ses membres. Enfin, de nombreux groupes de pression (« lobbies ») tels que l'Union of Concerned Scientists, peuvent influencer l'orientation des politiques de façon plus ou moins diffuse. 3

Le texte originel précise que « l'Académie doit, à la demande de n'importe quel département du gouvernement, examiner, étudier, expérimenter et publier sur n'importe quel sujet des sciences ou des arts, [...], sans aucune compensation d’aucune sorte pour les services rendus au gouvernement des Etats-Unis ».

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3. Financement et dépenses en R&D 3.1. Les grands comptes de la R&D américaine D'après la NSF, les dépenses américaines totales en recherche et développement (R&D) s'élevaient à 398 milliards de dollars en 2008. Cela représente une croissance de 6,7% par rapport à 2007 ou 1,1% en tenant compte de l'inflation. On note que la crise ne s'est pas fait ressentir en matière de R&D pour l'année 2008. La presque totalité de cette croissance provient de la contribution du secteur privé lucratif, avec 20 milliards d'augmentation des dépenses sur un total de 25 milliards. Les dépenses du gouvernement fédéral en dollars constants ont par ailleurs cessé leur diminution chronique avec une augmentation de 0.3% en 2009 et 2010 à prix constants. Le secteur privé lucratif (business) a fourni 263 milliards de dollars en 2008, soit les deux tiers du total. La contribution du gouvernement fédéral s'élevait à 103 milliards de dollars, soit 27% du total, celle des universités était de 14 milliards de dollars ou 4%. Les autres organisations non gouvernementales ont apporté 12 milliards soit 3,2%. On constate un décalage entre les sources de financement et les exécutants de la R&D : Dépenses de R&D par acteur en 2008 (estimations de la NSF) Exécutant (en millions de dollars) Secteur / exécutant

R&D exécutée par secteur Part du total

Gouvernement fédéral

Universités

Autres

Total

289 105

41 741

51 163

15 606

397 616

73%

10%

13%

4%

100%

Industrie

Poids du secteur sur l’ensemble 100%

Source : NSF, Science and Engineering Indicators 2010

Des variations importantes existent selon le type de R&D réalisé. Ainsi, les activités de recherche fondamentale représentaient 69 milliards de dollars ou 17,5% des dépenses, la recherche appliquée 88,5 milliards ou 18,5% et le développement 239 milliards de dollars, soit 60,4%. Enfin, la proportion des financeurs varie notablement pour chaque typologie de R&D. Le gouvernement fédéral fournit près de 60% des financements pour la recherche fondamentale. Les industries sont quant à elles les principales sources de financement de la recherche appliquée (61,1%) et du développement (83,2%).

3.2 Un investissement fédéral massif distribué par les agences et ministères Pour une année fiscale type n, le processus d'élaboration du budget fédéral commence avec les remontées des besoins des agences de R&D, qui sont transmises à la Maison

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Blanche en juillet n-2. S’ensuit une période de négociations de plusieurs mois, jusqu’à ce que le projet de budget fédéral soit établi en février n-1. Ce projet est alors examiné en parallèle par la Chambre des représentants et le Sénat. L’arbitrage final résulte finalement d’une négociation entre les deux chambres et l’exécutif en septembre n-1. L’année fiscale n commence alors en octobre n-1 avec une affectation des crédits du budget voté via des lois d’engagement (« appropriations »). Le budget fédéral de R&D est attribué à une trentaine d'agences et ministères. Organisées par grands domaines, ces agences fédérales financent à leur tour les projets de recherche émanant de laboratoires universitaires et industriels (75% du total) ou de leurs laboratoires internes ou « intra-muraux » (25% du total). La grande majorité des projets sont financés dans un cadre compétitif, après évaluation par les pairs. Le site Internet "Grants.gov" centralise les informations sur plus de 1000 programmes publics parmi lesquelles figurent de nombreuses subventions et bourses fédérales pour la R&D. La National Science Foundation (NSF) fait figure d'exception dans ce paysage. Elle est à la fois l'unique agence de moyens (exclusivement « extra-murale ») et l'unique agence pluridisciplinaire. Instituée par le Congrès américain en 1950, elle propose des financements à plus de 2 000 universités et entreprises américaines, soit plus de 11 000 projets avec un taux de sélection moyen de 28%. Dotée d'un budget de 7,02 milliards de dollars en 2010, sa contribution représente autour de 20% de l’apport fédéral versé aux institutions universitaires en recherche fondamentale. Les 27 National Institutes of Health (NIH), dépendants de l’US Department Of Health and Human Services (DoHHS) sont la principale source de financement de la recherche médicale et le premier poste du budget fédéral de R&D hors défense. En effet, pas moins de 30 milliards de dollars -32 milliards en 2010- sont ainsi investis annuellement dont 80% servent au financement d’environ 325 000 chercheurs et 50 000 bourses à travers 3 000 universités, écoles médicales et autres centres de recherche. Environ 10% du budget des NIHs est utilisé pour financer les projets dans leurs propres laboratoires (recherche « intramurale »), projets conduits par quelques 6 000 scientifiques. Les autres grands acteurs du financement de la recherche sont la NASA (budget annuel de l’ordre de 12 milliards de dollars); le Ministère de l’Energie (environ 11 milliards de dollars) et l'agence spécifique du Ministère de la Défense, la DARPA (environ 4 milliards de dollars). On note néanmoins que les financements de R&D liés à la thématique « défense », éparpillés entre les différents acteurs, représentent 55% du budget 2010, soit 81 milliards de dollars (59% en 2008). Ainsi, huit ministères et agences se partagent 97% de l'investissement fédéral dans la R&D et reçoivent plus de 1 milliard de dollars chacun pour la R&D. Les voici, par ordre décroissant de dotation financière:

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Le Ministère de la Défense avec notamment la DARPA (Defense Advanced Research Projects Agency) : environ 80 milliards par an.

Le Ministère de la Santé et des Services à la Personne (Department of Health and Human Services) avec notamment les NIH (National Institutes of Health) et les CDC (Centers for Disease Control and Prevention) : environ 30 milliards par an.

La NASA (National Aeronautics and Space Administration): environ 12 milliards par an.

Le Ministère de l'Energie (DoE) et notamment son Office of Science et la National Nuclear Security Administration : environ 10 milliards de dollars.

la National Science Foundation (NSF) : environ 7 milliards de dollars par an.

le Ministère de l'Agriculture (notamment l'Agricultural Research Service, le Cooperative State Research, Education and Extension Service et le Forest Service) : environ 2 milliards de dollars par an.

le Ministère du Commerce avec en particulier le NIST (National Institute of Standards and Technology) et la National Oceanic and Atmospheric Administration (NOAA) : environ 1 milliard par an.

Le Ministère de la Sécurité Intérieure (Department of Homeland Security) : environ 1 milliard de dollars par an.

3.3 Circulation des financements Le schéma ci-dessous présente synthétiquement la circulation des financements de la R&D américaine en mettant en exergue le rôle pivot du gouvernement fédéral.

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3.4 Tendance: la politique de R&D du Président Obama L'arrivée du Président Obama a marqué la fin de la baisse tendancielle des financements publics en R&D (voir figure 4 en annexe). En effet, avec, enregistrés à prix constants, 147,2 milliards de dollars pour l'année fiscale 2009, 147,5 pour 2010 et une requête budgétaire de 147,7 milliards de dollars pour 2011, le budget consacré à la R&D affiche une augmentation chronique (+0,3% par an) malgré les annonces récurrentes de gel des dépenses publiques. En outre, le plan de relance (ARRA: American Reinvestment and Recovery Act) signé le 17 février 2009 a permis le déblocage de 20,5 milliards de dollars supplémentaires dont la majorité a été consommée au cours de l'année 2009. Les tendances budgétaires actuelles sont: • Le renforcement de la recherche fondamentale avec un accroissement des financements en faveur des agences clés identifiés par l'America Competes Act (NSF, NIST et Office for Science du Département de l'Energie). Le rythme de croissance pour atteindre la cible de 19,5 milliards de dollars en 2017 est maintenu avec une augmentation annuelle globale de plus de 6%. • La substitution du civil au militaire: dans la demande 2011, le budget militaire de R&D a subi des coupes de 3,5 milliards de dollars et les financements hors défense ont enregistré une progression de 3,7 milliards (+5,9%) qui se retrouve presque en totalité en recherche fondamentale et appliquée (+3,3 milliards). • Un soutien grandissant à l'enseignement des sciences (déblocage de 3,7 milliards de dollars) et aux technologies vertes (+12,8% en 2011) tout en maintenant l'effort dans le domaine médical (+3% par an).

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Les acteurs de la recherche

4.1 Le secteur privé lucratif4, premier contributeur de la R&D Le secteur privé lucratif, en d'autres termes, les entreprises, constitue à la fois la source de financement la plus importante (66%) et celui qui réalise le plus de R&D (72%). Logiquement, les efforts du secteur privé lucratif sont principalement concentrés sur le développement et la recherche appliquée, laissant en grande partie la recherche fondamentale au milieu universitaire et aux agences fédérales. Au cours de la dernière décennie, plus de

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Le rédacteur est face à un dilemme terminologique. Lors de son analyse des dépenses de R&D la National Science Foundation désigne l'ensemble formé des entreprises comme le "secteur industriel" (industrial sector). Cependant, la traduction littérale n'est pas possible puisque que près d'un tiers des ces entreprises relèvent du secteur tertiaire de l'économie, celui des services. L'équivalent français serait le "secteur privé", mais encore une fois, il se révèle mal approprié puisqu'aux Etats-Unis, un tiers des dépenses académiques de R&D émanent d'universités privées, qui sont une catégorie à part. C’est pourquoi nous avons fait le choix de « secteur privé lucratif ».

