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DU CHANGEMENT CLIMATIQUE À LA STRATÉGIE D’INVESTISSEMENT

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Carlos Joly

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© Natixis Asset Management, 2010 21, quai d’Austerlitz – 75634 Paris cedex 13 Website : www.am.natixis.com Contacts : carlos.joly@impact-climatechange.com contact@impact-climatechange.com

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Sommaire

Préface ................................................................................

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Remerciements ................................................................... 13 Introduction ........................................................................ 17

1. Pourquoi le changement climatique comme thématique d’investissement ? .............................. Quelques données scientifiques fondamentales ................ Implications sur l’environnement ...................................... Implications géographiques ............................................... Implications démographiques ............................................ Objectifs de réduction des émissions et leur coût économique ................................................ Perspectives d’évolution de la réglementation ................... Plans de relance verts .......................................................... Implications sectorielles ..................................................... Conclusion ..........................................................................

21 21 26 36 37 39 41 47 49 53

2. Comment intégrer le changement climatique dans les portefeuilles d’investissement ? ........................... 55 Techniques d’action sur le changement climatique .......... 56 La dimension thématique : réduction, adaptation, et gestion des ressources naturelles ................................ 62

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La dimension temporelle : donner la priorité aux facteurs de long terme plutôt qu’aux facteurs de court terme .... La dimension géographique : pourquoi une stratégie mondiale d’investissement ? ........................................... Pourquoi la combinaison de l’approche bottom-up/ top-down pour la construction de portefeuille ? ............ Conclusion ..........................................................................

65 69 74 82

3. Intégrer le changement climatique aux stratégies d’investissement : l’approche de Natixis Asset Management ......................... Inclusion et intégration ...................................................... Une gestion actions active, associée à une approche scientifique ............................. Processus d’investissement ................................................. Responsabilité .....................................................................

83 84 93 98 101

Conclusion générale ........................................................... 105 Références et bibliographie sélective ................................. 107 Annexes ............................................................................... II. Déclarations du secteur financier sur le changement climatique ........................................ II. Plans de relance gouvernementaux : le changement politique en faveur de l’infrastructure verte .................. III. Membres du Comité Scientifique de Natixis Asset Management ........................................

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Préface

Chers lecteurs, En tant que gérant d’actifs, notre rôle est d’accompagner les investisseurs sur des horizons qui sont souvent de plusieurs années, voire de plusieurs décennies. Nous devons donc anticiper les opportunités et les risques pour mieux guider nos clients dans leurs décisions d’investissement. Nos clients sont aussi de plus en plus soucieux de l’impact de leurs investissements sur le monde qui nous entoure. Aussi, en tant qu’acteur majeur de l’Investissement Responsable, Natixis Asset Management se devait de réfléchir et de travailler à la prise en compte du changement climatique dans une stratégie d’investissement. À cet égard, la rencontre avec Carlos Joly, son apport et sa passion sur ce sujet, ont été décisifs dans l’initiation de cette démarche. Je tiens à l’en remercier. Il s’agit pour nous de comprendre et d’anticiper ce que sera le monde économique et financier de demain, un monde que nous espérons plus respectueux d’un nécessaire développement durable. L’ouvrage de Carlos Joly pose les bases de ce qui a nourri notre réflexion et notre travail. Il nous aide à comprendre pourquoi le changement climatique doit être au cœur d’une stratégie d’investissement, et comment il est possible de l’intégrer dès aujourd’hui à la construction d’un portefeuille. Que nous dit-il ? Le changement climatique est d’ores et déjà une réalité. L’accélération et l’accentuation des événements météorologiques

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extrêmes l’attestent régulièrement : ouragans ; inondations ; sécheresse ; incendies. Rares sont les zones géographiques épargnées à travers le globe. Le réchauffement climatique a et aura des impacts environnementaux, géographiques, démographiques, mais également économiques et financiers. Le groupe de travail des Nations Unies sur le changement climatique évalue entre 300 et 400 milliards de dollars par an d’ici à 2030 les investissements qui seront nécessaires pour réduire les émissions de gaz à effet de serre et faire face aux conséquences en partie inéluctables de ce phénomène. La crise économique actuelle joue comme un révélateur et un accélérateur dans la prise de conscience des défis à relever. Les plans de relance qui l’accompagnent, le sommet de Copenhague, les évolutions en cours des réglementations, et le déploiement de politiques fiscales « vertes » soulignent le rôle majeur que jouent et joueront les États et les gouvernants dans ce domaine. Aucun secteur économique, aucune industrie, aucune entreprise n’échappera aux enjeux du changement climatique. Avec la raréfaction des énergies fossiles, l’envolée des prix dont nous avons déjà eu un aperçu, et la nécessaire réduction des émissions de CO2, nous pourrions être confrontés à une révolution au moins de même ampleur que la révolution industrielle des XIXe et XXe siècles. Il va falloir repenser et réinventer nos modes de production, nos modes de vie, nos modes de transport. Enfin, cet ouvrage développe et explicite les trois idées clés qui sont au cœur de notre démarche et de notre processus de gestion : Tout d’abord, nous avons voulu appréhender le sujet du réchauffement climatique dans toute sa dimension et toute sa diversité tant sectorielle que géographique. Sur le plan sectoriel, nous nous intéressons non seulement aux problématiques liées à la réduction des émissions de gaz à effet de serre, aux énergies alternatives, à tout ce qui gravit autour de la question de l’efficacité énergétique, à la gestion des ressources naturelles ; mais également à la nécessaire adaptation au changement climatique (changement de nos comportements, assurances, renforcement des infrastructures). Sur le plan géographique, nous intégrons à la fois le monde développé et le monde émergent.

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PRÉFACE – 11

Nous avons ensuite fait le choix de conjuguer, voire de confronter, l’expertise de nos gérants et analystes à l’apport d’un Comité scientifique. Composé d’experts aux profils variés et complémentaires, ce Comité aura pour vocation d’éclairer les équipes de Natixis Asset Management sur ces sujets complexes et en constante évolution. Il contribuera à enrichir et rendre plus pertinents nos choix d’investissements et notre capacité d’analyse financière, stratégique et climatique des sociétés. Enfin, nous souhaitons réconcilier recherche de performance et responsabilité. Notre expertise sur le changement climatique s’ancre naturellement dans la thématique de l’investissement responsable. En outre, nos gérants veillent à ce que les entreprises sélectionnées soient respectueuses des droits les plus élémentaires (droits de l’homme ; droit du travail ; respect de l’environnement). Mais, nos équipes ont également pour objectif, grâce à une meilleure appréhension de la « valeur climatique » des secteurs et des entreprises, de dégager la performance financière que nos clients sont en droit d’attendre de nous. Carlos Joly nous offre ici un éclairage complet et passionnant sur la déclinaison du changement climatique en une stratégie d’investissement. Je vous invite à le découvrir. Pascal VOISIN Directeur général de Natixis Asset Management

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Remerciements

Mes plus sincères et profonds remerciements à Natixis Asset Management pour m’avoir accordé leur confiance et avoir réuni une équipe solide de personnalités pleines de talent et d’enthousiasme pour travailler avec moi, et pour avoir « percuté » lorsque j’ai suggéré qu’il leur fallait intégrer le facteur du changement climatique aux politiques et pratiques d’investissement. C’était en novembre 2008, juste après la faillite de Lehman et l’implosion des marchés. Ils avaient alors d’autres soucis en tête, mais ils m’ont écouté ; de surcroît, ils se sont positionnés sur le long terme et ont fait de moi leur conseiller pour mener ce projet à bien. Cet ouvrage met en avant le raisonnement qui démontre pourquoi l’évolution du climat doit être prise au sérieux en ce qui concerne les politiques d’investissement. Pour ce faire, elle expose une méthode qui est le résultat de notre apprentissage commun. Travailler avec cette équipe débordante d’enthousiasme et de talent fut et demeure une joie et un privilège. Je remercie particulièrement Philippe Zaouati et Christine Lacoste pour leur leadership et leur soutien ; Pascal Voisin et Dominique Sabassier pour nous avoir donné le feu vert, Anne-Laurence Roucher pour avoir piloté le processus, et pour tout ce qu’ils ont fait pour rendre possible la réalisation du Fond Climat. Je remercie Wilfred Pham, Stéphanie Mallet, Stéphanie Fraudin, Suzanne Senellart, Clotilde Basselier, Pierre-Henri Pairault, Nadia Tihdaini, Marie-Lorraine Rouy, Karen Massicot, Frederic Lenoir, Maud Louvrier-Clerc, Lientu Lieu, Céline Carl, Alix Boisaubert, Christophe Point, et l’équipe de ventes. Je remercie également mon ami et conseiller juridique François Meynot, et enfin Age Korsvold, qui m’a

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accompagné depuis le début. Tout défaut ou erreur éventuels de cet ouvrage relèvent de moi seul. D’une certaine façon, cette étude a commencé voilà presque vingt-cinq ans, lorsque j’ai pour la première fois essayé d’intégrer les questions liées à l’environnement à la gestion de portefeuille. Je venais de quitter un loft de Tribeca à New York et mon poste chez Citibank Investment Bank pour une maison au bord d’un fjord, près d’une petite ville de Norvège. Là-bas, je montai une entreprise minuscule avec un budget dérisoire, pour lancer le premier fond scandinave pour la technologie de maîtrise de la pollution. Kapital, l’équivalent local de Fortune magazine, me mit en couverture en me surnommant le « Gordon Gekko écolo ». Selon eux, j’étais dans la pure science-fiction en matière d’investissement, mon initiative se réduisait à un simple stratagème de marketing, et les investisseurs devaient se méfier. On fait du profit, ou on est vert, mais pas les deux en même temps. Les ONG écologiques se montraient également sceptiques, et disaient à l’agence de protection des consommateurs que mes brochures contenaient de fausses allégations, que l’Écologie était le bien, et le capitalisme le mal : les combiner était un anathème. En tant qu’entrepreneur né avec l’esprit de contradiction, j’eus le bonheur de leur donner tort à tous les deux. Chaque année, mes fonds apparaissaient dans le premier quartile des classements de performance, et les investisseurs particuliers accouraient ; et petit à petit, les ONG se rendirent à l’évidence : j’étais de leur côté, et la presse se prit de bienveillance pour ce que j’essayais de mettre en place. Les temps ont changé. Le grand public reconnaît désormais que le développement durable n’est pas incompatible avec le profit, et que la solution n’est pas du côté de la philanthropie. Rien ne vaut l’entreprise conciliant intérêt général et innovation pour assurer son développement, encouragée dans cette voie par les pouvoirs publics, au travers d’un ensemble de politiques industrielles et fiscales, de plans de relance, et de réglementations. Mais nous n’en sommes pas là. La crise dans laquelle nous nous trouvons a été amenée par Wall Street et les plus grands centres financiers, et par des régulateurs qui ne croyaient pas à la régulation. L’idéologie du marché libre a mis le marché au tapis.

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REMERCIEMENTS – 15

Il aura fallu un tel cataclysme pour rappeler aux gens raisonnables et aux instances politiques que sans règles, ni décence, ni sens de la justice ou conscience socio-économique, aucun marché ne peut survivre. Et pour rappeler que ce dont la société a besoin, c’est d’un secteur financier au service de l’économie, et pas d’une économie prise en otage par le secteur financier. Nous ne pouvons pas refaire la même erreur à propos du climat et de l’environnement. Si nous persistons à les malmener, ils ne s’en relèveront pas. Il y a des phénomènes qui sont irréversibles. Je remercie donc tous les investisseurs qui le comprennent, et qui agissent en conséquence. Je souhaite enfin témoigner ma reconnaissance pour le travail important accompli par des amis, des collègues, le personnel d’UNEP Finance Initiative ainsi que l’UN PRI. Cette brochure se situe dans le continuation d’études de l’UNEP FI, notamment The Materiality of ESG to Equity Pricing, les rapports Fiduciary I et Fiduciary II, et plus récemment, Materiality of Climate Change. Rendons hommage à l’UN PRI pour sa promotion de l’investissement responsable tout au long de la chaîne d’approvisionnement financière. J’ose espérer que cet ouvrage contribue à cet effort. Carlos JOLY

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Introduction Le changement climatique produit par l’homme est une réalité d’aujourd’hui et ses conséquences deviendront de plus en plus spectaculaires au cours de notre existence et de celle des générations futures. C’est là le défi écologique primordial du XXIe siècle. Si bon nombre de ses conséquences sont dans une large mesure prévisibles, d’autres nous surprendront. Ses effets induits affecteront des économies et des régions toutes entières. La distribution de l’eau, la productivité agricole, l’infrastructure, les transports ne sont que quelques-uns seulement des secteurs concernés. En bref, les implications pour l’investissement dépassent largement le secteur énergétique et affectent d’autres secteurs de l’économie, comme le bâtiment, les matériaux de construction, l’assurance et l’immobilier. Au final, le système économique de certaines zones sera profondément modifié. Le climat redeviendra un facteur primordial des migrations humaines. Et la géographie sera à nouveau prise en compte comme facteur dans l’allocation d’investissement sur le long terme 1. * Si la crise financière de 2008, provoquant une destruction massive de valeur, la réduction de l’effet de levier, ainsi que l’implosion des créances hypothécaires, des actions et des obligations, peuvent 1. Ce processus est déjà amorcé. En 2009 le Ministère des Finances de Norvège et Mercer Consulting ont annoncé leur prochain projet de recherche pour examiner les implications du changement climatique sur la stratégie d’allocation d’actifs à long terme.

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nous apprendre quelque chose, c’est que penser à court terme conduit à une impasse. On court un grand danger à se concentrer trop sur le court terme. Nous avons plutôt besoin de nous concentrer sur les grandes forces sous-jacentes qui déterminent la valeur à long terme. La leçon à retenir, c’est que les effets prévisibles à long terme ont aussi de l’importance sur le court terme. La croissance massive de l’endettement des consommateurs et des entreprises, qui s’est accompagnée du déclin des revenus réels des classes moyennes, et l’externalisation de cette dette vers ceux qui n’en avaient pas la responsabilité de gestion, offrent un parallèle frappant avec l’accumulation des gaz à effet de serre dans l’atmosphère, couplée avec le déclin de la capacité de la nature à les tolérer. Dans les deux cas, ce qui s’est produit, c’est l’externalisation des conséquences. Dans le premier cas, c’est la dette qui a été externalisée : prêts hypothécaires, prêts à la consommation – via les cartes de crédit –, prêts automobiles, endettement sur les produits dérivés, tout a été titrisé et a ainsi été transféré à d’autres acteurs, en espérant que le risque disparaîtrait plus ou moins. Ce qui n’est pas le cas. L’externalisation des dégâts provoqués par les émissions de carbone dure depuis des siècles, mais elle est en train d’atteindre son seuil critique, son point d’inflexion, et ce de notre vivant 2. Tout comme les pratiques financières irresponsables, les effets du réchauffement de la planète, lorsqu’ils nous rattrapent, nous frappent de plein fouet, avec une férocité qui prend au dépourvu même ceux qui les avaient prédits. Ignorer les notions économiques de base – telles que l’augmentation exponentielle des taux d’endettement dans un contexte de baisse des revenus réels disponibles –, a conduit à la catastrophe. Il faut s’attendre à une tragédie semblable si l’on continue à refuser d’entendre les scientifiques qui nous disent que, si l’on n’arrive pas à restreindre la concentration de carbone dans l’atmosphère à 400 parties par million (nous en sommes à 385 ppm), cela entraînera des dégâts irréparables sur les systèmes naturels dont dépend la civilisation. 2. Selon sa définition scientifique, le « point d’inflexion » est le seuil à partir duquel un changement climatique d’ampleur et ses impacts ne dépendent plus d’un apport additionnel de GES ; le « point de non-retour » est le seuil à partir duquel le système climatique atteint un stade aux impacts irréversibles, qu’on ne peut plus arrêter.

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INTRODUCTION – 19

On ne peut donc guère douter que l’absence de prise en compte active du phénomène du changement climatique et ses impacts dans les portefeuilles d’investissement, produira vraisemblablement une crise violente pour la valeur des actifs. Nous ne pouvons pas dissocier les risques climatiques et les actifs physiques comme les bâtiments, les usines, les routes, les ports, etc., du point de vue de la valorisation des compagnies cotées qui en sont propriétaires. Continuer à refuser de voir cette réalité, c’est aller au-devant du désastre. L’assureur et l’investisseur prudents chercheront à se protéger de la dévalorisation des portefeuilles produite par le changement climatique. Les gouvernements prennent en compte que le changement climatique rend nécessaire, à l’échelle mondiale, un arsenal de solutions, faisant appel tant à la régulation qu’à l’évolution des modes de production et de consommation. Cette reconnaissance prend de plus en plus d’ampleur, au point de déterminer largement l’agenda politique international. C’est aussi un élément clé des plans de relance qui sont mis en place aux USA, en Europe, en Chine et ailleurs, en réponse à la profonde crise économique et financière. Protection de l’environnement n’est clairement plus antinomique de croissance économique : c’est devenu au contraire une composante essentielle des plans de relance de l’activité industrielle et de création d’emplois. D’une part, les effets réciproques de l’humanité sur la nature et ceux de la nature sur l’humanité sont sur le point d’affecter significativement les économies de pays, de régions toutes entières, de secteurs d’activité et d’entreprises, et ce souvent avec des conséquences lourdes. D’autre part, le problème créé par l’humanité génère l’opportunité de développer une intervention préventive et adaptative à très grande échelle. Un « New Deal » à échelle mondiale implique la mise en place d’infrastructures et de technologies qui soient au service d’objectifs davantage respectueux de l’écologie. Le remplacement des technologies à forte intensité carbone par des moyens de production et de transport à faible intensité carbone est identifié comme un élément primordial des plans structurels de relance de l’économie lancés par les gouvernements. Les voitures hybrides, l’éthanol, le gaz, le nucléaire, les trains à grande vitesse, les cargos plus écologiques, le stockage de l’énergie, les nouveaux

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matériaux, – en bref, toute une gamme de technologies existantes et émergentes seront développées ou stimulées par des dépenses des gouvernements, des subventions publiques ou des partenariats publics/privés. Cela nécessitera qu’une large palette d’industries mette en œuvre des stratégies à la fois de prévention et d’adaptation. Le bâtiment et la construction d’infrastructure, l’agriculture et la sylviculture, l’accès à l’eau, sa distribution et sa purification, les transports, les assurances, et bien sûr les énergies à plus faible intensité de carbone, y compris le gaz, les énergies éolienne, solaire et nucléaire, seront favorisées. Le défi est clair : les gouvernements doivent fournir un cadre global, et l’économie doit réagir activement ; quant à la communauté financière, elle doit optimiser l’affectation des capitaux dans la bonne direction. Ce livre décrit les implications du changement climatique à destination de l’investisseur global préoccupé par la protection et la croissance du capital à long terme. Il présente une approche d’investissement thématique qui prend en considération l’ensemble des impacts sur l’économie, et leurs conséquences sur des secteurs clés, et les entreprises de ces secteurs. Il explique pourquoi les impacts du changement climatique doivent être intégrés dans un portefeuille mondial d’investissement en actions, et comment cela peut être réalisé. Le premier chapitre offre un bref résumé des connaissances scientifiques sur le climat, des évolutions réglementaires et institutionnelles, et de leurs implications économiques probables. Le deuxième chapitre démontre, à partir d’une analyse des impacts de l’évolution du climat sur la composition des portefeuilles comment établir une approche d’investissement thématique adéquate pour l’investisseur préoccupé par la protection et la croissance du capital à long terme sur un univers mondial. Le troisième chapitre présente l’approche Natixis Asset Management du Changement Climatique, décrit ses objectifs, ses caractéristiques, et ses processus d’investissement.

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1 Pourquoi le changement climatique comme thématique d’investissement ?

Quelques données scientifiques fondamentales L’augmentation des gaz à effet de serre dans l’atmosphère est en étroite corrélation avec l’augmentation de la population et de l’activité économique depuis le début de la Révolution industrielle au XVIIIe siècle. On peut attribuer le changement climatique anthropique au fait que les énergies que nous produisons et consommons, notre urbanisation et nos modes de fabrication, les distances parcourues pour le transport des marchandises, des voyageurs, et les moyens de transports eux-mêmes, ainsi que notre exploitation du sol et notre production alimentaire, ont pour produit dérivé de très grandes quantités de gaz à effets de serre. Ces gaz, accumulés dans l’atmosphère accroissent l’effet de serre naturel et provoquent le réchauffement anthropique des continents et des océans, d’une ampleur estimée entre 2˚C et 5˚C au cours de ce siècle. La science du changement climatique n’est pas nouvelle. Comme l’observe l’économiste Nicholas Stern (Stern, 2008), en 1827 le mathématicien français Joseph Fourier démontre que l’atmosphère capture la chaleur ; en 1861 l’Anglais Tyndall identifie les gaz responsables de cette action, et en 1896 le Suédois Svante Arrhenius donne des estimations des effets potentiels du doublement des émissions des gaz à effet de serre (GES). Mais c’est grâce au travail du Groupe d’Experts Intergouvernemental sur l’Évolution du Climat des Nations Unies (GIEC), avec des milliers

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de scientifiques de domaines d’études différents travaillant en collaboration à travers le monde depuis la dernière décennie, qu’il a été prouvé que l’ampleur et le potentiel catastrophique de cette capture de la chaleur étaient anthropiques. Le GIEC a aussi prouvé que l’accroissement de la concentration de gaz à effet de serre, si elle n’est pas endiguée, aura des conséquences terribles sur toutes les formes de vie sur terre. D’après les dernières observations et le consensus scientifique, le réchauffement de la planète et ses effets frappent bien plus rapidement que ce qui avait été estimé il y a quelques années à peine, si bien que nous arrivons à une situation de changement radical.

« Le changement climatique causé par l’homme, ou anthropique, doit être attribué au fait que la consommation d’énergie et les mutations de l’exploitation du sol ont pour produits dérivés de très grandes quantités de gaz à effets de serre. Le principal gaz à effet de serre est le dioxyde de carbone, mais le méthane et certains gaz industriels sont également de puissants gaz à effets de serre. Les volumes de ces gaz dans l’atmosphère ont rapidement augmenté ; les gaz demeurent dans l’atmosphère pendant des siècles. Les quantités émises dans l’atmosphère sont énormes. Par exemple, les émissions actuelles de dioxyde de carbone d’origine anthropique tournent autour de 25 milliards de tonnes (gigatonnes), dont le composant actif, le carbone, revient à 6, 5 gigatonnes, soit à peu près une tonne par personne sur terre, même si évidemment, ces émissions sont principalement le fait des pays développés. La question cruciale est de savoir quelle proportion de l’atmosphère se compose de gaz à effets de serre. Le niveau de la concentration atmosphérique est mesuré en parties par million par volume (ppmv), ou parties par milliard (ppbv). En 2005 le dioxyde de carbone (CO2) a atteint 380 ppmv, comparé à son niveau naturel d’environ 280 ppmv entre les Ères Glaciaires. » Source : UNEP FI, 2007

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LE CHANGEMENT CLIMATIQUE : THÉMATIQUE D’INVESTISSEMENT ? – 23 FIGURE 1

Croissance de la concentration des gaz à effet de serre dans l’atmosphère 360

1.5

Dioxyde de carbone

CO2 (ppm)

340

1.0

320 0.5

300 280

0.0

260

Méthane

0.5

CH4 (ppb)

1750

0.4

1500

0.3

1250

0.2 1100

0.1

750

310

0.0 0.15

Protoxyde d’azote

N2O (ppb)

0.10 0.05

290

0.0 270 250 1000

1200

1400

1600

1800

2000

Année Concentration atmosphérique de C02, de CH4 et de N20 sur les 1000 dernières années. Les données pour plusieurs sites de l’Antarctique et du Groënland (indiquées par des symboles différents) sont complétées par les données d’échantillons atmosphériques divers sur les quelques dernières décennies (indiquée par la ligne pour le CO2 et incorporées à la courbe qui représente la moyenne globale de CH4). Le forçage radiatif estimé de ces gaz est indiqué sur l’échelle de droite. Source IPCC TAR. Source : UNEP Finance Initiative, “Climate Change: Risks and Opportunities for the Finance Sector”, 2007.

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Forçage radioactif

Source : UNEP Finance Initiative, “Climate Change: Risks and Opportunities for the Finance Sector”, 2007.

GESLOS

Croissance des effets de serre des gaz à effets de serre à longue durée de séjour (GESLDS)

FIGURE 2

Effets sur le réchauffement de la planète mesuré en forçage radiatif, en Watts par mètres carrés à la surface de la Terre. Source GIEC AR4 Chapitre 2.

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LE CHANGEMENT CLIMATIQUE : THÉMATIQUE D’INVESTISSEMENT ? – 25

Le graphique suivant montre une projection des émissions mondiales de CO2 entre 1970 et 2030. Les concentrations existantes sont le fait des pays riches industrialisés (E.U., Europe, Japon), mais les prévisions montrent que les émissions futures en provenance de la Chine et d’autres pays émergents augmenteront très fortement. FIGURE 3

Projection des émissions de CO2 5000

Scénario de marché A1

LBNL/IEA Données historiques 4500 4000 3500 3000 2500 2000 1500 1000 500 0 1970

1975

1980

1985

1990

1995

2000

2005

2010

2015

2020

2025

2030

Source: Price et al., 2005

Asie planifiée centralement Asie autre Amérique latine Amérique du Nord Moyen Orient et Afrique du Nord Europe occidentale Ancienne Union soviétique Afrique subsaharienne OECD pacifique Europe centrale et orientale

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> Projection des émissions de C02 : 15, 6 Gt en 2030 > Croissance moyenne annuelle des émissions de C02 est de 2,5% sur la période de trente ans.

