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Sondage exclusif Ifop/Mouvement de la Paix (P.16)

L’info pacifiste : www.mvtpaix.org La paix en mouvement

3,20 euros / N° 571 / Avril 2012

français réclament l’élimination

des

des

des

armes atomiques

français demandent débat public un

sur les

dépenses militaires


Chambéry (73)

REGARD SUR...

Bagnolet (93)

24 et 25 mars 2012 Journée nationale d'action pour la réduction des dépenses militaires et l'abolition de l'arme nucléaire

Istres (13) Laragne (05)

Villejuif (94) Annecy (74)

Brive (19) 2

N° 571 - Avril 2012 - Planète PAIX

Perpignan (66)


Sommaire

l’Édito

Planète Paix n° 571 - Avril 2012

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Campagne

P.6/7/8/9 La vision de Jean-Luc Mélenchon Le ton gaullien de Nicolas Dupont-Aignan Le radicalisme deNathalie Arthaud présidentielle P.10 Le sondage Ifop présidentielle

11

Majoritaires nous sommes

D

dossier

Les médias entre guerres et paix Les Radios du monde

P. 1 2 / 1 3

Les ‘ondes de la paix’ de l’ONU Victimes de guerre

P.14

Les journalistes sur le front de l’info Soutien aux médias

P15

La fondation Hirondelle

17

portrait

Échos antimilitaristes En hommage à Jean Bacon

19

P.17

Pierre Villard, président du Mouvement de la Paix

‘‘ Ce sondage

mondialiser la paix

L'Afrique nucléaire L'uranium out of Africa

P.18/19

révèle que les

La violence au quotidien

P.20/21

pacifistes ne sont

Colombie : une paix introuvable ?

22

pas en décalage avec la société.

culture

en marge de Fukushima

’’

P.22

Les sports de rue, vecteurs de paix Livres contre le nucléaire

P.23

Les dégats français Un nouveau créneau

Mensuel édité par le mouvement de la paix

9, rue Dulcie September, 93400 Saint-Ouen Tél.  01 40 12 09 12 Fax : 01 40 11 57 87 planete.paix@mvtpaix.org

Directeur de publication : Pierre Villard Rédacteur en chef : Ben Cramer Conception maquette : Chérif Beldjoudi Graphiste - maquettiste : Laurence Leclert.  Comité de rédaction : Raoul Alonso, évelyne Aymard, Roger Billé, Nadia Bennad, Nicole Bouexel, Jacques Le Dauphin, Annie Frison, Roland Nivet, Claude Ruelland, Jean-Paul Vienne, Pierre Villard. Photos et illustrations : Tous droits réservés. Onu Ont participé à ce numéro : Pierre Villard, Guillaume Chevalier, Arielle Denis,,Maurice Lemoine et Christophe Ventura.Sarah Testard, Camille Saïsset, Marion du B.I.P. Gestion des abonnements : Nassera Macrez, tél.  01 40 12 09 12. ISSN 1773-19241. Numéro de commission paritaire : 0709G85601. Imprimeur : Compédit Beauregard - 61600 La Ferté-Macé

Bon d’abonnement à Planète Paix page 16

ans quelques jours, les Français éliront leur Présidente ou leur Président de la république. Bien que futur chef des armées, avec la responsabilité d’appuyer, ou non, sur le bouton atomique, les prétendants n’auront guère abordé les questions de politique étrangère, de défense et plus globalement de la construction de la paix. Est-ce à dire que ce sujet n’intéresse personne ? Le sondage commandé à l’IFOP par le Mouvement de la Paix et que nous publions ce mois-ci montre le contraire. 78% de nos concitoyens souhaitent que la question des dépenses militaires soit davantage présente dans le débat public. Et s’il fallait réduire les dépenses publiques, c’est à la Défense et à l’armée (37 %) qu’ils conseillent prioritairement de s’en prendre plutôt qu’aux retraites (2%) ou à l’éducation (1%). Alors que la classe politique s’est bruyamment félicitée de la promesse de vente de Rafale à l’Inde, voilà que 56% ne sont pas favorable à ce que la France exporte ses armements et sa technologie militaire. Malgré l’évidence propagée de la dissuasion, 64% ne sont pas favorables à ce que la France modernise et renouvèle ses armements nucléaires. 73 % des Français sont favorable à la réduction des dépenses militaires. Ce sondage révèle que les pacifistes ne sont pas en décalage avec la société et que leurs revendications sont majoritairement partagées. Cela doit donner confiance et encourager à se tourner avec ambition vers cette population en prise avec une crise qui n’a rien de fatale et dans laquelle les choix des dépenses militaires jouent un rôle structurel prééminent. Depuis plusieurs mois, Planète Paix a tenté d’aider ses fidèles lecteurs à y voir plus clair. Nous avons publié les réponses des candidats au fur et à mesure de leur réponse. Il en manque à l’appel, mais le débat n’est pas clos. Dans quelques semaines, des milliers de candidats aux élections législatives se présenteront à nos suffrages. Forts des enseignements de ce sondage exclusif, faisons part des exigences citoyennes pour la Culture de la paix, et demandons des engagements fermes. Nous sommes la majorité.

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Courrier des lecteurs

 Présidentielle et sélection J'avais trouvé excellent la démarche incluse dans PP de février pages 6 et 7 : récapituler les déclarations des prétendants à la présidence de la République passés sur les sujets de la politique étrangère et de la défense. Par contre, en tant que lecteur, j'aurai aimé connaître la raison pour laquelle il n'est rien cité de Jean Luc Mélenchon, pourtant annoncé dans le numéro précédent. La longueur des articles peut laisser supposer que le Mouvement accorderait plus d'importance à tel candidat plutôt qu'à tel autre (voir pages 6 à 9 PP mars). Je pense qu'il ne doit en être rien : le mouvement de la Paix a décidé de s'adresser pareillement à chaque candidat et de n'en plébisciter aucun. P.F Présidentielle et sélection Depuis le N° 566 de “Planète Paix“, et l’article fort désobligeant et un tantinet méprisant signé des seules initiales B.C. “La Paix en pointillés“, je constate une dérive dans la ligne éditoriale de la revue qui m’interroge. C’est vrai que, dans le programme “ l’Humain d’abord “, page 75, il n’y a que quatre paragraphes qui concernent une politique au service de la paix. Mais ces quatre paragraphes contiennent toutes les orientations fondamentales d’une politique pacifiste pour la France dont la démocratisation 4

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Opinions, Suggestions, Observations ! Envoyez-nous vos messages pour qu’ils soient diffusés dans le journal et sur le site Internet du Mouvement www.mvtpaix.org. écrire à : Mouvement de la Paix 9 rue, Dulcie September, 93400 Saint-Ouen. Courriel : planete.paix@mvtpaix.org Les réflexions suivantes sont destinées au débat et n’engagent donc que leurs auteurs.

de l’ONU, le retrait de l’OTAN et la disparition de celle-ci, le rappel des troupes envoyées en Afghanistan, la suprématie du droit international sur la force, le droit du peuple palestinien à un État viable et indépendant avec Jérusalem – Est pour capitale, le droit au retour des réfugiés, le voisinage pacifique avec l’État d’Israël conformément aux résolutions de l’ONU, la dénucléarisation, le désarmement multilatéral et contrôle de tous les types d’armement dans l’esprit de la culture de paix promue par l’Unesco et les Nations Unies. Que dire de plus ? Surtout si l’on tient compte du fait qu’un programme politique a d’autant plus de chances d’être lu qu’il est concis. La confirmation de cette dérive atteint son plus haut point avec le N° 569, pages 6 et 7 : le panel des candidats à l’élection présidentielle interviewés est exactement celui des grands médias, y compris les pseudodébats télévisés. Il va de l’extrême-droite, avec Marine Le Pen, à François Hollande, saute par dessus ce qui est sans doute un espace vide et reprend à l’extrême-gauche, avec Poutou. Or, chacun sait que ces grands médias sont pour la plupart dans les mains des grands fabricants d’armes, qui en font aussi un commerce très rémunérateur  : Lagardère, Dassault, etc. Soit directement, soit à travers des filiales interposées. Nous sommes là bien loin des initiateurs du Mouvement de la Paix, dont le couple de physiciens Joliot-Curie. Je rappelle au passage que l’activité pacifiste de Frédéric Joliot, fondée sur ses connaissances en physique nucléaire, lui a coûté son poste de Haut-commissaire à l’Énergie atomique, révocation décidée le 28 avril 1950 en conseil des ministres. A.K

Précisions de la rédaction Dès l’automne, Planète Paix s’est interrogé sur la manière de rendre compte de l’élection présidentielle. Notre objectif était de favoriser la connaissance des différents programmes, de manière comparative et transversale. Tous les candidats ont reçu une série de questions que nous leur proposions de traiter. Dès lors, nous avons dû nous adapter au rythme des réponses, ce qui nous a conduit à ne pas être en mesure de réaliser ce que nous avions prévu et annoncé. Planète Paix ne choisit aucun candidat, ni aucune candidate. Ainsi, seules les équipes de Eva Joly, Philippe Poutou et Jean-Luc Mélenchon ont pris le temps de répondre pour éclairer nos lecteurs. L'ONU liste les pires auteurs de violences sexuelles dans les conflits Le rapport annuel des Nations Unies sur les violences sexuelles dans les conflits nomme pour la première fois les noms de plusieurs groupes armés soupçonnés d'être parmi les pires auteurs de ce type de violences à travers le monde. Le rapport cite ainsi l'Armée de Résistance du Seigneur (LRA) en République centrafricaine et au Soudan du Sud, des milices armées et d'anciennes forces armées en Côte d'Ivoire, et les forces armées de la République Démocratique du Congo (RDC). Ce rapport a été présenté au Conseil de sécurité par la Représentante spéciale du Secrétaire général des Nations Unies sur la violence sexuelle dans les conflits, Margot Wallström. « L'histoire montre que 'après la guerre'n'est pas synonyme avec 'après les viols'. Au Libéria, j'ai vu comment la violence sexuelle commise pendant la guerre civile a laissé des cicatrices profondes sur la société », a dit la Représentante spéciale en rappelant que « la paix n'est pas simplement l'absence de conflit, mais l'existence de justice ». La violence sexuelle a souvent été utilisée comme moyen de pression ou de répression

politique, comme ce qui s'est passé en Libye, en Égypte et actuellement en Syrie. Les viols ont également eu une fonction d'intimidation dans un contexte pré-électoral. C'était le cas au Kenya, en Guinée ou encore en Côte d'Ivoire. « A cause de la honte et de la stigmatisation des victimes, la plupart des survivants pensent avoir plus à perdre qu'à gagner en déclarant les crimes qu'ils ont vécus. Une collecte de données plus performante est donc liée à un soutien plus fort aux victimes. Notre premier souci doit toujours être les besoins des victimes et non pas le nombre de victimes. La collecte de données n'est pas un objectif en soi, mais une base pour agir », a indiqué Mme Wallström. « Je rappelle que ce Conseil a déjà changé sa perception des viols. La Convention de la Haye de 1907 considérait les viols en temps de guerre comme un crime contre l'honneur familial'. Aujourd'hui la violence sexuelle est perçue comme une véritable menace contre la sécurité. Cela a donné de la crédibilité aux victimes et au final, c'est pour ce genre de transformation des mentalités que nous travaillons », a dit Mme Wallström.

