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L’info pacifiste : www.mvtpaix.org La paix en mouvement

3,20 euros / N° 542 / Mai 2009

Dossier

L’Otan contre la paix et la liberté (P.11-16)

Israël, Palestine A la rencontre des acteurs de paix (P.20-21)

Élections européennes Les associations se mobilisent (P.19)


REGARD SUR...

Contre sommet de l ‘Otan Strasbourg, 1er - 4 avril 2009

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N° 542 - Mai 2009 - Planète PAIX


Sommaire

l’Édito

Planète Paix n° 542 - Mai 2009

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actualitÉ

Contre-sommet

P.6-7- 8

La paix pour cible Otan

P.9

Otan : L’imposture

O

Justice contre la répression

11

dossier

L’otAn contre la paix et la liberté Otan P.12-13

Renaissance du pacifisme en Europe Rencontre au sommet

P.14

‘‘ Je suis désolé pour la violence que mon armée a exercée… ! Point de vue

P.-15

Plus de violence et… moins de révolution

16

Arielle Denis Co-présidente du Mouvement de la Paix

Référence

Sommet de l’Otan, Strasbourg-Kehl

P.-16

Premiers repères

18

des relations

mondialiser la paix

états-unis

P.17

internationales,

P.18

criminalisation

Vers le désarmement nucléaire ? Polynésie

Les victimes des essais nucléaires français et la justice élections européennes

P.19

Les associations se mobilisent Israël, Palestine

P.20-21

A la rencontre des acteurs de paix

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Mensuel édité par 9, rue Dulcie September, 93400 Saint-Ouen Tél.  01 40 12 09 12 Fax : 01 40 11 57 87 planete.paix@mvtpaix.org

sociaux, cette

celle de tous les P.22

Jeu de Dames : Le sexisme ? Tout un spectacle !

le mouvement de la paix

des mouvements

stratégie est

culture

Thêatre

Militarisation

dangers.

Directrice de publication : Annie Frison. Rédactrice en chef : Arielle Denis. Secrétaire de rédaction : Nadia Bennad Conception maquette : Chérif Beldjoudi. Rédacteur - graphiste - maquettiste : Laurence Leclert.  Comité de rédaction : Nadia Bennad, Nicole Bouexel, Ben Cramer, Jacques Le Dauphin, Arielle Denis, Pierre Villard. Photos et illustrations : Tous droits réservés. Ont participé à ce numéro : Arielle Denis, Nadia Bennad, Yves-Jean Gallas, Andreas Speck, Matthis Chiroux et Malalai Joya, Jacques Le Dauphin, Nathalie Gauchet, Nicole Bouexel Gestion des abonnements : Nassera Macrez, tél.  01 40 12 09 12 ISSN 1773-19241. Numéro de commission paritaire : 0709G85601. Imprimeur : Midi Pyrénnées

n voit les chefs d’États de l’Otan se congratuler sous le beau soleil de ce 4 avril 2009. Ils parlent de paix et de liberté. Mais en réalité ils viennent de préparer les guerres d’aujourd’hui et de demain. Ils ont décidé d’intensifier la guerre en Afghanistan, d’accueillir prochainement la Géorgie dans l’Otan -où se dérouleront de très polémiques manœuvres militaires en mai- de construire le bouclier antimissile, de renforcer les capacités militaires de l’Otan et, pour conduire cette Otan du 21ème siècle, ils ont élu A. F. Rasmussen, le Premier ministre danois, arrivé au pouvoir grâce à l’extrême droite raciste et xénophobe. C’est pour dénoncer cette entreprise de guerre que 30 000 manifestants ont convergé vers Strasbourg, venus de tous les continents. Pour dire Non à la guerre et Oui à la paix et à la sécurité pour tous, pour chaque pays, pour chaque enfant sur la terre. Mais l’unanimisme affiché par l’Otan ne souffrait pas de fausse note. Et la police a poursuivi la répression commencée il y a des mois contre la contestation et la liberté d’expression. On aura peu vu les banderoles et peu entendu les slogans. Paradoxalement (?) les images de destruction qui sont le résultat quotidien des guerres de l’Otan étaient cette fois attribuées aux pacifistes. Quelle imposture ! Quel détournement d’image ! Les pacifistes traités comme des malfaiteurs, arrêtés hors de Strasbourg ou relégués loin de la ville, filtrés par les « check-points », fouillés au corps, détroussés, fichés et, pour faire bonne mesure, bombardés, encerclés, chargés par la police… qui a pourtant, -malgré un colossal dispositif « qui a parfaitement fonctionné » selon la ministre de l’Intérieur, - laissé soigneusement passer des groupes de casseurs. Militarisation des relations internationales, criminalisation des mouvements sociaux, cette stratégie est celle de tous les dangers, et c’est l’honneur des manifestants que d’être venus la dénoncer. A l’heure du bilan, nous retiendrons que jamais une manifestation contre l’Otan n’avait mobilisé autant, et que l’Otan, désormais, est mise sous la haute surveillance d’un grand mouvement mondial ainsi que l’entreprise de répression à laquelle se confronte les mouvements sociaux.

Bon d’abonnement à Planète Paix page 23 N° 542 - Mai 2009 - Planète PAIX

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C’EST VOUS QUI LE DITES

 Et dieu dans tout ça ? Mais quel comité de Rédaction a pu donner son aval pour valoriser la publicité du journal La Croix dans un publication qui se veut laïque. Je rêve, je crois être sur une autre « planète » ! Je sais, je sais, l’ouverture, la tolérance, le moyen de soutenir la publication du journal mais, soyons sérieux et restons laïques, fermes et déterminés à défendre notre différence avec ces catholiques conservateurs, rétrogrades qui manifestent ouvertement contre l’avortement et le Vatican, qui clament : « Le viol est moins grave que l’avortement » Soyons vrais face à ces intégristes dangereux. Le Vatican est riche, sollicitant pourtant l’aumône auprès de ses ouailles dont la majorité est pauvre. Le voyage du Pape en Afrique accentue encore la monstruosité de ses positions face à tous ces gens frappés du sida et à qui l’on prêche de ne pas se protéger et d’avoir les rapports naturels que Dieu ! aurait voulu ?? et c’est sans doute ce que journal La Croix approuve. Bien à vous et que vive la paix.

ML Le 18 mars 2009 Lectrice de Planète Paix, puisque mon amie adhérente au Mouvement le reçoit à la maison, je trouve honteux que ce journal fasse une propagande pour le journal La Croix particulièrement conservateur, opposé à toute laïcité donc totalement antilibéral. Je sais qu’une certaine publicité rapporte au journal qui 4

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Opinions, suggestions, observations ! Envoyez-nous vos messages pour qu’ils soient diffusés dans le journal et sur le site Internet du Mouvement www.mvtpaix.org. Écrire à : Mouvement de la Paix 9 rue, Dulcie September, 93400 Saint-Ouen. Courriel : planete.paix@mvtpaix.org Les réflexions suivantes sont destinées au débat et n’engagent donc que leurs auteurs.

la publie, mais se vendre ainsi n’est pas digne de la Paix que vous défendez.

JM, professeur de lycée retraitée Réponse au courrier « La Croix » Cher-e lecteur-trice. Pour nous, « laïc » ne signifie pas « ennemi des religions » et publicité ne signifie pas non plus «  soutien  ». Quant à La Croix, ce journal marque souvent des distances critiques avec les excès que vous dénoncez à juste titre et s’est engagé à soutenir la journée internationale de la Paix du 21 septembre...

La rédaction Pédagogie pour la paix J’ai découvert à l’occasion de la Semaine de la presse votre numéro de mars dernier dans le CDI de mon Collège. Tout en accueillant avec sympathie et intérêt une publication sur « la paix », je suis tout de même interpellé par un article (Retour sur la guerre) et un encadré (Élections en Israël) qui mettent en épingle, ou plus justement « épinglent » Israël de manière unilatérale. Nous sommes tellement habitués, hélas, à constater ce type d’approche dans la presse « pour adultes » que l’on pourrait souhaiter qu’une publication comme la vôtre, dans le double objectif que vous vous fixez ici en direction des jeunes (pédagogique : enseigner la paix, et déontologique : informer et donner une opinion équitable) tombe, semble-t-il dans le même travers. En bref, parler de Gaza, oui, mais oublier que pendant 8 ans les enfants du sud d’Israël sont descendus chaque jour dans les abris parce qu’ils subissaient, eux aussi, une violence insupportable, ce n’est pas de l’information équitable.

Laisser entendre que le nouveau gouvernement israélien semble vouloir s’éloigner d’un processus de paix, est-ce dire toute la vérité : qu’en est-il du Hamas, sur le plan de la démocratie et du désir de paix, puisque ce dernier ne reconnait même pas l’existence de l’adversaire israélien ? Pour finir, je souhaiterai qu’on n’énumère pas la liste des violences d’un conflit dont on espère la fin, mais qu’on évoque plutôt les possibilités - certes rares - de possibles rapprochements entre deux peuples qui sont faits, comme tous les peuples du monde, à s’entendre, et donner l’espoir à la jeunesse. N’est-ce pas là une véritable pédagogie pour la paix ? En vous remerciant de votre attention,

Artistes pour la paix Bonjour, je voudrais adhérer au Mouvement de la Paix, et je voulais vous informer que je suis en train de constituer un réseau international... mais bien modeste sur un site autour du chant et de la paix, voici l’adresse : http://cantaperapace.ning.com/ Nous sommes des artistes et autres, il y a aussi une fondation pour la paix et la protection des enfants « World P e a c e To u r 4 C h i l d r e n   » . Je souhaiterais que vous deveniez membre de mon site, ce qui permettrait par la proximité de donner envie à chacun de s’impliquer. Par ailleurs, pourquoi ne pas envisager que, nous, artistes, nous fassions un projet avec vous pour un futur possible. J’espère que mes propositions vous intéresseront

ME, enseignant Cordialement Proche-Orient S’agissant du peuple palestinien et de son combat, pour ma part et en considérant que le choix appartient au peuple palestinien et non à ses « dirigeants » plus ou moins bien élus, plus ou moins corrompus, plus ou moins inféodés à certains pays impérialistes, je ne peux me réclamer de la résolution 242 du 22 novembre 1967 qui entérine les annexions de 1948, celles qui ont été les plus terribles pour le peuple palestinien, et celles de la guerre des 6 jours. En 1947, l’Onu a pris des décisions pour le « partage », ce sont ces décisions (181) qu’il convient de faire appliquer clairement. Si ce ne sont pas celles-là qui sont appliquées, qui n’ont donc pas à faire l’objet de négociations, elles ne sont plus valables pour personne. Et elles ne sont plus valables à commencer par Israël dont l’État n’a plus alors aucune existence légale, au sens des décisions prises par l’Onu !

