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Sylvain Lafrance et la radio de Radio-Canada (2004)

soi, de créer un encadrement abstrait fondé sur une culture d’entreprise, des valeurs partagées, un fil conducteur. Alain Saulnier, directeur général de l’information radio et chef des politiques journalistiques Avec en poche une maîtrise en sciences politiques, Alain Saulnier a rapidement intégré la grande équipe de Radio-Canada où il a pris une expérience diverse, en tant que journaliste, recherchiste, réalisateur, notamment pour la télévision. Entre une courte escapade à Radio-Québec et son implication intensive à la Fédération professionnelle des journalistes du Québec, il a toujours été très près de l’information et des affaires publiques, quelle que soit sa tâche. En avril 1997, il a intégré l’équipe des nouvelles à la radio de Radio-Canada pour devenir, cinq ans plus tard, directeur général de l’information radio. Lui qui avait longtemps rugi contre les patrons avait envie de se hasarder à les surpasser. Malgré des journées longues et chargées, Alain Saulnier dit trouver un grand plaisir à être patron. C’est probablement parce qu’avant tout, il a réussi à atteindre un équilibre fondamental pour lui entre vie personnelle et vie professionnelle. C’est d’ailleurs une des raisons pour laquelle il a accepté un poste de direction à la radio, et non à la télévision qui exige des heures tardives incompatibles avec la vie de famille. Très tôt le matin à son poste, il a ainsi le loisir de s’occuper de son enfant en fin de journée. Un équilibre qu’il ne serait certes pas prêt à sacrifier et qui ne l’empêche pas, pourtant, d’être disponible 24 heures sur 24, comme l’impose son mandat, alors que ses journalistes correspondants à travers le monde peuvent avoir des urgences à régler en tout temps. En tant que dirigeant, il apprécie avoir les moyens d’établir une certaine influence sur les événements, un pouvoir qui contribue à l’avancement, un pouvoir au service des valeurs qui lui sont chères et qu’il retrouve dans son milieu de travail, et qu’il partage avec ses collègues. Des valeurs qui portent un service public fort et utile. Alors que certains préjugés persistent quant aux gestionnaires de service public, il s’exprime librement sur cette notion de service public en laquelle il croit sincèrement : Nombreux sont ceux qui accusent, ou ont accusé, les services publics de ne pas savoir gérer… et la tentation a peut-être été grande, pour certains, d’emprunter au privé ses modèles d’affaires. Pourtant, alors que jusqu’à récemment le privé semblait toujours avoir raison, plusieurs scandales récents, ici et là, mettent en lumière ses faiblesses. Ici, à la radio, nous avons toujours appliqué un modèle économique qui prenait en compte les notions de service public. Et c’est vrai que nous avons aussi développé une meilleure gestion. Tout en conservant des éléments très clairs, dont le goût de servir un auditoire payeur de taxes dont nous devons respecter la pluralité d’opinion. Nous avons donc la responsabilité d’offrir une très grande diversité à notre antenne. Un service public riche, capable de donner une référence de qualité, résulte à mon avis en une société plus avancée sur le plan de ses valeurs. Et je crois que notre radio publique contribue, en quelque sorte, au rehaussement de la qualité de vie des citoyens.

Mais si les convictions sont solides, la tâche reste parfois complexe, surtout en ce qui concerne la gestion d’une équipe de journalistes, intellectuels et penseurs, à l’esprit bien structuré, dont les commentaires peuvent être adroits et tranchants. Selon Alain Saulnier, outre le fait qu’il faille avoir une expérience personnelle du métier, être soi-même informé est une règle de base Copyright © HEC Montréal

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Sylvain Lafrance et la radio de Radio-Canada  

La radio de Radio-Canada : petite histoire

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