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200 milliards de dollars étaient investis chaque année par ce secteur en R&D, dont 10% d’origine fédérale (voir figure 5 en annexe). Les principales industries contribuant à l’effort de recherche sont : l’automobile, la pharmacie, le logiciel et les TIC, l’électronique. La part des financements privés dans la recherche conduite dans les universités est assez faible : moins de 5% de la dépense. 4.2

Laboratoires internes aux agences fédérales et centres d'excellence

Tout comme les organismes de recherche français, la plupart des agences fédérales possèdent leurs propres laboratoires en interne (recherche "intra-murale"). Même si le ratio national est de 25%, les variations sont importantes avec par exemple 95% de la recherche du NIST réalisée en interne, 40% pour le Département de la Défense, 25% pour la NASA et 18% pour les NIH. Par ailleurs, pour rassembler les chercheurs autour de thèmes prioritaires, le gouvernement fédéral multiplie les initiatives pour la création de centres d’excellence et le lancement de programmes interdisciplinaires. Les FFRDC (Federally Funded Research and Development Centers) en sont un exemple, mais aussi les Science and Technology Centers et Nanoscale Science and Engineering Centers de la NSF, les National Centers for Biomedical Computing des NIH, ou encore les Bioenergy Research Centers du DoE. Ces centres, financés par le gouvernement fédéral, ont pour objet de répondre à des besoins techniques spécifiques ne pouvant être pris en charge par un seul organisme. Ils sont en général gérés par une université ou une organisation à but non lucratif et travaillent en étroite collaboration avec l’agence ou les agences gouvernementales qui le financent. De manière générale, les financements fédéraux soutiennent différents types d'acteurs dans

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les Etats: les Universités (30%), les laboratoires fédéraux (25,5%), les centres interdisciplinaires (14,3%), les entreprises (25%) et autres (4,2%). La carte ci-dessus rend compte du degré de captation des fonds fédéraux de R&D par Etat. Sans surprises, les côtes américaines sont les plus arrosées avec la Californie qui capte à elle près d'un cinquième des fonds fédéraux pour la R&D.

4.3

Les universités

Les institutions d'enseignement supérieur et de recherche (publiques et privées) jouent un rôle fondamental dans la recherche publique. Elles ont dépensé 52 milliards de dollars en R&D en 2008, ce qui correspond à 56% de la recherche fondamentale du pays et un tiers de la recherche fondamentale et appliquée (voir figure 6 en annexe). Bien qu'il existe plus de 4000 institutions d'enseignement supérieur aux Etats-Unis, environ 100 universités se partagent 80% des budgets de R&D et près de 90% des doctorats décernés en science et en ingénierie. Les deux tiers de ces institutions sont publiques. En 2008, le gouvernement fédéral demeurait de loin la première source de financement de la R&D dans les universités américaines avec 31,2 milliards de dollars (soit 60% du total dans les universités privées et 55% dans les publiques qui complètent avec des fonds des gouvernements locaux). Par ailleurs, l'autofinancement des universités arrive en deuxième position avec 10,5 milliards de dollars en 2008.. Ainsi, contrairement à l'idée répandue, le secteur privé contribue très peu à la recherche menée dans les universités américaines (5,5% en 2008): il est placé en quatrième et dernière position derrière les gouvernements locaux !

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Les domaines de recherche privilégiés par les universités sont, par ordre décroissants: les sciences médicales (59%), l'ingénierie (13%) et les sciences physiques (7%) (voir figure 7 en annexe).

4.4 Acteurs individuels: les chercheurs Chaque établissement recrute ses enseignants-chercheurs par appels à candidatures au niveau national ou international afin d’employer les meilleurs éléments, ceux capables d’apporter d’importants contrats de recherche à l’université ou ayant une notoriété qui attirera les étudiants. Les nouveaux assistants-professeurs sont nommés pour trois ans puis reconduits (ou non) pour une nouvelle période de deux ans. A la fin de ces cinq années, un comité composé des professeurs et du directeur du département concerné se prononce sur le recrutement (« tenure ») de l’assistant-professeur. Celui-ci n’est acquis qu’après recommandation du candidat par le doyen du collège au Provost et au Président, puis accord de ce dernier. On dénombre environ 600 000 « tenure professors » aux Etats-Unis5.

