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La rencontre européenne et internationale des jeunes -

page 8

L’info pacifiste : www.mvtpaix.org La paix en mouvement

3,20 euros / N° 564 / Août-Septembre 2011

La paix n'est pas un mirage

Libres opinions La Libye : comment éviter le piège irakien (P.18)

Essais nucléaires - Histoire

La Corse faillit connaître le sort de Moruroa (P.15)


Arrêt sur images...

CC

Sur scène à Garchizy, compte-rendu animé de la rencontre des jeunes

CC

"Die in" devant la base d'Avord le jeudi 13 juillet

5ème Rencontre internationale de jeunes Du 8 au 16 Juillet 2011 - Nièvre

Des jeunes bretons en partance pour Varennes -Vauzelles

‘‘Peace boat’’, Gonfrevillle L'Orcher

Les comités du Mouvement de la paix de Seine-Maritime accueillent Peace Boat le 2 septembre 2

N° 564 - Août/Septembre - Planète PAIX

Un cerf-volant de 5 mètres réalisé par des participants

Le bateau de Peace Boat amarré au quai du Havre

Laure Norest de Peace Boat présente la campagne


Sommaire

l’Édito

Planète Paix n° 564 - Août/Septembre 2011

6

actualitÉ

La Creuse, un terrain de manoeuvres Jeanne-Marie Raynaud

7

Campagne

La trêve du 21 septembre Ben Cramer

8

P.6

Le 21 septembre ne vous rappelle rien ?

P.7

I

événement

R.E.I.J: Jeunesse de tous les pays…

P.8

On ne naît pas militant, on le devient Aurélie Royon

P.9

Étudier la paix à San José : un parcours désarmant P.10 Marcos Estrada

11

dossier

vers zéro armes nucléaires Un P5 qui sonne creux Jean-Marie Collin Les dégats nucléaires, vers la fin de l'impunité ‘‘ Hiroshima Ground Zero 1945’’ Jean-Paul Vienne La Corse faillit connaître le sort de Moruroa Ben Cramer

16

P.15

Affiche du 21 septembre Journée internationale de la Paix

‘‘ Les guerres P.16 P.17

qui font rage à travers le monde ne

mondialiser la paix

Libye : attention au piège irakien  Rony Brauman La non-violence, un chemin de Damas Jean-Marie Muller Le capitalisme Pentagonal Chalmers Johnson Sharon Dolev, militante dans l'âme

22

P.13 P.14

Débat - congrès

Vous avez dit ‘‘réforme’’ ? Alain Rouy L'intelligence collective à notre service Roland Nivet

18

P.12

P.18 P.19 P.20 P.21

méritent aucune défaillance de nos mémoires.

’’

culture

Andrée Chedid, inventeuse de paix Annie Frison L'Afrique du Sud à l'honneur

Mensuel édité par le mouvement de la paix

9, rue Dulcie September, 93400 Saint-Ouen Tél.  01 40 12 09 12 Fax : 01 40 11 57 87 planete.paix@mvtpaix.org

P.22 P.23

Directeur de publication : Pierre Villard Rédacteur en chef : Ben Cramer Conception maquette : Chérif Beldjoudi Rédactrice - graphiste - maquettiste : Laurence Leclert.  Comité de rédaction : évelyne Aymard, Jacques Le Dauphin, Jean-Paul Vienne, Annie Frison, Nicole Bouexel, Claude Ruelland, Roger Billé, Raoul Alonso, Roland Nivet, Pierre Villard. Photos et illustrations : Tous droits réservés. Photo couverture : Christophe Cunniet Ont participé à ce numéro : Jeanne-Marie Raynaud, Marcos Estrada, Aurélie Royon, Jean-Marie Collin Jean-Paul Vienne, Ben Cramer, Alain Rouy, Roland Nivet, Rony Brauman, Jean-Marie Muller, Chalmers Johnson, Sharon Dolev, Annie Frison Gestion des abonnements : Nassera Macrez, tél.  01 40 12 09 12. ISSN 1773-19241. Numéro de commission paritaire : 0709G85601.

l n’y a pas de raison que notre engagement en faveur de la paix se fasse au détriment des victimes d’Alzheimer. Sauf que... ceux qui veulent célébrer cette journée du 21 septembre pour parler d’Alzheimer ne devraient pas être amnésiques à l’égard des décisions prises à l’ONU dès 2001 pour faire du 21 septembre la journée mondiale de la paix. Par rapport à la paix, justement, essayons de ne pas oublier quelques idées simples : - Le Conseil de sécurité de l’ONU ne sécurise pas tout le monde et ses choix peuvent accroître l’insécurité du monde. - Les puissants n’exhibent pas leur pouvoir de destruction par hasard ou pour frimer ; à force de détenir 80 % des richesses, ils savent bien que le gateau devrait être partagé autrement. - Mao n’avait pas tort de parler des ‘tigres de papier’ : les armes high tech permettent de lire n’importe quelle plaque minéralogique à partir d’un satellite ou de cibler un ennemi avec un drône, mais sont carrément impuissantes à fournir de la sécurité sur les marchés financiers, ou sur certaines frontières. - Les opérations menées dans le sud par des puissances du nord ne feront pas le poids face à la détermination d’un peuple qui décide de prendre en main son destin. Quand l’enseignement ne sert plus à instruire les mômes, quand les prisons deviennent des écoles de formation au crime, quand le complexe militaro-industriel flingue tout développement social, la paix s’éloigne. Les guerres qui font rage à travers le monde – on en dénombre officiellement 18 - ne méritent aucune défaillance de nos mémoires. Pas plus d’ailleurs que les zones de non-droit, les terrains d’entraînement à la guerre, les terres où règnent la faim et la misère, les zones pacifiées.

Ben Cramer

Imprimeur : Compédit Beauregard - 61600 La Ferté-Macé

N° 564 - Août/Septembre 2011 - Planète PAIX

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Hommages Hommage à Bernard Capron

Le souvenir de Bernard, c’est d’abord un homme dévoué, curieux, qui aimait les autres, peut-être trop parfois, au point sans doute de ne pas assez penser à lui-même. Mais un Bernard tout seul, c’était inconcevable. Il lui fallait toujours du monde autour de lui pour partager, partager un verre, partager un repas, partager des idées, partager l’espoir d’un monde meilleur par la prise en compte de la

paix comme construction d’une réelle alternative politique et sociale. C’est ainsi que Bernard avait réussi à reconstruire à SaintOuen un comité du Mouvement de la Paix, populaire et divers, à l’image d’une ville ouvrière dans laquelle se mêlent difficultés de la vie, espérances et convictions que ce sont les engagements des citoyens qui font l’histoire. Et dans le Mouvement de la Paix, le Comité de Saint-Ouen, je peux vous dire que ça compte. Avec son comité local et départemental, Bernard avait accueilli notre congrès national en 2005. Très attaché aux valeurs de l’éducation populaire, Bernard a créé le « Jeu de la Colombe ». Conçu au départ pour des structures collectives, il travaillait dernièrement à une version familiale, dont nous allons poursuivre le projet. On retrouvait cette volonté d’éducation populaire dans les voyages pacifistes

que Bernard organisait avec le Mouvement de la Paix, l’ARAC et l’APEIS, à Oradour-sur-Glane, au Mémorial de Caen, au camp de Struthof en Alsace, séjour qui permettaient à la population audonienne d’avoir accès à la culture et à l’amitié. (...) Sa dernière action militante aura été la Rencontre internationale des jeunes pour la Culture de la Paix, en juillet dernier dans la Nièvre. Bernard, pour nous, c’était aussi la Fête de l’Humanité, une fête au cours de laquelle il avait tenu à rassembler ses amis pour son départ à la retraite il y a à peine deux ans. Le stand du Mouvement de la Paix dont il animait avec Alain et Eric l’équipe de bénévoles, rayonnait de cette joie de vivre qui le caractérisait. Parfois, ça pétait, car il savait aussi être dur à cuire, et tête de lard notre ami Bernard, mais c’est aussi comme cela que nous l’aimions. Car Bernard,

sous son abord un peu dur, il avait le cœur sur la main, toujours prêt à rendre service. Depuis qu’il se savait condamné, Bernard avait passé le turbo, comme s’il voulait assurer un héritage social avant de nous quitter. Il a beaucoup écrit, beaucoup questionné sur les évolutions du monde, sur la prise en compte de la non-violence comme projet politique complémentaire de la Culture de la Paix. Et il voulait que cela aille vite, plus vite que la musique. Même affaibli, il participait activement à la préparation de notre prochain congrès, sans rien lâcher. Il a traversé ces derniers mois avec beaucoup de courage et d’abnégation, suscitant beaucoup d’admiration. Bernard est parti bien trop vite, bien trop tôt. (...)

Pierre Villard Paris le 3 septembre 2011

Hommages à Jean Ridoux Le départ de Jean me touche particulièrement car j’ai fait un bout de chemin dans la vie avec lui ; un chemin au cours duquel j’ai beaucoup appris de ses analyses politiques, de son engagement pour construire une société plus juste, de son esprit militant, de sa conviction que, par la lutte, le progrès social était possible. Une de ses dernières actions aura été sa contribution précieuse à l’organisation du colloque « Dynamique de la culture de la paix, Réflexions théoriques et leviers de l’action » à l’université d’Evry en mai dernier. Je tiens ici à lui rendre un dernier hommage militant et fraternel.

Alain Zozime, Professeur de Physique à l’université d’Evry-Val-d’Essonne 4

N° 564 - Août/Septembre 2011 - Planète PAIX

Je tenais à signifier ma tristesse quant au décès de Jean Ridoux qui fut pour moi un modèle de courage et d’ambition. Une génération s’en va, elle me manque déjà. Les jeunes générations, je l’espère, continueront de porter les valeurs auxquelles il semblait tant tenir.

