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Sylvain Lafrance et la radio de Radio-Canada (2004)

musique. Et surtout, surtout, préserver cette qualité du son, une qualité des enregistrements qui est la nôtre. Créer l’atmosphère d’un grand studio avec au centre un piano et des gens qui circulent tout autour, arrivant à l’antenne, à leur rendez-vous…

Forger une radio culturelle différente, dans un espace qui lui soit unique, dégager le caractère distinctif de la seconde chaîne francophone de radio, voilà un défi d’envergure. Façonner le caractère distinctif de la Chaîne culturelle est une opération d’autant plus délicate que le danger d’absorber, dans l’opération, le public de la Première Chaîne n’est pas négligeable : alors que près de la moitié des auditeurs de la Première Chaîne se branche régulièrement à la Chaîne culturelle, la haute direction est particulièrement consciente du risque. « À quoi servirait de lancer une émission le matin animée par Christiane Charrette, même très centrée sur la culture… elle entrerait en concurrence directe avec l’émission de René Homier-Roy. On ne ferait que déplacer l’auditoire radio-canadien », commente Sylvain Lafrance. Peu à peu, la réflexion s’approfondit, une orientation se dégage. Changer la forme de la Chaîne culturelle pour la rendre davantage radiophonique, en essayant, le plus possible, d’éviter une rupture trop évidente. Donner un son nouveau à l’antenne pour créer cette chaleur, cette accessibilité, et favoriser le rapprochement avec les auditeurs. Pour ce faire, la stratégie de la Chaîne culturelle ne prévoit pas s’appuyer sur des animateurs porteurs, contrairement à la formule de la Première Chaîne. Il n’est pas question de mettre en péril la qualité de l’animation et la crédibilité de ses artisans puisque les objectifs poursuivis ne sont pas les mêmes. Et la Chaîne culturelle doit trouver son identité propre par des moyens qui lui sont adaptés. Une réelle métamorphose reste à venir : une radio essentiellement musicale, la disparition de plusieurs émissions, et la présentation différente des contenus maintenus. La réflexion, longuement mûrie, a porté ses fruits. En mai 20041, dans un vent d’espoir printanier, Sylvain Lafrance, vice-président de la radio publique, dévoilait en conférence de presse la nouvelle voie de la Chaîne culturelle. Des changements historiques, qui marqueront les annales de la société publique. En plus de changer de nom, la deuxième chaîne verra 90 % de sa programmation modifiée pour se consacrer exclusivement à la musique classique, au jazz, à la chanson française et aux musiques du monde. La Première Chaîne, radio généraliste et d’information, prendra en quelque sorte la relève alors que lui sera transféré un certain contenu culturel, par l’ajout à sa programmation d’une douzaine d’heures par semaine. La nouvelle chaîne musicale, dont le nom et la programmation seront dévoilés lors du lancement au début septembre, sera dirigée par Christiane Leblanc, qui succèdera à Andrée Girard. Évidemment, ce n’est pas sans remous que la nouvelle a été accueillie, plusieurs intellectuels et auditeurs ont été ébranlés, choqués même, de voir disparaître ce qu’ils considéraient comme « un espace sacré de liberté d’être, de penser et d’écouter2 ». Si tous semblent admettre volontiers que des changements s’imposaient, c’est tout un débat culturel qui est lancé. Un dossier à suivre.

1

Voir les annexes 2 et 3.

2

Citation tirée de l’édition du samedi 29 et dimanche 30 mai 2004, Le Devoir, « Disparition de la Chaîne culturelle de RadioCanada – La culture, c’est se tenir debout dans la masse », par Aline Apostolska. Voir l'annexe 3.

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Sylvain Lafrance et la radio de Radio-Canada  

La radio de Radio-Canada : petite histoire

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