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MUSÉE DE L’HORLOGERIE

SAINT-NICOLAS D’ALIERMONT

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Catalogue d’exposition

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Contrôle et gestion

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Également publiés : Catalogues d’expositions • Réveils animés, le XXème siècle à travers la vie quotidienne, Cyrielle Langlais et Marianne Lombardi, Musée de l’horlogerie, juillet 2011 • Coucou, techniques, contes et symboles, Apolline Barra et Marianne Lombardi, Musée de l’horlogerie, juillet 2010 • L’heure en voyage, Lucille Durand, Musée de l’horlogerie, juillet 2009 • À vos marques, prêt.... La chronométrie et le sport, Mélanie Thomas, Musée de l’horlogerie, avril 2008

Découverte des collections du musée • La Mécanique du geste : trois siècles d’horlogerie et de mécanique à Saint-Nicolas d’Aliermont en Normandie par Emmanuelle Cournarie, éditions PTC-des Falaises et Musée de l’horlogerie de Saint-Nicolas d’Aliermont, septembre 2011 • Le Temps en mouvement, Musée de l’horlogerie, avril 2007

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Le Temps au travail Contrôle et gestion

Maïté Ducornetz Marianne Lombardi Catalogue d’exposition du musée de l’horlogerie de Saint-Nicolas d’Aliermont du 7 juillet au 31 décembre 2012

Le musée est un service municipal de la Ville de Saint-Nicolas d’Aliermont

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HOMMES « POINTANT » DANS L’ATELIER D’ATHUR LAMBERT À SAINT-NICOLAS D’ALIERMONT Entre 1914 et 1918, photographie. Archives du musée de l’horlogerie.

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Introduction

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Sommaire Sommaire 7

Contrôler le temps au cœur des révolutions industrielles

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D’une révolution à l’autre : deux siècles d’innovation Un nouveau rapport au temps de travail

« Le temps, c’est de l’argent » : chaque seconde compte !

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Organisation du travail et introduction des premiers enregistreurs de présence Les premiers enregistreurs de fabrication française, une création d’Arthur Lambert Les autres pensées du contrôle du travail : fordisme, M.T.M., méthode Bedaux

Le temps de travail des ouvriers

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Vers une législation encadrant la durée du temps de travail (1841-1914) La guerre, les femmes et la rationalisation en France

La nouvelle ère « du tout électrique »

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Vers une diversification des outils de contrôle du temps L’heure électrique intégrale Une activité de plus en plus florissante

Du contrôle à la gestion personnalisée du temps

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Vers l’aménagement du temps de travail : la naissance des horaires variables La production de nouveaux outils de gestion du temps de travail chez Lambert Des crises en série

Conclusion Repères chronologiques Index Bibliographie

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LÉON CARON ENTOURÉ DE MEMBRES DE L’ENTREPRISE LAMBERT Mai 1944. Prêt de Monsieur Michel Caron. Photographie prise devant les ateliers Lambert à Saint-Nicolas d’Aliermont. Léon Caron est assis au centre.

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SITE DE L’ENTREPRISE LAMBERT À SAINT-NICOLAS D’ALIERMONT Années 1960-70, photographie aérienne. Archives du musée de l’horlogerie.

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Introduction Introduction L

sont passionnants car ils incarnent à la fois les progrès de la science (mathématique, physique) et les évolutions sociologiques et historiques d’une époque. Plonger dans le temps du travail, le temps au travail, c’est approcher une société, ses modes de vie et sa façon de penser. Depuis toujours les horloges monumentales incarnent le pouvoir, pouvoir ecclésiastique dont les messes rythment la vie de tous en Europe durant le Moyen-âge, horloges des Beffrois qui incarnent le temps séculier. Symbole d’autorité (seuls les riches peuvent se permettre de maîtriser le temps mécanique), l’horloge de l’usine est le point de focalisation des revendications. es instruments de mesure du temps

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’exposition que nous vous présentons est une invitation à la découverte d’objets révélateurs des rapports au temps dans le monde du travail : enregistreurs de présence aussi appelés « pointeuses », horodateurs, contrôleurs de ronde. À Saint Nicolas d’Aliermont, l’entreprise Lambert a joué un grand rôle dans le développement des instruments de mesure du temps de travail pendant près d’un siècle. Des temoignages et archives reviennent sur le contexte historique qui les a vu naître, mais aussi sur les conséquences de leur utilisation pour les salariés. Enfin, l’exposition aborde le thème des acquis sociaux liés à l’allègement du temps de travail. Ils sont révélateurs de l’évolution de notre société qui aspire désormais à une gestion de ce temps et non au maintien de son contrôle absolu. Nos remerciements s’adressent à la famille Caron et à Monsieur Octau pour les prêts d’objets et d’archives, leurs conseils et leur soutien. En mémoire de Paul Caron.

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CADRAN D’ENREGISTREUR DE PRÉSENCE ÉLECTRIQUE LAMBERT Première moitié du XXème siècle. Collection du musée de l’horlogerie. (Inv. 2012.0.3, © Studio Yann Pelcat, Dieppe)

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Première partie Contrôler le temps au coeur des révolutions industrielles

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eux « révolutions » : voilà ce qu’il a fallu au monde pour basculer dans les temps modernes, industrialisés. Le développement des usines et de la production de masse a bouleversé le cadre traditionnel du travail mais aussi les modes de vie. L’USINE DE MARTIN ET SAUTEUR À SAINT-NICOLAS D’ALIERMONT À LA FIN DU XIX ÈME SIÈCLE Fin du XIXème siècle, gravure. Archives du musée de l’horlogerie. Première usine nicolaisienne équipée d’une machine à vapeur.

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D’une révolution à l’autre : deux siècles d’innovations

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e que l’on nomme couramment

« révolution industrielle » désigne avant tout un phénomène britannique. En effet, c’est outre-manche que les principales innovations annonciatrices de l’industrialisation sont conçues et diffusées dès le XVIIIème siècle. Entre 1760 et 1780 James Watt apporte différentes améliorations à la machine à vapeur de Thomas Newcomen, permettant ainsi son emploi dans l’industrie. À la même époque, Richard Arkwright ouvre les premières usines de l’histoire. Il y emploie jusqu’à 600 ouvriers pour produire du fil de coton grâce à sa « waterframe », premier système de filage mécanique fonctionnant à l’énergie hydraulique. Conscient de son avancée commerciale et économique sur ses voisins européens, l’État anglais impose un embargo sur ces inventions jusqu’aux années 1825.

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la connaissance de ces techniques se diffuse rapidement mais leur implantation se concrétise sur le long terme. Beaucoup de nations sortent alors de périodes politiques troubles et les mentalités ne sont pas encore adaptées pour des changements radicaux de modes de production et de travail. En France, la Révolution a permis à la bourgeoisie de s’affirmer comme la classe politique dirigeante qui domine aussi la direction des activités commerciales. Habitués à tirer profit de leur travail, les bourgeois vont voir dans les techniques de production industrielle de nouveaux moyens d’obtenir davantage de bénéfices. Cependant, même si les usines et les grandes manufactures textiles se développent dans le pays, on compter de cette période,

USINE DELÉPINE À SAINT-NICOLAS D’ALIERMONT Début du XXème siècle, carte postale. Archives du musée de l’horlogerie.

