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musée de l’horlogerie saint-nicolas d’aliermont

Réveils animés Le XXe siècle à travers la vie quotidienne

Catalogue de l’expositon

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Réveils animés Le XXe siècle à travers la vie quotidienne Cyrielle Langlais Marianne Lombardi

Catalogue de l’exposition du musée de l’horlogerie de Saint-Nicolas d’Aliermont (Haute-Normandie) Du 9 juillet au 31 décembre 2011

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Préface

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epuis près de 30 ans, l’état et la Région Haute-Normandie sont associés dans le cadre du Fonds Régional d’Acquisition des Musées afin de coordonner le soutien qu’ils apportent aux Musées de France. Destiné à aider les collectivités et associations pour l’acquisition d’œuvres dont le coût élevé ne permet pas l’achat sans aide extérieure, le F.R.A.M. de Haute-Normandie est un acteur majeur de la politique d’acquisition d’objets et de collections sur notre territoire. En 2007, le musée de l’horlogerie a pu acheter, grâce au soutien du F.R.A.M., une importante collection de huit cents réveils dont l’inventaire et l’informatisation ont été achevés cette année. Afin de mettre en valeur ce fonds, le musée propose une exposition temporaire qui rassemble une soixantaine d’objets sur le thème des « réveils animés ». Il s’agit de pièces de la marque BAYARD fabriquées à Saint-Nicolas d’Aliermont entre 1928 et 1989 possédant un cadran dessiné dont une partie amovible bouge au rythme du tic-tac. Les réveils animés invitent à un voyage dans le temps et permettent de brosser une histoire du XXe siècle marquée par la publicité, le cinéma et la télévision. Ces pièces sont particulièrement représentatives des évolutions de la société de consommation, de l’émergence des marques et d’un nouveau rapport à l’objet. De l’automate aux déclinaisons contemporaines des « joyeux animés », l’exposition propose de comprendre les secrets du réveil animé en étudiant tour à tour sa mécanique, sa commercialisation et sa représentation sociale. Alain BOURDON Directeur régional des affaires culturelles de Haute-Normandie

Alain LE VERN Président du conseil régional de Haute-Normandie Blandine LEFEBVRE Conseiller régional de Haute-Normandie Maire de Saint-Nicolas d’Aliermont

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RĂŠveils animĂŠs de Marc Mifune - 2011

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sommaire Les Automates L’ancêtre des réveils animés Un savoir-faire proche de l’horlogerie

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Le début des « Joyeux animés » La mécanique L’époque fordiste

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Mondialisation et commercialisation 17 La mondialisation « N’importe quelle publicité est une bonne publicité » - A.Warhol Mutations de la société 26 L’évolution de la place de l’enfant dans les sociétés occidentales La société de consommation et les effets de mode La construction du social par les objets Le réveil animé des « Temps Modernes » Les shows français La production japonaise

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Conclusion

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Index des réveils exposés

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Les Automates « Les automates sont des appareils qui, sous la forme d’êtres organisés, cachent dans leur intérieur des ressorts propres à leur donner des mouvements imitant les fonctions de la vie » Encyclopédie du XIXe siècle

Réveil Pompier Junghans

Début du XXe siècle Collection privée

Réveil Gramophone Réveil à pendule conique silencieux

Fin XIXe siècle Collection privée

Fin du XIXe siècle Collection privée

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L’ancêtre des Réveils Animés

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a volonté de recréer la vie est une obsession qui a traversé les siècles et dont les automates sont tout particulièrement représentatifs. Il faudra pourtant attendre le XIVe siècle pour que l’art des automates devienne populaire en Europe, grâce à l’apparition des horloges animées des cathédrales. Peu à peu, l’automate devient un objet populaire et entre dans les foyers. La mécanique se perfectionne et offre une plus grande précision. On voit apparaître des androïdes capables de s’animer de façon très complexe : certains dessinent, écrivent ou encore jouent de la musique !

Jouet pour enfant ou véritable objet d’art ? Les fabricants comme les acheteurs ont souvent hésité. Il est vrai qu’il s’agit d’un objet d’une grande ingéniosité dont la spécificité technique ne semble pas destinée à un jeune public. L’automate n’est pas un objet affecté à la manipulation (à la différence des jouets mécaniques), bien au contraire. Il s’anime pour le seul plaisir des yeux. Au XIXe siècle, on le considère même comme un objet élitiste : le prix d’un automate est alors équivalent au minimum vital annuel d’un

ménage avec deux enfants ! Même onéreux, ces objets demeurent au plus proche de la réalité quotidienne de la petite bourgeoisie du XIXe siècle : ils composent bien souvent des scènes de vie simple en représentant tantôt une nourrice, tantôt des petites filles en cours de danse. Cependant, l’esthétique très élaborée de ce type d’objet camoufle un mécanisme complexe que l’on ne suspecte pas de prime abord.