Gwenaelle Beauvais, étudiante du master Coopération et Solidarité Internationales à l’université d’Evry-Val-d’Essonne C’est une bien triste nouvelle  qui nous met en grande difficulté pour réagir simplement avec des mots. Jean R.restera un modèle à suivre pour tous ceux qui l’ont bien connu mais aussi pour ceux qui l’ont simplement croisé et qui ont eu la chance de dialoguer avec lui.

Cela a été mon cas et je ne l’oublierai pas.

Daniel Bachet, Professeur de Sociologie à l’université d’Evry-Val-d’Essonne J’ai rencontré Jean Ridoux lors des réunions du comité scientifique pour la préparation du colloque ; je suis alors marquée par ce personnage, très âgé et en même temps très actuel dans ses réflexions et propositions. J’ai la conviction personnelle que Jean a laissé son empreinte au-delà du comité scientifique, pour continuer à œuvrer ensemble pour une culture de Paix. J’ai été particulièrement touchée par sa m a nière de partager, durant des moments de convivialité, son parcours personnel notamment durant la résistance. Je regrette

de ne pouvoir faire encore un bout de parcours avec lui.

Nadia Abchiche-Mimouni, Maître de Conférences en Informatique à l’université d’Evry-Val-d’Essonne


REPÈRES ... À lire Sortie en librairie le 6 octobre 2011. « Pour en finir avec l’arme nucléaire » aux éditions La Dispute - 15 euros En tant que co-président du Mouvement de la Paix, Pierre Villard dispose de tout l’argumentaire pour plaider la cause de l’abolition des arsenaux nucléaires des petits et des grands. Avec une plume alerte et dans un style accessible à tous, le pacifiste internationaliste (membre du réseau ICAN), qui enseigne les maths dans des lycées professionnels s’adresse à tous ceux qui veulent savoir pourquoi l’arme nucléaire a du ‘plomb dans l’aile’ ; pourquoi la dissuasion ne dissuade pas et comment on pourrait s’en débarrasser. Voici donc en 230 pages, un manuel judicieux sur les démarches à entreprendre pour éliminer ici et partout ces reliques d’un monde fini, qui a terrorisé la planète durant la guerre froide. Que les pacifistes le sachent : c’est le premier livre en français qui expose les tenants et aboutissants de la convention d’élimination des armes nucléaires. En souscription pour les lecteurs de Planète Paix : 12 euros Rendez vous sur : www.mvtpaix.org/boutique

A voir

Le film ‘‘L’ordre et la morale’’ de Mathieu Kassovitz Ce film de Kassovitch sur les Kanaks et la Nouvelle Calédonie est conçu comme un outil de réconciliation. L’Ordre et la morale va sortir le 16 novembre. Il retrace les évènements de la grotte d’Ouvéa en 1988 : la prise d’otages de gendarmes par des indépendantistes et l’assaut final mené le 5 mai par le GIGN avec 21 morts/ Dix ans d’enquêtes et de contre-enquête

Revues en revue  Peace Magazine juillet-septembre 2011

 Forum du Désarmement n° 10, 2011

Peace Magazine évoque la première révolte internet en Egypte, les connexions entre le Canada et l’Arabie Saoudite. La revue accorde aussi une large place au rôle de Gorbatchev ; des pages spéciales qui font écho au dernier ouvrage de Metta Spender, intitulé « la quête russe pour la paix et la démocratie ». • www.RussianPeaceandDemocracry.com Le slogan de Peace Magazine est : « la majorité des revues et publications vendent des conflits. Nous vendons des solutions. Faites partie des meilleures solutions » Directrice : Metta Spencer - Red. en chef : Ken Simons e-mail : mspencer@web.net • www.peacemagazine.org

de l’Institut des Nations Unies pour la recherche sur le désarmement (UNIDIR) sur les zones exemptes d’armes nucléaires .

 Nexus n°76 – septembre-octobre 2011 Le génocide continue au Vietnam avec une interview d’André Bouny. Site : www.nexus - email : frinfo@nexus.f

Ces zones exemptes d’armes nucléaires ou zones dénucléarisées représentent une possibilité importante pour progresser vers un monde sans armes nucléaires, mais elles sont généralement reléguées au second plan par le TNP. Les zones créées jusqu’à présent représentent environ la moitié des surfaces terrestres de la planète et notamment 99% de toutes les terres situées au sud de l’Équateur. Les zones exemptes d’armes nucléaires regroupent aujourd’hui 119 États et concerne près de 2 milliards d’habitants. A lire le chapitre sur le rôle de la société civile pour promouvoir une zone exempte d’armes de destruction massive au Moyen-Orient de Chen Kane (*) * Planète Paix prépare un dossier sur cette thématique d’ici la fin 2011

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ACTUALITÉ militarisation : La france à l'entrainement

La Creuse, un terrain de manoeuvres Dans un pays aussi militarisé que la France, dans lequel l’armée est le premier propriétaire foncier... qu’en est-il de la Creuse ? Certes, si l’on compte le nombre d’adhérents du Mouvement de la Paix, si l’on songe au monument aux mort de Gentioux, la Creuse est une terre pacifiste. Et pourtant...

Drone, avion sans pilote

A

u camp militaire de La Courtine, gendarmes et autres militaires s’entraînent ; ils se familiarisent avec les futurs théâtres d’opération. Avant d’être déployés en Afghanistan pour une période de 6 mois, les gendarmes qui serviront au sein des POMLT (Police Operational Mentoring and Liaison Team) sont détachés du cycle d’emploi classique des EGM (Escadrons de Gendarmerie Mobile) six mois avant leur départ en OPEX pour leur permettre d’être formés à leurs missions sur le théâtre. Cette formation est organisée en plusieurs phases : Une phase décentralisée [...]. Une phase centralisée pilotée par la Cellule d’Instruction Afghanistan (CIA),[...]. Outre le traditionnel stage de présentation du théâtre afghan d’une semaine à Rochefort- prérequis à tout envoi de gendarme en OPEX - cette formation centralisée a lieu en 2 stages de 3 semaines au camp de La Courtine. Au programme de ces stages : du tir au HK G36 (arme de dotation des gendarmes en Afghanistan) et de l’instruction au tir de combat (ISTC) mais aussi des formations de secourisme et sur les réactions face à l’IED (Improvised Explosive Device). [...] » (1)

reconversion (dans le solaire !), le Lépaud servait à l’entraînement. Pour les drones, huit semaines d’essais étaient programmées par an. D’où les zones règlementées, comme celle décrite par le quotidien ‘La Montagne’, sous forme de mise en garde : La Zone réglementée temporaire concerne une zone de 430 km2 avec une interdiction de survol des communes de Lépaud, Gouzon, Chénérailles. La densité de population survolée est de 12,5 habitants au km2. Le périmètre s’étend d’une dizaine de km à l’Est de Guéret, à hauteur d’Ajain, jusqu’en limite de frontière du département de l’Allier, soit quelque km à l’Est de l’aérodrome ».(2) Ceux qui manient ce type d’armement, ici ou ailleurs, sont postés dans un bureau loin, très loin du  théâtre  d’opérations, devant un écran. Une croix matérialise une cible, des images défilent sur l’écran, une silhouette apparaît, la croix est superposée, un clic et paf ! L’objectif est atteint, l’’écran n’est pas éclaboussé de sang !

Jeanne-Marie Raynaud, Creuse

Pour la guerre presse-bouton 

EN SAVOIR PLUS • les drônes de la Sagem : www.ttu.fr/francais/Articles/horte feuxetladef.html 6

N° 564 - Août/Septembre 2011 - Planète PAIX

Durant les années 2000, les essais d’engins volants téléguidés appelés « drones », conçus pour le repérage et fabriqués par l’usine SAGEM de Montluçon, ont décollé de l’aérodrome Montluçon-Guéret, à Lépaud, à la limite de la Creuse et de l’Allier. En 2004, avant qu’on ne parle de fermeture et de

cf. le comportement de la population de La Villedieu avec Gaston Fanton, Antoine Meunier et René Romanet, le 7 mai 1956 lors de la Guerre d’Algérie (2) site internet sldinfo.com ( sld : Seconde Ligne Défense) du 5 juin 2011 (3) La Montagne, 21 septembre 2004, cité par le site volavoile.net (1)


campagne Le 21 septembre, journée internationale de la paix

La trêve du 21 septembre

Concert pour la paix de "John Meldrum" avec "the Highlites" et "the Polysons" à Paris le 19 septembre 2010 à l'initiative du Mouvement de la Paix

L

es journées mondiales sont de plus en plus nombreuses. L’ONU les a multipliées ces dernières années. A force d’en rajouter, on en vient parfois à craindre une dévalorisation du symbole. Mais la portée d’un geste aussi symbolique soit-il n’est pas à écarter, ou condamner. Il nous appartient toutefois de distinguer les dates et le message qu’on attribue à chacun. Ainsi, le 21 septembre, ce n’est pas celui du 17 octobre, journée internationale de lutte contre la misère, même si le combat contre la misère ne sera pas gagné sous un déluge de feu avec des gens meurtris par des armes. Le 21 septembre ne doit pas non plus être confondu avec le 2 octobre, journée internationale de la non-violence – et date de naissance du Mahatma. Cette journée est liée à l’ONU et pour une raison simple : elle coïncide d’ordinaire avec l’ouverture

des débats à l’Assemblée Générale à New York. Si le 21 septembre peut se manifester de diverses manières, une majorité ses dessine pour penser que c’est le jour le plus propice pour exiger un cessez-le-feu sur tous les champs de bataille. Comme une trêve de Noël sans Noël. Un cessez-le-feu sur des théâtres d’opération comme l’Afghanistan serait bienvenu. Mais où encore ? Sur tous les champs de bataille ? Entre l’Érythrée et l’Éthiopie. Côte d’Ivoire ? Kosovo ? Les fronts zappés ? Pour les zones de conflits bien identifiés, il reste toutefois des doutes : que faire par exemple des foyers de tensions liés aux changements climatiques ? Certes, ces trêves, souvent précaires, permettent aux belligérants de se ravitailler, d’aiguiser leurs couteaux ou recharger leurs

fusils. Ce n'est pas l’indice le plus parfait d’une amorce de médiation. Certains arrêts du feu ont un profil macabre, comme on peut s’en rendre compte au Sri Lanka où les combattants ont mis fin à la guerre civile, Où ( plutôt) la guérrilla a été massacrée. Peut-être faudra-t-il songer à quelque chose de mieux qu’une simple trêve. Pourquoi pas profiter de ces 24 heures pour le boycott de produits de destruction ? La fermeture de bases étrangères ne tant que trêve à l’ingérence ?

