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Création d’une dynamique urbaine contemporaine sur l’île d’Yeu,

entre tradition et innovation

Pierre D’Hubert 3ème cycle Mutations Urbaines Ecole Spéciale d’Architecture

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Sommaire INTRODUCTION................................ INTRODUCTION......................................................... ................................ ......................... 4 I. V ERS UNE MUTATION GENERALE DES TERRITOIR ES ............................................................ ................................ ............................ 7 1) Des espaces qui se vident de leur population et de leurs activités, mais une identité locale qui reste...........................7 2) Anticiper les mutations actuelles pour créer les activités et l’habitat de demain ...............................................................10 3) Quelle place pour l ’architecture dans les modèles de développement futur ?...............................................................17 II.

UN « LABORATOIRE URBAIN » : L’ILE D’YEU ... 23

1) Une situation géographique unique :

entre tradition et mutation, nécessité de préserver et d’innover .......................................................................................23 2) Etude du patrimoine et de la typologie du bâti : une longue histoire toujours en cours ....................................48 3) Identification des maladies sociales et urbaines ...........84

III. DU GLOBAL V ERS LE LOCAL, DE L’URBAIN A L’HUMAIN................................ L’HUMAIN........................................ ................................ ........ 92 1) Etude de l’évolution des flux et des caractéristiques d’usage...........................................................................................92 2) Une situation identitaire complexe : Comment intégrer

les différentes populations au processus de réflexion urbain ? ......................................................................108 3) Identification des secteurs d’activités présents et à venir.............................................................................................114 4) Un équilibre à trouver entre activités, autonomie et gestion du foncier......................................................................132 IV . V ERS UNE PROPOSITION DE NOUV NOUV ELLE TYPOLOGIE MODERNE TRADITIONN ELLE. ............ 136 1) Mise corrélation des objectifs de développements futurs avec des formes urbaines adaptées ......................................136 2) Qu’est-ce qu’habiter ce territoire en terme de cheminement et de densité ?..................................................146 3) Comment concilier efficacement activités, intimité, convivialités et aménagement? .............................................149 4) Propositions architecturales..............................................155 CONCLUSION ......................................................... ......................................................... 180

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INTRODUCTION

peut très vite se transformer en bouillie indigeste et chaotique ; une bouillie où l’on ne sait plus trop qui fait quoi ni quels sont les objectifs à atteindre.

L’urbanisme est une discipline réellement passionnante ! Elle intègre une quantité phénoménale de champs disciplinaires diverses, qui viennent sans cesse l ’enrichir. L’architecture, le paysagisme, l’économie la sociologie, l’archéologie, l’histoire et beaucoup d’autres font partie des composantes qu’il est essentiel de prendre en compte dans un projet urbain. Chaque domaine permet d’interroger le passé pour comprendre le présent et préparer le futur.

Pourtant, une vision globale d’un territoire, structurée et bien ancrée dans les réalités est essentielle pour assurer sa pérennité. Evaluer au mieux les bouleversements actuels pour les traduire en termes d’habitats, d’activités et de gouvernance est particulièrement complexe, d’autant que chaque territoire possède sa propre singularité.

De manière générale, l ’urbanisme concerne chacun d’entre nous, que ce soit de manière consciente ou inconsciente. De par notre façon de vivre, de travailler de nous déplacer, nous développons chaque jour un rapport à l’espace bien singulier. Il en découle un comportement urbain qui i nterfère avec ceux d’autrui , comme si l’urbanisme constituait une interférence permanente de flux qui se côtoient, s’éloignent, se retrouvent et se bousculent... Entre recherche de convivialité ou d’intimité, les questionnements relatifs à l’urbanisme, et à l’environnement personnel, sont omniprésents dans le quotidien de chacun. Toutefois, l’accumulation des préoccupations, souvent contradictoires, liées de près ou de loin aux questions urbaines, n’est pas sans causer quelques difficultés. En effet, un nombre de personnes conséquent a son mot à dire dans ce domaine. Du coup, une étude liée aux questions urbaines

Ainsi, après avoir tenté de cerner les enjeux que l’on retrouve de manière récurrente sur l’ensemble du territoire national, le choix d’étude se portera sur un espace que l’on peut qualifier de véritable « laboratoire urbain », avec des enjeux forts au niveau économique, énergétique ainsi que dans la gestion du foncier. Ce territoire c’est l’île d’Yeu, une île vendéenne de 23km², forte d’une identité séculaire transmise au fil des générations, et qui présente une richesse à la fois naturelle et patrimoniale exceptionnelle. De part son insularité, il s’agit d’un territoire fi ni, avec des ressources foncières nécessairement limitées et un patrimoine fragile à protéger. Pour autant, les problématiques en termes de transition économique ou de logements pour les décennies à venir se posent ici comme ailleurs, et il est fondamental d’apporter des réponses.

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Comment vivrons-nous dans les années futures ? Comment travaillerons-nous ? Dans quel espace souhaiterons-nous évoluer ? Quels liens allons-nous tisser avec autrui ? Toutes ces questions se posent actuellement sur cette île. Les réponses sont souvent délicates à trouver et font l’objet de vifs débats, surtout lorsqu’il s’agit de concilier des intérêts parfois inconciliables. Cette étude tentera malgré tout de proposer quelques réponses grâce à une analyse simple mais globale des lieux permettant de comprendre ce que nous voyons tous les jours, sans forcément y apporter beaucoup d’attention. Toute d’abord, il s’agira de comprendre le présent avec les processus qui ont conduit à la situation actuelle. En effet, malgré sa taille réduite, l’histoire de ce territoire est très riche. Les éléments patrimoniaux constituent des repères identitaires très forts et la dimension vernaculaire de l’architecture est aujourd’hui encore très présente. Il en découlera un diagnostic des maladies sociales et urbaines présentes. Les caractéristiques identifiées devront être pleinement intégrées à toutes réflexions, comme un fil conducteur qui réunit les générations et que l’on nomme la tradition. Pour autant, cette tradition ne doit pas « figer les forme » ni constituer un frein à l ’innovation.

Ensuite, il sera nécessaire de décliner ce territoire et son bâti à plusieurs échelles, à la fois historiques et géographiques, tout en identifiant, entres autres, les flux caractéristiques. Ceci doit permettre de visualiser l’île d’Yeu dans un contexte national global pour ensuite se pencher sur son développement local. Il s’agit ainsi d’analyser l’échelle urbaine, pour au final zoomer sur l’échelle humaine et identifier ce que constitue(ra) le fait « d’habiter de travailler et se recréer » dans ce territoire. Les populations locales et estivales doivent être intégrées au processus réflexion car c’est à elles que s’adressent avant tout cette étude. En identifiant des secteurs d’activités à même de s’inscrire dans les réalités territoriales pour lui fournir des richesses, on développe une stratégie dans le temps, en corrélation avec les attentes sociales des personnes présentes sur place.

Si cette étude a pour objectif de proposer une réflexion urbaine, il n’en reste pas moins qu’au final, c’est aussi une ou plusieurs propositions architecturales qui vont en découler ; non pas pour faire émerger un bâtiment star venu de nul part, mais pour répondre simplement à la question suivante: dans quel environnement souhaitonsnous vivre et à quel pri x ?

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Idéalement, il s’agirait de développer un cœur urbain contemporain en phase avec notre époque capable de recevoir l’héritage du passé. Il doit se traduire à la fois par des formes architecturale mais aussi par un mode de gouvernance adapté, où chacun doit pouvoir trouver sa juste place dans les prises de décisions concernant son espace de vie.

Cette méthode est essentielle car elle permet de se réapproprier l’existant avec un regard personnel et en faire ensuite émerger des propositions sur des nouvelles typologies de logement, de lieux de travail ou de loisirs.

Les méthodes de travail devront être aussi simples que possible. A l’aide de croquis, de photographies, puis de maquettes, il s’agira d’inventorier ce qui fait l’essence du lieu, qu’il s’agisse de monument ou de d’habitat traditionnel.

Entre un territoire qui reste, et des habitudes qui évoluent, comment anticiper la vague des mutations à venir ? Port-Joinville, Ile d’Yeu

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I. VERS UNE MUTATION GENERALE DES TERRITOIRES 1) Des espaces qui se vident de leur population et de leurs activités, mais une identité locale qui reste. De nombreux territoires français connaissent actuellement une période transition ; une transition qui n’est pas forcément souhaitée, mais dont les effets sont bien réels : Des emplois qui disparaissent, des services et commerces de proximité qui ferment, une population qui vieillie… on trouve à foison des exemples de ce type dans tout l’hexagone ! Combien de fois avons-nous entendus : « Maintenant ici c’est mort, il n’y a plus personne !

Dans le temps il y avait du travail, c’était animé mais maintenant tout a fermé, les gens sont partis. Il n’y a plus que des retraités et des résidences secondaires. Il n’y a pas d’avenir, il faut partir… »

Le plus souvent, bien que mêlé de tristesse, ce constat apparaît comme une sorte de fatalité ; c’est ainsi et il faut faire avec. Ce phénomène résulte de mutations économiques dont les conséquences se diffusent à l ’ensemble du territoire en touchant tous les secteurs d’activité. Les facteurs sont multiples. L’évolution des techniques, combinée à la difficulté d’adaptation des entreprises à un environnement rendu instable par la mondialisation, entraine une course vers une rentabilité toujours accrue qui conduit au regroupement des emplois et des populations actives autour de quelques métropoles. Toutefois, si les transitions économiques se traduisent fréquemment par des suppressions d’emplois, elles apparaissent aussi comme des changements nécessaires au maintien de la compétitivité des entreprises et à la modernisation de l’espace. Or, les politiques publiques s’adaptent assez difficilement à ces évolutions. En effet, cela implique d’accompagner au mieux les changements, en pri vilégiant des actions anticipatrices plutôt que des actions réparatrices. Tout l’enjeu est de créer des modèles économiques pour demain qui tiennent compte des évolutions sans chercher à les empêcher. Les conséquences sont à la fois sociales, économiques et urbaines car elles conduisent à une incertitude globale concernant l’avenir à moyen terme des territoires concernés.

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Dès lors plusieurs questions se posent : -

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Le phénomène d’exode de la population et des activités est-il réellement inéluctable ou existe-t-il des solutions alternatives ? En quoi l’urbanisme peut-il apporter des réponses adaptées permettant de maintenir un bassin d’emplois local, viable dans la durée?

Cela nécessite de penser des solutions permettant de réinjecter des activités qui soient en phase avec les atouts du territoire et les réalités du monde actuel. Plusieurs options sont possibles à commencer par la mobilisation des ressources locales existantes, grâce à une mise en avant du savoir-faire de la population. Ce point est essentiel car il permet d’impliquer plus facilement les acteurs locaux dans une démarche respectueuses du passé mais résolument tournées vers l’avenir. La tradition c’est ce qui fait la singularité de chaque lieu. C’est ce que l ’accent est à la langue et qui s’est transmis de génération en génération avec souvent d’étonnantes originalités. Dans chaque région, dans chaque pays, on retrouve des éléments culturels et architecturaux communs mais prononcés de façons originales.

trop un certain petit village gaulois. Il s’agit plutôt de montrer que l’accumulation de ce qui s’est fait à travers les siècles est unique, mais pas figée. Cependant, des activités nouvelles, parfois en rupture avec à ce qui a pu exister jusqu’à présent, peuvent être ellesaussi à même d’apporter une dynamique dans des secteurs non exploités jusqu’à présent. En effet, les mutations économiques restent potentiellement génératrices d'activités nouvelles capables de revitaliser les territoires lorsqu’ils disposent des moyens nécessaires (notamment en matière de qualification des ressources humaines, de réseaux de transports, de travail à domicile ou en terme de potentiel de recherche et de production). Dans ce cadre, la question de la formation est essentielle. Qu’elle concerne des activités nouvelles ou ancestrales, c’est elle qui assure la viabilité des ressources humaines dans la durée. Elle doit conjointement profiter aux populations locales tout en attirant des personnes venant d’autres régions. Il y a donc un équilibre à trouver entre la richesse de tradition ancestrale et l’innovation. Cette équation n’est pas nouvelle et chaque époque a apporté son lot de nouveautés techniques et culturelles, parfois au prix de grands bouleversements identitaires comme ce fut le cas avec la révolution industrielle.

Cette originalité, cette richesse, il faut s’efforcer de la préserver, de cultiver et de la développer, mais pas dans une logique chauvine et repliée sur soi qui rappellerait un peu

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Aujourd’hui c’est une révol ution économique que nous vivons et de ce fait, chaque territoire est amené à questionner sa compétitivité dans la durée. Cette mutation nécessite une adaptation spatiale et fonctionnelle qui concerne chacun d’entre nous. Elle se traduit par la mise en place de stratégies de développement et d’aménagement avec au centre, le citoyen. Si l’on retrouve cette problématique un peu partout, son expression est extrêmement variable d’un territoire à l’autre, que l’on soit en ville, à la campagne, dans les montagnes ou en bord de mer. L’envie d’habiter, de travailler, de se former ne s’exprime absolument pas de la même manière et c’est là que la tradition et les thématiques inhérentes à chaque territoire interviennent.

La capacité à mobiliser les citoyens à partir de situations concrètes comme l’habitat et l’activité est donc essentielle pour répondre à un besoin partagé par tous. Or impliquer le citoyen, c’est lui parler de ce qu’il connaît. La tradition prend alors toute sa valeur. L’attachement à un environnement, à un cadre de vie, à une culture ancestrale est un formidable vecteur de mobilisation et d’implication pour aboutir à la création de formes, de valeurs et d’économies. Tout ces éléments doivent pouvoir fonctionner en articulation les uns avec les autres dans une logique de complémentarité et de diversité.

Les réponses en terme de création de valeur et d’intervention spatiales se singularisent, se contextualisent. Faire une révolution dans la continuité n’a rien de simple et des choix doivent être pris. C’est là le rôle de l’urbaniste intervient qui doit optimiser les contraintes techniques et règlementaires dans une logique de profitabilité pour tous. Dans les faits, cette profitabilité n’est pas toujours effective. L’urbaniste, l’élu, l’entrepreneur et le citoyen n’ont pas la même perception du territoire ni les même préoccupations, ce qui peut conduire à une accentuation des fractures urbaines, politiques et sociales déjà présentes et donner lieu à des conflits d’échelles spatiales et temporelles.

Evolution d’un territoire dans la durée

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2) Anticiper les mutations actuelles pour créer les activités et l’habitat de demain Renforcer l’attractivité d’un territoire, le faire évoluer avec des activités pérennes va nécessairement avoir un impact en termes d’aménagement de l’espace. C’est là tout l’enjeu de l ’urbanisme des décennies futures qui nous intéresse dans la présente étude. En effet, quelles sont les stratégies d’aménagement qui concilient un développement économique durable adapté au territoire, à ses spécificités, et les réalités d’un monde actuel globalisé dont les évolutions permanentes nécessitent une adaptation rapide ? Aucune réponse toute faite ne peut être établie une fois pour toute. Mobiliser les ressources du territoire passe avant tout par une bonne compréhension de celui-ci, en particulier de ses acteurs locaux. Les entreprises, les habitants, les associations et beaucoup d’autres ont des responsabilités partagées dans la conduite des affaires locales, mais la frontière entre ces acteurs demeure relativement floues. Les relations entre ces acteurs sont le résultat d’intérêts sociaux-économiques très variables. Développer un projet d’aménagement urbain pose nécessairement la question de la temporalité et son adéquation avec les préoccupations et mutations du moment ; des mutations qui par essence évoluent à un rythme très soutenu. Il faut en moyenne compter 20 ans pour faire aboutir un projet d’urbanisme, et environ 50 ans

pour en mesurer les résultats en terme socio-économique. Bien sûr, ceci est incomptable avec le temps cour de la sanction politique, ce qui enferme les territoires dans le carcan de l’incertain et rend délicat l’intégration de l’évolution des techniques et des usages dans les projets.

Le temps des hommes évolue lui aussi radicalement. Si les constructions ont longtemps été en phase avec le rythme biologique du jour et de la nuit, la société du XXIème siècle quant à elle ne dort pratiquement pas ; tout juste veille-t-elle de temps à autre ! Ainsi il convient d’articuler vie professionnelle et vie personnelle au rythme toujours plus rapide des habitants. La généralisation des nouvelles technologies, la connexion quasi permanente à internet, aux

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réseaux sociaux et aux boites emails, tend à estomper les frontières existantes entre vie professionnelle et vie personnelle. L’une et l’autre ne sont plus réellement limitées à lieu donné ni à des horaires précis.

technologiques disponibles et de la productivité que cela engendre.

Cette adaptation à de nouveaux usages pose de nombreuses questions. En effet, comment accompagner et adapter le territoire à cette rapidité du flux d’informations, sans cesse croissant, qui nous entoure ? Doit-on oui ou non promouvoir un retour à des rythmes naturels plus lents, à des mobilités réduites, plus conforment au respect du paysage et aux horloges biologiques ? Il y a sûrement un juste équilibre à trouver. En effet, les heures de travail perdues dans les trajets domiciletravail, les transports, les embouteillages ainsi que la fatigue qu’elles génèrent, constitue un frein à la compétitivité des individus ce qui dans ce monde ultra rapide est de moins en moins tolérable. Or, l ’accès au très haut débit sur une majeur partie du territoire et la transmission instantanée des informations ne justifie pas (ou plus) une « sur mobilité » des personnes. Un équilibre entre habitat et emploi dans un périmètre réduit permet de réduire les besoins de déplacements. Dans un territoire où chaque mètre carré compte, soutenir une écomobilité́, en se déplaçant à pied ou en vélo ne doit pas être réduit à un délire de bobos rêveurs. Travailler à proximité de son domicile ne doit plus être considéré comme un luxe, mais comme une nécessité en regard des outils

source ADEM-INSEE

Cette vision n’est pas nouvelle. Dès les années 70, on prévoyait la « mort des villes », dans une logique d’organisation territorial où chacun vivrait en plein campagne, derrière un ordinateur. Ce n’est pas ce qui s’est produit et depuis 40 ans la population citadine ne fait que croître même si une timide tendance à la néo ruralisation s’observe, bien que le phénomène semble encore assez marginal. Or, contrairement à ce que l’on pourra croire, les espaces ruraux ont de vraies capacités d’évolution, en

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particulier grâce au développement du Très Haut Débit. A l’inverse des espaces urbains dont l’étendue sera tôt ou tard contenue, un espace rurale possède des ressources à exploiter pour le futur. Si pour l’instant c’est le modèle citadin qui domine largement, il ne faut pas négliger la possibilité d’un développement territorial à venir qui ferait la part belle à la création de richesses allant du rural à l’urbain et non l’inverse. Dans tous les cas, il y a un besoin inhérent à la nature humaine de vivre en communauté. Personne ne prônera un modèle de développement sociétal composé uniquement de « geeks » figés devant leur ordinateur. L’explosion des métiers liés au service à la personne montre bien que le contact humain est plus que jamais d’actualité. Toutefois, il n’est pas sûr que l’entraide et la solidarité soient les caractéristiques majeures d’une grande ville. Souvent, vivre en ville conduit à adopter un comportement individualiste au travers de rapports humains impersonnels trop souvent basés sur le rendement, l’apparence et le superficiel. Il n’est pas question d’établir une généralité stupide et sans fondement réel. Cependant il faut reconnaître que le fait d’évoluer dans un environnement où les personnes se connaissent et se respectent favorise l’épanouissement et donc la productivité. Ce qui est certain, c’est que l’on assiste à une véritable prise de conscience collectives concernant la nécessité de valoriser les richesses intrinsèques du territoire, qu’elles

soient humaines, matérielle, ou immatérielles. Ceci passe nécessairement pas un (ré)ancra ge dans le territoire à la fois dans une logique de développement endogène combinée à un rayonnement exogène que permettent, entre autre, les nouvelles technologies. Ce mode de développement qui s’inscrit du local vers le global a l’avantage de mobiliser les habitants autour de valeurs communes tout en permettant des brassages de populations via l’apport de personnes venant travailler ou se former. C ’est cet ensemble qui crée de la solidarité durable et compétitive, même si sa mise en place peut être longue et laborieuse. L’avantage de ce type de développement, c’est qu’il permet de solliciter des échelles et des acteurs différents (habitat/bureaux ; habitants/entreprises/ associations / réseaux…) dans le territoire. Cette articulation entre territoire, travail, formation et habitation est une des clés d’un développement durable local, à condition que le « projet de vie » soit réellement profitable à tous. Maintenir de la solidarité dans les territoires, en particulier là où de la mixité sociale entre en conflit avec le prix du foncier n’est pas aisé. A titre d’exemple, faire accepter la présence de logements sociaux dans des secteurs favorisés, c’est faire prendre conscience aux personnes (plutôt favorisés) qui souhaite bénéficier de services à domicile, que la présence rapproché de ce personnel de service (plutôt moins favorisés) est une nécessité.

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Ces différentes articulations entre les acteurs du projet de vie doivent permettre de créer un ensemble de synergies, pas forcément formalisées, mais pérennes dans le temps. Il s’agit de « fabriquer de l’économie dans le territoire» en conjuguant des intérêts respectifs.

rapidement se révéler obsolètes et dépassée avant même leur achèvement Concevoir un cœur urbain contemporain, consiste davantage à développer un projet de processus, souple et adaptable plutôt qu’un projet figé une fois pour toute, qui sera ensuite couteux et complexe à modifier. Traduit en vision urbaine, il s’agit de créer une sorte de « plan-guide » qui fixe des calendriers de réalisation avec des objectifs à la fois économiques, politiques et architecturaux. Un projet urbain s’apparente donc à un germe urbain amené à se développer et s’adapter tranche par tranche de manière relativement souple. En effet, il s’agit de faire la différence entre une vision à long terme et un projet décidé à long terme.

Schéma de « projet territorial »

Il faut toutefois garder en tête que les intérêts de chacun ne sont pas figé et le modèle urbain qui découlent doit être apte à évoluer. Un territoire durable et évolutif est peut-être un territoire éphémère car adaptable aux évolutions de son temps. Les nouvelles bonnes idées du moment en termes de modèle d’aménagement peuvent

Une bonne souplesse d’adaptation permet d’intégrer au mieux la combinaison des des différents modèles économiques et d’acteurs présents dans le territoire. Ceci englobe à la fois des valeurs ajoutées relativement « réduites » (par exemple, un habitant qui améliore sensiblement son logement par exemple) et d’autres beaucoup plus fortes (celle d’un tissu d’entreprises qui se construit en filière à part entière). Une telle adaptation passe nécessairement par l’intégration au projet des rapports entre les acteurs de la gouvernance urbaine sur les questions d’ordre juridiques, ainsi que sur les conflits spatiaux ou temporel. Si les compétences et les rapports entre chacune de ces parties ne

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pas ou mal définis, la dynamique risque de s’enliser, bloquant ainsi le processus en cours. Une coopération des acteurs dans un cadre commun n’est pas aisée à mettre en place et constitue souvent un frein à l ’innovation. Les rapports entre acteur politiques, aménageurs et acteurs économiques sociaux et organisations publiques sont actuellement pilotés via des outils de régulation publiques comme les PLU, SCOT, contrats de plan etc, qui certes ont le mérite d’encadrer les choses, mais sans pour autant régler les conflits ni définir clairement le rôle de chacun

des charges commun, compatible avec le respect du contexte existant, notamment les sites paysagers, le patrimoine et le savoir-faire local. Ceci doit conduire à une forme d’urbanisme surmesure plutôt que du prêt-à-porter exportable. Il s’agit de respecter les usages partagés et prendre des risques dans les innovations architecturales, le tout en faveur du respect de l’environnement. Il n’y a pas de mystère ; c’est bien au plan local que doivent se concevoir les plans de développement durables.