Rectificatif Planète Paix a omis de citer les sources d’un encadré sur certains coûts du programme d’armes nucléaires (cf PP 570). Ces chiffres sont extraits d’un document publié par Armes nucléaires STOP et le Réseau sortir du nucléaire. Déontologie oblige, PP présente ses excuses aux rédacteurs de cette plaquette.


EN EXPRESS ...

REPÈRES ... Les Guignols du désarmement « Le Vieux continent et les bases américaines qui y sont implantées sont potentiellement menacées par les missiles iraniens dont la portée atteint 1900 km » Véronique Guillermard, le Figaro, 24-25 mars

Les dépenses militaires en Europe Selon le dernier rapport (annuel) de l'Institut international d'études stratégiques (IISS) de Londres, les dépenses militaires en Europe ont été amputées à cause de la crise économique. Le Royaume-Uni, qui a le plus gros budget militaire en Europe, a réduit le budget du ministère de la Défense d'environ 8% sur quatre ans, dans le cadre du plan d'austérité mis en place fin 2010. Entre 2008 et 2010, il y a eu des réductions des budgets de défense dans 16 pays européens membres de l'Otan. Dans une bonne partie de ces pays, les baisses estimées ont dépassé les 10%", a affirmé le directeur général John Chipman.

Le chiffre du mois... L’ouvrage de Stéphane Hessel « Indignez-vous ! » paru aux éditions Indigène a été vendu à 4,5 millions d’exemplaires dans 35 pays depuis sa sortie en 2010.

IMAGE DU MOIS

Nicolas Chouan, la guerre et la justice Nicolas a fait plusieurs tentatives de suicide. Il est marqué à vie. Stress post-traumatique, consécutif à des missions ‘difficiles’ en fait insoutenables en Côte d’Ivoire (2003 et 2004-5) et en Afghanistan (2006). A 38 ans, il a donné 12 ans de sa vie à l’armée, dont presque dix ans au 126ème RI de Brives-laGaillarde, spécialisé dans les OPEX et dont l’emblême est « fiers et vaillants ». En guise de reconnaissance pour les services rendus à la Nation, l’armée lui a enlevé la santé et l’a privé de son honneur de combattant. Dur. Pourtant, comme dirait son psychiatre, « s’il y a des gens qui reviennent ‘cassés’ des OPEX, ce n’est pas normal de ne pas réparer». Depuis le ‘procès’ que

l’armée a gagné en octobre 2010, la famille Chouan a contacté l’Association Républicaine des Anciens Combattants, l’ARAC. Son antenne à Brest a fait le lien avec le Mouvement de la Paix. Pas question de baisser les bras. Une pétition a déjà recueilli plusieurs centaines de signatures. Que Nicolas bénéficie d’une pension et d’une vraie expertise, quel que soit l’état bidon de son carnet militaire, c’est le minimum à attendre de la procédure en appel, prévue le 6 avril. Objectif : que l’armée assume ses dégâts, lorsque le boulot qu’elle réclame à ses hommes leur fait perdre la tête. B.C.

Jeju : manifestation récente contre la base en Corée du Sud (cf Planète Paix n° 566)

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campagne présidentielle

La vision de Jean-Luc Mélen Suite à la présentation générale des propositions de quelques candidats (PP 569), les positions de Philippe Poutou et Eva Joly par rapport au désarmement et surtout nucléaire, (PP 570), le candidat Jean-Luc Mélenchon répond à nos questions grâce au travail de son équipe de campagne.

F

orces Nucléaires et dissuasion

Planète Paix : : Pour ou contre le maintien d'une posture de « stricte suffisance » de la dissuasion nucléaire ? Si oui, à combien de têtes nucléaires opérationnelles devrait se chiffrer cette « suffisance » ?

Jean-Luc Mélenchon : Notre programme se prononce pour un désarmement nucléaire multilatéral. Au fur et à mesure de la réduction des arsenaux, notamment des États-Unis et de la Russie, la France réduira le nombre de têtes nucléaires, en conformité avec le principe de la réciprocité qui guidera notre action. En l’état actuel, il ne serait pas raisonné d’entamer un désarmement unilatéral, et la dissuasion demeurera donc un élément essentiel de la stratégie de protection de la France. Mais la doctrine de dissuasion ne saurait souffrir la moindre approximation, ce qui nécessite de réaffirmer son caractère strictement défensif. Nicolas Sarkozy a au contraire nui à notre crédibilité. D’abord en signant un partenariat de défense, avec les Emirats Arabes Unis, qui engage la France à utiliser tous les moyens militaires dont elle dispose pour défendre cet État. Il a, ce faisant, condamné la France à s’exposer à une situation où elle devrait décider soit d’engager l’arme nucléaire dans un conflit qui ne menacerait en aucun cas ses intérêts vitaux, soit de renier sa parole. Il faudra au minimum opérer une révision de ce partenariat. Surtout, il a capitulé en 2010 face aux États-Unis en acceptant de participer au projet de bouclier antimissile. Celui-ci remettrait en cause la fonction strictement défensive de la force de frappe française, en l’intégrant et en la soumettant à la doctrine de l’OTAN. Face à ces dérives, il faut réaffirmer le caractère strictement défensif et national de l’arme nucléaire, rejeter toute conception « élargie » de la dissuasion, ainsi que toute forme de participation au projet de bouclier anti-missile.Ceci implique de s’en tenir à la stricte suffisance, dont la définition sera précisée dans un nouveau Livre Blanc.

J-L.M. : Comme indiqué plus haut, si le Front de Gauche est au pouvoir, la France mettra tous ses moyens d’influence, parmi lesquels le deuxième réseau diplomatique du monde, au service de la dénucléarisation et pour le désarmement multilatéral.

PP : En cas de maintien de la « dissuasion », comment accélérer le processus de désarmement multilatéral ? J-L.M : Afin d’accélérer le processus de désarmement multilatéral, la France utilisera tous les moyens de négociation à sa disposition, et veillera à ne participer en rien à une nouvelle course aux armements. Elle dénoncera les accords nucléaires franco-britanniques, porteurs d’une nouvelle course aux armements. Elle s’opposera à tout concept de « dissuasion élargie ».

PP : Quelle enveloppe budgétaire consacrée aux démantèlements des SNA et SNLE ? Pour ou contre la poursuite du programme de simulation au Barp ? Pour ou contre un abandon de la composante aérienne (comme au Royaume-Uni) ? J-L.M : Une enveloppe budgétaire pour le démantèlement des 6 SNLE retirés du service et déconstruits - mais dont il reste à démanteler les réacteurs confinés - sera inscrite au budget de la mission défense. Au titre des éléments à apporter dans la négociation, il y a également la poursuite du programme de simulation au Barp, et l’abandon de la composante aérienne de la dissuasion. Ce dernier acte sera un signal fort, car l’abandon de la composante aérienne éloigne encore un peu plus toute possibilité d’usage offensif de l’arme nucléaire.

Relations internationales PP : Quelle politique prôner pour faire face à la montée en puissance de nouvelles puissances ? J-L.M. : Le Front de Gauche estime que le rôle de la France est de peser pour l’avènement pacifique d’un monde multipolaire, voire multilatéral, libéré de toute hégémonie.

PP : Le M51 suffit-il ?

EN SAVOIR PLUS • www.jean-luc-melenchon.fr/ 6

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PP : Tendre vers un désarmement nucléaire unilatéral à l’instar de la Suède ou de l’Afrique du Sud, ou dans le cadre d’une négociation bilatérale comme le Brésil et l’Argentine ?

J-L.M. : La portée du M51, qui peut atteindre Pékin depuis la France, a été un des arguments avancés pour sa mise en service. Cet argument repose sur une surestimation systématique de la « menace


nchon chinoise ». Quoi que l’on pense de son régime, la Chine n’est pas un ennemi. Sa diplomatie actuelle repose systématiquement sur la noningérence, et elle n’a aucun soldat à l’étranger hormis ceux mis à la disposition de l’ONU.

PP : Comment « dealer » avec un MoyenOrient qui compte une puissance nucléaire, Israël, et bientôt d’autres dont l’Iran ? J-L.M. : Au Moyen-Orient, il s’agit de faire valoir la légitimité et la légalité internationales. Ceci suppose que la France reconnaisse l’État de Palestine, et mène une politique visant à obtenir cette même reconnaissance de la part de l’Union Européenne. De même, notre politique étrangère devra exiger qu’Israël applique les résolutions de l’ONU. Cette politique ne pourra rencontrer le succès que si la sécurité collective est garantie, grâce à des initiatives qui devront toujours être menées dans le cadre d’une ONU réformée et renforcée. Il faut rompre clairement avec les politiques impérialistes qui ne font qu’aggraver les clivages préexistants. Il est primordial de considérer les intérêts politiques et socio-économiques des peuples et États qui composent le Moyen-Orient, en cessant de les considérer prioritairement à travers les prismes religieux ou ethniques. Nous sommes opposés à toute prolifération nucléaire, sans pour autant nous reconnaître dans la manière dont le dossier iranien est actuellement traité. Une diplomatie visant à contrer les velléités iraniennes en la matière ne sera efficace et légitime que si elle s’accompagne d’une relance du désarmement multilatéral dans la région et dans le monde. Rappelons que lorsque le TNP a été reconduit pour une durée indéterminée en 1995, ce fut à la condition, exigée par les pays arabes concernant Israël, que des efforts de désarmement soient conduits également par ce dernier.