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Implications sur l’environnement Les implications du réchauffement de la planète sur l’environnement sont graves. L’accroissement tendanciel de la fréquence et de la gravité des phénomènes météorologiques extrêmes n’est plus une prévision lointaine (GIEC, 2007, Munich Re 2007, Pew 2007). En attestent Katrina et la série d’ouragans dans les Caraïbes, les graves inondations récurrentes en Europe et sur l’ensemble de la planète, les sécheresses prolongées en Australie et dans le Sud-Ouest des États-Unis, la désertification en Chine, les vagues de chaleur en France, les chutes de neige insolites en région méditerranéenne, ou encore les feux de forêt et de broussaille catastrophiques. Au cours des vingt dernières années, 30 % de la surface de l’Arctique a fondu. Le passage arctique est devenu navigable pour la première fois ; si cela persiste, dans quelques années cela pourrait changer les cours des routes maritimes et la navigation entre l’Extrême-Orient, les USA et l’Europe (Casselman, 2008). Le permafrost est en train de fondre dans la toundra russe, ce qui ouvrira de vastes étendues auparavant hostiles et inhabitables mais entraînera potentiellement des dégagements d’énormes quantités de méthane, sur une superficie égale à la France et l’Allemagne réunies (Walter et al, 2006, 2009). La distribution géographique tant d’e l’eau disponible que des terres agricoles productives est en mutation (GIEC, 2007). La meilleure façon de saisir ce qui est en jeu sans trop dramatiser est sans doute de se reporter à ces évaluations récentes :

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LE CHANGEMENT CLIMATIQUE : THÉMATIQUE D’INVESTISSEMENT ? – 27 FIGURE 4

Les conséquences de la hausse des températures seraient graves

Niveau actuel : 385 CO2 ppm

CO2 (ppm)

Change Temp. (C)

Conséquences probables

290-320

+1

Fonte de 80 % des glaciers de l’Himalaya Perte de 8 % de l’habitat des poissons d’eau douce nord-américains

315-470

+2

La rupture de la calotte glaciaire du Groënland devient inévitable, entraînant l’élévation du niveau des mers de 7 mètres sur plusieurs siècle L’expansion thermique de l’eau provoque l’inondation d’environ 100 000 km2 de terre ferme ; recul de 20 % à 80 % de la forêt amazonienne

350-620

+3

Disparition inévitable de plus de 40 % des espèces. 10 % à 50 % de la toundra arctique disparaît au profit de la forêt

425-790

+4

La rupture de la calotte glaciaire de l’Antarctique devient inévitable, augmentant de 5 mètres l’élévation du niveau des mers ; risques accrus d’effets de rétroactions incontrôlables ; exacerbation de toutes les conséquences.

Source : d’après Alliance Bernstein (2009), écran 9, p. 16.

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28 – DU CHANGEMENT CLIMATIQUE À LA STRATÉGIE D’INVESTISSEMENT

La fonte des glaces polaires ouvrira de nouvelles routes maritimes

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LE CHANGEMENT CLIMATIQUE : THÉMATIQUE D’INVESTISSEMENT ? – 29

Les vagues de chaleur entraînent une recrudescence des feux de forêt dans les aires suburbaines...

... et génèrent des périodes de sécheresses et l’érosion du sol agricole

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30 – DU CHANGEMENT CLIMATIQUE À LA STRATÉGIE D’INVESTISSEMENT

Les glaciers il y a 50 ans....

... et la disparition des glaciers aujourd’hui

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LE CHANGEMENT CLIMATIQUE : THÉMATIQUE D’INVESTISSEMENT ? – 31

Des phénomènes d’inondation à une nouvelle échelle...

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32 – DU CHANGEMENT CLIMATIQUE À LA STRATÉGIE D’INVESTISSEMENT

... conduisent à des solutions innovantes, comme ces maisons de bord de mer hollandaises qui s’élèvent et s’abaissent avec le niveau de l’eau

Les dégâts directs dus au changement climatique se passent ici et maintenant. Les sécheresses causent l’érosion du sol agricole et des récoltes médiocres dans les pampas argentines et le Sud agricole riche du Brésil, sans parler des endroits où les sécheresses sont devenues chroniques, comme l’Australie ou certaines régions des É.U. Au cours d’une période récente, chaque année, les feux de broussaille de Californie ou à l’extérieur d’Athènes se sont vite révélés incontrôlables. La Turquie est en proie à des crues subites sans précédent. La dengue se répand, car le réchauffement étend le territoire des moustiques porteurs de la maladie. La fonte des glaciers prive les populations de l’eau nécessaire à la consommation et l’irrigation. Et la liste ne fait que continuer. La fréquence et la gravité des événements climatiques extrêmes s’accroissent :

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Source : UNEP Finance initiative, 2007

FIGURE 5

Nombre de catastrophes naturelles 1980-2007

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Moyenne sur dix ans

Manifestations climatologiques Gel, feu de forêt et de broussaille, sécheresse

Manifestations hydrologiques Vagues d’orages, inondations dues au débordement des cours d’eau, crues subites, mouvement terrestre (glissement de terrain)

Manifestations météorologiques Tempête tropicale, tempête de neige, événement météorologique majeur, grêle, tornade, tempêtes locales

Manifestations géophysiques Tremblement de terre, éruption volcanique

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34 – DU CHANGEMENT CLIMATIQUE À LA STRATÉGIE D’INVESTISSEMENT

non assuré

Source : Munich Re, en milliards de dollars, valeurs 2005.

FIGURE 6 White_Paper_FR_BAT.indd 34

Coût des grandes catastrophes climatiques, 1950-2005

coût assuré

Et le coût économique augmente lui aussi :

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LE CHANGEMENT CLIMATIQUE : THÉMATIQUE D’INVESTISSEMENT ? – 35

Malheureusement, comme le résume UNEP Finance Initiative : « Les observations récentes confirment que les scénarios scientifiques les plus alarmistes présentés par le Groupe International sur l’Évolution du Climat sont en train de se réaliser, et même en pire, en ce qui concerne certains paramètres cruciaux comme la température planétaire, le rétrécissement de la calotte glaciaire, l’acidification des océans et les catastrophes naturelles. Il existe un risque significatif pour que bon nombre de ces tendances s’accélèrent, et accroissent le risque de bouleversements climatiques soudains ou irréversibles. (UNEP FI, 2009). » Il faut voir l’ouragan Katrina comme une simple manifestation parmi d’autres, dans une tendance à l’augmentation de la fréquence et de l’intensité des tempêtes dans les Caraïbes. Il faut considérer l’ampleur de ses impacts sur la ville de la NouvelleOrléans, sa population, le paysage politique, le commerce, et les conséquences systémiques graves qui ont été évitées (pour cette fois) quant au transport du grain et des céréales le long du Mississippi, en provenance des grandes plaines du Midwest. Il faut imaginer ce qui aurait pu arriver aux industries pétrolières et pétrochimiques offshore du Texas, aux maisons de retraite et aux centres touristiques de Floride. Katrina, aussi dramatique qu’il fût, aurait pu avoir des conséquences bien pires, et il est clair que les États-Unis n’ont pas encore atteint un niveau de préparation et de vigilance suffisant pour faire face aux nouveaux phénomènes du type de Katrina qui frapperont des villes et des zones de production majeures. Un tel niveau exige à la fois le renouvellement et remises à niveau d’infrastructure, mais également de nouvelles protections et défenses. Cette tâche constitue une partie du plan de relance économique du gouvernement Obama, mais il faudra la poursuivre bien au-delà.

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Implications géographiques La localisation géographique des actifs physiques va devenir un facteur déterminant, lorsque seront de mieux en mieux pris en considération les adaptations et les investissements requis. À chaque saison d’ouragan, à chaque vague de chaleur, à chaque sécheresse, à chaque inondation, à chaque manifestation climatique insolite, l’opinion publique et le gouvernement réalisent que l’exception est en train de devenir la règle, et que le pire reste à venir. L’économie s’en est sortie jusqu’ici sans grand frais, grâce à la possibilité d’externaliser le prix social du climat vers l’État ou les générations futures. Cependant, dans sa tentative de restriction des émissions de carbone, les gouvernements vont de plus en plus internaliser les coûts macroéconomiques et sociaux du changement climatique vers les entreprises et les consommateurs. De nombreuses études sur les implications du changement climatique à l’horizon milieu et fin de siècle ont déjà été réalisées pour les États-Unis, certaines parties de l’Europe, l’Asie et l’Australie. Elles devront être mises à jour périodiquement pour atteindre un plus haut degré d’élaboration et de précision. Par exemple, les industries, les entreprises, l’immobilier et les infrastructures situés sur le Golfe du Mexique et la côte Sud-Est des États-Unis. seront de plus en plus menacés par les ouragans. L’augmentation des vagues de chaleur et des sécheresses affecterait les récoltes et l’élevage tandis que des pluies torrentielles plus fréquentes réduiraient le rendement des récoltes. Le changement climatique entraînerait également la hausse de la demande pour les énergies de refroidissement, augmentant fortement la consommation électrique et provoquant des pics de consommation dans la plupart des régions (National Oceanic and Atmospheric Administration, 2009). Les investisseurs devront aussi être particulièrement vigilants à leurs analyses des assureurs ou des compagnies immobilières, lorsqu’ils sont significativement exposés dans des zones à risques.

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S’agissant des opportunités, certaines régions seront favorisées par le climat, ce qui stimulera le développement économique. Certaines parties de l’Europe du Nord, par exemple, devraient bénéficier d’un climat plus clément. Le Nord de la Norvège pourrait bénéficier de l’ouverture potentielle de la route maritime du Nord, ainsi que de l’accès à de nouvelles réserves de gaz. Une meilleure gestion des ressources naturelles, des ressources en eau et en terres agricoles, constituera une opportunité d’adaptation, au regard du changement des modèles de précipitations, du recul des glaciers et de températures atypiques. Des régions auparavant hostiles deviendront des lieux d’une nouvelle urbanisation et d’une nouvelle industrialisation. L’adaptation sociale aux changements géographiques créera donc de nouvelles opportunités d’affaires et d’investissement. À l’heure actuelle, nous sommes capables d’en visualiser certaines ; d’autres surgiront au fur et à mesure que les événements se déroulent.

Implications démographiques Le changement climatique provoquera vraisemblablement des migrations de population de deux sortes. Les personnes aisées déserteront les zones où il tend à faire trop chaud, qui souffrent phénomènes météorologiques extrêmes à répétition, ou bien d’une exacerbation de la pauvreté due au changement climatique au point de donner naissance à des troubles sociaux et des niveaux de criminalité élevés. Par exemple, on peut s’attendre à ce que les retraités aisés d’Europe du Nord perdent le goût de la côte méditerranéenne espagnole à mesure que le climat y deviendra plus chaud et plus sec, que l’eau y sera moins disponible, ce qui entraînera le rationnement, et que les prix de l’électricité rendront l’air conditionné beaucoup plus cher. Cela pourrait se transformer en une tendance à retourner chez soi en Scandinavie ou en Allemagne, ou à y passer plus de temps, en particulier si le climat y devient systématiquement plus ensoleillé et agréable. Les implications pour l’économie espagnole concerneraient bien plus que les seuls secteurs de l’immobilier et des

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loisirs ; elles affecteraient l’économie régionale toute entière du Sud de l’Espagne, pour entraîner des effets de répercussion négatifs sur l’ensemble de l’économie espagnole. Tout au moins, cela augmenterait la pression sur les politiques de redistribution et sur les finances publiques. Les investisseurs devront surveiller les évolutions de ce type, non seulement pour les investissements en actions mais aussi pour les investissements en obligations locales et nationales des gouvernements. D’un autre côté, les implications pour les économies de l’Europe du Nord seraient positives : elles créeraient une plus forte demande pour tout l’éventail des biens et des ser vices à destination de la population croissante des retraités. Le second type de migration sera celle des hommes et femmes dont la subsistance sera devenue de plus en plus difficile en raison de manifestations climatiques qui exacerberont des conditions politiques et économiques déjà pénibles. On peut considérer la migration actuelle désespérée de personnes en provenance d’Afrique vers l’Italie et l’Espagne, entassées dans des esquifs rudimentaires, comme un indice des pressions démographiques à venir. Il est difficile de prédire la réaction politique à ce phénomène ou encore de savoir quelles mesures humanitaires seront prises pour y faire face. Mais si les attitudes face à ce problème demeurent comparables à ce qu’elles sont qu’aujourd’hui, il est peu probable que l’Europe mette au point une politique qui soit accueillante : il est bien plus plausible qu’elle fasse des efforts pour maintenir les populations à leur place. Cela signifierait peut-être des camps de réfugiés climatiques sur le même modèle que nos camps actuels de réfugiés politiques. On peut toutefois espérer que volonté politique et initiatives économiques seront alors mobilisées pour investir dans un modèle de développement économique, de production alimentaire et de ressources en eau en Afrique et en Asie nécessaire pour réduire le besoin d’aide humanitaire palliative. (Reinert, 2009).

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Objectifs de réduction des émissions et leur coût économique Le GIEC recommande de stabiliser les émissions afin d’en rester à moins de 550 millions ppm équivalents CO 2 dans l’atmosphère, voire beaucoup moins si possible. Selon l’opinion de quelques scientifiques de premier plan, comme James Hansen, le responsable scientifique climatologie de la NASA, ce niveau ne devrait pas dépasser 350 ppm de CO2, si nous souhaitons préserver la civilisation telle que nous la connaissons (Hansen, 2008). Les concentrations dans l’atmosphère sont actuellement d’environ 385 ppm de CO2 et de 430 ppm équivalents CO2 (en incluant d’autres GES comme le méthane), et elles augmentent de 2,5 ppm par an (Stern 2007, 2008). En raison de l’augmentation des émissions de CO2 en Chine et dans d’autres nouveaux pays industrialisés, les estimations montrent que si nous ne mettons pas en place des plafonds mondiaux d’émission efficaces, continuant ainsi les pratiques en vigueur, nous pourrions atteindre une augmentation de 4-5 ppm par an. Ceci amènerait à une concentration de 750 ppm de CO2 d’ici la fin du XXIe siècle, et signifierait une très forte probabilité de changements catastrophiques pour la planète. Des dégâts majeurs, hautement probables : élévation moyenne de la température globale de 5 °C au-dessus de celle de l’ère préindustrielle (ce qui n’est pas arrivé sur Terre depuis la période éocène il y a 35 millions d’années, quand des alligators plutôt que des ours polaires se promenaient au Pôle Nord), fonte de la plus grande partie de la banquise élevant le niveau des océans de 10 mètres (Stern, 2008). Ces estimations, toutes alarmantes qu’elles soient, ne prennent pas en compte le cas de la destruction du puits de carbone de l’Amazonie, la saturation de la capacité d’absorption des océans, et le dégagement de très grandes quantités de méthane dues à la fonte du permafrost arctique. La stabilisation à 500-550 ppm de CO2 à partir des 430 ppm actuels correspond à des réductions des flux d’émissions d’au moins 30 %, voire 50 % d’ici 2050. Ce sont là les limites sur lesquelles les membres du G8 au sommet présidé par l’Allemagne se

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sont mis à peu près mis d’accord à Heiligendamm en juin 2007 (quoique de manière quelque peu ambiguë). Pour mener à bien de telles réductions, le coût économique estimé est de 1 % du PIB mondial, ce qui est relativement peu comparé aux dégâts qui se produiraient à défaut. Cependant, plus les gouvernements tardent à intervenir, plus le défi devient difficile à relever, et plus le coût de la stabilisation des émissions augmente, avec le risque de ne pas être en mesure d’atteindre l’objectif désiré. La Convention Cadre des Nations Unies sur le Changement Climatique signale qu’un investissement annuel de l’ordre de 300 à 400 milliards de US dollars sera nécessaire pour financer les besoins minimum essentiels à la réduction des émissions de gaz à effet de serre et à la lutte contre les impacts du changement climatique. Cela équivaut à 1 % à 2 % de l’investissement global tous besoins confondus, ou encore moins de 1 % du PIB mondial aujourd’hui. Ce niveau d’engagement est donc réaliste, et le rôle des investissements privés est ici crucial, étant donné qu’ils représenteront 86 % de l’investissement et des flux financiers futurs (UNEP Fin 2009). Il est particulièrement important de noter que ce type d’investissement est bénéfique non seulement à la lutte contre le changement climatique à et l’adaptation à ce dernier, mais aussi à la création d’emplois, la croissance économique et la qualité de vie. Alliance Bernstein confirme ces chiffres dans une études récente (ABA, 2008) : « Nous modélisons une ensemble d’efforts assez exhaustif visant à la réduction significative des émissions de dioxyde de carbone (CO2), le principal gaz à effet de serre anthropique. Ces efforts seront coûteux ; la seule réduction des émissions de CO2 par rapport aux niveaux actuels stabilisés d’émission reviendra globalement à un coût estimé de 5 000 milliards de dollars américains d’ici 2030. Néanmoins, nous sommes convaincus que ce coût est financièrement gérable : notre modèle projette des accroissements de dépenses liées à la réduction du changement climatique (y compris les dépenses liées à la capture et le stockage du carbone), qui s’élèveront à environ 500 milliards en 2030. Ce chiffre, s’il est effectivement élevé, représente moins de 2 % de la dépense d’investissement prévue pour la même année. Autre point de comparaison : en 2006, les dépenses militaires globales s’élevaient à plus de 1 000 milliards de dollars.»

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On pourrait aussi ajouter encore un autre élément de comparaison : les milliers de milliards de dollars qui ont été dépensés pour renflouer les banques et les assureurs. Les estimations du FMI pour le coût du sauvetage du secteur financier vont jusqu’à un total de 11 900 milliards de dollars, soit moins que le coût requis pour faire face au changement climatique sur les vingt prochaines années ! Un rapport récent de la Commission européenne (CE, 2009) place le coût du total du sauvetage du secteur financier pour l’Europe quelque part entre 2,75 % et 16,5 % du PIB de l’UE selon la véracité de suppositions sous-jacentes et la capacité des gouvernements à récupérer les injections de capital et les prêts. Il est donc clair que si la volonté politique existe, le monde a les moyens d’atténuer les émissions des gaz à effet de serre et de s’adapter au changement climatique. Pour citer le Président de Financial Services Authority du Royaume-Uni, « la clé de l’économie du changement climatique, comme le montre le rapport Stern, est le très faible coût d’une réduction drastique des émissions » (Turner, 2006).

Perspectives d’évolutions de la réglementation Dans la dernière partie du XX e siècle, le principe du pollueur-payeur a été appliqué aux industries chimiques et pétrochimiques, aux producteurs d’amiante, aux sites de gestion des déchets, aux installations souterraines de stockage de carburant, et aux émetteurs de déchets toxiques. Au début du XXIe siècle, le principe du pollueur-payeur commence à être appliquée aux émetteurs de carbone, pratique qui sera nécessairement élargie. L’analyse d’investissement devra donc se tenir de mieux en mieux informée des politiques d’intervention fiscales, industrielles et sociales visant à réduire les émissions de carbone, ainsi que l’adaptation aux conséquences du changement climatique. Il est prématuré, à ce jour, d’essayer de prédire les politiques de changement climatique qui seront adoptées suite à la Conférence des Parties de Copenhague en décembre 2009, où le cadre d’un traité qui doit suivre le Protocole de Kyoto a

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commencé à s’esquisser. Selon Yvo de Boer, secrétaire exécutif de la Convention Cadre des Nations Unies sur le Changement climatique (CCNUCC) et négociateur numéro 1 de la Conférence COP15 à Copenhague, les quatre fondamentaux d’un accord international post Copenhague sont les suivants : 1. Dans quelle mesure les pays industrialisés sont-ils prêts à réduire leurs émissions de gaz à effet de serre ? 2. Dans quelle mesure les principaux pays en développement comme la Chine sont-ils prêts à réduire la croissance de leurs émissions de gaz à effet de serre ? 3. De quelle façon sera financée l’aide nécessaire aux pays en développement afin de s’engager à réduire leurs émissions et à s’adapter aux impacts du changement climatique ? 4. Comment cet argent sera-t-il géré ? Les réglementations précises qui mettront en œuvre les réponses à ces questions ne seront que progressivement mises en œuvre. Dans tous les cas, les États-Unis., la Chine, les pays européens et le Japon sont en train d’engager, de leur côté, des démarches indépendantes d’un traité mondial, de sorte que tous les efforts de réduction ne dépendent pas forcément de ce dernier, aussi important soit-il. Les deux tableaux suivants donnent la liste établie par Nicholas Stern des éléments clés d’un accord global sur le climat. Résultat synthétique de nombreux échanges entre responsables politiques du monde, ils fournissent une référence indicative. Les gouvernements auront probablement recours à toute la gamme des mécanismes de mesures politiques : 1. La taxe carbone. 2. Des limites strictes pour la délivrance des permis d’émission afin de les rendre rares et chers. 3. Des transferts financiers et de technologies des pays riches vers les pays en développement. 4. Des normes et standards.

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Tous ces moyens visent à internaliser les coûts du changement climatique afin de réorienter l’économie vers un niveau d’émissions plus faible. FIGURE 7

D’après la liste établie par Nicholas Stern des éléments clés d’un accord global Tableau 3 : Éléments clés d’un accord global : Objectifs et Mécanismes • Confirmer les réductions de 50 pour cent des émissions mondiales d’ici 2050, avec des réductions par les pays riches d’au moins 75 pour cent. • Réduction des émissions des pays riches et quotas négociables conçus pour être ouverts à d’autres pays, y compris les pays en développement. • Simplification du « supply side » des pays en développement afin d’élargir considérablement les marchés de réduction d’émission : « flux de carbone » à augmenter à 50 à 100 milliards par an d’ici 2030. Rôle du benchmarketing sectoriel ou technologique dans les transactions « one sided » pour déboucher sur un marché MDP réformé et beaucoup plus important. Tableau 4 : Éléments clés d’un accord global : Questions de financement • Fortes initiatives sur la déforestation, avec financement public, afin de préparer l’inclusion dans les transactions. Moyennant 10-15 milliards de dollars par an, un programme pourrait diviser par deux la déforestation. Importance de l’action et de l’engagement des institutions financières mondiales. • Démonstration et mise en commun des technologies : par exemple, un engagement de 5 milliards de dollars en faveur de la capture et stockage du carbone pourrait mener à la construction d’au moins 30 nouvelles unités dans les 7-8 prochaines années. • Respect par les pays riches des engagements de Monterrey et Gleneagles sur l’assistance au développement (dit ODA), dans le cadre de l’augmentation des coûts du développement, provoquée par le changement climatique : augmentation potentielle de 80 milliards par an. Source : d’après Stern 2008, et Stern 2009

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Jørgen Randers, du Center for Climate Strategy, BI Norwegian School of Management, explique de la même façon que tout accord mondial post-Kyoto cherchant à inclure la Chine et d’autres pays en développement devra contenir les éléments suivants : 1. L’accent mis sur les émissions par habitant, et non par pays ; 2. Les pays dont les émissions par habitant sont les plus fortes devront accepter de réduire leurs émissions en premier (c’est-à-dire. les États-Unis., l’Euro pe, le Japon) ; 3. Progressivement, les autres pays s’aligneront une fois que les nations les plus polluantes auront réduit leurs propres émissions à l’échelle nationale (Randers, 2009). Le diagramme suivant montre l’évolution prévisible, dans un scénario de continuité et en absence d’un accord mondial. D’ici 2050, les émissions de CO2 en tonnes par personne par an resteront les mêmes pour les pays développés mais vont doubler voire tripler pour les pays en développement, ce qui fera augmenter la concentration de CO2 dans l’atmosphère à 550 ppm (et 700 ppm d’ici 2100) ; ceci causera une élévation moyenne de la température de plus de 4, 5 C en 2100.

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FIGURE 8

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Chine

Source: Bjart Holtsmark, Statistics Norway.

2000

2050

Autres pays en développement

Pays industrialisés

2100

Émissions mondiales (en Gt CO2/an)

1950 1975 2000 2025 2050 2075 2100

-

100

200

300

400

500

600

700

Concentration de CO2 (en ppm)

1950 1975 2000 2025 2050 2075 2100

800

-

10

20

30

40

50

60

70

Tonne de CO2 par personne par an

1950

5

10

15

80

Scenario 1 : scénario de continuité

Simulation des émissions et de la concentration de CO2 selon un scénario de continuité

0.0

0.5

1.0

1.5

2.0

2.5

3.0

3.5

4.0

4.5

Élévation de la température en 2100

Simulation des émissions et de la concentration de CO2 selon un scénario de continuité

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FIGURE 9

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Pays industrialisés

2000

500

600

700

2050

2100

1950 1975 2000 2025 2050 2075 2100

-

100

200

Concentration de CO2 (en part par millions)

4.5

Augmentation de la température en 2100 en °C

0.0

0.5

1.0

1.5

2.0

2.5

3.0

3.5

Emissions globales (en Gigatonnes 4.0 de CO2/an)

1950 1975 2000 2025 2050 2075 2100

800

-

10

20

30

40

50

60

70

80

En 2035, les autres pays en voie de développement 400 commencent à réduire leurs émissions de CO2 300

les pays industrialisés réduisent de 5% par an leurs émissions de CO2

Autres pays en voie de développement

Source: Bjart Holtsmark, Statistics Norway.

1950

Chine

En 2025, la Chine commence à réduire ses émissions de5 CO2

10

15

Tonnes de CO2 par personne et par an

Scénario 2: Tous les pays réduisent de 5% par an leurs émissions de CO2

Simulation des émissions et de la concentration de CO2 en cas d’accord post-Kyoto

46 – DU CHANGEMENT CLIMATIQUE À LA STRATÉGIE D’INVESTISSEMENT

Les diagrammes suivants montrent l’effet sur les mêmes variables si un accord post-Kyoto respecte les principes de l’accord proposés par Randers : les émissions de CO2 par personne/par an baissent d’abord dans les pays développés, la Chine commence à réduire ses émissions en 2025, les autres pays en développement à partir de 2035. Dans ce scénario, la concentration du CO2 dans l’atmosphère s’élèverait à environ 450ppm, ce qui restreindrait l’élévation de la température mondiale à 2 C d’ici 2100.