La question se pose en particulier au niveau des conflits d’intérêts qui existent entre les opérateurs des services urbains (délégataire de service public, régie) confrontés à des impératifs de sobriété, mais qui sont en lien directs avec les entreprises de services, cabinet de conseil, ingénierie informatique ou fournisseurs de matériel électronique. Au final ce sont ces derniers qui captent et contrôlent les valeurs ajouté des services vitaux. Aussi, il est évidant que la participation des acteurs économiques à la décision publique constitue une nécessité ainsi qu’un facteur de compétitivité. Intégrer ces acteurs du pri vés au processus de décision en matière d’aménagement est essentiel au regard de la place qu’ils occupent dans la vie quotidienne du citoyen. Assurer le dialogue entre habitants, promoteur et commune doit être traduit d’une manière ou d’une autre dans une forme d’urbanisme négocié entre le maire, l’architecte les habitants, l’aménageur. Ceci doit se faire à travers un cahier

Schéma de projet urbain à réaliser et adapter dans le temps

Parallèlement, en termes de spatialité, l’hétérogénéité des acteurs conduit souvent à des morcellements du territoire et de l’action publique malgré les règlementations existantes (parfois, ces dernières se contentent d’imposer une règle concernant la couleur des murs et des volets sans aller bien au-delà). 14


Or comment garder une vision d’ensemble coordonnée qui permet d’affiner les actions à entreprendre dans la durée? Les conflits d’échelles spatiales peuvent prendre des formes micro-économiques, voire même anthropologique dès lors que la maison individuelle est le plus souvent préférée aux ensembles collectifs. Ces conflits d’usage sur l’occupation des sols font l’objet de vifs débats sur la prétendue vertu supposée de la compacité, par opposition à l’étalement des constructions, en regard aux économies d’énergie liées à la mobilité, aux coûts de raccordement des maisons individuelles aux réseaux, et à la surconsommation d’espaces.

La question qui se pose, c’est de savoir quelle est la juste densification à adopter en regard des contraintes spatiales, des besoins des habitants et leur envie d’intimité. Ce conflit entre densification et dispersion urbaine, caractéristique des conflits de mailles spatiales, s’accélère face au caractère souvent inaccessible prix du foncier dans les cœurs urbains existants. De nombreux habitants sont contraints de se délocaliser ce qui développe un sentiment de relégation et conduit à une logique contre-dynamique qui freine la compétitivité des hommes et du territoire. Ces conflits d’usage du sol se caractérisent également par un rapport de force entre une urbanisation étendue et la préservation de sols non artificialisés. Doit-on préconiser ou non la sauvegarde d’espaces naturels, de terres agricoles ou la création de parcs d’agréments qui certes, sont peu rentables car consommateur de foncier, mais garant de du maintient de biodiversité et de la qualité de vie des habitants ? Ce sont ces espaces qui permettent de maintenir des circuits courts pour l’approvisionnement en produit agricoles locaux De plus, le maintien d’espaces verts ou agricoles à proximité des constructions joue un rôle non négligeable de régulateur thermique, avec des écarts de température conséquent entre des zones arborées et zone minérales. Ces espaces constituent également une forme de régulateur social en permettant à chacun de partager, d’entretenir un espace commun, renforçant ainsi les liens entre les

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personnes. Ceci constitue un argument non négligeable contre une sur-densification des espaces.

modèle de développement équilibré conciliant des intérêts parfois contradictoires.

Cependant là encore, il ne faut pas tomber dans l’excès et un trop grand arbitrage en faveur de la biodiversité peut conduire à de nouveaux problèmes écologiques tels que les la prolifération d’espèces invasives, elles-mêmes destructrices de biodiversité. Certes, la prise de conscience planétaire des dangers annoncés du réchauffement climatique a accrue les questions environnementales dans chaque projet d’aménagement urbain. En soi il est évident qu’il faut arrêter de consommer du territoire à l’infini et revenir de ce fait à une forme de densité. Mais cette conscience universelle peut également conduire dans le piège qui consiste à reproduire un peu partout des recettes non nécessairement transposables. L’objet de cette étude est justement de trouver le juste équilibre dans le traitement de problématiques que l’on retrouve dans l’ensemble du territoire et leur traduction effective dans un territoire donné. L’importance de l’identité culturelle, en matière de patrimoine, d’architecture, de savoir-faire doit permettre d���adapter les modèles d’un urbanisme vertueux en encadrant les conditions de sa reproductibilité. C’est pour cette raison que le territoire étudié présentera des caractéristiques géographiques, patrimoniales très fortes qui lui confère un atout exceptionnel mais avec la nécessité de s’inscrire dans un

Logo SCOT de l’ouest lyonnais

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3) Quelle place pour l’architecture dans les modèles de développement futur ? L’architecture et l’architecte se trouvent actuellement dans une situation paradoxale et relativement ingrate. Si l’importance du rôle de l ’architecte n’est pas remis en cause dans le processus de création d’espaces, ce dernier se trouve étouffé par les règles et le carcan des normes nouvelles, difficiles à manœuvrer, notamment lorsqu’il s’agit de faire de l’innovation. Quel que soit le secteur dans lequel nous nous trouvons, les règles dictées par les labels HQE se retrouvent un peu partout, souvent sans tenir compte des spécificités climatiques et patrimoniales des territoires. Face au risque de standardisation décontextualisée, il est urgent de se demander si d’autres voies sont possibles. En effet les boites étanches climatisées et labellisé dont on nous vante les mérites sont souvent très couteuses et pas forcément « durables » au regard des coûts d’investissement et d’entretien qu’elles nécessitent. Ainsi, pourquoi ne pas préconiser l ’emploi de techniques simples comme l’orientation des bâtiments pour capter l’énergie solaire ou profiter du vent et de la fraicheur du sol ? Les enjeux architecturaux sont liés intrinsèquement au contexte local des constructions.

Le site dans lequel s’implante une construction est par essence défini par son climat, sa topographie, et sa géologie. Ces données influent sur le mode de vie et conduisent à réaliser des formes, des espaces, et des matériaux spécifiques. Ceci permet de trouver un équilibre viable sur un site. Les principales caractéristiques d’une architecture contextualisée sont l’intégration et la tradition. Dans ce type de contexte, l’un des rôles de l’architecte doit le conduire à trouver un équilibre entre la notion de « bâtiment paysage », « bâtiment archétype » et « bâtiment actualisé ». Nous reviendront en détail sur la définition de ces notions Au-delà de la forme pure c’est tout un modèle de vie urbaine qui doit prolonger le geste architectural en intégrant la notion d’ « urbanisme partagé » ; un urbanisme qui tient compte du besoin d’intimité pour chacun mais qui mutualise des espaces communs utiles à tous comme les parkings, les locales poubelles et vélo, les espaces verts et même les espaces de travail. On parlera ainsi d’un usage durable de l’espace. C’est ce que prône Nicolas Michelin lorsqu’il parle d’une Haute Qualité d’Usage (HQU) à l’instar de la Haute Qualité Environnementale considérée comme trop contraignante, qui limite sa mesure d’efficacité à des objectifs de consommation énergétique de bilan carbone et de gestion de l’eau.

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en les mettant bien sûr en corrélation avec les nécessités du moment. L’étude du passé ne conduit pas à une architecture figée, mais plutôt à une architecture en perpétuelle traduction du temps présent. Or l’empilement de connaissances acquises permet de mieux répondre aux conditions du site et au mode de vie local. Ce dernier change infiniment plus vite que les conditions naturelles et l’architecture d’un lieu s’en trouve nécessairement modifiée.

C’est d’ailleurs ce qui a longtemps dirigé l’urbanisme et l’architecture traditionnelle dite « vernaculaire » des constructions d’autrefois où les habitants étaient contraints de faire avec les moyens disponibles en utilisant au mieux les ressources locales pour survivre. Sans prôner une vision passéiste des modes de constructions et un retour à des techniques archaïques, l’étude des modèles ancestraux constitue une formidable source d’inspiration. Cela concerne par exemple les formes et les usages à préconiser pour les constructions futures, tout

Les thermes de Bâle (1996), conçues par Peter Zumthor. La fonction découle des ressources en matériaux disponible et de l’intégration naturelle et historique du site dans son environnement

En résumé, faire de la ville, c’est oser prendre des risques pour innover contre les frei ns de la standardisation tout en s’appuyant sur une étude de la tradition. L’utilisation de techniques de pointe sophistiquées, en particulier dans des éco quartiers, comme en Suède ou aux Pays Bas, pays à la pointe de l ’architecture dite « écolo », a montré que les prévisions d’efficacité, notamment en terme 18


de consommation énergétique n’ont pas été réalisées. On ne le dira jamais assez, mais l’humilité face aux prévisions de développement d’une ville doit être de rigueur et même des experts pétris de savoir, mais un peu détachés des réalités contextuelles peuvent être aiguillés dans de mauvaises voies. En somme l’architecture constitue une forme de synthèse finale d’un ensemble de données contextuelles très vastes. Elles englobent le dessin d’une forme qui tient compte du contexte, des réalités de production et de consommation d’énergie, d’aspect esthétique, tout en clarifiant les exigences de l’habitant en terme de confort, d’espace et d’envies de vivre ensemble pour partager certains usages.

aux nécessités du moment, en terme d’usages, de tra vail et maitrise énergétiques. Après tout, considérer que chacun doit être capable d’avoir des notions techniques dans les domaines, du photovoltaïques, de la géothermie, de la récupération d’eau n’est pas une ineptie ; d’autant que les besoin de chacun ne sont pas forcément les mêmes et nécessitent d’être affinés.

L’idée d’habitations conçues clés en main, figée une fois pour toute où aucune intervention ultérieure ne serait nécessaire, n’est clairement plus d’actualité. Un bâtiment, une habitation doit pouvoir lui aussi s’adapter, qu’il s’agisse d’une rénovation ou d’une construction neuve. Ceux sont les habitants eux-mêmes qui sont les plus à même d’adapter leur logement et les espaces communs environnants. Ceci participe à « faire de la ville » dès lors que les habitants ont reçu les quelques formations techniques nécessaires. L’architecture et l’architecte ont ainsi une place essentiel dans le processus ; Ils doivent définir un cadre général qui tient compte des observations identifiées précédemment, mais tout en élargissant leur champs d’action à la formation des habitants pour qu’ils soient eux même en capacité de répondre et d’adapter leur cadre de vie

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Au-delà de l’échelle fonctionnelle, l ’échelle temporelle nécessite elle aussi une maîtrise rigoureuse. En effet on observe un peu partout en France le lien fort qui existe entre les centres urbains et les périphéries. Même pour des petites ou moyennes communes, des réflexions globales en termes d’aménagement du territoire et de choix architecturaux sont nécessaires à différentes échelles. Le développement des périphéries s’est fait sur un temps relativement court, à partir de la fi n des années 60 et s’est confronté à une architecture traditionnelle qui, elle, n’avait évolué que très lentement durant les derniers siècles. Ce modèle traditionnel apparaissant naturellement obsolète, on s’est souvent contenté de n’en retenir que quelques caractéristiques esthétiques et de les adapter tant bien que mal à une architecture de son temps, avec ses avancés et ses dérives. Dans bien des territoires on a cherché à figer indéfiniment une esthétique pseudo régionaliste. Or figer une forme architecturale est impossible et conduit nécessairement à des dérives. La continuité temporelle est une des caractéristiques de la thématique de l’architecture contextualisée avec les choix esthétiques qui en découlent. L’un des objectifs affiché de cette étude est justement d’évaluer les impératifs de temps et d’échelle à prendre en compte pour pouvoir faire se confronter l’ancien et le nouveau.

Le récent quartier pavillonnaire de Luzarches reproduisant à l’infini des constructions semblables intégrant quelques éléments caractéristiques de l’architecture du centre ancien.

A travers l’étude du cas particulier de l’Ile d’Yeu il sera possible d’analyser objectivement l’architecture de ce territoire, et ainsi révéler les problématiques récurrentes dans ce type de lieu. En effet, la comparaison des différentes époques architecturales, souvent méconnues, est indispensable si l’on veut envisager ses développements futurs.

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Cette démarche qui consiste à aller du général au particulier, tout en ciblant précisément les exemples, cherche à créer un processus urbain puis architectural qui se veut applicable à d’autres cadres où la dimension régionale est très présente. Pour autant, il ne s’agit pas de négliger les impératifs de développement économique inhérent à ce territoire. Choisir une architecture régionaliste contextualisée n’implique pas de reproduire le passé, mais simplement d’en retenir les enseignements. La tradition y serait perçue comme le symbole d’une longue évolution, et non pas une image figée, dont le trait principal serait l’intégration au site. Le débat régionaliste est apparu dans les campagnes françaises après la dernière guerre. Si il a permi d’établir une certain, cohérence d’ensemble, il a entrainé une réglementation qui a eu pour effet de cristalliser les formes et donc soustrait à la tradition toute notion d’évolution. La forme a pris le dessus sur le fond dans le sens où cette forme architecturale n’est devenue qu’un décor, une image vers laquelle tendre. A long terme, une architecture qui n’est pas basée sur des principes fondamentaux des constructions inhérentes au lieu ne fait que détruire sa propre crédibilité. Certes, elle restitue une esthétique, mais en sacrifiant les autres notions de bon sens dont nous venons de parler comme la richesse de l’implantation, des volumes, du plan ou de la coupe, bien au delà de l’image du décor.

Maquette du lotissement de Beauvezet dans le Var ; un décor et une esthétique régionalisante digne d’une maison playmobile !

Cette dimension « superficielle » qu’a prise l’architecture régionaliste ces cinquante dernières années est directement liée à la notion de réglementation. Cette attitude protectionniste a été engendrée par l’impact de l’urbain sur le rural. Ces deux notions ont beau être opposées, elles restent extrêmement liées durant toute leur histoire. En imposant un style régionaliste apparent, la ruralité a cru se protéger, des dérives engendrées par son développement et son grignotage progressif par la ville.

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Durant tout le siècle, les distances entre campagnes et ville se sont sans cesse raccourcies physiquement et matériellement. Ce raccourcissement, était déjà soulevé par Le Corbusier dans « Un standart meurt, un standart nait ». Aujourd’hui ces distances s’effacent. La forme semble ainsi constituer un dernier rempart contre une absorption définitive de la campagne par les habitudes standardisées de la ville. Durant les cinq dernières décennies, malgré ses dérives, l’architecture rurale a ainsi conservé une étonnante vivacité, notamment grâce aux résidences secondaires et au tourisme, même dans des endroits très retirés. Les gens sont plus mobiles, les citadins refont vivre certaines localités, tandis que les locaux s’efforcent de conserver une singularité, au moins en apparence. Il n’empêche, ce vernaculaire, doit malgré tout répondre au phénomène de mutations économique sociales toujours plus rapide, ce qui va conduire à de nécessaires mutations dans la forme.

Ces frontières peuvent tomber un jour. Aujourd’hui par exemple. En effet le jeu d’échanges introduit par le chemin de fer, perturbe des équilibres séculaires. Des procédés neufs de construire peuvent, d’un coup, bouleverser les moyens et, par jeu de conséquence, les attitudes d’un régionalisme ancestralement raciné dans les bases d’un véritable style. Une évolution sociale (...) peut en quelques générations faire abandonner tout ou partie des objets accoutumés de la maison et transformer un plan-type. Ces mots restent d’une étonnante actualité. Il nous montre bien l’importance de l ’architecture et du « plan type » dans l’évolution du territoire. Figer un plan, c’est figer également un territoire. Le rôle de l ’architecte puis c’est de trouver l’équilibre entre ce qui doit rester et ce qui doit évoluer.

A ce propos, les mots du Corbusier semblent particulièrement pertinents:

«Les architectures durables (...) ont institué un modèle, un système qui atteint au type. (...) Ce type est un standart. Il implique le plan, la coupe, et les objets constitutifs de la maison. Ainsi s’élabore ce qu’on peut qualifier de régional. Le régionalisme existe pour cause de climat, pour cause d’approvisionnements et pour cause de système spirituel déterminé par l’enserrement d’une frontière. (...) 22


II. UN « LABORATOIRE URBAIN » : L’ILE D’YEU 1) Une situation situation géographique unique : entre tradition et mutation, nécessité de préserver et d’innover Pour les géographes, les espaces insulaires sont intéressants de plusieurs points de vue. L’île en tant que figure géographique particulière a de tout temps fasciné les hommes. Il s’agit en effet de la seule catégorie d’espace à ne pas être découpée dans un ensemble terrestre plus large qu’elle. Une île est la seule entité géographique qui forme indéniablement un tout à elle seule. A titre d’exemple, le géographe Jean Brunhes a parlé à propos des îles habitées de petits « tout» d’humanité ! Dans ce cadre, les îles du Ponant (à l’Ouest du continent et distantes au maximum de 20 kilomètres des côtes), ont longtemps été regardées comme des espaces à part, qui n’obéissaient pas aux règles continentales. Il est vrai que jusqu’au milieu du XXème siècle, les transports maritimes à voiles puis vapeur, les récifs, les courants marins, les vents forts ou absents… ont rendu les îles difficilement accessibles,

Les îles du Ponant

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A ce titre, l’île d’Yeu est un des meilleurs exemples qui soit ! Cette île-commune-canton de 23 km² (10 km de long pour 4 km de large) située au large des côtes vendéennes, à une vingtaine de kilomètres du continent fait parti de ces petits espaces, séparés de la terre ferme par un bras de mer plus ou moins difficilement franchissable, qui ont présenté jusque dans les années 1960 des spécificités fortes. Ce sont ces espaces qui ont amené les chercheurs en sciences sociales à développer la notion « d’insularité ».

Position de l’île d’Yeu, au large des côtes vendéennes

Historiquement, l’île était connue sous le nom d’Insula Oya, et ses habitants étaient appelés les Ogiens. Maintenant

on les appelle plus simplement les Islais. Ces femmes et ces hommes, ainsi qui leur territoire, ont longtemps été considérés comme des isolats (bien qu’ils ne le fussent jamais totalement), semblables à des laboratoires privilégiés pour l’observation des faits de société. En effet, la situation insulaire particulière de l’île (c’est l’île la plus éloignée du continent après la Corse en France métropolitaine), lui confère un relatif isolement. D’ores et déjà on peut affirmer qu’elle ne sera jamais reliée « physiquement » au continent par un pont. Cet isolement est à considérer comme un atout mais il implique un mode de développement économique et urbain spécifique aux réalités géographiques du territoire qui par définition, est un territoire limité et nécessite un traitement adapté. Même actuellement on peut encore parler de véritable laboratoire urbain et humain à échelle réduite ! L’économie locale a longtemps vécu des produits de la terre et de l’océan. Une pêche côtière de subsistance y est présente depuis toujours. S’y est ajouté une pèche hauturière qui a forgé l’identité locale et rythmé la vie des populations locale pendant de nombreuses décennies. Mais depuis quelque temps ce secteur a tendance à perdre de la puissance face aux quotas de pêche liés aux règles nationales et européennes ainsi qu’à la concurrence mondiale. De plus, la multiplication des liaisons îles-continent par bateau, avion, ou encore hélicoptère, oblige à reconsidérer la notion d’insularité. Dans le cadre de la

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mobilité généralisée des hommes, des marchandises, des informations, des idées, les îles sont-elles encore îles? Et si oui, de quelles façons le sont-elles ? Le tourisme estival constitue maintenant le principal secteur économique de l’île. Encore balbutiant au début du vingtième siècle, il s’est développé de façon exponentielle depuis les années 70 pour finalement devenir la première source de revenus de l’île et conditionner son aménagement, tout particulièrement au niveau du nombre de résidences secondaires. De leur côté, les descendants des anciens insulaires s’installent de plus en plus sur le continent. Ces mutations d’usage de l’espace insulaire et les recompositions sociales qui leur sont liées ont profondément modifié le territoire et les sociétés qui y vivent. Si la population permanente s’est stabilisée autour de 5000 habitants, la population de résidents secondaires a explosé ces trente dernières années et on compte près de 35000 personnes durant la pleine saison. Pour autant, en termes de logement, les souhaits des uns et des autres sont tout à fait semblables et la demande de logements neufs reste très forte. Depuis une dizaine d’année, il a été jugé indispensable de réglementer de façon drastique la construction afin d’éviter les dérives pendant longtemps tolérées dues au manque de réflexion globale sur l’occupation du sol. L’île a ainsi été victime comme partout du mitage du paysage qui conduit à un morcellement du territoire.

Depuis, toute la moitié sud de l’île, composée de bois et de landes est classée en réserve naturelle inconstructible au titre de la directive européenne Narura 2000. Toutefois, l’île doit dorénavant faire face à un manque de terrains disponibles et de logements, notamment pour les plus modestes qui souhaitent continuer d’y vi vre.

Vue aérienne prise depuis la pointe Ouest de l’île

Malgré cela, le modèle architectural prôné aujourd’hui manque encore de densité. Il repose sur une certaine esthétique de l’artifice qui néglige souvent la connaissance de l’histoire du bâti local ancestrale pourtant très riche. C’est pourquoi il semble évidant de faire le point sur l’évolution de l’architecture vernaculaire de l’île, de façon à cibler pleinement toutes ses caractéristiques essentielles.

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Cette démarche est indispensable si l’on souhaite de construire aujourd’hui dans un tel cadre. Les techniques d’hier contiennent souvent les solutions d’aujourd’hui, à condition de savoir faire la part des choses. Cependant, la richesse et les enjeux de l’île ne se limitent pas à son bâti. En effet, malgré sa superficie relativement faible, ce territoire possède une richesse naturelle et patrimoniale exceptionnelle qu’il convient d’intégrer également à la réflexion. L’île présente en effet des ambiances paysagères particulièrement contrastées ainsi qu’une étonnante variété de milieux naturels avec une flore très diversifiée.

Une terre de contraste et de transition paysagère, entre dunes et rochers

L’île et son relief constituent une transition entre la chaine armoricaine et la façade atlantique. En effet, on trouve d’un côté une côte orientale plutôt est sablonneuse et verdoyante, constitué de dunes et de bois, semblable à celles que l'on rencontre sur les côtes V endéennes et Charentaises. A l’opposé, la côte occidentale que l’on nomme communément « Côte Sauva ge » est essentiellement constituée de roches granitiques avec des criques et des falaises très escarpées frappées par les embruns. Cette côte s’apparente plutôt à un relief de type breton.

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Pointe du But

Deux pointes situées aux extrémités de l’île assurent la transition naturelle entre ces paysages : La Pointe des Corbeaux et la Pointe du But. Ce contraste, cette diversité de paysages entre deux mondes, ainsi que la flore qui s’y déploie (environ 760 espèces sauvages), font de ce territoire un lieu à part. Ceci confère à l’île un atout remarquable mais extrêmement fragile. C’est pour préserver cette diversité que près d’un tiers de la commune est situé en zone protégée.

Pointe des Corbeaux

Au niveau patrimonial, l’île possède également plusieurs sites et constructions ancestrales d’un intérêt tout aussi exceptionnel que l’on peut visiter et admirer.

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Port Joinville Ce port aménagé progressivement depuis le XV Ième siècle a pris le nom de l’amiral Joinville, fils du roi LouisPhilippe en 1846, et qui avait contribué à sa modernisation. Depuis, il est devenu le centre des activités insulaires. C’est ici que débarque les bateaux qui assurent la liaison avec le continent. Le port contient plusieurs bassins, réservés à la navigation de plaisance, à la pêche et l’approvisionnement de l’île. C’est dans son périmètre que se concentre la vie économique et administrative du territoire. On y trouve ainsi la quasi-totalité des commerces, marché et bars. L’été, le port et ses quais deviennent jour et nuit un lieu de festivités prisé des vacanciers.

Vues aérienne et vue générale du Port

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Bassin principal et gare maritime en arrière-plan

Le quai avec ses commerces, ses restaurants ….

Port de plaisance

….et ses cafés

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Le V ieux Château Il s’agit du monument le plus connu de l’Ile d’Yeu. Construit au XIV ème siècle sur des escarpements rocheux pour protéger la population insulaire des nombreuses invasions étrangères, il fut ruiné à la fin du XV IIème siècle. Classé monument historique en 1890, il a fait l’objet de plusieurs campagnes de restauration. Régulièrement ouvert aux visites, ses ruines qui trônent au milieu des falaises de granite constituent une image de références et témoigne des conditions de vie sur une île sous l’ancien régime.

Vue de la cour intérieure

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L’Eglise SaintSaint-Sauveur Située dans la partie la plus élevée de l’île, à environ 32 mètres de haut, ce sanctuaire avec son clocher à plan carré domine depuis le XIIème siècle le bourg ancestral du même nom, qui fut jusqu’à la Révolution la « capitale » administrative de l’île. Malgré les multiples restaurations et reconstructions qu’il a subit au cours des siècles, cet édifice, lui aussi classé monument historique, reste un remarquable exemple d’architecture romane vendéenne.