5

C’est cette notion de « tenure » qui permet de qualifier le statut des enseignants-chercheurs, qu’ils soient Assistant Professor, Associate Professor, ou Full Professor. - un professeur « tenured » a un emploi permanent à l’Université (un contrat à durée illimitée), comparable à celui de l’ensemble des Maîtres de Conférence et Professeurs des universités françaises,

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Nombre et répartition des chercheurs dans les secteurs privé, gouvernemental et universitaire en 2002

Nombre chercheurs

Secteur privé

Laboratoires de Secteur recherche universitaire publics

Total

1 066 000

47 822

181 395*

1 334 628

3,5%

11%

100%

de

Répartition des 85,5% chercheurs Source : OCDE – MSTI database 2006 • * : chiffre de 1995

4.5 Tendance: la problématique de la formation en S&T Selon un rapport de 2005 du Business-Higher Education Forum, d'ici à 2015, il faudra plus de 280 000 nouveaux enseignants en sciences, technologies, mathématiques et ingénierie (STEM) aux Etats-Unis. De surcroît le niveau des enseignants eux-mêmes est jugé insuffisant. Ces constats inquiétants sont la conséquence d'une réaction en chaîne : (i) une désaffection des spécialités STEM par les étudiants ; (ii) une proportion insuffisante se dirigent vers l'enseignement ; (iii) trop d’enseignants quittent la profession après quelques années d’exercice. La racine du problème semble venir du désintérêt des élèves pour les mathématiques et la science dès le primaire, reflété par leurs résultats insuffisants en comparaison de leurs camarades internationaux . La solution serait donc une meilleure formation des jeunes générations, qui elle-même nécessiterait une réforme de la formation des enseignants. Face à ce constat, de multiples initiatives politiques ont été lancées6 et prises en compte dans les requêtes budgétaires de B Obama. Ces théories déclinistes qui permettent d’alimenter les institutions académiques et d’enseignement en fonds fédéraux ne font pourtant pas l’unanimité. Par exemple, la SST a rencontré un chercheur de Georgetown, Lindsay Lowell, qui a publié un article -

les « non-tenured » sont rémunérés sur contrat à durée déterminée (de 3 à 5 ans en règle générale, avec l’Université). Seuls les « Full Professors » et les « Associate Professors » peuvent prétendre à être « tenured », mais ils ne le sont pas tous. La « tenure » est une promotion au choix, à laquelle n’accède qu’une minorité du corps enseignant des Universités américaines. L’exemple de l’Université de Californie (les 10 campus incluant en particulier Berkeley et UCLA) montre qu’environ la moitié des enseignants y est « tenured » (dont la presque totalité des « Full Professors »). Le rapport « tenured - non tenured » varie grandement d’une université à l’autre. Notons qu’il n’y a pas de différences déterminantes pour ce qui est des statuts des enseignants-chercheurs selon que l’Université soit publique ou privée. 6

Il s’agit essentiellement des lois « No Child Left Behind » (2001), « American Competitiveness Initiative » (2006) et « America COMPETES Act » (2007) du Président Bush notamment inspirées du rapport des Académies Nationales « Rising Above the Gathering » (2005) ; de l' »Higher Education Act » de 2008, du plan d'action national du National Science Board de 2008 et de la proposition de loi bipartite pour l'amélioration de l'enseignement des STEM (2008).

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relativisant leurs pertinences. Le segment STEM du marché du travail aux Etats-Unis est assez étroit, ne représentant que 5% des 150 millions d'actifs. Or, dans leur étude publiée en Octobre 2009, L. Lowell ainsi que H. Salzman ont rejeté l'idée d'un déficit de production de diplômés des STEM. Seuls certaines niches et les postes d'enseignants souffrent clairement d'un manque de force de travail en STEM. En fait, le taux de désaffection, plutôt stable de 1972 à 1992, a brusquement augmenté et, véritable ombre au tableau, a surtout touché le quintile des meilleurs étudiants. Contrairement à l'idée couramment répandue, ce n'est pas à la sortie du lycée que s'effectue le phénomène de désaffection mais à la sortie de l'université. Le monde de la finance, de la médecine ou du droit offrent des salaires ainsi qu'une sécurité de carrière bien supérieurs à celles des scientifiques et ingénieurs. Ainsi, selon L. Lowell, il ne s'agit pas vraiment d'un problème lié au système éducatif mais davantage au manque d'incitations de la part du marché du travail. Enfin, la problématique de désaffection américaine en STEM est de facto évacuée – temporairement- par la capacité des Etats-Unis à attirer et retenir les meilleurs étudiants scientifique du monde. On constate en effet que les flux en provenance des pays asiatiques (Inde, Chine et Corée en tête) continuent d’augmenter, tandis que le nombre de doctorats attribués à des détenteurs de visas temporaires a cru de 144% entre 1988 et 2008. Les doctorants étrangers représentent aujourd’hui un tiers du total contre un cinquième il y a vingt ans et leur désir de rester aux Etats-Unis s’est accru pour atteindre près de quatre cinquièmes d’intentions positives. Ce magnétisme international des Etats-Unis s’explique en partie par leur active coopération scientifique. 5