B.C

EN SAVOIR PLUS • www.21septembre.org Pour toutes les initiatives qui sont menées le 21 et au-délà N° 564 - Août/Septembre 2011 - Planète PAIX

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ÉvÉnement La rencontre européenne et internationale des jeunes

Jeunesses de tous les pays ....

150 jeunes de toute nationalité se sont retrouvés dans la Nièvre. Quels jeunes ? Comment l’initiative du Mouvement de la Paix s’est-elle inscrite avec la politique des "villes de paix" ?

Atelier de formation à la non-violence active.

EN SAVOIR PLUS • http://rij2011.wordpress.com 8

N° 564 - Août/Septembre 2011 - Planète PAIX

 Jeunesses de tous les pays ....Retrouvezvous ! » Le mot d’ordre est bien passé dans la Nièvre cet été. Cette quasi ‘université de la paix’ a duré une semaine. La petite commune de Garchizy, (3800 habitants) peut s’honorer d’avoir accueilli dès la deuxième semaine de juillet - en tandem avec VarennesVauzelles - ces jeunes pacifistes ou ...en passe de le devenir. Le Mouvement de Paix, soutenu généreusement par le Programme européen jeunesse en action ou PEJA(1 ), a lancé cette initiative que des partenaires(2) ont relayée. Pour une majorité de jeunes et quelle que soit leur nationalité, la militarisation du monde représente un grave danger et certains ont vécu ces réalités de très près. Lucien, par exemple, est un ancien ‘kadogo’, un enfant-soldat utilisé par la rébellion zaïroise de 1997 pour renverser le dictateur au pouvoir, le « maréchal »Mobutu. Lucien a donc fondé l’ ‘Ambassade des jeunes victimes de guerre’, une association d’aide aux enfants-soldats qui possède des antennes dans divers zones touchées par ces recrutements et cet endoctrinement. Dans les ateliers, tous les sujets sont abordés. Marcos le Brésilien (page 10) peut disserter sur le Costa Rica qui s’est débarrassé de son armée dès 1948. Célia et Houria, Algériennes, préfèrent débattre de l’accès à l’éducation, «moyen de s’évader» et surtout de la place des jeunes filles dans un pays où «la virginité a souvent plus de valeur que la personnalité». Avant de quitter la France, une majorité de jeunes a fait un tour du côté d’Avord car, comme l’exclame Martin avec son accent allemand « Nous, nous avons besoin d’une massive destruction d’armes et pas d’armes de destruction massive ». Garchizy peut aussi être fière d’être membre de l’Association Française des Communes, Départements et Régions pour la Paix (AFCDRP) donc membre du réseau mondial Mayors For Peace (3) , et d’avoir choisi le 14 juillet 2011 pour officialiser cet engagement ; soit 24 heures après la marche symbolique sur la base d’Avord et le sit-in devant le Mirage. (4).

Paul Pinaud qui a tenu à suivre quelques débats et se mêler aux étudiants. « On ne se mobilise pas en faveur des enjeux du désarmement, sa dimension internationale. Nous avons des exigences à notre échelle. Par exemple, nous cherchons à garantir à nos citoyens le droit au logement et c’est pourquoi nous avons fait passer des arrêtés anti-expulsions ; Nous nous mobilisons pour le droit à la défense des services publics ». Le discours des jeunes est de prime abord un peu différent. Et pourtant. Lors des débats sur les Objectifs du Millénaire pour le Développement (OMD) , en présence du représentant des Nations Unies Jean-Pierre Bugada et du secrétaire général de l’UNICEF Antoine Dernis, nul n’a sous-estimé ou occulté les besoins fondamentaux. Ayant à l’esprit la crise financière, la réduction des budgets sociaux, le Manifeste insiste sur la réduction des budgets militaires au profit de l’éducation, de la santé, de la démocratie, de l’émancipation des peuples. Si la majorité de ces jeunes se reconnaît aisément dans la formule altermondialiste « un autre monde est possible », la question de l’environnement est très présente. Certes, comme l’expliquait un orateur, les jeunes ne comprennent pas toujours le lien de causalité entre armement et environnement, mais le manifeste rédigé sous forme de document final, insiste sur la dimension durable du travail sur la paix. Ainsi « Nous considérons que la culture de paix passe également par le respect de l’environnement via le changement de nos habitudes de consommation pour limiter notre impact sur l’environnement et favoriser le développement » peut-on lire dans ledit Manifeste. Pierre Villard, co-président du Mouvement, n’a pas de motif de se plaindre, au contraire : « On a bien fait de monter cette université d’été dans un environnement aussi propice, avec des villes ouvertes sur le monde ».

1)

www.injep.fr/-Agence-Francaise-du-Programme-

2)

dont Bang d’Allemagne, CND de Grande-Bretagne, Vrede

de Belgique (Flandre), Gensuiko du Japon, Fubdacao per la

Qu’a pensé le maire de ces festivités dans sa ville ? « Cela correspond fondamentalement à la politique de paix dont la ville est porteuse », explique Jean-

Pau (espagne). 3)

cf. centre à Malakoff, cf ; aussi le site http://www.afcdrp.com

4)

Voir la couverture


La rencontre européenne et internationale des jeunes

On ne naît pas militant, on le devient La rencontre

formation à la désobéissance civile et à l’action nonviolente que certains ont suivie.

européenne et internationale de jeunes pour la Culture de Paix, cet été dans la Nièvre, a été une école de l’engagement, un apprentissage de la culture de la paix. Témoignages d'Aurélie et Jago.

Aurélie Royon

P

our des participants aux profils très divers du point de vue de leur rapport au militantisme, entre les engagés de longue date et les nouveaux impliqués, j’ai perçu ces Rencontres comme un moment intense. Une école un peu particulière. C’est d’abord une école de l’information, d’initiation à l’Histoire, l’actualité ou le droit international ; nombreux sont les participants à m’avoir confié qu’ils ont appris beaucoup sur des sujets aussi variés que le conflit israelo-palestinien ou les mutilations sexuelles faites aux femmes africaines, par exemple. Ces connaissances deviennent alors pour chacun-e des matériaux permettant de construire sa pensée et son engagement. C’est encore une école où l’échange entre participant-e-s promet d’enrichir les initiatives de chacun-e, à l’image de la

Cette école de la vie collective et du travail à plusieurs mains est une pratique concrète de la Culture de Paix. Mais construire ensemble est loin d’être une évidence, même lorsqu’on est convaincu du potentiel formidable que nous avons en associant nos intelligences, nos expériences et nos savoirs-faire. Les ateliers, le travail sur le journal (publié au cours des Rencontres), la rédaction en goupe de l’Appel pour la culture de paix destiné aux jeunes (cf. extraits*) m’ont stimulé. Toutefois, au regard également de débats parfois houleux et éprouvants que nous avons pu avoir, de notre pratique d’un fonctionnement plutôt classique des prises de paroles qui favorisent souvent les plus éloquent-e-s et les moins timides, il serait intéressant de se pencher sur les questions de fonctionnement collectif, de conduite alternative des discussions. Afin de faire coïncider au mieux nos idées pacifistes et leur application au sein de nos rassemblements, de garantir un fonctionnement le plus horizontal possible avec un plus grand partage des tâches Il nous reste à rechercher de nouvelles méthodes de travail dans cette ‘école’ pour que la Culture de Paix soit aussi bien dans le contenu de nos débats que dans leur forme.

Aurélie Royon, Saint-Étienne

Manifester devant la base d’Avord

Jago Kosolosky,

Tous les membres de la Rencontre Internationale de Jeunes (RIJ) pour la Paix ont décidé de manifester devant la base aérienne d’Avord dans le Cher, non loin de Bourges. Pourquoi cette base ? Pour moi, la réponse va de soi :  ce camp militaire teste les armes de l’arsenal français, abrite les avions radars (AWACS) engagés dans la guerre en Libye, et sert de plaque tournante à de nombreux avions militaires. C’est pourquoi on considère qu’Avord est une «base stratégique», presque aussi importante que celle d’Istres. Ce n’est donc pas surprenant que les jeunes qui combattent pour la paix, combattent aussi la base d’Avord. D’ailleurs, nous ne sommes pas isolés. Beaucoup de gens des villes adjacentes se prononcent également contre la base comme le prouve la présence de dizaines de drapeaux arc-en-ciel. Après un happening près d’un monument militaire (un Mirage démobilisé, cf. photo de couve), nous avons traversé le village d’Avord. Puis, nous nous sommes rendus à l’entrée de la base. Là, les militaires ne nous ont pas autorisés à procéder à une inspection civile, comme prévu. Nous avons donc décidé de jouer au foot et de chanter des hymnes à la paix. Je me demande s’ils nous ont compris…Mais notre message est clair, lance Smaïl : « partout où vous mettez des bases, partout où vous déciderez des guerres, il y aura des pacifistes.»