L’église dominant le bourg ancestral

Schéma illustrant les parties romanes de l’édifice avec en pointillés la flèche disparue en 1953

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Une autre église paroissiale a été bâtie au port dans le courant du XIXème siècle dans un style résolument néoclassique pour la nef avec une grande façade insolite, et totalement néogothique pour le cœur et le transept. Ce contraste entre deux architectures « pastiches » est assez étonnant. Vues des l’église Notre-Dame du Port

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Le fort de Pierre Levée (ou La Citadelle) Située sur les hauteurs de Port-Joinville, ce fort édifié entre 1858 et 1866 est une ancienne caserne qui a abrité une garnison permanente jusqu’au début du XXème siècle. Par la suite, il fut transformé en prison d’Etat et le dernier prisonnier incarcéré fut le maréchal Pétain, de 1946 à 1951. Ce large ensemble bastionné, entouré d’un fossé à sec est un témoignage intéressant de l’architecture militaire du XIXème siècle. Il est à ce titre inscrit à l’inventaire supplémentaire des monuments historique. Aujourd’hui, ses vaste locaux et le chapiteau dressé au milieu de la cour, servent à différentes associations (radio locale, atelier, théâtre, musique, …).

La citadelle, entourée d’un fossé et d’un bois épais

Avec désormais, le chapiteau permanant dressé dans la cour

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Le port de la Meule Cette crique naturelle, encastrée entre deux falaises, dominée par une petite chapelle, fut sommairement aménagé au début du XIXème avec l’édification d’un quai et d’une digue de protection. C’est un des lieux emblématique de l’île, très prisé des touristes qui aiment y passer un moment car le cadre est exceptionnel. La Chapelle NotreDame de Bonne Nouvelle, protectri ce des marins fut bâtie vers 1040 par les moines établis sur l’île. C’est à l’heure actuelle, le plus vieux monument de l’île. Sa silhouette blanche dominant l’océan, constitue encore à ce jour un amer pour les navigateurs. Entrée du port de la Meule

Vues de la chapelle Notre-Dame de Bonne Nouvelle

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Le Grand Phare Ce beau bâtiment, haut de 41 mètres remplace depuis 1951 un édifice plus ancien dynamité en 1944. Il est conçu pour sécuriser la navigation au Sud de la Loire. Œuvre de l’architecte Maurice Durand, il illustre bien l’esthétique sobre et monumentale des années 50 (prédominance des pans coupés et des profils angulaires, surfaces lisses et peintes en blanc, oculus en hublot). Sur un plan esthétique et fonctionnel c’est un exemple intéressant d’architecture contemporaine qui a su créer une transition entre passé et futur tout en s’inscrivant avec bonheur dans le paysage. Il est dommage que parti n’ai pas été retenu plus souvent dans le territoire. Une fois en haut, la vue est imprenable sur la totalité de l’île.

Vue du phare vers Port-Joinville

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L’ancienne conserverie BouvaisBouvais -Flon Flon A partir du milieu du XIXème siècle, de nombreuses conserveries ont été construite à proximité immédiate du port pour préserver la qualité de l’approvisionnement et la mise en œuvre des poissons. Spécialisées dans la conserve du thon et des sardines, ces conserveries ont longtemps procuré un travail d’appoint à de nombreuses femmes insulaires. Cette industrie fut florissante jusque dans les années 50 avant de péricliter progressivement. La dernière conserverie a fermée ses portes en 1993.

reconverti et il sert actuellement de garage aux autobus saisonniers. Il reste cependant très symbolique, et la réhabilitation des anciens locaux industriels se pose d’autant plus dans un territoire où la place manque. Un projet de création de médiathèque avec un centre d’interprétation du patrimoine est actuellement en cour. Il prévoie, des espaces partagés dédiés au développement d’activités numériques et de salles pour des séminaires ou des réunions familiales. Toutefois, aucune date de réalisation n’est fixée pour le moment.

Ancienne usine, état actuel

Le bâtiment est toujours debout actuellement et constitue un témoignage précieux de l’architecture industrielle des années 1920 : gros œuvre en moellon, baie cintrée en brique, charpente de couverture en bois et haute cheminée de brique. Le bâtiment n’a pas encore été

La dimension de ce projet est à la fois culturelle, économique et touristique, car il s’agit de préserver le patrimoine islais, tout en l’ouvrant vers des secteurs d’activité.

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Le « petit patrimoine » Au-delà de ses monuments, l’île possède également un ensemble de repères particulièrement intéressants d’époques très différentes. On notera ainsi la présence d’une bonne dizaine de monuments attestant la présence de l’homme au cours de la préhistoire sur ce territoire. Les roches gravées (cupules) et mégalithe (menhirs, dolmen) en sont un témoignage toujours visible.

Ceci est renforcé par l ’existence d’un nombre important, de croix et calvaires qui constituent chacun des repères bien spécifiques, dans les parties hautes ou sur les carrefours.

L’existence de trois petites chapelles, en plus des deux églises paroissiales, avec chacune une histoire singulière montre également l’importance de la vie religieuse dans l’île.

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Dans un environnement qui autrefois était souvent triste et monotone, il fallait donner du sens aux lieux. De manière générale, les territoires insulaires étaient souvent caractérisés par un degré extrême de sacralisation du sol à travers légendes et religion. A titre d’exemple, à proximité du V ieux Château, une croix massive en béton, signale depuis 1934, l’extrême sud d’une presqu’île rocheuse « dite Pointe du Châtelet ». Ce monument est élevé à la mémoire des marins péris en mer.

Croix de la Pointe du Châtelêt

Enfin, une stèle dit « monument de la Norvège », a été offerte par le gouvernement norvégien à la commune en 1921, en souvenir des sauveteurs de l ’île venus porter secours à des marins dont le cargo avait été torpillé en 1917, et qui fit 11 victimes. Cette tragédie (parmi tant d’autres) vient rappeler les rudesses de la vie insulaire, ce qui a largement forgé le caractère de la population locale. De manière plus générale, tout ce petit patrimoine est essentiel à prendre en compte dans une réflexion globale sur l’aménagement. Il montre que des signes spécifiques à un lieu représentent un repère identitaire fort.

Monument de la Norvège

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Les Les plages Nichées dans des criques ou le long des dunes, elles sont des lieux de rendez-vous et de convi vialité à par entière et chacun à sa plage de prédilection

Plage des Vieilles

Plage des Soux

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Plage des sapins

Plage de Ker Chalon

Plage du marais salĂŠ

Plage des Conches

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Un territoire en mutation : Sur un plan économique, ce territoire connaît actuellement une période de mutation très forte en termes de développement avec des enjeux contradictoires et complexes. En effet, pendant de nombreuses décennies, l’isolement géographique de l’île et les difficultés d’accès ont conduit à un décalage en terme de développement par rapport au continent A titre d’exemple, l ’eau courante et l’électricité n’ont été apporté qu’au cours des années 60 tandis que les réseaux d’évacuation des eaux usées ne sont présents que depuis le début de la décennie 2000. Aujourd’hui encore, l ’île n’est pas reliée au Très Haut Débit. Ceci a conduit le territoire à créer un mode de développement économique propre, essentiellement axé autour des métiers de la pêche.

La flotte de bateau de pêche, amarrés au port

Peu à peu depuis les années 70, ce sont les activités liées au tourisme qui ont pris une part dominante dans l’économie, avec une nette accélération depuis les années 2000, en particulier avec l’amélioration de l’accès depuis le continent. Si le secteur de la pêche est encore présent actuellement, il n’occupe plus une place prépondérante comme par le passé. Les autres secteurs sont plutôt tournés vers le commerce, l’artisanat, la restauration, la construction ou les services. Toutefois ils sont eux-aussi largement tributaires de l’économie touristique. En effet, les activités liées au tourisme elles, entrainent avec elle un développement de plus en plus tourné vers une économie exclusivement saisonnière.

Loueurs de bicyclette, en pleine saison

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Quelques exemples « d’artisanat local » :

Une agriculture locale réduite mais qui se veut raisonnée

Les fameux betchets et tartes aux pruneaux, spécialité culinaire locale

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Conserves de poissons

La Voilerie et la Fabrique, proposant meubles, tissus et vêtements

La «forge » et ses girouettes personnalisées pour les habitations

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Cette multiplication par 7 de la population durant la saison estivale, avec un pique au plus fort du mois d’aout, n’est pas sans conséquence en termes d’approvisionnement d’utilisation des réseaux et de préservation du patrimoine. Elle nécessite d’être encadrée et anticipée au mieux.

l’année, et la quasi impossibilité de quotidiennement vers d’autres communes.

se

déplacer

En conséquence et le nombre d’habitant risque fort de diminuer dans les années futures, même si jusqu’à présent on observe une relative stabilité ; une stabilité qui peut être trompeuse car on assiste également à un vieillissement accéléré de la population.

Population mensuelle présente en multiple de la population annuelle résidente. Une activité limitée à un mois dans l’année ?

De plus, l’attrait touristique du territoire se traduit par l’augmentation du coût de la vie et une pression foncière est de plus en plus forte sur une commune qui ne dispose pas de ressources inépuisables en la matière. Du fait de cette hausse des prix, une partie de la population locale peine à se loger et est peu à peu contraintes de quitter la commune pour rejoindre le continent. Ce phénomène s’accélère d’autant plus du fait de la raréfaction progressive des secteurs d’activités présents à

Même si la situation ne paraît pas préoccupante à première vue, le territoire est actuellement dans une période charnière pour son développement économique, social et urbain. C’est une période où tout est encore possible mais où des choix doivent être clairement faits en matière d’emploi 46


et de mode de constructions. Il est donc nécessaire de proposer des solutions viables dans la durée qui ne soient pas uniquement centrées sur un secteur donné, au risque de casser des dynamiques potentielles. Si l’activité touristique restera un des piliers de l’économie et de son financement, il semble impératif de proposer des modèles alternatifs et diversifiés. En cela, quel est le rôle de la société globale dans la définition, la spécialisation et l’utilisation de l’espace insulaires ? Cette question s’inscrit de façon plus large dans l’engouement actuel pour les espaces littoraux Au-delà de l’utilisation physique de l’espace, il s’agit également d’évaluer la portée symbolique et culturelle d’un espace insulaire dans le futur. Il conviendra de reconsidérer la notion d’île dans ses dimensions contemporaines pour en retravailler le contenu dans sa dimension locale. Aujourd’hui ces enjeux sont assez comparables aux problèmes de conservation et d’évol ution dans la continuité des époques antérieures, que l’on retrouve à la « ville», à la «campagne », et la «montagne».

Comment anticiper les enjeux actuels pour créer le territoire de demain ?

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2) Etude du patrimoine et de la typologie du bâti : une longue histoire toujours en cours Compte tenu de leur isolement et de leur pauvreté, la grande majorité des populations insulaires ont longtemps vécu en quasi-autarcie. Les habitants des îles devaient subvenir à leurs propres besoins, (s’habiller, se nourrir et se loger) en s’organisant dans un comme un monde, certes limité mais autonome. Sur l’île d’Yeu, comme un peu partout en France, la nature a imposé ses exigences. Le vent, la pluie et la lumière ont rythmé le paysage, et l’homme a dû composer avec. Monde en réduction, l ’île était caractérisée par un aménagement miniature, à la fois complexe et extrêmement soigneux. Il fallait à la fois profiter des microdifférenciations naturelles (sol, exposition, proximité de la mer) et faire en sorte que chaque famille dispose de terrains pouvant fournir l ’ensemble de la gamme des biens indispensables à sa survie… Pour durer, il fallait ruser. L’histoire de l’architecture domestique insulaire s’est faite au rythme des destructions provoquées par les invasions régulières que l’île a dû subir au cours des siècles. Cependant, son relatif isolement y a préservé des modes de constructions traditionnels plus longtemps que sur le continent. De ce fait, l’architecture vernaculaire a beaucoup moins subi les effets de modernisation du XXème siècle.

La maison la plus ancienne de l’île daterait du XV Ième siècle. Au fil des siècles et des générations, les constructions traditionnelles ont évolué avec une certaine originalité, malgré une gamme de matériaux relativement réduite. Les tuiles, l’ardoise ou le granit ont permis de construire la maison, le jardin et la rue. Aujourd’hui, ces éléments constituent un cadre de vie et un environnement très singulier. Or, ce cadre, il faut apprendre à le comprendre, à le regarder pour percevoir ce qui fait l’essence de la tradition et constater que ce n’est pas une notion figée une fois pour toute, mais bien une perpétuelle mutation. En matière d’architecture, on a trop rapidement tendance à vouloir arrêter le temps et immobiliser les formes, ce qui stérilise la création et ne conduit qu’à créer des copies plus ou moins réussies, assez semblables les une aux autres. C’est pourquoi il semble nécessaire de faire le point sur l’évolution de l’architecture locale, si on souhaite construire aujourd’hui dans un tel cadre. Cet inventaire, même partiel, doit permettre de réunir à la fois ce qui fait la singularité du bâti local pour les mettre en corrélation avec les nécessités actuelles et à venir. Faire le point sur l’évolution de l’architecture vernaculaire de l’île, c’est mettre en place un bagage de connaissances dont on pourra s’inspirer ou au contraire s’affranchir. Il s’agit de réaliser une synthèse sur l’existant, sur les conséquences de cette évolution du bâti, d’où pourra découler éventuellement un ou des nouveaux modèles à mettre en place.

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L’analyse des typologies du bâti montre globalement trois grandes périodes d’évolution des constructions avec des caractéristiques bien définie sur des périodes données : • Avant 1940, • De 1945 à 1975 • De 1975 jusqu’à aujourd’hui… La comparaison de ces différentes époques doit permettre de mettre en avant les caractéristiques locales en termes d’implantation, de morphologie, de typologie et de choix dans les matériaux de construction.

Les matériaux :

Les maçonneries : L’île d’Yeu est entièrement composée faite de roche granitique, une roche très appréciée pour sa résistance. En revanche les roches sédimentaires y sont totalement inconnues. Cette roche locale est parfois mêlée de schiste micacé du fait de la présence de nombreux filaments mêlés au granit. Jusqu’à une période encore récente, l’exploitation du granit se faisait dans des carrières à ciel ouvert (la dernière a été désaffectée au début de la décennie 2000). L’extraction à la pioche, au burin ou à la dynamite était relativement simple du fait que le rocher affleure partout sur l’île.

De façon générale, les maisons islaises ne permettent pas de distinguer les différents groupes sociaux, ce qui confère au bâti une relative homogénéité d’ensemble. Tout juste, une fantaisie personnelle de type girouette permet d’identifier la maison et servir de signal.

Vue de l’ancienne carrière

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L’île d’Yeu est ainsi nommée familièrement « le caillou » par ses habitants et la plupart des constructions ne nécessitent pas d’importantes fondations du fait de la dureté du sol. Il était d’ailleurs courant d’ouvrir une carrière sur le site même de la construction pour en extraire les matériaux nécessaires. La maçonnerie de la plupart des maisons anciennes est faite de doubles murs en pierre brute, isolés avec de la terre crue. L’épaisseur de ces derniers pouvait varier de 50 à 80 cm. Le mortier utilisé pour l’isolation était généralement de la terre crue.

La pierre du mortier provenait aussi des débris de l’exploitation des carrières, tandis que de la chaux grasse était utilisée pour enduire et blanchir les maisons, au moins sur les façades et parfois sur les pignons. Depuis une centaine d’années on emploie essentiellement de la chaux hydraulique et l’enduit blanc se répand sur toutes les surfaces. Cette caractéristique locale est toujours présente et s’applique à la plupart des constructions actuelles, ce qui leur donne un caractère uniformisé. L’usage du ciment était essentiellement réservé à la conception des linteaux et des corniches moulées, sous les tuiles de couverture. La forme de ces corniches constituait ainsi une sorte de signature du maçon. La brique n’était pas utilisée dans les maisons anciennes. Aujourd’hui on en trouve parfois dans l’encadrement des ouvertures bien que cette technique soit en contradiction avec les règles de construction traditionnelles.

Exemple de maisons traditionnelles construites avec des méthodes ancestrales.

Actuellement, les parpaings et le ciment hydraulique ont remplacé les matériaux traditionnels, et seule une partie du sable et du gravier provient de l’île. Tout le reste est importé du continent. Enfin, une particularité locale s’applique aux « mur mitoyens ». En effet, contrairement au code civil, le mur mitoyen local n’est pas commun aux deux voisins. Chacun est censé en posséder la moitié et si l’un des deux souhaite surélever sa construction, il ne surélève que sur l’épaisseur de la moitié.

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Les charpentes : Dans les maisons anciennes, on utilisait souvent des mats d’épaves, soit entiers, soit sciés en deux pour faire des solives. La récupération du bois provenant d’anciennes constructions était également fréquente sur une île qui jusque dans les années 1920, était quasiment dépourvue d’arbres.

Les couvertures : Toutes les toitures des bâtiments anciens sont couvertes de tuiles creuses, dites « tuiles canal poitevine » amenées directement par la mer. Ces tuiles couvrent des toiture-types, à deux pentes dont l ’inclinaison est de l ’ordre de 30%. Les tuiles sont scellées entre elles à la chaux grasse afin d’augmenter leur résistance au vent et à la pluie. Elles sont disposées en sinusoïde avec une demi-rangée placée à l’envers qui dépasse du toit et vient en débord du mur gouttereau, qu’ils soient avec ou sans corniche, pour ensuite jeter l’eau au pied de la façade dans un cani veau de pierres ou de ciment. Les ombres portées des tuiles forment un « peigne », tout le long de la façade.

Le bois était donc une denrée rare et cette pratique s’inscrit dans un esprit de récupération général, sur territoire aux matériaux rares et aux moyens limités. Ce phénomène de récupération a longtemps conditionné l’aspect intérieur et extérieur des constructions les plus anciennes, ce qui leur donnait parfois un aspect « patchwork ». Façades avec l’ombre portée des tuiles dépassantes

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Sur les bords des toits, on remplace parfois cette rangée de tuiles dépassantes par une gouttière métallique. Ce type de couverture a vec un appareillage de tuile très particulier constitue l’une des caractéristiques esthétiques des constructions locales que l’on applique toujours actuellement.

Tuiles dépassantes des couvertures

Aujourd’hui, dans les constructions nouvelles ou les rénovations, on emploie encore des tuiles de type poitevin, de fabrication industrielle. Leur couleur donne une teinte orangée aux toitures tandis alors que sur les anciennes maisons on observe plutôt une teinte ocre caractéristique.

Les ouvertures : L’ouverture type, conforme aux proportions premières des constructions anciennes se caractérise par une relative sobriété avec une suppression de toute mouluration et mise en valeur. Les dimensions h/e sont les suivantes : pour 3 carreaux on a un rapport 135cm x 90cm tandis que pour 4 carreaux le rapport est de 185cm x 90-100 cm

Si des variations ont pu être constatées durant une période qui s’étale de 1945 à 1975, le règlement actuel tend à un strict retour au caractère premier des ouvertures. Avec l’apparition des peintures synthétiques pour les bateaux, vendus en pots et laissant des restes, les volets, longtemps laissés en bois brut, ont été peints dans des teintes bleues, vertes et parfois jaunes. Aujourd’hui c’est cependant la teinte bleue qui prédomine.

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Différents détails montrant d’individualiser leurs maisons :

le

souhait

des

habitants

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L’organisation de la parcelle : Habitation, remise, cour et potager forment un tout bien enclos. Les différents accès à la parcelle marquent la transition entre « le petit monde intérieur » et le « monde extérieur ». Une clôture souvent élevée est également un élément caractéristique de l’espace îlais d’habitation. Ceci est particulièrement vrai pour les maisons de marins. Ces derniers qui travaillent dans un élément sans limite on besoin d’un espace terrestre balisé, aux perspectives non plus infinie mais brisées. L’estivant lui aura davantage tendance à vouloir rechercher la vue.

Une remise (ou « magasin »), souvent située en font de parcelle, intégrée à la clôture est encore aujourd’hui un élément composant de la maison islaise. Ce magasin est aussi bien un atelier de bricolage ou d’entretien, qu’un lieu de stockage pour le matériel de pèche. En effet, que ce soit pour des raisons professionnelles ou en amateur, le bricolage est une institution dans la vie des islais.

Une parcelle type à l’arrière de l’habitation avec un « magasin » intégré à la clôture

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Les évol utions typologiques : Les origines : Avec deux bourgs (Port-Joinville et Saint-Sauveur) qui jusqu’en 1900 ne concentraient pas la moitié des habitant insulaires, l’architecture domestique de l’île d’Yeu présente une forte dominante rurale. L’île d’Yeu compte actuellement une douzaine de hameaux et villages où se situent la quasi-totalité de l’habitat insulaire ancestral. A l’exception la Meule et la Croix, proche du littoral sud, les villages et hameaux sont tous établis à distance des côtes, à l’abri des vents dominants, Les habitations se sont ainsi longtemps groupées, dans des cuvettes ou derrière des promontoires.

Le bourg de Saint-Sauveur, groupé autour de son église, vue vers le port

Les habitations se répartissent uniformément sur l’ile, aux croisées de chemins, sous forme de différentes fermes, hameaux compacts, réservant les zones côtières à la culture et à la pâture, aujourd’hui en friche. Chaque village était une sorte de petite société réduite à ses propres moyens où dès le plus jeune âge l’entraide était règle de vie. Ces villages, de forme allongée présentent généralement une assez forte densité du bâti. Le réseau viaire et la structure très groupée des villages a eu probablement une importance déterminante dans l’implantation du bâti . Ceci s’explique par le fait que les usages des sols, qu’il fallait à la fois partager et ne pas épuiser, étaient très réglementés et surveillés.

Port-Joinville et ses rues étroites descendant vers les quais

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La « masse bâtie » du port avec ses parcelles étroites et profondes

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Cependant, l’augmentation progressive des constructions et le desserrement du bâti sur de longues distances depuis un demi-siècle, a tendance à faire disparaître les discontinuités qui existaient entre les villages de l’île. Devant la multitude des habitations de villages et des hameaux, il est souvent impossible de distinguer la maison du marin de celle de l’agriculteur, vu qu’elles n’ont pas de caractéristiques spécifiques. Pêche et agriculture semble donc se compléter. De plus, les caractères de l ’habitation des bourgs et des hameaux, assez similaire ne permettent pas toujours une nette distinction entre maison rurale et maison urbaines. Par ailleurs, la prédominance d’un habitat groupé a sans doute déterminé les particularités de l’ensemble des logis de l’île. Ces derniers, presques toujours simples en profondeur, sont très majoritairement en rez-de-chaussée ou à étages carrés. Seules quelques maisons élevées sur le quai du port possèdent deux étages. Il n’y a que les deux « grandes agglomérations » de l’île qui possèdent des exemples d’architecture spécifiquement urbaine. Bien que le bourg de Saint Sauveur, soit resté le chef lien administratif de l’île jusqu’à la Révolution, le Port Breton, devenu plus tard Port Joinville, était déjà la principale agglomération de l’île au XV IIème siècle. Dépendant de l’activité économique du port, commerçants, armateurs, négociants et capitaines de navire y ont établi leurs demeures. Pour autant, l’île ne possède que quelques demeures de grandes dimensions. Elles sont généralement implantées en milieu de parcelle, en retrait de la rue.

Rue principale de Saint-Sauveur

Rue de Port-Joinville

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Répartition des villages et des hameaux ancestraux sur la surface de l’île

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Implantation générale : Les habitations urbaines ont un logis à mur gouttereau systématiquement établi sur la rue. Les rues font 3 à 6 mètre de large ; une étroitesse qui assure une bonne protection contre le vent. Actuellement elles se parent peu à peu de petits trottoirs embryonnaire, aux bordures en béton. Une cour intérieure située en milieu de parcelle, dessert des dépendances. Elle est souvent accessible par un passage secondaire (ou venelle). Ce type de passage permet les accès directs aux potagers. Ce sont le plus souvent des rues à modèle réduit, d’une taille comprise entre 1 mètre et 1,5 mètres. Le revêtement est variable selon l’utilisation : en terre, en ciment, ou dallé avec des galets.

Venelle, rue modèle réduit…

Croquis d’habitations urbaines en bordure de rue

…en arrière des parcelles

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Avant 1940 1940 : Jusqu’au début du XXème siècle, les habitations sont groupées en block et définissent clairement un front sur rue. La maison est ainsi articulée entre la rue, où se trouve l’accès principal, et la cour centrale desservie par une venelle. Les parcelles sont généralement étroites, mais relativement profondes, le tout dans une disposition dense et irrégulière. Les façades des logis ont généralement trois ou cinq travées régulières avec une porte axiale ou latérale, lorsque la parcelle est étroite. La limite entre espace privé et public est plutôt nette. Le volume est simple, sans fioriture, de même que le plan. Un couloir traversant menant de la rue à la cour, sépare la maison en deux. La pièce d’eau est à l’arrière, à l ’extérieur.

Profil en coupe des constructions et des parcelles dans l’espace urbain

Elévation et plan d’organisation de la parcelle

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Logique d’implantation groupée, en village ou en hameau

Typologie urbaine antérieure à 1900

Les habitations son mitoyennes sur des parcelles étroites et profondes desservies par des venelles.