La coopération scientifique internationale

5.1 Les Etats-Unis et l’UE, premiers partenaires scientifiques au Monde En 2008, 27% des publications scientifiques des laboratoires américains ont été signées en co-publication avec au moins un laboratoire étranger. Il s’agit d’une tendance en hausse constante depuis 2001. Tableau 1 : part des publications en mono-adresse et en co-publication (2001, 2005, 2008) toutes disciplines confondues Part (%) du total des publications ETATS-UNIS En mono-adresse En copublication Total des publications En copublication avec d'autres acteurs nationaux En copublication internationale données Thomson Reuters, traitements OST

2001 40,8 59,2 100,0 45,2 22,1

2005 35,6 64,4 100,0 48,7 25,6

2008 35,3 64,7 100,0 48,7 27,0 OST-2010

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En 2008, le Royaume-Uni, l’Allemagne et le Canada étaient les premiers partenaires des Etats-Unis, au regard de leurs co-publications internationales. La Chine est devenue le 4e partenaire des Etats-Unis. Tableau 2 : les dix premiers pays partenaires mesurés par les copublications scientifiques (2001, 2005, 2008) toutes disciplines confondues ETATS-UNIS 2001

Rang 1 2 3 4 5 6 7 8 9 10

Pays partenaire Allemagne Royaume-Uni Canada Japon France Italie Australie Chine Pays-Bas Suisse

2005 Part (%) des copublications internationales 13,6 12,6 10,9 10,1 8,7 6,9 4,4 4,4 4,3 4,1

Pays partenaire Allemagne Royaume-Uni Canada Japon France Italie Chine Australie Corée du Sud Pays-Bas

2008 Part (%) des copublications internationales 13,0 12,7 11,3 9,2 8,2 7,0 7,0 4,6 4,5 4,3

Pays partenaire Royaume-Uni Allemagne Canada Chine France Japon Italie Australie Corée du Sud Espagne

Part (%) des copublications internationales 13,1 12,6 11,7 9,8 8,1 8,1 7,1 4,9 4,9 4,4

données Thomson Reuters, traitements OST

OST-2010

La France reste au 5e rang des collaborations scientifiques juste devant le Japon. •

La coopération scientifique franco-américaine

Les Etats-Unis sont le premier partenaire scientifique de la France avec plus de 7 000 publications cosignées par an. Les accords entre organismes de recherche français et américains se sont multipliés ces dernières années7. Le CNRS a mis en place cinq unités mixtes internationales. L'INSERM a mis en place deux unités aux Etats-Unis et dispose d'un laboratoire en Californie au Scripps Institute La Jolla à San Diego.

7

On recense ceux entre le CNRS et le Department of Energy, l'INSERM et les NIH (National Institutes of Health), le CNES et la NASA, l'IFREMER (Institut français pour l'exploitation de la mer) et la NOAA (National oceanic and atmospheric administration) ou encore entre le Department of Homeland Security et le Secrétariat Général de la Défense Nationale.

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Ambassade de France aux Etats-Unis Présence française, Laboratoires mixtes : Cnrs, Inserm ou Inria

Cambridge

Rockefeller, NY

NewYork U UC Berkeley UIUC Urbana

Stanford

Rhodia Bristol

New Brunswick

U Penn Duke USC Los Angeles UC Riverside

La Jolla

Georgia Tech UC Irvine Tucson AZ Baylor, Dallas

UMI CNRS LIA, GDRI CNRS INSERM unit INSERM LIA INRIA unit

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Crédits: Robert Jeansoulin, Attaché STIC, SST

Sur le sol français, l'un des exemples les plus visibles d'une coopération francoaméricaine réussie est Georgia Tech Lorraine (GTL), le campus européen du Georgia Institute of Technology d’Atlanta situé à Metz, où est implantée une unité mixte internationale du CNRS avec une unité « miroir » à Atlanta. •

La coopération scientifique entre les Etats-Unis et l'Union Européenne

Les Etats-Unis sont le premier partenaire scientifique de l'Europe, avec plus de 32 000 publications en commun chaque année, soit près de cent par jour. Réciproquement la moitié des publications internationales des Etats-Unis sont écrites avec des scientifiques européens. Les Etats-Unis sont le premier pays tiers participant au 7ème PCRD avec une implication dans plus de 300 projets transatlantiques et programmes d'échanges. Il convient de noter que les équipes américaines ne peuvent bénéficier de financements au titre du PCRD que dans des circonstances exceptionnelles (lorsque le projet ne pourrait pas se réaliser sans