En France, il faut attendre les années 1830 pour que les cheminées d’usines se multiplient dans le paysage.

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SORTIE DE L’USINE COUAILLET À SAINT-NICOLAS D’ALIERMONT Entre 1914 et 1917, photographie. Archives du musée de l’horlogerie.

demeure pendant longtemps attaché aux formes et valeurs traditionnelles du travail où c’est le savoir-faire des ouvriers qui est mis en valeur et non leur seule capacité d’exécution. Cette première phase de l’industrialisation connaît son apogée avec le développement des transports ferroviaires à partir des années 1820.

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se déclenche dans les années 1880. Elle est principalement marquée par le développement d’innovations autour de deux nouvelles sources d’énergie : l’électricité et le pétrole. Le moteur électrique mis au point dans la deuxième moitié du XIXème siècle permet d’alimenter individuellement chaque machine. Ces dernières deviennent alors véritablement autonomes et permettent une meilleure gestion et une augmentation de la production. Le moteur électrique individuel remplace ainsi la machine à vapeur qui entraînait toutes les machines-outils grâce à un système complexe de poulies et courroies, générateur de nombreuses pertes d’énergie. Cette avancée technique capitale va permettre de rationaliser les activités au sein de l’entreprise. a seconde révolution industrielle

un temps uniformisé à l’échelle mondiale L’accélération des déplacements par le chemin de fer et l’apparition de nouveaux moyens de communication à longue distance (télégraphes) posent très vite la problématique de l’uniformisation du temps, d’abord à un niveau national puis international. Ainsi, au milieu du XIXème siècle deux villes espacées de quelques kilomètres ne vivaient pas nécessairement à la même heure. Rapidement ce décalage devient inconcevable dans un monde interconnecté. En 1891, le gouvernement français unifie l’heure des communes du pays à partir du méridien de Paris. En 1911, c’est le méridien de Greenwich, déjà adopté par plusieurs nations, qui devient aussi l’axe de référence pour la France. 11

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Un nouveau rapport au temps de travail USINE COUAILLET À SAINT-NICOLAS D’ALIERMONT Début du XXème siècle, photographie. Archives du musée de l’horlogerie. On voit ici les courroies qui alimentent toutes les machines en même temps.

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aussi une révolution des modes de vie due aux rapports au temps considérablement transformés durant cette période. Ainsi, au cœur des nouvelles industries, il faut toujours produire plus et dans un laps de temps réduit. Le monde du travail des temps modernes va désormais se caractériser par trois éléments : « l’ instauration d’une relation salariale » où les travailleurs ne sont plus payés au travail accompli mais au temps qu’ils ont mis pour accomplir leur tâche, la « soumission à un travail prescrit », et « l’enfermement sur un même lieu de travail, ce qui permet d’exercer un contrôle précis sur le temps de travail »1. es innovations techniques entraînent

1. CETTE Gilbert et TADDEI Dominique, Temps de travail, modes d’emplois. Vers la semaine de quatre jours ?, éditions de la découverte, collection Textes à l’appui, série économie, 1994

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« Le temps, c’est de l’argent » : chaque seconde compte !

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L’enregistreur Lambert signalant les retards permet ainsi au chef d’entreprise d’éviter les pertes qui en résultent, et lui procure, au contraire, des bénéfices. On peut donc conclure que l’ENREGISTREUR LAMBERT se paie lui-même. » Catalogue de l’entreprise Lambert, 1940

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PORTRAIT D’ARTHUR LAMBERT Début du XXème siècle, photographie. Archives du musée de l’horlogerie.

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Deuxième partie


Organisation du travail et introduction des premiers enregistreurs de présence

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: cette phrase écrite par Benjamin  Franklin au XVIIIème siècle résume la pensée qui anime le monde nouvellement industrialisé du XIXème siècle. L’augmentation de la production et la rentabilité passent par une maîtrise et une gestion rigoureuse des temps de travail, de la conception à la fabrication de chaque produit. L’américain Frederick Winslow Taylor (1856-1915) est le principal théoricien de cette nouvelle manière de travailler. Contrairement aux idées reçues, il n’est pas le père du travail à la chaîne mais celui de l’organisation scientifique du travail (scientific management). Ingénieur soucieux d’améliorer la productivité dans les usines, il a mis au point une méthode reposant sur trois principes fondamentaux : • la division verticale du travail : d’un côté il y a ceux qui pensent le travail et de l’autre les exécutants, • la proportionnalité du salaire en fonction de la quantité de travail effectuée, • l’exécution des tâches avec des gestes précis, élémentaires et auxquels on peut attribuer un temps d’exécution. Des bureaux d’études doivent être mis en place dans les usines pour les définir. Ce sont les bases de la parcellisation et du chronométrage. emember that time is money1

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avec les conceptions traditionnelles du travail qui reposaient sur la valeur du savoir-faire. Souvent décriées au cours du XXème siècle, les idées de Taylor répondaient surtout aux problèmes liés à un contexte particulier : les États-Unis manquent cruellement de main d’œuvre qualifiée à la fin du XIXème siècle. Les travailleurs disponibles sont avant tout de nouveaux migrants peu qualifiés qu’il faut intégrer, à court terme, dans les nouvelles industries. Comme le précise Benjamin Coriat dans son ouvrage L’atelier et le chronomètre, « Taylor rend possible l’entrée en masse des travailleurs non qualifiés dans la production. (...) L’entrée du travailleur non qualifié dans l’atelier, c’est non seulement l’entrée d’un travailleur objectivees idées témoignent d’une rupture

1. « Souvenez-vous que le temps c’est de l’argent ». Extraite de Advice to a young Tradesman, 1748.

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ENREGISTREURS DE PRÉSENCE DE LA MARQUE AMERICAINE ITR 1914, archives de la société IBM. Tous droits réservés La création de la International Time Recording Co résulte de la fusion de plusieurs entreprises ayant le contrôle du temps de travail pour créneau. Parmi celles-ci figuraient la Bundy Manufacturing.

ment moins cher, mais c’est aussi l’entrée d’un travailleur nonorganisé, privé de capacité de défendre la valeur de la force du travail  »2. Taylor a donc posé les bases d’une rationalisation du temps de travail. Ses idées ont ensuite été reprises et réadaptées, notamment par Henry Ford.

