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DOSSIER DE BACCALAUREAT Théâtre Expression Dramatique Option Facultative

Photographie intitulée «Unframed, I am a Man» prise par l’artiste JR

Anais Garay TESL - Théâtre Option facultative - professeur Mme. La Croix Lycée Philipe Lamour - Année 2017-2018


SOMMAIRE

INTRODUCTION Présentation de l’année de terminale 1) Le travail de l’année 2) Présentation de ma scène jouée pour le bac Théâtre, actualité et comique dans différentes époques 1) Le théâtre de Copi et son œuvre « Eva Peron » 2) Molière et Tartuffe 3) Aristophane et Lysistaria Mon parcours de spectateur 1) L’homosexuel ou la difficulté de s’exprimer & Eva Peron

p.3 p.4 p.4 p.5 p. 7 p. 7 p. 8 p. 9 p. 12 p. 14

Un théâtre innovant

2) Portrait Paysage (un album photo)

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Un spectacle profond et grotesque à la fois

3) LaFemme® n’existe pas

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Un cri de guerre

CONCLUSION

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INDEX

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Photographie intitulée «The ghost of ellis island» prise par l’artiste JR

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INTRODUCTION

Je m’appelle Anaïs Garay, je suis en terminale ES et j’ai débuté l’option théâtre en seconde. Le théâtre est un domaine qui, avant de commencer l’option théâtre, ne m’était pas réellement connu. Je me rendais depuis petite au théâtre de Nîmes, très rarement pour voir une pièce, mais plutôt pour voir des spectacles de danse. J’avais de petits ateliers théâtre dans mon lycée, qui me plaisaient, mais en réalité ils étaient bien loin de ce que l’option a pu m’apporter. J’ai décidé d’intégrer l’option théâtre en seconde, dès la première séance on m’a demandé ce qui m’avait poussée à m’inscrire. Je n’ai pas su répondre 3 ans auparavant et je ne sais toujours pas répondre aujourd’hui. Mais au fil des séances, du travail de groupe, et surtout à la fin de mon premier spectacle, j’ai su que je voulais suivre cette option jusqu’à la fin du lycée. C’est la progression et le travail de groupe dans le but de montrer un spectacle construit par tous qui m’a retenue. Et au bout de trois ans partagés avec certains de mes camarades, j’ai pu voir d’énormes progrès de chacun et chacune. De plus, l’option facultative du lycée Philippe Lamour offre une place à chaque élève et traite chaque année de thèmes d’actualités, plus ou moins engagés. Ainsi j’ai pu présenter deux spectacles de fin d’année : « Un ange passe ... » (2nd) qui illustrait des questionnements d’adolescents et «Rimes féminines » spectacle qui a permis au groupe d’aborder le féminisme. C’est grâce à cela que je me suis réellement intéressée au théâtre, que je m’y suis rendue plus fréquemment (en tant que spectatrice) et que je me suis investie dans l’option durant 3 ans. Et enfin que j’ai rythmé mon année de terminale par les apprentissages, et l’approche de la thématique des migrants dans le cadre de la préparation du spectacle « Destination Bonheur ».

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Présentation de l’année de terminale 1/ Le travail de l’année Les séances de théâtre se divisent en cours de pratique et cours théorique. Les cours théorique rassemblent des informations vouées à enrichir notre dossier de théâtre et à éclaircir les pièces vues en groupe. Ainsi, je me concentrerai dans cette partie à expliquer les différentes étapes du travail pratique. L’année de pratique se compose de deux temps majeurs, le premier est la préparation d’un court spectacle, de septembre à décembre, afin de souder et consolider le groupe. Le second, depuis janvier, est la préparation d’un spectacle plus important, sur la thématique des migrants.

La première partie de l’année est motivée par la préparation d’une représentation lors de la semaine des arts. Cette année le thème était le vêtement, et c’est autour de ce dernier que nous avons durant les premières séances travaillé des improvisations. Ensuite, notre travail a été cadré par la pièce paysage « Cent culottes et sans papiers » de Sylvain Levey. Il réunissait à la fois les vêtements et la thématique des migrants du second spectacle déjà en projet. C’est un ensemble de micro-histoires, elles peuvent être lues, jouées dans plusieurs sens et c’est ensemble qu’elles en forment une grande. L’auteur dit avoir « bidouillé » les textes pour former un ensemble où toutes les combinaisons sont possibles. Il parle également de « Poésie politique », idée selon laquelle son théâtre montre une facette de la société et immerge le spectateur dans une réalité. Dans un premier temps, nous avons formé des groupes et avons choisi une micro-histoire. Durant quelques séances nous nous sommes donc concentrés sur la mise en scène de manière autonome afin, en fin de séance de montrer le travail accompli. Un grande partie de la représentation a été construite ainsi. Au fil du travail, un fil directeur s’est détaché et nous avons pris le parti de jouer l’ensemble des micro-histoires comme des enfants dans une cour de récré. C’est ce qui nous a menés à notre scène finale, scène collective rappelant chaque micro-histoire et en formant une autre à la fois. Le travail de début d’année a aussi été marqué par l’intervention de Nicolas Heredia, metteur en scène venu à deux reprises pour nous faire travailler à sa façon. C’est un metteur en scène moderne passionné de photographie. Sa première intervention à été marquée par cela, nous avons eu pour consigne de former une image statique sur le plateau. Par la suite, des mots venaient s’ajouter à cette image et lui donnaient vie. Un travail en écho avec « Portrait Paysage », une de ses pièce que nous avons vue plus tard dans l’année. (1) Pièce paysage: Terme de Michel VINAVER désignant un pièce formée de scènes indépendantes entre elles.