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la participation de l’équipe concernée). Le volet coopération a enregistré à lui seul 809 propositions américaines depuis 2007 dont 190 ont été sélectionnées. Ainsi, les EtatsUnis affichent le taux de réussite le plus élevé des pays tiers (23,5% contre 18,5% en moyenne). Les thématiques les plus populaires sont celles de la santé (41 projets), des TIC (39 projets), des nano sciences et matériaux (34 projets) de l'agriculture et des biotechnologies (31 projets) et de l'environnement (26 projets). Outre leurs partenaires traditionnels, les laboratoires américains se tournent vers de nouveaux acteurs situés dans les pays émergents et en développement. Il s’agit d’une nouvelle tendance, celle de la rencontre entre science et diplomatie, qui, dessinée par une volonté fédérale, commence à prendre forme comme nouvel instrument au service d’un monde plus sûr. 5.2 Tendance: la S&T, un nouvel outil au service de la diplomatie américaine Tant la société civile (scientifiques, médias, think tanks) que l’administration acquièrent la conviction que le rayonnement scientifique des Etats-Unis peut constituer un puissant levier de rapprochement vis-à-vis des pays avec lesquelles leurs relations sont tendues, tout en répondant aux enjeux globaux (changement climatique, terrorisme, prolifération nucléaire). • La S&T au service de la sécurité nationale américaine -une excellente réputation relative de la S&T américaine à l'étranger A l'étranger, les opinions favorables sur la "science et la technologie américaine" excèdent de 23 points en pourcentage celles vis-à-vis des Etats-Unis dans leur ensemble. De surcroît, la popularité relative de la technologie américaine est encore plus importante dans les pays musulmans. Ainsi cette bonne réputation de la S&T pourrait favoriser un rapprochement avec le Pakistan, l'Afghanistan et l'Iran, en passant d'une politique de "containment" à une politique d'"engagement". -la guerre contre le terrorisme est aussi une guerre contre l'indigence Par ailleurs, l'idée que la haine des Etats-Unis peut émerger des foyers de sousdéveloppement s'est répandue. Or, comme la connaissance est devenue le premier facteur de création de valeur ajoutée et que les pays sans investissement en S&T voient leur pauvreté relative s'accroître, le Congrès a voté en 2009 200 millions de dollars pour le soutien à l'enseignement supérieur dans les pays en développement, dont 25 millions pour le continent africain et 15 millions pour les partenariats universitaires entre Etats-Unis et Afrique. • Une prise de conscience grandissante au sein de la société civile -la création d'un centre pour la Diplomatie Scientifique

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Le 15 Juillet 2008, le directeur de la AAAS a annoncé la création d'un Centre pour la Diplomatie Scientifique au Congrès qui s'efforce depuis lors d'encourager "l'utilisation de la science et la coopération scientifique pour promouvoir la compréhension internationale et la prospérité."8 - la signature d'une déclaration bipartisane Le 25 Février 2010, "Partnership for a Secure America" (PSA) a accueilli une déclaration bipartisane signée par 26 personnalités scientifiques et diplomatiques qui recommandent au Président Obama, à son administration et au Congrès "d'élever le rôle de la Diplomatie Scientifique pour la sécurité nationale américaine et sa politique étrangère."9 • L'administration en faveur d'un nouveau mariage entre science et diplomatie -l'intégration de scientifiques au Département d'Etat Dès 2000, le bureau de conseiller scientifique auprès du Secrétaire d'Etat était établi, en réponse à une recommandation du Conseil National de la Recherche. Puis le nombre de scientifiques présents au Département d'Etat commença à augmenter grâce à la création du programme des AAAS fellows destiné essentiellement à des jeunes et prometteurs docteurs. Aujourd'hui pas moins de 30 lauréats y effectuent un séjour d'un à deux ans. -l'envoi d'émissaires spéciaux pour la science Dans la droite lignée du discours présidentiel du Caire, la secrétaire d'Etat Hillary Clinton a nommé le 3 novembre 2009 trois "Science envoys" (Emissaires pour la Science) qui voyagent en Afrique du Nord, au Moyen-orient et en Asie du Sud 10. Ils ont fait leur compte rendu le 4 juin 2010 devant l’Académie Nationale. On le voit, les Etats-Unis sont au cœur de la mondialisation de la S&T, et considèrent un usage sécuritaire de celle-ci à des fins diplomatiques. - Vers la mise en place d’un programme financier global

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Le centre pour la diplomatie de la AAAS a organisé depuis sa création des conversations dirigées en particulier vers les pays avec lesquelles les relations sont tendues: l'Iran le 22 janvier 2009, la Corée du Nord le 13 février 2009, la Syrie le 26 mars 2009 et la Chine le 13 Avril 2009. 9

Parmi les signataires figurent des lauréats de prix Nobel (Peter Agre, David Baltimore, Roald Hoaffman, David Lee); d'anciens sous-secrétaires au département d'Etat (Paula J Dobriansky, Frank Wisner, Johan Whitehead); d'anciens sénateurs et représentants de tous bords politiques (Howard Baker, Slade Gordon, Lee Hamilton, Gary Hart, Nancy Kassebaum-Baker). 10

Il s'agit de Bruce Alberts, ancien Président des National Academy of Sciences, Elias Zerhouni, ancien Président des NIHs et Ahmed Zewail, professeur à Caltech et lauréat en 1999 du Prix Nobel de Chimie.