PP : Pour ou contre un 2ème porte-avions à propulsion nucléaire comme le Charles de Gaulle ? J-L.M. : Les conditions ne sont pas remplies pour la construction d’un 2ème porteavions. Au demeurant, il n’est pas raison-

nable de partir de la discussion des moyens quand, ce qui est en cause, c’est le cadre plus global de la stratégie de défense. Un nouveau cadre stratégique doit être discuté.

PP : Pour ou contre le maintien d’un siège permanent au Conseil de sécurité de l’ONU ? J-L.M. : L’existence de 5 membres permanents ayant des droits supérieurs constitue une entorse au principe de l’égalité entre membres de l’ONU. Pour autant, tant que l’ONU n’aura pas été substantiellement réformée, la France gardera son siège permanent au Conseil de sécurité. Mis entre les mains d’un pouvoir progressiste, ce siège peut être un outil de pression diplomatique en faveur de la paix. Il est par ailleurs inacceptable de transférer ce siège à une Union Européenne incapable d’avoir une politique étrangère commune, indépendante de l’OTAN, et dont les représentants à l’international ont été cooptés au terme de tractations opaques.

PP : Quel rapport entretenir avec l’OTAN ou quelle rupture ? Quitter (à nouveau) le commandement militaire intégré ? Se retirer totalement ?  J-L.M. : La France se retirera totalement de l’OTAN et se mobilisera pour la dissolution de cette organisation. Le monde de l’après Guerre froide doit finir par émerger en Europe.

PP : Soutenir à l’instar de la plupart des Européens le retrait des bombardiers B-61 (américains) sur le sol européen ? J-L.M. : Pour.

PP : Supprimer ou non les bases permanentes à l’étranger et en cas de maintien, lesquelles ? Abou Dhabi ? Djibouti ? J-L.M. : Si ces bases peuvent exister, elles doivent correspondre à une stratégie clairement définie qui aille dans le sens de la sécurité collective, et dans le cadre d’alliances avec les pays hôtes dont les termes doivent être établis en toute transparence.

Budget et dépenses d’équipement PP : Pour un plafonnement des dépenses d’équipement et de fonctionnement à 1 % du PNB, comme au Japon ? J-L.M. : La France consacre aujourd’hui environ 2 % de son PIB à son effort de défense. Il ne faut en aucun cas répondre aux injonctions atlantistes à augmenter notre budget de défense. Pour autant, la souveraineté militaire de la France n’implique pas le seul retrait de l’OTAN, elle suppose aussi de disposer des moyens nécessaires au maintien de ses capacités propres. Ce qui n’est pas en l’occurrence le cas d’un Japon qui a sous-traité sa défense à une puissance étrangère. Il est donc raisonnable d’envisager une stabilisation du budget de la défense.

Pour ou contre une taxation sur les ventes d'armes ? J-L.M. : Si elle peut être discutée, la taxation sur les ventes d’armes ne suffit pas à limiter la prolifération des armements. Cet objectif suppose davantage une restructuration de l’industrie de l’armement la rendant moins dépendante des exportations.

Pour ou contre la création d'un fonds spécial du désarmement pour le développement, dans le droit fil des propositions d’Edgar Faure à l’ONU dans les années 50 ? J-L.M. : Pour.

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Campagne présidentielle

Le ton gaullien de Nicolas Dupont-Aignan Dans le cadre de la présentation des options en matière de défense des candidats, voici une lettre adressée à Pierre Villard, suite à l’envoi du livre « Pour en finir avec l’arme nucléaire » à tous les candidats.

EN SAVOIR PLUS • blog.nicolasdupontaignan.fr/ 8

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«

J’ai bien reçu votre courriel à l’adresse des candidats à l’élection présidentielle de 2012 concernant leurs positions sur la dissuasion nucléaire et je vous remercie de l'intérêt que vous portez à notre projet, ainsi que pour le livre que vous m'avez fait parvenir et dont je ne manquerai pas de faire la lecture attentive aussitôt que possible.  Croyez bien que, tout aussi attaché que vous au respect de la vie, je suis farouchement opposé à toute entreprise d’élimination des êtres humains, et ne puis que condamner avec la plus grande fermeté l’emploi d’armes de destruction massive.  C’est la raison pour laquelle j’ai milité vigoureusement contre les armes à sous-munitions et encourage vivement les efforts conduits par l’association Handicap International pour la signature, par tous les pays du globe, de la convention de destruction de ces armes.

Pour une dissuasion crédible Concernant l’arme nucléaire, je ne l’envisage que comme élément de dissuasion garantissant l’indépendance nationale. Si le Général de Gaulle, qui ne peut pas être soupçonné de mépris pour l’humanité, a souhaité doter la France d'une force de frappe, c’est précisément parce que, dans le contexte de Guerre froide d’alors, il ne souhaitait pas que le sort de la France soit tributaire des décisions de l’un des deux géants, les Etats-Unis et l’U.R.S.S.  La situation a certes changé, mais les zones de conflits se sont déplacées, de nouvelles puissances régionales ou à vocation globale ont développé l’atome militaire, tout comme le fait que certains pays non démocratiques se sont dotés de l’arme nucléaire, tout ceci renforce ma conviction selon laquelle nous devons conserver une force de dissuasion crédible et donc moderne.   En revanche, je suis tout à fait favorable à poursuivre les négociations pour la signature, par le plus grand nombre d’Etats, de traités de non prolifération. La paix est en effet une réelle construction politique, c'est précisément pour cela qu'il nous faut conserver cette force de dissuasion pour la préserver.

Je vous invite, si ce n’est déjà fait, à compléter votre connaissance de nos actions et prises de position en vous rendant sur mon site de campagne (www.nda2012.fr), et particulièrement sur la page de présentation des 37 mesures-phare que j’ai dévoilées le 22 janvier (http://www.debout-la-republique.fr/projet-presidentiel-de-nicolas-dupontaignan-31-propositions), ou sur mon blog (http:// blog.nicolasdupontaignan.fr/) et qui seront complétées ces prochaines semaines par d'autres annonces, ou encore sur Facebook et Twitter, où je suis très présent aussi.  Nicolas Dupont-Aignan, Candidat à la présidence de la République Député de l’Essonne – Maire d’Yerres


Campagne présidentielle

Le radicalisme de Nathalie Arthaud Voici la réponse de la candidate de Lutte Ouvrière suite à la Lettre ouverte du collectif ICAN-France.

H

iroshima ou Dresde ?1

Je vous rejoins sur le constat que les armes de destruction massive, nucléaires ou non, constituent un danger permanent. Mais j’ajoute : comme en constitue un la prolifération des armes classiques. Le bombardement de Dresde, en 1945, avec des bombes tout à fait classiques, a fait autant de victimes que la bombe d'Hiroshima. Et, bien que la bombe nucléaire n'ait pas été utilisée depuis Hiroshima, depuis cette date d'août 1945, plusieurs millions d'enfants, de femmes et de hommes sont morts dans diverses guerres locales ou régionales. Combien de tués par tous les autres bombardements de la guerre du Golfe ? 100 000, 200 000 ? Quant à la dernière guerre en Irak, voici le bilan : pour les États-Unis déjà, dont le gouvernement fait payer à la population les 770 milliards de dollars que la guerre a coûté au budget, 4 500 soldats ont laissé la vie et 32 000 autres ont été blessés, sans compter tous ceux qui en garderont des séquelles psychologiques.

Guerre d’Irak

EN SAVOIR PLUS • site de campagne : www.nathalie-arthaud.info/

Mais c'est la population irakienne qui a été la principale victime : au moins 100 000 morts, plusieurs centaines de milliers selon certaines estimations, plus de 1 300 000 réfugiés. L'économie du pays est détruite, une grande partie de la population vit dans la misère, des services de base comme la distribution de l'eau et de l'électricité sont mal assurés, et l'extraction du pé-

trole, principale richesse du pays, se situe à un niveau très faible. Mais déjà des vautours des pays impérialistes lorgnent vers le marché de la reconstruction, estimé à plus de 180 milliards de dollars. Voici le bilan d’une guerre menée par la plus grande puissance impérialiste avec des armes dites classiques.

Pour une transformation radicale Le problème de l’armement n'est pas dans son caractère nucléaire mais dans l'irresponsabilité de ceux qui dirigent la société et qui, pour imposer leur ordre mondial, sont prêts à lancer des guerres contre les peuples. Quand bien même tous les États qui siègent à l’ONU adopteraient votre appel, cela ne protègerait aucunement les populations des guerres, guerres locales ou régionales qui n’ont pas cessé un instant depuis 1945. Cela me convainc encore plus de militer sur le terrain sur lequel j’ai choisi de lutter, celui de la nécessité d'une transformation radicale de la société, sans laquelle l'humanité retournera à la barbarie, avec ou sans le nucléaire. Nathalie Arthaud 1

Les sous-titres sont de la rédaction.

Réactions bruxelloises au candidat François Hollande « On ne peut quand même qu’être inquiet sur le niveau incantatoire de certaines propositions notamment au plan européen. Réaffirmer la force française, sa volonté de contrôle sur l’industrie, ses décisions auxquelles seront associées les Européens, ce n’est pas tout à fait la méthode communautaire. Les Européens semblent être, ici, les laquais de propositions françaises, une fois de plus. Autant dire qu’il va falloir ramer ensuite pour convaincre nos alliés de la justesse des positions… Cette inquiétude est confortée par une espèce de tropisme atlantique qui ressemble à la voie sarkosienne. Ainsi le conseiller Défense du candidat, JY Le Drian, est allé à Washington mais pas ailleurs. « C’est le plus important » nous a-t-il confié. Ainsi pas de rencontre à haut niveau en Allemagne, Espagne ou Italie. Un peu gênant quand on veut bâtir une politique européenne ou refonder celle de l’OTAN. Non ?… » Nicolas Gros-Verheyde, initiateur du premier blog webnews francophone consacré à la politique étrangère de l’UE et à l’Europe de la défense et correspondant de ‘Ouest-France’ à Bruxelles.