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Plans de relance verts Les É.U., l’Europe et la Chine réagissent actuellement à la crise financière et économique par le biais de vastes plans de relance. Font partie intégrantes de ces plans tout un ensemble de mesures destinées à générer de la croissance et à créer des emplois, grâce à des investissements publics dans la conservation et l’efficience énergétique, les nouvelles énergies, la remise à niveau des bâtiments, et l’infrastructure ; une large part de ces plans est liée à des stratégies visant à lutter contre le changement climatique et à s’y adapter. Dans certains cas, ces plans consistent à anticiper dès à présent sur des innovations qui, initialement, ne devaient être introduites que progressivement, et à un stade plus tardif, dans le cadre de projets à long terme. D’un côté, l’indisponibilité de financement retarde un certain nombre de projets innovants en termes d’économie verte. De l’autre, les plans de relance nationaux vont créer une demande certaine, et seront soutenus par des incitations financières. Au final, les prévisions laissent penser que les plans de relance devraient compenser les impacts négatifs du resserrement du crédit et de la récession 3. Du point de vue de l’investissement, les programmes gouvernementaux massifs apportent une dimension de prévisibilité et de fiabilité dont manquent souvent les projets dépourvus du soutien procuré par un cadre réglementaire, normatif, et fiscal. Le changement climatique nous fournit l’impérieuse nécessité d’engager une métamorphose industrielle qui n’aurait son égale que dans celles qui virent l’avènement de la machine à vapeur, des trains et des bateaux à vapeur au XIXe siècle, ou l’avènement de l’automobile à essence au XXe siècle. Les montants d’investissements requis sont d’une ampleur considérable ; des centaines de milliards de dollars sont mis en jeu dans le monde entier. C’est pourquoi une part significative des plans de relance anti-récession actuels des pays développés sont orientés vers la réduction du changement climatique et les mesures d’adaptation à l’évolution du climat. 3. Pour le résumé des plans de relance gouvernementaux écologiques, voir Appendice II.

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48 – DU CHANGEMENT CLIMATIQUE À LA STRATÉGIE D’INVESTISSEMENT

Ajoutons à cette liste une métamorphose en profondeur du secteur de l’énergie, des processus de production, des produits, et des services, et nous peut-être sous les yeux les premières étapes d’une nouvelle révolution industrielle. Chacun sait que le consumérisme à outrance et l’endettement des consommateurs ne sont la réponse ni à la question de la création d’emplois ni à celle du bon fonctionnement de l’économie. La démographie des sociétés industriellement avancées et le vieillissement de leur population signifient que la demande globale ne s’accroîtra pas comme elle l’a fait au cours des 50 dernières années. La spéculation financière et l’obsolescence programmée des produits ne sont pas non plus les éléments d’une solution durable. En revanche, les impératifs liés au changement climatique génèrent un besoin réel, à long terme, de renouvellement des infrastructures, d’emplois nouveaux, et d’une activité économique nouvelle, à une échelle véritablement large. Pour les investisseurs et les gestionnaires de portefeuille, cela requiert une imagination créatrice, autour des besoins de l’industrie et des services d’une économie à faible intensité carbone, que les gouvernements sont appelés à promouvoir, en partie pour sauver leurs économies de l’obsolescence, en partie pour répondre aux pressions exercées par la société civile. Pour les gouvernements, les programmes destinés à lutter contre le changement climatique soutiennent et relancent la croissance économique. Pour les hommes politiques, s’aligner sur ces efforts est devenu un gage de rééligibilité. Pour les consommateurs, dans bien des cas, cela reviendra à se tourner vers des produits de meilleure efficacité énergétique, tout en faisant évoluer leurs comportements de consommation.

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Implications sectorielles Certains secteurs de l’économie seront favorisés par les opportunités créées par le changement climatique et les interventions réglementaires qu’il suscite. D’autres seront mis au pied du mur, seules les entreprises qui sauront s’adapter pourront y prospérer. Le graphique suivant indique les réductions d’émissions économiquement réalisables par secteur économique (chaque cartouche verticale représente un secteur différent) et par bloc économique (chaque nuance de bleu représentant une zone économique différente, comme l’OCDE, etc.).

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Source : GIEC Fourth Assessment Report, 2007 Note : ce tableau représente le potentiel économique sectoriel de réduction globale pour des régions différentes, en fonction du prix du carbone en 2030, basé sur des études bottom-up, par rapport aux bases respectives supposées par les estimations sectorielles.

Estimations du GIEC (Groupe de travail III) des réductions d’émission de CO2 eq/an économiquement réalisables en 2030 par secteur

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Dans la mesure de l’économiquement viable, et en conjonction avec l’évolution probable du cadre réglementaire, il est logique de supposer que les politiques seront mises en œuvre selon le principe d’efficacité la plus rapide. Des études diverses ont été réalisées afin d’identifier les premières mesures les plus efficaces et les plus performantes économiquement ; en d’autres termes, comment optimiser au mieux les investissements ? Le diagramme bien connu de McKinsey résume bien cela. Il montre qu’une économie de 6GT de CO2 peut être réalisée par l’industrie chimique d’ici 2030 grâce à des méthodes d’efficience énergétique, et au travers de stratégies qui impliquent des coûts faibles voire négatifs. Ce diagramme montre le caractère économiquement productif des mesures que l’industrie chimique pourrait prendre afin de réduire les émissions de carbone. Il place les méthodes de réduction des émissions les plus efficaces et les moins coûteuses sur une ligne de gauche à droite. À droite du diagramme se situent les moins efficaces et les plus onéreuses ; à gauche, les plus efficaces et économiques, qui vont jusqu’à donner des taux de rendements positifs.

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Source : Enkvist, 2007

Diagramme McKinsey d’une approche bottom-up des réductions de coûts

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D’autres études indiquent des résultats semblables pour d’autres industries. Les thématiques et sous-thématiques liées au climat auront des impacts tangibles et de différente nature sur les secteurs d’activité et de sous-activité.

Conclusion Les conséquences du changement climatique comprennent une augmentation de la fréquence et de l’intensité accrues des phénomènes climatiques extrêmes, tels que tempêtes, inondations, sécheresse, ou vagues de chaleur et de froid ; l’évolution du modèle des précipitations ; la dégradation des terres agricoles ; la propagation des épidémies ; la fonte des glaces arctiques et des glaciers ; l’élévation du niveau des mers ; des menaces sur la production alimentaire et la biodiversité. Toutes ces conséquences ont d’importantes implications démographiques, sociales et macroéconomiques, notamment des impacts sur les infrastructures ; l’interruption de l’activité économique ; l’obsolescence de produits ; la pénurie alimentaire et l’augmentation des prix des produits alimentaires ; des déplacements de population ; cela entraîne des menaces pour les finances publiques ; des risques mais aussi des opportunités, sans précédent en matière d’activité économique. La crise économique actuelle accélère la prise de conscience du problème du changement climatique, ce qui se traduit par des plans de relance gouvernementaux à larges composantes vertes. Les marchés financiers n’ont en général pas encore intégré le changement climatique à la prise de décision en matière d’investissement, que ce soit dans le prix des actions ou des obligations d’État. La gestion prudente des fonds de retraite, des réserves d’assurance, et du patrimoine privé requiert une attention accrue aux implications en termes d’investissement du changement climatique au travers de l’économie et par conséquent, la création de méthodes qui intègrent ces implications dans l’allocation des actifs, la composition des portefeuilles et la sélection de titres et d’obligations. Le chapitre suivant décrit le mode d’intégration du changement climatique dans un portefeuille global et propose une méthode particulière à cet effet.

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2 Comment intégrer le changement climatique dans les portefeuilles d’investissement ? Au cours des dernières années, de nombreuses études portant sur les conséquences macroéconomiques et sectorielles du changement climatique ont été menées, notamment The Stern Review on the Économics of Climate Change (Stern, 2006), le rapport McKinsey GHG Abatement Cost Curve (McKinsey, 2007), les rapports sur l’impact macroéconomique du changement climatique pour les États américains émis par le Center for Integrative Environmental Research (CIER, 2008), ainsi que des études diverses réalisées par Deutsche Bank (DB Advisors, 2007 et 2008) et par Goldman Sachs (GS, 2004), pour en citer quelques-unes. Les implications du changement climatique commencent tout juste à être prises en compte dans la planification stratégique des entreprises tournées vers l’avenir. Les investisseurs ont également commencé à les prendre en considération. Cependant, la communauté des investisseurs n’est pas allée bien au-delà de la souscription à des déclarations d’urgence comme celles de l’UNEP Finance Initiative, les Principes d’Investissements Responsables de l’ONU, ou la Déclaration des Investisseurs sur le Changement Climatique de l’IIGCC (voir appendice X). Il reste encore aux assureurs, qui témoignent certes leur intérêt et leur préoccupation pour la question du changement climatique, à élaborer et à mettre en œuvre des stratégies visant à prendre en compte les risques liés au changement climatique pour la construction de leurs portefeuilles d’investissement principaux (CW et FFF, 2008). Un certain nombre de sociétés de gestion d’actifs ont fait des efforts

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dans cette direction, en créant des produits sectoriels, comme les fonds sectoriels pour les énergies alternatives, et les fonds pour les échanges de permis d’émission. C’est un bon début, mais cela ne s’attaque qu’à une partie du problème. Il existe évidemment bien des modes de prise en compte du changement climatique dans la construction des portefeuilles d’investissement. Nous décrirons ici les différentes techniques qui commencent à gagner du terrain sur le marché.

Techniques d’action sur le changement climatique L’engagement La première technique d’intégration du changement climatique dans la construction des portefeuilles d’investissement passe par une action d’engagement. Cela exige d’être un propriétaire acteur, qui engage un dialogue actif avec les entreprises afin de les inciter à continuellement réduire leurs émissions de carbone, ainsi qu’à à élaborer des produits qui y contribuent. Cet aspect est important comme complément à la modification de la composition des portefeuilles résultante de l’impact du changement climatique. Cependant, il ne saurait se substituer aux changements d’allocations de portefeuilles et à la sélection de titres : en effet, l’engagement à seul ne peut pas protéger les investisseurs des pertes dues aux événements climatiques. Il ne leur permet pas non plus de réaliser des gains de performance sur les sociétés possédant des produits et des services mieux positionnés vis-à-vis de la réduction et l’adaptation au changement climatique.

Indexation sur l’empreinte carbone La deuxième technique consiste à surpondérer les valeurs boursières des secteurs ayant une empreinte carbone plus faible (c’est-à-dire des émissions de carbone plus basses 4) et à 4. Plus précisément, le Protocole de Kyoto définit l’empreinte carbone comme « l’ensemble total des émissions de gaz à effet de serre (GES) provoquées

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sous-pondérer celles des secteurs plus polluants (c.à.d. qui émettent davantage de carbone). Il y a deux raisons à cela : tout d’abord, on peut faire l’hypothèse que les secteurs les plus polluants seront pénalisés par des taxes carbone et des quotas d’émissions, et qu’ils n’auront plus la possibilité de faire supporter intégralement ces nouveaux coûts aux consommateurs. Par conséquent, leurs perspectives de croissance et leurs marges de profit vont en souffrir. La seconde raison reflète une intention militante et éthique ; il s’agit de « pénaliser » les secteurs les plus polluants par le biais du désinvestissement, ce qui finira par augmenter leur coût de financement. Par conséquent, cela les incitera à adopter des technologies moins polluantes, voire les conduira à disparaître. Ce raisonnement est semblable à celui qui a poussé certains investisseurs à exclure l’industrie du tabac de leur portefeuilles. Le défaut de cette méthode, c’est qu’elle ne fait pas de différence entre les entreprises au sein des secteurs à forte intensité carbone. Or, certaines sociétés ont une meilleure efficacité carbone que d’autres, ou encore ont un avantage géographique. Ainsi, au sein du même secteur, certaines entreprises peuvent mériter le soutien des investissements, mais pas d’autres. Mais surtout, la stratégie de pondération en fonction de la taille de l’empreinte carbone ne tient pas compte du fait que certains secteurs fortement émetteurs sont absolument nécessaires à l’adaptation au changement climatique, et qu’ils vont devoir croître en fonction des besoins liés à cette adaptation ; il s’agit en particulier de l’industrie sidérurgique, de l’industrie du ciment, et des compagnies minières qui fournissent les minerais de fer et de nickel nécessaires à la production d’acier. En effet, comment autrement seraient construits les réseaux de chemins de fer, les ponts, les défenses contre l’inondation, les digues, les bâtiments résistants aux tempêtes, et les ports et autres infrastructures de même type, en remplacement des infrastructures vulnérables ?

directement et indirectement par un individu, une organisation, un événement ou un produit ». Pour une meilleure clarté du rapport, on l’exprime souvent en termes de quantités de dioxyde de carbone, ou des GES équivalents qui sont émis.

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En outre, si les plafonnements d’émissions de carbone par pays d’un traité post-Kyoto sont établis sur une base correspondant aux émissions par habitant, ce qui semble de plus en plus probable si la Chine, l’Inde, le Brésil et d’autres pays doivent y souscrire, les marchés émergents plus importants pourront alors se permettre, du point de vue des émissions carbone, l’industrialisation nécessaire à leur développement. Cela impliquera la croissance de leurs industries sidérurgiques, cimentières, et minières. Ces industries sont cruciales pour la construction de routes, de ponts, d’aéroports et autres infrastructures lourde, composants essentiels de l’amélioration des conditions de vie de leurs populations les plus pauvres. Il n’est pas possible de favoriser les objectifs Millenium de l’ONU et ceux de l’Agenda 21 tout en en faisant obstacle à l’industrialisation des pays en développement en cherchant à leur imposer des contraintes injustes au niveau des émissions de carbone. Néanmoins, ce plafonnement des émissions par habitant pourrait entraîner le transfert de certaines industries des pays développés vers les pays en développement, ce qui signifie que la pondération sectorielle des investissements n’offre pas la solution appropriée à elle seule. La dimension géographique du développement doit entrer en ligne de compte. C’est pourquoi selon nous, la surpondération ou la sous-pondération des valeurs boursières fondées uniquement sur l’empreinte carbone n’ont pas grand sens pour un portefeuille d’investissement global. Trop de considérations économiques, financières, environnementales, politiques et sociales sont en jeu pour que l’on puisse se montrer si simpliste et réducteur.

Fonds spécialistes Une autre technique pratiquée par les participants du marché désireux d’intégrer le changement climatique consiste à investir dans des fonds spécialistes qui achètent des parts de sociétés d’énergies alternatives (énergies solaire, éolienne et géothermique, biocarburants, incinération des déchets en production d’énergie), et dans des fonds d’échange de permis d’émission. Ce sont là des stratégies parfaitement raisonnables, sous réserve du fait que les titres en question sont extrêmement volatiles. L’effet de ruée et en

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retour de retrait brusque qui se produit lorsque trop d’argent est misé sur un trop petit nombre de compagnies solaires et éoliennes peut entraîner des pertes sévères et fâcheuses.

Une meilleure technique : l’approche extensive du développement durable Une approche plus globale tentera d’éviter les écueils des techniques mentionnées ci-dessus. Elle le fera en identifiant les implications du changement climatique à différents niveaux de la structure de portefeuilles, et en se situant dans le contexte d’autres variables économiques, créatrices de valeur et sources d’opportunités. Les deux décisions critiques dans la construction top down d’un portefeuille global d’actions concernent la sélection des pays et des secteurs. Une quantité croissante de travaux sur les conséquences économiques du changement climatique aide à décider quels secteurs seront les plus impactés. Idéalement, un processus d’investissement doit prendre en compte les aspects du changement climatique d’ordre sectoriels et géographiques, ainsi que ceux relatifs à l’entreprise. On trouvera ci-dessous l’approche requise. Phase 1 La première phase du processus analytique consiste à dresser une typologie des impacts climatiques significatifs. Nous l’appellerons Analyse des impacts climatiques. Il faudrait l’appliquer à tous les secteurs de l’économie. Elle débouche sur l’identification des secteurs qui seront le plus affectés (positivement et négativement) par le changement climatique 5. Les décisions d’allocation 5. De ce point de vue, les impacts comprennent les effets politiques, sociaux, de formation d’opinion, et politiques d’un impact ou d’une tendance climatique, en plus de la manifestation environnementale en question. Ces effets sont souvent négatifs, comme on le voit dans les exemples suivants : – L’évolution du capital naturel : dégradation de l’agriculture et des forêts, épuisement de resources en eau, érosion des côtes, etc. – La perte du capital réel : dégâts sur les infrastructures, les équipements de production et de transport, les bâtiments commerciaux et résidentiels, les routes, les ponts, etc. – La perte du capital humain : morts, épidémies, appauvrissement.

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sectorielles ne devraient pas être prises uniquement en fonction du climat. Dans le cadre d’une approche intégrative, les impacts climatiques devraient être situés dans le contexte des autres facteurs qui affectent la croissance d’un secteur et ses perspectives de rentabilité. Le facteur géographique doit également entrer en ligne de compte, comme nous expliqué plus loin. Phase 2 Une fois que l’analyse des impacts climatiques identifie les secteurs et sous secteurs d’activité significatifs, la Sélection d’actions parmi les secteurs sera fondée sur une évaluation combinant tout d’abord : le degré de réactivité d’une société aux impacts climatiques qui les affecteront, elle et ses marchés ; ensuite, l’attractivité financière de la société en fonction de fondamentaux, comme ses caractéristiques produits, sa position concurrentielle, ses capacités financières et la qualité de sa gestion. Une dimension importante de l’analyse des entreprises concerne la façon dont les entreprises d’un secteur donné peuvent être affectées par un impact ou une tendance climatique. – Un événement climatique peut directement affecter le prix d’un actif ou d’une catégorie d’actifs, pour en augmenter ou en diminuer la valeur ; elle les fera augmenter, s’ils remplacent ou se substituent à un actif endommagé ou obsolète ; elle les fera baisser, s’il s’agit de l’actif endommagé ou obsolète en question. On peut penser à la perte de valeur potentielle des terminaux

Mais les interventions préventives et adaptatives face à ces effets peuvent donner lieu à des contributions positives à la croissance économique : – Changements secondaires au niveau de l’offre des inputs requis d’énergie, de matériaux, de bien et de transports. – Changement secondaires au niveau de la demande en énergie, matériaux, transport, machinerie, production agricole, etc. Et dans certaines régions, les effets pourraient être positifs ; par exemple, l’agriculture et la culture forestière pourraient être favorisées dans des zones de l’Europe du Nord, tout comme les stations balnéaires de la Baltique seraient favorisées au détriment de ceux de la Méditerranée. Notons que ce concept d’Impact climatique est bien plus exhaustif que le système de mesure de l’Empreinte carbonique ; il sert donc de base à un type de processus d’investissement très différent de celui des fonds indexé sur le carbone.

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portuaires desservant les canaux de Suez ou de Panama si et lorsque le Passage du Nord-Ouest de l’Arctique deviendra navigable à longueur d’année. – Les évolutions climatiques peuvent motiver une intervention politique gouvernementale sous la forme de mesures fiscales, industrielles ou réglementaires. On peut songer au soutien étatique aux énergies solaires et éoliennes ; à la perte de valeur de ces constructeurs automobiles américains qui engloutissent d’énormes quantités d’essence et aux avantages pour Toyota de la demande en véhicules hybrides ; ou encore à la demande d’efficacité énergétique en matière de bâtiments ou d’appareils électroménagers. On peut enfin évoquer le secteur de l’industrie financière travaillant sur les marchés des quotas d’émissions de carbone. Considérons les composantes vertes des plans de centaines de milliards de dollars actuellement injectés par les plans de relance publics du monde entier. Phase 3 Enfin, en établissant le Portefeuille modèle, on va mettre en œuvre un ensemble explicite de directives quant à la composition des portefeuilles qui refléteront la diversification géographique, l’attractivité relative des pays, le montant de la capitalisation, la liquidité, et le potentiel de gain. En bref L’approche extensive va prendre en compte trois dimensions d’analyse : thématique, temporel et géographique. Cela implique une approche Top-down/Bottom-up de la construction de portefeuille, dans le cadre d’une stratégie de gestion active, comme nous allons l’expliquer.

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La dimension thématique : réduction, adaptation, et gestion des ressources naturelles La communauté scientifique, les gouvernements, et la société civile partagent l’idée que trois stratégies majeures structurent la réponse de nos sociétés à l’accumulation des GES dans l’atmosphère ; le consensus s’étend également aux moyens à mettre en œuvre. Ces trois stratégies sont : la réduction, l’adaptation et une meilleure gestion des ressources naturelles. Elles offrent un bon point de départ à la conception d’une approche d’investissement thématique intégrative. L’approche présentée ici vise à répondre à l’étendue des développements et opportunités disponibles pour toute intervention entrepreneuriale positive, en recherchant de bons supports d’investissement au sein de chacune des trois thématiques. Pour cela, il est souhaitable de classer les opportunités en sous-thématiques spécifiques. Ces sous-thématiques servent alors à identifier les secteurs de l’économie les plus affectés par le changement climatique ainsi que les risques et les opportunités concomitants. La réduction 6 des émissions de GES dans l’atmosphère est l’objectif fixé par le Protocole de Kyoto et les autres efforts internationaux comme l’EU Carbon Emission Trading Scheme (EU-ETS) ou les efforts régionaux de plafonnement et d’échange aux É.-U. Les solutions de réduction comprennent les stratégies suivantes pour diminuer les émissions de carbone dans l’atmosphère : • La substitution énergétique par des sources d’énergie de moindre émission de carbone : gaz naturel et éthanol à la place du charbon, du fioul et de l’essence ; ou bien des énergies alternatives (solaire, biomasse, éolien, hydraulique, géothermique, nucléaire, etc). Les technologies émergentes expérimentales comme la capture et le stockage du carbone,

6. Le terme anglais « mitigation », ici traduit par réduction, est parfois conservé en français.

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qui rendraient l’utilisation du charbon dans l’électricité plus acceptables, rentrent aussi dans la catégorie ci-dessus. • Efficacité énergétique – Modernisation des centrales énergétiques : systèmes de production plus efficaces. – Efficacité énergétique des bâtiments : mise à niveau des bâtiments (isolation, ampoules économes en énergie, et systèmes automatisés de maîtrise de l’efficience énergétique). – Efficacité énergétique des transports : transports en commun plutôt que transport privé, transport des marchandises par train plutôt que par camion, cabotage. – Meilleure planification logistique : accroissement de la production avec moins d’émissions de gaz à effet de serre grâce aux nouvelles technologies, en plus des technologies mentionnées sous les appellations de substitution et d’efficience énergétique. L’adaptation. Les processus physiques naturels déclenchés par l’augmentation considérable des concentrations atmosphériques de CO2 vont se poursuivre pendant des siècles et, selon certains, des millénaires (Solomon, 2008). C’est pourquoi nous devons contenir les émissions au niveau requis pour que les concentrations de CO2 se stabilisent au maximum à environ 550 ppm, afin d’éviter des dégâts catastrophiques. Cependant, même si nous parvenons à stabiliser les émissions, nous devrons encore affronter le changement climatique et l’étendue de ses effets sur une très longue durée. La plupart des effets seront négatifs, bien que certains soient positifs ; et nous devons nous y adapter afin de maîtriser les risques et de profiter des opportunités. La solution d’adaptation comprend la palette de mesures requises pour la prévention et le contrôle de l’étendue des dégâts, ou pour faire face aux dégâts que l’on ne peut ni empêcher ni maîtriser, qui sont causés par des événement climatiques extrêmes comme les tempêtes, les inondations, les périodes de sécheresse et de gel, les vagues de chaleur, la disparition des glaciers, le changement du cours des rivières, de la productivité du sol, les maladies infectieuses touchant les animaux domestiques ou les humains, entre autres conséquences. Cela exige de renforcer les bâtiments

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en prévision des tempêtes et des ouragans, de relocaliser les équipements de production, les sites professionnels et résidentiels, de reconstruire des ponts et des routes, de renforcer les barrages ou de construire de nouvelles défenses maritimes, de draguer des plans d’eau, de se rééquiper ; cela requiert de la recherche développement pharmaceutique, cela requiert de stocker des vaccins, etc. Un autre élément de l’adaptation est le développement de nouveaux comportements de consommation ou professionnels, comme faire ses courses en ligne, se déplacer en vélo, pratiquer les téléconférences, trier les déchets, etc. Tout cela se fait, au moins en partie pour répondre au changement climatique et environnemental. Une meilleure gestion des ressources naturelles, notamment celle de l’eau, du sol, des forêts, et des pêcheries. Cela implique une exploitation plus attentive des ressources elles-mêmes, une approche plus rationnelle de l’urbanisation et de l’agriculture, ainsi qu’une meilleure gestion des déchets industriels, agricoles et urbains. La solution : La préservation de la capacité de productivité des terres agricoles et forestières existantes, grâce à l’agriculture et à la sylviculture durables, est un point important. Idem pour la préservation des pêcheries et de l’habitat marin grâce à des pratiques de pêche durables. Dans maints endroits de la planète, les ressources en eaux sont menacées par les exigences de l’irrigation et de l’urbanisation, alors que les modèles de précipitations sont en évolution, et en raison de la disparition des glaciers qui alimentent les cours d’eau. L’accès aisé à l’eau potable de qualité doit devenir répandu et bon marché. L’eau en bouteilles ou les boissons non alcoolisées ne sont pas une bonne réponse. L’activité minière, l’industrialisation et l’urbanisation génèrent des quantités de déchets considérables comme produits dérivés, occupant ou dégradant des sols et souvent polluant les nappes phréatiques. Ces éléments, s’ils ne résultent pas directement du changement climatique, seront de plus en plus déterminés par des solutions d’adaptation : l’attention doit être portée à tout ce qui concerne à la fois l’Adaptation et de la Gestion des ressources naturelles.

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Après avoir défini les thématiques et sous-thématiques majeures de l’analyse, il faut passer à la phase suivante : comprendre comment elles opèrent sur des secteurs potentiels d’investissement. Certains exemples seront fournis au Chapitre 3. Cela nous amène à un autre aspect de la discussion : la dimension temporelle, qui se révèle particulièrement cruciale en matière de changement climatique. Pourquoi et comment privilégier le long terme, alors que le marché est biaisé par les indicateurs à court terme de performances ?