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Le 10 mars 2010, le Président de la commission des affaires étrangères de la chambre des représentants a introduit une législation bipartisane afin de promouvoir les efforts de la science dans le domaine diplomatique. Ce projet de loi comprend un vaste programme financier destiné aux équipes situés dans des pays "éligibles", c'est-à-dire ceux comprenant une population à majorité musulmane ou classés comme pays à bas revenu par la Banque Mondiale.

6. Perspectives : le renouvellement de l’ « America COMPETES Act »

Malgré leur position dominante en matière de R&D, les Etats-Unis ne s’endorment pas sur leurs lauriers. Les mises en garde d’une érosion relative se multiplient et ont fait mouche auprès de l’Administration comme du Congrès. Les réponses prennent forme avec un maintien de l’effort public fédéral en recherche fondamentale et une utilisation accrue de la science à l’international. La loi cadre America COMPETES Act, inspirée par le rapport alarmant des Academies Nationales de 2005 « RAGS » et promulguée en 2007 pour trois ans, a franchi une étape importante lors du processus législatif menant à son renouvellement pour cinq ans en recevant l’approbation de la Chambre des Représentants le 28 mai 2010. Epine dorsale de la stratégie américaine en matière de compétitivité de long terme, elle autorise le renforcement des programmes existants en matière (i) d’enseignement des sciences, (ii) de recherche fondamentale et à hauts risques, (iii) de stimulation de l’innovation. Pour cela, elle permet un doublement du budget de trois agences clés : la NSF, le Bureau Scientifique du DOE et le NIST entre 2007 et 2017 pour atteindre un budget cumulé de 19,5 milliards de dollars. Cette loi-cadre en matière de R&D et d’innovation prouve qu’un consensus demeure quant à l’intérêt stratégique de long terme des investissements en S&T, et ce même en période d’austérité budgétaire.

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LIENS DE REFERENCE ET BIBLIOGRAPHIE Agences fédérales finançant/exécutant la R&D NASA (National Aeronautic ans Space Administration) : http://www.nasa.gov/ NSF (National Science Foundation) : http://www.nsf.gov/ EPA (Environmental Protection Agency) : http://www.epa.gov/ Défense (DoD) : http://www.defenselink.mil/ Energie (DoE) : http://www.energy.gov/ Agriculture (USDA) : http://www.usda.gov/wps/portal/usdahome Sécurité Intérieure (DHS) : http://www.dhs.gov/index.shtm Santé (DoHHS => http://www.hhs.gov/) relayés par les NIH (National Institutes of Health) : http://www.nih.gov/ Commerce (DoC => http://www.commerce.gov/) relayé par le NIST (National Institute of Standards and Technolog => http://www.nist.gov/) et la National Oceanic and Atmospheric Administration (NOAA => http://www.noaa.gov/) l’Intérieur (DoI=> http://www.doi.gov/), dont dépendent la Geological Survey (USGS : http://www.usgs.gov/ et le Fish and Wildlife Service (USFWS : http://www.fws.gov/) Gouvernance de la R&D OSTP (Office of Science and Technology Policy) : http://www.ostp.gov/ OMB (Office of Management and Budget) : http://www.whitehouse.gov/omb/ NSF (National Science Foundation) : http://www.nsf.gov/ NAS (National Academy of Sciences) : http://www.nasonline.org/site/PageServer AURP (Association of University Research Parks) http://www.aurp.net/about/whatis.cfm AAU (Association of American Universities) : http://www.aau.edu/ ACE (American Council on Education) : http://www.acenet.edu//AM/Template.cfm?Section=Home Structures de valorisation AUTM (Association of University Technology Managers) : http://www.autm.net/index.cfm SBIR (Small Business Innovation Research) et STTR (Small Business Technology Transfer) : http://www.acq.osd.mil/osbp/sbir/ USPTO (United States Patent and Trademark Office) : http://www.uspto.gov/ AURP (Association of University Research Parks) : http://www.aurp.net/