Jago Kosolosky, Belgique N° 564 - Août/Septembre 2011 - Planète PAIX

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ÉvÉnement La rencontre européenne et internationale des jeunes

Étudier la paix à San José : un parcours désarmant Impliqué dans la décennie de la paix et de la non-violence, le brésilien Marcos Estrada est venu à Varennes-Vauzelles et à Garchizy (villes de paix) en juillet pour partager son expérience d’étudiant à l’université de la paix au Costa Rica.

EN SAVOIR PLUS • www.rij2011.wordpress.com • www.decade-culture-of-peaceorg 10

N° 564 - Août/Septembre 2011 - Planète PAIX

E

n 2007, j’ai démarré mon master à l’Université de la Paix des Nations Unies au Costa Rica (cf. UPEACE dans Planète Paix, n° 563). Le campus qui jouxte une aire protégée de 300 hectares, difficile d’accès, se situe à 25 km de San José, la capitale. Près de 130 étudiants peuvent s’inscrire dans les huit cursus universitaires proposés.

Le Costa Rica, au-delà des résolutions de l’ONU dès 1980, a-t-il décroché la paix ? Une paix négative ou positive ? Un pays en paix ou avec la paix ? Evidemment, mes attentes étaient grandes. Vis à vis d’une nation sans forces armées et qui revendique d’avoir fait transiter les dépenses de l’armement vers l’éducation. Mais bon, tout n’est pas réglé pour autant. Beaucoup reste à faire. Certes, le Costa Rica est plus « développé » (bien que le terme soit ambigu) que ses voisins du Nicaragua ou de Panama, il n’en demeure pas moins que la pauvreté, les inégalités et la violence sont des problèmes. Bien que l’UPEACE a pour mission de « fournir à l’humanité une institution internationale d’enseignement supérieure à la paix », cette mission et ce savoir semblent réservés à un petit groupe. Pour l’année universitaire en cours, les frais d’inscription s’élèvent à 27.000 dollars, sans compter les 700 dollars par mois pour les dépenses courantes. Nombreux sont peut-être ceux – y compris sur place - qui pensent que l’ONU finance les bourses des étudiants, mais ce n’est pas le cas. J’ai eu mon Master en Éducation à la Paix après avoir travaillé et économisé beaucoup d’argent en Angleterre. Par la suite, des universités britanniques n’ont pas retenu ma candidature, mon diplôme n’étant pas reconnu sur le plan international (1). C’est une histoire d’accréditation qui illustre les contradictions de l’institution. L’UPEACE multiplie des partenariats avec divers pays, depuis 2005 avec la ville de Toronto (2) . Mais comme dirait la rectrice « lorsque l’on compare avec le nombre d’écoles militaires existantes, le ratio est attristant ».

Marcos Estrada au sein de l'association brésilienne Abrasoffa

Un rapport pour la décennie J’ai été impliqué dans la décennie pour une culture de la paix 2001-2010 à partir de 2009. Grâce à l’un de mes inspirateurs, David Adams qui dirigeait cette unité au sein de l’Unesco, et que j’ai rencontré à un congrès pour la paix dans la ville de Santos au Brésil. J’ai ensuite été chargé de coordonner le rapport de la société civile sur la Décennie, fruit d’un travail bénévole avec des 10 jeunes de 9 pays motivés. Nous l’avons fait, conformément aux résolutions A/Res./64/80 de l’Assemblée Générale de l’ONU. Ce travail nous a enrichi ; il m’a permis de partager des initatives de la société civile un peu partout dans le monde. On m’a parfois demandé quel regard je portais sur la Décennie, J’ai l’impression que l’ONU a perdu tout intérêt en la matière. Je ne sais toujours pas si le secrétaire général de l’ONU a lu notre fameux rapport mais qu’importe. J’ai juste voulu montrer, par son intermédiaire, que les jeunes acteurs de la société civile peuvent jouer un sacré rôle dans les projets de paix. 

Marcos Estrada - Coordinateur du ‘Youth Team for a culture of peace’ (1)

peut-être est-ce pourquoi upeace a un nom de domaine

qui se termine par .org et pas .edu. (2)

avec Écoles sans frontières.


DOSSIER

Vers zéro armes nucléaires 

• Un P5 qui sonne creux  • Les dégats nucléaires vers la fin de l'impunité • ‘‘Hiroshima ground zéro 1945’’ • La Corse faillit connaître le sort de Moruroa

la cloche d’Angelus est vénérée par les habitants de Nagasaki comme «Peace Bell», cloche qui sonne la paix

A l’heure des campagnes internationales d’ICAN, du travail plus médiatique et plus ‘people’ mené par ‘Global Zero’, l’idée de confiner les armes nucléaires aux musées fait son chemin. Comme dirait Ban Ki -moon : « Toujours plus nombreux sont ceux qui estiment que les essais et les armes nucléaires sont de dangereux vestiges de la guerre froide, qu’il aurait fallu éliminer depuis longtemps » (déclaration du 29 août). D’ailleurs, par rapport aux essais, une ratification américaine du Traité d'interdiction complète des essais nucléaires (CTBT) n’est pas à exclure. Mieux encore, les neuf États nucléaires – qui dépensent 100 milliards de U$ par an pour leurs arsenaux – vont être sollicités pour décontaminer leurs sites, assumer la facture de leurs dégâts. Un premier pas pour tourner la page de l’armement nucléaire. N° 564 - Août/Septembre 2011 - Planète PAIX

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DOSSIER

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Désarmement et TNP

Un P5 qui sonne creux Un an après le succès de la Conférence de Révision du TNP en 2010, les 5 puissances nucléaires officielles (Chine, États-Unis, France, RoyaumeUni, Russie) ont tenu à se retrouver en juin à Paris. Bilan en demi-teinte

S

oyons honnêtes, il faut être satisfait ne seCôté désarmement, les membres du P5 ont rait-ce que parce que la rencontre montre réaffirmé leur détermination « à œuvrer en fal’existence d’un dialogue concret entre les veur de l’objectif partagé du désarmement 5 puissances nucléaires. Souvenons-nous nucléaire conformément à l’article VI du TNP, qu’il y a à peine 30 ans, nous étions en pleine crise y compris en ce qui concerne les mesures énondes euromissiles et au bord de l’abîme nucléaire. cées dans l’action 5 » ; donc la mise en œuvre Personne n’aurait pu imaginer trois décennies plus d’actions concrètes de désarmement ! Or, la réalité tard voir 3 membres de l’OTAN être assis en face des est toute autre : les membres du P5 modernisent Russes et des Chinois. Cette démarche va d’ailleurs tous leurs arsenaux nucléaires (missiles Boulava se poursuivre. Iil a été décidé, russe, M51 français, sousà l’issue de cette rencontre, de marins chinois, …) et planimettre en place « un groupe fient des politiques de durade travail spécialisé » sur « les bilité des armes sur le long définitions de termes clés dans terme comme le montre le domaine nucléaire » ; une le traité de coopération réunion d’experts est prévu à nucléaire franco-britanLondres sur la question de la nique (signé en novembre vérification en matière de dé2010), dont la durée s’étale sarmement ; enfin, une autre sur 50 années…. Derrière rencontre est envisagée « dans toutes ces belles paroles, Contre-sommet des pacifistes au Trocadéro le contexte du prochain Coles démarches du P5 : resmité préparatoire du TNP » en mai 2012.  semblent plutôt à une volonté de Combattre la prolifération, promouvoir le nucléaire civil et Mais qu’en est –il sur le fond ? Tout d’abord la ne pas précipiter la course au désarmement. Les prolifération, un sujet qui préoccupe fortement mots prononcés dans cette déclaration sonnent le pays-hôte. La France a, lors d’une conférence de manières creuse  tant que les dirigeants des publique, tenté de focaliser le débat sur cette pro- 5 puissances nucléaires (déclarées) n’auront pas blématique, écartant de fait le thème du désar- véritablement opté pour l’abolition de leurs arsemement nucléaire… A l’égard du proliférateur, naux nucléaires… notamment de celui qui se retire en vertu de Jean-Marie Collin, l’article IX, L’objectif souhaité serait de renforcer Directeur pour la France de l’association les conditions de suivi des activités nucléaires du ‘Parlementaires pour la Non-prolifération sortant et de disposer de la possibilité de lui appliNucléaire et le Désarmement ’ quer des sanctions. Deuxièmement, il a été évoqué le souhait d’augmenter les moyens de l’AIEA.

Les « cinq Grands » à Paris – pourquoi ?

EN SAVOIR PLUS • Blog Défense-Géopolitique  http://alternatives-economiques.fr/ blogs/collin/ • Auteur de la bombe, univers opaque du nucléaire http://rha.revues.org/index7007.html • Déclaration du réseau Abolition 2000 (en français) www.abolition2000org/?page_id=161 • Fondation de recherche stratégique www.frstrategie.org/ 12

N° 564 - Août/Septembre 2011 - Planète PAIX

Nous pourrions croire qu’il s’agit de désarmement nucléaire, en fait, c’est plutôt le contraire qui se déroule ... Traditionnellement, lors des conférences du TNP à l’ONU, les ONG ont la possibilité d’assister aux séances et de s’exprimer. La secrétaire d’État Rose Gottemoeller avait annoncé en février dernier à Washington que des sessions de de P5 seraient ouvertes aux ONG. Dans la pratique,il n’en est rien, l’ »ouverture » a été confiée à la Fondation pour la Recherche Stratégique (FRS) qui a organisé une conférence le 29 juin ; où le nombre de places fut tellement limité que les ONG n’ont pas pu assister pour des raisons techniques, bien évidemment ... Ce P5 consacré au désarmement nucléaire a donc été une concertation des pays nucléaires pour savoir comment préparer la prochaine conférence du TNP en mai 2012 à Vienne, de façon à faire croire à une démarche de désarmement tout en améliorant leurs arsenaux.