La dimension temporelle : donner la priorité aux facteurs de long terme plutôt qu’aux facteurs de court terme Le changement climatique est un phénomène durable. Quand bien même nous réussirions à réduire les émissions de carbone de 80 % d’ici les 40 prochaines années selon les recommandations des scientifiques, les concentrations élevées, déjà existantes, et l’inertie inhérente aux systèmes de la biosphère, vont provoquer le réchauffement global de la planète et les événements climatiques majeurs tout au long du XXIe siècle. La stabilisation des émissions impliquerait l’atteinte du point d’inflexion aux environs de la fin de ce siècle. La réduction drastique des émissions signifierait que la société serait à même d’éviter des conditions irréversibles et des catastrophes qui bouleverseraient la civilisation telle que nous la connaissons. Mais dans tous les cas, c’est de notre vivant et celui de nos enfants que les jeux seront faits. Les grands investisseurs institutionnels comme les fonds de pension et les compagnies d’assurance sont des investisseurs de long terme. Ils doivent faire face à des engagements à 10, 20, ou 30 ans et planifier leurs stratégies d’investissement en fonction de ces engagements. La plupart des gens qui cherchent à épargner ou à gérer leur patrimoine se placent aussi dans une logique de long terme. Pour un investisseur de long terme, la valorisation et l’évaluation de performance sur des bases hebdomadaire, mensuelle, ou même trimestrielle a autant de sens qu’estimer l’inventaire d’une galerie

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d’art comme s’il s’agissait d’un étal de légumes, ou bien qu’estimer une compagnie forestière comme s’il s’agissait d’un fleuriste. Le benchmarking par rapport à un indice pose également problème. Tous les indices reflètent le passé. Les capitalisations pondérées reflètent des valorisations d’entreprises basées sur des analyses et des mesures traditionnelles. Les indices ne sont pas tournés vers l’avenir. C’est pourquoi, investir passivement ou selon des stratégies proches des indices revient à conduire en regardant surtout dans le rétroviseur. Tant que la route ne tourne pas trop, pas d’accidents. Mais quand on en vient à investir dans le développement durable, ou à investir dans l’optique d’un monde en mutation à cause d’un climat en mutation, il faut se focaliser sur le long terme, et cesser de porter une attention servile aux indices boursiers, qui reflète le monde tel qu’il était, ou tel qu’il est à l’heure actuelle. Le dilemme auquel sont confrontés les gestionnaires d’actifs est l’incongruité qui consiste à poursuivre un objectif dominant, à savoir devoir obtenir de bons résultats d’investissements à long terme, et d’être en même temps obligés de mesurer le risque afférent à cet objectif en se basant sur des mesures de volatilité à court terme, qui n’ont rien à voir avec des risques systémiques et macroéconomiques, comme ceux qui dérivent du changement climatique. La technique d’investissement basé sur indices finit par déterminer la construction de portefeuille et la stratégie d’investissement, ce qui revient à mettre la charrue avant les bœufs. La pondération des valeurs relative à celle d’un indice est le simple miroir de la structure de l’économie d’aujourd’hui, et non pas telle qu’elle évolue afin de créer la richesse future. Nous savons que l’économie mondiale ne fonctionne pas selon les limitations que ses ressources naturelles lui imposent. Nous sommes confrontés à un risque environnemental systémique insuffisamment reconnu par les marchés des obligations et boursiers, alors que les citoyens du monde entier, eux, reconnaissent ce risque, qui est dans certains pays une source de préoccupation aussi forte que la récession (HSBC, 2008). La plupart des Européens sont convaincus que le changement climatique pose des risques graves, et que, d’un point de vue normatif, il est contraire à l’éthique de ne pas agir en vue de la

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réduction de ce risque ou de l’anticipation de ses impacts. Cette conviction fournit la base démocratique d’un « consensus par recoupement 7 », sur laquelle des fonds comme Dutch PPGM, le Government Pension Fund de Norvège, et l’EFRAP et le Fonds de Réserve de Retraites français fondent leurs approches d’investissement socialement responsables. Bien que, conceptuellement, les investisseurs comprennent la nécessité de prendre en compte ces tendances de fond, nos modes opératoires font habituellement reposer la sélection et l’achat de titres, la décision de les vendre ou non, sur des considérations de court terme. Comme le veut le proverbe, « à long terme on sera tous morts», donc à court terme chacun se comporte comme s’il devait mourir demain. Mais la vie ne s’arrête pas ; et c’est ainsi que cette incapacité des acteurs du marché à privilégier des facteurs économiques de long terme sur des fluctuations de prix à court terme a conduit à la crise dans laquelle nous sommes, comme l’ont démontré avec force George Soros (Soros, 2008) et d’autres 8. Que l’on pense avec quelle rapidité, avec quelle violence la crise financière actuelle s’est répandue à travers le monde. Il faut en tirer une leçon pour envisager le risque du changement climatique. Les raisonnements normaux, par définition, reposent confortablement sur des normes. Or le changement climatique est hors normes, et c’est pourquoi nous devons sortir du cercle normal de nos allocations, de nos analyses sectorielles, et de nos stratégies habituelles de sélection de titres Comme on l’a déjà remarqué, les impacts du changement climatique sur une palette d’actifs industriels et immobiliers de base ne sont généralement pas reflétés par les valorisations. Toutefois, on peut à juste titre se poser la question suivante : combien de temps faudra-t-il attendre jusqu’à ce qu’ils soient intégrés dans le prix des actions ? N’est-il pas trop tôt pour prendre position à partir de cette hypothèse ? Notre réponse est 7. Le concept d’un consensus de chevauchement de valeurs est invoqué explicitement par le Ministère des Finances norvégien, dans son « Evaluation of the Ethical Guidelines of the Norwegian Government Pension Fund », disponible en ligne à www.regjeringen.no/uopload/FIN/etikk/h_uttalelser. Elle s’inspire du travail du philosophe John Rawls (1975), A Theory of Justice, Harvard University Press. 8. G. Soros, A New Paradigm for Financial Markets, 2008.

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non, sans concessions. Faire partie d’une bande qui danse allègrement au bord du gouffre est trop risqué 9. Les bénéfices marginaux qui peuvent être réalisés dans les derniers soubresauts d’un marché dans le déni de l’inévitable sont bien moindres que les pertes encourues dans une débâcle, comme l’a prouvé la chute des marchés boursiers mondiaux, qui a commencé fin 2007 et s’est poursuivie en 2008, pour s’achever dans l’effondrement d’octobre et novembre. Il ne fait aucun doute que les effets des impacts climatiques sur la valorisation des actifs ne se verront pleinement que sur le long terme. Mais de nombreux impacts sont d’ores et déjà prévisibles, ou commencent à peser sur les actifs, ou bien encore commencent à être internalisés. Les gouvernements se préparent à investir des sommes considérables dans les infrastructures énergétiques ; ils devront faire de même pour réparer et limiter les dégâts du changement climatique. À court terme, l’investisseur prudent peut déjà commencer dès aujourd’hui à prendre les mesures d’investissement appropriées pour protéger son patrimoine et dégager de la rentabilité sur cette base. Ce qui revient tout simplement à tenir l’inévitable pour acquis. Les premiers pas dans cette direction furent les investissements dans les énergies alternatives et les fonds carbone, mais comme pour tout secteur émergeant, la demande peut aisément dépasser l’offre, ce qui crée des cycles éphémères de croissance spectaculaire suivie de faillite pour les fonds ayant investi sur un seul thème. L’approche multisectorielle évite de tomber dans le piège d’un ciblage trop serré sur des segments de marché immatures, tout en offrant visibilité et souplesse. Ainsi, une approche prudente et tournée vers l’avenir du changement climatique n’exige pas d’investir dans des compagnies qui rapporteront seulement à long terme mais qui se montreraient sous-performantes à court terme. D’évidence, les plus values procurées par une stratégie active d’investissement viennent d’anticipations correctes des 9. Charles Prince III, ancien PDG de Citibank, est tristement célèbre pour avoir declaré, quelques semaines avant que le prix de l’action de la banque ne s’effondre : « Nous danserons tant que la musique jouera. »

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valorisations futures. Si donc l’investisseur est un convaincu du développement durable, de l’inévitable mise en place de régulations sur le climat et des effets inéluctables du changement climatique sur les entreprises et l’économie, alors il doit accorder ses actes à ses convictions et adopter dés maintenant une stratégie d’investissement adaptée, afin de ne pas voir certains de ses actifs négativement impactés. De même que le marché a commis une immense erreur d’estimation des titres hypothécaires, de même, il y a fort à parier que le marché est en train de commettre une immense erreur, en n’appliquant pas aux entreprises non durables un discount lors de leurs valorisations. En protégeant le capital, les fonds de retraite, les assureurs, les caisses de retraites 10 et les gestionnaires de patrimoines privés n’auront pas envie de se retrouver criblés d’actifs survalorisés.

La dimension géographique : pourquoi une stratégie mondiale d’investissement ? Le changement climatique anthropique est principalement le fait des pays développés : les États-Unis, l’Europe, et le Japon ; mais l’industrialisation des pays en développement comme la Chine, l’Inde et le Brésil les fait peser dans la balance à ce niveau. C’est pourquoi les marchés émergents doivent être un élément clé de toute stratégie mondiale d’investissement qui fait rentrer le climat en ligne de compte. Le caractère mondial du changement climatique est un fait pleinement reconnu, tout comme celui que les émissions d’un pays ont un effet sur d’autres pays également. Moins connues sont sans doute les mesures prises en réaction par des pays comme la Chine ou le Brésil, ainsi que les opportunités d’investissement ainsi créées. La Chine, le Brésil, l’Inde et la Russie sont les plus premiers contributeurs à la croissance mondiale, et leur poids économique ira s’accentuant au cours du XXIe siècle. 10. N.d.t. : en français dans le texte.

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Leurs marchés intérieurs se développent rapidement, suscitant une large demande pour de nouvelles technologies et nouvelles opportunités d’affaires ; ces pays font jouer l’effet de levier sur cette demande intérieure pour affirmer leur compétitivité au plan international. Un investisseur qui n’allouerait pas suffisamment de ressources aux marchés émergents risquerait à l’avenir une performance d’investissement inférieure ; cet investisseur a d’ailleurs probablement déjà sacrifié sa performance d’investissement des dix dernières années. Changement climatique et marchés émergents sont tous les deux des thèmes porteurs d’investissement, qui incarnent le basculement fondamental du monde. Les faire converger dans une même approche d’investissement crée une dynamique particulièrement prometteuse pour la performance. Quelques exemples sont proposés ci-dessous de multinationales basées dans des marchés émergents et de rang mondial, ayant développé des avantages compétitifs par rapport à leurs concurrents des pays développés, en termes d’adaptation au changement climatique, la réduction ou la gestion des ressources naturelles. Vale, Brésil. Vale est la première compagnie d’extraction du minerai de fer du monde, et la deuxième pour le nickel. Ces deux matières premières sont cruciales pour la fabrication de l’acier, et par conséquent pour la transformation des infrastructures. Vale se distingue par ses performances en termes écologiques et sociaux, qui figurent parmi les plus responsables dans ce secteur. Par exemple, en ne vendant pas de minerai de fer aux compagnies en très grave violation des lois environnementales et des droits de l’homme, Vale a forcé certaines aciéries à fermer. C’est la seule compagnie minière à l’avoir fait. De nombreuses aciéries du tiers monde achètent du charbon à coke chez des producteurs qui maintiennent leurs employés dans des conditions quasi féodales. Vale a forcé celles qui dépendaient de ses livraisons de minerai de fer à fermer. Vale bénéficie directement de la croissance de la Chine, dont elle est le principal fournisseur en minerai de fer.

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Aracruz, Brésil. Aracruz est un des cinq premiers producteurs de papier et de pâte, disposant de ses propres plantations d’eucalyptus en rapide expansion. Les producteurs de papier brésiliens ne font pas de coupes dans les forêts vierges amazoniennes : ils font pousser des arbres dans d’autres endroits. Ils ont aussi des usines à la pointe de la technologie pour réduire la pollution des cours d’eaux, du sol et de l’air. Si et quand les plantations d’arbres seront reconnues comme puits de carbone, la valorisation des compagnies de production de papier et de sylviculture brésiliennes ne reflétera pas seulement leur activité de production de papier : elle reconnaîtra également la valeur des compensations carbone commercialisables qu’elles génèrent. Cela illustre la façon dont les politiques d’intervention sur le changement climatique conduisent parfois à une nouvelle valorisation des actifs et une revalorisation des entreprises.

Du poids de la géographie dans l’investissement mondial : nouvelle perspective De façon plus générale, comment pouvons-nous donc faire entrer la dimension géographique dans un fond thématique climat ? Cela crée des risques, mais aussi des opportunités. Côté risque, l’investisseur cherchera à éviter d’être propriétaire d’entreprises situées dans des zones particulièrement exposées, sujettes aux tempêtes, aux inondations, à l’interruption de leur activité ou leurs approvisionnements. Biens immobiliers, banques et compagnies locales d’assurance situées dans les zones probablement sujettes à des températures extrêmement élevées, à un manque de ressources en eau, ou à des tempêtes ou inondations à répétition, par exemple, devront être évitées. Celles-ci deviendront moins attractives par rapport à leurs concurrents situés dans des zones sans risque.

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Zoom sur la Chine La Chine, comme d’autres pays en développement, a souligné bien des fois que la concentration existante de gaz à effet de serre dans l’atmosphère relevait de la responsabilité des pays riches industrialisés. Toutefois, depuis 2007, la Chine est devenue le premier émetteur de gaz à effet de serre, dépassant les États-Unis ; elle reconnaît maintenant qu’elle doit prendre en considération ce problème. Les dirigeants du pays ont mis en place un ambitieux plan national afin de lutter contre le changement climatique. Ce plan comprend une utilisation accrue des énergies nucléaires et renouvelables, combinée avec le développement d’usines au charbon plus efficaces énergétiquement. La Chine s’est engagée à créer des entreprises de rang mondial avec des technologies écologiques de pointe afin pouvoir rivaliser avec succès avec ses concurrents américains et européens. « Au cours des deux dernières années, la Chine s’est imposée comme le leader mondial de construction de centrales thermiques à charbon moins polluantes, plus efficaces, maîtrisant cette technologie et en réduisant les coûts. Tandis que les États-Unis en sont encore à débattre la nécessité de construire un type plus efficace de centrale thermique à charbon qui utilise de la vapeur extrêmement chaude, la Chine a commencé à bâtir ce type de centrales à raison d’une par mois... Avec une efficacité accrue, une centrale brûle moins de charbon et émet moins de dioxyde de carbone par unité d’électricité produite. D’après les experts, les centrales les moins efficaces de Chine convertissent aujourd’hui 27 à 36 pour cent de l’énergie du charbon en électricité. Les usines les plus efficaces atteignent 44 pour cent, ce qui signifie qu’elles peuvent réduire les émissions de réchauffement de plus d’un tiers en comparaison avec les usines les moins efficaces. (...) La Chine fait également d’autres efforts pour réduire ses émissions. Elle a doublé sa capacité d’énergie éolienne chaque année pendant les quatre dernières années, et elle est en position pour dépasser les États-Unis dès cette année comme premier marché mondial d’équipements pour l’énergie éolienne. (...) « Cela peut désormais coûter un tiers de moins de construire une centrale électrique à la pointe de la technologie en Chine que de construire une centrale à charbon moins efficace aux États-Unis. (...) La Chine vise à devenir le premier producteur mondial de voitures électriques, (...) En bref, la Chine crée des entreprises de rang mondial, dotées des technologies de pointe, qui pourraient devenir plus compétitives que des multinationales mûres. Comment les investisseurs peuvent-ils refuser de s’en apercevoir ? » D’après The New York Times, 2009

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Du point de vue des opportunités, l’emplacement géographique pourrait créer un avantage compétitif particulier. Un exemple emblématique d’avantage concurrentiel géographique est l’ingénierie hollandaise et les entreprises de bâtiment spécialisées dans les défenses maritimes. L’expertise et l’équipement spécialisé qui ont été développés localement pour faire face à la vulnérabilité hollandaise aux raz-de-marée et aux inondations font de ces entreprises des e leaders mondiaux compétitifs dans ce domaine. On peut aussi prendre l’exemple de l’industrie de production de papier au Brésil, qui bénéficie d’amples ressources naturelles et d’un climat favorable à des plantations à croissance rapide. On pourrait aussi évoquer l’industrie de construction maritime nordique et les compagnies de service qui bénéficieront de l’ouverture potentielle du passage des mers nordiques avec le recul des calottes glaciaires arctiques. Ce type d’opportunités d’investissement n’est généralement pas identifié par les processus de filtrage d’investissement standard, bien que faisant naturellement partie du champ d’analyse du climat. Une mise en garde est nécessaire. Bien que la science du climat soit en mesure de réaliser des prédictions fiables à 95 % sur une échelle globale, elle est incapable de fournir pour l’instant des prévisions suffisantes et fiables sur une base nationale ou régionale. C’est pourquoi l’influence du facteur géographique sur les décisions d’investissement ne peut entrer en ligne de compte aujourd’hui que dans une certaine mesure, et dans certains cas importants. Au fur et à mesure que la science du climat améliore ses capacités de prévisions des impacts nationaux, ses conclusions deviendront plus pertinentes pour la composition des portefeuilles.

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Pourquoi la combinaison de l’approche bottom-up/ top-down pour la construction de portefeuille ? Jusqu’ici nous nous sommes concentrés sur l’explication de l’aspect top-down de l’approche intégrative : nous avons identifié des impacts climatiques, en première instance, afin de définir des thématiques et des sous-thématiques qui servent à identifier les secteurs de sous-activité sur lesquels se concentrer. Nous allons maintenant expliquer l’aspect bottom-up, c’est-à-dire les impacts climatiques en relation à l’analyse fondamentale des sociétés, et les facteurs qui doivent être pris en considération à cet égard. Comme nous l’avons mentionné plus tôt, le changement climatique n’est généralement pas intégré aux prix des actions. Cela se vérifie dans la mesure où le marché ne semble pas apte à intégrer des facteurs complexes et de long terme dans les systèmes de valorisation. Cela étant dit, il s’en suit certaines questions : que faut-il donc intégrer dans le prix des actions ? Avec quels éléments de mesure ? Et, ce qui est essentiel d’un point de vue tactique, avec quelle avance sur les valorisations du marché est il raisonnable de prendre des positions fortes avec conviction ? L’Histoire nous met en garde. Les bulles et leurs implosions sont d’une certaine manière courantes quand les marchés actions se gaussent d’entrer dans une « prochaine nouvelle ère ». Prenons par exemple la technologie de l’information. La plupart de technologies dont l’avènement avait été prédit à la fin des années 90 n’ont véritablement pris leur essor qu’au cours de la décennie suivante, mais les valorisations de l’époque se sont révélées lourdement erronées. La révolution des technologies de l’information est bien réelle, mais les prix des actions au début 2000, qui promettaient le paradis, ne connurent au final qu’un paradis perdu. Il est généralement admis que les profits et leurs évolutions sont les facteurs essentiels du prix des actions. Toutes autres considérations écartées, ce sont des bénéfices réguliers qui déterminent la valorisation des titres. En ce qui concerne le marché des actions, les profits sont en général déterminés par des perspectives de PIB

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mondiales et locales, et, de façon secondaire, par un ensemble de facteurs comme les taux d’intérêt, les régimes d’impôts, la fluctuation des monnaies, etc. Dans cette mesure, il est clair que les impacts macro du changement climatique ne sont qu’un facteur parmi tant d’autres. Le changement climatique génère des effets à long terme, mais dans la mesure où ceux-ci ne se matérialisent que progressivement, leurs conséquences sur les valorisations du marché considéré globalement ne se produisent pas à la manière d’un big bang – et donc ces effets ne sont pas non plus les facteurs les plus pris en considération dans les valorisations. On peut raisonnablement penser que, dans un scénario « business as usual », la composante macro des bénéfices/profits n’est pas affectée de façon significative par le changement climatique à court ou moyen terme, et que ces impacts sont dans tous les cas englobés dans les critères d’évaluation habituels/conventionnels. Nous devons aussi garder à l’esprit le fait que si les scénarios sombres liés au changement climatique se produisent, avec le réchauffement de la planète qui s’accélère de plus en plus vite et à un niveau supérieur, alors le schéma du « business as usual » ne pourra plus s’appliquer. Malheureusement, la probabilité de ces scénarios n’est pas faible. Les investisseurs non préparés vont perdre beaucoup d’argent. De ce point de vue, l’approche prônée ici peut fonctionner comme le « canari dans la mine de charbon », pour fournir un avertissement précoce en vue d’une ré-allocation stratégique des fonds investis. Ce n’est pas un argument en faveur d’une stratégie du « juste à temps ». Au contraire, le « juste à temps », c’est du « déjà trop tard ». La plupart des investisseurs qui s’attendaient à une crise financière mais qui continuaient quand même à danser sur la musique se sont laissé piéger en 2007-2009 et ont subi de grosses pertes. Ce qu’il faut retenir, c’est qu’une attitude de mise en œuvre précoce est la prudence même, précisément en raison de la tendance du marché à se tromper. Bill Gross, le Directeur Général de PIMCO, expose cela très bien : « Ayez des faits bien établis, appliquez-les à la valorisation actuelle du marché, agissez de façon décisive, puis accrochez-vous bien en espérant que les masses finiront par arriver à la même conclusion un peu plus tard. »

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L’analyse de l’impact du climat est particulièrement pertinente au niveau spécifique de l’entreprise ou du secteur. Cela se comprend aisément quand on constate la variété des conséquences économiques. Certaines sont négatives, bien entendu ; elles vont de la haute fréquence des événements climatiques extrêmes comme les tempêtes, les inondations, et les sécheresses, à la dégradation des ressources naturelles et des terres viables à l’agriculture et à d’autres usages. Grosso modo, des réglementations plus solides, l’augmentation des taxes sur l’environnement et celle des prix des biens de consommation, font aussi augmenter les coûts de production. Mais le changement climatique a aussi des effets positifs : en effet, le besoin de solutions favorise l’investissement et la recherche et génère de nouvelles opportunités d’activité économique. Les plans de relance agissent comme des catalyseurs et accélèrent ces tendances. Certains actifs deviennent critiques ; de nouveaux avantages concurrentiels voient le jour. Par conséquent, la valorisation des marchés dans sa globalité ne peut pas saisir la complexité au niveau des secteurs et entreprises. Comme nous l’entendons actuellement, l’analyse de l’impact climatique est plus pertinente pour analyser un secteur plutôt qu’un pays. À condition de comprendre la nécessité de relativiser cet impact au niveau géographique. L’industrie du ciment en Inde ou en Chine pourrait bénéficier de bien meilleures perspectives que celles du même secteur aux E.U. si un traité post-Kyoto établissait les plafonnements d’émissions en fonction des émissions par habitant par pays. Les impacts importants les plus évidents sont déjà pris en compte. La croissance supérieure des énergies renouvelables, en comparaison avec celle des majors du pétrole, influence bien entendu leurs valorisations, même s’il faut être conscient de ce que les taux de croissance implicites sont douteux dans les deux cas. Les coûts en compensation carbone pour les entreprises de service public européennes sont significatifs : ils sont donc identifiés parmi les profits, les directives, les stratégies des entreprises, et certaines prévisions de leurs analystes. Dans le monde de l’investissement, il est sage de se rappeler que le diable se cache dans les détails. Si la valorisation sectorielle prend en compte l’impact-clé du changement climatique, en revanche cela ne nous dit rien sur

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le fait que certaines entreprises de services publics européennes soient également des leaders mondiaux de la production d’énergies renouvelables. Lorsqu’on peut appréhender des impacts avec certitude, mais qu’ils ne se sont pas encore matérialisés, les valorisations sectorielles reflètent simplement le côté conservateur du marché. Ce qui fournit à des investisseurs moins conservateurs, mais patients, de bonnes opportunités. L’évolution des valorisations de marché pour des compagnies de transports public/privés et de construction automobile, par exemple, est surtout déterminée par des perspectives de demande à moyen terme et la structure de bilan, en dépit du fait que certains secteurs soient les plus affectés par la nécessaire réduction des émissions de carbone. Qu’en est-il donc des impacts plus difficiles à appréhender ? D’un point de vue pragmatique sur l’investissement, on devrait les garder à l’esprit, mais en quelque sorte en arrière-pensée, afin de pouvoir réagir à temps si et quand ces incertitudes deviendront des certitudes. En bref, cette approche met en avant l’analyse fondamentale des entreprises, après avoir déterminé quels seront les soussecteurs d’activité les plus probablement affectés par les impacts climatiques, à partir d’aujourd’hui et à moyen terme.

Analyse des entreprises Après avoir ramené l’univers d’investissement à une sélection de sous-secteurs, dérivée des sous-thémes climatiques, l’analyse des entreprises aborde ensuite les impacts négatifs et positifs du changement climatique sur des entreprises spécifiques, dans le cadre d’une analyse fondamentale classique ; on se concentre ainsi sur ce qui ferait potentiellement une différence significative sur le moyen terme, en décidant de l’application de premiums ou de discounts. Analyse de profitabilité Les profits viennent des volumes et des marges de vente. Il est évident que les sociétés qui proposent des solutions au changement climatique et ses impacts bénéficient probablement de

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meilleures perspectives de croissance. Outre la prise en compte des facteurs classiques, l’analyse se concentre sur le degré d’intégration de ces sociétés, de leurs produits et leur activité au sein des stratégies d’adaptation ou de réduction du changement climatique ou encore de meilleure gestion des ressources naturelles (soient les trois thématiques identifiées plus haut). Cette analyse est tout à fait simple lorsqu’il s’agit d’isolation, du solaire, de l’éolien, des batteries automobiles, etc. ; mais elle se complique dès il s’agit d’estimer des industries dont les produits ne ciblent pas uniquement la résolution des questions climatiques. Par exemple, le profil énergétique des matériaux de construction varie en fonction de leur nature, à la fois du point de vue de leur production et de celui de leur utilisation. Aucune compagnie cimentière ne joue que la carte du ciment efficient au plan énergétique ; cependant on peut distinguer celles dont le mix produits et les processus de production émettent beaucoup moins de carbone. On peut établir des distinctions similaires en ce qui concerne les appareils électroménagers, les engrais, la machinerie lourde, les usines de fabrication de papier, et ainsi de suite. Dans ces cas-là, ce n’est pas la catégorie du produit en tant que telle qui détermine la congruence d’une société et des objectifs de réduction et d’adaptation ; ce qui compte, c’est plutôt la performance carbone du mix produits de l’entreprise et de ses processus de production par rapport à ses concurrents. Une différence favorable en terme d’émissions de carbone plus basses peut conférer des perspectives de vente et/ou des marges significativement supérieures. Comme nous l’avons déjà montré, l’exposition géographique d’une entreprise, ainsi les plans de relance gouvernementaux dont elle pourrait bénéficier, jouent également un rôle important. En réponse aux réglementations étatiques d’aujourd’hui et de demain, ainsi qu’aux politiques de responsabilité sociale des entreprises, tous les acteurs de la chaîne logistique épousent des directives d’achat vertes. Pour toutes ces raisons, les dirigeants d’entreprise en mesure de se positionner favorablement par rapport à ces tendances peuvent se doter d’un avantage évident sur ceux qui restent à la traîne.