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présidentielle

Le sondage Afin de connaître l’avis de l’opinion publique, le Mouvement de la Paix a commandé un sondage à l’IFOP. Planète Paix, partie prenante de l’opération, publie les principaux résultats. Les chiffres sont parlants et devraient interpeler les candidats. • Vous personnellement, êtes-vous favorable ou pas favorable à ce que la France… ?  S’engage dans un processus de convention internationale d’élimination totale et contrôlée des armes atomiques, déposée auprès des Nations-Unies

81% 19% 81% 19% 81% 19%  Réduise ses dépenses militaires 81% 19% 73% 27% 73% 27% 81% 19% 73% 27% 27%  73% Exporte des armements et sa technologie militaire 44% 56% 44% 56% 73% 27% 44% 56% 44% 56% 36% 64% 81% 19% 64%  36% Renouvelle et modernise ses armes atomiques 44% 56% 36% 64% 36% 64% 66% 34% 73% 27% 66% 34% 36% 64% 34%  66% Participe avec les Nations-Unies à des opérations de maintien de la paix à 66% 34% l’étranger 78% 22% 44% 56% 78% 22% 66% 34% 78% 22% 78% 22% 36% 64% 78% 22% • Souhaiteriez-vous que le sujet des dépenses militaires et du budget à attribuer à la Défense nationale dans les prochaines années 66% 34% soit davantage présent dans le débat public et notamment abordé par les candidats à l’élection présidentielle ?

78%

22%

Favorable

Pas favorable

• Dans le contexte actuel, si l’on devait réduire les dépenses publiques, dans quel secteur devrait-on d’abord les baisser ? La défense, l’armée

10

37% La sécurité, la police

4%

La parole à Guillaume Chevalier*

Au cœur de la campagne pour l’élection présidentielle, les candidats s’appuient sur l’espace médiatique qui leur est offert pour présenter leurs positions et éléments de programme. Cette période est à la fois, et traditionnellement, celle des débats sur les grands enjeux de société, mais également une opportunité donnée à des organisations comme le Mouvement de la Paix d’interpeler d’une part l’opinion publique, mais aussi le futur chef de l’état sur une problématique telle que l’arme atomique et la stratégie relative au budget de la Défense. Les résultats de l’enquête Ifop confirment, comme en 2010, que dans un contexte d’incertitude sur les finances de l’État, le budget de la Défense est perçu par les Français comme un poste à reconsidérer, davantage que les aides versées aux chômeurs ou la culture par exemple. Confortant cette opinion, près de huit personnes interrogées sur dix souhaitent que la question des dépenses militaires soit davantage appréhendée dans le débat public (78%), notamment par les candidats à l’élection présidentielle. D’autres études ont montré que l’opinion ne se satisfaisait pas du contenu de la campagne en cours (cf. sondage Ifop / Journal du Dimanche, du 4 mars 2012), ce qui peut constituer un éclairage sur le souhait massif de voir une telle question traitée dans la campagne. Enfin, et toujours dans le même ordre d’idée, près des deux tiers des Français s’opposent à ce que nos armées renouvellent et modernisent les armes atomiques françaises. Toutefois, il convient de noter que ces réponses s’inscrivent dans un contexte de forte incertitude économique, dont on sait par ailleurs qu’elle constitue la première préoccupation des Français. Leur attachement à l’armée n’en demeure pas moins important, comme en témoignent le soutien massif à l’intervention en Libye en mars et avril dernier d’une part, et la volonté réaffirmée dans cette étude que la France participe à des opération extérieures de maintien de la paix sous l’égide des Nations-Unies. Enfin, en cohérence avec le souhait d’une réflexion sur le désarmement, s’agissant de l’élimination totale et contrôlée des armes atomiques, les Français déclarent soutenir massivement le processus de convention internationale, déposée après des Nations-Unies (81%), et défendu par le Mouvement de la Paix.

Les aides versées aux chômeurs 21% Les universités

2%

La culture

18% Les retraites

2%

La prime pour l’emploi

14% La santé, les hôpitaux

2%

L’environnement, l’écologie

9%

Les écoles, collèges et lycées

1%

La justice, les prisons

5%

Rien de cela

Retrouvez l’intégralité du sondage réalisé en partenariat avec Témoignage Chrétien et l'Humanité sur

25%

www.mvtpaix.org

N° 571 - Avril 2012 - Planète PAIX

* Chargé d’Études à l’Ifop


DOSSIER

Les médias entre guerre et paix

• Les Radios du monde Les ondes de la paix de l’Onu • Victimes de guerre Les journalistes sur le front de l’info • Soutien aux médias La fondation Hirondelle

Si les journalistes sont souvent décriés, vilipendés, difficile de les mettre tous dans le même paquet. « Marie Colvin a pris fait et cause pour la vérité et le courage, des valeurs qui dès qu’elles s’additionnent, représentent la plus grande force morale sur la planète ». C’est ce qu’on pouvait lire dans les colonnes du Sunday Times, (l’hebdo pour lequel Marie C. couvrait les événements sanglants en Syrie) au lendemain de sa mort, le 22 février. Au lecteur de valoriser ces empêcheurs de tourner en rond, ces lanceurs d’alerte de la trempe d’un George Orwell ou d’autres, parmi ceux qui pourraient paraphraser la phrase d’Albert Londres : « Notre rôle n’est pas d’être pour ou contre, il est de porter la plume dans la plaie ». Il n’empêche. La guerre médiatique existe. Des journalistes moins scrupuleux, moins critiques à l’égard du militarisme se mettent parfois au service de causes très éloignées du courage et de la vérité. N° 571 - Avril 2012 - Planète PAIX

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DOSSIER

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Les radios du monde

Les ondes de la paix de l’Onu « Dans les zones de conflit, une station de radio vaut cinq bataillons », a déclaré un jour un ancien chef des opérations de maintien de la paix des Nations Unies. Ces radios de la paix de l'ONU sontelles au service de l'ONU ? De la paix ? En tout cas, elles tentent de faire de l'info. A vos postes !

D

epuis 1992, l'ONU a créé sept stations de radio dans des pays sortant de guerres civiles, de la Sierra Leone à la République démocratique du Congo (RDC). Ces stations fournissent une information équilibrée et fiable, donnent la parole aux minorités et favorisent la préservation du sentiment national. En plus de leur contribution à l'apaisement des tensions et à la lutte contre la propagande, ces stations permettent de renforcer les valeurs professionnelles dans des pays où les médias servent souvent ou trop souvent les seuls intérêts de certains acteurs politiques. Récemment encore, quand une mission de l'ONU prenait fin, ces radios cessaient d'émettre. Ces brusques disparitions ont pu laisser un vide dans le paysage médiatique et compromettre les efforts réalisés en vue de rétablir la paix. Mais ces pratiques sont entrain de se modifier. Sierra Leone Créée il y a dix ans, en même temps que la Mission des Nations Unies en Sierra Leone (MINUSIL), une radio de l’ONU s’installe. Elle devient rapidement la station la plus populaire du pays. En 2005, à l'heure de décider du retrait de la mission, le Conseil de sécurité de l'ONU demande à celle-ci de soutenir la mise en place d'un service de radiodiffusion public indépendant, plutôt que de fermer la station. Finalement en 2010, le président de la République nomme un conseil d'administration au sein duquel siègent des représentants de l'État aussi bien que de l'opposition politique et de la société civile. Objectif : préserver l'indépendance éditoriale de la station et sa capacité de fournir au public une information équilibrée et fiable. En dépit du transfert aux instances locales, l'ancienne station de radio de l'ONU dépend encore du soutien de bailleurs de fonds, dont celui du Fonds pour la consolidation de la paix des Nations Unies.

Quel modèle pour demain ? Bien sûr, Chaque contexte est différent. Ce qui marche en Sierra Leone ou en République Centrafricaine ne marchera pas forcément au Congo ou au Soudan." 12 12

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Mais comment pérenniser le travail réalisé au lendemain du retrait des missions de paix ? Pour l’ONU, diverses options existent. Le modèle — baptisé "modèle BBC" par certains spécialistes — est coûteux. D’ailleurs, même pour un pays riche comme le Royaume-Uni, le budget de la BBC, soit environ 5,7 milliards de dollars par an, est un investissement colossal. Dans un pays sortant d'une guerre comme la Sierra Leone, un tel modèle est plutôt difficile à mettre en œuvre, à moins d'avoir un très bon plan de financement et de disposer d'orientations éditoriales claires. Un tout autre modèle est actuellement à l'essai en République centrafricaine, pays en situation de crise chronique. L'ancienne radio des Nations Unies (Radio MINURCA) est en passe de devenir un diffuseur privé indépendant. La mutation est menée par la fondation Hirondelle (basée à Lausanne, Suisse) qui a une longue expérience du soutien aux médias dans des pays en conflit, avec Blue Skye aussi au Kosovo. Basée à Bangui, Radio MINURCA a été lancée par l'ONU en 1998 et fermée en 2000. Son matériel a ensuite été expédié en Sierra Leone. Avec le soutien de divers bailleurs de fonds, la fondation Hirondelle lui a ensuite permis de recommencer à émettre sous un nouveau nom, celui de Radio Ndeke Luka. Radio Okapi D'autres encore proposent une option différente : maintenir sur place une partie de l'infrastructure et du personnel de la station de l'ONU dans le but de soutenir le développement des médias locaux. L'exemple le plus souvent évoqué dans ce cas de figure est celui de Radio Okapi, la station de l'ONU en RDC. Elle offre une couverture incomparable de l'actualité de ce vaste pays à ses 20 millions d'auditeurs, ce qui lui vaut d'être la radio nationale la plus populaire d'Afrique francophone subsaharienne. On pourrait faire de Radio Okapi une agence d'information nationale qui fournirait des contenus aux autres médias, estime Lena Slachmuijlder, directrice en RDC de Search for Common Ground, une organisation non gouvernementale américaine spécialisée dans le développement des médias dans les zones de crise.


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Journaliste americain en Afghanistan. Le journal destiné aux soldats «Stars and stripes» a révélé que les reporters de la guerre en Aghanistan étaient fichés par une société payée par Washington, dans le but de contrôler.