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Un savoir-faire proche de l’horlogerie

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a plupart des fabricants d’automates sont également des horlogers dans la mesure où les deux activités font appel aux mêmes savoir-faire : calculs mathématiques, travail du métal de précision, etc. Il est donc relativement aisé pour des horlogers établis d’étendre leur production à la fabrication d’automates. Pour autant, leur mécanique se doit de respecter certaines conventions : il est admis, par exemple, que les gestes d’un automate doivent être d’un quart à deux fois plus lents que chez les êtres vivants. D’un point de vue purement mécanique, il est possible de décomposer le fonctionnement d’un automate en quatre éléments majeurs : • Le moteur : il permet d’initier le mouvement ; • Les commandes : elles définissent le type de mouvement ; • Les transmissions : elles font le lien entre les commandes et le modèle ; • Et éventuellement une boîte à musique.

Réveil automate de la fin du XIXe siècle Ce réveil fut probablement fabriqué dans l’usine d’Albert Villon (1867-1887) ou par la société en nom collectif « Villon, Duverdrey et Bloquel » (1896-1902). En 1867, Albert Villon installe son atelier d’horloger à Saint-Nicolas d’Aliermont, spécialisé dans la pendulette de voyage il s’associe ensuite à Messieurs Duverdrey et Bloquel, futurs fondateurs de l’usine Bayard.

Sur la platine arrière sont visibles les initiales A.V. (Albert Collection privée Villon) ainsi Prêt de M. Gaigné qu’un lion passant, symbole de l’entreprise jusqu’au dépôt de la marque Bayard en 1928. Le mouvement classique d’horlogerie comprend un mécanisme de réveil qui actionne le bras

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droit du personnage. L’allumette rythme du tic-tac. Il s’agit d’un tenue dans sa main vient gratmodèle tout à fait particulier ter le frottoir. Le bras se lève puisqu’il est composé d’un alors jusqu’au niveau du chamécanisme plus proche peau mettant en contact la d’une horloge ou d’une flamme et la bougie. Son pendule de cheminée concepteur a déposé que d’un réveil. En efun brevet pour ce réveil fet, il dispose d’un balancier ; fait rarissime, (inscription « déposé » sur le cadran). ce dernier est logé Pour autant, cet à l’intérieur du effort semble vain boîtier de mécaCollection privée dans la mesure où il Prêt de Monsieur Cousin nisme. Ce système existe la trace d’un est peu pratique et se brevet pour un objet du dérègle facilement. à même type qui date du notre connaissance, il XVIe siècle. s’agit du seul réveil de l’usine avec cette parRéveil clown ticularité.

de la fin du XIXe siècle

Lion passant

Début XXe siècle Archives du musée

Il s’agit d’un modèle de la fin du XIXe siècle ou du début du XXe siècle réalisé par la société en nom collectif « Villon, Duverdrey et Bloquel » (1896-1902), future usine Bayard, reconnaissable au lion passant présent sur le cadran. Cet objet est l’ « ancêtre » le plus proche des réveils animés dans la mesure où lorsqu’il est en fonction, la tête du clown dodeline au

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Le début des « Joyeux animés » « Quand les gens rient de Mickey Mouse, c’est parce qu’il est si humain ; c’est là que réside le secret de sa popularité » Walt Disney (1901-1966)

Réveil animé démonté Nestor le Pingouin 1978 - GA 124 Collection d’étude

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La mécanique Le fonctionnement d’un réveil animé

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a mécanique du réveil animé est relativement simple et ne se distingue pas vraiment des autres réveils. En horlogerie, d’une manière générale, il est indispensable de comprendre que deux principes sont essentiels : l’énergie et la régulation. • L’énergie est assurée par un ressort. Il s’agit d’une petite lame d’acier enroulée sur elle-même. Elle est l’organe moteur Schéma d’un balancier-spiral du réveil : en se desserrant, elle donne l’impulsion au mécanisme. • La régulation est assurée par le balancier spiral et l’échappement. Il est constitué d’un balancier rond qui effectue un mouvement de va-et-vient circulaire et qui divise donc le temps en unités égales. Il est associé à un spiral, un petit ressort d’acier ou de bronze, qui oblige le balancier à osciller en se comprimant ou se détendant. L’échappement suit ce rythme et le transmet au reste du mécanisme. La particularité des réveils animés est que la trotteuse, ou l’aiguille des secondes, est remplacée par un élément du dessin du cadran. Pour ce faire, l’arbre d’échappement a tout simplement été prolongé. La partie amovible du dessin est ainsi fixée à l’arbre.