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Cet exercice nous a fait réfléchir à un dispositif de transition pour notre représentation. Nous avons donc décidé de simuler une photographie ( grâce aux lumières et en prenant une pose statique ) au début et à la fin de chaque micro-histoire. Lors de sa deuxième intervention, il nous a été demandé préalablement de réfléchir à une anecdote en lien avec les migrants. Après les avoir oralement mises en commun, nous avons formé des groupes et tenté l’écriture d’une courte scène (voir Index). Chaque scène, en fin de séance, à été montrée. La présence de Nicolas Heredia a été un moyen de créer quelque chose déconnecté de notre pièce au départ, mais inspirant de nouvelles approches et idées. A partir du mois de janvier, nous avons débuté la mise en scène de « Destination Bonheur ». Ce spectacle est un montage de divers textes sur la problématique des migrants. Certains d’entre eux sont des textes écrits pour le théâtre ( les scènes extraites de « Migraaaants », Matei VISNIEC, ...), d’autres ont été légèrement modifiés pour s’adapter au cadre théâtral (extrait de « Eux, c’est nous » de Daniel PENNAC, ...). Ce spectacle rassemble des textes, des histoires de divers horizons et registres pour traiter la question des migrants sous divers aspects. Ainsi c’est un montage qui nous émeut à travers les pires côtés de la vie des migrants, mais qui fait réagir sur l’attitude des occidentaux grâce au rire. Il trace le parcours type d’un migrant du départ en bateau jusqu’à leur condition de réfugiés à l’arrivée. Le spectacle à également été motivé par un projet d’hommage à Emmanuel DARLEY, auteur de certaines des scènes du spectacle, décédé en 2016. Une rencontre avec différents groupes de théâtre est organisée, pour faire honneur à ses textes. C’est dans cette partie de l’année que nous avons travaillé une scène choisie dans ce montage pour notre épreuve de bac.

2/ Présentation de ma scène jouée pour le bac La scène que j’ai choisie est écrite par Philippe DELERM. Elle est extraite d’un petit ouvrage à but humanitaire du nom de « Bienvenue ! 34 auteurs pour les réfugiés », dont tous les bénéfices vont au Haut Commissaire des Nations Unies pour les réfugiés. Ma scène s’intitule « Subir, recevoir, donner ». Elle se place en fin de spectacle, entre deux scènes : une demande d’asile et sa réponse. Selon moi, elle humanise « le migrant ». Son message principal est de montrer, que un migrant souhaite seulement pouvoir revenir à une vie calme et paisible, qu’il cherche une sécurité pour pouvoir se reconstruire. Malgré toutes les horreurs qu’il a vécues il reste un humain envieux de simplicité (évoquée par « donner »). J’ai d’abord décidé de construire ma scène en trois temps respectivement induits par le texte subir/recevoir/donner. Mais une incohérence persistait, celle de mon arrivée au milieu de l’histoire de Falaksher, migrant qui ne semblait par encore être prêt à donner. C’est ainsi que nous avons essayé de faire de cette scène un duo avec Eliku, personnage plus naïf et simple dans la pièce. Un quatrième temps est alors apparu, celui 5