Dominique Lalanne extraits du bulletin n° 209 édité par ‘Armes nucléaires STOP’


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n u cléa i r e s

Les dégats nucléaires vers la fin de l'impunité L’association ‘Moruroa e tatou’ lance un appel pour que l’ONU organise une conférence internationale. Objectif : prendre en charge le nettoyage, la réhabilitation et le développement durable des zones concernées, abîmées, meurtries par les essais nucléaires de par le monde. Cependant, la plupart de ces peuples qui font partie des "minorités" ou des peuples indigènes, se rendent compte que leurs voix ne sont pas entendues. Depuis 2009, les Nations Unies ont instauré une journée internationale contre les essais nucléaires. Le 29 août 2010, le Kazakhstan a proposé la création d’un fonds international d’indemnisation pour les victimes des essais nucléaires.

Parmi les signataires : Siège de la Conférence du désarmement, Palais des Nations, Genève

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e premier essai nucléaire dans le monde qui a eu lieu le 16 juillet 1945 a été suivi par plus de 2000 explosions entre 1945 et 2006. Ces explosions  ont contaminé le globe terrestre entier, eu égard des conditions météorologiques. Ils sont à l’origine de plus de quatre millions de victimes et des milliers d’hectares de terre contaminés pour l’éternité.

Moruroa, à Maralinga en Australie, aux îles Marshall, au Nevada, au Kazakhstan ou en Nouvelle-Zemble. On commence à découvrir les conséquences des essais nucléaires chinois dans le Xinjiang. Il reste à expertiser les sites d’essais indiens, pakistanais, coréens en plus de la centaine de zones contaminées par des explosions nucléaires dans l’ex. Union soviétique.

Certaines puissances nucléaires ont pris des initiatives quant à la reconnaissance des droits des victimes notamment les peuples autochtones et par là même ont procédé au nettoyage de certains sites mais tous les problèmes sont loin d’être réglés ; Le plus gros reste à faire car la décontamination des sites des essais nucléaires nécessite des centaines d’années, que ce soit au Sahara comme à

Tous les peuples victimes des essais nucléaires ont de grandes difficultés à faire reconnaître la violation de leurs droits par les puissances nucléaires. Les peuples qui ont subi sur leur territoire les essais nucléaires approuvent les efforts des Nations Unies pour accélérer l’entrée en vigueur du traité d’interdiction complète des essais nucléaires, (CTBT) ouvert à la signature en 1996.

 Association algérienne des vic-

times des essais nucléaires français au Sahara  Le congrès Nagasaki contre les

bombes A et H  Les Amis de la Terre  Association des vétérans des

essais nucléaires

EN SAVOIR PLUS • http://www.moruroaetatou.com/ • Association Moruroa e tatou - BP 5456 Pirae Tahiti. Tél. (689) 43.09.05 E-mail : moruroaetatou@mail.pf • http://www.obsarm.org/IMG/pdf/27-08-10-CP_ Moruroa_e_tatou.pdf N° 564 - Août/Septembre 2011 - Planète PAIX

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vers zéro arme nucléaire

‘‘Hiroshima Ground Zero 1945 ’’ Une exposition visible jusqu’à fin août à l’International Center of Photography de New-York, en plein centre de Manhattan (New York).

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’exposition intitulée « Hiroshima Ground Zero 1945 » donne à voir une soixantaine de photographies (sur un total de 700) prises peu de temps après le lancement d’une bombe atomique sur Hiroshima, à l’initiative des autorités militaires américaines elles-mêmes. Il s’agissait alors d’étudier froidement les conséquences matérielles de l’explosion sur les différents matériaux afin d’en tirer quelques conclusions, donc des normes à mettre en œuvre pour se protéger d’une attaque atomique éventuelle. C’est un homme politique, Paul Nitze (devenu plus tard n° 2 du Ministère de la Défense), qui, à la tête de la Physical Damage Division, fut chargé de ce travail de documentation. Toutes objectives qu’elles fussent, ces photos se révélèrent vite insupportables à regarder pour le grand public et bientôt classées « secret-défense ». Puis elles connurent un destin chaotique, disparurent et finirent par être retrouvées… sur une décharge d’ordures.

Certes, des textes ont été publiés aux États-Unis quant aux effets des deux explosions atomiques sur les villes japonaises. L’ample reportage « Hiroshima » de John Hersey paru dans le New Yorker en 1946 ou bien l’ouvrage ambitieux de Richard Rhodes « La bombe atomique – Histoire du 8ème Jour de la Création » donnèrent à comprendre la réalité de l’arme nucléaire à un public éclairé. Mais rien ne frappe davantage que ces photos retrouvées, parfaitement révélatrices d’une nouvelle ère de l’histoire des conflits, suicidaire pour l’humanité toute entière. Le moins saisissant n’est pas l’absence de cadavres : les corps ont été volatilisés, « dématérialisés », comme disent joliment les Anglo-Saxons. Il faudrait, pour bien faire, parvenir à faire venir ces photos en France. Proposer au Mouvement de la Paix en collaboration avec une institution photographique comme les Rencontres d’Arles ?

Jean-Paul Vienne Isère

Le désarmement nucléaire existe-t-il ? SHIGATA GA NAI * Interrogé sur la question de la responsabilité par rapport à la guerre et au bombardement de Hiroshima par un journaliste de Tokyole 31 octobre 1975, l’empereur se fit évasif et tenta de justifier son attitude : « Nous n’avons pas étudié beaucoup cette question littéraire et en conséquence, nous ne la comprenons pas bien et ne pouvons répondre. Pour Hiroshima, c’est très regrettable que les bombes nucléaires aient été larguées et nous sommes désolés pour les citoyens de cette ville. Cela ne pouvait toutefois être empêché (shikata ga nai) car c’est arrivé en temps de guerre. » * cette expression est revenue au moment du tsunami en mars 2011

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N° 564 - Août/Septembre 2011 - Planète PAIX

Certains États l'ont rencontré; ils ont du moins décidé de se défaire de leur arsenal, par peur du fardeau ou par sagesse, pour montrer l'exemple ou pour s'économiser des tentations. États

Décisions unilatérales ou multilatérales

Australie

Début années 70

Suède

1974 : mise en sommeil du réacteur d’Agesta

Corée du Sud

1979 : décision du gouvernement de Chun Doo Hwam

Suisse

Novembre 1988 : acte de dissolution de la commission de travail pour les questions atomiques (AAA)

Afrique du Sud

Septembre 1989 : le président W. De Klerk parle de la nécessité de démanteler le programme et mettre ainsi un terme à l’isolement du pays. Fin 89 : fermeture de l’usine de Valindaba Février 1991 ; mise à l’arrêt du réacteur ‘Y’

Brésil / Argentine

Novembre 1990 : « Déclaration de Buenos Aires » dans laquelle les deux États renoncent à la fabrication d’armes nucléaires et à toute expérimentation (essai) nucléaire

Irak

Juillet 1991 : renoncement aux ADM selon Charles Duefler, le chef des inspecteurs US en désarmement – confidence de 2004

Biélorussie

1992

Ukraine

Décembre 1994 : date d’adhésion en tant qu’État non doté d’armes nucléaires

Kazakhstan

Février 1994 :date de l’accession au TNP en tant qu’État non doté d’armes nucléaires

Libye

Décembre 2003 : deal avec Washington et Londres.

Taïwan

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les essais nucléaires - histoire

La Corse faillit connaître le sort de Moruroa En Corse, le Désert des Agriates, puis le massif de l’Argentella ont été envisagés au cas où les Français ne pourraient pas disposer des vastes territoires en Algérie... Retour sur une histoire que la presse corse commence à déballer.

L

Mais le projet ne va pas être accueilli comme prévu. A Ajaccio, Bastia, Corte, mais aussi Marseille et Paris, des réunions s’organisent, et dèsle 20 avril, des comités de défense contre ce projet se constituent. De nombreux élus, responsables syndicaux et représentants du monde associatif appellent à la mobilisation. En réponse aux nombreux courriers qui lui parviennent, Michel Debré assure dès le 23 avril que ces expérimentations ne présenteraient pas le moindre danger pour aucun être vivant et qu’elles seraient pratiquées de novembre à avril, soit… hors saison touristique. Une réponse dont la teneur a le don d’exacerber la colère des Corses ! Le 28 avril, la population de Balagne se rassemble devant la sous-préfecture de Calvi pour manifester son refus. Alors qu’un grand rassemblement populaire est organisé à Ponte-Nuovo, le 2 mai, le préfet de Corse Bernard Vaugon fait

une déclaration dans laquelle il précise que rien n’a été décidé par le gouvernement. C’est le début de la « reculade » de l’État.

es

e 14 avril 1960, Pierre Guillaumat , ex-ministre des Armées et ministre délégué auprès du Premier ministre et son compète Francis Perrin, hautcommissaire à l’énergie atomique, sont en mission à Ajaccio. Objectif : rendre public un projet d’installation, sur le site de l’Argentella (entre Calvi et Galeria), d’une base d’expérimentations nucléaires souterraines. Pourquoi ? Parce que c’est là, diton en haut lieu, que « la qualité des roches et le volume du massif permettent d’absorber dans des conditions réelles de sécurité, des explosions de faible importance, chimiques et nucléaires ». A destination des sceptiques, on précise que si un tel projet devait voir le jour, « aucune retombée radioactive n’est à craindre : par suite de la fusion et de la vitrification de la roche, le centre de l’explosion devient une cloche hermétiquement close ».

t ia gr le D A ésert des

Le 6 mai, des mots d’ordre de grève sont lancés dans l’île par plusieurs corporations. Devant l’émotion suscitée sur l’Ile de la Beauté, la mobilisation qui remonte à novembre 1958, le Premier ministre Michel Debré commence à faire machine arrière « Le programme atomique dans lequel s’est engagé la France a amené le gouvernement à envisager de nombreuses éventualités.. Mais le conseil général de la Corse n’est pas rassuré pour autant. Pour affirmer son opposition irréductible au projet, Il adopte le 21 mai à l’unanimité une résolution. Il faudra attendre le 4 juin pour apprendre par la voix du Premier ministre que le projet est abandonné. Celle de l’implantation dans le massif de l’Argentella d’un centre souterrain d’expérimentation nucléaire en était une parmi d’autres et elle est restée au stade des études ». Alors qu’une manifestation de masse est programmée sur le site même de l’Argentella, le 14 juin, le gouvernement fait savoir dans un communiqué laconique que les techniciens chargés d’étudier sur place les conditions d’implantation de la base, ont quitté la Corse. Une façon dissimulée (pour ne pas perdre la face) d’annoncer que le projet est abandonné.