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travaux théoriques, de nombreuses inventions apparaissent pour organiser le temps de travail à l’usine. En 1889 la Bundy Manufacturing ouvre ses portes dans l’État de New-York. Il s’agit de la première entreprise au monde qui produit des enregistreurs de temps de travail. Ces enregistreurs ou « pointeurs » sont les premiers instruments signifiant qu’il existe désormais une vraie discipline à tenir face au temps, et qu’il y a des horaires fixes à respecter : le temps collectif domine désormais le temps individuel. Et la notion de temps de travail recouvre deux réalités : c’est le temps que l’ouvrier passe sur son lieu de travail (durée) et le temps rythmé pendant lequel il exécute une tâche. n parallèle de ces

Les premiers enregistreurs de fabrication française, une création d’Arthur Lambert

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1900, les américains tentent de conquérir le marché européen avec ces appareils. C’est à cette époque qu’Arthur u début des années

2. CORIAT Benjamin, L’atelier et le chronomètre, éditions Christian Bourgeois, 1982.

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Lambert (1863-1924) les découvre. Formé à l’horlogerie à Besançon avant son installation en tant qu’horloger-bijoutier à Dourlers (sa ville natale) puis sur la Place d’Arme de Valenciennes, il obtient le droit exclusif de représenter les pointeurs « Bundy » pour la France, les Pays-Bas et la Belgique au cours de la Foire Internationale de Lyon de 1900. Par la suite, fort de ses propres observations mais aussi des remarques de ses clients, Arthur Lambert se lance dans la conception de son propre prototype d’enregistreur. C’est en 1907 qu’il monte entièrement à la main sa première pointeuse à carte cisaillée. Véritable innovation, il la

POINTEUSE, POINTEUR, ENREGISTREUR, BADGEUSE... Autant de termes pour désigner un seul et même type d’appareil qui permet le contrôle du temps de travail. Les premiers modèles fonctionnaient avec un système de pointage à carte cadastrée. Sur celle-ci, la pointeuse imprimait l’heure dans des cases et des colonnes indiquant plusieurs informations : heure d’arrivée, heure de pause etc. Le problème majeur de ce système résidait dans la nécessité d’intervenir à chaque moment de la journée pour opérer le changement de colonne. Arthur Lambert a apporté une solution à ce problème avec son système à carte cisaillée : lorsque l’on introduit sa carte, un coin de celle-ci est coupé et le jour et l’heure sont imprimés au dos. Le cisaillage crée ainsi la ligne d’impression pour le pointage suivant. Quel que soit leur type, ces enregistreurs sont surtout utilisés dans les usines. D’autres appareils ont ensuite été créés afin de répondre à de nouvelles demandes : contrôleurs de rondes pour les gardiens, horodateurs pour les petites entreprises et compagnies d’assurance marquant ainsi leurs polices par exemple. ENREGISTREUR LAMBERT Début du XXème siècle. Collection du musée de l’horlogerie. (Inv 85.10.06,© Studio Yann Pelcat, Dieppe)

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fait breveter et souhaite désormais la produire à grande échelle. Mais un problème se pose : il ne trouve pas d’atelier capable de fabriquer les mouvements des mécanismes de son appareil dans sa région. Parcourant les salons et les foires, on lui conseille finallement de se rendre à Saint-Nicolas d’Aliermont, village connu pour sa production industrielle de mécanismes de pendules de Paris, de chronomètres etc. Nous sommes alors en 1908 et Arthur Lambert, désormais entrepreneur, commence à travailler avec l’entreprise Denis Frères, spécialisée dans la mécanique de précision. Dès lors, les pièces détachées sont fabriquées et montées à Saint-Nicolas puis renvoyées à Valenciennes où sont produits les coffres dans lesquels on installe les mécanismes des enregistreurs. Ce n’est qu’en 1915, quand les allemands fixent la ligne de front dans le Nord, qu’Arthur Lambert décide de se rapprocher de Saint-Nicolas d’Aliermont. En 1922 il ouvre son usine au cœur de la ville.

Les autres pensées du contrôle du travail : fordisme, M.T.M., méthode Bedaux

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France, la rationalisation du travail et l’emploi d’instruments de mesure du temps ne se généralisent qu’après la Première Guerre mondiale. Aux États-Unis, d’autres idées se sont rapidement affirmées aux côtés de celle de Taylor. C’est surtout le cas pour le fordisme. À partir de 1908, Henry Ford (1863-1947) lance la fabrication de la Ford T, véhicule qu’il souhaite accessible au plus grand nombre. Pour obtenir une baisse significative des prix de vente, il décide d’introduire trois grands principes de production dans son usine : • la rationalisation du travail par une division et une spécialisation des tâches que l’on nomme aussi parcellisation, • la standardisation des pièces, • l’augmentation des salaires des ouvriers afin d’encourager la croissance de la consommation de biens. Le système fordiste marque la naissance du travail à la chaîne. Mais d’autres méthodes seront encore mises au point pour tenter d’améliorer l’efficacité des ouvriers. C’est notamment le cas pour la méthode développée par le français Charles Bedaux (méthode Bedaux). Au sein de celle-ci, n

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EXÉCUTION DU BEDAUX 1936, Photographie. Tous droits réservés. Ouvrière de l’usine textile Fraenckel à Elbeuf en grève.

le chronométrage est favorisé et plus l’ouvrier produit, plus il sera rémunéré. Dans la pratique, des ingénieurs déterminent des temps propres à l’exécution de différentes activités. Un temps minimum est déterminé pour l’exercice d’une activité donnée. Il correspond alors à 60 « Bedaux ». Cette allure minimale détermine par la même occasion le salaire de base. La vitesse maximum qu’un ouvrier peut atteindre est quant à elle arrêtée à 80 « Bedaux ». Tout ouvrier s’en rapprochant se voit gratifié d’un bénéfice. Cette méthode, appliquée dès les années 1930 dans plusieurs usines, des manufactures textiles d’Elbeuf à l’usine Peugeot dans les années 1940, est très rapidement décriée par les ouvriers. ’une manière générale, ce sont les principales caractéristiques de la rationalisation du travail - chronométrage, déqualification des salariés, etc - qui seront remises en cause au fil des décennies. Grève des ouvriers, hausse de la qualification des nouvelles générations et baisse du temps de travail sont autant de facteurs qui vont inviter à repenser sa rationalisation. La Methods Time Measurement (M.T.M.), là encore américaine, est issue des réflexions opérées autour de ce sujet dès les années 1940. Là où la méthode Bedaux apportait surtout une solution pour améliorer le rendement par le chronométrage, la méthode M.T.M. tend à apporter une réponse aux problèmes liés à l’organisation du travail. L’application d’une méthode de travail maîtrisée doit faire gagner du temps et en conséquence améliorer la productivité. Pour mettre cette méthode en place il faut : • déterminer par une étude scientifique des « mouvements de base »,  c’est-à-dire des mouvements qui se retrouvent de manière constante dans l’exécution d’une activité manuelle (comme atteindre, saisir, plier, etc. On en dénombre jusqu’à 262 et un code est attribué à chaque mouvement), • définir un temps « standard » pour l’exécution de chaque mouvement. L’addition de plusieurs temps standards nous permet d’obtenir le temps

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nécessaire pour réaliser une opération. Par exemple, soulever une caisse implique de se baisser, de plier les genoux, de tendre les bras etc. Les conditions dans lesquelles le travail est effectué peuvent être prises en compte, • consigner des informations dans des tables de temps. À Saint-Nicolas d’Aliermont, le travail à la chaîne est introduit dans l’usine Bayard dès 1935. Afin d’accroître la productivité, on y applique d’abord la méthode Bedaux avant de passer à la méthode M.T.M. dès le début des années 1960. Celle-ci a conquis de nombreux chefs d’entreprises jusqu’à aujourd’hui puisque l’on dispense encore des formations pour l’appliquer dans les usines. Il existe même une variante de cette méthode, la M.T.M. 2, qui est davantage axée sur le chronométrage.

MÉTHODE M.T.M. APPLIQUÉE DANS L’USINE BAYARD Vers 1960. Collection particulière.

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u XIXème siècle, hommes, femmes mais aussi enfants sont sollicités pour travailler dans les nouvelles industries. Cependant, les conditions de travail y sont souvent mauvaises. L’État français va alors réagir et mettre en place les bases d’une législation du travail.

