wOwW! novembre 2015

Page 21

Quelques jeunes du Groupe des 15 © Vincent Beaume

s’essaye, on cherche à être crédible… comme au théâtre. Et un jour, tout s’arrête, on se fixe, le corps ne change plus, on a plus ou moins notre forme définitive. Celle avec laquelle il faudra composer. On commence à renoncer à tous les possibles que l’enfance nous a laissé entrevoir. On oublie Superman. Pourtant on sent bien que c’est un étouffoir, qu’on ne peut renoncer au désir d’échapper à soi-même, de voir plus loin que soi, de se sentir infini. Âge des possibles. Âge du théâtre. Le théâtre, et plus largement l’art, nous dit : le monde t’enveloppe et tu le contiens. Il y a mille vies, le monde peut être enchanté et surtout, il n’y a que toi qui puisses trouver ce que tu ne sais pas encore que tu cherches. Si tu te mets en quête alors tu voleras… Et tu n’auras plus besoin du déguisement de Superman. Aujourd’hui, je suis acteur, parce que je n’ai toujours pas renoncé à voler, et metteur en scène, parce que j’aime inventer des mondes. Depuis

quelques années, j’ai pris comme terrain de jeu la fin de l’enfance et la jeunesse. Je mets au fronton de mon théâtre cette phrase de Tristan Bernard : “L’inexpérience est ce qui permet à la jeunesse de réaliser ce que la vieillesse sait impossible”. J’essaie de me souvenir, mais aussi de regarder les jeunes gens d’aujourd’hui, d’observer cette étrange solidarité de la jeunesse. Alors j’ai rêvé d’un groupe, un groupe de 15 jeunes gens âgés de 15 ans du 15e arrondissement de Marseille. Un groupe qui par la pratique du théâtre découvrirait des horizons insoupçonnés. Un groupe qui soit acteur et témoin de la vie d’une compagnie de théâtre en résidence dans un lieu de fabrication de spectacles. Aujourd’hui, nous les embarquons dans notre aventure. Nous les voyons grandir, changer, se tromper, chercher, se construire. Ils font du théâtre avec nous, avec d’autres, ceux que nous invitons, de la danse, du cinéma, ils voient des spectacles, des expositions et partent en voyage, rencontrent d’autres jeunes gens, mais aussi des plus vieux.

Tout cela, non pour faire des artistes, mais mieux, des hommes et des femmes. » texte Alexis Moati

© Stef Depover