MP

NC

Le dernier numéro de « Les «  cahiers de l’IDRP » est consacré à l’Otan et au Proche-Orient. «  Quels défis pour le soixantième anniversaire de l’Otan ? » par André Dumoulin, Olivier Kempf, Jacques le Dauphin. « Quels défis pour l’aprèsGaza ? » par Olivier Gebuhrer Pris : 3 euros Commande  au : 01 40 12 09 12


REPÈRES ... À LIRE

EN EXPRESS ...

Partage d’espoir Une délégation du Mouvement de la Paix s’est rendue en Palestine. Pour nombre d’entre eux, c’était la première fois. Ils résument ici leurs sentiments quant à la situation là-bas.

France-Afrique

Diplomatie, business et dictatures Avec l’arrivée à la présidence française de Nicolas Sarkozy, qui avait promis une rupture avec la Françafrique et les pratiques de ses prédécesseurs, nous assistons non seulement à une perpétuation de cette politique mais à son regain, caractérisé par une défense affichée et revendiquée des intérêts français en Afrique : ventes d’armes, prolifération irresponsable du nucléaire, conquête de nouveaux marchés par Total, Bolloré, Areva, Bouygues (et bien d’autres) en Angola, au Soudan, au Congo, etc. Ce livre dénonce cette « Coopération business » qui porte une responsabilité importante dans la situation politique et économique de l’Afrique d’aujourd’hui.

À voir

Exposition

Mussango De Malam L’artiste camerounais Malam expose une œuvre monumentale à Paris. Ce travail intitulé « Mussango » (qui signifie paix dans sa langue natale) se compose d’une centaine de sculptures autour du thème de la guerre. Malam y traite plus largement de la culture de la violence dans notre société. « Nous consommons en permanence les atrocités du monde. On a chacun une responsabilité dans la violence. On l’inculque à nos enfants par le biais des jeux vidéos », évoque Malam. Sa création est comme un cri pour la paix, un appel à une prise de conscience. Pont Alexandre III à Paris, de mai à octobre 2009

Hélène : Très enrichissant, très émouvant, très choquant. Énorme contraste entre la situation en Israël et beaucoup d’injustice aussi. J’ai discuté avec des jeunes dans des camps. Certains sont très violents. Ils disent « Fuck Israel ». J’ai aussi assisté à la libération d’un prisonnier. Cela a donné lieu à une grande fête populaire. C’était une semaine magique. Quand on est allé en Palestine, on a envie d’y retourner. J’ai un projet et je vais repartir pour 3 mois. Malika : Je m’attendais à trouver une situation pire. Je pensais trouver beaucoup plus de destructions, mais non, ce sont de gens qui vivent. Beaucoup d’émotion dans la visite de la vallée du Jourdain.

Ils ont des projets extraordinaires. Si on pouvait les aider avec des projets de développement, des villes… Les soldats israéliens n’ont aucun respect des gens. Au départ de Tel Aviv, ils ont fouillé ma valise… Comme je suis née en Algérie, ils voulaient me faire dire que je parlais arabe. Gérard : La Palestine n’est pas un pays pauvre. Ils ont des maisons, des voitures, une économie qui fonctionne. Des élections sont organisées. Ils ne se laissent pas abattre. En fait, il suffit maintenant de peu de choses pour que l’État fonctionne s’il est créé. Ramallah est une grande ville avec des boutiques, des banques. On n’imagine pas cela quand on n’y est jamais allé.

IMAGE DU MOIS

Le chiffre... 83,4

milliards de dollars… C’est la somme additionnelle que l’administration Obama a demandé au Congrès pour financer les guerres en Irak et en Afghanistan, dont seulement 7,5 milliards de dollars iront pour la reconstruction de ces pays et 75,3 milliards de dollars pour les activités militaires !

La phrase du mois (……) « Si nous pensons que la prolifération des armes nucléaires est inévitable, alors, d’une certaine façon, nous reconnaissons nous-mêmes que l’utilisation des armes nucléaires est inévitable ». Barak Obama, Prague le 5 avril 2009

Tchetchenie : Moscou met fin à l’« opération antiterroriste » Les autorités russes officialisent la « normalisation » de cette république du Caucase qui a subi depuis 1994 deux conflits qui auraient tué jusqu’à 200 000 personnes. Depuis dix ans, la Russie appliquait à la petite république de Tchétchénie un statut spécial afin de « lutter contre le terrorisme », utilisant cette expression pour ne pas reconnaître qu’une véritable guerre faisait rage jusqu’en 2002. Jeudi 16 avril à minuit heure locale, le Comité national antiterroriste a annoncé la fin de cette opération, tournant une longue page de l’histoire douloureuse de la Tchétchénie. N° 542 - Mai 2009 - Planète PAIX

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ACTUALITÉ Contre sommet de l’otan

La paix pour cible Depuis ce 4 avril, des centaines de témoignages ont afflué qui démontrent que tout a été mis en œuvre pour dissuader la contestation et diaboliser les manifestants. Des drapeaux interdits aux fenêtres aux vols de caméras, de la fouille au corps, aux tirs à bout portant, la répression a été terrible.

EN SAVOIR PLUS • www.otan-non.org • www.mvtpaix.org 6

N° 542 - Mai 2009 - Planète PAIX

«

Tu as choisi ton camp »

(…) Une fois que les Crs aient contreattaqué, les émeutiers, affluant de la voie ferrée, se sont mis dans le groupe des protestants pacifistes qui étaient coincés. Pendant un laps de temps, il y eut le chaos total. La police n’était pas sur le remblai à ma gauche, donc je l’ai grimpé avec un copain pour chercher une voie de sortie, mais ce n’était pas facile. Mon ami a demandé s’il y avait une échappatoire aux Crs, qui ont répondu « tu as choisi ton camp ». Je me suis aperçu que les policiers ne faisaient aucune distinction entre les émeutiers et les protestants pacifistes, en dépit des différences d’âge, d’habillement et de conduite. (…) Nous avons vu un camion avec « Mouvement de la Paix » écrit dessus, et nous avons compris que la meilleure chose à faire était de former un groupe autour de ce véhicule, qui était manifestement pacifiste. Presque 50 personnes se sont assises autour du camion et nous avons encouragé les autres à venir s’asseoir avec nous qui avions les drapeaux de la paix. Quelques moments après, un grand nombre de bombes lacrymogènes a été tiré directement sur nous et la foule s’est dispersée. Des gens âgés, assis dans le camion, étaient à la hauteur du feu. Une fille âgée de 16 ans, qui faisait partie de notre groupe, a été directement frappée par les bombes lacrymogènes et a souffert sérieusement des effets des gaz.

AL.N, Metz

L’incendie dans l’hôtel Ibis Avec trois retraités (ne présentant aucune similitude avec des casseurs), nous n’avons pu rejoindre le lieu de la manifestation à cause des barrages policiers. En revenant, nous avons été interpellés et contrôlés par trois policiers qui nous ont barré la route menant à l’hôtel Ibis. Ils nous ont demandé d’ouvrir nos sacs dont ils ont regardé le contenu puis réclamé nos titres de transport quand on leur a dit que nous retournions à la gare. Quelques centaines de mètres plus loin une douzaine d’hélicoptères rangés sur deux files ont survolé l’espace proche de l’hôtel et j’ai vu une traînée blanche sortant d’un 13ème qui volait,  le dernier au milieu des deux rangées. Je l’ai fait remarquer aux trois amis en leur  demandant « Qu’est-ce qu’il balance ? ».

Photos : rassemblement de Strasbourg

Et quelques minutes après, nous apprenions que l’hôtel Ibis était la proie des flammes. J’ai tout de suite pensé que le feu avait été provoqué par un engin lancé depuis cet  hélicoptère sans doute destiné aux manifestants. Témoignage certifié sur l’honneur et communiqué à toutes fins utiles.

BH, ancien sénateur et conseiller général

‘‘La police m’a empêché de bosser’’ (…) Alors que je me rendais au village autonome pour des entretiens, je tombe sur un groupe en train de se faire contrôler, je me mets à filmer. Cent mètres plus loin, alors que la caméra tourne, second contrôle ; alors que j’avais laissé la distance de sécurité pour que les forces de l’ordre travaillent, un commissaire saute sur mon col-


‘‘Nous ne comprenons pas’’

lègue cameraman, lui baisse sa caméra, lui dit : « Ne tournez pas », lui soulève son teeshirt, le pousse violemment. Ensuite, il me fonce dessus, tape sur ma caméra et la met par terre. Lorsque je lui ai dit : « Regardez, j’ai un badge de l’Otan, je suis des médias », il a répondu : « Je m’en fous. Carte de presse ! » Je la lui présente. Mais il exige aussi que je lui donne la caméra, ce que je refuse. Ça dure un petit bout de temps. Comme je ne lâche pas la caméra, un de ses gars passe derrière moi, me fait une clé de bras et je me retrouve la tête sur un mur. J’étais un journaliste voyou ! Là j’entends : « Efface la cassette ! » Sous prétexte que ma carte de presse était périmée depuis trois jours, et même si j’avais un badge de l’Otan, ils m’ont empêché de travailler.