HOMMES, FEMMES ET ENFANTS AU TRAVAIL DANS L’USINE COUAILLET À SAINT-NICOLAS D’ALIERMONT Début du XXème siècle, carte postale. Archives du musée de l’horlogerie.

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Le temps de travail des ouvriers

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Troisième partie


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Vers une législation encadrant la durée du temps de travail (1841-1914)

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les mines ou encore dans les nombreuses manufactures textiles d’Europe occidentale, les conditions de travail sont particulièrement difficiles dans les premières heures de l’industrialisation. Chaque usine est organisée selon ses règles propres, les journées de travail varient selon les saisons et les commandes. Cependant, le mécontentement monte dans les milieux ouvriers. Comme en témoigne le Tableau de l’ état physique et moral des ouvriers employés dans les manufactures de coton, de laine et de soie, rapport produit par le Docteur Villermé en 1840, les salariés - dont des enfants - travaillent en moyenne 14 heures par jour pour toucher un salaire qui ne garantit pas leur subsistance. Ce contexte inquiète dans les hautes sphères politiques, animées par un certains souci humanitaire mais aussi par des considérations très pragmatiques : dans une époque traversée par les guerres et les troubles politiques, il s’agit aussi d’éviter les conflits sociaux et de préserver les forces vives de la Nation. Pour la première fois de son histoire, l’État français va adopter une démarche interventionniste envers le monde du travail afin de protéger les travailleurs les plus exposés : les femmes et les enfants. ans les usines métallurgiques,

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lois sur le travail - promulguées en 1841 et en 1874 - sont destinées à encadrer le travail des enfants, qu’elles ne remettent jamais en question. La première interdit l’admission des enfants de moins de 8 ans dans les fabriques de plus de 20 ouvriers et limite le travail des 8-12 ans à 8 heures par jour dans les usines mécanisées. La seconde se veut plus restrictive puisqu’elle annonce l’interdiction du travail des moins de 13 ans. Pour faciliter leur application, on crée les livrets individuels de renseignements sur les enfants ouvriers puis le corps d’État des inspecteurs du travail. Deux autres textes vont se compléter pour aller plus loin : la loi Ferry du 28 mars 1882 qui instaure l’enseignement laïc et obligatoire pour les enfants âgés de 6 à 13 ans et la loi sur le travail des enfants, des filles mineures et des femmes de 1892, qui renforce ses effets puisque désormais, les enfants ne peuvent travailler sans l’obtention de es deux premières grandes

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LIVRET DE RENSEIGNEMENTS SUR UN ENFANT OUVRIER Début du XXème siècle. Archives du musée de l’horlogerie.

UN GRAND INDUSTRIEL ELBEUVIEN Victor Grandin (1797-1849) est l’héritier d’une des plus anciennes familles de drapiers elbeuviens ce qui ne l’empêche pas de faire preuve d’une certaine audace. Il est ainsi un des tous premiers à Elbeuf à acquérir des machines à vapeur. Sa position de drapier influent lui permet en outre de réaliser une carrière politique au niveau national. D’abord proche de la Monarchie de Juillet, il s’en écarte ensuite pour soutenir Louis Napoléon Bonaparte. Élu conseiller municipal en 1828, il devient député en 1839, pour le maintient de l’ordre et du trône. Il se distingue notamment en 1841 en s’opposant violemment à la loi limitant le travail des enfants. Daumier et Marx en ont tous deux laissé un portrait acerbe. Le premier dans une caricature parue dans le Charivari en 1849, le second dans La lutte des classes en France, 1848-1850, où Victor Grandin est évoqué en ces termes : « Grandin, fabricant de Rouen, l’organe le plus fanatique de la réaction bourgeoise, tant dans l’Assemblée nationale constituante que dans la Législative ». CARICATURE DE VICTOR GRANDIN, par Daumier. Parution dans le Charivari en 1849. Musée d’Elbeuf. Présentation extraite d’un dossier réalisé par le musée d’Elbeuf et consultable sur internet à l’adresse suivante : [http://www.musees-haute-normandie.fr/objet.php3?lang=fr&idrub=137&id_article=4074 ]. (Consulté le 18 juin 2012)

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leur certificat d’études. Le travail des femmes est quant à lui limité à 11 heures par jour et interdit de nuit. Même si ces premières mesures témoignent d’une certaine avancée sociale, il faut souligner que cette même loi généralise le travail journalier des hommes à 12 heures.

La Guerre, les femmes et la rationalisation en France

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France, le déclenchement de la Première Guerre mondiale engendre plusieurs conséquences pour la production nationale et sur les conditions d’exercice du travail. À compter de 1914, il faut fabriquer de l’armement rapidement et à grande échelle. L’urgence est telle que l’état de siège déclaré le 2 août 1914 annonce la suspension provisoire de lois favorisant les libertés individuelles dont les lois allégeant la durée du temps de travail. Les hommes sont mobilisés au Front et l’emploi des enfants de moins de treize ans demeure interdit : se sont donc les femmes qui constituent désormais la majorité de la main d’œuvre disponible. Cependant, ces dernières ne sont pas ou peu qualifiées, il faut donc les former rapidement. Ce contexte particulier amène les dirigeants de l’époque et les industriels à faire le choix de la rationalisation. Mécanisation et division du travail sont d’abord appliquées dans de grandes usines comme Citroën ou Renault, installées en région parisienne, avant de gagner les autres entreprises. Produire en masse pour favoriser la victoire de l’armée devient synonyme d’acte patriotique, ce qui facilite l’instauration des méthodes de rationalisation. À Saint-Nicolas d’Aliermont, l’industrie horlogère est reconvertie en industrie de guerre. Les usines possèdent déjà les outils et le savoir-faire nécessaires pour fabriquer pièces d’avions, obus et autres types d’armement. Les femmes y occupent le premier rang. n

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femmes ne constituaient que 5% de la masse salariale dans le domaine métallurgique avant la guerre. En 1917, elles forment 30% de la main d’œuvre de la région parisienne et 25 % de la main d’œuvre nationale dans ce secteur1. Plus largement, la main d’œuvre est à environ 20 % féminine dans l’industrie et le commerce2. Les quatre n estime que les

1. LEE DOWNS Laura, L’ inégalité à la chaîne : la Division sexuée du travail dans l’ industrie métallurgique en France et en Angleterre, 1914-1939, Albin Michel, 2002 2. COURNARIE Emmanuelle, La Mécanique du geste, éditions PTC-des Falaises et Musée de l’horlogerie de Saint- Nicolas d’Aliermont, Septembre 2011.

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FEMMES ET ENFANTS TRAVAILLANT CHEZ COUAILLET PENDANT LA PREMIÈRE GUERRE MONDIALE Entre 1914 et 1918, photographie. Archives du musée de l’horlogerie.

années de guerre inscrivent donc de profondes mutations dans le monde du travail mais aussi, et plus largement, dans la société française. Désormais, la rupture est définitivement consommée avec les modes de production traditionnels. On rationalise ouvertement le travail dans un secteur industriel où les femmes sont maintenant considérées comme une main d’œuvre indispensable et meilleure marché que les hommes. Le clivage homme-femme, déjà existant, va perdurer : tandis que les femmes semblent installées dans des postes d’exécutantes, les hommes, qui font figures « d’ouvriers qualifiés », sont amenés à prendre davantage de fonctions d’encadrement afin de trouver de nouveaux postes dans un monde du travail remodelé. À l’issue du conflit, un événement annonce l’amélioration de la condition de tous les travailleurs : la généralisation de la journée de 8 heures de travail en 1919. C’est un premier pas vers une baisse progressive de la durée du temps de travail pour tous, mouvement confirmé en juin 1936 avec la naissance des congés payés et de la semaine des quarante heures.