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Maisons et venelles du vieux Bourg

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Dans la première moitié du XXème siècle, on constate quelques adaptations : La façade s’enrichit d’une corniche et d’un soubassement, tandis que les ouvertures et les angles sont soulignés, le tout avec des couleurs vives et variées. Le plan évolue peu, mais la chambre se divise. Ces premières habitations sont à l’heure actuelle assez peu commodes d’utilisation lorsqu’elles sont restées dans leur état d’origine. C’est pour cette raison qu’il est fréquent d’ajouter des volumes au niveau de la cour, de façon à augmenter le confort et la surface bâti, au moins pour ajouter une cuisine ou une salle de bain.

Exemple de construction datant de la première moitié du XXème siècle.

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Constructions b창ties entre 1900 et 1940

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Les premières résidences secondaires sont construites durant cette période, selon des modèles importés. Il en découle une vérité de formes, très représentatives de cette époque.

Exemple de constructions d’estivants construites au début du XXe siècle,

le long de la plage de Ker Challon, près de Port-Joinville

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C’est à partir de 1930 que les maisons balnéaires commencent à s’inspirer des matériaux et des formes de l’architecture traditionnelle. Les murs sont enduits et blanchis et les toits sont couverts de tuiles creuses.

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De 1945 à 1975 1975 : A partir de cette période, l’implantation de la maison recule par rapport à la rue. Elle dispose désormais d’un espace de représentation délimité par un muret. Les gabarits s’uniformisent, la masse bâtie commence à se diluer et se morceler dans le territoire du fait de l’élargissement des parcelles. Le volume est toujours compact, mais l’apparition des matériaux industriels permet aux murs de s’affiner, et aux ouvertures de s’élargir. Les façades se colorent et se personnalisent. Le confort entre dans la maison et le plan se complexifie de façon à permettre l’entrée des toilettes et des chambres séparées. Un passage latéral vers la cour permet d’atteindre directement le potager sans passer par la maison. La typologie s’enrichi d’une chambre et absorbe les pièces d’eau. L’évolution des techniques a permis aux constructions de s’affranchir de la mitoyenneté, autrefois garante d’une protection contre la rudesse du climat. La maison peut donc se détacher de ses voisines. L’accès à la parcelle depuis une venelle est peu à peu abandonné. Une masse bâtie continue avec des maisons disposées de manière régulière se construit le long des axes de circulation principaux, d’un hameau à un l’autre.

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Logique d’implantation entre deux hameaux

Exemple de constructions établies le longs des axes principaux

Les parcelles s’élargissent et la mitoyenneté disparaît

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Construction d’insulaire bâties entre 1945 et 1960

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De 1960 et 1975 on observe l’apparition de quelques détails architecturaux colorés comme le porche d’entrée et les fenêtres horizontales ainsi que l’installation d’une arrièrecuisine dans la cour. Le plan s’adapte. La maison recule encore par rapport à la rue et l’espace intérieur s’enrichi d’une salle de bain et d’une salle à manger.

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Entre 1960 et 1975

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En revanche, durant cette période, les résidences secondaires prennent la forme d’une « maison ou ferme rurale idéale ».

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De 1975 à nos jours : Les islais et estivants ont finalement imposés un seul type d’habitat en créant une fausse architecture vernaculaires. Le parcellaire agricole se divise et des chemins semi-privés font leur apparition. Du fait de la l’agrandissement de la taille des parcelles, la haie végétale est préférée à la clôture. La continuité du bâtie disparaît totalement et les constructions s’uniformisent. L’implantation centrale domine, la morphologie est éclatée et desservie de manière organique. La masse bâtie se dissout complètement. Cependant ces constructions isolées sont (relativement) peu visibles, depuis les routes ou les chemins qui les desservent, du fait qu’elles sont cachées et très en retrait. En cela, leur impact visuel sur la continuité paysagère est assez négligeable.

Profil des constructions implantées en milieu de vastes parcelles en dehors des espaces urbains, isolées par des haies

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Le plan est semblable à celui des pavillons construits en série. La maison est complètement détachée de son environnement. Elle n’est donc plus orientée mais rayonnante, même si le gabarit dominant est rectangulaire. Elle s’augmente d’un garage et d’un étage, et parfois de constructions en saillies, à l’image des anciennes fermes locales. Elle cherche à reproduire une image vernaculaire par une composition en assemblage de petits volumes. En revanche l’utilisation de la parcelle peu différer selon l’origine des habitants. Elle est de plus en plus complétée par une piscine et chez les islais, le potager et le magasin subsiste le plus souvent.

Des constructions cachées par la végétation le long des anciens chemins agricoles

Implantation du bâti dans des parcelles isolée, à l’arrière des axes principaux

Les parcelles s’agrandissent et l’espace bâti se dilate

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Des constructions couteuses en espace mais un modèle très prisé dont le plan s’adapte aisément aux nécessités des habitants.

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exemple de construction de type « actuel »

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Les lotissements et résidences : Depuis une dizaines d’année, l’île d’Yeu a vu la construction d’une dizaine de lotissements sur des terrains préemptés par la municipalité dans le but de réaliser des logements sociaux, ou de l ’habitat aidé, selon le principe de l’auto-construction. D’autres opérations sont prévues dans un aveni r proche. Les résultats sont variables d’une opération à l’autre, tant au niveau de la qualité de l’aménagement urbain qu’au niveau de l’habitat. Les modèle de construction s’apparentent eux aussi à de la fausse architecture vernaculaire mais sur des parcelles en générale très étroites et l’ensemble construit manque parfois de cohérence.

Exemple de résidences en construction

Des espaces publiques et une voirie souvent négligée

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Le manque de moyen et le manque d’innovation, tant au niveau urbain qu’architecturale abouti à des espaces de vie de qualité médiocre, renfermés sur eux même, à l ’image de nombreuses zone pavillonnaires françaises, ce qui montre qu’il y a un réel besoin de réflexion sur ce genre d’opération.

Les résidence sont implantées à proximités de grands axes et viennent combler les « vides »

Un terrain prêt à accueillir 60 parcelles

Les constructions sont denses et serrés autour d’un axe aboutissant souvent à une impasse.

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Bâti de type « résidences »

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Exemple : Résidence « la Tonnelle » (1999), Architecte : Jacques Lucan Situé en bordure du bois de la citadelle, le lotissement composé de 12 maisons individuelles groupées, propose une rue intérieure semblable à celle de que l’on trouve sur l ’île d’Yeu.

Les maisons sont construites de manière traditionnelle, les façades sont en enduit blanc, les volets sont en bois peint de couleurs variées, les couvertures sont en tuiles façon tiges de bottes. Chaque maison est dotée d’un jardin individuel.

La rue offre des rétrécissements et des élargissements qui présentent un caractère « pittoresque »

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Plan du niveau RDC, de la résidence « la Tonnelle ». Cet exemple illustre bien la difficulté du territoire à allier tradition et modernité. Le langa ge utilisé pour le dessin des façades s’accroche à quelques éléments présentés comme immuables sur l’île (tuiles, volets, couleur des murs) qui ne permettent pas de réelles innovations, bien que la trame générale et le plan des intérieurs présentent une fonctionnalité rationnelle proche des mouvements modernes.

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L’évolution de la typologie des habitations montre l’éclatement progressif de la masse bâtie et le gaspillage de l’espace sur un territoire pourtant limité géographiquement. Pourtant les constructions anciennes sont un modèle en matière de densité. Par nécessité, l’échelle des maisons a grandi, et les parcelles ont suivi la même tendance. Les matériaux de construction industrielle importée ont permis de diminuer la pénibilité et réduit les coûts, facilitant ainsi la réalisation de maison de taille importante, notamment pour les populations locales.

techniques ont permis au modèle d’évoluer positivement par rapport à l’ancien, ceci pour le bien des habitants. Cependant, on a occulté la dimension inextensible de l’île, où le manque de terrains est déjà une réalité. On a encore tendance à gaspiller l’espace, alors qu’il faudrait mettre à profit les leçons de densité, entre autres, que peut révéler l’histoire de l’architecture locale.

Sur un plan esthétique, le chaulage partiel des maisons anciennes conféraient par le passé une ri chesse à l’architecture locale par un jeu subtil entre pierre brute et pierre enduite. Désormais, le blanchiment automatique généralisé des murs en parpaings actuels donne au bâti l’image d’un village grec, sans réelle autre justification autre que l’homogénéité d’ensemble. Au final, l’évolution architecturale de l’Ile d’Yeu correspond au phénomène que l’on observe dans le reste de l’Europe occidentale : la dispersion croissante des constructions, le mitage du paysage et l’imposition d’un modèle unique. Cela engendre un effacement progressif des repères construits dans le paysage et une dissolution de la spatialité. Celle-ci n’est maintenant plus composée que d’éléments végétaux, qui témoignent d’un parcellaire généreux. Bien entendu, les enrichissements typologiques et

Synthèse des différents types de bâtis

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3) Identification des maladies sociales et urbaines Toutes les petites îles du monde occidental sont actuellement en phase (plus ou moins avancée) de reconversion. Alors qu’elles étaient à l’ori gine des espaces de production « relativement » autonomes, elles deviennent principalement des espaces de loisirs. Cette mutation s’explique par l’intégration matérielle dans les circuits continentaux, aussi bien au niveau des transports que de la consommation, de l’information, de l’éducation ou des migrations Or, cette mutation n’est pas sans conséquence au niveau social et environnemental. En effet, une île est un tout ! Il ne suffit pas de «protéger» ses littoraux pour en maintenir la qualité paysagère. Il faut aussi travailler les solidarités géographiques et humaines à l’intérieur du territoire de façon à resserrer les liens entre les différents groupes sociaux qui y habitent ou y séjournent.

Bien sûr le clivage « islais-touristes » reste présent dans l’inconscient collectif et continue d’être entretenu, au moins au niveau folklorique. Cependant, ne nous y trompons pas, il n’est pas la cause principale des problèmes sociaux et urbains que connaît le territoire. En effet, depuis les années 50-60, la population insulaires est déjà largement recomposées. Des continentaux sont venu s’installer à l’année dans le territoire, en particulier des personnes retraitées, tandis que de nombreux islais d’origine ont rejoint le continent. A l’heure actuelle, l e désir dés ir d’i nsularité transcende assez largement les clivages insulaires-continentaux et il apparaît assez clairement que la plupart des habitants permanents de l’île d’Yeu y résident davantage par choix que par contrainte (comme c’était autrefois le cas).

Il n’est pas aisé de conserver la qualité insulaire, tout en l’adaptant avec réalisme à la diversité des besoins contemporains, sans non plus la muséifier. A l’île d’Yeu, contrairement à une idée reçue, la question centrale ne porte pas uniquement sur la compétition entre deux groupes rivaux dans l’appropriation de l’espace insulaire (d’un côté la population autochtone et de l’autre la population d’ori gine extérieure à présence plus ou moins temporaire) ainsi qu’on a souvent l ’habitude de l’affirmer. 84


A titre d’exemple on a bien vu qu’en termes d’habitat, le modèle de construction privilégié actuellement est assez semblable qu’ils s’agissent de résidences principales ou secondaires. L’évolution du territoire de l’île d’Yeu est à cet égard assez typique des choix politiques et des nécessités économiques qui on conditionné les mutations urbaines de l’hexagone. En une quarantaine d’année, on est passé d’un système où la vie de l’île était réglée depuis deux siècles par une économie basée sur l’agriculture et la pêche, complémentaires, qui structuraient le paysage, à un système fondée une subsistance partiel de la pêche, associée à une économie touristique dans laquelle les phénomènes associés, résidences secondaires et spéculation foncière ont dynamité l’équilibre ancestral et lui ont substitué un paysage en pleine mutation.

Carte postale des années 60; un paysage et une population « authentique »

Une explosion du nombre de constructions : Si la population a un peu plus que doublé en deux siècles (elle est passée de 1943 habitants en 1810 à 4700 habitants aujourd’hui), le nombre de constructions a lui été multiplié par 7, passant de 740 à 5485 pour occuper actuellement près de 30% de l’espace insulaire. On doit uniquement cette différence à l’essor du tourisme estival et la construction massive de résidences secondaires depuis 1945, (à cette date, l’île comptait 1400 habitations), avec une nette accélération depuis 1975 (date à laquelle il n’y avait encore que 2211 constructions) source statistique de la Vendée, INSEE Nantes

Une moyenne de 0,9 habitant par logement, pour une densité de 231,35 logements/km²

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L’inflation du nombre de résidences secondaires a conduit logiquement à une i nflation du prix terrains et des habitations. Le prix du mètre carré habitable oscille actuellement entre 2000 et 5000 euros. La spéculation foncière qui en découle a ainsi conduit de nombreux islais à de vendre une grande part de leurs terrains constructibles.

2 095 résidences principales pour 3 182 résidences secondaires ainsi que 118 logements vacants.

Evolution de l’urbanisation en 60 ans

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Pourtant, la demande en terrains est toujours soutenue. Ce phénomène s’observe aussi bien chez les estivants que chez des autochtones. Cela peut paraître paradoxal dans un territoire où une grande partie des constructions ne sont occupées que quelques semaines dans l’année. Or, quel que soit le taux d’occupation annuel de la construction, les attentes des uns et des autres sont assez similaires en termes d’utilisation de l’espace. Peu importe le fait de consommer l’espace. Le modèle d’habitation prisé reste celui que nous avons observé dans l’étude des typologies d’habitations, à savoir la grande parcelle isolée avec la construction au centre. Ce modèle est garant d’une envie d’intimité et d’espace extérieur privatif dans un territoire où tout le monde se connaît et où le commérage et les conflits de voisinages sont relativement fréquents.

Ce modèle d’habitat a un coût et des conséquences non-seulement sur l ’aménagement urbain et sur les pri x de l’immobilier mais aussi sur l’avenir social de l’île. C’est bien là que se trouve le principal danger pour l’avenir. Le paysage et le modèle de construction qui s’y applique contient en lui-même les germes d’un immobilisme futur si le processus d’urbanisation galopant se poursuit. Que va-t-il advenir de l’attrait de l’île dans cinquante ans ? La mise en place, certes tardive, d’un Plan Local d’Urbanisme à l’échelle de la commune permet de prendre conscience des problèmes de gestion territoriale qui existent depuis près de 40 ans et remplacer un Plan d’Occupation des Sol obsolète, datant de 1986.

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La vocation du PLU, n’est pas de revenir sur les erreurs commises lors des décennies passée, mais plutôt d’affiner la connaissance du paysage et d’encadrer davantage l’urbanisation future en définissant précisément les zones urbanisables et à urbaniser. Ainsi, il s’agit d’intégrer aux projets futurs des enjeux tels que la diminution de la dépendance vis-à-vis de l’extérieur, le mitage de l’espace insulaire, le soutien du logement au jeune, l’évolution énergétique des bâtiments, la protection de la biodiversité, la mise en œuvre de zones agricole protégée et la luttes contre l’envahissement des friches. Le PLU est donc un outil, mais il ne constitue pas une finalité. Il ne répondra pas non plus directement aux enjeux de développement et d’emploi qui se posent actuellement Avant même sa promulgation, il fait déjà l’objet de vives attaques de la part de nombreux propriétaires qui voient la valeur de leurs parcelles s’effondrer à cause de leur classement en zones inconstructibles. Les deux dernières propositions ont d’ailleurs été annulées par les tribunaux

administratifs en 2001 pour des questions de fond et en 2008 pour vices de forme. De plus, lors de l ’étude, plusieurs demandes de permis de construire ont été suspendues, ce qui n’a pas été sans conséquence. En effet, une grande partie des entreprises de l’île vivent du secteur du bâtiment et des métiers qui en découlent. Un arrêt trop brutal des activités liées à la construction mettrait en péril l’économie locale, qui compte déjà plus de 10% de chômeurs sur une population active de 1800 personnes. On constate bien qu’il y a de fortes contradictions entre la nécessité de préserver un paysage naturel type, celle de maintenir l’activité économique et la volonté des particuliers de disposer de grands espaces privatifs. La fameuse maxime « la somme des intérêts particuliers ne fait pas l’intérêt du collectifs » n’a jamais été aussi vraie. De ce fait, le coût relativement élevé du foncier et des loyers, associé au manque de débouchés professionnels ainsi qu’un coût de vie conséquent, condamnent peu à peu les jeunes (et moins jeunes) d’origine insulaire au départ vers le continent, même lorsque ces derniers souhaitent rester. Dans l’absolu, vivre sur une île a forcément un coût. Par essence, c’est un territoire isolé et son approvisionnement en produits, marchandise et denrées alimentaires depuis le continent est complexe, donc coûteux. Cet approvisionnement se fait en fonction des horaires de bateau, liés aux contraintes de la mer et des marées, et il

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arrive qu’ils ne soient pas des plus avantageux, soi très tard le soir, soi très tôt dans la matinée. De plus, des problèmes techniques sur les bateaux transporteurs ou une mer déchainée peuvent entrainer un retard de 4 ou 5 jours dans la livraison de la marchandise.

l’innovation de la part de ceux qui les détiennent, alors que l’île possède une échelle idéale pour devenir autosuffisante, au moins en terme énergétique.

Globalement, le phénomène d’émigration forcée est assez récent puisque jusqu’à présent, quelque soit l’origine, c’est surtout l’envie d’insularité qui prévalait. Du coup, quelles solutions trouver pour garder les personnes qui veulent continuer à vivre et travailler dans l’île, mais aussi accueillir ceux, venus de l’extérieur, qui y ont un projet de vie ? Transport des marchandises

Même la quasi-totalité du poisson et des fruits de mer est expédiée depuis le continent, et les prix pratiqués par l'unique poissonnerie n'ont rien à envier à ceux de la ville ! Si l’on ajoute à cela le fait que des pans entiers de l’économie locale (matières premières, denrées alimentaires, carburant nommé essence la plus chère d’Europe) se retrouvent en situation de monopole face au manque de concurrence, on comprend que le coût de la vie soit plus élevé qu’ailleurs sur le continent. Ces monopoles conduisent parfois à un refus de

Le carburant « le plus cher d’Europe »

Même dans le secteur du tourisme on observe des mutations. Les effets de la crise économique actuelle ne sont pas sans conséquence. L’accès à l ’île reste onéreux, la vie sur place également. De ce fait le nombre de locations estivales dont le coût se situe autour de 1000 euros la semaine, a tendance à chuter et a vec lui , tout une part de l’économie touristique. Ainsi, la saison se réduit d’année en année, pour finalement se concentrer principalement sur un mois

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seulement, entre le 20 juillet et le 20 aout. Une morosité et un fatalisme globale gagne peu à peu les habitants.

disposition à bas prix de petites parcelles réservées à des primo-accédants dans des lotissements surdensifiés.

Le chômage, la difficulté à se loger, le manque de loisir à l’année, l’ennuie et la solitude, sont des éléments qui reviennent de façon récurrente dans les préoccupations de la population locale, en dépit d’un attachement réel et profond à ce territoire. Un effort didactique semble ainsi plus que nécessaire pour accompagner cette réflexion sur les mécanismes de dynamiques territoriales insulaires. Que ce soit en terme d’emploi ou en terme de foncier, l’île peut connaître des déséquilibres inquiétants Nous venons de le constater, la gestion des ressources foncières est extrêmement complexe et aucune solution réellement viable n’a pu être trouvée jusqu’à maintenant. Il importe donc de refuser les modèles d’aménagement inspirés des techniques lourdes et massives continentales, en s’efforçant de concevoir des aménagements, certes contemporains et innovants, mais adaptés à l’échelle insulaire. Cela signifie des espaces miniaturisés et pensés astucieusement pour ne pas gaspiller le territoire, mais au contraire pour l’enrichir et le complexifier. A ce titre, la question du logement des jeunes insulaires a certes bien été prise en compte avec le système de logement aidé. Il s’agit pour la municipalité d’acquérir des parcelles pour favoriser le logement des insulaires avec du locatif à l’année ou de l’accession à la propriété en terrain nu ou clés en main. Cette politique se traduit par la mise à

Exemple d’habitat « auto construits » dont le plan d’ensemble manque parfois de cohérence.

Cette politique doit amener à la création prochaine d’une ZAC avec un programme d’une soixantaine de logements aménagés par l’organisme V endée Habitat. Cet aménagement se présentera sous la forme d’un « village » avec un tiers de locatif, un tiers en accession à la propriété, et un tiers en lots libres. Cependant ceci ne résout ni le problème de la consommation d’espace à l’échelle globale ni le développement d’un habitat de qualité adaptés aux particularités locales.

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du territoire doit l’emporter sur des logiques d’occupation de l’espace fortement déstabilisantes dans un milieu fortement exigu.

Lotissement à venir

En effet, ces opérations sont réalisées avec des moyens financiers aux rabais, sans réels suivi, tant au niveau de la qualité des constructions qu’à l’attention portée à l’espace urbain, en particulier à la voirie. Très vite ces espaces se dégradent alors qu’ils pourraient être des lieux d’expérimentations par excellence.

Des espaces communs peu ou mal entretenus

C’est tout l’objet de l’étude actuelle qui se veut être à la fois un résumé des contraintes du passé, pour donner ensuite une forme à l’avenir sur les bases de l’état des lieux actuels. Cette forme de simulation doit déboucher sur des propositions mettant en avant le souci d’un équilibre harmonieux entre le milieu naturel et la consommation de l’espace par les activités humaines. Une gestion raisonnée 91


III. DU GLOBAL VERS LE LOCAL, DE L’URBAIN A L’HUMAIN

vitaux en ne comptant que sur ses propres forces, ce qui explique des permanences dans son organisation spatiale, sociale, culturelle et son originalité, elle n’en a pas moins été intégrée aux grandes mutations continentales. On l ’a vu, cette île est fréquentée par les hommes depuis la préhistoire et n’a jamais fonctionné en système fermé.

1) Etude de l’évolution des flux et des caractéristiques d’usage « Les peuples des île sont plus portés par la liberté que les peuple du continent » écrit Montesquieu au début du XV IIIème siècle. L’évolution L’évolution de l ’île au cours des siècles : Contrairement à une idée reçu, la société islaise ancestrale n’était pas fixe, mais semi mobile. Très tôt et jusqu’à une période récente, les hommes ont dû partir travailler au loin, poussés par les nécessités. Que ce soit pour embarquer sous la contrainte dans la «Marine Royale», volontairement dans la Marine marchande, ou dans les campagnes saisonnières de pêche, un grand nombre de marins ont pu se vanter d’avoir fait plusieurs fois le tour du monde, en particulier à bord des fameux « caphorniers ». Le mouvement pour les hommes et l’ancrage pour les femmes était une des composantes majeures de l’insularité. Si, du fait de leur isolement relatif, pendant des siècles, la communauté islaise a dû subvenir à ses besoins

Carte marine hollandaise datant de 1709 avec les iles de Noirmoutier et d’Yeu

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À chaque période, elle a été intégrée dans le système économique ou politique dominant, et utilisée par lui. On observe encore aujourd’hui des traces d’occupations celtes, puis à partir du V Ième siècle on assiste à évangélisation de l’île avec l’implantation de plusieurs monastères. A travers les années, les moines ont contribué au défrichement des forêts et à la mise en culture des terres. Ainsi, à différentes époques le développement du territoire a été mis en corrélation avec celui le continent. De même, le fait de se trouver sur une voie de navigation très fréquentée a créé des échanges nombreux. Les naufrages ainsi que les nombreuses invasions successives, qu’elles soient sarrasines, vikings, espagnoles ou anglaises, bien que souvent meurtrières, ont été à l’origine de brassages de cultures et de populations.

Sous l’Ancien Régime, l’île d’Yeu, à l’image de ses consœurs de l’Ouest était déjà très largement intégrées dans les systèmes socio-économiques littoraux et régionaux, que ce soit dans une fonction de défense des côtes du pays par l’intermédiaire de fortifications et mobilisation de gardescôtes ou par la production agricole pour l’exportation (essentiellement le blé, pour l’île d’Yeu).