Une affaire de ressources financières "L'évolution du secteur des médias va de pair avec celle du contexte politique global," note M. Etter de la fondation Hirondelle. En effet, dans les pays stables, si les médias peuvent bénéficier de revenus publicitaires et d'aides publiques dans les pays stables, les ressources de l'État sont limitées dans les pays qui sortent d'un long conflit. Au Burundi et en RDC par exemple, les médias pourraient difficilement survivre sans l'aide de bailleurs de fonds extérieurs, explique Marie-Soleil Frère, chercheuse à l'Université Libre de Bruxelles. "Collectivement, les partenaires extérieurs ont pris le contrôle de l'essentiel du secteur médiatique régional," ajoutet-elle. Les professionnels qui travaillent pour des médias financés de l'extérieur sont généralement les seuls à être bien payés. En RDC, par exemple, le budget

annuel de radio Okapi (estimé à 10-13 millions de dollars) est 26 fois plus élevé que celui de la deuxième station de radio du pays. Le salaire moyen d'un journaliste de radio Okapi est dix fois supérieur à celui des journalistes des autres stations de radio congolaises. Radio Ndeke Luka en République centrafricaine dépend également de ses bailleurs de fonds qui la financent annuellement à hauteur de plus de 80 %. Aucun transfert de contrôle ne sera effectif tant que ces stations ne seront pas en mesure d'obtenir des revenus suffisants pour survivre par leurs propres moyens. "Le fonctionnement des stations de radios coûte cher. En attendant que la situation économique s'améliore, il y a peu de chances de succès sans soutien financier extérieur, conclut Francis Rolt. Au Congo, en Sierra Leone ou au Soudan, la radio doit devenir une entreprise

profitable, comme au Kenya et en Afrique du   Sud." Tandis que ces débats se propagent, un réseau de journalistes pour la paix et la sécurité en Afrique NetPeace (network for peace and security) a vu le jour en novembre 2011 à Addis Ababa (Éthiopie).

EN SAVOIR PLUS • www.un.org/fr/africarenewal/ vol21no3/213-la-radio.html • http://radiookapi.net/

• www.radiondekeluka.org/ N° 571 - Avril 2012 - Planète PAIX

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DOSSIER

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Victimes de guerre

Les journalistes sur le front de l’info Marie Colvin du Sunday Times (Royaume-Uni) a été assassinée le 22 février 2012 en Syrie, dans la ville assiégée d’Homs. Reporter de guerre expérimentée basée à Londres, elle avait couvert les conflits dans l’ex-Yougoslavie, en Iran, au Sri Lanka et le printemps arabe.

E

lle n'est pas la seule. Parmi les autres journalistes assassinés cette année 2012 et repertoriés par l’Unesco (voir ‘en savoir plus’) : • Ali Ahmed Abdi - (Somalie) - Journaliste pour Radio Galkayo - Assassiné le 4 mars 2012 en Somalie • Abukar Hassan Mohamoud- (Somalie) - Directeur de Radio Somaliweyn - Assassiné le 28 février 2012 en Somalie • Chandrika Rai (Inde) - Journaliste indépendant - Assassiné le 18 février 2012 en Inde • Remi Ochlik (France) - Photographe indépendant français - Assassiné le 22 février 2012 en Syrie, il avait couvert les conflits en République démocratique du

Congo, les élections en Haïti et les soulèvements en Égypte et en Libye. Son travail a été publié par Le Monde, Paris-Match ainsi que Time magazine et le Wall Street Journal. • Paulo Roberto Cardoso Rodrigues Brésil - Rédacteur du quotidien Jornal Da Praça et du site web d'actualités Mercosul News. Assassiné le 12 février 2012 au Brésil • Mario Randolfo Marques Lopes - Brésil - Rédacteur en chef du site Internet Vassouras na Net. - Assassiné le 12 février 2012 au Brésil • Mazhar Tayyara - Syrie - Journaliste indépendant travaillant pour des organisations des médias dont l'Agence FrancePresse (AFP) et The Guardian (UK). - As-

sassiné le 7 février 2012 en Syrie • Mukarram Khan Aatif - Pakistan Correspondant pour la chaîne de télévision privée Dunya News et pour la station en langue pachtoune Deewa Radio - Assassiné le 17 janvier 2012 au Pakistan • Hassan Osman Abdi - Somalie - Journaliste et directeur du Shabelle Media Network - Assassiné le 28 janvier 2012 en Somalie       • Wisut Tangwitthayaporn - Thaïlande - Propriétaire du journal Inside Phuket et rédacteur pour le site Phuket E-news - Assassiné le 12 janvier 2012 en Thaïlande       • Gilles Jacquier - France - Reporter pour la chaîne de télévision publique France 2 - Assassiné le 11 janvier 2012 en Syrie • Christopher Guarin - Philippines Animateur sur Radio Mindanao Network et éditeur du Tatak News NationwideAssassiné le 5 janvier 2012 aux Philippines     • Shoukri Ahmed Ratib Abu Bourghoul- Syrie - Journaliste à Radio Damas - Assassiné le 2 janvier 2012 en Syrie

EN SAVOIR PLUS

Marie Colvin au Caire 14 14

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• www.unesco.org/new/fr/communication-and-information/freedom-of-expression/press-freedom/ unesco-remembers-assassinated-journalists/


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Soutien aux médias

La fondation Hirondelle Depuis 1995, la Fondation Hirondelle crée ou soutient des médias d’information généralistes, indépendants et citoyens, dans des zones de guerre, des situations de crise endémique ou des situations de post-conflit. Une petite chronologie.

L

a Fondation Hirondelle développe des médias populaires et recherche une forte audience. Elle donne la plus grande importance à la crédibilité de ses médias, à travers un journalisme rigoureux et factuel. Elle s’interdit tout commentaire à l’antenne. Seuls les collaborateurs ressortissants des pays où se trouvent les médias s’expriment à l’antenne. Les émissions sont, dans toute la mesure du possible, dans les langues nationales. Les radios de la Fondation sont dotées de Chartes éthiques et professionnelles. La ligne éditoriale privilégie la défense concrète, dans le quotidien, des droits humains. Les collaborateurs de la Fondation sont internationaux. Le français et l’anglais sont les langues de travail principales de la Fondation. La Fondation Hirondelle s’efforce de créer ou de soutenir des médias durables, qui puissent remplir leur rôle social au-delà de la prise en charge ou de l’assistance de la Fondation Hirondelle et de ses bailleurs. A cette fin, elle développe le management de ses médias, des régies publicitaires et toutes les activités génératrices de revenus susceptibles d’assurer à terme l’indépendance financière et institutionnelle de ses médias. 1995 - Les journalistes Philippe Dahinden, JeanMarie Etter et François Gross créent la Fondation Hirondelle afin de reprendre Radio Agatashya (« Radio Hirondelle »), initialement lancée par Reporters Sans Frontière après le génocide au Rwanda en 1994. 1996 - La Fondation Hirondelle étend sa présence au Tribunal Pénal International pour le Rwanda à Arusha en y créant l’agence de presse Hirondelle News. 1997 - En collaboration avec IFES, la Fondation Hirondelle lance STAR Radio au Libéria. Suite à une intervention armée ordonnée par Charles Taylor, la station est contrainte à la fermeture en 2000.

1999 - Sergio Veira de Mello, représentant spécial des Nations Unies au Kosovo, demande à la Fondation Hirondelle de créer la radio de l’ONU à Pristina. Appelée Radio Blue Sky, elle fera plus tard partie du service public du Kosovo. 2000 - Après le départ de la mission de l’ONU de la République Centrafricaine, la Fondation Hirondelle reprend la radio des Nations Unies. Radio Ndeke Luka est née. 2001 - La Fondation Hirondelle crée un programme radio pour les réfugiés du Timor oriental qui s’appelle Moris Hamutuk. Plus tard, de 2002 à 2006, la Fondation Hirondelle va mener un projet de soutien au service public de l’État de TimorLeste nouvellement constitué. 2002 - Création de Radio Okapi en République Démocratique du Congo, ayant pour but d’accompagner les processus de paix et de reconstruction. C’est le projet radio le plus ambitieux jamais entrepris par l’ONU et la Fondation Hirondelle. 2005 - Au Libéria, le gouvernement de transition autorise à nouveau STAR Radio à émettre. 2006 - La Mission des Nations Unies au Soudan et la Fondation Hirondelle lancent Miraya FM, qui émet ses programmes depuis Juba dans le sud du pays. 2007 - La Fondation Hirondelle, en partenariat avec Fourah Bay College de l’Université de Sierra Leone, lance Cotton Tree News pour fournir aux radios partenaires, dont la radio des Nations Unies, de l’information indépendante. 2008 - La Fondation Hirondelle est présente au Népal pour soutenir la radio du service public Radio Népal durant les élections à l’Assemblée Constituante.

Les nouvelles technologies au service de la paix

EN SAVOIR PLUS • www.hirondelle.org/ • www.thepowerofpeacenetwork. com/fr

Le réseau ‘Le pouvoir de la paix ou Power of Peace Network (PPN) est une initiative de l’UNESCO destinée à exploiter les potentialités du Web 2.0 et l’énergie des jeunes innovateurs et militants, afin d’ouvrir de nouveaux horizons pour créer une culture de la paix par l’utilisation des technologies de l’information et de la communication. Exemple : pour les journalistes, une formation a été conçue par PPN et financée par l’UNESCO lors du 5ème Forum mondial de l’eau à Istanbul. Sur le thème : les conflits de l’eau. La philosophie de cette formation ? Changer les mentalités dans les zones souffrant de stress hydrique pour passer d’une situation de conflit potentiel à un développement du potentiel de coopération.