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Quatrième partie La nouvelle ère du « tout électrique »

près la Première Guerre mondiale, les développements du travail à la chaîne et des réseaux électriques vont faire naître de nouveaux marchés à conquérir pour l’entreprise Lambert.

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CORPS D’HORLOGE-MÈRE. 2ème moitié XX ème siècle. Collection du musée de l’horlogerie. (Inv 00.01.02) PUBLICITÉ LAMBERT. 1961. Archives du musée de l’horlogerie.


Vers une diversification des outils de contrôle du temps

HORODATEURS LAMBERT. 1958 et 1963, photographies. Archives du musée de l’horlogerie.

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’entre deux-guerres est marqué par une demande croissante de nouveaux instruments de mesure du temps. La production aliermontaise de l’époque en témoigne : tandis que les ateliers Vaucanson produisent des enregistreurs de vitesse pour les trains (« mouchards de locomotives  »), l’entreprise Denis Frères fabrique des minuteries pour compteurs d’eau et d’électricité. Dans ce contexte, l’entreprise Lambert produit davantage d’enregistreurs de présence mais aussi de nouveaux outils comme les horodateurs (vers 1932) qui permettent le « timbrage du courrier, des bons de travail ou de marchandises, le contrôle des entrées et sorties du personnel dans les petits établissements, chantiers, garages (...)  ».

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1930, l’entreprise devient la « S.A.R.L Enregistreurs Lambert ». Le nom mais aussi l’esprit novateur d’Arthur Lambert, décédé en 1924, semblent conservés dans cette société désormais dirigée par sa veuve et son neveu, Léon Caron. Les enregistreurs à carte cisaillée « classiques », munis d’une pendule mécanique à remontage hebdomadaire côtoient bientôt des enregistreurs à contacts électriques, à remontage automatique, et dotés de dispositifs spéciaux « adaptés à la pendule, et pouvant donner de 5 en 5 minutes des contacts électriques à des heures voulues et modifiables à volonté, permettant d’actionner des appareils sonores tels que cloches, sirènes, klaxons, sonneries ou des lampes »1. Ces modifications techniques font peu à peu sortir l’entreprise Lambert du cadre de l’horlogerie traditionnelle. n

1. Présentation extraite du catalogue Lambert de 1940. Prêt de Monsieur Octau.

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« L’heure électrique intégrale »

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fin d’améliorer le rendement

et d’instaurer le contrôle du temps de travail, il faut des instruments toujours plus précis. Dès les années 30, Lambert mise sur la distribution électrique de l’ heure pour parvenir à cette fin. Mais en quoi cela consiste t-il ? Dans un système de distribution électrique de l’heure, une horloge régulatrice, surnomée « horloge-mère  », transmet des impulsions électriques et donc l’heure à des «  horloges-filles  », réceptrices. Quel que soit l’endroit où elles se trouvent dans un édifice, elles peuvent donc afficher l’heure ou encore déclencher des signaux sonores à des horaires précis. Cependant, elles ne sont en aucun cas autonomes, ce qui fait parfois remettre en question leur appellation « d’horloge ».

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produits à cette « technologie » et proposer à l’horizon des années 1950 : • des enregistreurs de trois types : à cartes cisaillées classiques, à remontage automatique ou encore récepteurs, • des horloges électriques (horlogesmère et filles, régulateurs), • des horodateurs. ambert va adapter ses

PAGES D’UN CATALOGUE LAMBERT 1954. Prêt Monsieur Octau.

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LA DISTRIBUTION ÉLECTRIQUE DE L’HEURE La distribution électrique de l’heure est un principe développé dès les années 1840. Différentes personnes ont participé à sa mise au point et à sa diffusion : Louis-Clément Breguet, Mathias Hipp, ou encore les sociétés Brillié et ATO. Cependant, avant les années 1910, la distribution électrique de l’heure ne s’applique que dans certaines installations publiques de grandes villes, qui sont alors les seules à accéder à l’électricité. Avec la généralisation de l’électricité dans les années 1920, de nouvelles possibilités d’adaptation apparaissent. Les usines, gares, bureaux, écoles, églises pourront en être équipée. L’entreprise Lambert s’est positionnée avec succès sur ce marché. SCHÉMA DE DISTRIBUTION D’HEURE. Début du XXème siècle, extrait d’un catalogue Brillié. Prêt de Monsieur Octau.

À

partir des annnées 1950 et 1960 l’entreprise

conçoit et fabrique des pièces innovantes. Par exemple, elle est la première entreprise française qui propose des enregistreurs à pointage automatique sans manette. Ses « objets phares » que sont les pointeurs vont encore subir des changements puisque au début des années 1960 la société propose la gamme « Compact », qui réunit des enregistreurs de taille réduite par rapport aux modèles originaux. Les horodateurs subissent également certaines modifications et sont principalement sollicités par les compagnies d’assurance qui les emploient pour dater leurs polices. En 1962, l’entreprise Lambert, alors associée à Huchez, fait breveter un nouveau système lié à la distribution électrique de l’heure. Un article paru à l’époque évoque parfaitement son fonctionnement : « Toutes les aiguilles s’arrêtent et le mécanisme de l’ horlogemère elle-même pourrait cesser de fonctionner puisqu’ il tient son mouvement de l’ électricité. Or lui continue de tourner. L’ horloge-mère en effet possède une réserve de marche contenue dans un ressort que le courant électrique tient constamment à son maximum de puissance. Comme

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ENREGISTREUR LAMBERT, GAMME «COMPACT». 1963, photographie publicitaire.Archives du musée de l’horlogerie.

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HÔTEL DE VILLE DU HAVRE 1962, photographie. Archives du musée de l’horlogerie.

une horloge du bon vieux temps insoucieuse des aléas du courant électrique elle poursuivra son méticuleux travail et elle aura l’ énergie suffisante pour le faire pendant soixante-dix heures»2 . Une fois la panne résolue, toutes les horloges réceptrices sont désormais remises à l’heure à partir de l’horloge-mère. Le positionnement de l’entreprise sur le marché de la distribution électrique de l’heure va être un véritable succès : elle équipe des usines, des entreprises, mais aussi des établissements publics, et ce parfois de manière monumentale. À titre d’exemple, l’horloge installée sur l’hôtel de ville du Havre en 1962 est une production Lambert tout comme celle qui orne la mairie de Saint-Nicolas d’Aliermont.