d’un début seule, m’adressant au public avec une visée universelle, pour les migrants du monde entier et pas pour les personnages de la pièce. L’approche des trois temps suivants s’est ensuite affinée. « Subir », représente un long voyage, dont quelques étapes avait déjà était montrées dans la pièce. L’idée étant de synthétiser les horreurs vécues en appuyant sur la lenteur, la répétition, la persistance de situations dont on n’arrive plus à sortir. C’est le moment le plus long de ma scène celui qui contient le plus de texte. Ensuite vient « Recevoir », c’est il me semble, le seul moment de la pièce qui évoque les actions d’aides et de bénévolat pour les migrants. Je trouve que actuellement l’accueil des migrants et leur traitement en France, ne correspond pas à ses valeurs ( pays des droits de l’Homme). Seulement un certains nombre de personnes donnent de leur temps et toute leur volonté pour essayer de changer cette situation et d’aider du mieux qu’ils peuvent les migrants. Pour cela, ce moment du texte, vise à les mettre en surface et montrer que il n’est pas impossible de les aider. Enfin, mon texte se termine par une très belle touche d’espoir, encore une fois assez rare dans le spectacle. Celui d’un migrant qui réussit, qui battit quelque chose. L’idée de l’écriture d’un roman est aussi évoquée, peut être une possibilité de transmettre son histoire. Durant mon année de seconde, l’option théâtre a fait un échange avec une centre d’accueil, certains d’entre eux étaient des migrants et ont accepté de participer à nos cours de pratique. A travers des exercices proposés, ils nous racontaient leur fuite et leur vécu. Cette expérience me ramène à « donner », même si c’était à toute petite échelle, ils partageaient avec nous leur histoire et nous ont montré la chance de notre situation. Mon texte est, selon moi, assez positif dans le spectacle, même si « Subir » occupe la majeure partie de la scène c’est pas dans ce moment que l’essence du message est transmis.

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Théâtre, actualité et comique dans différentes époques L’ensemble du travail de l’année traite d’un sujet d’actualité : les migrants. L’approche du comique, dans certaines pièces, et le parti pris grotesque a été certaines fois difficile à assumer. De ce constat est venue la question suivante : Comment est utilisé le comique au théâtre pour traiter de l’actualité ? La vue du spectacle de Copi au théâtre de Nîmes, en début d’année, m’a inspirée et servi de départ pour tenter d’expliquer les réactions et limites du rire sur un fait tragique. Par la suite, mon goût pour l’Histoire m’a donné la volonté d’approfondir deux époques très différentes et éloignées l’une de l’autre. Ainsi, Tartuffe de Molière m’a semblé intéressant par la vive réaction que la pièce a provoquée, et Lysistrata d’Aristophane est, selon moi, une œuvre précurseur dans sa manière de traiter l’actualité grâce au comique. Je me suis intéressée au contexte dans lequel ces pièces avait étaient écrites et aux réactions qu’elles ont provoqué.

1) Le théâtre de Copi et son œuvre « Eva Peron » a) Copi, auteur argentin de Paris Raúl Damonte Botana (dit Copi) est un auteur, dessinateur, comédien. Il est né en Argentine dans les années péroniste (lorsque Juan Perón était au pouvoir). Son père était anti-péroniste et écrivait, à l’époque un journal contre le pouvoir. Pour ces deux raisons réunies la famille Damonte s’exile. C’est ainsi que Copi vit à Paris. Après quelques années, il écrit sa première pièce de théâtre importante : « Eva Peron ». L’ensemble de son œuvre est à la fois profonde, provocante décalée et pleine d’humour. b) Le péronisme Le péronisme est un mouvement politique fondé autour de la personnalité de Juan Perón (président de l’Argentine dans les année 50). Il met au centre de ses actions la justice sociale et les principales avancées sociales argentines. Son parti est à l’origine de la CGT argentine. Eva, femme de Juan Perón, est elle aussi investie politiquement. Elle crée la branche féminine du parti péroniste, elle est reconnue pour avoir accorder le droit de vote aux femmes. Cependant, le péronisme est critiqué par ses similitudes avec le fascisme italien. Contemporains, les deux régimes sont rapprochés par les anti-péronistes, à cause du fort culte de la personnalité créé par les Perón. Toutefois, le péronisme reste un courant fort, avec une connotation positive, pour grand nombre d’argentins. c) La figure d’Eva Perón L’action politique d’Eva Perón reste marquante dans toute l’Argentine, c’est un symbole de la lutte sociale et le courant politique persiste. Eva Perón, sous le surnom « Evita » est même devenue un mythe sud-américain, à la fois d’élégance et de beauté mais aussi d’une femme proche du peuple. Elle meurt en 1952 d’un cancer, à l’âge de 33 ans. 7