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Valeurs des actifs Le changement climatique change le monde. Il a des impacts nets sur la valeur des immobilisations corporelles et incorporelles. Quelques exemples vont permettre de l’illustrer. Les plateformes pétrolières et les usines pétrochimiques de la Louisiane et du Texas se trouvent sur le chemin d’ouragans de plus en plus fréquents et dévastateurs dans le Golfe du Mexique. Katrina les a épargnés pour aller frapper la Nouvelle-Orléans. Le contraire aurait pu se produire. Il est surprenant que pour bon nombre d’industries à très forte intensité de capitaux, dont les actifs majeurs encourent d’évidents risques physiques à long terme liés au climat, les marchés boursiers ne reflètent toujours pas dans les prix des différences significatives entre les compagnies les plus menacées et celles qui le sont moins, alors même que certains souscripteurs d’assurance ont pris des mesures pour se protéger. La production de céréales a récemment été affectée par des sécheresses anormales dans les pampas argentines. Dans l’éventualité de la récurrence de ce phénomène, les prix des terrains seraient affectés, ce qui se répercuterait sur toute l’économie argentine et aurait un effet potentiel sur les prix mondiaux du soja et du blé. Les plantations forestières du Brésil ont aujourd’hui une fonction économique : fournir de la pâte pour le papier. Au cas où un traité post-Kyoto fournirait des incitations et des paiements de transfert pour encourager l’exploitation forestière, ces actifs prendraient une valeur nouvelle en tant que puits de carbone. Si le passage Nord-Ouest de l’Arctique devient navigable pendant une longue partie de l’année, il sera rapidement exploité de façon commerciale par les compagnies de transport maritime (Conseil Arctique, 2009), ce qui entraînera la revalorisation des équipements portuaires existants, d’un certain type de navires, et de compagnies de transport maritime sélectionnées. Cela entraînera également à un investissement massif dans les infrastructures des secteurs public et privé. De nouvelles réglementations en faveur de l’efficience énergétique dans les bâtiments professionnels vont prendre effet. Bien que l’emplacement géographique soit très important, l’énergie

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va devenir un facteur de la valorisation de l’immobilier commercial étant donné que la réduction des coûts de la consommation électrique joue un plus grand rôle dans l’évaluation des baux. De façon plus générale, en raison des éco-taxes et des quotas d’émission de demain, l’éco-efficacité de chaque usine et équipements devra être prise en compte pour évaluer leur valeur actuelle et le coût de remplacement. Du côté des actifs incorporels, considérons la valeur du goodwill dans l’évaluation des sociétés. Au fur et à mesure que la préoccupation de l’opinion publique pour le changement climatique se fait plus grande, les entreprises dont les marques se consolident par leurs actions positives et leur profil d’entreprise seront avantagées.

Valeur ajoutée et société Le prix de marché d’une action résulte de l’offre et de la demande. L’un des facteurs conditionnant l’offre et la demande d’une action est ce que les investisseurs estiment être sa « juste valeur » théorique, elle-même le résultat actualisé des futurs cash flows prévus. La valeur ajoutée économique est la différence entre le rendement sur le capital investi et le coût du capital. Les rendements sont prévus à travers une analyse d’activité ; il en va de même pour les actifs de base, le capital investi et leurs perspectives. Les marchés ont tendance à réaliser leurs propres prophéties en termes de coût du capital : la demande d’actions fait baisser le coût du capital propre. Un plus large accès au capital reflète une meilleure perception du profil risque/bénéfices de la part des investisseurs. La psychologie, le comportement des masses, certains facteurs techniques comme les transactions électroniques, l’investissement passif, la constitution d’indice, et les mécanismes de réflexivité entre prévisions et réalisations, sont d’autres éléments importants dans la dynamique du prix des actions (Soros, 1987 et 2008). La visibilité croissante du changement climatique dans l’opinion publique et la sphère politique ne peut qu’influencer les perceptions du marché boursier. Comme on l’a déjà fait remarquer, le changement climatique se place aussi haut sur l’échelle

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des préoccupations de l’opinion que la Grande Récession. De plus en plus de gens veulent agir de façon responsable sur le climat et sur d’autres questions d’environnement : ils reconnaissent que leur avenir est intimement lié aux agissements de la société et aux leurs. Le marché boursier est loin d’être isolé des valeurs et de l’opinion de ses acteurs. Ainsi, lorsqu’on en vient au changement climatique, valeur ajoutée et valeurs sociétales peuvent pointer toutes les deux dans la même direction vertueuse. Nous pensons être aux premiers stades d’une altération très réelle de la manière dont les investisseurs perçoivent la dynamique risque/rendement, provoquée par le changement climatique. D’aucuns ne sont pas d’accord avec nous. Ils demandent en quoi il ne s’agirait pas là d’un nouveau cas de bulle soudaine, qui au final éclaterait tout aussi soudainement. Nous concédons qu’il y a parfois des périodes d’exubérance, qu’il y en a eu, et qu’il y en aura encore. Mais nous objectons que ce soit le cas ici, en raison de l’échelle, de la pérennité, de la réalité et de la visibilité de la question climatique, comme nous en avons fait part plus haut. L’investisseur prudent devra donc faire fructifier son capital en s’arc boutant sur : – une solide compréhension du changement climatique et des réactions de la société à ce dernier, – une forte capacité d’analyse des secteurs et des entreprises, et – une expertise de gestion active de premier plan, pour l’évaluation des titres, ainsi que l’achat et la vente aux moments opportuns. La prime climat En général, et pour toutes les raisons citées ci dessus, nous nous attendons à ce qu’une prime climat, sur le PER, (Joly 1990 et 1992) voie le jour, pour des entreprises qui satisferont à nos critères de sélection classiques et climatiques, même si elles ne sont pas uniquement focalisées sur le problème climatique. Les valorisations relatives de ces entreprises n’offrent jusque-là aucune preuve de l’existence d’une prime climat qui les distinguerait de leurs concurrents sectoriels et nationaux ; c’est ce que nous entendons quand nous disons que le changement climatique

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n’est généralement pas intégré dans le prix des actions. Cela laisse beaucoup de place à l’appréciation du prix des actions dans un univers d’investissement sélectionné, ce qui est par conséquent une bonne nouvelle pour les investisseurs, selon une approche intégrative.

Conclusion Nous avons pu voir que le changement climatique remplissait les six conditions critiques à satisfaire pour une thématique majeure d’investissement pérenne : – L’échelle : il s’agit d’un phénomène mondial, qui suscite des opportunités mondiales d’investissement – La pérennité : il va nous accompagner (malheureusement) pendant de nombreuses générations – Une portée large : il affecte pratiquement tous les secteurs de l’économie, ce qui fournit un large potentiel de diversification – Le besoin réel : il crée un besoin réel de réduction des émissions, d’adaptation aux impacts et d’une meilleure gestion des ressources naturelles – La visibilité : il commence à occuper une des premières places dans la conscience publique et la sphère politique – Le timing : on ne peut ni le remettre au lendemain ni faire semblant de ne pas le voir ; ses impacts se font déjà sentir déjà sur des secteurs économiques, et les opportunités d’investissement commencent tout juste à être reconnues ou à prendre forme. Le Chapitre 1 présentait la nature du défi. Le Chapitre 2, une méthode et son raisonnement sous-jacent. Le Chapitre 3 relève le défi de mettre cette méthode en pratique.

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3 Intégrer le changement climatique dans la stratégie d’investissement : l’approche de Natixis Asset Management En réponse à la nature du problème telle que nous l’avons décrite au Chapitre 1 : Pourquoi le changement climatique comme thématique d’investissement ? et suivant le raisonnement et la méthode décrits au Chapitre 2 : Comment intégrer le changement climatique dans les portefeuilles d’investissement ? Natixis Asset Management a développé une approche spécifique pour mettre en œuvre le changement climatique dans la stratégie d’investissement. Ce chapitre décrit les objectifs, les caractéristiques, et les processus d’investissement de l’approche NAM. Il fournit également d’éclairants exemples de l’application de l’analyse thématique du climat à quelques secteurs, afin de montrer l’enchaînement déductif, de l’analyse climatique à l’analyse sectorielle et à la sélection de titres. Pour des raisons commerciales et de confidentialité, les procédures d’investissement ne sont pas dévoilées dans leur intégralité, mais le contenu présenté donne un aperçu des fonctionnements internes à cette approche.

Objectifs Le principal but de l’approche est de réaliser une performance d’investissement compétitive sur le long terme, en intégrant de manière responsable les impacts du changement climatique sur l’économie et les entreprises, en se situant dans le contexte des divers facteurs et tendances qui affectent la valorisation des entreprises.

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En menant cet objectif à bien, Natixis Asset Management pense accomplir son rôle fiduciaire 11 de protection et d’augmentation du capital de ses bénéficiaires sur le long terme d’une façon qui aide à relever l’un des défis les plus importants auquel seront confrontés la société et la communauté des investisseurs dans la première partie du XXIe siècle.

Inclusion et intégration Inclusion extensive des secteurs et des sous-secteurs Le premier facteur de différenciation de l’approche de Natixis Asset Management du changement climatique est son caractère 11. Au cours de l’élaboration des Principes pour l’Investissement Responsable de l’ONU (UN PRI – voir Appendice 1), au sein d’un groupe diversifié d’investisseurs institutionnels des É.-U. et d’Europe, deux points de vue contrastés sur le concept de devoir fiduciaire ont été mis en relief. Il y a d’un côté les adhérents d’une interprétation étroite, laquelle considère que le devoir fiduciaire exige et permet l’inclusion des questions sociales, environnementales et gouvernementales (SEG) si et seulement si elles donnent « matière » à la performance du prix des actions, ce qui signifie en pratique que c’est à condition qu’elles impactent les fluctuations de prix des actions à court terme. Les adhérents à cette vue pensent en général que l’unique objectif d’un gestionnaire de fonds est la maximisation du profit. De l’autre côté se situent les adhérents à une vue plus large, laquelle stipule qu’on ne peut pas séparer l’intérêt financier des commettants de leurs intérêts environnementaux, sociaux et éthiques les plus profonds, ni surenchérir sur eux ; qu’il n’y a pas forcément de conflit entre des retours de long terme positifs ou compétitifs et des contraintes éthiques sur l’investissement. Ces derniers reconnaissent une dimension à plus long terme de matérialité, et sont conscients de ce que le processus au terme duquel les questions environnementales, sociales et gouvernementales se matérialisent signifie : que ce qui n’est pas forcément matériel aujourd’hui peut très bien le devenir fortement demain (en témoigne l’histoire de la matérialité du problème de l’amiante, du tabac, des terrains contaminés, et celle, en cours de réalisation, des émissions de carbone et des impacts du changement climatique.) Pour une discussion de pointe, voir PNUE FI et Freshfields : « The Legal Framework for the intégration of ESG in institutional investment » (2005), étude juridique révolutionnaire réalisée par Freshfield sur une commande pour l’UNEP FI. www.unepfi.org/publications/investment. Pour une étude extensive du devoir fiduciaire voir Joly, C., « Exigences et requis éthiques en gestion d’investissement », Business Ethics : A European Review, 1997, Vol. 2 n° 4. Natixis Asset Management est signataire des Principes de l’Investissement Responsables de l’ONU.

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extensif : elle inclut un spectre bien plus large de secteurs et de sous-secteurs que la plupart des gestionnaires d’actifs concernés par cette thématique 12. Comme nous l’avons démontré aux Chapitres 1 et 2, le changement climatique ne va pas seulement impacter des secteurs tels que l’énergie, la gestion de l’eau ou le traitement des déchets. Les implications sur l’investissement se prolongent bien audelà, sur d’autres domaines de l’économie, comme le bâtiment, les matériaux de construction, l’agriculture, les assurances et l’immobilier. C’est pourquoi Natixis Asset Management a établi une approche extensive qui inclut les sous secteurs qui ne sont pas généralement considérés comme liés au climat, mais qui devraient l’être. Deux raisons principales nous guident : – d’abord, faire face à l’ensemble des impacts du changement climatique, et pas seulement la partie visible de l’iceberg ; – ensuite, diversifier les opportunités sectorielles, afin d’éviter la formation de bulles, qui résultent souvent d’approches monothématiques. Les gestionnaires de portefeuille de Natixis Asset Management ont ainsi identifié 39 sous secteurs couvrant l’ensemble des trois thématiques macro : la réduction, l’adaptation, et la meilleure gestion des ressources naturelles. Chacun d’entre eux comporte trois ou quatre sous thèmes, comme le souligne le diagramme suivant.

12. Source : FERI – Analyse de Concurrent Européenne à compter du 31 décembre 2008, qui compare entre elles les sociétés d’investissement à capital variable grâce à un thématique environnemental (fonds environnementaux/écologiques, changement climatique, eau, énergies alternatives).

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86 – DU CHANGEMENT CLIMATIQUE À LA STRATÉGIE D’INVESTISSEMENT FIGURE 12

Les sous-thèmes d’Impact Funds – Climate Change

1. Réduction des émissions de gaz à effet de serre Substitution énergétique (énergies moins polluantes, énergies alternatives)

Transports propres

Modernisation des centrales électriques

Efficience énergétique des bâtiments

2. Adaptation aux conséquences inévitables du changement climatique

Couverture contre les catastrophes naturelles Adaptation des infrastructres Evolution du comportement des consommateurs

3. Meilleure gestion des ressources naturelles

Gestion de l’eau

Gestion des sols

Contrôle de la pollution

Source : Natixis Asset Management.

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L’Équipe de gestion actions examine les déterminants suivants, quant à la sélection des secteurs et des sous secteurs 13 : – l’intensité et la probabilité des impacts climatiques/impacts économiques et financiers ; – les réglementations liées au carbone, existantes et prévisibles ; – les politiques et budgétaires concrètes/les plans de relance gouvernementaux. Pour la sélection des sociétés au sein des 39 sous secteurs, l’équipe de gestion actions applique les critères suivants : – la pertinence pour la réduction ; – la pertinence pour l’adaptation ; – la pertinence pour une meilleure gestion des ressources naturelles ; – les capacités d’investissement. Comment les secteurs, les sous secteurs et les sociétés sont-ils identifiés au sein de chaque thématique ? En voici l’exemple, illustré par la sous-thématique de la gestion des sols. La déforestation et l’agriculture/élevage représentent respectivement 18,2 % et 14,9 % des émissions de gaz à effet de serre (WRI, 2005). L’agriculture est responsable de l’émission de trois gaz à effet de serre : le dioxyde de carbone (CO2), le méthane (CH4), et le protoxyde d’azote (N2O). Ces émissions peuvent être réduites par de meilleures pratiques de gestion, avec une amélioration de la productivité et l’utilisation de technologies (irrigation, équipements innovants, transport, etc.). Certains producteurs d’engrais prennent position dans ce domaine en faveur de pratiques durables de gestion du sol. Ces produits visent à maximiser les rendements de l’agriculture et de l’élevage tout 13. Note : Quand nous parlons de secteurs nous faisons référence au Standard de Classification Industrielle Mondiale [Global Industrial Classification Standard (GICS)] de MSCI Barra et nous faisons notamment référence aux catégories dénommées « sous secteurs ». Bien que notre couverture initiale des sous secteurs soit bien plus exhaustive que la plupart, voire de tous les autres fonds changement climatique, nous prévoyons qu’avec le temps, le domaine du changement climatique de Natixis Asset Management pourrait ajouter des sous secteurs au fur et à mesure que notre recherche dévoile de nouvelles informations, et ce à la lumière des développements de nouvelles activités.

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en atténuant leur impact sur l’environnement, notamment la compagnie norvégienne YARA, qui produit des engrais minéraux présentant un dosage optimal de nitrate afin d’éviter les émissions d’ammoniaque. Cette compagnie pourrait figurer dans le champ thématique potentiel d’investissement de Natixis Asset Management. Les ressources forestières pourraient aussi être reconnues comme source de crédit de carbone par des accords post-Kyoto. Ainsi, les gestionnaires de portefeuille de Natixis Asset Management sont à la recherche de compagnies qui gèrent leur patrimoine forestier de façon durable (techniques d’exploitation forestières prudentes, nouvelles plantations, préservation des arbres les plus vieux, etc.). DURATEX, manufacturier de bois brésilien qui possède 110 000 ha de plantations d’eucalyptus, pourrait également représenter à l’avenir une source de crédit de carbone.

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Exemples*: CISCO System– Télécommunications SHIMANO, Vélos

Réduire les déplacements gourmands en carbone en proposant des alternatives

Rechercher les technologies permettant de satisfaire un besoin tout en limitant les émissions de CO2

C.a.d. : Evolution du comportement des ménages et des entreprises

2. Adaptation aux conséquences inévitables du changement climatique

Exemple : YARA, producteur de fertilisants nitrogénés

Concilier la lutte contre l’épuisement des sols et le maintien des rendements agricoles

Gestion du sol

3. Meilleure gestion des ressources naturelles

14. Ces exemples sont communiqués à des fins illustratives. Ils correspondent à des sociétés qui seraient éligibles sur une base thématique pour rentrer dans le domaine d’investissement potentiel de Natixis Asset Management au 15 septembre 2009, mais qui ne seraient pas nécessairement retenues pour des portefeuilles réels.

Source : Natixis Asset Management, exemples au 15 septembre 2009

Exemples*: IBERDOLA, Electricité (Parcs éoliens), BG Group, Gaz Naturel

Recherche de producteurs d’énergies solaires ou éoliennes, de gaz naturel, de fabricants de matériaux de éco-efficients

Privilégier les énergies non-productrices de CO_ 2, les ressources naturelles plus propres, les matériaux de construction eco-efficients, les solutions énergétique efficientes

C.a.d. : efficience énergétique (bâtiment, transport), énergies de substitution (énergies moins polluantes, énergies alternatives)

1. Mitigation : réduction des gaz à effet de serre

De l’analyse thématique à l’identification des secteurs et des entreprises : plusieurs exemples

FIGURE 13 14

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FIGURE 14

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Source : Natixis Asset Management.

> Efficience des bâtiments Saint-Gobain-Matériaux de construction-France Zumbotel-Equipements électriques-Autriche > Transports éco-efficients Bombardier-Tram.transports en commun-Canada SAFT- Equipements électriques (batteries)-France China Shipping Dev.-Transports maritimes-Chine > Modernisation des centrales énergétiques ABB-Biens d’équipement-Suisse Andritz-Biens d’équipements-Autriche

Efficience énergétique

> Gestion, accès et traitement de l’eau Veolia Environnement-Services aux collectivités-France Nalco Water-Chimie-US > Gestion du sol Yara, Fertilisants nitrogénés-Norvège Stora Enso-Exploitation forestière-Finlande > Contrôle de la pollution Séché Environnement-Traitement et stockage des déchets-France Hera-Traitement et recyclage des déchets-Italie

MEILLEURE GESTION DES RESSOURCES NATURELLES

> Transformation des comportements de consommation Cisco-Technologies de communications-EU Amazon-Commerce en ligne-EU

> Adaptation des infrastructures Posco-Matériaux de base-Corée du Sud Bouygues-Construction et ingénierie-France

> Assurance et management des risques liés au changement climatique Munich Re-Réassurances-Allemagne

Substitution énergétique

> Energies peu polluantes BG Group-Gaz naturel-RU Iberdrola-Electricité (Parc éoliens)-Espagne > Energies alternatives Suntech power-Equipements solaires-Chine EDF-Electricité-France

ADAPTATION

MITIGATION

Exemples éclairants d’actions par thème, en date du 15 septembre 2009

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À titre indicatif, le diagramme suivant montre quelques exemples d’actions dans l’univers d’investissement, classées par sous-thématique climatique et indiquant le sous secteur correspondant :

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Une couverture géographique mondiale, une visibilité émergente sur le marché Comme nous l’avons mentionné précédemment, le changement climatique est un enjeu mondial qui impacte l’économie de régions entières. La géographie est de plus en plus reconnue comme facteur des allocations d’investissement à long terme. C’est pourquoi Natixis Asset Management a choisi une approche globale des marchés actions plutôt qu’une approche circonscrite à l’Europe ou à une seule zone régionale. Le processus d’investissement inclut les entreprises de plus de 35 pays développés et en développement. Jusqu’à 25 % sont investis dans les marchés émergents, ce qui garantit une exposition dans des pays qui vont gagner en importance en termes économiques et climatiques. Une exposition flexible aux marchés émergents est le second facteur de différentiation de l’approche au changement climatique de Natixis Asset Management.

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FIGURE 15

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Sources : Natixis Asset Management Les pays en couleur sont inclus dans l’univers d’investissement.

Un univers actions Monde incluant les marchés émergents

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En bref, l’approche de Natixis Asset Management conduit à une intégration plus large des secteurs et des secteurs de sous secteurs que dans bien d’autres fonds climat, ainsi qu’une couverture géographique mondiale plus vaste, qui inclut les marchés émergents.

Une gestion actions active, associée à une approche scientifique La gestion active Le présupposé crucial à la gestion active est que les inefficaciences et les pricings inadéquats se produisent en permanence sur les marchés d’actions. Des achats et ventes appropriés peuvent générer de la surperformance. Ceci est en contradiction avec les approches d’investissement passif, qui cherchent à dupliquer un indice. Comme nous l’avons vu au chapitre 2, nous pensons que l’investissement basé sur les indices reflète le passé et ne peut pas saisir le type de développement futur, sous jacent lorsqu’il s’agit de l’intégration dans un portefeuille d’actions des impacts du changement climatique. La sélection de titres et l’allocation par pays et par secteur produisent la surperformance. Les gestionnaires de portefeuille de Natixis Asset Management sélectionnent les valeurs sur la base d’une analyse fondamentale des entreprises, tenant compte des impacts climatiques et de leur point de vue sur l’attractivité d’une action à son cours actuel, par rapport à son potentiel, négatif ou positif, tous facteurs considérés. Le noyau dur de l’équipe de gestion actions de Natixis Asset Management sont les Gérants/Analystes de Portefeuille (GAP) [Portfolio Manager/Analyst (PMA)]. Le GAP est responsable des décisions prises pour un portefeuille donné ; toutefois, en tant que spécialiste d’un secteur, d’une activité, ou d’un segment de marché particuliers, il ou elle a également la responsabilité de faire des recherches dans ce même domaine et de les mettre en commun avec le reste de l’équipe. Natixis Asset Management

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compte 35 GAP qui travaillent selon ce modèle dual. Ils ont en moyenne 10 ans d’expérience d’investissement en actions ; les seniors ont jusqu’à 25 ans d’expérience dans un secteur spécifique. Les GAP produisent des recommandations et des résultats de recherche pour l’ensemble de l’équipe ; ils s’appuient sur un contact direct avec la direction de l’entreprise, la recherche spécialisée sell-side, et des outils de valorisation et de sélection indépendants. Notre expérience a validé les avantages significatifs de ce type d’organisation : elle pousse à réaliser une meilleure analyse, plus réaliste et aisée à mettre en pratique ; elle permet également de faire une utilisation plus efficace de l’analyse dans la construction effective des portefeuilles ; c’est une façon très efficace de générer ou de mettre à l’épreuve des idées d’investissement ; enfin, ce qui n’est pas négligeable, cela permet de créer un esprit d’équipe et de bonne camaraderie au sein d’un groupe d’individus solides et pleins de talent. La gestion active requiert quatre aptitudes distinctes : 1. Être capable de se doter de convictions solides sur des entreprises et à tenir ses positions ; 2. Être capable de moduler le niveau de risque, en ajustant les niveaux d’exposition entre les secteurs et les pays ; 3. Avoir la discipline de prendre ses profits ou reconnaître une erreur en sortant d’une position. En somme, cela implique d’être en phase avec les conditions changeantes du marché et d’être capable de s’y adapter ; 4. Le timing est un aspect important du travail : d’un côté, avoir la patience d’attendre les corrections de prix ; de l’autre, se tenir prêt à agir vite si nécessaire. Les gestionnaires de portefeuille n’investiront pas ou ne maintiendront pas leurs positions dans une compagnie surévaluée simplement parce qu’elle souscrit aux thématiques climatiques de Natixis Asset Management. Les sociétés du portefeuille réel doivent satisfaire à trois critères nécessaires : 1. Correspondre à une sous-thématique climatique 2. Être fondamentalement attractives 3. Être attractives du point de vue de la valorisation boursière.

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L’équipe de gestion des actions maintient une distinction nette entre le fait d’échanger des idées et les transactions de titres. Les idées sont mises en commun et mises à l’épreuve au sein de l’équipe, tout en restant dans les limites et objectifs de chaque stratégie de portefeuille ; chacune des équipes est uniquement responsable des décisions d’achat, vente ou garde dans le cadre de son portefeuille respectif. Premièrement, cela garantit des décisions opportunes. Deuxièmement, l’accent mis sur la responsabilité individuelle optimise l’engagement, le professionnalisme, et la performance – et par voie de conséquence les compétences collectives en sont également améliorées. L’équipe de gestion actions de Natixis Asset Management gère avec succès des portefeuilles thématiques de façon active 15 depuis plusieurs années. Un facteur crucial de son succès a été sa capacité à réussir à s’adapter aux conditions du marché. En ce qui concerne le changement climatique, ses larges ressources fournissent une capacité d’analyse sectorielle à la fois large et approfondie. Le fait que Natixis Asset Management soit un gestionnaire d’actifs majeur lui donne accès immédiat au senior management des entreprises ainsi qu’aux meilleures recherches sell-side. Par ailleurs, l’apport du Comité Scientifique Consultatif (voir plus bas) signifie que l’équipe de gestion actions est au fait de toutes les dernières recherches sur le climat, l’économie climatique, et les perspectives réglementaires. Ceci est au service de l’objectif de Natixis Asset Management, qui est de faire fructifier prudemment les capitaux de ses clients à travers le temps et de les aider à remplir leurs objectifs financiers.