Une volonté de diversifier la production

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’appellation « Réveils Bayard » existe depuis 1907. Cependant, la marque Bayard ne fut déposée qu’en 1928. Au début du XXe siècle, grâce à l’impulsion des deux collaborateurs puis successeurs d’Albert Villon, Messieurs Duverdrey et Bloquel, l’usine se spécialise dans la production de réveillematins. Invention américaine, il s’agit d’enfermer un mouvement simple d’horlogerie dans un boîtier circulaire fermé. Objets populaires, relativement

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bon marché, ces mécanismes simples conviennent à tous. à l’usine, il est alors facile de suivre la mode du jour grâce à une variation infinie des boîtiers selon leur forme, leur couleur ou leur matériau. L’évolution de la production de l’entreprise est témoin des mutations de la société : en recherche constante d’innovation, la société embauche des publicitaires et des graphistes dont le travail, couplé à celui des horlogers et ingénieurs du bureau d’études, propose sans cesse de nouveaux modèles au goût du jour. Le premier grand coup publicitaire de la Société des Anciens établissements Duverdrey et Bloquel, qui deviendra la société Bayard, est sans doute l’achat en 1934 à la firme américaine Disney Réveil Mickey du droit d’illustrer ses cadrans 1967 - GA 122 avec le personnage Mickey. La Inv. 207.08.149 recherche de l’intégration de ce

Mickey Mouse Le 15 mai 1928, Walt Disney dessine une petite souris qui surgit sur les écrans américains : Mickey Mouse. Il fait sa toute première apparition dans le court métrage Plane Crazy et rencontre un franc succès. Quelques mois plus tard, en novembre, le personnage évolue dans un nouveau film intitulé Steamboat Willie. Ces deux courts métrages intègrent et accompagnent la naissance du cinéma parlant. Dans Steamboat Willie, le public fut très impressionné par l’utilisation comique du son. Dans ce court métrage, la souris facétieuse est musicienne et séduit aisément par son caractère

attachant. Elle est porteuse d’une certaine idéologie positive américaine et s’exporte en France dès les années 30 au travers de bandes quotidiennes qui paraissent dans Le Petit Parisien. Le 21 octobre 1934 paraît en France le premier numéro de l’hebdomadaire Le Journal de Mickey. La popularité du personnage se développe tant et si bien que la floraison des produits dérivés ne se fait pas attendre. Les marques s’arrachent les droits d’utilisation de l’image du petit personnage.

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personnage dans un réveil donne naissance au concept du réveil animé. Dans la toute première version de ce nouveau réveil, la souris traverse le cadran en hochant la tête à chaque seconde et ses bras en aiguilles permettent de lire l’heure. De suite, le réveil animé connaît un fort succès en raison de l’immense popularité du personnage. Dès lors, un partenariat s’établit entre la firme Disney et la Société Bayard.

L’époque fordiste

Chaîne de montage de l’usine Bayard - Catalogue Bayard 1967 - Archives du musée

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u début du XXe siècle, Frederik Winslow Taylor, ingénieur américain, apporte une transformation majeure dans les modes de fonctionnement du travail en usine. Partant du principe que les ouvriers ont tendance à céder à une « flânerie systématique », il réfléchit à une manière d’améliorer la productivité. Henry Ford (1863-1947) fonde la compagnie automobile Ford en s’inspirant des théories de Taylor sur l’Organisation Scientifique du Travail. Cette méthode se base sur trois principes majeurs qui sont : •La division du travail : de manière à ce qu’un ouvrier soit toujours affecté au même poste, •La standardisation permettant de produire des pièces identiques et à grande échelle, •L’augmentation des salaires. En 1935, la méthode fordiste est appliquée à l’usine Bayard. C’est l’époque où les « Grands Réveils » (Sonnfor, Tapageur, Bayard-Bayard) connaissent un succès colossal. Sur leur table, les ouvrières disposent des éléments que contient 1 TAYLOR F.W., « La direction des ateliers », in COURNARIE Emmanuelle. La Mécanique du geste : trois siècles d’horlogerie et de mécaniques à Saint-Nicolas.  Malrieu Jean-Pierre, « Le fordisme comme mode d’organisation du travail, politique salariale, et plus généralement, mode d’organisation de l’économie. »