Ben Cramer

EN SAVOIR PLUS • www.lesinfos.com/nouzille/2009/05/06/quand-la-corse-afailli-etre-un-centre-dessais-des-bombe-atomiques/ N° 564 - Août/Septembre 2011 - Planète PAIX

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Débat - Congrès Les statuts du Mouvement de la paix

Vous avez dit ‘‘ réformes ’’ ? Poursuite du débat lancé dans nos colonnes en vue du Congrès du Mouvement de la Paix à Paris de novembre 2011*.

e suis comme tout le monde d’accord avec les principes de parité (hommes/ femmes, jeunes/âgés, région parisienne/province) qui sont constamment réaffirmés depuis des années. Faut-il pour autant en faire des règles d’airain à respecter absolument, ce qui aurait pour conséquence d’éliminer des instances plusieurs amis d’un certain âge, masculins, habitant la région parisienne, parce qu’on n’aura pas assez trouvé de jeunes, de femmes et de provinciaux pour arriver à la parité ? Les conséquences seraient à mon sens plus néfastes encore si l’on introduit le principe de limitation du nombre de mandats qui donne peut-être une impression de démocratie mais qui équivaut pour un Mouvement comme le nôtre à se créer des difficultés de direction et donc à se tirer une balle dans le pied. Si ce principe avait été appliqué auparavant, cela veut dire que des amis comme Micheline Guilhaumon, Roger Billé ou Jean Ridoux (pour ne prendre que quelques exemples, mais la liste serait longue) auraient été obligés de quitter le BN il y a déjà longtemps – au nom du principe de la limitation du nombre de mandats. Le Mouvement s’en serait-il porté mieux ? Evidemment non ! Nous ne sommes pas dans une structure de pouvoir(s) donné(s) à une personne avec des avantages matériels liés à la fonction, comme c’est le cas pour les élus municipaux ou les parlementaires, ou encore dans les grosses structures politiques ; nous sommes dans une organisation de bénévoles où ce que reçoivent les responsables, c’est surtout du travail à effectuer au détriment de leurs loisirs et de leur vie familiale. Si des amis veulent et peuvent continuer à apporter leur contribution à la vie du Mouvement, je trouve non seulement absurde 16

N° 564 - Août/Septembre 2011 - Planète PAIX

mais aussi contreproductif de les en empêcher au nom de la règle de la limitation. Pour autant, je ne néglige pas qu’il puisse exister des enjeux de pouvoir au sein des instances de direction, correspondant ou non à des différences dans les orientations ou dans les manières de faire, ou encore à des différences de sensibilités personnelles. Je pense que dans une organisation comme la nôtre, des problèmes de ce genre ne peuvent se régler que par la discussion, franche, libre et la plus fraternelle possible et non pas par des règles de limitation de mandats. Autre chose est l’apparte- Conseil National du Mouvement de la Paix le 3 et 4 septembre 2011 nance purement formelle à telle ou telle instance ; à chaque congrès développer, quel type d’actions proposer, ou à chaque future AG annuelle, il convien- quelles campagnes mener susceptibles dra de faire état de l’activité réelle dévelop- d’amener à nous de nouveaux militants ? pée pendant la période précédente et, en Ayons bien conscience que la réalité de la cas d’activité nulle, de proposer à l’ami(e) vie associative et du bénévolat s’est proconcerné(e) de quitter l’instance où il fondément transformée et qu’il nous faut n’avait aucune activité. De ce point de vue, redéfinir les notions de militantisme et de le questionnaire proposé pour préparer le militance. J’espère donc que notre congrès prochain congrès me semble aller dans la du Mouvement de la Paix saura s’y attacher en évitant de se focaliser sur des questions bonne direction. de statuts. D’une manière plus générale, je ne crois Alain Rouy pas que l’application rigide de principes et Villejuif - Val-de-Marne la réforme des statuts soient de nature à résoudre les défis que nous avons à relever : comment faire venir à nous davantage de jeunes, davantage de citoyennes et de citoyens prêts à s’engager pour les causes que nous défendons ? Quel type d’arguments


Débat - Congrès Les statuts du Mouvement de la paix

L'intelligence collective  à notre service de nos ambitions et au niveau des nécessités actuelles dans un monde où  les forces guerrières mobilisent  des moyens considérables. En termes d'éducation populaire nous en sommes aux balbutiements. La tâche est- elle insurmontable ? Non mais elle nécessite de réfléchir attentivement à nos formes d'organisations et à nos pratiques. En effet les compétences, les ressources nécessaires ne sont pas majoritairement présentes dans les structures centralisés ou « dirigeantes » des organisations ou de la société mais réparties horizontalement sur tout le territoire, dans les toutes les couches de la société, et dans toutes les classes d'âge, dans les comités locaux et les réseaux que ceux-ci ont souvent tissé au plan local mais aussi dans des compétences extérieures (universités, écoles, réseaux d'artistes, de chercheurs, experts, intellectuels, autres associations et ONG).

L

a lutte pour la paix s'effectue  dans un paysage politique, culturel, géopolitique complexe. Dans ce contexte, le concept de culture de la paix et de la non-violence nous fournit  une grille d'analyse mais aussi un outil pour l'action. Les 8 axes de mobilisation proposés au titre de la culture de la paix montrent l'ampleur de la tâche à accomplir pour mobiliser durablement et de manière visible l'opinion publique dans notre pays et dans le monde pour avoir des résultats aux plans politiques. Une des  questions de fond est de savoir comment mobiliser ces compétences et ces énergies . Force est de constater que nous sommes en difficulté pour créer le rassemblement et  les mobilisations populaires  à la hauteur

L'urgence et la priorité n'est-ce pas  d'aider à l'émergence de ces compétences disséminées, de favoriser leur lisibilité, les faire travailler ensemble et produire de l'intelligence collective par leur mise en réseau ? N'est-ce pas de favoriser l'émergence partout où c'est possible des intelligences, des compétences individuelles et collectives, des savoir-faire,  sagesses, imaginaires, créativité, l'inventivité, les diversités culturelles et d'expériences, les volontés d'agir et de s'exprimer ? N'est-ce pas  la manière de créer une intelligence et des pratiques collectives plus efficaces et en cohérence avec les concepts constitutifs de la culture de la paix? N'est-ce pas  le passage obligé pour constituer des collectifs plus puissants que les intelligences ou organisations pyramidales ou individuelles ? N'est-ce pas une des directions pour corriger les insuffisances de la nécessaire verticalité de nos organisations ?  

A partir du moment où la culture de la paix est une référence commune, nous avons la cohérence  et la cohésion nécessaires pour aller beaucoup plus loin en faisant  émerger,  par des processus ascendants et horizontaux, une intelligence collective posant avec force au sein de la société la question d'une transition progressive d'une culture de la guerre, de la violence, de la compétition  vers une culture de la paix , de la mise en commun , de la fraternité, de la solidarité. Ceci passe par la mise en place de pratiques et d'outils favorisant la communication horizontale, les initiatives locales , les maillages de proximité ( réseaux locaux, régionaux, interrégionaux à partir des comités et des individus, rencontres des comités au plan régional, présence renforcées des structures et collectifs locaux dans les structures nationales, formations au plan régional) pour favoriser les échanges d'idées, et la mutualisation des  compétences , des expériences, des savoirs faire. L'urgence n'est -ce pas de  développer  beaucoup plus la dimension horizontale de notre organisation, de nos pratiques à partir du local et d'en tirer toutes les conséquences au plan des pratiques y compris financières pour que les structures locales aient beaucoup plus de moyens , car c'est sur elles que reposent la clé du succès ? Pour celà nulle nécessité de réviser les statuts, l'enjeu c'est de les mettre en oeuvre et de réfléchir à l'amélioration de nos  pratiques.

Roland Nivet Rennes - Ille-et-Vilaine

* L'intégralité des contributions sont lisibles sur www.mvtpaix.org N° 564 - Août/Septembre 2011 - Planète PAIX

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MONDIALISER LA PAIX Libres opinions

La Libye : attention au piège irakien  Le cessez-le-feu sera-t-il la poursuite de la guerre par d’autres moyens ? A l’heure des doutes, à l’heure où de nombreux responsables occidentaux pavoisent au sujet de la victoire de l’OTAN et de la réussite des opérations militaires, le point de vue d’un opposant à l’intervention, l’ancien patron de MSF.