Travaux agricoles, souvent effectués par des femmes

Tentative de reconstitution de l’état ancestral du vieux château et son enceinte bastionnée, sensée protéger la population des invasions multiples et régulières

L’étymologie du nom Fromentine, port d’embarquement des navettes pour l’île, provient d’ailleurs du mot froment (blé) qui était cultivé sur l’île d’Yeu puis exporté vers le continent. La présence de nombreux moulins sur l’île s’explique aussi par cette activité ancestrale. En parallèle, pour contrebalancer les difficultés d’existence de la population, les souverains français ont accordé dès le XIV ème siècle, une franchise insulaire, statut privilégié qui dispensait de payer des impôts et des taxes d’importations. Ce privilège perdura jusqu’au XV IIIème siècle et contribua à

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transformer le territoire en repère de contrebandier, pour le commerce de denrées précieuses comme le sel et plus tard le tabac. A partir du milieu du XIXème siècle, l’économie îlaise a été soutenue par un mouvement général d’essor des activités littorales. L’arrivée du chemin de fer sur les côtes et la naissance de l’industrie de la conserve ont stimulé la pêche et fournit les premiers touristes… l’île d’Yeu, a occupé une place privilégiée au cœur des nouveaux dispositifs de production et de mobilisation des forces de travail qui s’instituait alors sur les littoraux des pays industrialisés

Affiche plus ou fantaisiste vantant de la côte vendéenne chemin de fer, à la XIXème siècle

moins l’accès par le fin du

Le développement de la grande navigation intercontinentale a de son côté exigé de d’importants travaux d’éclairage (phares) et d’aménagement des côtes (quais, digues…) qui ont nécessité le concours de travailleurs continentaux. Durant les deux guerres mondiales, l’île s’est trouvé pleinement impliquée dans les conflits et a payé un lourd tribut en vie humaine, aussi bien chez les travailleurs de l’île que chez les marins. Les lourdes pertes de la Première Guerre Mondial, en particulier chez les agriculteurs et les ouvriers islais, sont d’ailleurs en grande parti responsables de la disparation quasi intégrale de l’agriculture locale. Les agriculteurs péris sur le front n’ont jamais remplacé et les terres se sont trouvées progressivement en friche.

Le Bourg entouré de terres déboisées et cultivées, vers 1920

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C’est à cette période que l’île a commencé à se boiser. Les islais préféraient se tourner vers les métiers de marins, plus productifs et plus lucratifs que ceux de la terre. La navigation, d’abord à voile fut peu à peu supplantée durant l’entre-deux-guerres par celle à moteur. Les derniers voiliers disparaîtront autour de 1950. La pêche devi nt donc la principale activité et cela jusque dans les années 80, tandis que le tourisme faisait une timide apparition.

Arrivée au port dans les années 1930

Emplacement et durée d’activité des différentes conserveries autour du port

Déchargement des sardiniers

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Jusqu’en 1930, le tourisme ne concernait que quelques familles aisées, majoritairement parisiennes, ou de la région proche. Souvent issue de professions libérales, ou artistes peintres, ces premiers touristes logeaient soit à l’hôtel, soit dans des villas proches du port. L’avènement véritable de l’activité touristique se fit vraiment à partir de 1936 avec les premiers congés payés, qui amenèrent l’été une clientèle citadine d’habitués venue profiter de l ’île en famille. C’est un schéma que l’on retrouve encore aujourd’hui

La plage de Ker Châlon avec ses nombreuses Cabines

L’hôtel des voyageurs, l’un des premiers de l’île qui accueillit de nombreux artistes de passage

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Durant la seconde partie du XXème l’île s’est progressivement dotée d’équipement lui permettant de sortir de son isolement « technologique ». En 1954, ce fut l’arrivé du courant alternatif depuis le continent avec la pose d’un câble électrique sous-marin qui permis l’électrification totale de l’île. Quelques années plus tard, en 1961, la commune obtint la pose d’une conduite sous-marine. Jusqu’alors l’ile ne pouvait compter que sur les puits (encore très nombreux) existants sur son territoire. Ce n’est qu’en 2000 que l’île fut équipée du tout-à-l’égout pour faire face aux problèmes d’utilisation des eaux usées. Enfin, au début des années 80, le port reçu de notables transformations et modernisations de ses infrastructures. On peut noter l’édification d’une gare maritime moderne, d’une criée aux normes européennes, ainsi que la construction d’un port de plaisance et d’un héliport. Il s’agissait de faire face aux exigences du monde moderne pour inscrire le territoire dans le système des flux nationaux et européens, de manière à favoriser le maintien de la pêche et développer le tourisme.

Vue aériennes de Port Joinville montrant l’évolution des infrastructure portuaires en un siècles

L’apport économique touristique a permis la création d’emplois artisanaux et commerciaux avec la production de ressources nouvelles, essentiellement dans l’immobilier comme nous l’avons vu. Toutefois, le tourisme reste essentiellement constitué d’une clientèle d’habitués, séduite par le désir d’île, la beauté du site, ce qui a préservé l ’île d’un tourisme de masse brutal comme à l’île de Ré ou à l’île d’Oléron.

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L’île aujourd’hui : Aujourd’hui, l’île a largement rattrapé son retard de développement par rapport au continent et la connexion à ce dernier s’est beaucoup améliorée lors de la dernière décennie. Il y a encore tous justes 15 ans, il fallait compter environ 1h30 de traversée, dans des conditions parfois désagréables en cas de forte mer. Désormais la société en régie qui assure la liaison entre Port Joinville (Ile d'Yeu) et Fromentine (port de V endée) possède deux catamarans qui réalisent le trajet en 35minutes seulement, et ceci durant toute l'année.

Les deux catamarans assurant la traversée Fromentine- Port-Joinville toute l’année

Certes, les horaires des traversées sont variables fonction des marées. Toutefois, cette traversée peut également se faire en l'hélicoptère, à un tarif bien supérieur, mais pour un voyage de 10 minutes seulement.

Principales origines des populations estivantes

Durant la saison estivale comprise entre avril et octobre, d'autres bateaux viennent en renfort des catamarans et assurent une liaison supplémentaire entre Port Joinville et Saint-Gilles-Croix-de-V ie. Le trajet est un peu plus long mais ces bateaux sont particulièrement appréciés des touristes. Avec eux, la traversée est vue comme un dépaysement, comme le passage d’un monde à l’autre.

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Héliport à proximité de la gare maritime

Bateaux assurant des traversées durant la période estivale

La décision d’aller dans une île est souvent décrite comme le souhait de vivre une expérience un peu particulière (et même extraordinaire) par rapport à ce qu’offrent les choix géographiques habituels de loisirs, et le mode d’accès y contribue. Enfin, l’île dispose en plus d’un aérodrome qui permet de recevoir des vols privatifs. L’accès à l’île est ainsi relativement aisée, bien qu’assez couteux par rapport à d’autres destinations. Encore une fois, on ne vient pas dans une île « par hasard ».

Cette insularité et ce mode d’accès « au cas par cas » présente un avantage non négligeable pour le territoire. En effet les flux entrants et sortants de personnes, de matériel et d’énergie (électricité, eau, fuel, biens et services de consommation courante) sont connus, chiffrables d’une année sur l’autre. Ceci permet dans l’absolu une régulation et une adaptation quasi sur-mesure aux besoins locaux, en particulier lors des périodes de forte fluctuation des personnes, en prévenant les risques de gaspillage. Aérodrome pour les vols privatifs

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L’organisation actuelle de l’île

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Les déplacements sur l’île :

estivants sont les 2CV , les Dianes, les Méharis, les 4L et les Dallas.

Etant donné que le territoire est relativement peu étendu, le vélo est le mode de déplacement idéal sur l’île (malgré quelques côtes). En quelques coups de pédales on passe par des paysages aux ambiances très contrastées. C’est ce qui fait l’atout charme du territoire ; un charme local qui incite de nombreux visiteurs d’un jour à revenir encore et toujours.

2CV et Méharis : voiture ouverte quatre places de marque Citroën, destinée à un usage de loisir et familiale très « tendance »

On trouve également de nombreuses deux roues motorisées, allant des « solex » aux motos en passant par des scooters, particulièrement prisés par les jeunes de l’île. Pour ce qui est du parc automobile local, l’île fait sensation. Son effet « rétro » donne l ’impression d’effecteur une large plongée dans le temps. En effet, les modèles prisés des

Dallas : voiture ouverte quatre places, sorte une jeep très pratique pour arpenter dans les chemins de terre à moteur

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Il va sans dire que durant la pleine saison estivale, les flux de piétons, de deux-roues, motorisés ou non, et d’automobilistes, se croisent sans cesse, formant un trafic particulièrement dense et dangereux sur des routes et chemins étroits, sans réelle visibilité. Ceci pose la question des modes de déplacement dans ce type de territoire, aussi réduit et fragile.

Chassé-croisé entre modes de déplacements durant l’été

Les voitures électriques commencent à faire de timides apparitions et un service d’autobus régulier dessert les principaux sites de l’île durant la pleine saison. Certes, tout redevient calme une fois l’été passé. Pour autant la question des déplacements personnels et professionnels seront comme ailleurs l’un des enjeux du développement futur, tout particulièrement dans un territoire étroit où le prix du carburant est particulièrement élevé.

Les débuts d’une « éco mobilité » dans le cadre d’une volonté d’indépendance énergétique… à venir ?

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Les flux d’activités de personnes : Chaque jour durant l’été, entre 500 et 600 personnes débarquent à l’île d’Yeu. Cet apport entraine une importante activité commerciale. L’île compte deux grandes surfaces (Casino et Super U) ainsi que plusieurs commerces de proximité à Port-Joinville et à Saint-Sauveur (boulangerie, épicerie, poissonnerie, boucherie, bureau de tabac, maison de la presse, pharmacie, magasin de vêtement). Ces commerces sont ouverts toutes l’année mais le nombre de clients est démultiplié été. En plus des commerçants, les loueurs de vélos, de voitures et scooters connaissent véritable essor l’été. De nombreux saisonniers viennent ainsi renforcer les effectifs locaux lors des mois de juillet et aout pour faire face aux exigences de ce véritable « petit monde en dilatation ». Les estivants sont souvent des habitués et leur journée type est généralement réglée comme du papier à musique, selon une partition que l’on rejoue d’année en année : La journée débute souvent dans les bistrots de PortJoinville, où l'on peut discuter, pour peu qu'ils soient d'humeur, avec les pêcheurs de retour du travail. Elle se poursuit par un passage chez différents commerçants de l’île. On va ainsi successivement à la boulangerie puis à la poissonnerie en passant par les étalages du marché du port ou du bourg. La journée s’enchaine par un déjeuner familial suivit d’un après-midi à la plage ou en promenade. Au retour, il y a l ’incontournable apéritif avec les voisins ou les amis, en prélude d’un diné à la maison ou au restaurant.

Cette journée s’achève parfois très tardivement à Port-Joinville, dans un bar ou à la discothèque locale !

Les principaux et points de rencontres durant la période estivales, concentrés autour du Port

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La poissonnerie et Hennequin et ses produits (peu locaux), mais très prisés des estivants.

Les deux supermarchés présents sur l’île fonctionnant à l’année

Le marché du port, pris d’assaut chaque matin

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La plage des Vieilles, très prisÊes des estivants

Le port investi par les jeunes estivants ou locaux

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Les restaurateurs aussi sont eux-aussi très occupés en cette saison. Estivants et résidents apprécient particulièrement les restaurants, crêperies ou sandwicherie de l’île. Manger une crêpe, une glace ou une gaufre fait partie des attractions incontournables L’été, les bars du port fonctionnent à plein régime. On en compte une bonne dizaine sur l’île. Les nombreux jeunes fréquentant l’île apprécient particulièrement l’animation nocturne, tandis que et la journée les touristes s’y prélassent en terrasse pour consommer des rafraichissements. Enfin, on compte de nombreux petits commerçants qui ne sont ouvert que l’été. Ils proposent des souvenirs, cartes postales, vêtements d’été, ou produits locaux. Leur clientèle est essentiellement estivale. Passée cette période, l’île retrouve son calme. On l’impression d’être dans un univers totalement différents. Lors des promenades hivernales, il est en effet fort rare de croiser la moindre personne. Tout juste l’île connaît-elle un regain d’activités lors des vacances scolaires, en particulier à Noël et à Pâques. En cela le territoire s’apparente en quelque sorte à un musée avec un flux de visiteur continu et bouillonnant, suivi d’un calme complet, vivant au rythme des autochtones, assimilables à des conservateurs de ce musée. Ce musée ne doit cependant pas trop se figer. Au cours des siècles, l’île et ses habitants ont su trouver un mode de développement propre, tout en suivant à leur rythme les évolutions techniques du continent. Il s’agit désormais de poursuivre la marche en avant… tranquillement.

La maison de la presse, très active toute la saison

le « Corsaire », ancien bateau de pêche échoué le signe d’une île muséifiée ?

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2) Une situation identitaire complexe : Comment intégrer les différentes populations au processus de réflexion urbain?

Depuis les années 1950, les îles se sont largement ouvertes. L’ensemble de la population islaise est de plus en plus mobile et on sait de moins en moins si elle est permanente ou temporaire (habitants des îles et continentaux fidèles), ce qui ne facilite pas les processus de décision. Les grandes agglomérations intérieures comme Paris, Nantes ou Rennes, par rapport auxquelles s‘organisent la plupart des échanges de populations, de produits, d’argent et de culture, jouent un rôle conséquent dans la vie locale et s’immiscent désormais au plus intime de la vie de chacun. Ainsi, le désenclavement territorial, la modernisation des infrastructures, l’imposition progressive du modèle continental à tous niveaux (technique, social, culturel…), la diminution des emplois locaux, l’allongement de la scolarité, ont entraîné le départ massif des familles (surtout à partir des années 1970) et des jeunes qui, brutalement, qui ont tendance à dévaluer leur île et ne retiennent du milieu de vie de leur jeunesse que les contraintes liées à l’insularité. On parle de populations contraintes à « l’exîle» !

En effet, vi vre sur une île est certes un privilège, surtout dans un cadre géographique aussi exceptionnel que celui-ci. Toutefois, ce modèle peut également avoir quelques inconvénients. Pour des jeunes, c’est très agréable de pouvoir aller à l ’école en vélo puis aller chez ses amis passer un après midi, sans avoir besoin des parents pour les y emmener. Très tôt, ceci favorise l’autonomie des jeunes islais. L’île est relativement bien dotée en équipements scolaires. Les jeunes peuvent aller à l’école, pri vée ou publique, jusqu’au collège car l’île est encore dotée de 4 écoles maternelles, 2 écoles primaires et 2 collèges.

Le collège public de l’île d’Yeu

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Après la troisième, les étudiants doivent partir sur le continent pour suivre leurs études supérieures. Ils sont environ 315 et ont le choix, selon les transports scolaires organisés par le département, entre trois villes : La Rochesur-Yon, Challans ou Les Sables-d’Olonne. Cela implique d’être à l’internat pendant les années lycée car un retour sur l’ile chaque soir est impossible. Chaque weekend, c’est le même rituel. V ers 18h le vendredi soir un car emmènent les étudiants jusqu’à Fromentine pour qu’ils puissent prendre un bateau vers 20 heure (23h au pire selon les marées). Le retour au lycée le lundi matin est contraignant et très fatiguant car il faut prendre un bateau à 5 heure du matin. La majorité des étudiants retournent donc au lycée le dimanche soir. Le week-end est donc très écourté, ce qui n’est pas sans contrainte sur la vie familiale. Lorsque vient l’heure des études supérieures, les choses se complexifient encore davantage car selon les études choisies, les distances avec l’île augmente, faisant peu à peu des islais des continentaux à part entière, même si l’île reste l’espace de l’identité.

Principales villes connectée à l’île d’yeu en terme de liens économiques et humains (lycéens, étudiants, estivants et « ex islais »)

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Le désir d’île se perd peu à peu d’autant que les secteurs d’activité proposés actuellement pour des formations professionnelles sont relativement limités. Ils concernent les métiers de la construction (maçonnerie, plomberie, électricité, menuiserie), ceux de la pêches, ou encore le service à la personne. L’île compte en effet deux établissements pour personnes retraitées et leurs effectifs ne font que grimper. Pour autant on observe une relative stabilisation du volume de la population islaise depuis une quarantaine d’année autour de 4900 habitants.

source INSEE

Evolution de la population islaise depuis 1967, source cartesfrance.fr

Les autorités locales sont d’ailleurs fières de déclarer que le quart de la population locale a moins de 25 ans. Mais ne nous y trompons pas, c’est surtout un vieillissement générale de la population que l ’on observe. Les effectifs des écoles baissent peu à peu, et la fermeture d’un établissement primaire est régulièrement posée. Or, on dit souvent que la fermeture d’un établissement scolaire annonce la mort du territoire à plus ou moins brève échéance.

A l’île d’Yeu la situation est particulière car si en effet, une partie des jeunes d’origine islaise souhaite quitter l’île, d’autres n’envisagent pas une seconde de quitter le territoire qu’ils ont toujours connu. Mais on l’a bien vu, la pression de la demande en résidences secondaires, a pour effet d’exproprier les populations locales qui ne peuvent conserver leurs biens au moment des héritages et de « sélectionner socialement » les nouveaux résidants.

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Une nouvelle forme d’identité insulaire : Chez les populations urbanisées continentales, il y a un besoin de dépaysement, une envie de «nature» qui peut se traduire en «désir d’île». Or, quelles sont les conséquences sur les identités, sur les paysages insulaires et sur les populations locales de cette recherche d’un particularisme islais ? Existe-t-il une compatibilité entre fonction la touristique et la fonction patrimoniale, sans que cela débouche sur la création d’une identité « artificielle » ? A l’île d’Yeu, les propriétaires de résidences secondaires présents depuis les années 1970 sont essentiellement des populations aisées d’origine parisienne. Souvent constituée de personnalités politiques ou journalistiques avec un pouvoir d’influence assez conséquent, cette population a très tôt fait pression sur les élus locaux, pour que des mesures de protection de l’espace insulaire (biologiques et paysagères) soient prises afin d’anticiper les conséquences non désirées d’une fréquentation touristique de masse comme à l’île de Ré ou l’île d’Oléron. En effet, le tourisme de masse ne s’est jamais développé de façon exponentiel, et c’est essentiellement une population estivale d’habitués qui y réside. Il en découle un lien très particulier au territoire. En effet pour les « étrangers » à l’île, même si ce sont des fidèles de longue date, le lien avec le territoire insulaire sont toujours à justifier. Il leur faut régulièrement démontrer qu’ils dominent l’espace notamment en montrant qu’ils le connaissent mieux que quiconque. On dit souvent que les

estivants réguliers connaissent mieux la géographie et l’histoire du territoire que les autochtones eux-mêmes. C’est une façon de s’approprier cette île, rêvée durant les troisquarts de l’année. Les mesures de protection prises depuis 40 ans ont d’ailleurs abouti à l’affirmation d’une identité paysagère et architecturale forte, appuyée essentiellement sur le un passé souvent idéalisé, associé à une image patrimonio-écologique qui a tendance à laisser de côté le passé maritime de l’île.

Ile rêvée ou isolat social ?

Ainsi, c’est un petit monde à part, fait sur-mesure qui a été créé, pour le bonheur de ceux qui peuvent y accéder. Il est vrai que la construction d’un isolat social et culturel fonctionne d’autant mieux lorsqu’il s’appui sur la notion d’insularité. Ainsi à l’île d’Yeu la discontinuité îlecontinent, est désormais davantage fondée, non plus sur un insularisme géographique comme c’était le cas autrefois, mais sur une réalité culturelle et sociale importée par les néo-islais (essentiellement Franciliens). 111


Cette « nouvelle » identité insulaire, a été, voulue, travaillée et réalisée, malgré la facilitation des traversées vers le continent. Or, sur quelles bases conceptuelles intégrer l’ensemble des acteurs, locaux et i nstitutionnels, vers l’innovation urbaine et professionnelle en toute connaissance de cause ? Les rapports entre forces internes et forces externes, entre catégories sociales modestes et aisées, entre enjeux locaux et enjeux nationaux sont autant de frein à l’innovation.

Si l’on se donne pour objectif de requalifier «durablement» de l’espace insulaire en intégrant le tourisme, sans léser les populations insulaires en place aujourd’hui, il faut engager une réflexion globale socialement ouverte à la satisfaction identitaire de catégories sociales diversifiées. Il s’agit d’encourager et de soutenir un processus permettant à cette île d’évoluer tant qu’ÎLE et non en tant qu’espaces-conservatoires figé, sorte banlieues bleues résidentielles ou espaces verts maritimes qui perdu sa réalité culturelle. Or, est-il possible de continuer créer des territoires littoraux riches, diversifiés et vivants, socialement et spatialement? Il s’agit bien là d’une question fondamentale de société. Pour sortir des dilemmes actuels et des conflits d’usage entre différents groupes sociaux, pour surmonter les blocages nés des intérêts divergents qui s’y expriment, il faut poser la question autrement qu’en terme de rapports de forces, et se laisser guider par une réflexion sur la nature propre de l’objet île. C’est ce que nous proposons dans cette étude. Il s’agit avant tout de s’appuyer sur la notion de patrimoine historique et humain; un patrimoine qui conduit à un projet, et non à un immobilisme.

Schéma du système territorial et ses rapports de forces

Quelques grandes idées directrices peuvent fournir une base philosophique et politique et sociale à ce projet pour une île. L’objectif consiste pour l’ensemble des acteurs concernés à s’entendre de façon à se démarquer des projets

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de restauration en un état ancien et artificiel, trop rigides, conflictuels et de toute façon dépassé, éviter la froideur des projets naturalistes et s’écarter également des projets trop courtement fonctionnalistes.

L a représentation de l’île sous la forme d’une pyramide avec nécessité de trouver un comp romis

Ces acteurs devraient tenter de construire un projet spécifique à caractère socioculturel basé sur le respect de la continuité temporelle et la reconnaissance des particularités propres à l’île ; des particularités à la fois réelles et imaginaires car produites par des strates successives de créations mythiques sans cesse reprises et effacées, et qui sont au cœur de la question insulaire.

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3) Identification des secteurs d’activités présents et à venir Dans ce territoire, comme souvent actuellement, les politiques urbaines visent à mettre en œuvre et en harmonie, le développement social, économique et environnemental. Comme les autres territoires côtiers, l’île doit se reconvertir et trouver sa place dans la nouvelle économie littorale en train de se développer, tout en intégrant le savoir-faire, la fonction sociale et la mémoire collective.

économiques, mais politiques.

également, sociales, culturelles

et

Différentes catégories de populations présentes à l’année sur le territoire

Mais pour entrer dans le nouveau système, aujourd’hui comme hier, les choix de reconversion sont réduits à cause de l’étroitesse du territoire, et de la faiblesse numérique des individus qui vivent en permanence sur les îles. À cause aussi de la coupure avec le continent qui demeure, malgré tout, bien réelle, même si elle ne prend pas les formes absolues d’autrefois. Si le marché de l'emploi sur l 'ile d'Yeu connaît la crise, comme dans beaucoup d'endroits en France, avec un chômage autour 10% de la population, les possibilités de développement futur peuvent être nombreuses Pour ce faire, il est nécessaire d’identifier avec précision les secteurs d’activités présents ou potentiellement à venir, qui sont à même de s’inscrire dans la réalité des problématiques locales, tout en fournissant des richesses dans la durée. Des richesses qui ne sont pas uniquement

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La zone artisanale de l’île qui regroupe l’essentielle des entrepôts et ateliers

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Différentes vue de la «zone industrielle de la « Marêche »

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Outre l’artisanat local, les métiers liés à la mer, à son étude et son exploitation reste malgré tout très porteurs. Dans un environnement à forte motivation maritime, la pêche a toujours jouée un rôle primordial dans l’alimentation de l’économie locale, même si elle n’en constitue plus comme autrefois la ressource principale. La flottille compte à ce jour 43 unités (12 unités de pêche au large, 7 de pêche côtière et 24 de petite pêche) et débarque une part de sa production à la criée, seule halle à marée de France située sur une île. La production annuelle est de 1500 tonnes et représente un chiffre d’affaire d’environ 10 millions d’euros. Les espèces principales sont la sole, la lotte, le bar, le merlus et le thon blanc. Ce secteur emploie environ 150 marins pêcheurs ; un effectif divisé par deux en dix ans.

Malgré des conditions de travail parfois très rudes et une évol ution des contraintes européennes souvent draconiennes, les marins islais ont toujours montré la volonté de sauver leur métier. Ils sont nés avec la mer et la mer a besoin d’eux, même si elle s’est souvent montrée cruelle, en endeuillant de nombreuses familles. La mer et les métiers qui en découlent s’inscrivent dans la longue tradition locale ; une tradition qui doit être préservée, à condition d’élargir ses domaines de compétences.

La flotte de pêche actuelle à Port-Joinville, au retour d’une campagne en mer.