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Le Royaume du tic tac

Années 50 - Archives du musée

un réveil. Chacune d’entre elles place un des éléments mobiles entre les deux platines et le transmet à l’ouvrière suivante. De sorte qu’une minute et demie seulement était nécessaire pour monter la partie mécanique. Un réveil complet, avec le boîtier et les décors, était alors finalisé en sept minutes ! Ainsi, pas moins de 6 000 réveils sortaient chaque jour de l’usine Bayard. En fin de chaîne de montage, la fiabilité des réveils tout juste terminés devait être vérifiée. Ils étaient remontés puis emmenés dans la salle de réglage. Dans ce « royaume du tic tac », trois à quatre mille réveils étaient surveillés en permanence, y compris les week-ends ! Au bout de 24 heures, les réveils étaient contrôlés, ceux qui fonctionnaient correctement étaient tournés d’un quart de tour. Ils étaient ensuite complètement finalisés : on y ajoutait les boutons et on les essuyait avant de les emballer dans un papier de soie. Dès 1957, l’usine réorganise complètement les ateliers et fait appel à un ingénieur, Monsieur Dubec de la Société Continentale d’Analyse du Travail pour appliquer la méthode « Bedaux », un système de management qui repose sur le chronométrage des temps de travail. Si ce système permet effectivement d’améliorer la productivité, il est vécu comme une contrainte qui annihile le peu de liberté que les ouvriers possèdaient à l’usine. L’apparition du fordisme a permis de développer la capacité de production de l’usine Bayard. Grâce à ce fort rendement et à l’augmentation des bénéfices, Bayard va se lancer dans l’exportation de ses réveils. 

Collectif, Les réveils BAYARD, plus d’un siècle de vie aliermontaise.

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Mondialisation et commercialisation « Le commerce guérit des préjugés destructeurs ; et c’est presque une règle générale, que partout où il y a des mœurs douces, il y a du commerce ; et que partout où il y a du commerce, il y a des mœurs douces. » Charles-Louis de Secondat, Baron de la Brède et de Montesquieu (1689-1755)

Publicité Bayard 1962 Archives du musée

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La mondialisation à qui sont destinés ces réveils ?

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es états-Unis sortent triomphants de la seconde guerre mondiale. Ils ont alors doublé leur potentiel de production, et détiennent 50 % de la richesse mondiale tout en produisant plus que tous les autres pays réunis. Le niveau de vie des américains a été multiplié par deux entre 1945 et 1965. Désormais, la classe moyenne représente les deux-tiers de la population américaine, notamment en raison du développement de la classe dite des « cols blancs ». En France, la proportion de salariés appartenant à la classe moyenne a fait un véritable bond au cours de la seconde moitié du XXe siècle : de 20 % des actifs en 1954 à 37% en 1965 ! Ainsi, il devient primordial pour les marques de prendre en compte ces classes émergentes. Lorsque l’entreprise Bayard utilise le personnage de Mickey, elle s’adresse directement aux familles. La souris anthropomorphe est attachante, on s’identifie facilement à elle puisqu’elle incarne toute une série de valeurs positives. Elle séduit certes les enfants, mais charme également les parents car elle est l’image de la bonne conduite que les plus jeunes pourront imiter. D’une manière plus générale, les autres personnages Disney, qui intègreront la collection Bayard par la suite, plaisent tout autant. Bien souvent, la firme américaine met en scène des vies rêvées qui permettent d’amener les consommateurs à fantasmer leur quotidien. Or, il est évident que la classe moyenne naissante est désireuse de sortir de sa routine parfois lassante. Ces nouvelles préoccupations s’associent au développement des loisirs qui prennent une part de plus en plus importante dans la vie privée avec la réduction du temps de travail à 40 heures par semaine et l’apparition des deux semaines de congés payés en 1936 sous le gouvernement de Léon Blum. Ainsi, Disney enchante la classe moyenne et ses héros s’affichent sur des produits qui sont désormais abordables. Avec une rémunération plus élevée que les générations précédentes, ces couches sociales intermédiaires sont en mesure de s’offrir plus de choses aussi bien pour les adultes que pour les enfants. L’entreprise Bayard a bel et bien intégré ce phénomène et les réveils animés en  

Selon l’expression du sociologue Charles Wright Mills (1916 – 1962) in White Collar (1952). MOLENAT Xavier ; « Les classes moyennes » in Sciences Humaines , mensuel n°188.