Après ça, j’ai vu qu’un des policiers avait trouvé le mode pour effacer la cassette. J’attrape mon téléphone portable et appelle un confrère. Je lui dis : « Appelle tout le monde, appelle toute la presse » et lui donne ma situation géographique. Je hurle : « La police m’empêche de bosser, c’est hallucinant, il n’y a pas de liberté de la presse ! » Alors, j’ai pu récupérer ma caméra. J’ai demandé au commissaire pourquoi il avait fait ça ; il n’a pas répondu. Ils s’en sont allés sans me rendre ma carte de presse. Je repars de ce sommet sans ma carte de presse, confisquée, sans raison, et je ne sais pas où elle est à ce jour.

H.H Extrait du journal l’Humanité du 6 mai 2009

(…) A 14h30, nous sommes arrivés à proximité de l’hôtel Ibis. A ce moment là, il n’y avait qu’une petite partie de l’hôtel en flamme : le côté de l’entrée du bas jusqu’au toit. Nous nous sommes dirigés vers le parking d’où la manifestation commençait à partir. Nous avons vu au bout de la rue, devant et à côté de l’hôtel des CRS, il n’y avait alors plus d’affrontements mais des bombes lacrymogènes étaient lancées. Aucune barricade ne bloquait l’accès à l’hôtel. C’est vers 14h45 que nous avons entendu et vu la première voiture de pompier, c’est à dire environ 45 minutes après que nous ayons vu les premières fumées. A 15h15, toute le cortège était au pont de Kehl, près du port autonome. Nous rappelons qu’entre le point d’entrée avec les CRS et les pompiers et l’hôtel Ibis, il y avait environ 1km que nous avons fait lentement, sur une route bloquée à la circulation avec peu de monde et donc en 2 minutes, les pompiers et les CRS auraient pu aller vers l’hôtel Ibis. Nous ne comprenons pas la non intervention d’environ 150 à 200 CRS et une centaine de pompiers qui n’avaient aucune fonction à l’endroit où ils se trouvaient alors qu’à 1km, un hôtel brûlait et qu’à 500m, une station service avait ses vitres cassées.

JC, VC et SM, Epinal

‘‘Ils tiraient sur la paix’’ Arrivée dans les pires difficultés vers 13H30 au jardin des deux rives, après 12 h de voyage, au moment du meeting pour la paix. Sur le parcours, des traces d’affrontements passés montrent les dégâts de violences non contenues malgré un contingent de  N° 542 - Mai 2009 - Planète PAIX

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40 000 membres de force de l’ordre ! La ronde des hélicoptères, la libre circulation et l’expression des casseurs avant la manifestation mise à feu de plusieurs sites sans intervention des forces de l’ordre qui se sont contentées d’empêcher toute expression des pacifistes a semé la confusion. Les bombes lacrymogènes tirées d’hélicoptères ont précipité et détourné le départ de la manifestation. Très vite les manifestants sont pris en étau à l’avant et à l’arrière par un cordon de CRS, prétexte pour les casseurs de très rapidement déborder la manifestation pacifique et saccager les abords, les pacifistes ont essuyé des tirs à bout portant de gaz lacrymogène tandis que les casseurs faisaient leur âpre besogne. Le camion plateau du Mouvement de la Paix ayant pu se dégager et se réfugier en un endroit moins exposé, avec, à son bord des personnes d’un certain âge, d’autres blessées, s’est vu chargé par une ligne de CRS tirant des lacrymogènes et des flash ball alors qu’à côté les casseurs caillassaient tranquillement sans être interpellés. Il a fallu que notre présidente nationale, Arielle Denis, suivie de Catherine Lecoq, élue régionale de PACA et vice présidente de la coordination régionale du Mouvement de la Paix avancent mains en l’air auprès des CRS pour leur préciser que leur cible n’était pas la bonne, qu’ils tiraient sur la Paix tandis que les casseurs étaient sur la voie ferrée lançant des cailloux.

Collectif de la région PACA

‘‘Du mépris pour nos vies’’ (…) A l’arrière de la manifestation, on entend le bruit des grenades lacrymogènes, on voit les cordons de police avancer, des groupes de black blocks remontent le cortège, on essaie de les arrêter (à aucun moment ils n’ont fait preuve à notre égard de violence ou d’agressivité) mais ils débordent par les côtés. Enfin vers 16h30, les organisateurs, en pourparlers directs avec la préfecture, nous annoncent que l’incendie est maîtrisé, que les pompiers s’en vont, que les forces de police ont libéré la voie et que la marche va pouvoir reprendre. (…) Alors, et toujours sans panique – heureusement pour les plus faibles – la foule se retourne pour quitter les lieux. Police et lacrymogènes devant, police et lacrymogènes

derrière, pas d’issue de secours : la souricière qu’on pensait réservée aux casseurs en début d’après-midi était en fait pour nous. En effet, pour quitter la rue, il nous faudra franchir successivement une barricade de palettes en bois, des wagons de chemin de fer (amenés là par qui et dans quel but ?) puis, l’un derrière l’autre, un cordon de policiers goguenards (qui sont d’ailleurs ces individus en civil parmi eux mais avec casques, jambières et matraques des forces de l’ordre ?). (…) Encore quelques kilomètres, encore des barrages, encore des contrôles d’identité… Jamais nous n’avons été traités avec autant de mépris pour nos vies et nos convictions au cours d’une manifestation légitime et légalement autorisée.

EM, Strasbourg

Les CRS chargent le camion du Mouvement de la Paix

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ACTUALITÉ Otan

Justice contre la répression Trop, c’est trop ! Pour beaucoup d’observateurs et d’acteurs du mouvement social, le recours à la répression semble devenir une constante

G

érard : se tenait au hayon arrière d’un véhicule lorsque celui-ci a brutalement avancé du fait de l’assaut des forces de l’ordre. A été trainé sur plusieurs mètres : poignet fracturé et une plaie au genou. Plâtré jusqu’au 7 mai. Incapacité de conduire. 21 jours d’Interruption Temporaire de Travail (ITT). A déposé plainte. Nelcia : une grenade lacrymogène a explosé dans ses jambes provoquant un assourdissement et la rupture d’une artère de la jambe. A des éclats de métal dans le corps. 5 jours d’ ITT d’un médecin légal agréé. A déposé plainte.

du gouvernement face à la contestation. A l’issue des graves incidents qui ont émaillé le Sommet de l’Otan, des personnes et des organisations ont décidé d’agir en justice pour faire la lumière sur les responsabilités, mais également pour défendre la liberté d’expression. EN SAVOIR PLUS • www.otan-non.org • www.mvtpaix.org

Thibault : blessé à la tête par une grenade lacrymogène, il saignait de 3 plaies au front, a demandé à la police d’appeler une ambulance, ils lui ont ri au nez et ont même refusé qu’il puisse passer pour se rendre à l’hôpital. Cela l’a profondément choqué. Il a dû faire un détour à pied d’une heure et demie avant de trouver une ambulance. Cinq points de suture. Plainte en cours Edmond : a reçu une grenade lacrymogène en tir tendu d’un CRS qui était à quelques mètres, elle a explosé sur sa jambe. Il souffre d’un gros hématome et de douleurs. A déposé plainte. Catherine : blessure ouverte au mollet due à une grenade lacrymogène, une greffe de la peau sera peut-être nécessaire. Arrêt de travail jusqu’au 11 mai. A déposé plainte. Faty : blessée par l’explosion d’une grenade lacrymogène contre sa joue ayant causé une plaie et une allergie (gonflement et boutons) pendant plusieurs jours. Refus de la police de lui porter secours, refus de la laisser aller à l’hôpital (en zone

rouge), a vu depuis de nombreux médecins. Se joint à la plainte collective. Inadmissible comportement des forces de l’ordre. Qui a donné les ordres ? Comment éviter que cela ne recommence ?

Commission d’enquête et plainte collective Ce sentiment de colère et d’injustice est partagé par les organisations qui déposent une plainte collective avec constitution de partie civile auprès du parquet de Strasbourg. « Le caractère multiple de ces comportements, qui constituent autant de délits de vols et recels, de coups et blessures volontaires, d’atteintes aux libertés par fonctionnaires chargés de l’autorité publique, interdit de les mettre seulement au compte de simples « bavures » individuelles et ne peut s’expliquer que par la nature des instructions données par ceux y ayant autorité, » précise la plainte, à laquelle se joignent des plaintes individuelles. Quant aux partis politiques qui appelaient à la manifestation et qui disposent de parlementaires, ils ont également déposé une demande de commissions d’enquête au Sénat pour les Verts et à l’Assemblée nationale pour le Parti communiste. Dans ce texte, celui-ci s’indigne : Pour les autorités, dans un communiqué de presse, « le dispositif de protection a été opérationnel dès la fin mars et a parfaitement fonctionné » : il a permis un « déroulement normal du sommet » en évitant « que les casseurs ne se répandent dans la ville ». Les militants pacifistes auraient-ils été assimilés à des casseurs ? » Il rappelle également qu’ « Amnesty international dénonce l’accroissement des violences policières dans notre pays (...) La répression croissante des mouvements sociaux, bien au-delà de cet incident, ne peut que nous inquiéter pour l’avenir. » A suivre...