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A l’avenir, l ’étude, la compréhension et l’exploitation des milieux marins sera un enjeu incontournable et l’île d’Yeu a une position privilégiée, d’autant que l ’ensemble de son territoire, ainsi que les espaces marins qui l’entourent, ont été classés récemment en zone Natura 2000. Cela concerne les sites naturels qui présentent un intérêt patrimonial, propices à la diversité biologique et à son étude. Il n’y a pas de différences autres que géographiques entre les sites à terre et les sites en mer. Chacun partage le même objectif de concilier la sauvegarde de la biodiversité et le maintien des activités humaines.

On retrouve régulièrement ces enjeux dans le territoire, mais la singularité de l’île d’Yeu, c’est qu’il s’agit d’un espace qui possède une diversité paysagère et patrimoniale concentrée sur une surface relativement réduite. Or comment préserver et mettre en valeur la diversité de ce monde miniature ? A titre d’exemple, l’archéologie se développe de plus en plus, car sur un plan historique, l’île s’apparente là aussi à un concentré d’histoire.

Campagne archéologique réalisée en 2013 sur la côte rocheuse

La culture en mer, un secteur à la fois très encadré mais en devenir

Certes, tout ceci demande des moyens humains et financiers, mais les bases sont là. Il y a toujours eu une culture de la protection et de l’innovation sur l’île. Dans le monde actuel globalisé, cet espace possède une échelle territoriale privilégiée pour tester et pérenniser des expérimentations de toutes sortes dans des domaines divers.

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Ceci est à mettre directement en lien avec le secteur de la formation et de la recherche qui sont désormais indissociables. Ils se placent dans une logique d’innovation et de prospective, et leurs retombées peuvent bénéficier au plus grand nombre à condition d’être en phase avec le tissu local. Les possibilités sont nombreuses : cela va de la production d’énergie, la mise en valeur d’espaces protégés, en passant par l’utilisation rationnelle du bâti… A titre d’exemple un parc d’éoliennes offshore est actuellement en projet à mi-distance entre l’île d’Yeu et Noirmoutier. Ce système n’a jamais été encore testé en France. Sans être une solution miracle, et en dépits de son coût exorbitant, ce type d’initiative a au moins le mérite de créer une réflexion autour de l’apport de secteurs d’activités « nouveaux ». Ce projet, non encore arbitré, prévoit la construction, à l'horizon 2015, de 96 éoliennes de 150 mètres de haut, enfouies sous l'eau à plus de 30 mètres, réparties sur une aire de 8 km par 12 entre les deux îles vendéennes. Les différents partisans et opposants à ce projet s’attaquent mutuellement à coup de photomontages pour évaluer ses conséquences visuelles, en particulier depuis la Pointe du But, l’un des plus beaux sites de l’île. Pour les uns il s’agira d’un gouffre financier qui va « défigurer le paysage » et bouleverser les fonds marins. Pour d’autres, un tel parc s’inscrit dans une « marche vers la modernité ». En effet, ce parc pourrait produire 576 Mégawatts par an, ce qui correspond à la consommation de 680 000 foyers, tout en permettant la création de 350 à 500 emplois dans la région,

dont une équipe technique de maintenance présente à l’année sur l ’île d’Yeu. Il s’a girait de bateaux qui se rendent quotidiennement sur site afin de nettoyer les installations de vérifier si tout fonctionne. Cela représente un parc de quatre à cinq navires dont le port d’attache serait PortJoinville. Il est normal que ce genre de projet ne fasse pas l’unanimité. Cependant cela ouvre le débat sur l’impact environnemental de ces technologies dites « futures ».

Le site du magazine écologiste terraeco.net publie... un photomontage, élaboré par la société WPD, porteuse du projet, qui montre ce "à quoi devrait réellement ressembler le parc éolien offshore vu de la pointe de l'île d'Yeu".

Pour les opposants au projet, l’impact visuel sera beaucoup plus conséquent

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De manière plus large et étendu à plusieurs domaines, ce type d’expérimentations a la particularité de servir non seulement le territoire local, mais également d’assurer un rayonnement vers l’extérieur. Cela permettrait de rester dans la tradition islaise ancestrale qui a toujours visée à mettre en place un développement économique singulier, mais cette fois en devançant les avancées technologiques continentales au lieu de les rattraper. En effet, le secteur de l ’innovation et de la recherche est porteur dans l’espace et dans le temps. Il a la capacité d’attirer à lui des personnes venant d’horizons différents, avec une formation et un pouvoir d’achat relativement élevé, tout en offrant à la population locale la possibilité d’entrevoir un avenir et des débouchés. Dans cette idée, l’île de Samsø, au Danemark constitue la vitrine du moment en termes d’innovation et d’expérimentation, en particulier pour les énergies renouvelables. Tous les projets touchent directement à l’utilisation et la production d’énergie renouvelable (éolien, réseau de chauffage bois, réseau de chauffage paille, bois et paille étant produits localement, chauffage solaire et thermique, véhicules électriques ou innovants comme ce vélo utilisant l’énergie du vent..). Ces projets sont très « dans le vent » actuellement, mais l’intérêt du parti osé par cette île, c’est d’avoir su créer des évènements autour de ces technologies en attirant sur le territoire de nombreux spécialistes, et en organisant toute l’année des conférences, notamment via l’académie de l’énergie.

L’académie de l’énergie à Samsø ; un point de rencontre pour les entreprises, les institutions académiques, les organisations de l´énergie, et les hommes politiques

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L’île d’Yeu pourrait elle aussi devenir un territoire exemplaire, démonstrateur d’innovations. Cela consisterait à faire de l’île un territoire économiquement attractif avec des objectifs multiples :

Former et créer créer des emplois dans des domaines variés et porteurs d’avenir

Rendre l’île attractive pour le tourisme touris me professionnel hors saison.

Bénéficier de nouvelles technologies de pointe, pointe, avant leur déploiement sur le territoire national

En effet, l’île peut se vanter d’avoi r des atouts essentiels pour mettre en œuvre des projets novateurs et expérimentaux: Par essence, l’île est un territoire de bonne taille, géographiquement délimité avec des fluctuations résidentielles intéressantes, liées à la saisonnalité. Ces flux de biens et de personnes sont facilement identifiables et donc bien adaptés à des expérimentations sur-mesure. Plusieurs entreprises de l’île sont déjà engagées dans cette logique en variant leurs secteurs d’activité en fonction des périodes. Par exemple, un loueur-réparateur de vélo propose également d’autres gammes de service et de matériel comme les deux roues motorisés ou les tondeuses. Il propose également aux clients d’entretenir ce matériel à domicile toute l’année, de façon à ce qu’il soit opérationnel et immédiatement utilisable. Ensuite, l ’île forme une seule commune, un seul canton. Ceci permet unité de gouvernance, ce qui est très rare dans le territoire, y compris dans d’autres îles qui sont constituées de plusieurs communes qui doivent s’entendre sur la politique à mener. On sait que les querelles de clochers sont bien souvent un frein à l’innovation dû aux délais interminables pour mettre en place un politique commune. Les islais ont prouvé de tout temps qu’ils étaient capables de s’adapter, à leur façon, aux réalités du monde extérieures, tout en sachant tirer profit des innovations. Ce qui fait de l’île un environnement favorable aux

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expérimentations, tant qu’elles se font dans le respect des traditions ancestrales. A travers ces atouts, c’est toute une politique d’utilisation rationnelle du territoire qui peut s’appliquer. Il s’agit de consommer mieux, consommer moins, produire de l’énergie et la stocker. Différents projets qui pourraient ainsi être développé à court, moyen et long terme selon deux grands axes ; à la fois l ’autosuffisance énergétique énergétique et les nouvelles technologies technologies avec les possibilités offertes par le futur Très Haut Débit qui devrait voir le jour sur l’île d’ici deux à trois ans. L’avantage de cette politique et des projets qui en découlent, c’est qu’au-delà de l’aspect « expérimental », ils touchent la vie de tous les jours. Chaque citoyen est donc concerné, ce qui peut faciliter leur mise en route. De plus ces projets engagent une vraie réflexion, sur la manière d’habiter, de tra vailler dans le territoire et ont un impact sur les formes architecturales.

Schéma de développement proposé

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Autosuffisance énergétique traduite en projet :

amont la réflexion sur le partage des flux énergétiques dès le stade de l’aménagement urbain globale.

La construction et la réhabilitation de l’habitat nécessite de mettre en place un système de consommation dits « intelligents » pour l’utilisation de l’eau et de l’électricité. Chaque habitation pourrait se doter d’outil permettant de produire de mutualiser et de stocker cette énergie. Ceci peut aboutir à une organisation de la consommation, voire la production énergétique à l’ensemble du territoire. En effet, c’est un triplement du prix de l’électricité qui s’annonce d’ici 20 ans, du fait des investissements dans les énergies « propres » et la pression européenne pour développer la concurrence en interdisant les subventions. Actuellement Pour une unité d’électricité consommée, il faut environs 2,6 unités de production primaire, du fait des fortes pertes, notamment dans le transport. L’urgence est donc de consommer moins, de construire mieux et de produire local. La question de la maîtrise de la consommation ne peut être dissociée de la question de la production, et cela dès la réflexion architecturale. Produire, conserver et stocker la chaleur dans la lignée des nouvelles réglementations thermique en vigueur nécessite une profonde évolution des habitudes actuelles ce qui n’est pas aisé. En effet, équiper les nouvelles constructions en respectant les obligations de la RT 2012, désormais obligatoire au dépôt de tout nouveau permis de construire, entraine pour les propriétaires des surcouts d’études et d’équipements, et pour les professionnels, une évolution des pratiques. Ceci implique de développer en

L'injection d'électricité d'origine renouvelable produite sous différentes formes est malgré tout idéale dans ce territoire. Que ce soit via le photovoltaïque, la géothermie, la valorisation énergétique des déchets verts et de la biomasse, l’énergie du vent ou celle de la énergie de la houle, le territoire doit à terme devenir autonome, car il en possède les ingrédients.

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Origine et comportement des sources ĂŠnergĂŠtiques :

Source : Envirobat Center

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Cela implique d’en finir tôt ou tard avec le sacro-saint « tout parpaing » encore majoritaire actuellement. Que ce soit avec des maisons en paille, en terre, en brique, à ossature bois ou avec d’autres types de matériaux isolants, il faut, diversifier la gamme de matériaux utilisés, tout en élargissant les qualifications liées au secteur du bâtiment. Les solutions ne manquent pas. Il suffit de regarder les méthodes ancestrales pour s’en rendre compte.

En parallèle, il est nécessaire de développer différents type de mobilités, en particulier avec la généralisation des véhicules électriques sur l’île (scooters, motos, automobiles, camions). Les distances à parcourir sont assez faibles dans ce territoire. Face au prix particulièrement élevé du carburant, ce type de véhicule pourrait semble idéal. Il faut toutefois évaluer la façon de le mettre en place, par exemple en couplant à des systèmes de rechargement classique d’autre novateurs comme les batteries au lithium, à rechargement rapide, faciles à recycler par la suite. Différents types de véhicules électriques actuellement présents sur le marché

Constructions islaises actuelles à ossatures bois

Source : EV World

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Réfléchir à la mise en place de systèmes de dessalement des eaux de mer. A une époque où l ’or bleu devient une denrée de plus en plus rare, l’utilisation à grande échelle de ce type de système pourrait se révéler fondamental dans le futur.

Dans un 1er temps il s’agira de faire un suivi de la consommation du bâtiment et de ses occupants. Dans un 2ème temps il faudra, influencer la consommation des habitants et d’adapter les habitations en fonction de la consommation et des habitudes des consommateurs. Enfin, dans un 3ème temps, les habitations pourront être reliées être reliée à des systèmes de production / stockage d’énergie. Ces sortes de « boites énergétiques » pourraient combiner différents systèmes et fonctions comme l’utilisation de l’éolien, des panneaux photovoltaïques ou la recharge des véhicules électriques, par exemple. Le consommateur pourrait choisir d’envoyer ou de puiser l ’énergie produite ou stockée dans ces boites énergétiques à des heures idéalement choisies (faible consommation à un instant T par le bâtiment concerné, pics de consommation nationaux…)

Principe de la désalinisation source http://eduterre.ens-lyon.fr

Une meilleure consommation et une réduction de la consommation nécessite de bien connaitre les cycles de celleci. Bien sûr, tout ceci ne peut pas se faire d’un coup et c’est tout un processus de transformation qui est à mettre en place par étape.

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Une mutation spatiale et professionnelle orientée vers les possibilités possibilités offertes par les nouvelles technologies : L’accès semble-t-il prochain au Très Haut Débit peut potentiellement permettre une véritable mutation du monde du travail, si le phénomène est suffisamment anticipé. Les projets professionnels qui en découlent peuvent estomper progressivement les barrières liées au caractère insulaire et tout en évitant une fracture numérique qui aurait des conséquences coûteuses et irréversibles pour le développement du territoire. La question se pose dans de nombreux territoire actuellement et l’exemple de l’île d’Yeu est un bon moyen d’identifier les professions et activités qui peuvent se développer via ce type de technologies, ainsi que leur impact dans le territoire et son aménagement.

En effet, l ’accès au très haut débit peut permettre d’expérimenter puis des généraliser. De plus, faire de l ’île d’Yeu un territoire de développement des usages numériques permettrait de réduire la fracture insulaire en termes d’enseignement, formation, santé et d’ouvrir ainsi le développement de nouvelles activités, économiques non contraintes par la géographie Les projets liés à la ville numérique (en particulier bureaux d’études, prestations Internet, télémédecine, télémaintenance éducation et formation à distance), ont potentiellement un impact direct sur le quotidien des personnes avec renforcement de l'action des services publics et des services sociaux, comme le développement de l’assistance médicale à distance, qui permet un maintien à domicile en évitant des déplacements long et coûteux.

La ville numérique… insulaire

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La mutation numérique traduite en projets : Développer des projets autour de la vie numérique, c’est faire bénéficier les résidents d’un accès facile à de nombreux services et technologies. Ceci peut se traduire par le développement des services publics en visioconférence (impôts, CAF, etc.), on encore la possibilité pour les parents d’élèves de communiquer a vec des professeurs en déplacement. Ce genre de projet peut se concrétiser via la création de salles numériques communes , toutes équipées où pourraient se mêler le télétravail et la télé conférence. Ces espaces permettraient en outre le développement d’un tourisme de comité d’entreprise ou de séminaire à travers des conférences régulières, tout en en faisant bénéficier les résidents.

Des espaces communs intégrant la visio conférence comme une pratique courante

La ville numérique c’est aussi une articulation entre différents aspects de la vie du territoire avec la possibilité de coupler économie, formation et recherche à plusieurs domaines. Sur l’île d’Yeu, ceci peut se traduire par un pôle d’activité orienté autour des métiers de la mer et de la nature (aquaculture, agri culture expérimentale) avec une articulation entre formations supérieures, via l’école des pêches et la recherche en laboratoires. De plus, nature et agriculture ne doivent pas être oubliées, même si les surfaces agricoles n’occupent plus que 6 % du territoire. En revanche, les friches, principalement situées dans des zones inconstructibles représente 30% de la surface du territoire et ce phénomène a tendance à augmenter. La mise en valeur de la terre est une ressource à ne pas négliger, à condition de la coupler a vec d’autres domaines. Ces activités, présentes toute l’année, profiteraient à la fois à la fois aux populations locales ainsi qu’aux personnes avec un « désir d’île » et souhaitant s’installer dans le territoire.

Exemple de zone agricole partagée sur l’île d’yeu, prélude à une utilisation mutualisée de l’espace

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En parallèle, développer la vie numérique c’est aussi stimuler les activités autour de la téléformation, à la fois pour préparer des formations, accéder à des bases de données, ou dans le domaine médical, avoir un contact avec un spécialiste à distance grâce au télédiagnostic. Ce genre de territoire relativement isolé pourrait bénéficier de télé expertise permettant de faciliter la communication entre un médecin de l’île et un spécialiste de manière à limiter les transferts de personnes sur le contient et élargir les compétences des médecins locaux, ce qui s’avère essentiel dans des territoires où les déserts médicaux se multiplient, en particulier lorsqu’il y a un nombre important de personnes âgées, ou à mobilité réduite. Faciliter le maintien à domicile des personnes et assurer un suivi régulier de leur état de santé via la transmission d’images élevées pourraient constituer une vraie révolution dans le domaine de la santé et du service à la personne. Le vieillissement de la population apparaît souvent comme un handicap. On oublie parfois qu’il constitue également une source de richesse potentielle.

Enfin, la vie numérique c’est aussi la « réalité augmentée » utilisable à la fois dans un cadre touristique, mais aussi de formation de haut niveau. Dans un « monde réduit » comme ici, c’est l’occasion de faire du sur-mesure permanant et optimiser au mieux la consommation. Des appareils spécifiques seraient capables de décaler la période de rechargement des batteries, en fonction des périodes d’utilisation. Le territoire resterait ainsi préservé, mais tout en étant en phase avec le système des flux actuels et la transmission instantanée.

Une connexion très optimisées aux différents réseaux, qui préserve l’isolement spatial insulaire.

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Tous les projets cités, nécessitent une communication étroite entre la commune, les institutions et les sociétés privées, le tout avec le concoure des habitants. Or dans un territoire relativement peu peuplé à l’année, ce genre de communication est facilitée par le fait que ces différents acteurs se connaissent déjà et qu’une dynamique d’entraide est déjà en place depuis des générations. Entendons-nous bien, il ne s’a git pas de catapulter, pour le plaisir, des technologies nouvelles parce que la chose serait dans l’air du temps. Au contraire, il s’agit de mettre ces outils au service des spécificités du tissu urbain et du savoir-faire ancestralement présent, que ce soit dans le domaine de la pêche, de la construction de l’agriculture, de l’alimentation ou de l’artisanat. C’est une manière de leur permettre d’être en phase avec les exigences actuelles, mais en gardant une autonomie réelle, voire un isolement, qui garanti la préservation de l’identité. Au niveau de l’aménagement urbain, ces projets auront un impact direct sur la façon de vivre, d’habiter et de partager ce territoire. La création d’espaces de vie communs (intérieurs ou extérieurs) est en outre une manière de réintégrer le citoyen dans la gestion de l’espace. Nous retrouvons donc une vieille problématique inhérente à l’île : celle qui vise à donner du sens au progrès en adaptant une forme d’habitat spécifique aux technologies disponibles.

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4) Un équilibre à trouver entre activité activités tés, autonomie et gestion du foncier La figure de l’île est exemplaire pour les aménagements territoriaux des années futures. L’ambigüité entre l’aménagement de l ’espace au sens strict du terme, et la culture de la diversité des territoires, y est poussée à son comble. Le dialogue entre réel et imaginaire doit lui aussi se poursuivre sur les bases géographiques insulaires concrètes. Cet élément est essentiel car une île doit faire rêver ! Elle doit jouer le rôle de contrepoints vis-à-vis d’un monde continental. On le constate bien, l’île d’Yeu, à l ’image de tout territoire insulaire forme un tout bien défini mais assez complexe avec un ancrage identitaire fort, fait entre autre, d’un curieux mélange de légendes et de religion.

Saint Amand de l’île d’Yeu mettant en fuite le monstre. Depuis, plus aucun serpent venimeux n’est présent sur le territoire

Dire qu’il faut protéger et préserver les qualités paysagères et patrimoniales ne suffit pas. Une île c’est le territoire d’une société vivante et mobile. On a bien vu que durant qu’au cours des siècles, la population insulaire n’a jamais été ni totalement fixes ni absolument monolithiques, contrairement à ce que la notion d’insularité tend à faire croire dans l’i nconscient collectif. Protéger un territoire, c’est donc l’adapter aux réalités actuelle en maintenant les solidarités humaines ; des solidarités qui ont montré par le passé toute leurs forces et qui ne doi vent pas se rédui re à un folklore local quelque peu désuet. L’île d’Yeu est monde à toute petite échelle dont la variété doit être entretenue (comme une maison et son jardin). Chaque élément du paysage, naturel ou bâti, a sa place car il est constitutif de l’identité, même si depuis 40 ans c’est une forme d’esthétique de l’artificiel qui prime. La société insulaire est tout-à-fait capable perdurer dans la complémentarité d’un cœur attractif fixe, mais intégré dans au système complexe de mobilité des personnes et des biens. Cependant, ce système d’ancra ge et de mouvement, doit d’abord être reconnu et organisé. À cause, ou grâce à sa frontière maritime intangible, l’île est régie par un mode binaire (le dedans/le dehors) qui au final s’accorde plutôt bien avec les besoins sociaux actuels de mobilité individuelle faite d’ouverture sur la totalité du monde et de repli temporel dans la clôture rassurante de l’île.

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Ces modèles doivent autant que possible pouvoir être utilisés par toutes les catégories socioprofessionnelles, résident locaux ou estivant, car c’est la seule façon d’assurer la fameuse mixité dont le territoire a besoin pour ne pas se scléroser. La nécessité d’ouverture, il est possible de la retrouver à travers la mise en commun d’espaces de travail semipublic, et d’espaces « détentes » ainsi que dans les systèmes de production énergétique intégrés aux cœurs urbains. Toutefois, l’envie d’intimité et de repli voulue par tous doit être elle aussi préservée, et le cadre générale de la proposition doit rester suffisamment souples et ouvert.

L’île comme tel un monde prisé car fini, entouré de chutes d’eau !

Ce monde doit faire rêver, et surtout ne pas négliger les nécessaires solidarités qui seront incontournables dans le monde à venir. Cela concerne aussi bien le monde professionnel que dans la gestion des espaces. Cette logique de partage, d’ouverture et de repli, doit pouvoir se retrouver dans les modèles urbains et architecturaux à promouvoir.

Ceci s’inscrit totalement dans la tradition islaise ou la compacité des constructions assurait des garanties de protection pour l’intimité personnelle et vis-à-vis du climat. Les constructions étaient alors principalement soumises à trois facteurs : le climat, le type de sol, le mode de vie des gens. Cela n’a pas tant changé depuis. La traduction des éléments « vernaculaires » de l’ancien vers le nouveau, doit cependant être capable de dépasser la logique de « restitution » esthétique, pseudo nostalgiques qui ne produira que formes dépassées avec des techniques d’un autre âge, totalement inadaptées aux besoins énergétiques et sociaux-professionnelle que nous tentons tant bien que mal d’identifier.

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Pour ce qui est dans l’intégration de la production énergétique des constructions dans ce contexte, il faut voir les choses comme la nécessité de créer des « boites à énergie », non pas dans une logique purement bobo-écolos mais comme une obligation pour l’habitat du futur.

Formes et techniques actuelles dans les constructions contemporaines

Retranscris à notre époque, dans le contexte actuel, tous les éléments sont réunis pour faire émerger des formes innovantes et créer des évènements architecturaux répartis dans l’île, comme ce fut le cas au début du XXème siècle avec la construction des premières villas d’estivants. Cette logique doit s’appliquer et s’adapter aussi bien à la restructuration de cœurs urbains ancestraux qu’à la création de nouveaux espaces urbanisés. Il ne s’agit pas de réaliser une architecture de pastiche mais une architecture sincère et moderne et exprimant une identité régionale qui ne nuira pas aux modes de vies des personnes.

Nécessitée de créer de évènements architecturaux pour susciter l’envie d’innover

Les techniques à venir vont permettre à plus ou moins long terme une indépendance énergétique des constructions, et cela à des coûts relativement réduits, même si ce n’est pas le cas pour l’instant. Nous avons constaté que l’île était idéale pour devancer ces avancées technologiques en les intégrant directement dans la réflexion urbaine, en particulier dans une logique d’expérimentation à l’échelle territoriale. Or, ce type d’équipement aura un impact direct dans le paysage et dans le quotidien de chacun. Il convient donc de l’intégrer comme il se doit en amont dans la réflexion présente. Cette intégration ne doit pas se faire de manière

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uniquement chauvine dans une logique de chacun pour soi, mais davantage dans une forme de mutualisation des systèmes à l’échelle des cœurs urbains.

permet le déroulement du processus de la création d’activité, en intégrant les incertitudes liées à la précarité initiale et les dimensions non économiques du projet.

Les techniques disponibles sont assez nombreuses et ils convient d’identifier celles qui sont le plus pertinentes, en tenant compte de l’intégration, tout en évitant les gadgets du genre, comme (trop) souvent les panneaux solaires qui s’apparentent plus à un plaquage de technologie kitch sur des constructions, plutôt que sur une réflexion globale sur la question. De même sur un plan sociologique, ce genre d’équipements autonomes vise à inciter les personnes concernées à s’entendre sur leur utilisation, leurs entretiens et leur adaptation aux besoins réels. Les règles de vivre ensembles, d’entretien des espaces communs reste essentielles, même si certains pourront penser qu’il s’agit d’un vœu pieux dans une monde ultra individualiste.