d) La pièce « Eva Peron » de Copi En 1970 à Paris, Copi écrit sa première grande pièce : « Eva Peron ». Bien qu’il se défendra toujours d’avoir écrit une pièce politique, elle reste réaliste et conte la mort d’Eva Perón. Copi écrit une pièce entre le comique et l’absurde qui critique fortement le symbole d’Evita. Eva Peron est une folle, obscène, manipulatrice et avide de pouvoir. La pièce se déroule durant la dictature militaire argentine. Copi critique alors un symbole fort d’émancipation du peuple et d’accès à la liberté, elle heurte à l’époque l’Argentine malgré son humour et son décalage qui pourrait apporter de la légèreté. e) L’accueil de la pièce en Argentine A sa sortie, la pièce est totalement interdite en Amérique Latine, mais au fil du temps elle est peu à peu acceptée. Aujourd’hui le théâtre de Copi est reconnu dans son pays d’origine. Il a été joué, pour la première fois, deux de ses spectacles au théâtre nacional en août 2017. Le théâtre Cervantès a accueilli « L’homosexuel ou la difficulté de s’exprimer & Eva Peron », une reconnaissance tardive qui a engendré de vives réactions. De manière générale, il est admis que Copi est un dramaturge talentueux, mais une partie des argentins a été touchée par cette forme d’évocation d’Eva Perón. Des représentants de la CGT se sont même prononcés comme blessés dans « la fibre la plus intime de l’âme péroniste ». L’écriture de « Eva Peron » traite du péronisme d’un point de vue opposé à l’opinion publique du moment. C’est ainsi qu’elle reçoit une vive critique. Mais son humour et son décalage, dus à la plume de Copi, ont permis à la pièce d’acquérir une reconnaissance et d’être plutôt acceptée aujourd’hui. Remontons dans le temps, intéressons nous au théâtre dramaturge français le plus connu. Connu pour écrire des pièces critiques de la société, focalisons nous sur Tartuffe de Molière, afin de montrer à quel point les mœurs impactent le théâtre.

2) Molière et Tartuffe a) Le théâtre de Molière Molière est un dramaturge du XVIIe, il écrit et joue un théâtre classique, principalement comique (toutes ses pièces sont classiques sauf Dom Juan). Il accorde une attention particulière à l’apparence de ses pièces. Il est considéré comme un grand peintre des mœurs de son époque, principalement celles de la bourgeoisie. Il critique vivement sa prétention, son penchant intéressé et la place qu ‘elle accorde aux femmes.

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b) Tartuffe C’est une pièce qui conte l’histoire d’un hypocrite (Tartuffe) qui par le mariage souhaite mettre la main sur la fortune d’Orgon. Elle met en valeur les défauts de ses personnages et de la société en réutilisant le trio farcesque de la femme, le mari et l’amant. En effet, Tartuffe va trahir Orgon en séduisant sa femme. Pourtant, Orgon voit en lui la définition « d’un homme bien », c’est un dévot (homme dévoué à l’église). Mais Tartuffe est un homme ambitieux et cette dévotion lui est principalement utile pour manipuler texte philosophique et religieux à ses fins. Cette pièce parle de la religion, notamment car l’argumentaire de Tartuffe profite de la faille entre le Jansénisme (2) et le Jésuitisme (3). Elle traite de l’hypocrisie, sujet à la mode de l’époque. Mais cette fois-ci elle place un juge en spectateur : le Roi.

c) L’époque Tartuffe est joué pour la première fois le 12 mai 1664 à Versailles, pendant le règne de Louis XIV. A l’époque, le catholicisme domine l’Europe et la Compagnie du Saint Sacrement est une police religieuse puissante. Cette police est jésuite et elle combat le Jansénisme. Durant cette période, il y a une augmentation de l’importance des dévots. Mais l’Église est riche, et grand nombre d’entre eux se convertissent par intérêt. C’est ce que dénonce cette pièce de Molière. Il met le Roi en juge des actes d’un hypocrite, à l’époque ou ce défaut est encore accepté. Pour les catholiques « l’hypocrisie est un vice méprisable, mais moins odieux que de braver ouvertement les coutumes les plus saintes et de vilipender la religion en bravant ouvertement ses lois sous prétexte de franchise et de sincérité. » selon un texte théologique. Molière oblige donc son spectateur à se questionner sur l’intégrité de sa morale.  d) L’accueil de la pièce Cette pièce de Molière reçoit une vive critique qui poussera même à son interdiction et sa réécriture. Autour de cette pièce s’organise la cabale des dévots. La cabale est l’organsation d’un groupe de spectateurs contre « Tartuffe », dans le but de remplir une salle lors d’une des représentations de Molière et de faire que le spectacle soit fatalement majoritairement détesté. Par ce procédé, les personnes attachés à la religion poussent Molière à censuré cette pièce. L’importance de l’Église de l’époque l’oblige même à revisiter sa farce en changeant le dévot en homme du monde.

(2) Jansénisme : Courant du catholicisme persuadé par la fatalité. Selon eux, Dieu éli ou non certains hommes et tous doivent accepter leur sort. (3) Jésuitisme : Courant du catholicisme selon lequel l’homme peut se sauver par ses actions.