EN SAVOIR PLUS • www.liberation.fr/monde/01012355522l-instauration-de-la-democratie-ne-doitpas-etre-l-affaire-des-etrangers 18

N° 564 - Août/Septembre 2011 - Planète PAIX

Nicolas Sarkozy a déclenché une guerre coûteuse en Libye : 11 euros par seconde !

e remarque deux choses. D’une part, contrairement à ce que déclaraient les chancelleries occidentales aux toutes premières heures, le but de l’intervention, qui devait être circonscrit à la protection des populations, est vite devenu la chute du régime de Khadafi. C’était inscrit dans la logique des choses : qui dit protection des populations dit changement de régime. Cet objectif est atteint, oui. Mais sa réalisation ne change pas la nature du problème que j’essayais de poser au début du conflit : abattre un régime par la violence, et plus encore par une violence en partie extérieure, n’est pas un bon moyen d’instaurer la démocratie. (...) Nous ne manquons pas d’exemples de batailles militairement gagnées et politiquement perdues. Les intérêts politiques et financiers en

jeu dans cet eldorado pétrolier sont énormes, les convoitises et les divisions internes ne le sont pas moins. On sait commencer une guerre, l’expérience montre qu’on a beaucoup plus de mal à la terminer. Comment les États-Unis, la France, la Grand-Bretagne, le Qatar, principaux membres de la coalition dont les intérêts sont loin de converger, vont-ils accompagner le pouvoir politique qui va s’installer, influencer le cours de son histoire à venir ? Leur engagement les rend coresponsables de ce qui va se passer, mais n’ont désormais plus le poids que leur donnait leur puissance de feu. (...)

Rony Brauman Ex-président de Médecins sans Frontières (de 1982 à 1994) extraits d’un article dans ‘Libération » du 23 août 2011

États-Unis/Libye Les États-Unis essayant déjà de trouver une issue à leur engagement en Afghanistan et en Irak, la Libye était une guerre que l’Amérique souhaitait laisser à d’autres. Les sondages démontrent que les deux tiers des personnes ne souhaitaient pas d’intervention. 60 % y étaient opposées 35 % y étaient favorables


MONDIALISER LA PAIX point de vue

La non-violence, un chemin de Damas Chacune des « révolutions arabes » a sa spécificité. La révolte syrienne qui a commencé le 20 mars 2011 prend chaque jour plus d’ampleur et mobilise toujours davantage de Syriens qui exigent la chute du régime afin d’exercer leur pouvoir de citoyens..

EN SAVOIR PLUS • MAN : www.nonviolence.fr • http://nonviolence.fr/spip. php?article578

L

a responsabilité de la communauté internationale est particulièrement grave dans la situation qui a prévalu jusqu’à présent dans les pays arabes. Pendant des décennies, les États occidentaux ont été largement complices des dictatures dont ils ne pouvaient pas ne pas savoir qu’elles niaient avec détermination les droits de l’homme et du citoyen. Avec pusillanimité, ils préféraient le maintien d’un certain ordre dont ils pensaient qu’il préservait au mieux leurs intérêts. Ce temps est révolu et ce n’est pas de leur fait. Les Occidentaux pensaient également que ces régimes étaient le meilleur rempart contre la menace de l’islamisme radical. Mais c’est se tromper du tout au tout de croire que la dérive islamiste peut se combattre par la dictature. En créant en 2008 l’Union de la Méditerranée, Nicolas Sarkozy avait ostensiblement choisi d’être complice des dictateurs plutôt que d’être solidaire des peuples. On se souvient que cette année-là Hosni Mubarak et Bachar al-Assad trônaient avec lui à la tribune officielle du défilé militaire du 14 juillet.

Les États occidentaux ont jusqu’à présent fait preuve d’une grande parcimonie pour exprimer leur solidarité avec le peuple syrien. Les États savent très bien faire la guerre et ils sont outillés pour cela, mais ils n’ont pas appris à faire la paix, tant il est vrai qu’« il est plus facile de remplir la guerre que la paix » (Bernanos). Au demeurant, il ne saurait être question d’une nouvelle intervention militaire que les opposants ne

demandent nullement. Des interventions diplomatiques fortes s’imposent dans l’urgence. Malheureusement, la communauté internationale n’y semble pas prête. Le 16 juillet, Hillary Clinton, la Secrétaire d’État américaine, a exprimé son espoir d’une « coopération pacifique avec le gouvernement en vue d’un avenir meilleur ». Comment oser parler de « coopération pacifique » alors que des citoyens syriens sont tués dans les rues ? Les sanctions financières et économiques sont nécessaires, mais elles ne sauraient infléchir le cours des choses sur le terrain. Car c’est sur le terrain que se joue l’avenir du mouvement. L’ingérence politique s’impose. L’urgence est de repenser l’action de la communauté internationale en matière de prévention et de gestion des conflits et d’expérimenter les méthodes de l’intervention civile non-violente en ouvrant un espace politique où puissent s’exprimer les initiatives de paix des sociétés civiles. Ce type d’intervention n’est certainement pas possible dans l’immédiat, mais elle pourrait s‘avérer décisive en Syrie après la chute du régime. Il revient désormais aux citoyens que nous sommes d’exercer une vigilance qui s’est également trouvée prise en défaut. Nous avons un devoir exigeant de solidarité à l’égard de ces femmes et de ces hommes qui ont pris et qui prennent encore aujourd’hui des risques que nous ne prenons pas. Nous ne saurions nous contenter de les admirer et de les applaudir. Nous devons exiger de nos gouvernements qu’ils définissent une politique qui soit à la hauteur du défi que les populations arabes ont lancé au monde entier. Cela exige de nous que nous ayons l’audace de réinventer nos démocraties.

Jean-Marie Muller * Porte-parole du Mouvement pour une Alternative non-violente N° 564 - Août/Septembre 2011 - Planète PAIX

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MONDIALISER LA PAIX dépenses militaires

Le capitalisme Pentagonal Les économies sont ‘plombées’ par des déficits, en raison des priorités budgétaires. Le déficit record des États-Unis est en lien avec les dépenses militaires. Chalmers Johnson – décédé en novembre 2010 – a longuement analysé les méfaits du complexe militaro industriel.

Chalmers Johnson

L

a confiance mondiale dans l’économie américaine est tombée à zéro, à preuve l’effondrement du marché des actions (...) Outre la crise hypothécaire, la bulle immobilière et la probabilité d’une récession, l’économie américaine présente une anomalie énorme : 60 ans de mauvaise attribution des ressources et des prêts pour restaurer et maintenir un complexe militaro-industriel en tant que base de la vie économique du pays.

(...) Cette crise de la dette se présente sous trois aspects. Primo, nous dépensons des sommes folles sur des projets de « défense » qui n’ont aucun lien avec la sécurité nationale des États-Unis. En même temps, nous maintenons le taux d’imposition des couches les plus riches de la population américaine à des niveaux extrêmement bas. Secundo, nous continons de croire que nous pouvons compenser l’érosion accélérée de notre base industrielle et la perte de nos emplois en faveur

des pays étrangers par le biais de dépenses militaires massives – ce que l’on appelle le « keynésianisme militaire » que je discute en détail dans mon livre ‘Nemesis : The Last Days of the American Republic  ». Par keynésianisme militaire, je veux parler de la croyance erronée selon laquelle des politiques publiques axées sur des guerres fréquentes, d’énormes dépenses d’armement et de munitions, et de grandes armées permanentes peuvent soutenir indéfiniment une économie capitaliste prospère. En fait, c’est l’inverse qui est vrai. Tertio, dans notre dévotion au militarismee (malgré nos ressources limitées), nous ne parvenons pas à investir dans notre infrastructure sociale et dans ce que requiert la santé à long terme de notre pays. C’est ce que les économistes appellent des « coûts d’opportunité », des choses non réalisées parce que nous avons dépensé notre argent pour autre chose. Notre système d’éducation publique s’est détérioré de façon alarmante. Nous n’avons pas réussi à fournir des soins de santé à tous nos ciroyens et négligeons nos responsabilités en tant que pollueur mondial numéro un. Chose plus importante encore, nous avons perdu notre compétitivité en tant que fabricant de biens à destination de la société civile – une activité pourtant infiniment plus efficace quant à l’utilisation de ressources limitées que la fabrication d’armes.

Chalmers Johnson

Retombées du 11 septembre 2001

EN SAVOIR PLUS • Publication originale : www.tomdispatch.com, traduction Karim Loubnani, janvier 2008 • http://contreinfo.info/article. php3?id_article=1639 20

N° 564 - Août/Septembre 2011 - Planète PAIX

La guerre « contre le terrorisme » a justifié toutes les interventions militaires. Le 11 septembre 2001 a savonné la planche des marchands de canon. De toutes nationalités. Au Nord au Sud. Les experts peuvent confirmer : entre 2005 et 2009, les ventes ont augmenté de 22 % (cf. la tendance en Allemagne, page 16-17). En 2009, elles auraient atteint 400 milliards de dollars, 5 fois plus que l’ « aide » totale au pays en développement –. Si l’on tient compte du fait que les ventes d’armes illégales représentent 5 fois celles les ventes légalement enregistrées, ceux qui ont profité du boom du 11 septembre sont nombreux. Mais ces dépenses, aux dépens des dépenses sociales, creuse les déficits (cf. analyse de Chalmers Johnson).


MONDIALISER LA PAIX Israël - Palestine

Sharon Dolev, militante dans l’âme

S

tants moins jeunes,

haron est une pacifiste. Elle dénonce la bombe made in Israel. Elle dispose de 30 minutes d’antenne tous les mois à la radio. Elle apprend le 8 juillet que l’ONG qu’elle a monté (depuis 3 ans), - venait d’être reconnue. C’est la première ONG contre le nucléaire civil et militaire dans son pays. Lors de son passage aux rencontres internationale des Jeunes au début du mois de juillet, Sharon la pacifiste israélienne raconte et s’invite au débat (1).

invités pour

Greenpeace

A la Rencontre européenne et Internationale des Jeunes, des mili-

expérience.

