wOwW! novembre 2015

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© Stef Depover - en haut Alain Fourneau ©Edwige Lamy

Alain : « Cela doit faire 25 ans que je connais Simonne. Je l’ai rencontrée la première fois à Bruxelles où j’étais venu voir la mise en scène des Troyennes de Thierry Salmon. J’ai tout de suite été frappé par sa capacité à s’adresser très directement au public et à passer très rapidement d’un état à un autre. Simonne est venue ensuite jouer plusieurs fois aux Bernardines. Puis nous avons travaillé ensemble sur un projet de spectacle chanté qu’elle avait en commun avec la comédienne et chanteuse Marianne Pousseur autour de textes de Lewis Carol. Mettre en scène, pour moi, c’est toujours savoir que je risque d’être transpercé d’amour par la présence de la comédienne que j’ai en face de moi sur le plateau. De Simonne, je dirais qu’elle est fragile et déterminée, toujours en proie à un doute constructif, enthousiaste et concrète. Extrêmement centrée et pour le coup, chaleureuse. Elle me stupéfie toujours, sur scène, par sa capacité de “surgissement”, d’intensité du moment. »

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Pour les héroïnes de Puccini l’amour est une fatalité, pour Carmen de Bizet c’est « un oiseau rebelle que nul ne peut apprivoiser ». C’est quoi l’amour pour vous ? Alain : « Je pense beaucoup, l’âge aidant, à cet espace qu’on laisse en soi pour laisser l’autre arriver et qui à chaque fois vous révèle quelque chose de vous-même. Au théâtre, plus que dans la vie courante, on peut y arriver assez souvent, avec une exactitude parfois troublante tellement “l’envahissement” peut être grand ! Mais à chaque fois au prix d’une douloureuse déconnexion, dès que l’on sort de cette sphère. Disons donc : l’amour est comme un flux intermittent, mais ne doit jamais s’arrêter, comme “la vie qui grandit jusqu’à la mort” (Eschyle). »

Avez-vous une affinité particulière avec l’opéra ou le théâtre musical contemporain ? Alain : « Je ne suis absolument pas musicien, même si j’ai fait partie du Groupe de Musique expérimentale de Marseille, à ses débuts, dont les membres m’avaient coopté pour mettre en scène leurs concerts. J’ai souvent travaillé avec des musiciens, des chanteurs, des danseurs. Leurs différences de présence sur le plateau d’avec les comédiens m’ont beaucoup appris sur ma manière de travailler et de diriger. Je travaille beaucoup “à l’oreille”. Et je sais que mon travail est juste, au final, si je peux le qualifier, dans sa structure, de “musical”. » interview Judith Vindevogel