Arielle Denis

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çA BOUGE Forum des comités

Le Mouvement de la Paix organise son 8ème forum des comités les 30 et 31 mai et le 1 er juin 2009 à SaintTulle (Alpes de Hautes Provence). Il sera l’occasion pour les comités et les adhérents du Mouvement de la Paix de partager leurs expériences pratiques et d’en faire bénéficier les autres. Des formations dans différents secteurs, communication, gestion financière, l’événementiel, comment engager un dialogue etc., seront organisées. Trois jours d’échange, d’apprentissage et de convivialité. Informations au 01 40 12 09 12 national@mvtpaix.org www.mvtpaix.org

Nouveau tir de fusée de la Corée du Nord Les inspecteurs de l’Agence internationale de l’énergie atomique ont quitté la Corée du Nord le 16 avril dernier. Ils ont retiré tous les sceaux et éteint les caméras de sur-

veillance qui étaient sur le site de Yongbyon. La RPDC avait informé les inspecteurs qu’elle cessait toute coopération avec l’AIEA et a ordonné aux inspecteurs de partir. Le Conseil de sécurité de l’Onu avait condamné le tir de fusée effectué par la Corée du Nord le 5 avril qui contrevient à sa résolution 1718 (2006) et a exigé qu’elle s’abstienne de tout nouveau tir. Le Conseil a décidé également d’élargir les sanctions prises à son encontre en 2006.

et du désarmement, nous soulignons l’importance de l’entrée en vigueur du Traité complet d’interdiction des essais nucléaires ». Le communiqué conjoint Obama-Medvedev a été bien accueilli par plusieurs leaders internationaux, y compris le Secrétaire général des Nations unies, Ban Ki-Moon, le directeur général de l’Agence internationale de l’énergie atomique (Aiea), Mohamed ElBaradei, et le ministre des Affaires étrangères allemand Frank-Walter Stenmeier.

Les États-Unis et la Russie s’engagent à promouvoir le Ticen

Les armes nucléaires américaines hors d’Allemagne ?

Le discours d’Obama, demandant l’élimination des armes nucléaires et l’interdiction des essais atomiques était en accord avec la déclaration commune de soutien, émise par ce dernier et le président de la Russie, Dmitry Medvedev, quelques jours avant le sommet du G20 à Londres, au Royaume uni. Les deux présidents assurent que leurs pays promouvront le Ticen, de manière à atteindre un monde sans armes atomiques, en déclarant : « Comme mesure clé de la non-prolifération

Réagissant à la vision d’Obama pour un monde libre des armes nucléaires, le ministre des Affaires étrangères allemand, Frank-Walter Steinmeier, réclame le retrait des armes nucléaires américaines du sol Allemand. Sa position est contraire à celle de la chancelière Merkel qui veut conserver les bombes afin que l’Allemagne ait un pouvoir de décision au sein de l’Otan. « Ces armes sont aujourd’hui militairement dépassées » à indiqué Steinmeier au journal Spiegel, expliquant qu’il prendrait des mesures pour

s’assurer que « les ogives américaines restantes seront enlevées d’Allemagne. » « Le désarmement impliquant ‘‘des armes de cette catégorie’’ doit également être à l’ordre du jour de la conférence de désarmement que les États-Unis prévoient » a-t-il ajouté. Un débat semblable mais plus discret semble avoir lieu aux Pays Bas.

République démocratique du Congo Plus de 100 000 civils congolais ont été déracinés dans la province instable du Nord-Kivu, dans l’Est de la République démocratique du Congo (RDC) ces sept dernières semaines, après des raids menés par des rebelles ayant récemment combattu les armées du Rwanda et de la RDC, selon le Haut Commissariat des Nations Unies pour les réfugiés. Beaucoup de ces personnes ont été déplacées plusieurs fois et les familles sont souvent séparées. Cette anarchie et cette insécurité généralisées continuent d’affecter les opérations d’assistance, qui sont aussi entravées par l’ampleur et l’envergure de la crise de déplacement dans l’Est de la RDC.

ça se passe près chez vous • Initiatives des comités du Mouvement de la Paix et de l’Appel des Cent pour la paix  PACA : stand du Mouvement de la Paix au « le Printemps des lycées » les 14 et 15 mai à Fréjus. Le stand sera un lieu d’échange, de réflexion, de prise de conscience…, et où les jeunes sont invités à s’exprimer sur le thème « Communiquer sur le droit des jeunes à vivre en paix » en style SMS sur maquette d’IPOD. Les messages de paix seront adressés à d’autres jeunes de zones en conflit ou rencontrant des atteintes à leur dignité, et accrochés sur des mappemondes. Contact : regine.minetti@mvtpaix.org  Trappes : stand les 20 et 21 juin à la « Fête de Trappes » autour du thème de la danse, il s’agit d’unir les participants autour d’une « Farandole de la paix ». Contact : ass-acca@wanadoo.fr 10

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 Comité de Corrèze : organise, dans le cadre du soixantenaire du Mouvement de la Paix « La semaine de la culture de paix » du 11 au 16 mai à Brive, avec projections de films (La marche de la faim, L’oiseau bonheur…), soirées théâtrales, conférences-débats, (notamment le 15 mai avec l’historien Raphaël Spina), formation… Ne pas manquer également l’exposition itinérante « Des peintres pour la paix » à la librairie Privat (les 3 épis) ouverte jusqu’au 29 mai. Contact : mouvementdelapaix19@voila.fr et 05 55 23 11 89  Comité de l’Isère en association avec ICD (Initiatives Citoyenneté Défense), organisent le 4 juin 2009 à 20 heures salle Millet (rue Millet) à Grenoble, une soirée-débat sur le thème « Quelle politique de paix et de sécurité pour l’Europe ? Avons-nous besoin de l’Otan  ? » avec Pierre Villard, coprésident du Mouvement de la Paix et Armand Soler, membre du CA d’Initiatives Citoyenneté Défense,


DOSSIER

• Otan Renaissance du pacifisme en Europe • POint de vue Plus de violence et… moins de révolution

L’Otan contre la paix et la liberté

• Rencontre au sommet ‘‘ Je suis désolé pour la violence que mon armée a exercée…’’

Contrastes et même contradictions caractérisent ce Sommet de l’Otan. Coté officiel : renforts pour l’Afghanistan, relance du bouclier antimissile, élection du faucon A.F. Rasmussen à la tête de l’Organisation..., contrastent avec le discours d’apaisement et de désarmement de la vedette de ce Sommet, Barack Obama. Du côté des opposants, le succès historique de la mobilisation pacifiste internationale ne devra pas être occulté par la répression aussi violente qu’indigne dont ils ont été l’objet. Leur détermination reste entière... N° 542 - Mai 2009 - Planète PAIX

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OTAN

Renaissance du pacifisme en Europe C’est la première

été un succès qui

En avril 2008, Nicolas Sarkozy annonçait son désir de voir la France réintégrer le Haut commandement militaire de l’Otan et envoyer des renforts faire la guerre en Afghanistan. Le Mouvement de la Paix a aussitôt invité organisations et personnalités à exprimer ensemble leur refus de telles mesures. De plus, Angela Merkel et Nicolas Sarkozy avaient décidé d’organiser en commun le prochain sommet de l’Otan à Strasbourg. Un collectif « OtanAfghanistan » a aussitôt vu le jour, rejoint par le mouvement pour la paix allemand très opposé à l’Otan et à l’engagement des troupes allemandes en Afghanistan. Un premier rendez-vous international a lancé la dynamique à Stuttgart en octobre, avec à son centre Lalana et la Friedenskoperative pour l’Allemagne, la CND pour la Grande Bretagne et le Mouvement de la Paix pour la France. Un Comité International de Coordination (ICC) est créé et a rédigé « l’appel de Stuttgart » signé, depuis, par plus de 600 organisations venant de 40 pays.

relance la dyna-

La dynamique du contre Sommet

fois que l’Otan rassemble contre elle un tel mouvement. La richesse des rencontres, le nombre de participants et le très large processus de préparation du contre sommet ont

mique pacifiste en Europe. Malgré la répression qui, elle aussi, est sans précédent, un mouvement est né...

EN SAVOIR PLUS • www.otan-non.org • www.no-to-nato.org • www.non-otan-strasbourg.eu 12

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ous ensemble !

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L’ICC a élaboré un programme pour le contre sommet, avec, à Strasbourg, les organisations locales qui ont créé un collectif unitaire. Quel travail pour tous ceux qui ont donné sans compter leur temps et leur énergie ! Et quelle ambition ! Accueillir des milliers de personnes dans une ville « bouclée » où tous les équipements ont été réquisitionnés par le sommet officiel, monter une conférence internationale de haut niveau et une manifestation qui devait accueillir « entre 10 000 et 100 000 personnes » car qui pouvait le prédire ? Enfin, qui dit « international » dit différence de culture. Si les Français se seraient contentés de la manifestation et de la conférence, les Anglo-saxons voulaient également un « Village autogéré » et des actions de désobéissance civile... Mais très vite, les organisateurs se sont heurtés au mur des autorités françaises et allemandes, dont la volonté a clairement été de refuser l’expression de la contestation, sous toutes ses formes.

Cachez cette contestation que je ne saurais voir... Les négociations pour l’accueil du Village, le lieu de la Conférence et le parcours de la manifestation ont commencé dès novembre 2008. Les propositions des autorités ont toujours été soit inexistantes, soit inadmissibles,... rendant la préparation extrêmement précaire. Les consignes ont été, à ce point drastiques que policiers et gendarmes se sont autorisés à se rendre chez les particuliers pour qu’ils enlèvent les drapeaux arc-en-ciel de leurs fenêtres. La ministre de l’Intérieur a prétendu qu’ « ils faisaient du zèle » mais cela s’étant produit à de nombreuses reprises, le zèle a bon dos. Zèle encore les « zones rouges », le harcèlement dont ont été victimes les habitants pour vider la ville ou se confiner chez eux, la fermeture des services publics, écoles, université, musées, transports etc. ? Quant au trajet de la manifestation, il n’a jamais été question de l’autoriser en ville. La seule « concession » a été d’autoriser la tenue d’un meeting en début de manifestation, sur le lieu prévu pour la dissolution et ce, afin d’attendre dans de bonnes conditions les manifestants venus d’Allemagne par le Pont de Kehl.


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Photos : contre sommet de Strasbourg

Sommet et contre sommet Malgré tout, chaque initiative a été un succès. Le Village a accueilli plus de 6000 personnes. L’auto-organisation a bien fonctionné, nourriture bio et quasi gratuite, événements politiques, culturels et sportifs associant les habitants des quartiers, -les jeunes en particulier- mais aussi nettoyage, accueil des médias, bobologie... Les tensions s’y sont fait jour sur l’attitude à avoir vis à vis des forces de l’ordre. En effet, dès la première nuit, les hélicoptères ont tourné au dessus du Village, braquant leurs projecteurs, harcèlement, fouilles de ceux qui sortaient du Village... Les débats entre les non violents et les autres ont été intenses...

