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Sylvain Lafrance et la radio de Radio-Canada (2004)

C’est dans ce créneau que nous devons retrouver les chaînes du service public. Nos plateformes de diffusion ne seront pas des « amalgames » de contenus venus de partout, mais des « lieux », des « espaces » de création, d’émotions, d’information et de diffusion. L’enjeu pour la Société Radio-Canada, c’est de renforcer SA sonorité, SA présence à l’écran et sur le Web et de les décliner sur des offres médiatiques distinctes et dotés de personnalités propres. On voit tout de suite apparaître les limites de certaines des philosophies trop technologistes de « Content management » et surtout, l’importance de « calibrer » nos investissements entre le type de programmes conçus pour usages horizontaux (trans-média) et ceux qui doivent coller aux préoccupations et aux valeurs d’offres spécifiques comme ARTV, la Chaîne culturelle ou Country Canada. En fait, le glissement actuel entraîné par une obsession technologique nous éloigne de ce qui me semblait être notre approche de gestion depuis deux ans : diminuer les investissements dans les structures et les systèmes pour réinjecter de façon optimale dans la production de programmes. Ce débat sur l’équilibre entre les programmations horizontales et verticales doit précéder tout débat de fond sur les outils, les processus, les structures et les investissements. Considérer la convergence comme une évolution naturelle, Darwinienne et incontournable ou comme un investissement inévitable, serait à tout le moins actuellement prématuré. Le véritable enjeu des médias de service public, le véritable défi, est un défi médiatique plus qu’un défi technologique ou managérial.

En conclusion Vous aurez bien compris que mon biais, c’est que nous sommes actuellement très tentés, voire obsédés par les discours technologistes et industriels, et trop peu centrés sur les véritables enjeux qui façonneront le service public de demain. Les décisions liées au « Content management » ou plus récemment au « Content development » me semblent dirigées entièrement par des questions de processus et de technologies et ne s’accompagnent pas suffisamment de débats de fond sur les enjeux « programmes » ou sur les enjeux liés aux rôles fondamentaux que nous devons jouer pour dessiner le paysage médiatique canadien de la prochaine décennie. Pourtant, dans mon esprit, les principaux enjeux ne sont ni technologiques, ni industriels. La convergence des technologies ou les « synergies » inter-médias n’ont de sens que si elles entraînent de véritables économies d’échelle ou encore un véritable enrichissement des informations transmises à l’auditoire. Au moment où s’accentue le débat sur la mondialisation et le danger qu’elle représente au niveau des identités culturelles, nationales et régionales, le service public devient plus essentiel que jamais.

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Sylvain Lafrance et la radio de Radio-Canada  

La radio de Radio-Canada : petite histoire

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