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Les mœurs de l’époque étaient solidement attachées à l’église, le théâtre de Molière en est influencé. Même si il souhaite la critiquer, il doit faire face au risque d’une censure, autant de la part des institutions que de la part du publique. Bien plus tôt, avant l’ère catholique, le théâtre était central dans la société. Aristophane, l’un des seul dramaturge comique de l’époque, montre donc une critique plus vive et plus facilement acceptée, Lysistrata en est l’exemple

3) Aristophane et Lysistrata a) Aristophane Aristophane est un dramaturge grec du Ve siècle avant J-C. L’époque éloignée à laquelle il appartient nous laisse de lui une biographie très pauvre. Il est l’un des seul auteurs de la Comédie Ancienne, dont on est encore trace aujourd’hui. Son œuvre passe des messages politiques, pose des problèmes sociaux, particulièrement à partir de -421. Un exception près, une pièce écrite en -411, traitant de l’actualité : Lysistrata. b) L’époque Aristophane appartient à l’époque de l’apogée d’Athènes. Période de Périclès et de la démocratie d’Athènes, les grecs sont en période de prospérité. Dans le même temps, Athènes entame la seconde phase de sa guerre contre Sparte. Terrible guerre qui dure de -431 à -404, connue sous le nom de Guerre du Péloponnèse. La seconde partie de cette guerre est lancée par l’arrivée des Athéniens en Sicile et par le début d’une lente déliquescence (4) d’Athènes et de la Grèce. La Guerre du Péloponnèse est l’une des origines de la chute de la Grèce. Le théâtre de l’époque répond aussi à certaines règles particulières. D’une part, les tragédies sont plus populaires et plus courantes à l’époque (d’après les traces que les auteurs ont laissé) et ces dernières ne traitent jamais de sujets d’actualités. D’autre part, il est important de garder en tête qu’à l’époque l’ensemble des acteurs était des hommes qui jouaient tous les personnages grâce à des masques. c) Lysistrata Cette pièce de théâtre s’inscrit dans le contexte de Guerre du Péloponnèse. Lysistrata, lassée a enfin une solution, elle va essayer d’en convaincre les femmes de la Grèce entière grâce à un mot d’ordre : « pour arrêter la guerre, refusez-vous à vos maris ». C’est avec difficultés qu’elle arrive à réunir et inciter les femmes à la suivre dans la lutte pour le pacifisme. Cette pièce par ses mots crus, ses situations, est pleine de comique et c’est ce qui lui permet d’être accepter dès sa sortie. Elle représente un personnage contemporain dénonçant la guerre en cours et souhaitant y mettre fin. Aristophane a imaginé le désir comme arme de paix, une arme qui montre des résultats. (3) Déliquescence : Décadence complète ; perte de la force, de la cohésion.

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C’est l’une des premières pièces féministes, elle donne le pouvoir aux femmes et montre que leur action change les choses. d) Les liens entre œuvre et histoire Cette pièce révèle le lourd poids de la guerre du Péloponnèse. Lysistrata et les femmes en ont assez des pénuries, de l’absence de leur mari, du départ de leurs fils et du coûts de la guerre. Les arts de l’époque dénoncent donc la guerre, on y voit un début de contestation de l’autorité grecque et le début de son déclin. De plus, les textes et la liberté qu’ils contiennent montrent le contexte grec d’une liberté de parole et d’une désacralisation du désir.

Les époques, les sociétés accueillent différemment le comique. A l’antiquité, les mœurs étaient bien plus libres et ouvertes. L’influence de l’Église catholique a apporté une certaine rigidité et a obligé les auteurs à prendre leurs précautions. Mais elle s’atténue peu à peu et le traditionnel politiquement incorrect s’affiche plus facilement au théâtre. L’humour est le présent et l’avenir du théâtre d’actualité. Les pièces précédentes nous ont montré que dans le passé le rire permettait de passer un message en se divertissant, mais nous montre aussi les risques pris par l’auteur dans une société peu ouverte aux critiques.

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Mon parcours de spectateur

21/10 L’homosexuel ou la difficulté de s’exprimer & Eva Peron, de Copi mis en scène par Marcial Di Fonzo Bo

07/12 Edmond, mis en scène par Alexis Michalik

14/12 Price, de Steve Tesich mis en scène par Rodolphe Dana

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26/01 Portrait/Paysage (Un album photo), de Nicolas Heredia

09/02 Reversible, par la compagnie des 7 doigts de la mais

05/05 La Femme® n’existe pas, de Barbara Métais-Chastanier

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Un théâtre innovant En ce vendredi 26 janvier à 20h, La Vaste Entreprise a présenté « Portrait / Paysage (Un album photo) » spectacle joué et mis en scène par Nicolas Heredia au théâtre du Pérscope à Nîmes.