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Au jour le jour Israël-Iran Voici ce qui se dégage du Forum des ONG pour la Paix, qui chapeaute une cinquantaine d’organisations pacifistes israéliennes. Leur mot d’ordre : « Bibi (Benjamin Netayahu), ne lance pas d’attaque contre l’Iran, çà va te coûter cher » ! Qui plus est, une attaque contre

l’Iran n’empêchera pas le développement du programme nucléaire militaire iranien. Une attaque contre l’Iran enflammera tout le Moyen-Orient. Elle fera du tort aux relations israéloaméricaines. Elle minera les accords de paix d’Israël avec l’Egypte et avec la Jordanie. Certes, un Iran nucléaire représente une menace pour la région mais une attaque conduira inévitablement à une catastrophe. Il n’y pas d’accord au sein de la population israélienne pour

soutenir une attaque qui serait contraire à l’intérêt du pays. Note : une belle initiative « on vous aime, on veut vous connaître ». • www.youtube.com/watch?v=7a gK8MIJ3T0&context=C48f03e0A DvjVQa1PpcFPthNKWydz7HBK s6chzhrHzfmX5RvnlI38%3D

Antarctique Soixante ans après Hiroshima, il n’y a pas eu de guerre nucléaire, et l’on a toute raison de s’en réjouir. Et parmi les succès contre cette lutte qui méritent d’être soulignés, le Traité sur la dénucléarisation et la démilitarisation de l’Antarctique entré en vigueur le 23 juin 1961. Il couvre une zone qui s’étend jusqu’à 60° Sud et englobe des étendues maritimes considérables. L’article premier est fort net : « Seules les activités pacifiques sont autorisées dans l’Antarctique. Sont interdites, entre autres, toutes mesures de caractère militaire telle que l’établissement de bases, la construction de fortifications, les manœuvres ainsi que les essais d’armes de toutes sortes. » L’interdiction des activités nucléaires est également très large, puisqu’elle s’étend aux essais à des fins pacifiques et à l’élimination de déchets radioactifs. L’Antarctique est ainsi la seule zone qui ait obtenu une adhésion générale et effective, mais

c’est aussi la seule qui n’ait présenté jusqu’à présent aucun « intérêt » stratégique. Pour combien de temps ?

La Corée du Nord dans le collimateur Washington n’apprécie guère les projets de lancement de fusées nord-coréen. Eh oui, la Corée du Nord est censée s'abstenir « de tout nouvel essai nucléaire ou tir de missile balistique ». D’ailleurs, cet État est aussi censé suspendre toute « activité relative à son programme de missiles balistiques » et « éliminer toutes ses armes nucléaires et son programme nucléaire d'une façon complète, vérifiable et irréversible ». Carrément. Ce discours émane de la résolution 1874 du Conseil de sécurité des Nations unies du 12 juin 2009. Elle impose des sanctions économiques et commerciales à la Corée du Nord. Motif : non-respect de la résolution 1718 dans le cadre de la crise provoquée par le programme d'armes nucléaires en Corée du Nord. Et que dit la résolution 1718 d’octobre 2006 ? Elle impose une série de sanctions économiques et commerciales, pour sanctionner ce pays d’avoir effectué ou prétendu effectuer un essai nucléaire.

Damas et le spectre chimique Si le cas libyen n’était pas de tout repos, le cas syrien ne présage rien de bon. Les Américains s’inquiètent beaucoup au sujet du programme d’armes biologiques que Damas serait suspecté d’avoir mis au point au fil des années. L’armement chimique les inquiète davantage. En effet, dit-on à Washington, comment maintenir ou contenir en lieu sûr des stocks d’armes chimiques en cas de changement de régime, ou dans le cas où un contingent de casques bleus soutenu par les États arabes serait dépêché sur le sol syrien ? Et que faire en cas de guerre civile ? Washington imagine déjà des munitions chimiques sur des missiles de courte et moyenne portée, capables d’atteindre ses intérêts en Irak et ailleurs dans la zone, y compris en Israël. Si le scénario paraît farfelu, un autre se profile : des armes qui tomberaiennt d’une façon ou d’une autre entre les mains des ennemis du président Assad, y compris des réseaux terroristes. Mauvais présage pour la conférence pour un MoyenOrient débarrassé d’armes de destructoin de masse, prévue pour décembre.

à vos agendas • 14-15 avril Caen 25 dessinateurs de presse de toutes nationalités, membres de l'association Cartooning for Peace, se retrouvent au Mémorial. Pendant 2 jours, ils ont l'occasion ensemble et avec le public de débattre de leur travail, de leur rôle dans la diffusion de l'information, mais aussi d'échanger leurs points de vue sur les risques pris par certains d'entre eux. • 30 Avril - 11 Mai 2012 - Vienne En vue de préparer la conférence de révision du TNP en 2015, une session du comité préparatoire est prévue à Vienne au Centre International. 16 16

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• 20 – 21 mai - Chicago 25 dessinateurs de presse de toutes nationalités, membres de l'association Cartooning for Peace, se retrouvent au Mémorial. Pendant 2 jours, ils ont l'occasion ensemble et avec le public de débattre de leur travail, de leur rôle dans la diffusion de l'information, mais aussi d'échanger leurs points de vue sur les risques pris par certains d'entre eux. • 6-9 août 2012 - Paris Jeûne international en face de la Tour Eiffel. Pour l'abolition des armes nucléaires et le souvenir des victimes des bombardements de Hiroshima et Nagasaki.


Portrait échos antimilitaristes

En hommage à Jean Bacon Jean Bacon est mort. Il avait 97 ans. Il a laissé un manuscrit mais en attendant de le voir paraître, rappelons qu’il a écrit « Les saigneurs de la guerre », paru en 1981, traduit dans le monde entier, désormais considéré comme un classique. Devenu introuvable, la chance a voulu qu’il soit réédité en 2003 aux éditions Phébus et préfacé par le général de Bollardière 1.

L

e pourquoi des guerres

Pour bien parler des seigneurs et saigneurs de la guerre, Jean Bacon a tenté de montrer ou démontrer que la guerre a toujours existé et existera toujours. Pourquoi ? Selon lui, trop de personnes y trouvent leur intérêt pour qu'il puisse en être autrement. D'abord les dirigeants politiques dont elle musèle l'opposition en même temps qu'elle résoud les problèmes de chômage ou de délinquance. Bien sûr les marchands d'armes et les divers profiteurs de guerre. C'est pourquoi, malgré les apparences (traités de paix, de désarmement, de non prolifération...), nul ne souhaite réellement la paix durable et "les hauts personnages qui éclairent notre route, nos respectables chefs, chefs de tout poil, chefs de gouvernement, chefs d'état-major, chefs de parti, chefs syndicalistes, chefs de rubrique, chefs de bureau, (...) sur les ondes, dans la presse, dans les conversations, dans les réunions diplomatiques défendent avec un ensemble impressionnant le principe qui sape à la base tout projet de coopération efficace entre les peuples : celui de la souveraineté nationale."

Des chiffres et de l’absurde Sur les dépenses et le gaspillage, Jean Bacon avait aussi quelques réflexions et quelques chiffres : au niveau économique, nul besoin de revenir sur les sommes ahurissantes dépensées

dans le domaine militaire : en tant que deuxième budget militaire (parmi ceux qui sont connus, équivalent à 74,7 milliards de dollars) du monde et troisième puissance nucléaire, la France a un statut à défendre. Et peu importe ceux qui pensent benoitement que cet argent serait mieux dépensé dans l’éducation ou la santé : les pauvres sont bien loin des réalités quotidiennes, et ne se rendent pas compte du monde dans lequel on vit. Pour prendre un exemple très simple, qu’il suffise de savoir qu’ “Avec l’argent dépensé entre 1914 et 1918 (15 000 milliards de francs 1949), on aurait pu, dit-on, donner une maison toute meublée, avec deux hectares de terrain, à chacune des familles des États-Unis, du Canada, d’Angleterre, d’Irlande, de France, d’Allemagne et de Russie, et doter, dans le monde entier, chaque ville de plus de 200 000 habitants, d’un hôpital, d’une université et d’une bibliothèque.” On peut compter environ trois fois plus d’argent pour la Seconde Guerre mondiale. Et on s’épargne le calcul de ce qui aurait pu être réalisé avec, c’est juste aberrant ». Jean Bacon fut de ceux qui voulaient combattre la guerre sans se faire d’illusions, sans recourir aux belles paroles, en exposant les réalités guerrières avec le maximum d‘ironie, voire de cynisme. Si Jean était un optimiste dans sa vie de tous les jours, et même durant les derniers temps de son existence, il l’était moins pour entrevoir des cessez-le-feu. On lui rétorquera peut-être que depuis la fin de la guerre froide, les guerres dans le monde sont moins nombreuses ("le nombre de conflits armés a été réduit de 40% depuis 1992") et moins meurtrières ("en 1950 une guerre faisait en moyenne 38 000 morts, en 2002 cette moyenne chute à 600 morts") 2. Reste à savoir s’il s'agit-il d'un épiphénomène ou d'une tendance de fond ? That is the question. Ben Cramer 1

Seul officier supérieur de l'armée française à avoir dé-

noncé « à chaud » la torture en Algérie, PP dressera prochainement son portrait. 2

‘Le Monde’ du 19 octobre 2005

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MONDIALISER LA PAIX L'Afrique nucléaire

L'uranium out ofAfrica Une conférence s'est tenu à Bamako sur les conséquences de l'exploitation des mines d'uranium pour les populations. C'est la 1ère conférence internationale sur les séquelles des activités nucléaires en Afrique. Coorganisée avec l'Association internationale des Médecins pour la Prévention de la Guerre Nucléaire (IPPNW) et le réseau Uranium-Network. Témoignage

EN SAVOIR PLUS • www.falea21.org/ • www.uranium-network.org 18 18

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Mine d'uranium : chantiers à ciel ouvert

U

n continent convoité

Dans le Mali d'aujourd'hui, l'exportation des produits miniers a devancé les exportations agricoles dominées par la monoculture du coton. Il y a quelques années, un important gisement d'uranium a été découvert sous la commune de Faléa à l'Est du Mali. Il y a quatre ans, le gouvernement Malien a autorisé la Société canadienne Rock Gate à commencer l'exploration préalable à l'ouverture de la mine. Les habitants des 12 villages de Faléa se sont alors organisés dans l'Association des Résidents et Amis de la Commune de Faléa (ARACF) pour faire face aux autorités et à l'exploitant. Lors de cette Conférence, des témoignages convergents de nombreux experts et des habitants de régions minières d'Afrique et du monde entier ont pu se faire entendre. Oxfam, la Fédération Internationale des Droits de l’Homme (FIDH) et d'autres experts indépendants sont unanimes sur un point : si le secteur minier constitue un eldorado pour les compagnies privées étrangères, son développement ne garantit ni la protection de l'environnement, ni le respect, ni la protection et la promotion des droits humains fondamentaux, ni l'amélioration à long terme des conditions de vie des populations. Aujourd'hui à Faléa, le gouvernement tente d'obtenir l'accord des habitants pour commencer l'exploitation mais ces derniers, parfaitement informés des conséquences, s'y refusent. Il faut dire que depuis 4 ans, les agissements de Rock Gate leur fait craindre le pire : l'installation de machines d'extraction fonctionnant à 10 mètres du mur de la cuisine d'un village et forant sans interruption a détruit les cultures riveraines et pollué les sources. Il faut à présent faire 3 km pour trouver de l'eau potable! Sans la moindre précaution,

les "carottes" radioactives des prélèvements s'entassent au milieu des villages. Les boues et débris rejetés par les foreuses ne sont pas décontaminés et restent au milieu des champs ou servent de remblai aux chemins et aux rivières qui les charrient au gré du courant... Que se passera-t-il si la mine est ouverte? Le soutien de la Commission de Recherche et d’Information sur la Radioactivité (CRIIrad1) a permis à l'ARACF de surveiller la radioactivité en fournissant les compteurs Geiger et la formation des volontaires. La Conférence a permis la constitution d'un réseau de solidarité entre associations de riverains et experts comme l'IPPNW, Survie, la CRIIRAD et les ONG du développement et des droits humains.