Une activité de plus en plus florissante

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1970, la société Lambert est des plus florissante grâce au maintien de la fabrication de ses enregistreurs - 50% de sa production, soit 200 environ par mois - et par une diversification très ciblée de ses produits : horodateurs (100 par mois), appareils de distribution de l’heure (50 installations mensuelles), mais aussi cachets d’oblitération pour les PTT. En 1969, l’entreprise fait travailler 115 personnes, dont 65 ouvriers, 25 administratifs, 18 cadres et représentants, et 10 technico-commerciaux3. Alors qu’elle semble traverser les époques, la société Lambert va devoir faire face à de nouveaux défis dans les années 1970 et 1980 : l’électronique va s’affirmer comme la technologie dominante, et les nouvelles réformes législatives annoncent des assouplissements du temps de travail. Bientôt, au-delà de la nécessité de le contrôler, il va devenir nécessaire de le gérer avec précision. l’aube des années

2. Article de Marcel Pastor, « Au SICOB 1962 Saint-Nicolas d’Aliermont », Les informations dieppoises, 23 octobre 1962. 3. Chiffres issus d’un document produit pour L’Entreprise Normande en 1969 et approuvé par le directeur général adjoint de Lambert. Prêt de Monsieur Michel Caron.

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Du contrôle à la gestion personnalisée du temps

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a société LAMBERT (...) se devait , à l’occasion de l’extension sans cesse croissante de : ... L’AMÉNAGEMENT DES HORAIRES de mettre au point un matériel permettant l’accessibilité, au plus grand nombre d’Entreprises, à cette amélioration des conditions de travail. » Brochure publicitaire Lambert, années 1970

L’ORDOMATIC 400 Années 1970, photographie par J. Oliger. Archives du musée de l’horlogerie.

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Vers l’aménagement du temps de travail : la naissance des horaires variables.

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des congés payés et de la semaine des quarante heures en 1936 n’a pas été le moteur d’une baisse progressive du temps de travail (qu’il soit journalier, hebdomadaire ou annuel). Suivant différentes analyses d’historiens, la tendance a même été vers une hausse de la durée hebdomadaire du travail. Plusieurs facteurs l’expliquent : la guerre déclarée en 1939 puis la Reconstruction et la nécessité de relancer la croissance entraînent une recherche de la productivité. De plus, si les lois de 1936 portaient en elles les signes d’une libération vis-à-vis du temps de travail, elles confortaient également l’idée que les employés devaient se plier à des horaires collectifs fixes, quelle que soit leur situation personnelle. Mais ces conceptions du travail se heurtent aux changements survenus dans les modes de vie des français à partir des années 1960. Avec l’essor du milieu tertiaire et la concentration dans les villes, des problèmes pratiques liés au maintien des horaires fixes apparaissent : saturation des transPLANCHE DE LA BANDE-DESSINÉE « DE MAL EN PIS » ports, employés qui éprouvent des PAR ALEX ROBINSON, ÉDITIONS RACKAM pointeuse reste l’objet qui symbolise la soumission difficultés pour la garde de leurs La du salarié à des horaires de travail fixes, influant sur l’organisation de ses journées. enfants, etc. a mise en place

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1965-1970, la France commence à évoquer la nécessité d’instaurer des horaires variables en suivant les modèles allemand et suisse. Deux lois accompagnent ce mouvement. Afin d’encourager le dynamisme des entreprises, la loi du 3 janvier 1972 les autorise partir des années

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PUBLICITÉ LAMBERT Années 1980. Archives du musée de l’horlogerie.

désormais à embaucher du personnel sur des périodes ou des créneaux horaires précis. C’est la naissance du travail intérimaire. La seconde loi du 27 décembre 1973 concerne directement  l’application des horaires individualisés. Elle précise qu’il  existe un horaire minimal commun à respecter (ce que l’on nomme « plage fixe ») mais qu’il y a maintenant des «  plages mobiles » sur lesquelles les salariés aménagent leur planning. Une décennie plus tard, l’ordonnance du 16 janvier 1982 instaure le travail à temps partiel. Ces nouvelles mesures ne visent pas à obtenir une « flexibilité sur la quantité du temps mais sur l’usage du temps »1. La dernière flexibilité importante sur la quantité du temps de travail a été obtenue en 1998 avec la loi instaurant les 35 heures légales de travail hebdomadaire. Cette nouvelle vision d’un temps de travail que l’on peut désormais aménager, individualiser, et qui a eu tendance à se réduire depuis les trente dernières années, a créé de nouveaux besoins matériels puisque l’heure est désormais à la gestion davantage qu’au contrôle.

La production de nouveaux outils de gestion du temps de travail chez Lambert

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1970, l’entreprise Lambert doit donc relever plusieurs défis qui consistent à : • répondre aux nouvelles demandes provenant du secteur tertiaire (puisque c’est dans les bureaux des entreprises et des administrations que l’on applique surtout les horaires variables), u début des années

1. SELLIER François, «Histoire de la régulation du temps de travail. L’exemple français ». Conférence de l’Irec « Les relations d’emploi : régulation et dérégulation en Europe », LEST-CNRS, 20-22 mai 1999.

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• conserver sa production traditionnelle dont l’industrie est la principale cliente, • s’adapter rapidement aux nouvelles technologies (quartz et électronique).

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(Paul et Jean-Pierre Caron) décident alors de moderniser certaines gammes de produits mais aussi d’en proposer de nouveaux. Ils commencent à travailler avec Jean-Michel Poupeau autour de la conception d’appareils de gestion griffés Lambert. L’Horoquartz et l’Ordomatic sont les premiers fruits de cette collaboration. L’Ordomatic est le premier appareil informatique de gestion des temps proposé sur le marché. Il permet de gérer les horaires de 200 à 800 personnes. Le succès de ces productions est rapide, et l’entreprise Horoquartz est fondée par Jean-Michel Poupeau en 1975. Pendant plusieurs années elle collabore avec la société aliérmontaise pour mettre au point de nouveaux produits. Lambert fabrique les lecteurs des appareils tandis qu’Horoquartz fabrique leurs unités centrales. es dirigeants

HORODATEUR, PANNEAU D’AFFICHAGE SPORTIF ET ENREGISTREUR LAMBERT Années 1970-1980, photographies. Archives du musée de l’horlogerie.

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qui lui permet de figurer parmi les cinq premières entreprises françaises travaillant autour de la gestion et du contrôle du temps, et ce jusqu’au milieu des années 1980. Elle affiche alors son dynamisme au cours de salons annuels comme le S.I.C.O.B.2. Mais elle doit aussi son succès à une diversification maîtrisée de sa production. En effet, elle fabrique également d’autres produits comme des panneaux d’affichages sportifs ou d’affichages publicitaires. Elle joue aussi le rôle de distributeur français pour ambert connaît alors un véritable succès

2. Salon des industries et du commerce de bureau. La première édition a été lancé en 1950 et la dernière en 1990. Une exposition organisée par le musée de l’Informatique est revenue sur son histoire en 2010.

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STANDS LAMBERT AUX SICOB DE 1983 ET 1984. Photographies. Archives du musée de l’horlogerie.

la société italienne Solari qui fabrique essentiellement des afficheurs à volets. Malgré cette apparente stabilité dans sa production, l’entreprise va connaître une importante crise structurelle au milieu des années 1980.