Approche scientifique Bien que les effets du changement climatique commencent à être visibles, nous sommes encore dans l’incertitude lorsqu’il s’agit de déterminer exactement ce qui va se passer et quand, dans une région particulière du globe. Dans les années qui viennent, les avancées de la climatologie et les données empiriques des effets 15. « Foncier Investissement » a été géré par Natixis Asset Management depuis 1972 ; « Fructifond International Or » depuis 1980 ; « AAA Actions Agro Alimentaire » depuis 1985 ; « Natixis Impact Life Quality » depuis 2007.

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des changements climatiques réels sur l’économie, permettront de fournir des prévisions plus fiables sur la nature, l’étendue, et le timing des impacts par pays et par région. Les économistes seront plus aptes à estimer les implications économiques, et les gestionnaires d’investissement bénéficieront d’une meilleure base de décision. Consciente qu’aucun gestionnaire d’actifs ne possède en interne l’expertise de haut niveau couvrant l’étendue des problèmes environnementaux, Natixis Asset Management a établi un Comité Scientifique Consultatif composé de chercheurs de pointe du changement climatique et de son économie. En constituant ce Comité, Natixis Asset Management a cherché à allier excellence scientifique et expérience économique sur les questions environnementales, avec pour ambition de maintenir son expertise de pointe dans le temps. Cette combinaison de talent et d’expérience suscitera des discussions stimulantes, et fournira des idées innovantes et des aperçus nouveaux sur la pratique d’investissement de Natixis Asset Management. Le Comité a des rôles multiples : – Tout d’abord, il informe Natixis Asset Management des plus récents développement des recherches sur le changement climatique et ses impacts socio-économiques. – Le Comité valide ou fournit une critique constructive de l’analyse des thématiques d’investissement des impacts du changement climatique sur les différents secteurs d’activité, telle que la pratique Natixis Asset Management. – Il soumet à son attention les questions environnementales et sociales qui ne sont pas considérées ou prises en compte de manière suffisamment adéquate. – Les membres révisent les valeurs sélectionnées afin de vérifier si certaines d’entre elles ne dérogeraient pas aux trois thématiques et sous thématiques spécifiques établies par NAM. – Grâce à des séminaires, des publications, et des points de presse, le Comité soutiendra les efforts réalisés par Natixis Asset Management pour favoriser la prise de conscience et une meilleure connaissance du changement climatique et de ses conséquences au sein de la communauté des investisseurs et dans le public.

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– Il convient de noter que le Comité Scientifique Consultatif n’a pas la responsabilité des décisions d’investissement, qui demeure du seul ressort de l’équipe de gestion de Natixis Asset Management. Le diagramme suivant indique la composition du Comité Scientifique de Natixis Asset Management. (Les biographies de ses membres se trouvent appendice III.) FIGURE 16

Comité scientifique de Natixis Asset Management

Source : Natixis Asset Management.

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Processus d’investissement Le processus d’investissement de Natixis Asset Management fait converger les approches top-down et bottom-up. Le processus top-down opère une sélection sur les milliers de sociétés cotées dans le monde, et les multiples sous secteurs définis par le GICS, au regard des sous thématiques liées au changement climatique définies par Natixis Asset Management. L’objectif vise à se concentrer sur les secteurs considérés comme les plus significativement affectés par le changement climatique, sur le long et moyen terme. La première étape mène à l’identification d’un univers d’investissement potentiel, soient de 300 à 500 sociétés parmi 39 secteurs d’activité dans plus de 35 pays développés et en développement, notamment le Brésil, la Russie, l’Inde, la Chine, et un certain nombre d’autres marchés émergents. Une fois que cet univers d’investissement potentiel est ramené aux seules sociétés qui interviennent positivement sur une ou plusieurs de nos sous-thématiques climatiques, la deuxième étape vise à sélectionner les sociétés les plus attractives financièrement. Ce processus bottom-up se compose d’analyses menées en collaboration avec les spécialistes sectoriels afin d’identifier les valeurs à privilégier, tenant compte des critères financiers et réglementaires, de la qualité du management et des critères climatiques. Cette procédure garantit que les valeurs ne seront sélectionnées que si et seulement si elles interviennent positivement sur les sous-thématiques climatiques, tout en remplissant les conditions d’attractivité financière définies par les gestionnaires de portefeuille. Pour cette raison, l’équipe de gestion actions cherche à rencontrer le senior management de toutes les sociétés du portefeuille pour une revue en profondeur de leurs stratégies d’affaires, et en particulier de leurs articulations avec la problématique du changement climatique. Un filtre est également appliqué aux sociétés pré-selectionnées pour s’assurer qu’aucune n’enfreigne les critères fondamentaux de l’investissement responsable.

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FIGURE 17

Overview of Natixis Asset Management’s investment process

Les sociétés retenues arrivent à la dernière étape de la sélection, soit 80 titres environ. Cette liste, établie grâce à de fortes convictions, constitue la base d’un portefeuille resserré.

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En ce qui concerne les risques de marché, l’approche de Natixis Asset Management poursuit une stratégie non benchmarkée qui repose sur une sélection de titres à forte conviction, elle-même fondée sur des inputs thématiques et financiers. Cependant, on peut aussi utiliser un indice global comme le MSCI World pour établir des comparaisons de performance. En outre, la large diversification sectorielle et géographique de cette approche présente l’avantage d’une volatilité moindre, par opposition à des fonds monothématiques. Comme nous l’avons déjà observé, il s’agit là d’un élément de différenciation par rapport à la plupart des fonds changement climatique déjà existants.

En conclusion L’approche du changement climatique de Natixis Asset Management recherche la performance : – Gestion active à Alpha élevé, avec comme objectif une performance d’investissement élevée sur le long terme, grâce à une philosophie d’investissement sans contraintes liées à une gestion benchmarkée, et grâce à une étude approfondie des tendances fondamentales susceptibles d’avoir un impact sur le long terme. – Input scientifique permettant de rester au fait des avancées les plus récentes en climatologie, ainsi que leurs implications économiques, sociales, politiques et réglementaires. – Un univers plus vaste et plus inclusif que celui des autres fonds climat, grâce à la large prise en compte par Natixis Asset Management des impacts climatiques, à travers les divers secteurs économiques affectés, et les marchés émergents. – Une volatilité moindre comparée à la définition réductrice des technologies vertes ou des fonds d’énergies alternatives. – Une exposition souple aux marchés émergents due à son positionnement positif en faveur d’investissements au Brésil, en Russie, en Chine, et dans quelques autres marchés émergents sélectionnés.

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L’approche du changement climatique de Natixis Asset Management constitue le prolongement de son expérience en termes d’application de l’analyse thématique des opportunités d’investissement dans d’autres fonds à gestion active. Ces fonds thématiques ont réalisé un profil de risque/rendement efficace sur le long terme. L’approche du changement climatique de Natixis Asset Management présente des avantages d’investissement : mais il est également légitime de se demander en quoi elle peut être perçue comme un Investissement Responsable. À cet égard, savoir si l’on peut attendre de cette approche un impact positif sur l’environnement constitue un test décisif.

Responsabilité L’approche du changement climatique de Natixis Asset Management a-t-elle un impact positif sur l’environnement ? En quoi constitue-t-elle un Investissement Responsable ? Les ONG et de nombreux investisseurs ont en tête la question suivante : le fait d’investir dans un fond environnemental peut-il avoir un impact positif sur l’environnement, indépendamment du fait que la stratégie d’investissement est censée garantir une performance d’investissement compétitive ? Cette source de préoccupation est très pertinente, car les investisseurs sont motivés par l’espoir qu’un fond environnement ne profite pas seulement à leur patrimoine, mais aussi à l’environnement. Comment l’investissement selon l’approche de Natixis Asset Management peut-il donc servir à des fins positives sur l’environnement ? Premièrement, d’un point de vue strictement financier, l’accroissement progressif des fonds climat pourrait contribuer à réduire le coût du capital pour les sociétés qui participent à la réduction des émissions de CO2 et qui développent des solutions alternatives. Cela se produit quand la demande en actions de ces sociétés et le prix de ces actions augmentent. Un important

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effet de répercussion conduit, par émulation, d’autres sociétés, voyant les conséquences bénéfiques sur les valorisation, à passer progressivement à l’action sur le changement climatique. Natixis Asset Management espère que son approche du changement climatique et ses autres approches d’investissement dans développement durable gagneront en attractivité, afin que cet effet puisse se sentir. Deuxièmement, les investisseurs ont parfois le pouvoir d’influencer le comportement des entreprises, selon des moyens dont les ONG et les gouvernements sont dépourvus. Lors des échanges avec le management des sociétés, les gestionnaires d’actifs/de portefeuilles peuvent par exemple souligner l’importance cruciale que peuvent avoir des actions concrètes liées au changement climatique pour la réussite et l’attractivité financière de leur entreprise. Nous pensons que cela possède un certain effet. Ainsi, du point de vue de la responsabilité sociale, les équipes de gestion actions de Natixis Asset Management chercheront à établir un dialogue actif avec les entreprises sur la question de leurs stratégies de réduction d’émissions de carbone et d’adaptation : elles exprimeront clairement l’intérêt que porte l’équipe au fait que ladite entreprise accomplisse, pour elle-même et ses produits, de fortes réductions d’émissions absolues de CO2. L’éco-efficience (ou le meilleur rapport entre la production de biens et de services, et les émissions) est une première étape nécessaire, mais l’objectif véritable est de limiter les émissions absolues. En ce sens, l’approche de Natixis Asset Management reflète les objectifs définis par la législation juridiquement contraignante du Royaume Uni 16, standard le plus strict établi par un pays à ce jour. En outre, le processus d’investissement de Natixis Asset Management inclut un filtre appliqué aux sociétés présélectionnées afin de s’assurer qu’aucune de celles retenues dans la liste finale n’enfreigne les règles fondamentales de l’investissement responsable. Il s’agit d’une appréciation qualitative appliquée aux sociétés sélectionnées au cours d’un processus d’analyse thématique climatique et d’investissement, à partir d’évaluation réalisées par des spécialistes internes de l’ISR. 16. Projet de loi sur le Changement climatique du Royaume-Uni de 2009.

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Force d’initiative, Natixis Asset Management participe et contribue aux débats dans l’industrie, avec trois buts spécifiques : • Contribuer à accélérer la prise de conscience du changement climatique et les responsabilités du secteur financier à cet égard ; • En tant que membre de l’UN PRI, d’EUROSIF et autres organisations similaires, elle entend promouvoir, de manière progressive, un ordre du jour législatif favorisant la réduction, l’adaptation au changement climatique et une meilleure gestion des ressources naturelles ; • Encourager les meilleures pratiques dans les filières d’investissement au niveau du changement climatique. Natixis Asset Management est active dans les initiatives industrielles suivantes : le Carbon Disclosure Project, les Principes de L’Investissement Responsable de l’ONU, l’Observatoire de la Responsabilité Sociétale des Entreprises (ORSE), et Eurosif.

La responsabilité fiduciaire de Natixis Asset Management au niveau du changement climatique En général, à l’instar d’un grand nombre de ses clients institutionnels et privés, Natixis Asset Management reconnaît donc qu’elle partage la responsabilité de résoudre les défis provoqués par le changement climatique anthropique. Nous pensons qu’il est de notre devoir en tant qu’entreprise citoyenne de proposer aux investisseurs des solutions d’investissement qui s’alignent sur les réductions d’émissions et qui sont stratégiquement en phase avec le besoin d’adaptation de la société aux conséquences du changement climatique. Ce qui implique de développer et de proposer de nouveaux produits comme l’approche changement climatique, tout comme effectuer des recherches et élaborer des outils qui permettront aux clients de répondre aux risques et aux opportunités posés par le changement climatique. Notre rôle n’est pas de rester passifs. Natixis Asset Management préfère rendre sa recherche sur le changement climatique publique et encourager ses clients à se pencher sur l’impact de leurs propres investissements. Nous cherchons à convaincre nos clients de réorienter

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leurs investissements vers les secteurs de l’économie et les sociétés qui contribuent à faire en sorte que les aspects négatifs du changement climatique ne deviennent pas catastrophiques. Un élément essentiel de la responsabilité fiduciaire de Natixis Asset Management en tant que gestionnaires d’actifs est de protéger les intérêts financiers de ses clients. Nous estimons que notre devoir fiduciaire implique la stimulation et le soutien au développement durable et à une économie saine. Sans fondements économiques sains, aucune stratégie d’investissement ne peut protéger longtemps son capital. Comme nous l’avons démontré au Chapitre 1, la société toute entière court le risque d’un cataclysme économique mondial si nous échouons à protéger la nature d’une rupture climatique. C’est une condition de garantie d’une économie saine, de notre vivant et de celui des générations futures. Natixis Asset Management appartient à un groupe situé dans le top 15 mondial des asset managers, ce qui lui fait prendre cet aspect de sa responsabilité fiduciaire au sérieux, de manière durable. Son approche globale des actions, focalisée sur le changement climatique, est une des façons de mettre cette ambition en pratique, et fournit une approche pragmatique qui réconcilie responsabilité et performance.

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Conclusion générale

L’investisseur prudent cherche à protéger son capital des risques liés au changement climatique et à le faire fructifier selon les opportunités d’activité générées par ce phénomène. Une stratégie d’investissement visant cet objectif minimise le risque d’un effondrement de portefeuille causé par le changement climatique, en se focalisant sur les opportunités offertes par la réduction de l’émission des gaz à effet de serre, l’adaptation aux impacts climatiques, et la meilleure gestion des ressources naturelles. L’investisseur responsable souhaite atteindre ses objectifs financiers tout en reconnaissant que la bonne santé de l’économie exige le respect des limites de la nature et celui des droits humains fondamentaux. L’approche de Natixis Asset Management est destinée à aider à l’atteinte de ces objectifs. Il s’agit d’un investissement responsable, de long terme, fondé sur des convictions, à destination des investisseurs privés et institutionnels qui prennent leur engagement social et fiduciaire au sérieux.

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À propos de Natixis Asset Management Natixis Asset Management est l’expert européen de Natixis Global Asset Management. Basée à Paris, elle se place aux tout premiers rangs des gestionnaires d’actifs européens avec 305 milliards d’euros sous gestion et près de 610 collaborateurs au 31 décembre 2009. Natixis Asset Management propose aux investisseurs institutionnels, entreprises, distributeurs et réseaux bancaires une gamme complète de produits et de solutions d’investissement, toutes classes d’actifs confondues. Pionnière reconnue avec plus de 25 ans d’expérience sur l’ISR, Natixis Asset Management est, de par ses encours, un des leaders de la gestion ISR en France et en Europe. Elle propose dans ce domaine une offre parmi les plus pointues du marché, couvrant toutes les classes d’actifs et les principales approches de l’ISR.

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Références et bibliographie sélective

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Annexes

I. Déclarations du secteur financier sur le changement climatique Principes de l’Investissement Responsable (lancés par les Nations Unies) En tant qu’investisseurs institutionnels, nous avons le devoir d’agir au mieux des intérêts à long terme de nos bénéficiaires. Dans ce rôle fiduciaire, nous estimons que les questions environnementales, sociales et de gouvernance d’entreprise (ESG) peuvent influer sur la performance des portefeuilles d’investissement (à des degrés divers selon les sociétés, les secteurs, les régions, les classes d’actifs et le moment). Nous sommes en outre convaincus que l’application de ces Principes pourra mieux aligner les investisseurs sur les grands objectifs de la société. En conséquence, dans la mesure où cela est compatible avec nos responsabilités fiduciaires, nous prenons les engagements suivants : 1. Nous prendrons en compte les questions ESG dans les processus d’analyse et de décision en matière d’investissements. Actions possibles : – Aborder les questions ESG dans les exposés de politique d’investissement. – Favoriser l’élaboration d’outils, de métriques et d’analyses pour les questions ESG. – Déterminer dans quelle mesure les gestionnaires internes de portefeuilles sont capables de prendre en compte les questions ESG. – Déterminer dans quelle mesure les gestionnaires externes de portefeuilles sont capables de prendre en compte les questions ESG.

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– Demander aux prestataires de services d’investissement (comme les analystes financiers, les consultants, les courtiers, les sociétés de recherche ou les agences de notation financière) de prendre en compte les facteurs ESG dans les recherches et analyses en cours. – Encourager la recherche universitaire et autre sur ce thème. – Préconiser de former les spécialistes des investissements aux questions ESG. 2. Nous serons des actionnaires actifs et prendrons en compte les questions ESG dans nos politiques et pratiques de placement. Actions possibles : – Élaborer et rendre publique une politique de placement active conforme aux Principes. – Exercer les droits de vote ou contrôler le respect de la politique de vote (si les droits de vote sont délégués). – Mettre en place une capacité d’engagement (directement ou par délégation). – Participer à la définition de mesures politiques, de réglementations, et de l’établissement de normes (par exemple pour la promotion et la protection des droits des actionnaires). – Déposer des résolutions d’actionnaires conformes aux considérations ESG à long terme. – S’engager auprès des sociétés sur les questions ESG. – Participer à des initiatives d’engagement concertées. – Demander aux gestionnaires de portefeuilles d’assumer l’engagement sur les questions ESG et d’en rendre compte. 3. Nous demanderons aux entités dans lesquelles nous investissons de publier des informations appropriées sur les questions ESG. Actions possibles : – Demander la publication de rapports standard sur les questions ESG (à l’aide d’outils comme le Projet de rapport mondial). – Demander que les questions ESG soient prises en compte dans les rapports financiers annuels. – Demander aux sociétés de fournir des informations sur l’adoption/ le respect des normes, standards, codes de conduite ou initiatives internationales (telles que le Pacte mondial des Nations Unies) pertinents. – Soutenir les initiatives et les résolutions d’actionnaires en faveur de la publication d’informations sur les questions ESG.

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4. Nous favoriserons l’acceptation et l’application des Principes dans l’industrie des investissements. Actions possibles : – Faire figurer des prescriptions relatives aux Principes dans les invitations à soumissionner. – Adapter les mandats d’investissement, les procédures de surveillance, les indicateurs de performance et les régimes d’incitation en conséquence (par exemple, veiller à ce que les processus de gestion des investissements tiennent compte, s’il y a lieu, des horizons à long terme). – Faire connaître les attentes concernant les questions ESG aux prestataires de services d’investissement. – Revoir les relations avec les prestataires de services qui ne satisfont pas aux attentes concernant les questions ESG. – Favoriser la mise au point d’outils d’analyse comparative concernant la prise en compte des questions ESG. – Favoriser les évolutions de la réglementation ou des politiques qui permettent d’appliquer les Principes. 5. Nous nous efforcerons ensemble d’accroître notre efficacité dans l’application des Principes. Actions possibles : – Apporter un appui/rejoindre des réseaux et des plateformes d’information pour le partage d’outils, la mise en commun de ressources et l’exploitation des rapports des investisseurs comme sources d’enseignements. – Aborder ensemble les nouvelles questions pertinentes qui se posent. – Mettre sur pied ou soutenir des initiatives de collaboration appropriées. 6. Nous rendrons compte individuellement de nos activités et de nos progrès dans l’application des Principes. Actions possibles : – Indiquer comment les questions ESG sont prises en compte dans nos pratiques d’investissement – Indiquer les activités menées en tant qu’actionnaire actif (vote, engagement et/ou concertation) – Indiquer ce qui est demandé aux prestataires de services à propos des Principes – Fournir des informations aux bénéficiaires sur les questions ESG et les Principes – Rendre compte des progrès et/ou des réalisations en rapport avec les Principes selon l’approche « se conformer ou expliquer » (en vertu de

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l’approche « se conformer ou expliquer », les signataires sont tenus d’indiquer comment ils appliquent les Principes ou de fournir une explication lorsqu’ils ne s’y conforment pas.) – S’efforcer de déterminer l’impact des Principes – Utiliser les rapports pour faire progresser la prise de conscience au sein d’un vaste ensemble de parties prenantes Les Principes pour l’investissement responsable ont été établis par un groupe international d’investisseurs institutionnels en raison de l’importance croissante des questions environnementales, sociales et de gouvernance d’entreprise pour les pratiques d’investissement. Ce processus a été institué par le Secrétaire général de l’Organisation des Nations Unies. En signant ces principes, nous nous engageons publiquement, en tant qu’investisseurs, à les adopter et à les appliquer dans la mesure où cela est compatible avec nos responsabilités fiduciaires. Nous nous engageons également à évaluer l’efficacité et à améliorer le contenu des Principes avec le temps. Nous sommes convaincus que cela nous rendra plus à même de satisfaire à nos engagements envers les bénéficiaires et de mieux faire concorder nos activités d’investissement avec les intérêts généraux de la société. Nous encouragerons les autres investisseurs à adopter les Principes.

UNEP Finance Initiative : déclaration sur le changement climatique par l’industrie financière Nous, dirigeants de certaines premières organisations mondiales de services financiers, reconnaissons que : L’activité humaine, incontestablement, est un facteur fondamental du changement climatique, comme l’a confirmé le Quatrième Rapport d’Évaluation du GIEC. À moins de prendre des mesures dès maintenant pour enclencher une transition mondiale vers une économie moins polluante, certains scénarios suggèrent que d’ici 2040, le monde pourrait subir des pertes économiques annuelles allant jusqu’à un milliard de USD dollars, et souffrir très gravement du péril social et environnemental causé par les catastrophes naturelles liées au changement climatique. Le changement climatique pourrait donner lieu à une réduction du PIB mondial équivalente aux impacts économiques des conflits majeurs du XXe siècle, selon les prévisions faites du Stern Review à destination du Premier ministre britannique.

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Les régions et les populations les moins à même de réaliser leur adaptation aux impacts du changement climatique – les pauvres de ce monde – seront les plus violemment frappés par les impacts les plus graves du changement climatique, notamment les catastrophes naturelles, la sécheresse, les mauvaises récoltes et les épidémies. En 2002, le Groupe de Travail de l’Initiative Financière de l’UNEP, composé de certaines des plus grandes institutions financières du monde, a alerté les communautés financières et économiques, les gouvernements et l’ensemble du public à propos d’un certain nombre des principaux risques que le changement climatique fait peser sur l’économie mondiale. Au cours des cinq années qui ont suivi le rapport de référence, Climate Change and the Financial Services Industry : Threats and Opportunities, UNEP FI et ses membres ont pressé les gouvernements de prendre des mesures plus importantes et plus concertées, et fortement préconisé des solutions de marché effectives pour appréhender le problème. Plus récemment, la perception du changement climatique a subi un bouleversement : on la considère largement comme la pire défaillance des marchés jamais connue. La raison en est partiellement que de nombreux effets du changement climatique commencent à se manifester, et que les menaces posées par un réchauffement continu affecteront négativement, (et potentiellement même interrompront), le fonctionnement des marchés, des sociétés, des écosystèmes et des cultures. Beaucoup de leaders mondiaux, hommes politiques et du monde des affaires, sont déjà passés à l’action et proposent des solutions. Ces efforts ne représentent toutefois qu’un modeste premier pas, en raison de l’échelle du problème du changement climatique. Toutes les nations, les gouvernements, les activités et les secteurs économiques doivent être mis à contribution pour appréhender un problème que l’on peut considérer comme l’une des menaces les plus sérieuses à l’humanité et le bien-être futur de la planète. L’efficacité de notre action sera considérablement renforcée par un cadre politique et économique créé par le gouvernement. Dans ce contexte, nous reconnaissons que le secteur des services financiers a un rôle important à jouer pour affronter cette crise. Nous nous engageons : À faire avancer notre connaissance et compréhension à la fois des risques et des opportunités du changement climatique. À quantifier ces risques et opportunités et les intégrer à nos opérations financières fondamentales. Cela implique de travailler avec nos clients et nos investissements, par le biais de l’engagement et du développement de produits pour réduire leurs émissions de carbone. De même, à aider nos clients à gérer les risques et les opportunités des impacts climatiques, en évaluant leur exposition à ces premiers, en

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fournissant des produits et des services leur permettant d’améliorer leur capacité d’adaptation. À réduire nos propre impact direct et notre propre empreinte carbone, à établir des rapports et des bilans annuels de façon transparente sur la question. À intégrer la question du changement climatique dans le processus de prise de décisions en matière d’investissement pour stimuler et protéger la croissance des actifs des entreprises et des secteurs dans lesquels nous investissons. Cela inclut la mise en place d’une coopération pour encourager et harmoniser la publication des éléments liés au changement du climat dans les rapports financiers réguliers, ainsi que la mesure la plus exacte possible des impacts du changement climatique sur la performance des entreprises. [C’est nous qui soulignons.] En dépit de la nature pressante des défis que pose le changement climatique, nous sommes convaincus qu’il est encore temps d’agir, que les chefs de gouvernement et les décideurs doivent intervenir sur le champ pour concevoir le cadre des politiques et le cadre du marché qui faciliteront ce processus. Nous appelons, nous pressons les chefs de gouvernement : À établir des objectifs clairs et obligatoires de réductions d’émissions à long et moyen terme pour les pays industrialisés, en se basant sur le cadre préexistant, notamment les propositions présentées par le Royaume Uni et l’UE d’objectifs obligatoires de réductions d’émissions dans les pays industrialisés de 20-30 % d’ici 2020 et de 60-80 % d’ici 2050. À établir des objectifs d’émission ambitieux qui devront absolument être adoptés d’ici 2009 en tant que composante du régime post-2012, afin de donner confiance dans ce processus et de garantir une continuité dans le temps au marché du carbone. À élargir l’usage des outils de marché, notamment ceux des quotas d’émissions et ceux qui ont été établis par le Mécanisme de Développement Propre et la Mise en Œuvre Conjointe (MDP/MOC) du Protocole de Kyoto, afin de créer un prix du carbone et d’aider le mouvement vers l’investissement à faible intensité carbone. Dans le cadre des nouveaux accords internationaux post-2012, à simplifier et rationaliser le processus MDP/MOC d’ici 2009, de sorte que ces instruments puissent jouer à plein leur rôle dans la réalisation d’objectifs environnementaux et de développement durable. À adopter des objectifs et des incitations ambitieux pour la production d’énergies renouvelables, comme l’objectif proposé par l’UE de faire passer la part des énergies renouvelables dans l’offre européenne à 20 % d’ici 2020.

