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Sylvain Lafrance et la radio de Radio-Canada (2004)

Anecdote personnelle. J’étais à la maison lundi soir. Le débat sur le leadership libéral dérape quand Paul Martin et Allan Rock diffèrent d’opinion sur les règles d’adhésion au parti. Paul Martin s’écrit : « J’en ai marre (I’m fed up) ». Le soir à la maison, toutes les télés, toutes les radios répétaient inlassablement ce « J’en ai marre ». La plupart des sites Web en offraient la version audio-vidéo. Il m’aurait sans doute été possible d’entendre 500 fois ce « j’en ai marre ». Malgré tout, les médias continuent sur cette obsession de créer de nouvelles plateformes pour distribuer plus du même contenu. Pourtant, et j’y reviendrai plus tard, c’est la spécificité des médias qui sera leur planche de salut, et non leur capacité à répéter inlassablement les mêmes contenus. En fait, plus l’information, l’émotion ou la personnalisation est considérée comme une marchandise, plus nous nous éloignons du rôle fondamental, qu’est celui de l’information, particulièrement dans le service public, le rôle de nourrir le débat démocratique et de permettre aux citoyens de faire des choix plus éclairés.

À titre d’exemple, l’idée maintes fois évoquée de créer une structure horizontale et centralisée pour la production des nouvelles, m’apparaît comme l’expression claire d’une obsession industrielle et technologique excluant toute réflexion de nature journalistique. Pour une radio, se priver d’un système spécifique de cueillette des nouvelles, c’est se priver de sa capacité d’expliquer, de contextualiser ou de personnaliser toute forme d’information qui pourrait aider ses auditoires à comprendre. Une radio est un lieu, un espace, doté de ses valeurs et d’un discours spécifique – C’est un tout. L’expérience de la BBC en matière de bi-média démontre bien les dangers de dissocier une antenne, avec ses valeurs et sa personnalité, de sa compétence clé, l’information. « Radio 5 » est récemment revenue dans le giron des services de radio justement pour cette raison. Plus que le phénomène de concentration, c’est l’obsession « industrielle » des médias qui constituent actuellement la plus grande menace à la qualité de l’information et du débat citoyen dans ce pays. L’AVENIR DES MÉDIAS Quels médias souhaitons-nous offrir aux Canadiens dans un horizon de cinq ans? C’est une question fondamentale qui doit précéder de loin la question des outils ou des plateformes. L’univers médiatique est de plus en plus fragmenté et cette tendance continuera de s’accentuer. De plus en plus de chaînes naîtront, qui ne feront que redistribuer des programmes déjà disponibles autrement en tentant de se créer une petite place dans cet univers. Je poserai ici une hypothèse; les chaînes qui se distingueront dans quelques années, seront celles qui auront réussi à se doter d’une personnalité spécifique, d’un caractère distinct, d’un bouquet de valeurs susceptibles de créer la fidélisation de l’auditoire. Ces chaînes seront synonymes de qualité et d’enrichissement de l’espace public.

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Sylvain Lafrance et la radio de Radio-Canada  

La radio de Radio-Canada : petite histoire

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