Des crises en série : la fin des années Lambert

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près l’électricité, l’électronique et le quartz,

la micro-informatique s’impose comme la nouvelle technologie à maîtriser. Ce nouveau challenge n’est pas facile à relever pour la société Lambert. Son principal partenaire, Horoquartz, rencontre d’importantes difficultés financières qui l’obligent à mettre fin à leur collaboration en 1988. L’ancienne associée emporte dans son sillage de nombreux partenaires techniques et commerciaux et le potentiel commercial de Lambert rétréci. Cette dernière s’associe à la société Alcyon en 1989 avant de fusionner avec elle en 1991, ce qui marque son entrée dans une nouvelle phase de son histoire. Elle intègre un groupe (ou « holding ») se nommant Lambert-Alcyon. Elle n’est plus uniquement aux mains des descendants d’Arthur Lambert puisque la direction générale de l’entreprise est désormais occupée par Guy Caron et Gilles Hilaire, directeur d’Alcyon. Le nouveau groupe est spécialisé dans les appareils informatiques de gestion du temps mais aussi de contrôle d’accès. Malgré la demande, la stabilité de l’entreprise n’est pas assurée.

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au cour des années suivantes. Le 20 janvier 1997, la société belge Captor, « leader mondial du terminal électronique d’acquisition des données », rachète 95% des actions de la société aliermontaise qui devient alors son « atelier de soustraitance » français. Désormais, on y conçoit (de manière personnalisée), fabrique, et assemble uniquement les boîtiers ou façade - en tôlerie ou plastique usiné  - des appareils Captor. Les agences commerciales de Lambert-Alcyon dispatchées sur l’ensemble de l’Hexagone sont chargées d’en faire la diffusion. Il n’est donc plus question d’activités liées à l’horlogerie : Lambert-Alcyon est désormais définitivement installé dans les domaines de la gestion du temps, des activités du personnel et dans le contrôle d’accès. En 2004, une page est définitivement tournée : LambertAlcyon devient Captor France. n effet, elle va connaître plusieurs rachats

LOGOTYPES DE L’ENTREPRISE LAMBERT ET DE SES SUCCESSEURS issus de différents documents publicitaires.

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1997, la société suédoise Westerstand rachète les secteurs horlogerie, chronométrie et affichage de l’entreprise Lambert. Elle a donné le nom de Lambert-Westerstand à sa filiale française afin de mieux s’implanter sur le territoire. Mais toutes les étapes de fabrication des produits sont désormais assurées à Toreboda en Suède ou à Taiwan. L’un de ses bureaux commercial est installé dans les anciens locaux de la société Lambert à Saint-Nicolas d’Aliermont. Ils appartiennent toujours à la famille Caron. D’autres entreprises travaillant autour de la gestion du temps y louent des bureaux comme AGT Systèmes. n

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agt systèmes

EXEMPLE DE PRODUIT VENDU PAR AGT SYSTÈMES : POINTEUSE ER1500. Document publicitaire.

En créant un service après-vente en 1963, la société Lambert a marqué son souci d’offrir des prestations et des appareils de qualité auprès de sa clientèle. Dans les décennies suivantes, des entreprises sous-traitantes ont été chargées de cette mission. L’une d’entre elles entretient un lien particulier avec Lambert : AGT. Société créée en 1990 par des « anciens » de chez Lambert et sous l’impulsion de ses dirigeants de l’époque, AGT 76 va alors se charger des mises en service et dépannages des appareils Lambert. Cette fonction a pris de l’importance au fil des ans. En effet, même si « l’entreprise-mère » a péréclité, beaucoup d’établissements sont toujours équipés de ses appareils. AGT 76, devenue AGT services en 1997 puis AGT Systèmes en 2001 s’est donc chargée de leur entretien (elle a racheté l’activité de prestation technique de Lambert en 1997) tout en développant une partie commerciale. Aujourd’hui, la société oeuvre toujours autour du contrôle et de la gestion du temps en distribuant des appareils de plusieurs marques mais aussi en développant ses propres logiciels de gestion.

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’histoire des instruments de mesure du temps de travail ne peut s’appréhender qu’au moyen d’une approche de l’histoire sociale et de l’histoire des innovation techniques. Parmi ces instruments, les « pointeuses » occupent une place particulière. Objets communément employés par de nombreux salariés, elles sont parfois détestées ou décriées, mais leur présence symbolise à elle seule le monde de l’entreprise. La demande n’a jamais décliné autour de ces objets et la société Lambert en a tiré profit pendant près d’un siècle. Jusqu’à maintenant le besoin de maîtriser l’heure s’est diffusé dans tous les lieux de sociabilité et de travail : écoles, hôpitaux, édifices publics etc.

A

ujourd’hui, compte tenu des évolutions techniques incessantes,

on peut légitiment se demander quel sera l’avenir des appareils de gestion du temps. Ceux qui officient dans ce domaine, comme Régis Prévost, fondateur d’AGT 76, sont sans aucun doute les plus enclins à nous apporter des éléments de réponse : « C’est ça notre difficulté, c’est de faire véhiculer l’ information du pointage d’une nouvelle manière. Demain je pense qu’on viendra au pointage ou les gens n’auront plus de base de pointage chez eux, c’est-à-dire qu’on risque d’avoir peut-être un gros central, ici peut-être [chez AGT Systèmes] qui va stocker toutes les informations de pointage de la société, et après c’est reventilé à travers Internet (...). Dans quelques années, on ne vendra peut-être plus de produits, on vendra des configurations à des gens, un service de pointage, on leur installera un lecteur chez eux (...) maintenant même le pointage se fait de plus en plus à travers le clavier de l’ informatique, on n’essaie de plus de mettre de lecteurs (...). Peut-être qu’un jour ce sera les téléphones portables, je ne sais pas, on n’ imagine pas. Il y a bien un moment où ça va, on dit toujours ça, mais ça dure jamais, il y a toujours des nouvelles… Le pointage restera quand même, on doit être capable de savoir qui est présent dans l’entreprise, à quels moments, pour la sécurité, pour les gens. Et ça ça restera toujours.» 1 1. Témoignage enregistré le 2 octobre 2010 dans le cadre de l’enquête sociologique menée par Emmanuelle Cournarie et le musée de l’horlogerie entre 2009 et 2010.

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Conclusion Conclusion


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REPÈRES CHRONOLOGIQUES SUR L’USINE LAMBERT

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1863

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Naissance d’Arthur Lambert à Dourlers dans le nord de la France.

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1907

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Arthur Lambert fabrique son premier prototype d’enregistreur de présence à carte cisaillée à Valenciennes.

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Vers 1907-1908

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Lancement de la production des mécanismes des enregistreurs à SaintNicolas d’Aliermont dans les ateliers Denis Frères.

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1915 Arthur Lambert vient se réfugier à Saint-Nicolas d’Aliermont afin de poursuivre la fabrication de ses enregistreurs dans une dépendance des ateliers de Denis Frères. À la fin de la guerre, son neveu Léon Caron, libéré d’un camp de prisonnier situé près de Maubeuge, le rejoint pour le seconder.

1920 Achat du terrain sur lequel sera installé l’usine Lambert à Saint-Nicolas d’Aliermont.

1922 Ouverture de l’usine Lambert proprement dite. Regroupement de toutes les étapes de fabrication des enregistreurs dans une même structure.

1924

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Décès d’Arthur Lambert. Sa veuve conserve l’entreprise et la dirige avec Léon Caron.

MA 08 02

1930

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Création de la S.A.R.L. « Enregistreurs Lambert ». Pierre Caron, fils de Léon, prend la direction de la fabrication.