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À prendre des mesures encourageant les pays en développement à adopter une voie respectueuse du climat dans leur développement économique. À mettre en œuvre des programmes d’efficience énergétique et des initiatives de Recherche et Développement qui incluent des partenariats publics/privés et qui soutiennent le développement des technologies à faibles émissions carbone. Nous appelons dans le même temps à une approche systématique de l’adaptation qui intègre le changement climatique dans les programmes nouveaux et existants visant à la réduction et la gestion des catastrophes, et pour le développement durable.

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II. Plans de relance gouvernementaux : le changement politique en faveur de l’infrastructure verte Les principaux pays à économie de marché et les pays en développement mettent aujourd’hui en place des programmes gouvernementaux afin relancer leur économies et les faire sortir de la récession actuelle, l’objectif étant d’éviter une dépression comme celle des années 30, ou bien une décennie de déflation comme la subit le Japon après l’éclatement de sa bulle financière. Le plan européen est de l’ordre de 200 milliards d’euros, celui de la Chine de près de 600 milliards de dollars, celui des É.-U. de près de 800 milliards. L’investissement dans l’infrastructure est un point commun à ces plans : investissement dans les chemins de fer, les routes, les ponts, les réseaux de distribution d’électricité, les hôpitaux, et les écoles. Il en va de même pour l’éducation. La plupart des programmes proposés ont une composante verte : l’amélioration de l’efficacité énergétique, le stockage de l’énergie, et la réduction des gaz à effet de serre. Les textes qui suivent sont extraits de sources variées, pour donner un aperçu représentatif des plans, des programmes, et des commentaires des initiatives menées par les gouvernements. Selon nous, ces initiatives se traduisent par des opportunités d’activité pour les secteurs et les sociétés de notre univers d’investissement.

1. Le plan de relance américain Le plan complet et détaillé Obama-Biden New Energy for America devra : •Fournir aux foyers américains la possibilité de faire face à la flambée des prix à la pompe. •Faciliter la création de 5 millions d’emplois grâce à un investissement stratégique de 150 USD milliards sur les dix prochaines années qui agira comme un catalyseur des efforts privés en vue d’un avenir énergétique propre. •Économiser, dans un délai de 10 ans, davantage de pétrole que le pays n’en importe actuellement du Moyen-Orient et du Venezuela réunis. •Mettre sur les routes d’ici à 2015 un million de véhicules « plug in » hybrides, pouvant parcourir jusqu’à 150 miles avec un gallon (soit 63 km/l), tout en s’assurant qu’ils soient construits sur le territoire américain.

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•Garantir que 10 % de la production électrique proviennent de sources renouvelables d’ici 2012, et 25 % en 2025. •Mettre en place, pour toute l’économie, un programme de limitations et d’échange de quotas de CO2 pour réduire de 80 % les émissions de gaz à effet de serre d’ici 2050. Source : Obama Campaign Website, www.barackobama.com, 2008 Le think-tank Center for American Progress, qui a contribué à l’élaboration d’une grande partie du programme du Président Obama, recommande ce qui suit : Investissement verts et emplois

Source : Center for American Progress, Political Research Institute, « Green Investments and jobs », 2008.

Selon les mots du Président Obama : 6 décembre 2008 « Aujourd’hui, j’annonce quelques grandes lignes de mon plan. Pour commencer, nous consacrerons un effort massif à rendre les bâtiments publics plus efficaces au plan énergétique. Aujourd’hui notre gouvernement paye la facture énergétique la plus élevée au monde. Il faut y remédier. Nous devons rénover nos bâtiments, en remplaçant les anciens systèmes de chauffage et installer des éclairages basse consommation. Cela ne va pas seulement vous faire économiser, contribuables américains, des milliards de dollars par an. Cela remettra les gens au travail.

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Deuxièmement, nous allons créer des millions d’emplois, dans le plus massif investissement réalisé en une fois dans l’infrastructure nationale, depuis la création du réseau d’autoroutes fédérales dans les années 1950. Nous investirons les fonds venant de vos précieux impôts, de manière nouvelle et plus intelligente, et nous instaurerons une règle simple : les utiliser ou les perdre. Si un État n’investit pas rapidement dans les routes et les ponts de sa communauté, il perdra cet argent. Troisièmement, mon plan de relance déploiera un effort considérable pour moderniser et mettre à niveau les établissements scolaires, du jamais vu dans notre pays. Nous allons réparer les écoles âbimées, les rendre éco efficientes, et installer de nouveaux ordinateurs dans les classes. Parce que, pour aider nos enfants à être compétitifs au XXIe siècle, nous avons besoin de leur donner des écoles du XXIe siècle. »

Arrêt de la Cour Suprême dans Massachusetts et al vs. Environmental Protection Agency : La responsabilité de réglementation des émissions de GES incombe à l’EPA Le 2 avril 2007, la Cour Suprême arbitre le cas State of Massachussetts vs. Environmental Protection Agency. Le Massachusetts et onze autres États, suivis par plusieurs administrations locales et ONG (signataires de pétition), avaient poursuivi l’EPA pour ne pas avoir réglementé les émissions de quatre gaz à effet de serre, notamment le dioxyde de carbone, émis par le secteur des transports. Les signataires avançaient que le changement climatique global d’origine anthropique avait des effets négatifs, notamment celui de l’élévation du niveau des mers, sur l’État du Massachussetts. Par un vote 5 contre 4, la Cour a arbitré en faveur de Massachusetts et al, en établissant que l’EPA faisait autorité pour réguler les émissions de CO2 et autres gaz à effet de serre. La décision a été écrite par le Juge Stevens, et signée par les Juges Kennedy, Souter, Bader Ginsurg, et Breyer. Le Président Roberts et les juges Alito, Scalia, et Thomas ont contesté la décision. Cette opinion est importante pour les politiques nationales et locales en matière de changement climatique. Non seulement elle ouvre la porte à la réglementation des gaz à effet de serre d’après le Clean Air Act, mais aussi, elle va vraisemblablement catalyser les appels à une législation fédérale plus exhaustive sur le changement climatique (pdf) ; c’est-à-dire une législation qui couvre d’autres secteurs que ceux des transports, ainsi que des gaz à effet de serre autres que le CO2. Cet arrêt pourrait soutenir les efforts émanant des États, comme la législation californienne visant à faire entrer les gaz à effet de serre dans les polluants du secteur des transports. L’augmentation des initiatives des États pourrait à son

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tour générer davantage de pressions en faveur d’un programme fédéral plus uniforme. Source : Pew Center, 2008

2. Le plan de l’UE En janvier 2008, la Commission européenne publie le Paquet ClimatÉnergies, qui expose la politique européenne en matière de changement climatique. Le paquet stipule : – L’engagement à réduire les émissions générales d’au moins 20 % par rapport au niveau de 1990 d’ici 2020, et de 30 % si d’autres pays développés réalisent des efforts comparables ; – L’objectif de faire passer la part des énergies renouvelables à 20 % ; – L’objectif de faire passer la part des biocarburants dans les transports à 10 % (cet objectif a depuis été réduit de moitié, soit 5 %, en raison du débat alimentation/carburants) – Un cadre assurant l’augmentation des aides étatiques aux usines pilotes pour la capture et le stockage du carbone (une technologie qui peut capturer le dioxyde de carbone émis par la production d’électricité et les processus industriels, pour le stocker sous terre, où il ne peut pas contribuer au réchauffement de la planète) – L’UE a aussi proposé de plafonner les émissions de dioxyde de carbone pour les nouveaux véhicules à une moyenne de 130 g/kilomètre d’ici 2012, par opposition aux 158 g/kilomètre actuels. En octobre 2008, le Comité sur l’Environnement du Parlement européen a voté en faveur de la réduction des émissions de gaz à effet de serre en provenance de la plupart des secteurs d’activité européens, dont le niveau d’ici 2020 devra être inférieur de 21 % à celui de 2005 ; et a voté la disparition progressive des allocations gratuites de permis d’émissions de carbone, afin de disposer d’un système d’enchères pures, sauf dans les secteurs à forte intensité énergétique. Le Parlement a voté le remplacement de la distribution gratuite des permis d’émissions de carbone telle qu’elle est pratiquée aujourd’hui par un système de vente aux enchères obligatoire pendant la période 2013-2020, afin d’aider à la réduction des émissions de carbone européennes. Les députés européens ont décidé que 85 % de toutes les allocations d’émissions du secteur manufacturier devraient être allouées gratuitement en 2013, mais qu’au-delà de 2013, les allocations gratuites devrait diminuer chaque année, conduisant à la vente aux enchères intégrale de tous les permis en 2020 (à l’exception des secteurs présentant un risque de fuites de carbone).

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Plans au Royaume-Uni Le Comité sur le Changement Climatique du gouvernement a établi une série de budgets carbone très stricts qui, s’ils sont adoptés, exigeront de réduire les émissions de gaz à effet de serre de 42 % d’ici 2020. Les émissions des compagnies aériennes et maritimes ne seront pas incluses dans les calculs jusqu’en 2012. Alors seulement, elles seront intégrées aux UE ETS en raison de leur dimension internationale et de la difficulté à fournir des données comparables avec les autres secteurs. Une attention toute particulière est portée aux offres en électricité « décarbonée », via principalement des stratégies d’énergies renouvelables. Ce qui comprend une contribution de 30 % de l’énergie éolienne, ou une proportion plus forte de l’énergie nucléaire, ainsi que la capture et le stockage du carbone, des mesures d’amélioration de l’efficacité énergétique et le développement de véhicules électriques. De nouvelles centrales électriques au charbon devront être remises à niveau en termes de capture et stockage du carbone, ou bien consentir à leur remise à niveau dans un futur proche. Le rapport du comité a suivi de près le Climate Change Act 2008 qui a pris valeur de loi. C’est la première législation nationale au monde à établir un cadre politique liant objectifs intérimaires et à long terme de réduction d’émissions. Source : ENDS Report 406, 2008, pp. 54-55.

Les plans allemands Le Programme intégré énergie et climat du gouvernement allemand Défi de demain et objectifs des politiques énergétiques et climatiques. Les défis posés par le changement climatique planétaire sont inextricablement liés, au fur et à mesure que la demande énergétique internationale augmente, aux conditions de notre accession à la sécurité énergétique à des prix abordables, ce qui permet de garantir un approvisionnement durable en énergie. Une stratégie ambitieuse d’amélioration de l’efficience énergétique et l’incitation à l’expansion des énergies renouvelables sont la solution pour réduire les émissions de gaz à effet de serre. Le gouvernement allemand publie pour la 13e Conférence des Parties de la Convention Cadre de l’Union Européenne sur le Changement Climatique du 3 au 14 décembre 2007 à Bali, un programme intégré énergie et climat qui établira des standards globaux et exposera les solutions adéquates pour une économie moderne. Avant même que les négociations sur le futur de la protection internationale du climat aient

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été entamées, l’Allemagne adopte un programme d’action concret, pour mettre en œuvre à un niveau national les décisions stratégiques de l’UE. Après tout, les politiques énergétiques et climatiques ne sont crédibles que si des objectifs ambitieux sont confortés par des mesures pratiques. L’Allemagne est fidèle à son rôle pionnier en matière de protection internationale du climat. Dans le même temps, cette politique relève les défis posés par les tendances des marchés énergétiques mondiaux, notamment la question du prix du gaz et du pétrole. Le gouvernement allemand a identifié deux facteurs clés : l’énergie doit être utilisée de façon beaucoup plus efficiente qu’aujourd’hui ; nous avons besoin de davantage d’énergies à faible intensité carbone. Le Conseil européen des Chefs d’États et de gouvernements, qui se réunit cette année au printemps sous la Présidence allemande, a posé les bases d’une politique européenne intégrée énergie et climat à l’horizon 2020, et a fixé les orientations jusqu’en 2050. Cette vision comprend des objectifs ambitieux de protection du climat, ainsi que des objectifs d’expansion des énergies renouvelables et d’amélioration de l’efficience énergétique. Le plan présenté ici vise à rendre la lutte contre le changement climatique efficace. Cela implique de faire en sorte que la protection du climat soit financièrement abordable, et compatible avec le développement économique ; ce qui s’applique de la même manière aux pays industrialisés et aux nouveaux pays en voie d’industrialisation. Par conséquent, le gouvernement allemand a choisi une action qui promette un bilan CO2 favorable et une efficacité économique optimale, afin de ne pas dégrader le potentiel de compétitivité des entreprises, ni d’exiger trop des consommateurs. Le gouvernement propose, comme contribution de l’Allemagne à une convention internationale sur la protection du climat après 2012, de réduire les émissions d’ici 2020 à un niveau de 40 % inférieur à celles de 1990. Cette proposition repose sur l’hypothèse que l’Union Européenne réduira ses émissions sur la même période de 30 % par rapport à 1990, et que d’autres pays adopteront des objectifs aussi ambitieux. Le paquet d’actes, d’arrêtés et de rapports adoptés ici est un pas majeur vers la réalisation de ces objectifs ; il délivre un message sans équivoque pour les négociations internationales sur le climat à Bali. La politique énergétique du gouvernement est toujours guidée par le triple objectif des approvisionnements, l’efficience économique, et l’acceptabilité environnementale. Cela signifie en partie de s’assurer que les secteurs énergétiques et industriels en général profitent de conditions concurrentielles et sûres pour investir. En même temps,

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les consommateurs ont besoin de solutions efficaces en termes de coût, et de conditions de prise de décision en termes de consommation et d’investissement qui soient transparentes et fiables. Les mesures législatives décrites ici sont une garantie de cette fiabilité. Elles définissent des objectifs dans leurs champs respectifs jusqu’en 2020, que des mesures concrètes viennent supporter. Le Programme intégré énergie climat aidera également l’Allemagne à devenir un site de production. Réduire la consommation de charbon, de pétrole, et de carburants pour les transports, le chauffage central et l’eau chaude, ainsi que la production d’électricité, grâce à une meilleure efficacité énergétique et l’utilisation d’énergies renouvelables, tout cela réduira la dépendance de l’Allemagne vis-à-vis des importations énergétiques. La solution réside dans les technologies d’énergies innovantes, à la fois du côté de l’offre et de la production d’énergie (cad les centrales électriques et les technologies d’énergies renouvelables), et du côté de la demande et de la consommation d’énergie (cad les appareils électroménagers, les véhicules et les bâtiments). Les constructeurs de bâtiments, de machines et pompes à faible consommation d’énergie, de générateurs d’énergie renouvelable et de produits ou des véhicules à faible consommation de carburant, vont s’apercevoir de leur avantage compétitif sur le marché intérieur, mais aussi sur les marchés d’exportation. Une meilleure efficience énergétique réduit notre dépendance aux importations énergétiques et atténue l’effort financier demandé aux consommateurs et à l’économie. Voilà également une solution adéquate face à la flambée des prix de l’énergie. Le programme donne aussi une impulsion vitale à la modernisation des technologies de protection de l’énergie et du climat, domaine dans lequel l’Allemagne est déjà un leader sur le marché mondial. Les effets positifs se traduisent par la croissance des entreprises manufacturières et celle de l’emploi, une valeur ajoutée domestique élevée, et un flux constant d’innovations produits dans ces domaines. Une autre caractéristique d’une politique moderne énergie et climat est que la société dans son ensemble se sent impliquée par les objectifs et contribue à leur réalisation. Le Programme gouvernemental intégré énergie et climat pose les fondations des politiques énergétiques et climatiques de demain. Le gouvernement rapportera les progrès réalisés en vue de ces objectifs ainsi que l’impact de l’action entreprise. En novembre 2010, puis tous les deux ans, les ministères gouvernementaux qui sont impliqués dans la mise en œuvre du Programme soumettront un rapport au Gouvernement, comprenant un compte rendu détaillé de l’impact du programme dans son ensemble ainsi que des plans d’action adoptés. Le rapport montrera

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par-dessus tout comment les objectifs ont été atteints dans chaque domaine, et comment l’efficacité financière l’a été également. Le rapport s’appuiera sur des études réalisées par des experts indépendants, commandées par le gouvernement. S’il s’avère que l’action menée à ce jour n’a pas eu suffisamment d’impact ou qu’elle n’a pas été efficace en termes de coûts, soit le gouvernement complètera les politiques existantes, soit il en proposera ou en mettra d’autres en place. Sources : Report on implementation of the key elements of an integrated energy and climate program adopted in the closed meeting of the Cabinet on 23/24 August 2007, in Meseberg, Berlin, 5 décembre 2007.

Le Plan de relance français Stratégie de la France dans la lutte contre le changement climatique – Discours de Nicolas Sarkozy, Président de la République (extraits) (...) Forum du Grenelle de l’Environnement (...) Avec le Grenelle de l’Environnement, la France s’est donnée l’objectif de réduire de près de 40 % la consommation d’énergie dans les bâtiments et les logements d’ici à 2020. Des consommations d’énergie en forte baisse, c’est un gain immédiat de pouvoir d’achat pour tous. C’est sortir de notre dépendance par rapport aux hydrocarbures, qui fait que, lorsque le pétrole monte, la facture énergétique des plus modestes d’entre nous peut s’élever jusqu’à représenter une ponction insupportable de 15 % des revenus. Nous avons décidé d’aider nos concitoyens à s’équiper en systèmes solaires, en pompes à chaleur, en systèmes de chauffage au bois. Et nous avons créé un prêt à taux zéro pour financer les travaux d’isolation, ouverts à tous, jusqu’ 30 000 euros sur 10 ans. En à peine trois mois, près de 25 000 éco-prêts à taux zéro ont déjà été conclus. Nous dépasserons, cette année, notre objectif initial d’1,2 Mdm de travaux nouveaux financés dans la rénovation thermique des logements. Avec le Grenelle de l’Environnement, la France s’est donnée l’objectif de devenir le leader mondial des énergies décarbonées, en développant les énergies renouvelables et en s’appuyant sur le savoir-faire industriel français en matière de nucléaire. Dans les années à venir, nous allons consacrer autant d’argent à la recherche en matière d’énergies renouvelables qu’à celle sur le nucléaire : ce sont 200 Mm de plus, chaque année, pour donner à notre pays une avance technologique dans les secteurs clés du stockage de l’énergie, des énergies marines, des biocarburants de

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2e génération et de l’énergie solaire. L’annonce récente de l’implantation en France d’un leader mondial des panneaux solaires n’a rien d’une coïncidence. Construction d’infrastructures/UE/Sommet de Copenhague Enfin, avec le Grenelle de l’Environnement et le plan de relance, la France a engagé un programme unique de construction d’infrastructures durables. Pour la première fois depuis la seconde guerre mondiale, un canal sera construit en France, entre la Seine, le Nord et l’Europe. Les travaux de quatre lignes à grande vitesse sont sur le point de commencer. D’ici à 2020, à Paris et en régions, c’est également près de 2 000 kilomètres nouveaux de transports en commun en site propre que l’État va accompagner. Partout, pour les hommes comme pour les marchandises, il s’agit de créer des alternatives fiables et régulières au transport routier. Après avoir investi dans les infrastructures, nous allons aussi investir massivement dans le fret ferroviaire. Il nous faut ouvrir de nouvelles autoroutes ferroviaires, créer, enfin, les moyens du fret à grande vitesse, développer des opérateurs ferroviaires dans nos grands ports, garantir aux trains de fret des sillons de circulation prioritaires. Forte de ces engagements, la France a porté l’ambition du Grenelle tout au long de sa Présidence de l’Union européenne. Il s’agissait de négocier le « paquet climat-énergie » : le plus formidable plan de réduction des émissions de CO2 jamais adopté. Par cette décision, l’Europe est devenue le plus grand laboratoire d’invention des technologies « vertes » de demain. C’est parce que nous nous sommes donnés les premiers des objectifs à nul autre pareils, que les technologies européennes seront demain les plus avancées. En décembre prochain, à Copenhague, se jouera la conclusion d’un accord mondial sur le climat. D’ici là, la France entend continuer à plaider sans relâche pour que l’ensemble des nations du monde s’engage de manière volontariste dans la réduction de leurs émissions de gaz carbonique. Notre message est simple : nous, les Européens, avons tiré les conséquences de notre responsabilité dans le changement climatique. Nous nous sommes engagés à réduire de 20 % nos émissions entre 2005 et 2020 et nous sommes prêts à aller plus loin, jusqu’à 30 % si chacun prend ses responsabilités. En même temps nous demandons au reste du monde d’aller dans le même sens. Le reste du monde cela veut dire l’Asie, les États-Unis, et aussi les pays émergents. Fiscalité écologique/taxe carbone Face à l’urgence climatique, face aux menaces que fait planer notre dépendance au pétrole, face à la nécessité de transformer notre modèle de

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croissance, il est temps que la France adapte en profondeur les incitations de son système fiscal, et crée une véritable fiscalité écologique. Comme certains pays nordiques l’ont fait avec succès, il est temps pour la France de renforcer les prélèvements qui pèsent sur les activités polluantes, pour alléger d’autant les impôts qui pèsent sur la production et sur le travail. C’est étrange : il nous a fallu plusieurs siècles de politique fiscale pour parvenir à cette idée qu’il vaut mieux taxer les comportements néfastes à la collectivité, plutôt que ceux qui lui sont utiles. Chacun s’accorde à présent sur cette idée de bon sens. Pour ma part, j’ai décidé de la mettre en pratique. J’en ai pris l’engagement au printemps dernier : une fiscalité écologique nouvelle, la taxe carbone sera créée : elle portera dès 2010, sur le pétrole, le gaz et le charbon, en fonction de leur contenu en gaz carbonique qui est le principal gaz responsable du changement climatique. Cette fiscalité nouvelle n’a qu’un seul objectif : inciter les ménages et les entreprises à modifier progressivement leurs comportements pour réduire la consommation des énergies fossiles qui émettent du CO2. Cette fiscalité stimulera les économies d’énergie, réduira la facture pétrolière et gazière du pays comme celle des familles et permettra de développer davantage les technologies vertes. J’indique que, dans ce contexte, l’électricité ne sera pas touchée par la taxe carbone. La production d’électricité émet en France très peu de CO2, grâce à notre parc nucléaire, à l’énergie hydraulique, à la biomasse mais aussi, de plus en plus, grâce aux nouvelles énergies renouvelables. Nous sommes en Europe le pays qui a le plus d’énergies renouvelables. Quelle cohérence y aurait-il à encourager les Français, d’un côté, à s’équiper en voitures électriques ou en panneaux solaires, et, d’un autre côté, à les taxer davantage ? (...) Pour poursuivre la réduction de nos émissions, pour engager la France sur la voie de l’après-pétrole, changer nos comportements est devenu indispensable. Et c’est aujourd’hui réalisable : depuis bientôt deux ans, le bonus-malus automobile 17 a démontré combien une incitation financière, même limitée, pouvait orienter profondément les choix de consommation de nos concitoyens : les ventes de véhicules propres représentaient à peine 15 % du marché à la fin de l’année 2007. À la fin 17. Un avantage financier (bonus) donné aux acheteurs de nouveaux véhicules écologiques et une pénalité financière (malus) donnée à ceux qui achètent des véhicules à emissions de CO2 élevées. Le but de ce modèle est d’accélerer la disparition des vieux véhicules polluants des routes françaises et leur remplacement par de nouveaux véhicules verts, tout en encourageant les constructeurs automobiles à concevoir des véhicules plus écologiques et à concentrer leur effort de vente sur ces derniers.