Un spectacle en deux parties qui exploite l’espace du plateau d’une façon inattendue et qui modifie les règles du jeu de l’acteur en scène. Les portes du théâtre s’ouvrent, on découvre alors un plateau lumineux, l’artiste nous accueille et nous invite à prendre nous même place sur le plateau. Une pratique nouvelle dans le cadre théâtral qui étonne le spectateur. Très rapidement on se prête au jeu d’être venus ce soir pour découvrir la pièce d’abord en évoluant dans l’espace artistique. Une exposition protéiforme autour d’un album photo chiné ( réunissant de objets commun, des photographies, des diapositives et des textes ) nous impacte étrangement. Chaque spectateur s’attache d’une forme différentes à un détail, une formulation, un parallèle entre deux images. L’artiste présente les éléments sur le même plan, le spectateur crée donc son expérience grâce à l’intensité de l’intéressante composition proposée à ses yeux. Elle confronte les opposés, et nous pousse à lier des éléments entre eux, une simple phrase ou photographie prend alors tout son sens face à une étrange perruque accrochée au mur. Après une demi-heure d’exposition notre cerveau et fin prêt à entendre les mots de Nicolas Heredia qui feront écho à cette expérimentation.

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Spectateurs installés sur leurs sièges, plateau toujours identique, l’acteur se place face à nous. Le cadre théâtral habituel est de retour et on sent dans la salle que le public y est bien attaché. Des bruits courent dans les gradins, le spectacle va « enfin » commencer. L’artiste met alors ses écouteurs et va débuter une réelle prestation. Il réaliste un merveilleux travail, très inhabituel. Il ne connaît pas son texte, les mots lui sont simplement soufflés dans l’oreillette. Ce sont diverses improvisations d’artistes, on y entend des discutions, des réactions ou d’amusant scénarios inspirés des images vu précédemment. Nicolas Heredia montre alors sa capacité d’adaptation et de jeu face à l’inattendu d’une pièce où personne y compris l’acteur ne connaît la prochaine idée transmise. Le spectateur comprend alors que ce soir, les plus belles images produites par ce spectacle resteront les représentations mentales créées individuellement grâce à la confrontation de l’exposition et de l’improvisation de l’acteur. Le récit raconté est décousu, mais le spectateur accepte de choisir le sens et la compréhension du spectacle qu’il est entrain de voir. C’est un spectacle qui offre une forme de liberté dans l’expression théâtrale, c’est à la fois un difficil exercice et un défi qu’il faut relever. La richesse de ce spectacle repose sur ce lien établi entre image et voix et sur cette liberté offerte au spectateur de vivre une expérience différente de son voisin. Cette création artistique montre un véritable travail de l’acteur/metteur en scène pour mêler au théâtre la photographie, la poésie, l’informatique et le sons, à partir d’un objet à la fois banal et, par définition, plein de souvenirs : un album photo. La pièce est donc un mélange entre innovation scénique, technologique, théâtral et ressentis personnels. Le récit, qui ne suit pas un déroulement logique, nous permet même d’intégrer nos souvenirs et notre vécu personnel à l’histoire que l’on se crée. Ce spectacle reste quand même conseillé aux amateurs de créations qui modifient les règles de l’art. Il se situe loin des représentations classiques. Le public doit, pour l’apprécier dans son ensemble, lui accorder un regard particulier.

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Un spectacle profond et grotesque à la fois  En ce mercredi 22 novembre à 20h, le théâtre Bernadette Lafont à Nîmes a présenté « L’homosexuel ou la difficulté de s’exprimer & Eva Peron », spectacle de Copi en argentin sous-titré français, mis en scène par Marcial Di Fonzo Bo.

Deux spectacles en un, tout deux avec une mise en scène et une proposition théâtrale décalée. Les deux spectacles se réunissent par leur humour à la fois noir et obscène. Le public se trouve alors choqué, non plus pas les propos en eux même, mais par son aptitude à rire très fort de situations terribles. Les deux histoires présentent un contexte presque diamétralement opposé ou le seul point commun est l’écriture étonnante et bien particulière de leur auteur : Copi. Ce spectacle mélange les genres, la sexualité, et le pouvoir avec une grosse note d’humour, on se trouve face a des spectacles absurdes mais qui pourtant ont une position politique bien nette. Sur scène des acteurs masculins pour des personnages de tout genre, un parti pris qui ajoute une autre dimension à la pièce. Dans « L’homosexuel ou la difficulté de s’exprimer » la notion de genre s’efface petit à petit, et l’élégance d’Eva Peron, sa joaillerie et ses robes de gala deviennent des accessoires humoristiques dans cette volonté de pouvoir. Le spectacle commence sur un décors de banquise, « L’homosexuel ou la difficulté de