1934 L’entreprise signe un contrat avec les PTT pour effectuer des travaux de gravure mécanique (fabrication de tampons d’oblitération).

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1944 Paul Caron, autre fils de Léon Caron, entre dans l’entreprise où il est chargé de responsabilités commerciales et administratives.

1957

Les « Enregistreurs Lambert » deviennent une Société Anonyme.

1963

Création d’une nouvelle technique de distribution électrique de l’heure et création d’un service après-vente.

1975

Lancement du partenariat avec Horoquartz qui s’achèvera en 1988.

1979

Relance de la fabrication d’horloges Saint-Nicolas en association avec l’ébéniste Claude Métais (Dieppe).

1989

Partenariat avec la société d’informatique Alcyon.

1990 Création d’AGT 76, société en charge de la mise en service et du dépannage des appareils Lambert.

1991-92

Fusion des sociétés Lambert et Alcyon qui donne naissance au groupe Lambert-Alcyon.

20 janvier 1997

Rachat du groupe Lambert-Alcyon par le groupe belge Captor. Cela concerne ce qui a trait à la fabrication et au réseau commercial.

1er mai 1997 Vente des parties horlogerie, affichage et chronométrie à la société suédoise Westerstrand. Création de sa filiale Lambert-Westerstrand.

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INTÉRIEUR DE L’USINE LAMBERT, photographies des ateliers. Vers 1950-1960. Prêt de Monsieur Michel Caron.

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INDEX Les objets présentés ci-dessous appartiennent au musée de l’horlogerie. Sauf mentions contraires il s’agit d’instruments produits par les établissements Lambert. Les photographies ont été réalisées par le studio Yann Pelcat (Dieppe).

Appareils mécaniques antérieurs à 1950

CORPS D’ENREGISTREUR Début XXème siècle. Inv. 80.10.18

ENREGISTREUR Début XXème siècle. Inv. 85.10.06

ENREGISTREUR Début XXème siècle. Inv. 2012.0.1

CADRAN D’ENREGISTREUR Début du XXème siècle. Inv. 2012.0.4

MÉCANISME D’ENREGISTREUR Début du XXème siècle. Inv. 2010.10.1

MÉCANISME D’ENREGISTREUR Début du XXème siècle. Inv. 2011.0.1

PORTE-CARTES CISAILLÉES Début du XXème siècle. Fabricant inconnu. Inv. 2012.0.6.1

PORTE-CARTES CISAILLÉES Début du XXème siècle. Fabricant inconnu. Inv. 2012.0.6.2

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INDEX

Appareils mécaniques antérieurs à 1950

HORODATEUR Vers 1930 Inv. 83.10.96.

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CONTRÔLEUR DE RONDES Entre 1940 et 1950 Inv. 2012.0.8

Appareils électriques

Mécanisme de la marque anglaise « SMITH » installé dans un boîtier Lambert.

CADRAN D’ENREGISTREUR Entre 1935 et 1955 Inv. 2012.0.3

CADRAN D’ENREGISTREUR Vers 1950 Inv 2010.12.3

CORPS D’ENREGISTREUR Années 1950-1960 Inv. 87.10.15

ENREGISTREUR Vers 1960 Inv. 2012.6.1.1 (corps), 2012.6.1.2 (porte-cartes) 2012.6.1.3 (cloche)

MÉCANISME D’EXPOSITION d’une horloge-mère. Vers 1960 Inv. 82.10.12

HORLOGE-MÈRE Vers 1960-1970 Inv. 2012.0.2

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INDEX

ENREGISTREUR 1974 Inv. 2012.0.7

RÉGULATEUR Vers 1975 Inv 2010.7.1

CORPS D’HORLOGE-MÈRE Vers 1970-1980 Inv. 2012.0.2

HORLOGE-MÈRE Vers 1970-1980 Inv. 204.10.8

TABLEAU D’AFFICHAGE SPORTIF Vers 1970. Inv. 2012.0.9

PANNEAUX DE SÉRIGRAPHIE pour la réalisation des cadrans Inv 2012.9.8 et 2012.9.9

COLLECTION DE TAMPONS D’OBLITÉRATION Production entre les années 1930 et 1980. Inv. 2012.9.1 à 2012.9.7

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ATELIERS DANS L’USINE LAMBERT Vers 1950-1960. Prêt de Monsieur Michel Caron.

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ATELIER DE CARTONNAGE DE L’USINE LAMBERT Vers 1950-1960. Prêt de Monsieur Michel Caron.

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BIBLIOGRAPHIE Le travail : histoire, temporalités, et contrôle CETTE Gilbert, TADDEI Dominique, Temps de travail, modes d’emplois. Vers la semaine de quatre jours ?, éditions de La découverte, 1994 ELLEBOODE Christian, La division du travail de l’ économique au social, coll. CIRCA, Armand Colin, 2006 FOHLEN (Cl.), Histoire générale du travail, Tome 3 : l’ ère des Révolutions, Paris, 1964 POUGET Michel, Taylor et le Taylorisme, Presses Universitaires françaises, collection Que Sais-Je ?, 1998

Le travail des femmes et des enfants LEE DOWNS Laura, L’ inégalité à la chaîne : la Division sexuée du travail dans l’ industrie métallurgique en France et en Angleterre, 1914-1939, Albin Michel, 2002 Musée industriel de la Corderie Vallois, Où vont tous ces enfants... Le travail des enfants au XIXème siècle en Seine-Inférieure, éditions Point de vues et Musée industriel de la Corderie Vallois, 2009 WETZEL Lise, « Les enfants à l’usine : le témoignage d’une ouvrière de filature au début du siècle » in Travail, métiers et professions en Normandie, actes du XVIème Congrès des sociétés historiques historiques et archéologiques de Normandie, tenu à Forges-les-Eaux du 1er au 16 septembre 1981

Ouvrages sur l’horlogerie BAILLAUD Lucien, « Les chemins de fer à l’ heure légale », in Revue d’histoire des chemins de fer, numéro 35, 2006 COURNARIE Emmanuelle, La Mécanique du geste : trois siècles d’ horlogerie et de mécanique à Saint-Nicolas d’Aliermont en Normandie, éditions PTC-des Falaises et Musée de l’horlogerie de Saint-Nicolas d’Aliermont, Septembre 2011 DOHRN-VAN ROSSUM Gerhard, L’ histoire de l’ heure. L’ horlogerie et l’organisation moderne du temps, éditions de la maison des sciences de l’Homme, Paris, 1997 45

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FEMME ET ENREGISTREUR AUTOMATIQUE (stand commercial de produits Lambert) Vers 1950. Prêt de Monsieur Michel Caron.

Impressi

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Avec le sout

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Musée de l’horlogerie 48, rue Edouard Cannevel 76510 Saint-Nicolas d’Aliermont www.musee-horlogerie-aliermont.fr Téléphone : 02 35 04 53 98

Impression : juin 2012.

Avec le soutien de Catherine MorinDesailly, sénatrice de la Seine-Maritime, au titre de la réserve parlementaire.

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Catalogue Le Temps au travail, contrôle et gestion  

44 pages - 2012- 6.5 € Un angle social et historique pour approcher une collection inédite de photographies, archives, pointeuses d’usines....

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