La Conférence internationale a été un formidable succès. Pourtant il en fallait du mérite pour se rendre à pied sur le lieu de la Conférence, puisque les transports en commun avaient été interrompus. Plus de 800 participants, -quand on en attendait la moitié-, venus de 35 pays, les 26 pays de l’Otan, et aussi des Iraniens, des Kurdes, des Afghans, des Japonais, des Russes, des Géorgiens, des Irlandais, Suédois etc. Une inestimable expérience qui montre combien le refus de la militarisation et l’exigence du désarmement sont puissants aujourd’hui.

Les manifestations Les actions de désobéissance civile ont émaillé la matinée du 4 avril. Brigade de clowns, sit-in aux carrefours, l’objectif était de ralentir l’arrivée des officiels aux cérémonies et ils y sont parvenus. Les néophytes ont été conquis. La grande manifestation du 4 avril, quant à elle, a dépassé bien des espoirs. Si l’on additionne les 15 000 manifestants présents au rassemblement et les 7000 Allemands retenus de l’autre coté de la frontière, selon la police, et les milliers de personnes arrêtées en route, plus de 30 000 personnes ont convergé vers Strasbourg. Mais Nicolas Sarkozy avait dit « je ne verrai pas de manifestants à Strasbourg ». Au matin du 4 Avril, les annonces de cars arrêtés et forcés de rebrousser chemin se sont multipliés, tant aux frontières qu’en France-même. Les autoroutes ont été fermées. Les transports dans la ville n’ont jamais fonctionné. Les nombreuses forces de l’ordre -Plus de 20 000 entre la France et l’Allemagne- ont harcelé véhicules et passants, multipliant les « check points ». Sur le lieu de la manifestation, c’est en vain qu’on a attendu le cortège d’Allemagne et les cars venant de Toulouse, de la Somme,

de Bordeaux ou d’Irlande, de Suède et du Danemark que la police empêchait de passer, ainsi le service d’ordre de la manifestation tel qu’il était prévu n’a jamais pu se mettre en place, par contre des groupes de personnes vêtues de noir ont bel et bien pu arriver jusqu’au lieu du rassemblement, armés de battes, de barres de fer ou de caddies remplis de pierres. Dès lors, les incidents se sont multipliés, au point que de nombreuses personnes ont craint pour leur vie et celle des autres. Acculés au bord des ponts et des bassins, coincés entre les jets de pierre et les grenades lacrymogènes, c’est un véritable miracle s’il n’y a pas eu plus de victimes. La dignité des manifestants, la solidarité dont ils ont fait preuve a permis de surmonter la panique.

Unis et combatifs La réunion internationale de bilan du 18 avril a montré la volonté de tous les mouvements de continuer la mobilisation contre l’Otan et de poursuivre l’action dans plusieurs domaines. Les suites judiciaires d’abord, menées par des individus et des collectifs, en France et en Allemagne, contre l’attitude inadmissible de la police. Également une réflexion très positive sur la participation au contre sommet, en particulier sur la jeunesse qui a massivement répondu présente aux initiatives proposées. C’est bien un mouvement nouveau qui est né, car peu de grandes organisations, occupées par d’autres mobilisations, se sont réellement investies. Oui, il y a de la place pour un grand mouvement de paix en Europe, jeune et imaginatif, pour unir nos efforts contre l’Otan et sa vision militaire de la sécurité et imposer une Europe solidaire et pacifique.

Arielle Denis- Yves Jean Gallas

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Point de vue

Plus de violence et... moins de révolution Andreas Speck a suivi la préparation du contre sommet comme représentant du réseau International des Résistants à la Guerre*. Ce responsable pacifiste qui vit entre Londres et Berlin se décrit comme « un anarchiste non violent ». Il livre ici sa réflexion sur les violences à partir de son expérience à Strasbourg.

* En France c’est l’Union pacifiste

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Andreas Speck

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a violence comme résultat de la « violence structurelle » ?

Une raison communément invoquée de l’usage de la violence est que la violence structurelle de notre société appelle la violence. Pour moi, la violence constitue une réaction d’impuissance face à la violence du système, la violence qui règne dans les quartiers les moins privilégiés en est un exemple. Les réponses policières à cette violence produite par les problèmes sociaux font partie du problème et n’amènent qu’à de nouvelles escalades. Plus la crise du capitalisme s’intensifiera et plus ce problème grandira y compris dans nos manifestations. En lien avec les événements de Strasbourg, je vois trois problèmes qui se renforcent mutuellement :  la stratégie de groupes « autonomes » qui profitent des mouvements sociaux pour créer des confrontations. Dans cette logique des militants sont utilisés, sans leur accord et contre leur gré, comme une masse offrant abri et soutien ;  la violence de quelques groupes issus des quartiers déshérités -où toutes nos actions ont été cantonnées-, qui a pu se mélanger aux actions des « autonomes » mais qui n’a ni objectif, ni tactique ;  l’utilisation d’agents provocateurs, rendue d’autant plus facile que l’anonymat est de rigueur dans ces actions. Sans même chercher à savoir quelle a été la part de responsabilité des uns et des autres, cela a obligé les mouvements très divers présents à Strasbourg à se confronter en permanence avec la police, confrontation que nous ne pouvons que perdre. Il ne s’agit pas seulement d’un piège ponctuel mais d’un débat fondamental à propos de la violence qu’il nous faut mener.

EN SAVOIR PLUS

C o n t re l a l o g i q u e d e l a v i o l e n c e révolutionnaire

• http://www.wri-irg.org • www.unionpacifiste.org

L’évaluation de l’action politique et des moyens employés doit développer ses critères à partir de

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l’objectif poursuivi, sinon cela conduit à l’arbitraire jusqu’à cette idée vide de sens que « la fin justifie les moyens », d’où toutes les formes possibles de cruauté ont été tirées tout au long de l’Histoire. Il ne suffit pas de déterminer un objectif politique, il restera un concept creux si les moyens pour y parvenir n’y sont pas étroitement liés. Nous ne pouvons pas simplement prendre acte des différences entre les méthodes d’actions des participants et admettre que « tout est possible ». La tolérance a aussi ses limites et elles ne sont pas seulement atteintes quand la vie est en danger, mais quand les actions d’un petit groupe poussent tout le mouvement dans une confrontation qui n’est pas juste à mes yeux.

Violences : ouvrir le débat Il faut espérer que les événements de Strasbourg amèneront à une réflexion sur les formes d’action et d’organisation aussi chez les groupes « autonomes ». Pour moi c’est clairement une précondition pour une coopération future, même si je suis accusé d’être un lâcheur. A cette critique, je réponds que les diviseurs sont ceux qui imposent aux autres leurs formes d’action, sans tenir compte de leurs avis. Après ce samedi, beaucoup de militants non violents ont eu le sentiment qu’ils préféreraient organiser leur propre Village et leurs propres actions « seuls ». Quoiqu’il en soit, les organisateurs de manifestations doivent faire face à cette question : « comment éviter les escalades de violence ? ». Cela ne peut se faire dans le cadre d’une collaboration directe avec la police, ni dans le rôle d’un traditionnel service d’ordre. Peut-être devrions-nous entraîner des petits groupes à intervenir rapidement pour « désescalader » une situation de violence, sans pour cela exclure des manifestants ou les livrer à la police. Beaucoup de questions restent posées car il me semble que ces problèmes ne feront que s’intensifier. Nous avons besoin d’ouvrir ce débat.

Andreas Speck


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Rencontre au sommet

‘‘Je suis désolé pour la violence que mon armée a exercée…’’ Matthis Chiroux, 25 ans, sergent de l’armée améri-

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Matthis Chiroux et Malalai Joya

atthis Chiroux : Je vous présente Malalai Joya, qui vient d’Afghanistan. En 2005, pendant peu de temps, j’ai participé à l’occupation du pays de Malalai. C’était mon erreur. Je n’aurai pas dû y être. Je n’aurais pas dû soutenir cette oppression de son peuple. Aujourd’hui, je veux regarder Malalai dans les yeux, et je veux vous dire, Malalai, je suis désolé pour la violence que mon armée a fait subir à votre peuple, à votre pays. Je veux demander des excuses pour le rôle que j’ai joué dans cette occupation. J’avais tort, et je vous prouverai que mon pays et le reste du monde admettront leur tort et feront des excuses, et offriront une certaine réconciliation. Je n’ai pas beaucoup à vous donner, Malalai, mais je voudrais vous offrir cette colombe, symbole international de la paix. Je vous demande de l’accepter comme symbole de notre réconciliation et de cette grande amitié, qui s’est tissée entre nous, ici, à Strasbourg, et qui j’espère servira d’exemple aux peuples de nos deux pays. Ce n’est pas parce que nos gouvernements veulent combattre, que nos peuples ne peuvent pas être amis et refuser de s’entretuer pour gagner la paix.

caine, est poursuivi par cette dernière pour avoir refusé publiquement de se déployer en Irak l’été dernier. Malalai Joya, 31 ans, était le plus jeune membre du Parlement afghan. Après avoir protesté contre les fondamentalistes et les anciens seigneurs de la guerre au

Malalai Joya : Je suis sans voix. Merci mon cher frère. Je n’ai rien à vous donner sinon l’amour de mon peuple et je leur transmettrai le vôtre.