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s’exprimer » apprête à débuter. Une histoire rocambolesque d’Irina et sa « madre » perdues en Sibérie. Un triangle amoureux entre ces deux personnages et Garbo naît. Le spectacle évoque alors la complexité de l’amour. La présence de transexuels sur le plateau s’efface presque et laisse transparaître que le sujet réellement évoqué est l’homosexualité. C’est ainsi que le spectacle vient à figuré les tentatives désespéré qui répondent à l’idée de la société sur ces personnes. La première est la fuite, qui vient à être un événement moteur du spectacle. Mais cette fuite échoue, symbole fort d’une discrimination impossible et éviter, et nous laisse avec des scènes d’automutilations. Cette aspect plus sombre montre la gravité et l’horreur que provoque la marginalisation des individus. Irina incarne ce personnage auto-destructeur, expression de « la difficulté de s’exprimer » signalée dans le titre. L’ensemble toujours clamé avec des mots crus, des mots directs, des situations et mode de jeu exubérant qui provoque sur le spectateur un rire compulsif malgré le drame joué sous ses yeux. Après une entracte pleine d’humour, encore une fois axée sur les genres et la sexualité, « Eva Peron » débute. Cette histoire apparaît elle aussi avec une double lecture. La première est politique, celle de la mise en valeur d’une femme avide de pouvoir. Le culte de sa personnalité rendu ridicule par la présence sur scène d’une femme impolie, grossière, manipulatrice, hurlant et jurant sur tout y compris sa mère. Un violente opposition avec le symbole et modèle qu’elle représente, celui d’une femme proche du peuple. Mais c’est aussi l’histoire tragique d’un femme de 33 ans qui attend de mourir du cancer. Tout est prêt, son mari attend sa mort pour gagner les élections, sa mère sait tout des millions d’euros cachés en Suisse, les médias et les embaumeurs sont à sa porte, mais Eva Peron ne veut pas mourir. On y voit alors une situation d’urgence dont tout le monde sait fatalement la manière dont elle va se terminer. On comprend alors la folie qui grandit peu à peu chez cette femme et on compatis presque malgré le portait répugnant qui nous en est dressé. C’est donc à la fois une pièce politique mais aussi une pièce sur la peur et l’horreur de la mort, précisément lorsque elle nous touche très jeune, lorsque pleins de chose nous reste à accomplir. Cette pièce porte un message fort et le spectateur est toujours porté par le même rire persistant et un peu troublant. Ces deux pièces traitent de deux sujets fort et lourd. La mise en scène et le texte en laisse pourtant une impression légère par un humour omniprésent. Ce spectacle permet de passer un très bon moment et nous laisse en tête des sujets sur lesquels réfléchir.

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Un cris de guerre  En ce jeudi 5 avril à 20h, Keti Irubetagoyena a présenté « La Femme® n’existe pas », réécriture de la Colonie de Marivaux par Barara Métais-Chastanier, au théâtre du Périscope à Nîmes.

L’entrée du spectateur dans la salle se fait à la vue d’un plateau en chantier. Tout est à mettre en place, des bruits de tables, de chaises dépareillées et d’incessants bruits de scotch rythment cette entrée en matière. Des banderoles provocantes sont tendues au milieu de la scène, tout est là pour nous rappeler la précarité d’un hangar ou bâtiment occupé par des radicaux, ceux qui souhaiteraient défendre une cause. Le spectateur est immergé dans le lieu où la lutte sera organisée. Le spectacle s’ouvre sur un parallèle extrêmement pertinent. L’utilisation du terme « bikini » pour désigner la tenue de bain d’une femme inspiré de l’atoll Bikini détruit par les essais nucléaires américains. La première scène nous donne des infos clés sur la suite du spectacle. Un spectacle féministe d’abord, mais qui parle aussi de toute les formes d’oppression. Les américains ont retiré aux bikinois leur atoll,et par leur pouvoir, il ont pu camoufler leur acte comme « service rendu à l’humanité », acte qui en réalité a détruit le lieu de vie d’une centaines de personnes et endommagé l’environnement. Un spectacle qui expose aux yeux du spectateur un grand nombre de discriminations.

