wOwW! novembre 2015

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prend de mieux en mieux ce qu’on voit. Par exemple, j’ai vu trois versions de La Bohème par WALPURGIS, toutes en néerlandais. Eh bien, de cette manière, on finit par comprendre La Bohème. Mais il ne faut surtout pas que ça se limite uniquement à “apprendre”. Le théâtre c’est aussi de la détente, me semble-t-il. Dé-tendre, faire disparaître la tension. De même que “ren-contre” me fait penser à “rien contre”. Ne pas être contraire, avoir l’esprit ouvert. Il faut pouvoir savourer, laisser venir et accueillir. C’est fou qu’il y ait encore tant de gens qui n’osent pas s’abandonner. Car c’est précisément de cela qu’il s’agit d’après moi. Certaines personnes ne connaissent pas le théâtre et s’en privent par conséquent. À l’association Recht-Op, il y a un membre qui n’assiste qu’aux spectacles d’une seule compagnie. Dommage, n’est-ce pas ! » Luc : « Moi non plus, je ne comprends pas toujours tout. Mais dans ces cas, je goûte l’atmosphère et m’en absorbe. Il y a bien sûr des choses que je trouve moins bonnes. Évidemment ! Quand on va au moins

une fois par semaine au théâtre, il est logique qu’on assiste parfois à des spectacles qu’on apprécie moins. Au FENIKS FESTIVAL , il y a aussi des choses qu’on préfère à d’autres. Mais c’est justement ce qui est si agréable : on découvre soi-même ce qu’on aime. » Paul : « Ce truc japonais (une installation vidéo de l’artiste japonais Mikio Saito, NDLR), par exemple : je trouvais ça, euh… spécial. Mais dans ces cas, je me dis : “encore une expérience que j’ai pu vivre”. » Luc : « Ça aussi, c’est le plaisir d’aller au théâtre en duo : une fois c’est l’un qui décide ce qu’on va voir, une autre fois, c’est l’autre. De cette manière, on quitte sa propre zone de confort, et on parvient peut-être même à convaincre son ami d’un spectacle qu’on trouve beau. Et ça donne des sujets de conversation, hein ! » Paul : « Vous savez, vous avez mentionné les personnes qu’on ne peut pas atteindre avec ce type de projets. C’est un vrai problème. Il se fait que je m’investis activement au sein

de l’association Recht-Op, en tant “qu’expert du vécu”. Je prends la parole partout, j’assiste souvent à des réunions. Je fais partie de Recht-Op, mais aussi du projet Énergie et Pauvreté, de la concertation municipale, de la concertation belge et même de la concertation européenne. Il m’arrive de devoir prendre l’avion pour assister à une telle réunion ! Et ce que je découvre, c’est qu’on ne voit que la partie visible de l’iceberg, malheureusement. Il y a tant de pauvreté cachée, vous ne pouvez pas imaginer. Des personnes qui joignent à peine les deux bouts, qui mangent plus souvent des tartines qu’un repas chaud, mais ne l’avouent pas. J’avais un ami qui était toujours en costume, toujours pimpant. Il mangeait tous les jours de la soupe. Il gardait les légumes pour son chien et se nourrissait juste du bouillon. C’était un ami, et néanmoins, je n’ai pas pu le convaincre de m’accompagner à RechtOp, par exemple. Par honte. Mon frère n’apprécie pas non plus que je parle si ouvertement de ma situation. Mais moi, je ne trouve pas ça grave. Je n’ai pas honte. Je ne me sortirai plus de mes problèmes d’argent, et

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