Luc Schuiten et ses « villes végétales » qui expriment assez bien la capacité de rêver dont l’homme aura besoin pour faire face aux défis écologiques, économiques et culturels de notre époque

Enfin, au niveau des impacts sociaux-professionnels, la question du lieu de travail, doit elle aussi être directement intégrer à la réflexion. Séparer totalement lieu d’habitation et lieu de travail n’est absolument pas pertinent. Qui plus est dans les domaines de l’innovation, de la formation et des la recherche, les liens entre personnes doivent être resserrés. Ainsi, la mise en place de locaux professionnels dans le projet d’habitat urbain apparaît comme nécessaire dans un cadre expérimental adaptable. En effet, l’expérimentation montre qu’un cadre souple et ouvert dans l ’accompagnement des projets professionnels

L’innovation et la pluriactivité prônée interroge en effet le modèle de travail et ses valeurs. L’expérimentation montre que les projets sont souvent en décalage avec la vision de l’activité économique du territoire portée par les acteurs institutionnels. Accompagner la pluriactivité demande plus qu’une adaptation instrumentale des dispositifs : il s’agit d’un projet social, qui implique de repenser la place des acteurs dans le processus et de laisser émerger les potentialités d’innovation contenues dans des pratiques de travail singulières, que permettraient la création de locaux adaptés.

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IV. VERS UNE PROPOSITION DE NOUVELLE TYPOLOGIE MODERNE TRADITIONNELLE. TRADITIONNELLE.

Le 1er modèle conduit à proposer des bâtiments de types paysagers. paysagers . Ceci constitue une sorte de vernaculaire contemporain qui réinterprète la forme du site et du paysage environnant à l’intérieur des constructions. C’est une sorte de disparition, fusion dans la nature ! Cette méthode donne une impression d’intégration totale au site et à ses particularités, tout en tirant parti au maximum de ses atouts naturels en termes de production énergétiques, en particulier grâce au vent, à l’ensoleillement et à la géothermie.

1) Mise corrélation des objectifs de développements futurs avec avec des formes urbaines adaptées adaptées Il s’a git désormais d’explorer les formes urbaines et architecturales qui peuvent découler de la traduction contemporaine des caractéristiques vernaculaire des modèles ancestraux. Plusieurs types de propositions peuvent émerger de cette méthode. Elle doit être capable d’intégrer à sa composition les éléments socioculturels insulaire que nous nous sommes efforcé de décrire. Compte-tenu de l’importance du patrimoine bâti et naturel local, nous situerons nos propositions dans un « cadre » avec pour référence trois modèles « opposés », mais qui renvoient à leur façon à la tradition vernaculaire.

Schéma d’une construction de type « paysagère »

Cette méthode fait référence aux trois monuments emblématiques de l’île que sont Le V ieux Château, La Citadelle et l’église de Saint-Sauveur. Chacun à leur façon ces monuments font corps avec le paysage naturel. Ils en épousent les formes et profitent au maximum du relief naturel pour assurer leur fonction. 136


Le V ieux Château,

Il est placé sur une pointe rocheuse difficilement accessible, qui assure une protection naturelle, dont la forme des tours et des murs créent le prolongement. Son fossé protecteur, creusé par les hommes a fourni une partie des matériaux nécessaires à son édification. Il en va de même, pour l’enceinte bastionnée, aujourd’hui en parti recouverte, qui se trouve autour du site et qui épouse le relief de la lande environnante. Une nouvelle passerelle très contemporaine dans sa conception et ses matériaux, réalisée par les compagnons de Saint-Jacques, assure actuellement l’accès à l’ancienne forteresse, y compris aux personnes à mobilité réduite. Cet exemple montre que la confrontation entre les époques et les techniques est parfois bien préférable à une architecture historiciste comme c’était le cas avec la passerelle précédente. Le nouvel accès, par sa légèreté donne

l’impression de « disparaître » ce qui met davantage en valeur le château.

Vue de puis le fossé

Vue aérienne montrant le château et son enceinte bastionnée

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L’Eglise de Saint-Sauveur,

Construite sur le point le plus haut de l’île, l’église assure une fonction de repère à la fois géographique et spirituel. Elle semble s’élever avec l’île. Jusqu’en 1953, son clocher était pourvu d’une haute flèche en ardoise, malheureusement foudroyée depuis.

Elle servait d’amer aux navigateurs grâce à sa forme caractéristique visible de loin, ce qui en faisait un édifice hautement symbolique. L’adjonction tardive d’une petite sacristie sur le flanc du transept sud, dans une forme ni historiciste ni contemporaine, a prolongé la complexification du plan, même si le résultat final n’est pas forcément très convaincant.

Face sud de l’église de Saint-Sauver, état actuel

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La Citadelle,

Une véritable « île dans l’île ». Elle est entourée d’un fossé et d’un bois très dense ce qui a tendance à la faire disparaître dans le paysage avec son plan massé. Cette matérialité très dense permet une intégration maximale dans le site. Ceci est dû à l’ancienne fonction militaire de la construction qui devait « isoler » le bâtiment et ses occupants du reste de l’île, tout en le protégeant d’éventuels tires d’artillerie lourde. Si le fort assurait les fonctionnalités d’un espace militaire, le souci du décor n’est pas pour autant absent, en particulier avec le contraste entre le gros-œuvre en pierres

granitique locale et les encadrements de baies et angles qui eux sont constitué de pierres calcaires importées. Cette polychromie montre que quelques détails suffisent pour créer une architecture avec une réelle identité en prolongement des formes de la nature.

Le fort, faisant corps avec la nature

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Plans, coupe élévation du fort de la Pierre Levée, archives Direction du Patrimoine, Paris

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A l’opposé de ces « bâtiments paysages », on trouve les bâtiments dit « archétype ».

Exemple de traitement « archétypale » des bâtiments

Ils forment un autre visage de la traduction vernaculaire en reprenant et en traduisant l’héritage ancestrale par la reprise de certaines de ses formes caractéristiques. Attention, les formes ne sont pas juste « copiées » comme c’est le cas actuellement pour de nombreuses constructions contemporaines de l’île. Dans ce type d’architecture, il s’agit avant tout de se réapproprier une forme « iconique » caractéristique de la culture locale pour la réinjecter dans la construction nouvelle. On peut également reprendre des matériaux types, s’inspirer d’un plan ancien ou d’un mode d’organisation des constructions les unes par rapport aux autres.

Schéma d’organisation classique des constructions que l’on retrouve dans les constructions islaises ancestrale

Reprise de ce schéma en inversant certains éléments par rapport au modèle d’origine (toitures, ouvertures)

Construction islaise récente utilisant et détournant des éléments du répertoire architectural local

On trouve assez peu d’exemple de ce type d’architecture sur l’île, à l’exception des deux phares reconstruits après la Seconde Guerre Mondiale, ainsi qu’une chapelle datant de la même époque. 141


Exemple : Maison Individuelle (1991) Architecte : Jacques Lucan, Cette maison d’un surface de 170 m² est faite de trois corps de bâtiment principaux, de trois maisons, toutes d’une largeur égale (5,60 mètres, extérieurement), décalées les unes par rapport aux autres. Les trois maisons entourent une terrasse orientée vers le sud et légèrement surélevée par rapport au sol naturel

Plan du niveau RDC illustrant bien les 3 corps de bâtiments de type « islais », encadrant une terrasse.

Cette terrasse est comme une pièce à ciel ouvert, dimension quasiment identique à une maison, lieu de vie de rassemblement. Les 3 maisons sont analogues; elles se ressemblent (mêmes toitures, mêmes pignons, mêmes ouvertures), mais la disposition des maisons les unes par rapport aux autres produit une multiplicité de points de vue et d’approches dans une logique à la fois d’unité et de diversité

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Le phare dit des « Corbeaux »

La chapelle Notre-Dame de la Paix

Élevée en 1945 pour célébrer la fin de la guerre. Elle utilise le vocabulaire de l’architecture médiévale (contrefort d’angle, clocher sur pignon, voûte en berceau, niches et baies en plein ceinte) mais en la traitant avec la rigidité formelle des années trente.

Il est conçu d’une tourelle polygonale dont la rigueur moderne est tempérée par le pittoresque petit bâtiment qui la flanque avec son toit débordant à deux versants avec des tuiles creuses.

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Entre ces deux modèles, on trouve ce que l’on appelle « l’actualisation » de la construction. Il s’agit de l’ajout d’éléments contemporains à une architecture ancestrale, en l’inscrivant dans une rupture stylistique par rapport à l’aspect architectural d’ori gine. Cela concerne en particulier la modernisation fonctionnelle d’un bâtiment.

Le sémaphore, avant et après sa transformation

Là aussi, on compte peu d’exemples sur l’île, à l’exception du Sémaphore de la justice ; une grosse tour ronde bâtie en hauteur, le long des côtes en 1903 pour surveiller la navi gation et qui conserve encore aujourd’hui sa fonction. Propriété de l ’armée, la tour a été surélevée en 1982 pour améliorer la visibilité. Cette surélévation tranche avec l’aspect d’origine de la construction mais se marie bien avec elle en lui donnant un véritable « couronnement ».

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Dans un autre registre, on peut également évoquer la gare maritime de Port Joinville, dont le bâtiment d’origine date de 1983. La forme de ce bâtiment rectangulaire allongée était uniquement fonctionnelle, ce qui lui a valu le qualificatif de blockhaus. Au début des années 90, il a été couvert d’un toit à deux versant en tuiles canal caractéristiques de l’île, mais sans justification autre qu’esthétique. On hérite ainsi d’un contraste particulier, entre un bâtiment fonctionnel et une toiture « inutile », contraste renforcé ces dernières années avec la construction d’adjonctions en verre pour moderniser la gare avec l ’arrivée des deux catamarans. Le résultat n’est pas particulièrement convaincant, mais cet exemple s’inscrit malgré tout dans ce schéma dit d’actualisation.

L’objectif est de présenter trois propositions d’aménagement qui suivent ces principes d’utilisation du vernaculaire et de la mémoire collective dans la création architecturale. Le choix des emplacements se fera en respectant les consignes du PLU en cour de validation. Dans tout les cas, il s’agira d’enrichir le patrimoine architectural du territoire, de créer des évènements , mais avec une fonctionnalité bien réelle qui tiendra compte de envies de vivre et d’habiter dans une île comme celle-ci au XXIème siècle.

Vue de la gare maritime, état actuel

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2) Qu���estQu’est-ce qu’habiter ce territoire en terme de cheminement et de densité ? On a constaté que l’île et sa condition constituent une figure idéalisée dans la mémoire collective. Cette figure est essentiellement le produit d’une culture occidentale continentale qui face aux problèmes du monde actuel, cherche à (re)trouver une forme de jardin d’Eden, coupé du reste du monde et de ses préoccupations. Comme si une île pouvait apparaître comme un reliquat heureux d’une société issue du fond des âges et protégée des méfaits du progrès par son isolement marin.

L’île d’Yeu, à l’image de ses consœurs du Ponant est souvent perçue, parfois à juste titre, comme archaïque, mais sans que ce terme ait une connotation réellement péjorative. En effet, dans une île, le temps se déroule autrement. Il est également perçu autrement. Malgré les transformations des quarante dernières années, l’île d’Yeu est toujours vue comme un milieu naturel et humain exotique, différent du reste du monde. Même dans une société devenue entièrement urbaine, une île est encore imaginée et espérée comme l’envers du monde citadin continental. Pourtant, on a largement compris qu’en réalité, les espaces insulaires sont de plus en plus étroitement intégrés aux systèmes économiques, sociaux et culturels continentaux.

En cela, les touristes et les excursionnistes, apprécient le retard d’une île dans les processus de modernisation, à l’inverse des populations locales pour qui cette situation fait office d’handicap. En terme socio-économiques, les systèmes touristiques insulaires sont originaux car contrairement aux littoraux continentaux, ils sont essentiellement fondés sur l’attrait d’un vieux mythe territorial qui reprend de l’usage depuis quelques décennies: celui d’une l’île paradis ! Une l’île qui serait un moyen privilégié pour revenir aux sources de l’humanité, une île qui serait considérée comme un lieu extraordinaire car placé hors de la marche irréductible du temps, d’une île qui fait naître la nostalgie des temps anciens.

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C’est là tout le paradoxe d’aujourd’hui. Plus l ’île perd en insularité (isolement matériel culturel), plus elle gagne aux regards des continentaux en entité à part. Rien que le processus qui consiste à prendre la décision d’aller à l’île d’Yeu peut être décrit comme découlant du souhait de vivre une expérience un peu particulière (ou même extraordinaire) par rapport à ce qu’offrent les choi x géographiques habituels de loisirs.

même bien approvisionnée, on ne peut pas satisfaire immédiatement tous ses désirs. Une île impose des limites à la démesure humaine. Dans l’inconscient collectif, c’est un territoire qui résiste (encore un peu) à la société de consommation et de communication. Régulièrement, l’île se retrouve encore coupée du continent en cas de fortes tempêtes qui empêche les bateaux d’effectuer les liaisons maritime avec le continent. Lorsque l’on se rend sur cette île, on ne peut pas savoir avec certitude quand on va repartir car il y a (encore) la nature qui peut décider à notre place

Il s’agit d’effectuer une intrusion dans un territoire où l’on imagine naïvement mais sincèrement que les indi vidus sont encore les héritiers d’un état primitif, en paix avec euxmêmes et avec la nature et que cet état est susceptible d’être partagé par tout nouvel arrivant si celui-ci accepte de se soumettre à certaines conditions. Pour les urbanistes, il est intéressant de constater que cette insularité quasi mythique est actuellement de plus en plus réactivée par les nouvelles relations de distance. Tandis que nous vivons dans un monde où les distances ont tendance à être abolies par l’immédiateté des connexion et des liaisons à la surface de la planète, l’île d’Yeu de par l’étendue marine qui la sépare du continent, apparaît comme un territoire géographique qui matérialise, au moins symboliquement l’idée de distance, de rupture spatiale (et temporelle).

La tempête au Vieux Château, image retouchée du début XXème siècle qui accentue la sensation d’isolement propre à ce territoire, renforçant ainsi son aspect « fascinant »

C’est un espace à part où l’on trouve encore ce dont nous sommes en train d’être privés, à savoir la distance, l’attente, la coupure et aussi l’austérité, car dans une île,

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Certes cette vision est à relativiser car les liaisons par hélicoptères sont pratiquement toujours assurées. En cas d’accident ou de problème de santé grave, cet hélicoptère assure en 15 minutes une liaison avec un hôpital du continent, ce qui est largement supérieur aux délais que prend ce type de trajet dans de nombreuses zones continentales. La notion d’isolement est désormais plus symbolique que physique, mais c’est ce qui compte. D’ailleurs, pendant longtemps, certains propriétaires ont délibérément conservé un environnement quasi monacal (absence de chauffage, d’eau courante, d’électricité ou de téléphone). Encore aujourd’hui, certains refuse d’installer des connexions internet à l’intérieure des habitations, de façon à maintenir « artificiellement » la coupure avec le monde réel. C’est certainement dans ce contraste entre les contraintes liées à la géographie insulaire, que la technique ne peut pas totalement réduire, et la richesse de la construction culturelle de l’île dans l’imaginaire occidental, que réside l’un des fondements de la magie de d’un désir d’île aujourd’hui . L’une des caractéristiques sensibles que l’on éprouve dans ce genre d’environnement relativement réduit, c’est la finalité de son territoire. Peu importe le mode de déplacement utilisé (à pied, à vélo ou autre…) On peut aller dans n’importe quelles directions, au hasard, se perdre volontairement ou non. On retrouvera tôt ou tard sa route. On (ne) peut (pas) s’y perdre éternellement. Par ailleurs c’est un territoire dont on peut avoir avec le temps une vision

d’ensemble « finie » dès lors que l ’on connaît toutes les routes, tous les chemins, toutes les spécificités. Comme une sorte de maîtrise du monde, à toute petite échelle. Vivre et habiter sur une île c’est donc éprouver cette sensation de finalité, mais avec un besoin de voir au-delà, car la mer et son horizon est visible un peu partout. Un mode d’urbanisation trop dense conduirait à une forme d’oppression. Il faut de l’i ntimité, et de l’espace (mais pas trop non plus). Cette notion d’espace doit d’ailleurs être davantage suggérée. En effet, lorsque l’on se trouve sur la lande rocheuse devant l’océan, on éprouve une sensation d’espace immense, presque d’infini, alors que ce n’est pas le cas dans les faits.

Sensation d’infini dans un territoire fini

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Ainsi, l’existence de la particularité islaise signifie, à la fois la possibilité de retraite hors du monde et l’espoir de resocialisation. Aller dans l’île, c’est chercher à se refaire et à se reconstruire en tant qu’individu. C’est quitter la société pour retrouver une communauté avec ses entraves, ses limites, mais aussi sa chaleur, son ancrage et sa reconnaissance. L’île d’Yeu sera toujours créatrice d’identités. Dans une monde fait d’accélération du temps et d’augmentation de la mobilité, le besoin d’île n’a jamais été aussi intense, alors qu’au final ses spécificités (coutumes, particularismes, paysages spécifiques…), disparaissent peu à peu. Il semble donc important d’insister sur la dimension subjective prises par une île. Sa spécificité compte maintenant bien davantage dans son deveni r que la dimension objective de l’insularité, entamée par une large intégration matérielle dans les circuits continentaux, aussi bien au niveau des transports que de la consommation, de l’information et de l’éducation ou des migrations.

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3) Comment concilier efficacement activités, activités, intimité, convivialités et aménagement? aménagement? Vivre aujourd’hui et demain dans un territoire, quel qu’il soit, nécessitera une implication du citoyen dans la vie urbaine. L’état providence ou les instances publiques qui décident pour tous de la question urbaine appartient à temps (bientôt) révolu. Rien qu’au ni veau des aménagements de voiries, les travaux se font parfois à minima sans être achevés. Dans un futur proche, le citoyen devra s’investir non seulement dans l’aménagement de son espace privé, mais également dans celui de son environnement rapproché. Ce phénomène est encore assez peu rependu en France, mais il semble impératif de l’intégrer dans les projets d’aménagement futurs, ce qui impliquera peut-être une évolution des mentalités. Ceci ne veut pas dire qu’il faut renoncer à créer de l’intimité pour chacun dans la conception des espaces. Cette intimité est et restera toujours nécessaire, mais elle ne doit pas constituer la finalité. L’idée, c’est de faire prendre conscience aux habitants qu’ils ont des intérêts communs dans l ’aménagement des espaces, à proximité de leur lieu de vie ; des intérêts en terme de d’activités, de loisirs, de production, de consommation et de stockage de l ’énergie et de l ’eau pour ne citer qu’eux. Ce sont ces intérêts spatiaux communs qui pourraient être appelés des « espaces partagés ».

Qu’est-ce que l ’on entend par espaces partagés ? Il s’agit d’un ou plusieurs espaces utilisables et aménageables par les habitants d’un cœur d’îlot, dont la forme et la fonction doivent rester suffisamment souples et évolutifs pour s’adapter aux nécessités collectives. Il peut s’agir d’espaces dédiés au travail, permettant ainsi de séparer spatialement lieu de vie et lieu d’activité, tout en partageant les coûts en termes de matériel. C’est le cas en particulier pour le télétravail qui demande des

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investissements parfois très importants en matériel informatique. De même pour les activités artisanales, c’est une façon de disposer de locaux de taille conséquente, qui peuvent le cas échéant, être accessibles au public. Ce type de lieu pourrait également servir de crèche, de garderie pour jeunes enfants ou encore d’espace de détentes et de loisirs. Les possibilités sont vastes et il ne s’agit pas de définir des programmes précis dès le départ mais plutôt de permettre de créer des i ntérêts communs entre les citoyens afin qu’ils prennent l’habitude de s’entendre au ni veau de l’aménagement et l’utilisation de l’espace. Il peut aussi s’agir de jardins ou d’espaces verts; un espace partagé pouvant être aussi bien un lieu clôt qu’un lieu ouvert. A l’île d’Yeu ce type d’espace à longtemps existé au court des siècles passés, en particulier via les établissements religieux qui mêlaient à la fois missions spirituelles et actions temporelles. L’île a en effet connu deux monastères successifs occupés par des moines bâtisseurs qui ont accompli un travail admirable de développement du territoire ; un territoire qui était alors éloigné de tout et dépourvu de main d’œuvre qualifiée. Les religieux ont créé une école et ont su faire profiter les insulaires de leurs connaissances multiples dans les domaines de l’élevage et de la culture des céréales ou de la vigne. Ils ont ainsi aidé les islais à tirer le meilleur parti d’un sol pourtant très pauvre en s’adaptant aux conditions climatiques locales, ce qui a peu à peu formé une sorte de colonie agricole dont la renommée s’est étendue à la région continentale.

Cela fait bien longtemps que la période monastique a pris fin, chassée par les invasions successives. Toutefois, cet esprit d’entraide, de transmission du savoir, et de communauté s’est perpétué avec le temps, entre autre dans les fermes et grandes demeures. Le fait de partager des locaux, des activités et des terrains communs n’est donc absolument pas utopique.

Intérieur de l’église du Bourg, bâtie par les moines, longtemps le cœur de la vie spirituelle mais aussi administrative et sociale de l’île

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En plus des locaux, il importera dans les décennies futures de mutualiser ici comme ailleurs, les dépenses énergétiques. Pour que l’île puisse trouver son propre modèle d’autonomie il faut créer des espaces et des équipements dédiés à la production d’énergie ; des espaces connectés avec les lieux de vie. Ce n’est pas un modèle en particulier qui doit être préconisé. Quel que soit l’origine de la production énergétique, tout est envisageable. En revanche l’intégration de ces espaces doit faire parti des projets d’aménagements nouveaux, tout comme la rénovation des quartiers existants.

En terme de spatialité, il pourrait s’agir de « boites énergétiques », connectées et utilisables par plusieurs bâtiments. Leurs fonctions seraient de produire, stocker et distribuer l’énergie dans différents secteurs, grâce à un échange permanent avec les habitations de façon à optimiser et réguler les besoins énergétiques de chacun. Là non plus l’idée n’est pas nouvelle. Le partage des ressources fait parti de la vie locale depuis bien longtemps. En effet, à partir du V IIIème siècle, l’île s’est couverte de moulins à vent, dont certains sont encore visibles, ainsi que d’un réseau d’irri gation complexe, constitués de nombreux puits, utilisables par les habitants. Ces puits sont restés en activité jusque dans les années 60, avant le raccordement de l’île à une conduite d’eau continentale. Pour ce qui est de ces « boites énergétiques », tels des moulins du XXIème siècle, elles constitueraient des signaux paysagers intéressants à intégrer dans un aménagement spatial, s’ajoutant ainsi aux nombreux repères visuels déjà présents et qui structurent le territoire.

Cellule de production et de stockage énergétique en connexion avec l’habitat

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Exemple d’ancien moulin à vent présent en nombre sur l’île

Les puits, seule ressources en eau potable jusqu’à une période récente

Transformateur électrique, présent à l’entrée des agglomérations

Ancien colombier restauré et intégré à une opération de lotissement

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Au niveau de ce que l ’on peut appeler l’intimité des habitations, une notion chère aux islais, qu’ils soient autochtones ou estivants, la question n’est pas non plus éludée.