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Documents utilisés par ordre d’apparition - Principaux indicateurs de la science et de la technologie (PIST) : édition 2009/2, http://www.oecd.org/document/33/0,3343,fr_2649_33703_1901089_1_1_1_1,00.html - "In National Academy of Sciences Speech, President Obama Announces Major Investments in Research and Education, Encourages NAS Members to Think About New Ways to Engage Young People in Science" - News from the National Academies - 27/04/2009 - http://redirectix.bulletins-electroniques.com/Aa9VT - "Obama at the Academy, V : Hungry Audience, Meaty Speech" - Eli KINTISCH ScienceInsider - 27/04/2009 - http://redirectix.bulletins-electroniques.com/Fptby - "Soothing Speech on Science" - Elizabeth REDDEN - Inside Higher Ed - 28/04/2009 - http://www.insidehighered.com/news/2009/04/28/science - le rapport de la NSF "Science and indicators 2010" : http://www.nsf.gov/statistics/seind10/ - OECD Science, Technology and Industry Scoreboard 2009 : http://redirectix.bulletins-electroniques.com/K083H - Globalization of Science and Engineering Research http://www.nsf.gov/statistics/nsb1003/ - The globalization of Research and Innovation, Peterson Institute for International Economics, par Martin Neil Baily, Testimony before the Committee on Science and Technology, United States House of Representatives, June 12, 2007 http://redirectix.bulletins-electroniques.com/Sa9TY Voting with their Wallets, by Beryl Lieff Benderly, Monday, December 7th, 2009, http://www.scienceprogress.org/2009/12/voting-with-their-wallets/ - Math, Science, and Engineering: A Better Career These Days? Published: November 30, 2009 by Timothy Prickett Morgan - http://www.itjungle.com/tfh/tfh113009story09.html - Steady as She Goes? Three Generations of Students through the Science and Engineering Pipeline, October 2009, B. Lindsay Lowella, Hal Salzmanb,c, Hamutal Bernsteina with Everett Hendersonc - Number of doctorates rose slightly in 2008,in summary of delayed NSF report, David Glenn, The Chronicle of Higher Education

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- Numbers of U.S. Doctorates Awarded Rise for Sixth Year, but Growth Slower: http://www.nsf.gov/statistics/infbrief/nsf10308/ -

Estelle Bouzat, Barack Obama fixe comme objectif de consacrer 3% du PIB à la recherche et au développement, 15/05/2009, http://www.bulletins-electroniques.com/actualites/59071.htm

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Johan Delory, Sciences et technologies aux Etats-Unis : quel est l'état de l'Union ?, 8/02/2010 http://www.bulletins-electroniques.com/actualites/062/62202.htm

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Johan Delory, Mondialisation de la S&T : quelles implications pour la politique américaine ?, 05/03/2010, http://www.bulletins-electroniques.com/actualites/62518.htm

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La recherche dans les universités américaines : quels chiffres pour quelle vérité ?, 18/12/2009 http://www.bulletins-electroniques.com/actualites/61660.htm

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Estelle Bouzat, La gouvernance publique de la recherche aux Etats-Unis : formalisation

des priorités nationales de recherche, allocations budgétaires et évaluation, 30/05/2008 http://www.bulletins-electroniques.com/actualites/54811.htm -

Estelle Bouzat, La formation des enseignants en sciences, en technologie, en ingénierie et en mathématiques au primaire et au secondaire : un enjeu capital pour les Etats-Unis, 01/05/2009

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Johan Delory, Désaffection des carrières scientifiques et technologiques aux Etats-Unis : le marché du travail à la racine du problème, 18/12/2009 http://www.bulletins-electroniques.com/actualites/61659.htm

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Géographie des dépenses de R&D aux Etats-Unis : entre centralisation fédérale et concentrations étatiques, 04/12/2009, http://www.bulletins-electroniques.com/actualites/61419.htm

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Doctorats aux Etats-Unis : le rêve américain est encore bien présent !, 26/11/2009 http://www.bulletins-electroniques.com/actualites/61372.htm

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Johan Delory et Annick Suzor Weiner, Science et diplomatie : un nouveau mariage à l'américaine ? (Partie 1), 19/04/2010, http://www.bulletinselectroniques.com/actualites/62978.htm

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Johan Delory, Science et diplomatie : un nouveau mariage à l'américaine ? (Partie 2), 19/04/2010, http://www.bulletins-electroniques.com/actualites/62979.htm

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Johan Delory, Science et diplomatie : un nouveau mariage à l'américaine ? (Partie 3), 19/04/2010, http://www.bulletins-electroniques.com/actualites/62980.htm

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Johan Delory, Renouvellement de l'America COMPETES Act : légiférer c'est diviser !

07/06/2010, http://www.bulletins-electroniques.com/actualites/63615.htm -

Johan Delory, Le réengagement de l'America COMPETES Act coupé dans son élan :

quand la pornographie s'invite dans le débat... , 21/05/2010, http://www.bulletinselectroniques.com/actualites/63404.htm

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ANNEXE STATISTIQUE

Figure 1: Evolution comparée des niveaux de dépenses en R&D de l'UE, du "G8 asiatique" et des Etats-Unis

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Figure 2: Publication d'articles en S&T par régions géographiques

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Figure 3: Ventilation des exportations de biens manufacturĂŠs intenses en haute technologie

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Figure 4: Evolution des budgets recherche (hors dĂŠveloppement) par agences de 1976 Ă 2009

Source : AAAS

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Figure 5: ĂŠvolution du financement de la R&D en fonction de ses origines

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Figure 6: classement des universitĂŠs amĂŠricaines de recherche

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Figure 7: montant des dĂŠpenses acadĂŠmiques par champ disciplinaire

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La R&D aux USA: panorama et tendances  

Ce rapport décrit le système américain de R&D tout en apportant un éclairage sur quelques grandes tendances actuelles.