parlement, elle en a

C’est votre gouvernement qui doit faire des excuses avant toutes les autres personnes comme vous. Il vous trompe et vous emploie pour une guerre qui s’ajoute à la douleur de mon peuple. Il doit faire des excuses au peuple afghan pour avoir envahi sa terre et imposer un gouvernement de Mafia, des va-t-en guerre et des rois de la drogue. Non seulement au peuple afghan, mais aussi au

leurs échanges lors

été exclue. Récit de

du contre sommet de l’Otan à Strasbourg…

peuple de l’Irak, parce qu’il a occupé ce pays et il les a trahis, et, aujourd’hui, il va faire la guerre au Pakistan. Le gouvernement des États-Unis doit tout d’abord faire des excuses au peuple épris de paix des États-Unis à qui il donne une fausse image du peuple afghan, et commet chaque crime de guerre en votre nom. Hier, j’étais à la manifestation et j’ai voulu faire un discours au nom de mon peuple et d’exposer ici la politique hypocrite du gouvernement américain et particulièrement de l’Otan, parce que, malheureusement, les pays de l’Otan ont suivi la politique dévastatrice des États-Unis pendant sept années, ce qui est un mépris pour la démocratie. S’il vous plaît, autant que possible, dénoncez haut et fort l’approche belliciste de votre gouvernement qui ne cesse de vouloir toujours occuper et occuper. Dénoncez plus fort la politique hypocrite de l’administration d’Obama qui veut envoyer plus de troupes en Afghanistan et veut un compromis avec les talibans brutaux et les autres terroristes pour ses propres plans stratégiques. En ce moment catastrophique, nous avons besoin d’un soutien plus moral et plus tangible du peuple démocratique afghan, qui est la seule alternative pour l’avenir de l’Afghanistan. Ce sont les seuls qui peuvent lutter contre le terrorisme et le fondamentalisme. Le peuple de l’Afghanistan souffre, personne n’entend sa voix. Tandis que ces troupes tuent notre peuple innocent, dont la majorité est femmes et enfants, de l’autre côté, les talibans et les terroristes de l’Alliance du Nord continuent leur fascisme sous la direction des États-Unis et de l’Otan. Joignez-vous ainsi à nos sœurs et frères en Afghanistan, particulièrement les personnes démocratiques qui ne veulent ni l’occupation, ni les talibans, mais des Afghans indépendants, libres et démocratiques. M.Chiroux : Pour terminer, je voudrais dire que j’ai rencontré Malalai ici à ce sommet de l’Otan. L’histoire de ce sommet ne sera pas violence. Ce sera cette amitié qui est née ici entre les troupes des États-Unis et le peuple afghan qui refusent de combattre et de se détester. N° 542 - Mai 2009 - Planète PAIX

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RÉFÉRENCE RÉFÉRENCE Sommet de l’Otan, Strasbourg-Kehl

Premiers repères Le leadership américain

Les orientations soumises au sommet par le Secrétaire général Le Secrétaire général de l’Otan, Jaap De Hoop Scheffer, n’a pas hésité, quelques heures avant l’ouverture du sommet, à définir le rôle et le profil que devrait prendre l’Organisation à l’horizon 2020. Dans cet esprit, il a évoqué trois orientations qui lui semblaient essentielles.  « Une Otan plus profondément intégrée dans le vaste concert des institutions internationales, développant davantage son approche globale ». A ce sujet il rappela la déclaration OtanOnu qu’il avait signée avec le Secrétaire général de l’Onu, Ban Ki Moon, le 23 septembre 2008, octroyant à l’Alliance un « statut de coresponsabilité dans le maintien de la paix mondiale ».  « Une Otan dotée de capacités militaires transformées lui permettant de jouer ce rôle », en appelant les Européens à faire plus dans ce domaine pour épauler les États-Unis.  « La nécessite pour l’Otan de changer de taille en comptant encore plus de pays membres et de nouveaux partenaires dans le monde entier », transformant l’Otan en une « organisation globale ».

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Sans doute la présence de Barak Obama a marqué le sommet. Son style diplomatique plus ouvert, moins arrogant, moins donneur de leçons que celui de son prédécesseur à la Maison Blanche a été apprécié. D’autant que les mesures positives annoncées, en particulier tendant à réduire les armements nucléaires, réactivant les négociations avec Moscou intéressaient vivement. Il reste que la résolution de l’équation Irak-Afghanistan-Pakistan demeure au centre des préoccupations américaines et que la montée en puissance de grands pays émergents retient fortement l’attention des États-Unis. A cet égard, tout en manifestant un désir de plus grande ouverture, Barak Obama, souligne aussi le rôle central qu’entendent jouer les États-Unis. Il a tenu à souligner « L’Amérique ne peut à elle seule faire face aux défis de ce siècle, mais le monde ne peut les affronter sans l’Amérique ». Le désir des États-Unis de recouvrer pleinement leur leadership sur les affaires mondiales a été évoqué à plusieurs reprises, de même que celui de continuer à exercer leur leadership dans l’Otan. Lors du sommet, Barak Obama est apparu déterminé à exercer le rôle de capitaine de l’embarcation transatlantique.

Le déroulement du sommet

Le positionnement projeté par Nicolas Sarkozy

Peu d’informations ont filtré sur l’accueil réservé par les membres de l’Otan à ces orientations. Toutefois, on savait déjà que nombre d’entreelles suscitaient réserves, sinon hostilité de la part de plusieurs pays européens. La tendance affirmée dans une sorte de « fuite en avant » par l’élargissement géographique tous azimuts et des moyens d’action de l’Alliance, les inquiète car elle risque de les entraîner dans le sillage très incertain de la politique unilatérale et aventuriste des États-Unis. Quelle a été la nature du débat lors du sommet ? La déclaration officielle finale, lisse comme à l’ordinaire dans ce type de texte, occultant toutes contradictions, est assez ambiguë, tout en soulignant toutefois, sous une forme plus souple, les orientations précitées. On sait cependant que le conflit afghan constituait une pierre de touche du relationnel euro-américain. La volonté des États-Unis d’entraîner leurs alliés à s’engager davantage dans le conflit s’est clairement exprimée. Le Secrétaire général a déclaré à ce sujet « nous ne pouvons nous permettre le luxe de perdre la guerre en Afghanistan ». Les sollicitations adressées aux Européens d’accroître leurs effectifs de combat n’ont pas pour l’essentiel fait recette, car pour nombre d’entre-eux l’issue ne peut-être que purement militaire.

L’intention de Nicolas Sarkozy de profiter de la réintégration complète de la France dans les structures militaires de l’Otan pour peser vers un rééquilibrage euro-américain à la direction de l’alliance, démarche par ailleurs non souhaitée par une majorité de pays européens, a fait long feu. De fait, la décision française fut un non-événement comme le montrent les deux lignes qui lui sont consacrées dans la déclaration finale qui comporte 12 pages et 62 articles.

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Un nouveau concept stratégique La déclaration finale indique « nous devons définir le rôle de l’Otan, à long terme, dans le nouvel environnement du XXIème siècle ». Le nouveau concept stratégique est évoqué en ce sens. Le nouveau Secrétaire général, le Danois, Fogh Rasmussen, a été chargé d’en élaborer le projet pour ces prochaines semaines. La tâche s’avère difficile, mais c’est à suivre de très près.

Jacques Le Dauphin


MONDIALISER LA PAIX états-unis

Vers le désarmement nucléaire ? A l’occasion du sommet Union européenne / États-Unis, le dimanche 5 avril à Prague, le président américain, Barack Obama, a proposé

«

Les États-Unis, en tant que seule puis-

sance nucléaire à avoir utilisé une arme nucléaire, ont la responsabilité morale d’agir (… ) En conséquence, aujourd’hui, je souligne clairement avec conviction l’engagement des États-Unis et son désir d’œuvrer en faveur de la Paix et de la sécurité d’un monde sans armes nucléaires ».

En tant que président des États-Unis, Barack Obama a entre ses mains toutes les possibilités pour obtenir ce désarmement et faire de la Terre une planète dénucléarisée. Il a souligné que l’« héritage le plus dangereux » de la guerre froide était constitué des milliers d’armes atomiques aujourd’hui stockées, dénonçant le « fatalisme » de ceux qui prétendent qu’on ne peut rien faire. Il a indiqué que son

efforts contre la prolifération nucléaire en vue d’aboutir à un monde sans armes nucléaires.

Obama à Prague le 5 avril 2009

• www.mvtpaix.org

Seul bémol dans les avancées annoncées lors de ce discours de Prague : la poursuite du projet de bouclier antimissile dont la République tchèque et la Pologne doivent accueillir des éléments mais qui est perçu par la Russie comme une menace. « Je veux être clair : l’activité de l’Iran dans le nucléaire et en matière de missiles balistiques constitue une réelle menace, pas seulement pour les États-Unis, mais pour les voisins de l’Iran et pour nos alliés », a-t-il déclaré. Barack Obama doit tout faire pour que la Convention d’élimination des armes nucléaires présentée à l’Onu par la Malaisie et le Costa Rica soit discutée, signée et ratifiée par l’ensemble des États, en commençant par les États-Unis, première puissance nucléaire mondiale. Cela peut être possible si Barak Obama et son administration mettent tout en œuvre pour la réussite de la prochaine Conférence de révision du TNP en 2010. Voilà qui montrerait au monde un désir réel de désarmement nucléaire.

de relancer les

EN SAVOIR PLUS

Il a également confirmé son intention de négocier avec la Russie d’ici la fin de l’année un nouvel accord sur la réduction des arsenaux nucléaires des deux pays (accords START III).

administration allait militer « avec détermination » en faveur de la ratification par le Sénat américain du Traité d’interdiction complète des essais nucléaires (CTBT). Par ailleurs, Obama entend négocier un nouveau traité international capable « de mettre fin de manière vérifiable à la production de matériaux fissiles » à des fins militaires et a également appelé de ses vœux la tenue d’un sommet mondial sur la sécurité nucléaire pour empêcher la prolifération des armes ou matériaux dans ce domaine. Un sommet que les États-Unis accueilleraient « dans le courant de l’année à venir », a-t-il ajouté.

La France, a, elle aussi, un rôle important à jouer, comme la Russie, la Grande-Bretagne et la Chine. Le président Nicolas Sarkozy doit s’engager sur le chemin de la non prolifération en respect de l’article VI du TNP, et sur celui de la réduction réelle du nombre d’ogives françaises. La non-prolifération et la réduction des armements nucléaires sont vitales pour l’humanité, comme nous le rappellent tous les ans les commémorations d’Hiroshima et Nagasaki, et l’Assemblée générale de l’Onu. Cette exigence de non prolifération ne sera crédible que si toutes les puissances nucléaires s’engagent résolument dans un processus de désarmement.