Autre exemple de transformateur intégré à la nature

Le château d’eau présent dans le paysage islais depuis les années 60

Si il est nécessaire de créer une forme de compacité entre les habitations, à la fois pour limiter l’utilisation de l’espaces et mutualiser la consommation énergétique, il faudra malgré tout trouver un moyen d’offrir des espaces privatifs généreux de manière à ce que chacun puisse se sentir « chez-soi » sur un plan spatial, visuel et sonore. Ceci nécessite une utilisation optimale de l’espace avec une orientation des habitations et un choix de matériaux précis. La question du coût ne doit pas non plus être oubliée. En effet, c’est elle qui conduit le plus souvent à renoncer aux techniques innovantes, qui peuvent être bénéfiques à long terme, mais dont la mise en place reste couteuse, ce qui revient à rester sur la méthode classique du « tout parpaings » qui elle, en revanche, se révèle catastrophique au niveau des déperditions énergétiques. Il s’agit donc de proposer des modèles de constructions avec des caractéristiques « types » qui peuvent être reproduites en petites séries. Par exemple, les dimensions, les plans et la structure d’ensemble des constructions, peuvent rester sensiblement les mêmes d’une construction à l’autre. Les angles, les corniches, les encadrement de baies de même que la forme

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des toitures sont largement soulignés dans les constructions locales et peuvent constituer un « squelette commun » pour des constructions nouvelles. Toutefois, pour éviter la monotonie, il faut laisser aux habitants la possibilité de s’approprier pleinement les lieux, en personnalisant et en les adaptant à leurs besoins, que ce soit via le choix des matériaux de remplissage, les aménagement intérieurs, ou encore la possibilité d’agrandir les construction de manière « raisonnée », conformément à un cahier des charges précis. Là aussi, l’objectif est de permettre une reprise en main de la question de l’habitat par le citoyen. Le rôle de l’architecte n’est pas (ou n’est plus) de tout prévoir, jusqu’à la vie intime de chacun, mais plutôt de proposer un cadre général cohérent dans lequel chacun pourra trouver ses aises, et qui s’adaptera dans le temps. Il s’agit désormais de proposer un projet à la fois urbain et architectural qui tienne compte au mieux de l’ensemble des réflexions développées précédemment, que ce soit en terme d’aménagement, d’activité, et « d’envie d’île » ; l’objectif étant bien sûr d’innover dans la continuité.

Les cabanes de plages, construites sur un modèle très semblables mais toutes personnalisées et participant à enrichir le patrimoine islais.

Comme dit le proverbe : « si tu ne sais pas où tu vas, regardes au moins d’où tu viens ! »

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4) Propositions architecturales A une époque où l’île met en place son avenir en termes de règlement urbanistique, on s’aperçoit que de nombreux secteurs géographiques de ce territoire connaissent des problématiques identiques à savoir : trouver des modèles de constructions adaptés qui ne soient pas énergivores en termes de consommation d’espace et d’énergie. Ces modèles devront s’articuler avec des pôles d’activités innovants, dans le respect des continuités paysagères qui constituent l’atout n°1 de l’île et qu’il faut absolument préserver. Un secteur géographique englobe à lui seul l ’ensemble de ces problématiques ce qui en fait un espace idéal pour expérimenter des solutions urbaines innovantes qui pourraient ensuite être appliquées à d’autres parties de l’île. Le secteur en question, qui s’étend sur une surface d’une trentaine d’hectares, est idéal à plus d’un titre. Tout d’abord, on y trouve l’ensemble des typologies d’habitats étudiées précédemment. Ensuite, il se trouve dans la continuité directe de la zone urbaine du port et comporte une partie en contact avec le littoral qui doit à l’avenir constituer l’un des nouveaux pôles économiques sur l’île. Ce pôle dit « pôle mer » aura pour objectif d’articuler l’école de pêche, déjà présente avec la recherche et l’innovation technologique dans plusieurs domaines comme l’aquaculture, le dessalement de l’eau de mer ou l’utilisation de la houle comme ressource.

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A l’intérieur de ce secteur se trouvent plusieurs friches arborées, difficilement accessibles, qui forment des sortes « d’îles intérieures » mais qui doivent à termes, devenir des zones réservées à l’habitat et aux activités. Ces zones qui sont au nombre de trois, devront concilier les nécessités des habitats modernes avec le respect d’une nature actuellement très dense mais peu ou pas entretenue, ce qui n’est pas sans causer certains problèmes, en particulier au niveau des risques d’incendies à proximité d’habitations existantes. Enfin, dans ce secteur on trouve également ce que l’on appelle sur place la « coulée verte » ou « coulée bleue ». Il s’agit d’un petit vallon où coule un ru à sec l’été, qui formait à l’origine un ancien chenal naturel par lequel les eaux marines remontaient à chaque reflux.

Vues de l’ancien bras de mer avec, en arrière plan, le secteur proposé à l’urbanisation

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Sur un plan historique, ce secteur est également très important car c’est au fond de cet ancien bras de mer qu’au V Ième siècle, les premiers moines débarqués sur l’île ont établi un couvent. Pendant plus de deux siècles, ce lieu fut le centre de la vie politique et spirituelle de l’île, avant d’être anéantis par les invasions vikings du IXème siècle. Aujourd’hui, il ne reste rien de ce lieu mise à part une grotte sommairement appareillée. Cette histoire pourrait paraître anecdotique si ce secteur n’était pas en passe de redevenir dans les années futures un nouveau centre névralgique, comme une racine apportant ses ressources, après une léthargie de plus d’un millénaire. Les solutions d’aménagement proposées devront ainsi se conformer à l’aspect ancestral des lieux ainsi qu’à sa richesse naturelle et aux habitations qui se trouvent à proximité. En effet, l’une des problématiques actuelle de ce secteur, c’est que la plupart des voies qui desservent les habitations forment des impasses. Il est donc particulièrement délicat d’y circuler sans faire des détours parfois conséquent. Cette situation peut a voir des avantages pour ce qui est de la tranquillité et la préservation des lieux. Dans tout les cas, elle doit être prise en compte, dans l’insertion harmonieuse de constructions nouvelles. Vue des secteurs ouverts à l’urbanisation, pour l’instant à l’état de friches inaccessibles

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Aménager et préserver : de l’habitat individuel, à l’habitat dense individualisé A travers un programme d’aménagement sur plusieurs sites, il s’agit de développer dans le temps, une stratégie urbaine qui tient compte des spécificités insulaires. Des réponses innovantes doivent permettre à tous ceux qui possèdent un « désir d’île », de se loger à un prix raisonnable, de travailler en rompant avec la monosaisonnalité, de s’instruire et se divertir.

Sachant que nous nous trouvons dans un territoire avec des qualités paysagères et patrimoniales exceptionnelles, les stratégies urbaines doivent intégrer ces qualités en cherchant à économiser au maximum les ressources foncières disponibles. Ceci nécessite une cohérence d’ensemble dans chaque intervention, en particulier par une structuration et un séquençage optimal du paysage . Il s’a git d’assurer une certaine mixité fonctionnelle tout en créant une transition harmonieuse avec les paysages existants.

En effet, le maintien d’une population insulaire active toute l’année nécessite de trouver au même endroit et au même moment des logements, des emplois et des services . Plutôt que de proposer une réponse toute faite, cette réflexion vise à proposer des solutions adaptables dans la durée, en fonction des besoins et de l’arrivée des populations. Contrairement aux opérations ponctuelles et irréversible faites au coup par coup, avec très souvent une maison implantée en milieu de parcelle, la proposition d’aménagement s’inscrira dans un schéma d’économie du territoire qui se rapprocherait plutôt des tissus anciens, serrés et intimes, avec des parcelles bâties les unes à côté des autres, des poches de nature ainsi qu’un partage de l’espace et des ressources disponibles. Assurer une transition harmonieuse, de l’habitat vers le paysage

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Pour les secteurs, concernés, nous proposerons plusieurs solutions d’aménagement avec des constructions qui s’apparenteront plutôt à la méthode dite de l’actualisation. Dans ce type de proposition, il s’agit de reprendre partiellement les archétypes typologiques des différentes maisons islaises étudiées, à travers des notions comme la mitoyenneté puis le détachement, le plans i ntérieurs types, ou encore le profil des toitures.

Une vraie contextualisation des interventions nécessite cependant la mise en place d’une diversité de formes et d’usages, a vec une adaptabilité et une évolutivité des logements, ainsi qu’un traitement de l’espace public et une i ntégration de la nature. Ceci permet de concevoir une richesse des modes d’habiter, en réservant des emplacements pour assurer des équipements publics. En effet, les programmes mixtes, s’inscrivent dans une logique d’emploi/habitat, d’emploi/habitat qui est facteur de développement local et de lien social entre les habitants, en particulier grâce à la proximité de différents usages (habitats, loisirs, équipements institutionnels, activités économiques, commerces…) Or, pour permettre l’évolution et la modularité de la structure urbaine en fonction des nécessités du territoire et de ses habitants, la stratégie urbaine ne doit pas être pas ri gide ! Elle doit avant tout être basée sur la notion de projet collectif, collectif dans le sens où l’on ne vient pas vivre, habiter et travailler dans une île par hasard.

Maison dite « le Cube », dont la forme évoque le modèle de bâti islais, tout en s’en affranchissant

C’est un choix de vie qui nécessite de mutualiser et d’adapter les ressources disponibles, qu’ils s’agissent des ressources foncières, naturelles et énergétiques des parcelles à aménager. Sans projet collectif, le programme n’a pas lieu d’être. Sur l ’île, l’offre immobilière est actuellement supérieure à la demande. Toute construction nouvelle doit donc trouver une réelle justification et apporter une valeur ajoutée au territoire.

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Des lieux de transition et d’habitation :

Une parcelle commune pour un projet collectif :

Plus que des réserves foncières, les espaces à aménager doivent ancrer les modes de vie dans le territoire pour les décennies futures, en particulier autour des notions de mutualisation, de densité, de modularité et de nature. Contrairement à la plupart des lotissements actuels, souvent fermés sur eux-mêmes, les nouvelles opérations doivent tirer profit de l’environnement en ménageant des liens fonctionnels ou visuels vers les éléments marquant du paysage (bois, prairie, cour d’eau, vieux bourg…) Les aménagements et les constructions seront donc à décliner autour de ces enjeux de densité urbaine, de forme urbaine, de diversité des fonctions (notamment d’activités économiques) et d’ouverture sur le reste du territoire, sans omettre bien sûr l’identité vernaculaire.

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A l ’échelle du quartier, quartier des porosités doivent permettre de croiser les fonctions respectives à travers un maillage d’espaces publics, de lieux d’appropriation pour les habitants dans la campagne ouverte en qualifiant les limites, les rapports entre les fonctions urbaines et du territoire avec des liens entre usage particulier et usage professionnel par un partage de l’espace. Le projet, plutôt qu’une logique de zoning, imbrique des entités différentes pour un territoire complexe dans lequel le mode d’habiter est à cheval sur les secteurs urbanisés et les corridors préservés. Plusieurs propositions pourront être suggérées : Certaines vont privilégier un aménagement fermé par une façade bâtie préservant un espace ouvert central, d’autres privilégieront plusieurs petits espaces, d’autres encore seront traversant, …

Possibilités d’organisation urbaines multiples (ouvert, traversant)

Les principes urbains d’imbrication et de constitution des constructions pourront ainsi être appropriés par chaque architecte pour un investissement libre et évolutif avec une diversité des volumétries tout en contextualisant les interventions en fonction des spécificités des différentes situations : en façade du corridor, en bordure de traverse piétonne, en cœur de quartier, à la jonction a vec l’existant

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A l’échelle du logement , il s’agit de créer un habitat évolutif permettant d’envisager l’évolution des modes de vie en intégrant l’extension ultérieur des logements dès le projet architectural. L’appropriation des logements est évolutive et adaptable au contexte familial et au mode de vie de chacun puisqu’ils sont constitués d’un volume global de base inspiré des premières maisons islaises, pouvant être conservé et offrir ensuite de grandes surfaces sur une double hauteur ou être densifié et construit pour augmenter le nombre de pièces avec l’ajout de chambres par exemple. L’organisation parcellaire doit éviter les espaces perdus. Or, le parcellaire en bande avec un bâti en font de rue permet de favoriser un certain contrôle social, une ouverture sur la vie de la commune tout en évitant le renfermement sur l’îlot. L’implantation des habitations en alignement ou en limite séparative permet quant à elle de profiter au mieux d’un jardin privé protégé à l’arrière et offre d’une véritable possibilité d’adaptation et possède l’avantage de faciliter une redécoupe ultérieure du foncier. Un jardin est un espace très modulable qui permet de faire évoluer le logement en fonction des besoins et des moyens du ménage (ajout d’une véranda, d’une buanderie, ou de pièce habitables en plus) tout en ouvrant les la construction vers la nature. En effet, l ’attrait du logement individuel tient largement dans la présence d’un prolongement extérieur (terrasse, patio, loggia, balcon). Cet espace n’est pas forcément étendu et se situe généralement dans le prolongement du séjour. Il est réellement intéressant s’il ouvre sur un cadre agréable et s’il est peu exposé au vue des riverains, ou depuis l’espace public.

Principe de construction de logements évolutifs

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Modularité : Concevoir des lieux de vie adaptés, c’est y intégrer la notion de modularité ; notion que l’on doit se retrouver tant dans la forme des habitations que dans la taille des parcelles. Plutôt que de prédéfinir la taille de chacune d’entre elles, il s’agit plutôt de permettre aux habitants de s’entendre entre eux afin de pouvoir les adapter en fonction de leurs besoins respectifs. Pour les habitations le parti d’aménagement adoptera une logique d’assemblage d’éléments modulaires qui constituent des pièces de 4,80 4,80 x 3,10 x 3, d’une surface au sol de 15 m² capables capables de se décliner à différentes échelles. échelles Inspiré de l’architecture vernaculaire de l’île, le projet s’inscrit dans des volumes simples. Le parti est pris de créer la diversité par l’imbrication des volumes et non par la modénature des façades. Une toiture permettra l’unification de l’ensemble, y compris avant la mise en place des modules du premier étage. Ces modules avec structure en ossature bois pourront offrir de larges possibilité d’adaptation, tant au niveau du choix des revêtements extérieurs ou intérieur, de l’isolation ou de l’aménagement d’ensemble, grâce à un système de poteaux isolés, libérant un maximum de surface au sol. De plus ces constructions en modules préfabriqués permettent une baisse des coûts des matériaux, tout en conservant leur qualité, sans éluder ni le pri ncipe d’adaptabilité ni celui de création architecturale pure.

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Coupes de principe de l’évolution d’une habitation modulaire au cours du temps :

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Insertion d’une habitation de transition entre nature et habitat

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Possibilité d’évolution et d’adaptation du front bâti

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L'individualité pourra éventuellement être renforcée par le jeu des couleurs : un matériau et une couleur unique enveloppent chaque volume. Côté ville, les volumes composeront une façade dense et urbaine proche des villages ancestraux, tandis que côté jardin, les volumes créeront un jeu de pleins et de vides, offrant des respirations et des ouvertes. Ce concept de constructions ouvertes et modulables, avec toutes les possibilités d'assemblage sur les trames porteuses permet de multiples variantes de volumes, de matières, jouant ainsi sur la densité des quartiers et l'aspect des nouvelles constructions. Les façades en structure bois, les toitures flottantes et l’insertion dans la nature donneront à ces constructions une ambiance de résidence secondaire, de maison de week-end où l’on vient se réfugier, loin de la ville (toute proche, pourtant), respectant ainsi cette tradition islaise qui à toute époque à cherche à nouer intimité, protection et ouverture.

Exemple de front bâti évolutif, vu côté rue

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Rue de type « sinueux »

Implantation autour d’un centre

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Création d’un patio central

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vue de l’évolution de constructions côté jardin

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Densité et mitoyenneté : Une répartition du bâti adéquat sur la parcelle limite les clôtures et dégage des vues sur le paysage ou des respirations végétales depuis l’espace public. Un parcellaire en longueur ménage également des espaces extérieurs privés sans vis-à-vis dont l’intimité est préservée. La mitoyenneté est aussi un facteur d’économie d’énergie, principalement en termes d’isolation et de chauffage. Ainsi, positionner le bâti le long de la voirie permet un gain substantiel sur les linéaires de réseaux

Différentes possibilités d’organisation des constructions dans une logique de densifié

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Tentatives d’implantation dans le site de diffÊrentes solutions

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Mutualisation :

structures poteaux-poutres, à même de permettre des évolutions fonctionnelles dans la durée.

Un projet collectif nécessite de développer une gestion raisonnée et partagée des ressources à disposition. En cela, il s’agira de proposer une gestion de l’eau et des énergies qui utilisera au mieux les ressources bioclimatiques présentes sur place. Ainsi l’installation d’équipements énergétiques mutualisés, répartis sur l’ensemble du secteur, permettra de capter les énergies d’origine solaires, éoliennes et géothermiques afin de les partager et les répartir sur les diverses habitations. De même la création de bassins de rétention ou de noues paysagères, pourront servir de réceptacle aux eaux de pluies, ce qui permettrait leur évaporation puis leur diffusion naturelle dans le sol, favorisant ainsi leur utilisation. La collecte des eaux pluviales pour l’arrosage des jardins ou diluée dans le temps, constitue une économie d’eau non négligeable. Loin d’être anodins, ces équipements auront un impact réel sur le dessin du territoire, en particulier pour les espaces publics. Des espaces collectifs : Toujours dans cette idée de mutualisation, il s’agit de regrouper les usages communs sur un espace collectif de façon à libérer les parcelles privées et limiter l’impact sur les zones naturelles. Ces espaces font parti du projet de vivreensemble car ils doivent abriter une partie des activités et des services nécessaires aux habitants. Là aussi le caractère adaptable doit primer en privilégiant l’utilisation de

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Situé en cœur de parcelles, ou le long des voies, ces espaces et leur utilisation ont l’ambition de permettre aux citoyens de reprendre en main les questions d’aménagements urbains sans que ces derniers soient nécessairement pris en charge par les instances publiques. En cela nous aurons vraiment à faire à une notion de projet de collectivité, non-seulement sur l’aménagement de l ’espace, mais également sur les activités qui peuvent d’y développer.

d’assurer une transition progressive d’un état à l’autre. Ceci doit se traduire par des articulations subtiles entre les réseaux de circulation et les chemins, ainsi qu’entre la nature, les espaces privés, les espaces publics et collectifs. Aussi, au terme d’intégration on préférera celui d’insertion insertion dans le site, car il ne s’agit pas de « camoufler » les équipements et les constructions nouvelles, ni de copier telle ou telle architecture des siècles passés avec le vain espoir de se noyer dans la masse des existants. Les vieilles bâtisses islaises, dont les qualités sont aujourd’hui incontestées, répondaient à des nécessités techniques et fonctionnelles d’une autre époque, et il serait stérile et inopportun de vouloir les reprodui re, surtout si on se borne à utiliser des parpaings comme matériaux de construction.

Proposition d’espace mutualisé avec présence de transformateurs et espace collectif utilisable par l’ensemble des habitants

Les constructions actuelles et futures doivent nécessairement répondre aux contraintes présentes et à venir de notre siècle, aux nécessités de notre époque.

De manière globale, espaces publics et privés devront enrichir le patrimoine urbain islais, à travers une créativité architecturale qui utilise les références locale en les revisitant au sein d’une forme urbaine adaptée au contexte. Ce contexte ne doit pas être négligé car les secteurs traités sont souvent situés dans des « zones tampons », entre espaces bâtis et espaces naturels. Toute la difficulté est 175


Insertion de la Nature :

d’accès de véritables façades urbaines avec une implantation à l’alignement et de l’autre des jardins ouverts sur la nature.

Les sites dans lesquels nous proposons de nous implanter sont tout à fait exceptionnels : ce sont de véritables zones boisées (inaccessibles actuellement car pleines de broussailles) assez dense, en bordure de secteurs urbanisé. Ceci appelle à une architecture en osmose avec la nature que l’on pourrait nommer « forêt urbaine ». Les séquences paysagères et les séquences bâties doivent être complémentaires. Elles permettent d’imbriquer entre elles les fonctions de la ville et celle de la campagne qui bien souvent s’ignorent. Cette lisière commune les concilie, leur apporte mutuellement de la valeur dans une logique de protection réciproque et de remise au centre des espaces ouverts et protégés qui font partie intégrante du système urbain. Le bâti magnifie, monumentalise et préserve, par la création de cette limite, l’espace naturel qui lui offre des vues et des espaces publics appropriables en replaçant les logements dans leur territoire, en contact direct avec la nature pour s’y promener, courir, faire du vélo, jouer, s’asseoir, traverser, se recueillir, se garer, … Outre le tracé des différentes voies (chemins, rue, venelles), l’une des contraintes du site concerne le respect des arbres existants, qui forment un bois plus ou moins dense selon les parties du site considéré. Le projet propose de répartir les maisons sur le terrain, autour de différents axes, de manière à assurer une bonne densité tout en assurant l’intimité nécessaire à chacun. Ainsi, d’un côté, nous aurions le long des voies

Coupe de principe de l’évolution du séquençage bâti et paysager

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Ce projet imbrique donc global et local, via le principe de transition ville-nature, le projet de territoire commun, ainsi que les principes d’assemblage assurent une cohérence à grande échelle. Ces assemblages peuvent être adaptés au contexte local, phasés, offrant une souplesse d’aménagement et ainsi une ri chesse architecturale et des usages diversifiés valorisant l’identité de l’existant et inscrivant le territoire de l’île dans une démarche durablement innovante.

Maquette (échelle 1/200e ) illustrant l’insertion des différents éléments collectifs et privatifs proposés sur le secteur d’intervention

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CONCLUSION La clôture (provisoire) de cette étude comprend des motifs de satisfaction mais également certaines interrogations, tant les incertitudes sur la notion d’ « avenir urbain » sont nombreuses. A la fois, il faut prendre en marche le train des mutations technologiques et sociologiques en cours, sous peine de se retrouver en marge des dynamiques actuelles, mais en même temps, il faut savoir rester prudent face aux modèles d’aménagements qu’elles nous proposent, facilement périmables, car on ne sait pas véritablement de quoi sera fait l’avenir, même un futur relativement proche. Pour autant, il faut proposer des solutions car c’est le rôle de l’architecte et de l’urbanisme ; des solutions, doivent autant que possible prévoir et intégrer la notion d’incertitudes . Dans le cas d’un territoire comme cel ui de l’île d’Yeu, l’équation à résoudre peut paradoxalement paraître plus simple qu’ailleurs du fait que l’espace géographique est « fini ». En cela il propose lui-même une réponse à une préoccupation que l’on retrouve régulièrement : le besoin d’intimité, de proximité et d’autonomie dans un espace que l’on connaît et que l’on maitrise. Une île de petite taille s’apparente (encore) au temps biologique humain ; un temps que l’inflation technologique à tendance à gommer au profit du temps de la machine et du virtuel.

Etre en phase avec les réalités du monde c’est bien sûr, une nécessité. Mais à côté de ça, chacun doit pouvoir retrouver un espace à sa taille, à son échelle, adapté à son propre rythme, de façon à ne passe se sentir oppressé par cette courses vers l’avant qui mène on ne sait trop où. En cela, un projet d’aménagement qui repose sur les notions conjointes de collectivité et d’adaptabilité répond assez bien à l’équation posée. Il exprime pleinement ce « désir d’île » et s’inspire partiellement le processus d’aménagement urbain qui a prévalu pendant plusieurs siècles sur ce territoire. Cependant, il n’est aucunement question de s’enfermer dans sa coquille et rester isolé du monde extérieur. D’ailleurs, on a bien vu que l ’espace insulaire n’a d’intérêt que s’il est mis en contraste avec l’espace urbain continental. Sans ce pendant continental, l’intérêt de l ’île disparaît et l’insularité peut au final s’avérer être un véritable enfermement. C’est dans cette complémentarité entre un espace fini maitrisé et l’espace extérieur vaste et incertain mais nécessaire que se trouve l’une des clés des mutations urbaines à venir. C’est ce que propose l’île depuis plusieurs siècles avec son modèle urbain ancestral très compact mais au final relativement ouvert au monde. En termes de projet, cela se traduit par la promotion de « cellules urbaines » assez réduites mais qui doivent

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proposer un maximum d’autonomie aux personnes qui y vive. Ces cellules urbaines, ce sont les espaces « finis, maîtrisés» par chacun. C ’est une sorte de prolongement des cellules humaines, avec des rythmes biologiques propres, mais capables de s’adapter. Encore une fois, il ne s’agit pas de promouvoir une quelconque vie en autarcie sclérosée repliée sur soi, telle une communauté hippie, peut-être tentante mais largement dépassée ! Dans le cas présent, l’objectif consiste plutôt de créer des une base de vie, que l’on peut choisir de quitter puis de retrouver, et qui permettrait à chacun de s’épanouir personnellement. Dans ce monde global plein d’incertitudes, un ensemble de « petits mondes locaux » que chacun seraient en capacité d’entretenir et de partager constitue peut-être la meilleure forme de d’aménagement durable. A la fois, le citoyen se retrouve au cœur des questions de responsabilités urbaines, de délimitation entre espaces publics et privés, sans que les choix lui soient obligatoirement dictés, et en même temps il peut entrer en interaction avec le reste du monde grâce à la promotion du fruit de son travail. L’étude de l’urbanisme des temps passé sur l’île nous montre que la chose était possible, en faisant corps avec le paysage, sans épuiser les ressources disponibles. Il incombe aux actuelle et générations futures de prévoir l’incertitude globale en affinant au mieux un aménagement local.

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