En 1999, j’ai fait la rencontre d’un militant au sein de Greenpeace et j’ai passé deux ans et demi en Nouvelle-Zélande. Mais c’est un pays où il n’y a pas de vrai militantisme. J’ai donc éprouvé le besoin de revenir chez moi. Sur les questions de désarmement, j’ai voulu rejoindre Greenpeace qui envisageait d’ouvrir une antenne dans le pays. Malheureusement, cette ouverture a coincidé avec une décision de QG d’Amsterdam d’abandonner la campagne désarmement. Ca tombait plutôt mal.

Sharon Dolev est

Le tabou du nucléaire

l’occasion, ont tenu à partager leur fougue et transmettre leur

de cette trempe là.

EN SAVOIR PLUS • Israël et la bombe, la fin d’un tabou

J’ai voulu continuer sur le front du désarmement. En posant toujours les mêmes questions : est ce que la bombe nous a aidés en 1973 ? Est ce qu’elle nous aide face aux Hezbollah ? Chez nous, le sujet du nucléaire militaire est un véritable tabou. Dire que l’État dispose de têtes nucléaires ou combien est déconseillé. Il vaut mieux dire « selon des sources étrangères, Israël disposerait de tant de têtes nucléaires ». On a envie de dire que l’arme nucléaire est un peu la raison d’être de ce pays, c’est ce qui assure sa survie. La fameuse ’ambiguité nucléaire’ ? Elle n’a qu’une seule raison : il ne faut surtout pas embarrasser les États-Unis. Pour nous, c’est trop fatigant de jouer à cache-cache. Nous disons que l’ambiguité n’existe pas. L’ambiguité, à mes yeux, c’est un peu comme ces mecs qui creusent un puits et puis tombent dedans.

www.cirpes.net/article209.html

Le combat contre la bombe

• www.mayorsforpeace.org/english/ membercity/asia/israel.html • www.pij.org/authors.php?id=572

C’est un enjeu mondial, pas seulement israélien. Personne ne demande à Israël de désarmer seule (2) mais Israël ferait bien de signer le TNP.

L’Iran comme épouvantail l’Iran, c’est un prétexte pour ne pas aborder la question de l’armement nucléaire dans notre propre pays. Toujours pareil. Lorsque l’université organise un séminaire intitulé « les défis nucléaires au Moyen-orient » en présence de Shimon Pérès, on peut être sûr que le seul défi nucléaire dont il sera question est iranien.

Les maires pour la paix Nous avons mobilisé les maires pour la Paix. Il y a désormais 60 villes dont les maires se sont engagés dans le réseau international. Parmi les villes de la paix, ou parmi les 56 (et pas 60) : Jerusalem, Ashkelon, Dimona, et Haïfa.

Un conseil aux médias Vous savez, s’il y a un million de manifs à travers le monde contre Israël, ce n’est pas cela qui fera qu’Israël écoute. Mais si jamais il y a un million de manifestants pour la paix ici et que la presse s’empare de l’info, eh bien, ca ferait une différence et nous donnerait un sentiment de sécurité. S’il vous plaît, si vous connaissez des gens des médias, demandez-leur de montrer qu’il y a une opposition israélienne à la guerre. Il est temps que notre voix soit entendue.

Un conseil aux manifestants Si vous manifestez, faites-le de telle façon que ça fasse une différence. Pas seulement avec des slogans anti-israéliens mais en lançant un appel pour un cessez-le-feu et pour que les deux parties acceptent la résolution 1860 de l’ONU.

Sharon Dolev

(1)

entretien avant l’avènement des indignés

(2)

2012 devrait connaître un sommet avec Israêl et les 11 États

du voisinage qui disposent d'Armes de destruction Massives. N° 564 - Août/Septembre 2011 - Planète PAIX

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CULTURE Portrait

Andrée Chedid, inventeuse de paix La paix, c’est quoi maman ?

En guise de ‘bonnes feuilles’, voici un extrait d’un recueil de textes pour mieux nous enseigner comment inventer la paix. A travers le questionnement des plus jeunes, Andrée Chedid nous conte...

EN SAVOIR PLUS • www.andreechedid.com/ 22

N° 564 - Août/Septembre 2011 - Planète PAIX

L

a guerre, c’est quoi maman ?

"Au milieu du repas, l’enfant se leva brusquement de table, se rua vers sa mère, se hissa sur ses genoux. Se blottissant contre elle, il ferma les yeux après avoir tourné le dos à l’écran. La guerre, c’est quoi, c’est pour quoi ? répétaitil d’une voix épouvantée. Ces armes, ces visages meurtris, ces gestes brutaux, ces corps sans vie, qui venaient envahir cette pièce colorée, paisible, bien à l’abri, prenaient soudain consistance. Il fallait qu’on lui explique ces images et la raison de tout cela…..Depuis qu’il avait atteint ses six ans, un changement s’était opéré ; Martin posait de plus en plus de questions. Des questions surprenantes, capitales. Un matin c’était : Dieu est-il vraiment là-haut à s’occuper de nous ? Une après-midi : La mort, c’est quand on s’en va et qu’on ne revient plus jamais ? Une autre fois : Pourquoi les vieux ont des plis partout ? Est-ce qu’un jour tu seras comme ça, maman ? et moi, un jour ? Enfin, ce soir, soudain, cette nouvelle question, irrépressible, véhémente…."

"A plus d’un millier de kilomètres, un autre enfant s’agrippait aux jambes de sa mère. A bout de fatigue, celle-ci le repoussa doucement. Plus tard. On parlera plus tard. L’épuisement ravageait son visage encore jeune ; ses vêtements de plus en plus grisâtres ressemblaient à des haillons. En compagnie de son fils Alyo, Samia partageait une tente avec une dizaine d’autres mères, et une vingtaine d’enfants. Les maris, les pères, les frères, étaient absents ou disparus à jamais. La question que venait de poser l’enfant la fit trembler. Comment lui répondre ? Samia maîtrisait mal ses émotions, elle ne saurait même plus décrire la paix !…Du jour au lendemain, la barbarie se déchaînait ; les voisins de l’aube se transformaient en assassins du soir. La vie était cruelle, sauvage, les hommes devenaient semblables à ces fauves…." Ses lignes d’Andrée Chedid sont extraites d’un recueil de textes écrit à la demande de la collection Librio, ‘Pour inventer la paix’, préfacé par Koïchiro Matsuura, alors directeur général de l’UNESCO, pour inaugurer l’an 2000, ‘année internationale de la culture de la paix’. Parmi les écrivains, Andrée Chedid. Née au Caire en 1920 de parents chrétiens libanais, elle vécut à Paris qu’elle avait choisi, avec son mari, comme sa « terre de cœur ». La vie de ses personnages prend place dans la fatalité des évènements : la guerre, (principalement celle au Liban), la violence, la misère, la maladie. Simplement elle décrit par petites touches ce qui s’appelle pudiquement « les dommages collatéraux », les conséquences non dites de la pauvreté, de la peur, de la violence des armes et de la haine qui en découle.

Annie Frison


CULTURE festival à Douarnenez

L’Afrique du Sud à l’honneur Dans ce petit port de pêche de la pointe occidentale de la Bretagne, août est le mois des rencontres avec les peuples du monde. En 2011, le monde a tourné autour des Sud-Africains et de leur nation ‘arc-en-ciel’ : 80 films au programme de la 34ème édition du Festival.

U

ne première : si Douarnenez n’avait jamais posé son regard et braqué ses projecteurs sur l’Afrique sub-saharienne, c’est fait. Cet été, la ville a approché et apprécié les talents émergents de cette démocratie âgée de 17 ans. Parmi les vedettes, Michael Raeburn, né au Caire, élevé au Zimbabwe et qui a terminé ses études à l’IDHEC (1) à Paris ; ou encore Jihan El Tahri, réalisatrice de nationalité française et égyptienne. On lui doit ‘Behind the Rainbow’ qui montre la transition de l’ANC ; et aussi « Cuba, une odyssée africaine ». Cette oeuvre réalisée en 2006 (2) retrace l’épopée incroyable de 500.000 Cubains engagés dans les guerres de libération africaines au nom de l’idéal anti-colonialiste. On comprend mieux pourquoi le Festival a (aussi) mis à l’honneur Patrice Lumumba.

Une tradition En 2009, Douarnenez a accueilli les peuples du Caucase, dans le droit fil du soutien que la ville a accordée aux Tchétchènes et à la caravane Babel-Caucase en 2006. En 2008, le Liban est à l’affiche et cela tombe bien : le pays du Cèdre entretient des relations spéciales avec Douarnenez depuis le jumelage avec le camp de réfugiés palestiniens de Rashidiyé au Sud-Liban (3). Ironie de l’histoire, tout a démarré en 1978 avec le Quebéc. C’était alors le Festival des minorités. A fur et à mesure, le Festival a donné le son, l’image et la parole aux peuples opprimés, peuples colonisés, que ce soit les Kurdes, (dont les danses sont si proches des danses bretonnes), les Maoris, les Noirs américains, les Kabyles ou les Aborigènes. Douarnenez est fidèle à sa réputation. Elle est fière d’abriter un Prix Nobel de la

Paix 1988 : eh oui, sur les 17000 habitants, l’un d’entre eux est un ancien casque bleu, exsoldat de la force d’interposition la FINUL.

B.C. (1)

http://fr.wikipedia.org/wiki/Institut_des_hautes_

%C3%A9tudescin%C3%A9matographiques (2)

disponible en DVD ; cf aussi http://www.youtube.

com/watch?v=ceUwJLWWCJY (3)

la ville est venue en aide aux Libanais lors des

bombardements de l’été 2006.

EN SAVOIR PLUS • Festival de Douarnenez www.festival-douarnenez.com/ • Jumelage avec la Palestine www.ajpf.fr/fr/ville21.html • Réseaux forces maintien de la paix www.operationspaix.net/Casques-bleus N° 564 - Août/Septembre 2011 - Planète PAIX

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Planète Paix n°564