Ruée sur l'Afrique Les mines ont fermé au "Nord" pour causes de normes trop contraignantes et les compagnies délocalisent en Afrique. Les témoignages des riverains des mines du Niger, Cameroun, Gabon, Zambie, Afrique du Sud, Tchad, RDC, ... montrent que le phénomène est en train de détruire et de polluer des régions entières. Certes le mineur a du travailpénible et mal payé- mais ne bénéficie d’aucun suivi sanitaire ; d’ailleurs, les effets de la radioactivité peuvent l'affecter plus tard quand il n'aura plus aucun moyen de se retourner contre la compagnie. Si les compagnies étrangères se partagent le gâteau radioactif Africain, une grande part en revient au français Areva. Le Niger fournit depuis 40 ans 1/3 de son uranium à la France. C'est le pôle minier le plus rentable du monde et le Niger est 186ème sur 187 dans le classement des pays les plus pauvres du monde... Coups d'État, et réseau Françafrique, corruption, manipulation: l'association Survie a rendu public un nouveau Dossier Noir2 édifiant sur Areva en Afrique2.


site exploitation falea

La Conférence de Bamako a donné naissance au chaînon manquant: un réseau international de citoyens qui pourra palier l'incurie des pouvoirs publics pour défendre et informer les citoyens et exiger d'Areva et consorts le respect de la démocratie, des droits humains et de normes environnementales et sociales.

De Shinkolobwe à Pelindaba L'Afrique dispose aujourd'hui du meilleur Traité de Zone exempte d'Armes Nucléaires, dénommé le Traité de Pelindaba. Il est entré en vigueur en 2009. Mais le continent a été marqué par la bombe. Outre son uranium utilisé pour les têtes nucléaires, la France a effectué 17 essais nucléaires dans le Sahara Algérien. Depuis lors, comme l’explique M. Bendjebbar de l'Association Algérienne des victimes des Essais nucléaires. « aucune décontamination sérieuse n'a été effectuée par la France ». Ainsi, dans certaines zones près de Reggane, « la radioactivité ambiante est aujourd'hui de 22 fois supérieure aux normes internationales ». Il y eut également la bombe atomique de l'Apartheid, programme du gouvernement de l'Afrique du Sud, qui a démantelé ses 6 bombes à la chute du régime.

La mine de Shinkolobwe en RDC a fourni au début des années 40, 80 % de l'uranium du Projet Manhattan et donc l'uranium des bombes d'Hiroshima et Nagasaki. Officiellement fermée, cette mine est exploitée illégalement depuis le début de la guerre de RDC. L'ONU et les experts estiment que c'est de Shinkolobwe que proviendrait l'uranium d'Iran et de Corée du Nord.

1

créée par Michèle Rivasi à Valence après la catas-

trophe de Tchernobyl 2

Dossier Noir Areva en Afrique. Raphaël Granvaud

Éd Adone

L'Afrique serait au premier rang des pays affectés par un 'hiver nucléaire' causé par l'usage d'un nombre même peu élevé de bombes atomiques, ce qui lui infligerait une famine mortelle. Grâce au Traité de Pelindaba, les peuples du continent peuvent exiger que les mauvais élèves proliférants du "Nord" renoncent (enfin !) à la bombe. C’est dans cette perspective que le Comité malien d'Action contre la Dette et les autres associations africaines ont massivement adhéré à la Campagne Internationale pour l'Abolition des Armes Nucléaires (ICAN). Conscients de la nécessité d'agir aussi à l'autre bout de la chaîne nucléaire. Arielle Denis, responsable pour l’Europe, l’Afrique et le Moyen-Orient de l’International Campaign to Abolish Nuclear Weapons (ICAN) N° 571 - Avril 2012 - Planète PAIX

19


MONDIALISER LA PAIX La violence au quotidien

Paix introuvable en Colombie Où en est-on en Colombie ? De passage à Paris, Diego Martinez, représentant du Comité permanent pour la défense des droits de l’homme (CPDH)1 et Alfonso Castillo, président de l’Association nationale d’aide solidaire (ANDAS), deux ONG étroitement liées au Mouvement national des victimes de crimes d’Etat en Colombie (MOVICE), ont accepté de répondre aux questions du ‘Grand Soir’ sur les perspectives de la paix dans le pays. Extraits.

L

es crimes d’État

Depuis 2006, le 6 mars est devenu une journée nationale et internationale de commémoration des victimes des crimes d’État commis en Colombie. Dans le cadre de l’édition 2012 de cette journée et à l’occasion de l’organisation de plusieurs manifestations en Europe, l’association ‘Mémoire des luttes’ a rencontré Diego Martinez, le secrétaire exécutif du Comité permanent pour la défense des droits de l’homme (CPDH)1 et Alfonso Castillo, président de l’Association nationale d’aide solidaire (ANDAS)2.

Mdl (Mémoire des Luttes) : La Colombie connaît-elle un changement en ce qui

concerne la situation des droits de l’homme depuis la prise de pouvoir de Juan Manuel Santos ? Existe-t-il une rupture totale de Santos avec les méthodes de Uribe (écoutes téléphoniques illégales, « fauxpositifs », « sécurité démocratique », etc.) Diego Martinez / Alfonso Castillo : Plus attentif, au moins dans le discours, au travail des défenseurs des droits de l’homme, le gouvernement du président Santos (20102014) a effectué un virage dans la gestion des problèmes sociaux. Et ce, notamment, avec la promulgation de la « Loi des victimes » et la restitution des terres pour les populations expropriées et déplacées. Toutefois, malgré le changement de discours, la situation réelle des défenseurs des

Manifestation du 2 mars 2012. Liste de tous les syndicalistes assassinés depuis 1986.

20 20

N° 571 - Avril 2012 - Planète PAIX

droits de l’homme n’a pas changé : plus de quatre-vingts membres du mouvement syndical ont été assassinés.

Mdl : La loi 1448, dite « Loi des victimes », a été signée par le président Santos en juin 2011. Elle reconnaît l’existence d’un conflit armé en Colombie, ainsi que le droit des victimes à la vérité, à la justice et à une indemnisation juste. Quelle première évaluation faites-vous de son application ? DM/AC : La « Loi des victimes » contient des clauses importantes en matière de droits aux victimes. Cependant, nous avons affaire à un modèle d’indemnisation qui a échoué, au même titre que celui proposé par la loi d’indemnisation péruvienne, sous la présidence d’Alberto Fujimori. Jusqu’à présent (en 2012), 350 000 familles ont rapporté avoir été victimes d’expropriation de leurs terres. Avec la politique actuelle, on est donc très loin de la restitution des plus de 4 millions d’hectares volés par les paramilitaires 3. Deux autres difficultés existent par ailleurs : la déficience institutionnelle et le manque de garanties offertes aux communautés indigènes et aux paysans. Beaucoup d’entre eux ne peuvent, en pratique, retourner sur leurs territoires car ces derniers sont toujours sous le contrôle militaire de ceux qui ont commis les expropriations ! (….)


Manifestation du 2 mars 2012 en hommage aux victimes de “terrorisme d’État.

Mdl : Santos rejette les propositions de trêve de l’Armée de libération nationale (ELN) et des Forces armées révolutionnaires de Colombie (FARC). Il a largement insisté sur le fait que le seul intérêt de son administration était de mettre fin au conflit armé « de façon permanente ». Il a également prévenu qu’il continuera, de ce fait, « la lutte contre le terrorisme, le crime et la violence ». Cela signifiet-il la fermeture de tous les espaces de négociation ? DM/AC  : La Colombie est le deuxième pays de la région en termes d’investissements militaires. Santos a attribué à la Défense l’un des plus gros budgets connus dans l’histoire nationale. Il a élaboré une stratégie de « guerre sans quartier » pour l’armée colombienne. En effet, la seule politique du gouvernement colombien jusqu’à présent a été la guerre. Si, d’une part, Santos insiste sur le fait que la « clef de la paix n’est pas ensevelie au fond de la mer", il affirme d’autre part que les questions de paix sont exclusivement du ressort de l’exécutif. Il a ainsi augmenté le nombre d’opérations militaires contre les commandants de la guérilla, en particulier contre ceux des FARC.

Mdl : Existe-t-il d’autres options possibles pour la paix en Colombie ? DM/AC : La question de la guerre et de la paix n’est pas réservée à l’État et aux guérillas. Il est essentiel de renforcer le rôle de la société civile dans cette quête de paix. Différents secteurs de la société ont insisté sur cela, par exemple « Les Colombiens et Colombiennes pour la paix », de l’ancienne sénatrice libérale Piedad Cordoba, ou le Pôle démocratique alternatif (PDA), le principal parti d’opposition. C’est également la position de toutes les organisations de victimes et de défenseurs des droits de l’homme qui, pendant des décennies, ont travaillé en faveur d’une solution politique négociée. Le plus grand défi pour les Colombiennes et les Colombiens, victimes directes et indirectes du conflit armé, est de discuter et de décider de quel modèle de justice et de droits ils veulent pour lutter contre l’impunité et réaliser une transition réelle en vue de surmonter le conflit social et armé en Colombie. Propos recueillis par Maurice Lemoine et Christophe Ventura. Traduction de l’entretien : Sarah Testard Publié dans le Grand Soir - Mars 2012

1

Cette organisation a été fondée en 1979. Elle

mène depuis sa création un combat pour la défense des droits et des libertés démocratiques, ainsi que pour la protection des populations victimes de la guerre civile. Dans ce cadre, elle mène une action résolue contre le paramilitarisme. 2

Organisation fondée et dirigée par les victimes

des déplacements forcés en Colombie. Ces dernières se battent pour la mise en place d’une réelle politique publique visant à traiter la question du déplacement forcé des populations. ANDAS promeut la prévention et la protection de ces dernières, ainsi qu’une paix négociée dans le conflit armé colombien. L’association demande la restitution réelle et intégrale des terres actuellement aux mains de groupes paramilitaires et de multinationales opérant dans les secteurs miniers et de l’énergie. 3

4 fois la région Ile-de-France

EN SAVOIR PLUS • www.somosdefensores.org • www.medelu.org Colombie-un-processus-de-paix-seme N° 571 - Avril 2012 - Planète PAIX

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CULTURE en marge de Fukushima

Les sports de rue, vecteurs de paix un an après la triple tragédie, rencontre avec un jeune artiste lors d’un voyage à Fukushima . Chargé désormais des relations internationales d’un des principaux syndicats agricoles, Nouminren, membre de Via Campesina, il s'intérresse aussi au basket.