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« La Colonie » de Marivaux exprime déjà cela, mais sa réécriture apporte de nouveaux éléments. Elle appuie notamment sur les discriminations raciales. Le texte remis au goût du jour par Barbara Métais-Chastanier fonctionne, les transitons sont fluides et difficiles à percevoir. De plus c’est une variation, la majorité du texte reste donc tirée de l’original. La conservation du texte montre qu’entre le XVIIIe siècle et aujourd’hui les même thématiques existent. La lenteur de l’avancée des droits de femmes, la persistance des inégalités sociales et la persistance du racisme sont mises en relief. Le texte de Marivaux, déjà féministe pour l’époque, expose le lien entre oppresseur et opprimé. La réécriture , elle, ne s’arrête pas là. L’opprimé se retrouve toujours oppresseur d’un autre, les liens et comportements sociaux sont analysés. L’histoire raconte la lutte acharnée des femmes, pour avoir une part du pouvoir, à la refondation d’un État sur l’atoll de Bikini. Prêtes à tout pour y arriver, elles décident de le plus avoir de contact avec les hommes jusqu’à ce qu’ils leurs donnent raison. Certaines femmes se retrouvent tiraillées entre défendre leur cause et la peur de se voir obligées de vivre en autarcie. Un couple de jeunes figure cela à merveille, et l’on voit en eux la nécessité de la coexistence et de l’entraide respectueuse des hommes et des femmes. Le jeune amoureux, issu de la réécriture, est un homme féministe. Homme qui semble comprendre que sa relation ne sera que renforcée par l’égalité, et l’accès des femmes au pouvoir. Une pièce réussie, provocante et fièrement féministe. Le spectateur doit tout de même porter attention à ne pas emprunter de raccourcis qui le mèneraient à une compréhension biaisée de la pièce. On peut facilement en faire une lecture très radicale, mais en réalité c’est un spectacle plein de nuances et de remise en question.

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Photographie intitulée «The ghost of ellis island» prise par l’artiste JR

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CONCLUSION: Mes trois années de théâtre m’ont permis de comprendre le sens d’un groupe, d’enrichir ma culture théâtrale et de découvrir le goût du plateau et des projecteurs. L’option théâtre du lycée m’a fait comprendre la notion de groupe. Réunis pour monter un spectacle ensemble, chaque semaine, on sent que notre présence est nécessaire, même si la scène travaillée ne nous engage pas sur le plateau. L’esprit de groupe se crée alors, l’idée que notre pièce sera produite par tous et enrichie par nos individualités. Ma culture théâtrale a été non seulement enrichie par les cours théoriques, mais aussi par l’intérêt que l’option nous incite à développer. Ainsi, ce n’est pas seulement une culture classique ou nationale qui m’a été acquise mais aussi une culture régionale : des artistes pas forcément reconnus, des salles de théâtre, des lieux de lecture tout près de chez moi. Aussi, les thèmes que nous avons abordé m’ont apporté des connaissances et des points de vue sur le féminisme et la problématique des migrants. Mon parcours de comédienne, m’a permis de prendre de l’assurance sur le plateau et surtout de travailler ma voix. Depuis toujours, lors d’un quelconque exercice oral, ma voix était systématiquement trop faible et basse. Mes premières années de théâtre, en travaillant sur ma respiration, m’ont permis de dépasser ce problème. Aujourd’hui, j’arrive, grâce à ces exercices, à porter ma voix et passer le quatrième mur. Le théâtre m’a enrichi et m’a ouvert vers de nouveaux centres d’intérêt, en me créant de merveilleux souvenirs et de superbes rencontres. C’est avec émotion que je quitte l’option et avec nostalgie que je l’évoquerai plus tard.

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INDEX: Courte scène écrite avec Nicolas Heredia :

Dans une voiture, sur un parking de piscine, deux sœurs, une assise à la place passager, l’autre à l’arrière. A: Il est où papa ? Je suis fatiguée, j’ai faim, il fait nuit ... B: Je crois qu’il est dehors, il doit finir de ranger ses affaires ... Ah non ! Il discute avec quelqu’un. A: (Se retourne) Super, il parle dans le vide je vois personne. B: Anais ... Il est noir, c’est vachement raciste. A: Pardon (Rires gênés) B: Bon ferme les portières quand même on sait jamais... A: C’est vrai, sûres de rien, tu te souviens de la fois ou il a « avancé » de l’argent (Rires), il est capable de recommencer. B: Il est capable de lui donner notre carte de piscine. (Toujours en riant) A: Pire ! De le prendre en stop ! (Rires) Père : Les filles, poussez les affaires, on amène le monsieur à la gare.

Les deux filles, debout face au public. B: Sur le trajet, dans un très mauvais anglais, l’homme nous explique qu’il vient du Nigéria. A: Il est arrivé par bateau en Italie après un voyage de plusieurs semaines. B: Il était extrêmement poli et reconnaissant. A: Et nous nous sommes méfié. B: Nous n’aurions pas du, mais réfléchissez, comment auriez vous réagit à notre place ? Travail d’écriture avec Nicolas Heredia

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Dossier de théâtre, baccalauréat - Anaïs Garay  

Dossier de baccalauréat, section théâtre écrit par Anais Garay. Mise en page par Naomi Garay

Dossier de théâtre, baccalauréat - Anaïs Garay  

Dossier de baccalauréat, section théâtre écrit par Anais Garay. Mise en page par Naomi Garay

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