Nathalie Gauchet

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MONDIALISER LA PAIX Polynésie

Les victimes des essais nucléaires français et la justice Le 27 avril 2009 a eu lieu à Papeete le premier procès de victimes polynésiennes des essais nucléaires français. C’est la première fois que des juges auront à se prononcer dans un pays où la France a effectué

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ourquoi seulement huit plaignants ?

En accord avec l’avocat de Moruroa e tatou, Me Jean-Paul Teissonnière, il a été décidé de faire passer en priorité des dossiers d’anciens travailleurs présentant le plus de garanties de succès, en se basant sur la jurisprudence des procès gagnés en métropole.

Quels sont les motifs de plainte des anciens travailleurs devant le tribunal de Papeete ? Dans un premier motif, les huit anciens travailleurs demandent la reconnaissance de maladie professionnelle contractée à Moruroa en se basant sur le « tableau 6 » des maladies professionnelles causées par les rayonnements ionisants. Dans un second motif, les huit anciens travailleurs demandent réparation pour « faute inexcusable » de leur employeur qui les a exposés aux radiations sur les sites nucléaires sans précautions ni mises en garde particulières.

des essais nucléaires. L’Association Moruroa e Tatou lance « un message très fort pour exiger de l’État la vérité, la justice et des réparations équitables pour toutes les victimes de ses essais nucléaires. » EN SAVOIR PLUS • www.moruroaetatou.com 18

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Des membres de l’association Moruroa e Tatou

Y aura-t-il d’autres plaignants polynésiens ? Moruroa e tatou estime qu’on est loin d’évaluer avec exactitude le nombre des victimes de 30 ans d’essais nucléaires en Polynésie. A ce jour, l’association a commencé à constituer des dossiers pour 222 anciens travailleurs de Moruroa atteints de cancers dont 146 sont déjà décédés. La plupart des dossiers de ces cancéreux vont être déposés à la CPS, puis au tribunal du Travail. Mais les 222 dossiers correspondent seulement à 1/5ème des adhérents de Moruroa e tatou. Il y aura certainement beaucoup d’autres dossiers à constituer avec les anciens travailleurs et leurs familles.

La future loi d’indemnisation va-t-elle améliorer la situation des victimes des essais nucléaires ? Si l’actuel projet de loi sur lequel l’Assemblée

de la Polynésie est appelée à donner son avis, reste en l’état, on n’est pas sûr d’une amélioration de la situation des victimes. L’actuel projet de loi et les propos du ministre de la Défense laissent entendre qu’il y aura peu de victimes qui rempliront les conditions pour être indemnisées. Si nous nous basons sur la liste des « cancers indemnisables » annoncée verbalement pas le ministre de la Défense, sur les 222 dossiers en cours de préparation par Moruroa e tatou, 170 pourraient prétendre à indemnisation.

Les anciens travailleurs de Moruroa sont-ils les seules victimes des essais nucléaires ? Les radiations n’ont épargné personne ! Polynésiens, métropolitains, militaires ou civils qui ont été sur les sites d’essais à Moruroa, Fangataufa et Hao sont aujourd’hui atteints des mêmes maladies. Mais la future loi, sous la pression des associations, va aussi considérer que les populations qui ont vécu, du temps des essais aériens (19661974), à proximité des sites d’essais et qui ont été atteints ou sont aujourd’hui atteints de maladies cancéreuses pourront bénéficier de la loi d’indemnisation. Encore faudra-t-il que toutes ces victimes puissent connaître leurs droits et obtenir réparation !

Combien de procès de victimes des essais nucléaires ont-ils été gagnés en Métropole ? A ce jour, au moins 15 procédures ont abouti favorablement à titre définitif : sept pensions militaires (pour des anciens militaires) et 8 reconnaissances de maladies professionnelles (pour des civils). Explosion nucléaire


MONDIALISER LA PAIX Élections européennes

Les associations se mobilisent Les élections européennes du 7 juin prochain sont l’occasion de faire valoir l’aspiration à construire une Europe pacifique et solidaire. De nombreuses organisations dont Le Mouvement de la Paix interpellent les candidats des différentes listes pour stimuler l’action et la réflexion.

C

ertes les sondages comme celui du 4 mai donnent de très mauvais chiffres de participation. Il est à craindre que l’Union européenne, l’Europe et son Parlement ne mobilisent guère l’opinion, toute préoccupée des conséquences de la crise. Avec un niveau de votants potentiels à 44% (sondage Ipsos-Le Point du 4 mai 2009), on est nettement en retrait de ce que l’on mesurait un mois avant

les scrutins de 2004 et de 1999. Si les élections européennes se tenaient aujourd’hui on battrait des records d’abstention. Une majorité d’électeurs ne se sent pas encore concernée par la campagne, mais les choses peuvent bouger d’ici le 7 juin.

Pour une Europe ouverte et solidaire Le Centre de recherche et d’informations pour le développement (CRID) qui regroupe 55 associations françaises de solidarité internationale, dont le Mouvement de la Paix, a décidé de se lancer dans une campagne d’interpellation « Pour une Europe ouverte

et solidaire ». La première exigence concerne la paix. l’Union européenne est née de la volonté de construire la paix sur le continent. Elle a développé l’idée que le règlement des conflits devait être fondé sur le droit international et non sur la force. Elle a prouvé qu’il est possible de sortir des logiques de guerres pour œuvrer ensemble au développement économique et social. Elle a aussi favorisé un droit européen qui veut mettre en avant le respect des droits et des libertés. Forte des acquis de son histoire, nous attendons de l’Union européenne qu’elle s’engage dans la voie stratégique prônée par l’Onu d’un désarmement progressif au service de l’abolition de la pauvreté et d’un développement durable et solidaire. Le texte demande que l’Union européenne « refuse la politique du « deux poids - deux mesures » qui décrédibilise le droit international et l’Europe » et s’engage pour défendre les droits du peuple palestinien et construire la paix au Proche-Orient. Mais d’autres thèmes retiennent les associations solidaires : concernant l’immigration, elles demandent aux États membres de l’Union européenne la ratification de la convention internationale pour les droits des migrants et de leur famille, adoptée par les Nations unies et qu’aucun des pays européens n’a ratifié à ce jour et que la « directive de la honte » soit

remise en cause, que les irrégularités au droit du séjour cessent d’être criminalisées, que les camps de rétention qui couvrent et défigurent l’Europe soient fermés. Elles appellent à revisiter l’aide au développement, à renforcer l’engagement pour les Objectifs du Millénaire ou la démocratie en Europe. Un texte fort et exigeant exprimant combien « la situation est grave car l’Europe risque de perdre la confiance de ses peuples. » Un plaidoyer qui rassemble les campagnes communes aux associations du Crid à diffuser d’urgence (crid.asso.fr)

Pour une Europe qui cultive la paix Le Mouvement de la Paix a décidé* en outre de s’appuyer sur les 30 Urgences pour cultiver la paix, document réactualisé et destiné à questionner les candidats aux élections. Sa campagne pour « Une Europe pacifique et solidaire » est très axée sur l’exigence de voir l’Europe prendre ses distances avec l’Otan et sa vision militaire de la sécurité. Ce lien entre les deux institutions serait tragiquement amplifié par la mise en œuvre du traité de Lisbonne qui lie, dans le texte, Otan et UE. L’association pacifiste appelle ses membres à intervenir dans les débats pour que les questions de sécurité, si fondamentalement liées à la conception de la construction européenne, fasse partie du débat et du choix des électeurs. * voir Planète Paix 541

EN SAVOIR PLUS • www.mvtpaix.org • www.crid.asso.fr N° 542 - Mai 2009 - Planète PAIX

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MONDIALISER LA PAIX Israël, Palestine

A la rencontre des acteurs de paix Du 19 au 26 avril, une quinzaine de militants du Mouvement de la Paix sont allés rencontrer les acteurs de paix en Israël et en Palestine. Un voyage riche en émotion pour relancer la solidarité et les actions pour la paix ici et là-bas.

EN SAVOIR PLUS • www.bilin-village.org 20

N° 542 - Mai 2009 - Planète PAIX

O

n ne sort pas indemne d’une telle semaine où l’on est confronté à une réalité souvent douloureuse qui provoque émotion et colère. Mais l’espoir renaît lors des rencontres avec des « acteurs de paix » dans les deux sociétés : responsables d’organisations associatives ou politiques, religieux, élus, simples citoyens. A Bil’in, dans l’extrême misère de certaines zones de la Cisjordanie, à Jérusalem, à Bethléem, à l’École de la paix de Neve Shalom, à Tel Aviv, nous avons rencontré des hommes et de femmes qui se battent courageusement pour, qu’enfin, la violence cesse dans cette région et qu’une paix juste et durable soit établie dans la région, dans le respect des droits humains et du droit international. Nous avons nous-mêmes dû répondre à des interrogatoires de police menés dans l’aéroport de tel Aviv par des jeunes filles et garçons israéliens qu’on habitue à faire un sale boulot de contrôle et de répression. Certains ont dû ouvrir leur valise et nous n’avons pas pu entrer dans les hauts lieux touristiques, symboles des grandes religions de ce pays fascinant. Petits désagréments comparés aux heures d’attente et aux humiliations quotidiennes des Palestiniens pour passer les check-point ou aller à leur travail.