EN SAVOIR PLUS • Ki of Street Artists, Social Peace Movement, par Shinya Takeda • www.tokehan.org 22

N° 571 - Avril 2012 - Planète PAIX

S

achant que la paix universelle ne peut (notamment les arts martiaux) : le Satori, le ki s'apprendre que par l'expérience, en quoi et le Zen. Le Satori, l'illumination, désigne l'état les sports de rue et plus largement l'ex- ultime inhérent à chacun, d'unité parfaite entre le pression artistique dans la rue peuvent- corps et l'esprit, rencontré par ceux qui cherchent ils rendre concrète la paix sociale ? Tel est le sujet de à atteindre la paix. Le ki est ce souffle, ce flux thèse du japonais Shinya Takeda, publiée dans les de la nature, de paix universelle, cet « élan vital » semaines qui suivirent la triple tragédie du 11 mars selon H. Bergson, qui participe à l'unification du 2011. La réflexion lui est venue alors qu'il étudiait corps et de l'esprit. Enfin, le Zen désigne la techà la chaire de philosophie pour la paix de l'UNESCO nique permettant de contrôler et de canaliser le en Espagne. Sans perdre de vue ni la pratique du ki en accord avec les lois de la nature. A travers l'expérience de vie et des rencontres basket-ball en plein air sur une terre étrangère, ni sur ce terrain de basketla demande pétitionnaire ball ouvert, finalement de construction d'un terconstruit dans sa ville rain ouvert dans un parc natale, Chiba, Shinya de sa ville natale proche Takeda montre que le de Tokyo. sport de rue s'apparente La charte internatioà un exemple de Zen à nale de l'éducation phytravers la vie, et le terrain sique et du sport de de jeu en pleine rue à un l'UNESCO mentionne véritable dōjō où s'agle rôle du sport comme glomèrent les 氣 ki des vecteur de paix monparticipants et où le Zen diale. Entre le « jeu » et traduit la paix univerla « paix », Shinya Takeda selle en réalité concrète. identifie trois perspec« L'objectif du jeu est de tives communes : l'intuigagner, écrit-il, mais la tion, l'unité et l'action. raison en est d'exprimer Les jeux de rue non organisés reposent sur une Shinya Takeda, au milieu des témoignages de sou- son potentiel entier, de participation libre et vo- tiens et d'hommages des victimes, dans le hall de la se réjouir de l'exercice, de Minamisoma, préfecture de Fukushima. d'apprendre la vérité sur lontaire, dans un espace mairie Crédit photo : Camille Saïsset. soi-même, de sortir de pris au hasard et le respect de règles communes, avec un seul but : le jeu l'obscurité de sa vie, avec un but et une motivation : lui-même. La « paix universelle », non définit, se atteindre le plaisir, le Satori ». En cinq ans d'exisretrouve non pas seulement dans la paix matérielle tence, ce terrain de basket-ball a élargi son champ extérieure mais surtout dans la paix psychique d'action de paix sociale à l'organisation de tournois intérieure, intuitive et instinctive, qui rejoint la dans le cadre du festival annuel de la ville, mais aussi notion d'unité au sens bouddhiste du terme et pro- de marchés paysans et de créations artistiques ; une cède de l'action comme principal moyen de réaliser pratique traditionnelle en Occident mais quasiinexistante au Japon. la paix universelle. Avec la tragédie de Fukushima, cette dynamique Mais comment traduire les mots « jeu » et «  paix  » en Japonais  ? Comme en Chinois, il a bien failli s'arrêter net, en supprimant le princin'existe pas de traduction littérale. Alors pour ce pal droit de l'homme, celui de respirer librement. faire, Shinya Takeda recourt à des termes étudiés et Camille Saïsset, utilisés depuis des millénaires dans la philosophie journaliste orientale pour comprendre les activités physiques


CULTURE Livres contre le nucléaire

Le nouveau créneau

«

Jean Rostand, un biologiste contre le nucléaire, Berg International éditeurs, 129 bd. Saint-Michel, Paris 75005

En finir avec l’arme nucléaire ? » Cette idée – qui a fait l’objet du livre de Pierre Villard aux éditions La Dispute - , semble faire son chemin. C’est dans l’air du temps. Dans la mesure où la thématique nucléaire (civil ou militaire) n’occupe guère une place de choix dans la campagne, le moment est peut-être bien choisi. Si ICAN et Global Zero sont aussi dans cette démarche, d’autres auteurs se lancent aujourd’hui dans cette bataille. Alain Joxe vient de faire paraître ‘Crise mondiale et guerres sans fin’ (éditions La Découverte) et l’ex-ministre Paul Quilès1 sort un livre qu’il présentera à Vienne (Autriche) dans le cadre de la conférence d’examen du Traité de Non Prolifération (TNP). L’indigné Stéphane Hessel et Albert Jacquard ont fait paraître début avril, sous forme d’un appel, un petit ouvrage intitulé « Exigez un désarmement nucléaire total ! » aux éditions Stock. Toutes les informations sur le nucléaire (civil et militaire) sont-elles bonnes à donner, même si elles sont complexes ? Jean-Marie

Pruvost-Beaurain2 en est convaincu. D’où le mot d’ordre accrocheur « Abolir le nucléaire civil et militaire », qui intitule son livre. Pour justifier ces 500 pages très techniques, l’auteur rappelle le degré de sous-information dans le domaine. Selon un sondage publié par la revue de l’UNIDIR ‘Forum du Désarmement, à Genève, réalisé en 2010 auprès de 4475 adolescents ou personnes de moins de 40 ans, 59 % des Américains interrogés savent que leur pays est une puissance nucléaire ; 43% des Britanniques interrogés ont conscience que le Royaume-Uni dispose d’un arsenal nucléaire. (cf. Youth Reject Nuclear Weapons, Survey in Eight countries, Soka Gakkaï International, mai 2010). 1

nous y reviendrons dans PP 572 - http://paul.

quiles.over-blog.com/article-le-desarmement-nucleaire-102782589.html 2

aux éditions Terre d’Espérance (, dans la collection

priorités durables. Préfacé par Maurice Montet

Les dégats français

D

u 13 février 1960 au 27 janvier 1996, la France a réalisé 210 explosions nucléaires au Sahara et en Polynésie. Après avoir longtemps déclaré que ses essais nucléaires étaient « particulièrement propres », la France reconnaît – mieux vaut tard que jamais ! - qu’ils auraient fait des victimes. Mais une loi du 5 janvier 2010 laisse au ministre de la défense, premier responsable des essais, toute latitude pour les réparations. Ainsi, ne seront indemnisés que ceux ou celles qui ont été atteints de maladies choisies arbitrairement et, de plus, à condition qu’ils aient été présents en des lieux bien délimités par les seuls « experts » dudit ministère. La vérité et la justice restent encore à gagner par les vétérans et les populations algériennes et polynésiennes. Un long combat auquel ce livre souhaite participer. Pour la partie Pacifique, le lecteur pourra

puiser dans un article publié par ‘Damoclès’ en mars 2011 et repris par ‘Médecine et Guerre Nucléaire’, dans son édition de mars 2012, des articles dans lesquels Bruno expose la spécificité des atolls de Moruroa et Fangataufa. Aujourd’hui Délégué au suivi des conséquences des essais nucléaires auprès du gouvernement polynésien, Bruno précise que les rapports annuels du ministère de la défense n’abordent jamais les risques de changements climatiques, pas plus que les répercussions des tremblements de terre ou tsunamis sur ces atolls fragilisés, où furent effectués 147 essais souterrains dans les sous-sols gorgés d’eau des deux atolls. Bruno Barrillot, co-fondateur de l’Observatoire des armements/CDRPC (Lyon) en 1984, l’un des cinq lauréats du « Nuclear Free Futur Award ».en 2010

N° 571 - Avril 2012 - Planète PAIX

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journée mondiale d’action sur les dépenses militaires réduire les dépenses militaires pour satisfaire les besoins de tous

mi lli 2,5 ards de $

17 avril 2012

s'impliquer dans une action initier une action devenir une action

Education pour tous

Le Bureau International de la Paix (IPB, Genève) co-organise avec l'Institute for Policy Studies (IPS, Washington) cette deuxième Journée Mondiale d'Actions sur les Dépenses Militaires (acronyme anglais GDAMS)

Parmi les initiative prévues : 

Washington - une marche de la honte vers la Maison Blanche, pour faire pression sur les groupes industriels du complexe

 Nouvelle Zélande - un forum sur les priorités budgétaires gouvernementales avec l'ONG Peace Movement Aotearoa 

Cameroun, un débat avec des parlementaires sur les allocations budgétaires nationales avec l’ass. ‘Nouveaux Droits de l'Homme Cameroun’

Genève (Suisse) : séminaire à l'ONU sur le coût humain des dépenses militaires sous l’impulsion du BIP ; action de rue en vue de solliciter le passant sur la façon dont il voudrait que les impôts soient utilisés.

Norvège : mise en place d’un ‘village de la paix’ regroupant diverses ONG avec distribution de billets à l’initiative de l'ONG Norwegian Peace Association

Pour en savoir plus, consulter

www.demilitarize.org www.un.org/disarmament/

En cas d’initiative, contacter le Bureau International de la Paix: mailbox@ipb.org

Planète Paix n°571  

L'actualité des acteurs de Paix : l'information pacifiste, la revue mensuelle du Mouvement de la Paix. Avril 2012

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