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Sylvain Lafrance et la radio de Radio-Canada (2004)

Fausse menace numérique et gestion des nouveaux médias La radio numérique est une réalité qui s’approche : elle demeure coûteuse mais devient plus accessible. Cette technologie, qui offre une qualité sonore aussi grande que celle du disque compact et qui permet d’écouter sa chaîne préférée sans variation de fréquence quel que soit l’endroit et avec un son constant, entraînera des changements dans les règles du jeu de la radiodiffusion. Puisque chaque chaîne de radio numérique aura une puissance égale, aucune station ne pourra plus profiter d’une antenne plus puissante que les autres. Aussi, le récepteur numérique, grâce à son petit écran, rend possible la transcription de quelques lignes de textes : avantage intéressant à exploiter, en ce qui concerne la réception de courriels par exemple. On peut même imaginer qu’il permettra des privilèges tels que l’accès à des concerts exclusifs, grâce à une carte d’abonnement informatisée. Depuis une quinzaine d’années, l’univers médiatique est hanté par une obsession technologique telle, qu’elle inhibe un certain sens critique. Les nouvelles technologies, assure-t-on, agiront comme un raz-de-marée, bouleverseront tout sur leur passage, ne laissant qu’un grand territoire ultra moderne dont tous les horizons convergeront vers une unique direction. Cela promet d’être la voie du futur dans ses promesses les plus flamboyantes. Il faut donc s’empresser d’investir massivement dans la technologie, au risque de disparaître… « Faux! », s’insurge le vice-président de la Radio française et également responsable des Nouveaux Médias. « Une énorme confusion règne : on assimile convergence des technologies et convergence des médias. Tout le monde va vers le numérique, c’est vrai, mais il n’y a aucune convergence dans le monde des médias, dans le rôle du média1. » C’est une erreur fondamentale puisque cette supposée convergence des médias n’existe pas : la radio s’écoute dans des conditions tout à fait différentes de la télévision, qui elle-même a ses modalités propres, comme tout autre média. Accroissant, peut-être, la méprise, cette « obsession de certains dirigeants de médias qui porte sur la capacité de distribution multi plateformes à l’infini des mêmes contenus, et non sur la qualité et la diversité intrinsèques de ces contenus. Les médias copient des médias qui copient des médias pour créer plus d’écoute des mêmes contenus2 ». En fait, le numérique ne menace pas d’aplanir les frontières entre les médias, de les faire disparaître; il est plutôt une occasion d’échange offrant de nouvelles capacités de communication intermédiatique. Les motivations et les lieux d’écoute de la radio n’ont pas fondamentalement changé depuis plusieurs décennies. Il faut s’attacher à comprendre le produit et à le respecter : « plus que jamais, faire de la radio », prône solennellement Sylvain Lafrance qui continue sur sa lancée : Être nous-mêmes plus que jamais, avec une ambition décuplée de faire de la radio. Nous nous sommes concentrés là-dessus, développant une stratégie très proche de la radio, entièrement adaptée à notre produit et fondée sur une connaissance d’un marché qui est celui de la radio. Et à partir de ces connaissances, distinguer notre radio. Ce qui, d’ailleurs, nous a permis d’accroître notre distance avec les privés, un écart pratiquement infranchissable. Ils peuvent améliorer leurs salles de nouvelles avec la fine pointe de la technologie, ils peuvent réviser la routine d’analyse… mais nous avons développé un champ d’expertise unique dans le monde de la radio, une distinction qui risque de s’intensifier. 1

Voir l'annexe 4 : texte de Sylvain Lafrance, La convergence.

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Extrait tiré de La convergence, par Sylvain Lafrance. Voir l'annexe 4.

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Sylvain Lafrance et la radio de Radio-Canada  

La radio de Radio-Canada : petite histoire

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