La Conférence de Bil’in, point fort de la semaine s’est déroulée cette année dans un contexte dramatique. Bassem, un jeune homme de 29 ans, personnalité rayonnante du Comité populaire, a été tué lors de la dernière manifestation hebdomadaire. Malgré cela, l’organisation de cette conférence par ce village de 1700 habitants était remarquable. Traduction simultanée en 3 langues, ouverture de la conférence par le Premier ministre palestinien, présence de militants et de personnalités de nombreux pays et d’Israéliens, lettre de soutien de Jimmy Carter, ancien président des USA,… Bil’in devient le symbole et le lieu du rassemblement de la résistance populaire non-violente qui se généralise avec le soutien d’organisations et de militants israéliens et internationaux. Ce mode d’action suscite un grand espoir pour la population et les responsables de l’Autorité palestinienne dans un contexte où la création de l’État palestinien apparaît plus compromise que jamais après la guerre à Gaza, l’accélération de la colonisation et la mise en place du dernier gouvernement israélien. Désabusés par l’inertie des grandes puissances et l’enlisement des négociations internationales, peu confiants dans les hommes politiques, la conférence de Bil’in est l’affirmation de la volonté d’un peuple qui a décidé de protéger sa terre avec l’aide des internationaux. Pour nous faire appréhender la réalité du terrain, des visites étaient organisées dans des zones où la situation est dramatique : la vallée du Jourdain où les Israéliens empêchent les agriculteurs de travailler ; Hébron, où 500 colons appuyés par des milliers de militaires font de la ville un lieu de cauchemar avec des rues vides ; Jérusalem que les Israéliens veulent annexer. Partout, nous avons vu les Palestiniens à l’œuvre pour vivre et travailler dans leur pays. Avec un courage et une dignité stupéfiante, ils replantent les oliviers arrachés, construisent et reconstruisent inlassablement les maisons, les écoles, les routes. Même si la situation en Palestine est plutôt sombre, la solution au conflit existe dans les plans de paix internationaux et dans les résolutions de l’Onu. Yasser Arafat et l’Autorité palestinienne ont


Manifestation non violente à Bil’in, avril 2009

accepté la création d’un État sur 22% du territoire de la Palestine. Le règlement global du conflit est possible et c’est cela seulement qui pourra garantir la sécurité de la population palestinienne et aussi israélienne, qui a été évoquée dans plusieurs interventions de responsables palestiniens. Mais pas de paix durable sans justice. Le texte final de la conférence porte l’exigence de la fin de l’impunité d’Israël et l’application de la justice internationale, si nécessaire sous la contrainte de sanctions internationales : diplomatiques, économiques et judiciaires.

Nicole Bouexel

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Un sondage publié dans le quotidien israélien

Haaretz commandé par le mouvement OneVoice, indique que 74% de Palestiniens et 78% d’Israéliens sont prêts à accepter une solution à deux États

Luisa Morgantini à la conférence internationale de Bil’in, avril 2009

Vivre dans la vallée du Jourdain La vallée du Jourdain est une vallée fertile avec de l’eau en abondance provenant du Jourdain et de nappes souterraines. Cette eau est captée par les Israéliens pour irriguer des cultures intensives de maïs, des vergers, des serres, …alors que l’exploitation locale palestinienne respecte les richesses naturelles et l’environnement. La conséquence de cette surconsommation est la réduction de près d’un tiers de la surface de la mer Morte. Quinze mille Palestiniens bédouins vivent dans cette zone sur 0,5% du territoire qui, en principe, est palestinien. Les Israéliens s’acharnent sur eux avec détermination pour détruire tout un peuple en les empêchant de travailler. Ils creusent des tranchées de trois mètres de profondeur, interdisant le passage des troupeaux et des tracteurs dans les champs. Les points de passage sont fermés par des barrières limitant l’accès aux terres selon le bon vouloir des soldats d’occupation. Malgré cela, les Palestiniens résistent avec calme dignité et détermination pour rester sur leurs terres. Un des villages a décidé de construire une école. Il a fallu créer le matériau de construction car l’importation de moellons est interdite. Après plusieurs échecs, l’école sera reconnue et son fonctionnement pris en charge par l’Autorité palestinienne. L’inauguration en présence de Tony Blair consacrera la réalisation du projet. Dans un camp de réfugiés avec 17000 habitants confrontés au mal vivre de sa jeunesse, le Conseil du village a le projet de construire un terrain de foot et de former une équipe de haut niveau. Pour créer le terrain, il faut araser une colline. Bien que l’armée ait interdit de poursuivre le chantier sous peine d’emprisonnement, le but est presque atteint : le terrain existe !

Depuis 4 ans, avec une persévérance et un courage exemplaires, les habitants de Bil’in manifestent tous les vendredis. Depuis 4 ans, ils réaffirment symboliquement leur droit ; aller travailler sur leur terre de l’autre côté du mur, droit que deux jugements de la Cour de justice israélienne leur a reconnu lors des procédures qu’ils ont engagées et gagnées. Tous les vendredis, ils se heurtent à une riposte violente de l’armée israélienne qui les bombarde de grenades lacrymogènes. C’est une de ces grenades qui a atteint Bassem Abu Ramah qui se trouvait toujours au premier rang des manifestants. Ce jour-là, il criait aux soldats « c’est une manifestation non violente, il y a des enfants et des internationaux ». Une femme avait aussi été blessée, mais un soldat a tiré intentionnellement sur Bassem, et celui-ci en est mort… A Bil’in, lors de la manifestation, nous portions des tee-shirts à l’effigie de Bassem « Good bye Bassem. You were a friend to us all ! » N° 542 - Mai 2009 - Planète PAIX

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CULTURE Thêatre

Jeu de Dames : Le sexisme ? Tout un spectacle !

A

en croire le Petit Larousse illustré, il est clair que de l’Homme et de la Femme, l’un est plus égal que l’autre...

Homme [ɔm ] n.m. (lat.homo). L’espèce humaine, en général. Être humain de sexe masculin, considéré du point de vue de ses qualités et défauts propres : méchant homme, homme d’action ou bien considéré du point de vue de ses caractéristiques sociales, professionnelles : homme d’État, homme d’affaire, homme de loi, homme du monde. Femme [fam] n.f. (lat.femina). Être humain de sexe féminin, par opposition à « homme ». Épouse : il nous a présenté sa femme. Adulte du sexe féminin considéré par rapport à ses qualités, ses défauts, ses activités, ses origines : une brave femme, une femme au foyer, une femme de ménage. « Certaines idées tarabiscotaient les filles de la compagnie », racontent les comédiennes Françoise Farcy et Amélie Chamoux. « Pourquoi, dans la vie publique comme dans la sphère privée, les différences entre femme et homme demeurent-elles aussi marquées ? Serait-ce par peur des critiques que la femme a moins tendance que l’homme à prendre la parole ? Comment se fait-il qu’elle ait préféré la cuisine au salon comme refuge ? Estelle vraiment « prédisposée » aux tâches ménagères ? Nous voulions comprendre ce qui se tramait depuis la nuit des temps et pourquoi de lourdes inégalités subsistaient encore malgré des avancées dans certains pays. Notre metteur en scène, Jean-Pierre Sauvet, a été un fervent militant pour la cause féminine durant les années 70. Il nous raconta des épisodes épiques de cette période, il sortit tout un tas de bouquins… Pendant 2 mois, nous avons plongé dans l’Histoire, cherchant qu’elle était la place de la femme dans nos sociétés, de l’Antiquité jusqu’à nos jours, dans les histoires, témoignages de femmes, d’hommes … Nous étions loin de nous douter à quel point la femme est écartée des pouvoirs politiques, économiques, religieux... ; comment ces inégalités et injustices ont été volontairement orchestrées par les pouvoirs en place ? » 22

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C’est à partir de ces multiples petites ou grandes inégalités entre les sexes que la troupe Le Pas de l’Oiseau s’est mis en tête de faire un spectacle qui veut se « faufiler » partout. Léger et profond, drôle et très grave, à servir à tout public !

Françoise Farcy et Amélie Chamoux

EN SAVOIR PLUS • Compagnie Le Pas de l’Oiseau http://lepasdeloiseau.monsite. wanadoo.fr

Un hymne à la justice et à la réconciliation « On voulait se faufiler partout : dans les bibliothèques, les salles de classes, les salles d’expositions..., sortir des lieux habituels du théâtre, créer un espace intimiste, complice. En même temps, on voulait retracer l’Histoire, porter la parole de ceux qui avaient écrit de si belles choses, et en dénoncer d’autres qui avaient dit des énormités. Nous voulions faire ressentir le poids de la tradition, de l’imagerie populaire. Nous voulions parler chiffres, statistiques, pourcentages. Nous voulions rire de nous-mêmes. Nous désirions créer un hymne à la justice et à la réconciliation. » Moment de chansons de Brigitte Bardot à Renaud en passant par Boris Vian, Claude François, Anne Sylvestre, Gainsbourg.... Moment de lectures piochées dans les ouvrages de Marie Cardinale, Benoîte Groult, ou encore Julia Billet…. Avec humour et émotion, les deux comédiennes jonglent sur les mots et les mélodies pour retracer l’histoire du mouvement féministe en Europe et en France, pour témoigner du changement des mentalités, pour dénoncer les inégalités qui demeurent. Une pièce à faire tourner chez vous pour passer un moment formidable et poursuivre ce salutaire débat pour cultiver la paix : l’égalité des sexes.


On peut agir sur les causes des guerres et des violences… … surtout si on les connaît

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La vente de printemps de la galerie l’art et la paix Besoin d’un cadeau pour la fête des mères, pour le mariage d’un ami ? Envie d’égayer vos murs par de nouvelles créations… Venez découvrir ou redécouvrir la galerie l’Art et la Paix pour une opération porte ouverte exceptionnelle le jeudi 4 juin de 17h à 20h, le vendredi 5 juin et samedi 6 juin de 10h à 20h.

Vente d’œuvres originales (estampes, lithographies, tableaux) Reproductions d’art, affiches, cartes, assiettes,… Nous vous proposons également les objets de la boutique de la paix : tee-shirts, stylos, badges,…

Galerie l’Art et la Paix 6, place Payret - BP 46 93401 Saint-Ouen Tél/fax : 01 40 12 21 21

www.artetpaix.com

Planète Paix 542  

L'actualité des acteurs de Paix : l'information pacifiste, la revue mensuelle du Mouvement de la Paix. Mai 2009

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