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du mois d’août 2009, les véhicules émettant moins de 130 grammes de CO2 représentent 54 % des ventes. À l’inverse, la part dans les ventes des véhicules fortement émetteurs de CO2 est passée de 30 à 10 % entre la fin de l’année 2007 et le mois dernier. Les Français sont donc prêts à s’engager dans la mutation indispensable de leur consommation d’énergie, pourvu que les signaux qu’ils reçoivent soient clairs et que le contrat qui leur est proposé soit juste. Je veux m’engager ici sur les grands principes qui régiront l’introduction de la taxe carbone. Taxe carbone/Introduction progressive Premier principe : la taxe carbone sera introduite de manière progressive. (...) Sur le marché où s’échangent aujourd’hui les quotas d’émissions entre grandes entreprises, la valeur de la tonne de CO2 se situe en moyenne depuis sa création en février 2008 autour de 17 m. (...) En responsabilité, j’ai donc décidé que le niveau de départ de cette fiscalité nouvelle serait fixé par référence à la valeur des quotas d’émission de CO2 sur le marché du carbone. J’ai l’intention que l’introduction de la taxe carbone soit un succès pour notre pays. C’est pourquoi je dis à tous les défenseurs les plus ardents de la taxe carbone, que nous mettrions en péril la réussite de cette mesure en demandant à nos concitoyens de s’adapter à une évolution trop brutale des prix de l’énergie. Pour une valeur de 17 m par tonne de CO2, la taxe carbone représentera déjà un effort significatif : près de 4,5 centimes par litre de fioul et de gasoil, 4 centimes par litre d’essence et environ 0,4 centimes par KWh de gaz. Je n’ai, par ailleurs, aucunement l’intention de réduire en quoi que ce soit les ambitions fixées par le Grenelle de l’Environnement, celles d’une division par quatre de nos émissions entre 1990 et 2050. Je sais pertinemment que cet objectif est le seul conforme à notre engagement de limitation du réchauffement climatique à 2° d’ici au milieu du siècle. Qu’il soit donc bien clair, que le niveau de la taxe carbone aura vocation à s’élever progressivement au fil du temps. Là encore, je ne fuirai pas mes responsabilités. Il conviendra simplement de trouver le juste rythme pour sa montée en puissance. En tout état de cause, je veux l’affirmer : quelle que soit la future progression de la taxe carbone si la fiscalité écologique progresse, sa compensation aux Français devra augmenter également, et dans les mêmes proportions. Imposition stable/chèque vert Deuxième principe auquel je tiens particulièrement : la création de la taxe carbone n’augmentera pas les prélèvements dans notre pays. C’est pour moi une règle absolument intangible. Elle signifie que la création

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de la taxe carbone va s’accompagner de la baisse, voire de la disparition, simultanée et équivalente, d’autres impôts. L’objectif de la fiscalité écologique n’est pas de remplir les caisses de l’État, mais d’inciter les Français et les entreprises à transformer leurs comportements. La création de la taxe carbone se fera donc – j’en prends ici l’engagement très ferme – sans dommage pour le pouvoir d’achat des Français et sans pénaliser la compétitivité de nos entreprises. Plus précisément, je souhaite, pour les ménages français, que la création de la taxe carbone s’accompagne, soit d’une réduction de l’impôt sur le revenu pour tous les ménages qui le paient, soit du versement d’un chèque vert équivalent pour tous les ménages non imposables. (...) C’est donc par réduction d’impôt ou chèque vert pas loin de 3 milliards d’euros financés par la taxe qui seront reversés aux ménages. Bien entendu, chaque famille supportera la taxe carbone sur ses consommations d’énergie, ce qui l’incitera à les réduire. C’est le principe pollueur-payeur. Mais réduire ses consommations sera d’autant plus facile, que chaque famille bénéficiera en compensation d’un chèque ou d’une réduction d’impôt forfaitaire, afin que la taxe carbone n’ampute pas son pouvoir d’achat. Au final, ceux qui décideront de réduire leurs consommations d’énergie seront donc doublement gagnants : ils verseront moins de taxe carbone mais recevront au titre de la compensation la même somme que s’ils n’avaient pas économisé. Voilà comment, grâce à un mécanisme de bonus-malus, nous allons donner les moyens aux Français de changer leurs comportements pour réduire les consommations d’énergie et les émissions de CO2. Le malus, c’est la taxe carbone. Le bonus, c’est le chèque vert versé aux familles ou la réduction d’impôt de même montant. S’agissant des entreprises, celles-ci bénéficieront en 2010, année de création de la taxe carbone, de la suppression de la part de la taxe professionnelle qui pèse sur l’investissement. Nos entreprises trouveront dans cette réforme ambitieuse la compensation des coûts de la taxe carbone en même temps qu’elles pourront enfin investir sans être fiscalement pénalisées. (...) Taxe carbone aux frontières L’efficacité de la lutte contre le changement climatique ne progressera pas, si la taxe carbone aboutit à favoriser davantage l’importation de produits agricoles, de produits de la mer, ou bien encore à désavantager les transporteurs français, par rapport à des concurrents moins exigeants sur les normes environnementales. Et c’est dans le même esprit que j’ai fait adopter pendant que j’avais l’honneur de présider le Conseil européen, la possibilité d’instituer une

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taxe carbone à nos frontières. Il ne serait pas admissible que dans le même temps que nous faisons des efforts pour produire et consommer des produits propres, des importations viennent nous concurrencer grâce à l’avantage compétitif que représenterait le non respect des engagements internationaux en matière de réductions des émissions de gaz carbonique. Tout le monde serait alors perdant : le climat et l’emploi dans notre pays. Je note que la Chambre des Représentants des ÉtatsUnis a voté voici quelques semaines un texte proposant également une taxe carbone aux frontières. Je note aussi que l’organisation mondiale du commerce a jugé un tel dispositif parfaitement compatible avec ses règles. C’est un combat que je vais mener. La taxe carbone aux frontières est le complément naturel de la taxe carbone intérieure. Bien plus, la taxe carbone aux frontières est vitale pour nos industries et nos emplois. Elle exige d’abord la création de la taxe carbone en France. Notre combat contre la pollution et le changement climatique ne doit pas se faire au détriment de nos industries. Transparence Troisième principe : la transparence ! Je veux qu’une commission indépendante garantisse une transparence totale sur les compensations de la taxe carbone Vous l’avez compris, je veux des règles claires de compensation de la taxe carbone pour les ménages et pour les entreprises. Je propose donc la création d’une commission permanente et indépendante de suivi de la fiscalité écologique française. (...) Grenelle de l’Environnement/Transport Quatrième principe : l’État continuera d’accompagner puissamment les efforts des ménages pour réduire leurs consommations énergétiques et s’orienter vers les énergies renouvelables. L’ensemble des mesures incitatives développées dans le cadre du Grenelle de l’Environnement seront maintenues et prolongées. (...) Dans le domaine crucial des transports, les avancées technologiques permettent désormais de voir venir la mise sur le marché de véhicules électriques ou de véhicules hybrides rechargeables dans les prochains mois. Jean- Louis BORLOO présentera le 23 septembre le plan véhicules électriques et hybrides que j’ai annoncé au dernier Mondial de l’Automobile. Ce plan doit permettre aux constructeurs automobiles d’offrir à tous les Français d’ici 16 mois la possibilité d’acheter un véhicule électrique ou hybride à des conditions de prix acceptables en bénéficiant du super bonus de 5 000 m (pour les véhicules avec un niveau d’émission inférieur à 60 g CO2/km).

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Taxe carbone/Croissance économique Mesdames, Messieurs, la création d’une taxe carbone est tout sauf une décision anodine. Elle constitue un choix stratégique mûrement réfléchi, un virage fiscal majeur, ainsi qu’une décision économique de toute première importance. (...) En instaurant une fiscalité écologique sur les énergies fossiles, c’est l’ensemble de la mécanique de la croissance verte que nous allons mettre en mouvement. Parce que la taxe carbone va inciter nos concitoyens à consommer « vert », elle offrira des débouchés nouveaux, massifs et prometteurs pour tous nos industriels qui seront capables de produire « vert ». Avec la taxe carbone et les mesures du Grenelle de l’Environnement, l’État va créer les conditions d’une explosion du marché des produits « propres » dans notre pays. La France sera le premier pays de cette taille à franchir ce pas. Il s’agit, pour tous nos industriels, de ne pas manquer cette occasion. (...) Vous le voyez, Mesdames, Messieurs, il en va de la fiscalité écologique comme de tant d’autres choses : il y a ceux qui en parlent, et il y a ceux qui la font. C’est pour moi, profondément, une question de responsabilité. Une question de responsabilité vis-à-vis de nos enfants et des générations à venir, car cette mesure contribuera à dessiner un monde meilleur pour eux. Une question de responsabilité vis-à-vis des Français d’aujourd’hui. Je leur ai donné ma parole, il y a deux ans et demi, en signant le pacte écologique proposé par Nicolas HULOT, où la création d’une taxe carbone figurait au second rang, après celle de constituer un vaste ministère du développement durable, celui qu’occupe aujourd’hui Jean-Louis BORLOO. En signant le Pacte écologique, je me suis engagé, comme d’autres candidats, à faire le nécessaire, si j’étais élu, pour introduire en France une fiscalité forte sur les énergies polluantes. Cet engagement, je l’ai réitéré dans le Grenelle de l’Environnement, en demandant qu’on le mette à l’étude. Deux ans et demi plus tard, cet engagement est sur le point d’être mis en œuvre, comme je mettrai en œuvre tous les autres engagements du Grenelle de l’Environnement. La situation est trop grave pour se mentir ou pour faire semblant. Toute ma vie, j’ai voulu réhabiliter la politique. Au-delà des grands mots, réhabiliter la politique, c’est croire qu’il n’y a jamais de fatalité. C’est croire n’y a pas de problème, si grand soit-il, qu’une Nation comme la nôtre ne puisse affronter résolument si elle le décide. Qu’il s’agisse de la moralisation du capitalisme mondial ou du changement climatique. Réhabiliter la politique, c’est croire que la parole des responsables politiques doit garder un sens. Et il n’y a aucune fatalité à ce que le temps qui passe, les difficultés du moment ou la démagogie ambiante viennent

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à bout des plus belles idées, des engagements les plus indispensables et des combats les plus nobles. (...)./. Source : Site de l’Ambassade de France, « La Stratégie de la France pour la lutte contre le changement climatique » – Discours de Nicolas Sarkozy, Président de la République (extraits), 10 septembre 2009.

3. Le plan de la Chine En 2009, un ensemble de lois doit entrer en vigueur, avec des objectifs étayant la stratégie gouvernementale face au climat. Cela comprend : – Des objectifs visant à mettre sur pied une « économie de recyclage » en réduisant la consommation d’énergie et en doublant la capacité des énergies renouvelables ; – La réduction de la pollution d’ici 2010 de 10 %, par rapport au niveau en 2005 ; – Un contrôle environnemental des industries à forte intensité de carbone ; – Le Congrès National du Peuple (CNP) a aussi approuvé la nouvelle législation et encourage les technologies propres, notamment par le biais d’allègements fiscaux pour les technologies énergétiquement efficientes et renouvelables. Source : DB. Le Programme National Chinois sur le Changement Climatique pour Contrôler les Emissions de GES : la Chine atteindra l’objectif d’une réduction d’environ 20 % de sa consommation énergétique par unité de PIB d’ici 2010, et par conséquent réduire ses émissions de CO2. Afin d’augmenter la proportion des énergies renouvelables (y compris l’énergie hydraulique à grande échelle) dans l’approvisionnement en énergie primaire jusqu’à 10 % d’ici 2010, l’extraction de « coal bed » méthane doit aller jusqu’à 10 milliards de M3. Les émissions d’oxyde de nitrate provenant de la production industrielle resteront stables par rapport à celles de 2005. Pour promouvoir l’adoption des nouvelles technologies ; promouvoir l’utilisation du biogaz pour contrôler la croissance des émissions de méthane et de faire passer le taux de couverture forestière à 20 %. Pour renforcer la capacité d’adaptation au changement climatique : augmenter les prairies régénérées de 24 millions d’hectares, restaurer

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les prairies touchées par la détérioration, la désertification, et la salinité pour faire passer leur capacité à 52 millions d’hectares, et s’efforcer d’élever le coefficient d’utilisation efficiente de l’irrigation agricole à 0,5. 90 % des écosystèmes forestiers typiques et de la faune clé nationale sont effectivement protégés et les zones de réserves naturelles comptent 16 % du territoire total ; 22 millions d’hectares de terres désertifiées sont sous contrôle. Les systèmes d’ingénierie anti-inondations des grands fleuves et les standards pour les secours contre la sécheresse des terres agricoles et d’élevage seront mise en place. La capacité de résistance aux catastrophes maritimes sera considérablement accrue ; les effets sociaux et les dégâts économiques provoqués par l’élévation du niveau des mers seront le plus possible réduits. Dans les secteurs de l’énergie et des industries de transformation, on estime que les émissions de GES peuvent être réduites d’environ 500 Mt de CO2 grâce au développement de l’énergie hydraulique ; Grâce à la promotion active du secteur nucléaire, on estime que les émissions de GES peuvent être réduites d’environ 50Mt de CO 2 d’ici 2010 ; Grâce aux économies d’énergie, à des systèmes de productions modernes, à l’utilisation des énergies éoliennes, solaires, géothermiques, marines, bioénergétiques, nucléaires, et la production électrique thermique distribuée, au niveau de consommation du charbon, on estime qu’un total de 90 millions de tonnes de charbon par an peut être économisé en 2010, et que les émissions de CO2 peuvent être réduites de 216 Mt. Grâce à l’extension des progrès technologiques dans les centrales thermiques, et la mise à l’écart des unités de production obsolètes et de petite taille, les émissions peuvent réduites de 110 Mt de CO2 d’ici à 2010. Il convient de fortement développer l’industrie du « coal bed » méthane (CBM) et du « coal mine » méthane (CMM) ; d’encourager la coopération de projets MDP (Mécanisme de Développement Propre). On estime que les émissions de GES peuvent être réduites d’environ 200 Mt de CO2 d’ici 2010. Il convient de stimuler le développement de la bioénergie. On estime pouvoir réduire les émissions de CO2 d’environ 30 Mt d’ici 2010. Il faut encourager activement le développement et l’utilisation des énergies éoliennes, solaires, géothermiques et marines. On estime pouvoir réduire les émissions de GES d’environ 60 Mt de CO2 d’ici 2010.

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Il faut réaliser une augmentation du puits de carbone de 50 millions de tonnes par rapport à son niveau en 2010. Source : présentation de GAO Guangsheng, Directeur général de la Commission Nationale de coordination sur le changement climatique, Commission Nationale pour le Développement et la Réforme, R.P. Chine septembre 2007, Washington.

À la tête de la révolution des énergies renouvelables Les énergies renouvelables en Chine sont en phase de croissance rapide. Certaines technologies, notamment les petites turbines éoliennes, les chauffe-eau solaires, les petites turbines hydrauliques, et les panneaux solaires, font déjà l’objet d’exportations à l’étranger. Les politiques chinoises d’incitation à l’utilisation d’énergies renouvelables au cours des dix dernières années devaient à titre secondaire encourager le développement du secteur des énergies renouvelables, ce qui a été accompli pour la plupart des technologies concernées. Avec la croissance soutenue de la Chine et celle de sa demande énergétique, le marché intérieur pour ces technologies devient très important. L’opportunité qu’est le marché intérieur chinois donne aux producteurs locaux le terrain d’exercice nécessaire au développement des technologies et l’échelle de production qui leur permet de devenir des leaders technologiques mondiaux. L’émergence d’un nombre croissant d’entreprises chinoises sur les marchés mondiaux de technologies d’énergies renouvelables semble donc inévitable. Il reste encore difficile d’appréhender avec certitude l’effet de cette émergence sur la baisse des coûts des technologies dans le monde. Cependant, l’exemple récent des secteurs solaires et éoliens laisse à penser que cet effet pourrait être significatif. En sus des économies de coûts réalisées, vraisemblablement spécifiques au marché du travail chinois ou aux innovations intérieures, l’arrivée de nouveaux fabricants jouant un rôle significatif dans l’augmentation de la production globale des technologies en fera baisser le coût au fur et à mesure qu’elles descendent sur la courbe d’apprentissage. Le rôle de la Chine dans la fabrication de nombreuses nouvelles technologies d’énergies renouvelables de petite échelle a rendu ces technologies plus accessibles à des pays moins développés où ces technologies ont joué un rôle important en matière d’initiative de développement rural. Par ailleurs, les programmes de recherche chinois sur les nanotechnologies sont en rapide expansion ; d’après les études actuelles, les nanotechnologies deviendront vraisemblablement un secteur clé des nouvelles technologies solaires.

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Les technologies d’énergie renouvelables ne détrôneront probablement pas les technologies électriques traditionnelles à court terme, mais dans certaines régions, elles pourraient fortement percer. Le Danemark tire à peu près 20 pour cent de son électricité de l’énergie éolienne, et certains États allemands, jusqu’à 15 pour cent. Le développement des parcs éoliens offshore, s’il parvient à surmonter certains obstacles technologiques et sociaux, pourrait encore accroître la part de l’énergie éolienne dans la production d’énergie. À l’heure où la sécurité énergétique devient une question de plus en plus pressante, le remplacement des énergies fossiles comporte des avantages qui ne sont pas uniquement environnementaux. La plupart des États américains sont en train d’adopter des normes de mix énergétique pour forcer les services publics à investir dans l’énergie renouvelable, non seulement pour en tirer des avantages environnementaux, mais aussi et surtout parce qu’ils reconnaissent qu’un mix diversifié peut se révéler la meilleure garantie contre la volatilité des prix des carburants. Les énergies renouvelables ont de toute évidence un rôle de plus en plus important à jouer, et une large part de cette nouvelle demande sera satisfaite par les producteurs émanant des marchés émergents. Jusqu’à présent, les technologies de pointe en énergies renouvelables venaient d’Europe, des États-Unis, et du Japon, mais ces pays risquent de perdre des parts du marché si les fabricants venant des économies émergentes parviennent à produire des technologies à coût comparativement inférieur. L’Inde est déjà technologiquement devant la Chine pour la fabrication des turbines éoliennes industrielles, et le Brésil cherche à augmenter son utilisation des renouvelables via sa nouvelle législation nationale. La législation nationale sur les énergies renouvelables en Chine pourrait donner à ses fabricants en place un signe de stabilité réglementaire vital pour faciliter l’investissement dans les nouvelles technologies. L’expérience antérieure de la Chine en matière d’énergies renouvelables de petite échelle, alliée à son cadre de politiques intérieures favorable aux fabricants locaux dans les secteurs technologiques innovants, lui permet de se placer très favorablement en vue d’une expansion vers ces marchés émergents. En résumé, de nombreux indices suggèrent que les marchés d’énergies renouvelables chinois en sont à leur toute première phase de maturité, et que les autres pays feraient bien de surveiller ce phénomène avec attention. Source : Joanna Lewis, Science&Technology été/automne 2006 [153], Georgetown Journal of International Affairs.

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III. Membres du Comité Scientifique de Natixis Asset Management Carlos Joly est Président du Comité Scientifique de Natixis Asset Management. Il a été investisseur et fondateur de MiljøInvest AS qui a développé une gamme de fonds ISR ; et à l’origine de la création du fonds Environnement de Storebrand où il était Vice-Président exécutif des investissements en Norvège. Il est le co-fondateur et le premier Président de l’UNEP-FI. Il co-préside le groupe des experts qui a notamment rédigé les PRI – principes de l’investissement responsable. Carlos Joly est professeur au sein de la Chaire « Finance et Changement climatique » à l’École Supérieure de Commerce de Toulouse et professeur visitant à l’École de Management d’Oslo pour le Master « Finance et Développement durable ». Il est chercheur-associé au Centre de Développement et de l’Environnement de l’Université d’Oslo. Carlos Joly a publié un nombre important d’articles de recherche sur le sujet de l’investissement responsable et de l’environnement. Il est titulaire d’un Master de Philosophie de Harvard. Blaise Desbordes est directeur du service développement durable au sein de la Direction Stratégies, Finances et Développement Durable de la Caisse des Dépôts et Consignations. Spécialisé en politiques de développement durable publiques ou d’entreprises depuis une quinzaine d’années, il a notamment mis en place le dispositif « Eco-quartiers » en France. Il participe à plusieurs groupes de travail de place, notamment au sein de l’UNEP-FI* où il co-préside le groupe Immobilier Responsable. Il a participé au Grenelle de l’Environnement (groupe 9 « Urbanisme »). Il est administrateur d’Effinergie et d’AEW Europe. Blaise Desbordes est diplômé de l’Institut d’Etudes Politiques de Paris. Anne Gouyon a été chargée de recherche en socio-économie au Département Cultures Pérennes du CIRAD où elle a mené des travaux de terrain en Asie du Sud-Est et en Afrique de l’Ouest. Elle a été fondatrice et directrice de Idé-Force, société de conseil spécialisée sur l’évaluation de l’impact socio-économique et environnemental de projets de développement rural et de cultures de plantations notamment auprès de la World Bank, l’Asian Development Bank, l’Union Européenne, le World Afroforestry Center, diverses ONG et des sociétés privées. Elle est également responsable d’audits sur les normes FSC et CCB (Carbon, Conservation and Biodiversity) pour le Rainforest Alliance. Elle est aujourd’hui associée

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fondatrice de Becitizen et experte en foresterie et agroforesterie. Elle est le co-auteur du best-seller « Réparer la Planète, la Révolution de l’Économie positive™», qui propose des solutions aux problèmes environnementaux globaux, et qui a reçu le Prix du Livre Nature et Environnement en 2008. Anne Gouyon est Docteur en Agro-Économie. Stéphane Hallegatte est chercheur en économie de l’environnement et en science du climat à l’École Nationale de la Météorologie, Météo-France et au CIRED (Centre International de Recherche sur l’Environnement et le Développement). Il a participé au GIEC (Groupe d’experts Intergouvernamental sur l’Évolution du Climat) en 2007. Ses recherches couvrent trois thèmes : l’étude des conséquences économiques des catastrophes naturelles, l’évaluation des impacts socio-économiques du changement climatique et la conception de stratégies publiques ou privées d’adaptation au changement climatique. En 2008, il a obtenu le Prix spécial du jury du Forum international des transports récompensant une réflexion novatrice pour sa publication : « Time and Space Matter : How Urban Transitions Create Inequality ». Stéphane Hallegatte est diplômé de l’École Polytechnique, de l’ENM (École Nationale de la Météorologie) et de l’EHES (École des Hautes Études en Sciences Sociales) et est Docteur en Économie. Richard Klein est spécialisé depuis plus de quinze ans sur les aspects méthodologiques de risque climatique, d’évaluation de la vulnérabilité et des processus d’adaptation climatique dans la société. Il se concentre aujourd’hui sur l’intégration de la problématique climatique dans la politique de développement : il est chercheur à l’Institut de l’Environnement de Stockholm où il coordonne la recherche des politiques sur le climatique entre sept centres de recherche, et est professeur à l’Université de Linköping en Suède. Il travaille avec le Panel Intergouvernemental sur le Changement Climatique (IPCC, GIEC) depuis 1993. Plus récemment, il a coordonné le Quatrième Rapport d’Évaluation dans lequel il a rédigé les conclusions relatives aux interactions entre l’adaptation et la réduction des gaz à effet de serre. Il a aussi contribué au rapport de « l’Évaluation de l’Écosystème du Millénaire » et à la Revue Stern sur « l’Économie du Changement climatique ». Il est le rédacteur en chef du journal international « Climat et Développement » et est l’auteur de nombreuses publications. Richard Klein est Docteur en Géographie. Miklos Konkoly-Thege a occupé différents postes de cadres dirigeants au sein d’entreprises internationales. Il a notamment été Président et Directeur Général de Tandberg AS (Norvège), analyste financier

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au sein de ITT Europe Inc, (Belgique). Il a rejoint Det Norske Veritas le plus important bureau de certification mondial en 1984, dont il est Directeur Général entre 2002 et 2006. Il est actuellement membre des conseils d’administration de plusieurs sociétés de transports maritimes : Wilhelmsen Maritime Services AS, Wilhelmsen Ship Management AS and Danaos Corporation et d’une société de certification : Moody International. Les domaines d’expertise de Miklos Konkoly-Thege sont l’industrie du transport maritime et de la certification, tant au niveau sectoriel que sur les aspects financiers et de contrôle des risques. Il a une connaissance approfondie des problématiques environnementales dans de nombreux secteurs d’activité. Miklos Konkoly-Thege est titulaire d’un MBA de l’Université du Minnesota (États-Unis) et d’une maîtrise de Sciences de l’Université de Hanovre en Allemagne. Yves Le Bars a exercé diverses fonctions dans l’administration française, en particulier en tant que dirigeant d’organismes de recherche : Directeur Général du Cemagref (Institut de recherche pour l’ingénierie de l’agriculture et de l’environnement), Directeur Général du BRGM (Bureau de Recherches Géologiques et Minières) et Président de l’ANDRA (Agence Nationale pour la gestion des Déchets Radioactifs). Il est actuellement Président du GRET, la plus importante ONG laïque de solidarité internationale et achève un mandat de Vice-Président de l’Association française de prévention des catastrophes naturelles. Il est administrateur de l’ IHEST (Institut des Hautes Études pour la Science et la Technologie), un des nouveaux instruments définis par le « Pacte pour la recherche » de 2006. Il apporte son appui au ministre chargé de l’Environnement pour la réduction de l’utilisation des pesticides en France, et à l’IRD (Institut de Recherche pour le Développement) comme Président d’un collège d’experts sur l’énergie dans le développement de la Nouvelle Calédonie. Ses domaines d’expertises sont les relations entre la recherche, l’innovation et la société, et particulièrement les enjeux liés au développement durable. Yves Le Bars est ingénieur général du génie rural des Eaux et des Forêts. Pierre Radanne est Président de l’association 4D (Dossiers et Débats pour le Développement Durable) et fondateur de la société « Futur Facteur 4 » qu’il a créé en 2004 et qui rassemble des activités de conseil, d’étude, de formation et de communication concernant la maîtrise de l’énergie, la lutte contre le changement climatique et le développement durable. Il a été Président de l’Agence de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie (ADEME). En 2003, il a été chargé de la prospective long terme à la Mission Interministérielle de l’Effet de Serre auprès des

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services du Premier ministre. Il est aujourd’hui consultant indépendant, expert auprès d’institutions et conférencier dans de nombreuses réunions publiques. Il a publié de nombreux ouvrages, notamment « L’énergie dans l’économie » (1988). Depuis 2006, il collabore avec l’IEPF (Institut de l’Environnement pour la Francophonie) et le Ministère des Affaires Étrangères Français, pour accompagner et former des négociateurs africains lors de conférences des Nations Unies sur le changement climatique.

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Dépôt légal, octobre 2009-11-11 Ce document ne peut être utilisé dans un but autre que celui pour lequel il a été conçu et ne peut pas être modifié, reproduit, diffusé ou communiqué à des tiers en tout ou partie sans appropriation en bonne forme. Aucune information contenue dans ce document ne saurait être interprétée comme possédant une quelconque valeur contractuelle. Les informations ou opinions émises encloses dans ce document sont produites à titre purement indicatif ; elles ne constituent pas, et ne sauraient être interprétées en tant qu’offre, engagement d’obligation, sollicitation, ou base contractuelle pour l’achat ou la vente de titres ou autres produits ou instruments d’investissement (notamment des schémas d’investissement collectif), ou comme toute forme de conseil ou de recommandation de la part de Natixis Asset Management. Les informations encloses dans ce document sont obtenues à partir de sources estimées fiables. Natixis Asset Management se réserve la possibilité de modifier les informations présentées dans ce document à tout moment et sans préavis et notamment en ce qui concerne la description des processus de gestion qui ne constitue en aucun cas un engagement de la part de Natixis Asset Management. Les opinions présentées dans ce document reflètent uniquement les vues personnelles de son auteur, et ne sauraient en aucun cas être tenues pour celles de Natixis Asset Management. Natixis Asset Management ne saurait être tenue responsable de toute décision prise ou non sur la base d’une information contenue dans ce document, ni de l’utilisation qui pourrait en être faite par un tiers.

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Mis en pages par DV Arts Graphiques à La Rochelle, cet ouvrage a été achevé d’imprimer en mars 2010 par l’Imprimerie Maury sur papier recyclé. Imprimé en France © Mars 2010 – N° d’impression : 0000

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Livre Blanc.Du changement climatique à la stratégie d'investissement.Carlos Joly  

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