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sont le reflet. Il s’agit d’utiliser le succès foudroyant de Disney afin d’accroître les ventes en France mais également de se développer à l’international en profitant de l’image de la célèbre marque.

Production en série, mondialisation et voyage des objets

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urant la seconde moitié du XXe siècle, Bayard exporte de plus en plus : l’entreprise a saisi dans sa pleine mesure l’enjeu international. En 1950, une usine est ouverte au Maroc pour permettre à la société de conquérir le marché de l’Afrique du nord. Cependant, la fin du protectorat français entraîne la fermeture de cette usine en 1961. Pour autant, la volonté d’asseoir une Réveil de marque O Bayardo renommée internationale demeure très Vers 1961-1963 - Inv. 83.06 forte et une usine fut donc ouverte en Espagne accompagnée du dépôt d’une nouvelle marque à sonorité plus hispanisante : O Bayardo. Après installation par les employés de l’usine Bayard, les espagnols achètent les chaînes de montage. Il demeure que ce sont toujours les mêmes types de réveils qui y sont fabriqués. Tout au long du XXe siècle, la multiplication des échanges à l’échelle mondiale, la globalisation de la société et la mécanisation des ateliers entraînent la standardisation des produits. Il est désormais possible de produire en grande série en utilisant des normes qui permettent la fabrication d’objets dont la qualité est homogène. En 1932, Pierre-Louis Bernadac introduit des plans et des cotes dans l’usine Bayard, permettant le début du travail en série. S’agissant de la fabrication des réveils animés, les ouvriers utilisaient le calibre G des réveils classiques mais légèrement modifié : le calibre GA, A étant la lettre pour «animé». En somme, un calibre est une sorte d’étalon qui définit des dimensions standardisées pour les pièces. Pour les réveils animés, de nombreuses pièces 

Collectif, Les réveils BAYARD, plus d’un siècle de vie aliermontaise.

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sont communes à l’ensemble d’entre eux comme le boîtier, le cadran, les pieds, mais varient aussi en fonction de certains détails : les motifs animés nus, les aiguilles, la tige d’effet de sonnerie, etc. à droite, ces bandes métalliques présentent des séries de têtes qui sont les parties amovibles des cadrans dessinés. Placées sur les réveils, elles devaient osciller au rythme du tic tac.

Ci-contre, les cadrans des réveils animés témoignent de la normalisation de la production et donc de l’augmentation du rendement.

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insi, une production en série rend plus réalisable la volonté d’exportation. Le rêve de la conquête d’un marché international est devenu de plus en plus réel avec la révolution de la technologie et de l’information dans la seconde moitié du XXe siècle. Bayard, comme bon nombre d’entreprises, exporte alors en masse vers des destinations aussi lointaines que variées : New York, Lon- Des réveils en partance pour l’étranger dres, Montréal ou Rangoon ! 1951 - Archives du musée

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Trois marques supplémentaires : Famous, SuperFamous et Rocking

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’ampleur internationale que prend la société se vérifie notamment avec les différentes marques qu’elle dépose. En 1955, la Société Famous (FAbrication MOderne USinage) voit le jour à BonnièreSur-Seine en Seine-et-Oise. Par la suite, elle a donné naissance à trois marques distinctes : • Famous a permis à la société de commercialiser des réveils sous un autre nom que Bayard, afin qu’ils soient vendus moins chers dans la grande distribution. Elle a été déposée en 1966.

Les 101 Dalmatiens de la marque • Superfamous a été déposée en France Rocking et dans l’Union Internationale, soit 85 1982 - GA 529 états, le 5 novembre 1955 et n’a plus été Inv. 207.08.123 renouvelée à partir de 1971. •  Rocking fut spécifiquement pensée pour le marché américain et déposée le 25 novembre 1971. Le 25 novembre 1977, la Société Famous, qui gère ces trois marques a été rachetée par la Société Anonyme Bayard qui a ensuite procédé à sa liquidation. De fait, l’entreprise Bayard est alors devenue propriétaire des marques Famous, Superfamous, et Rocking. Le 1er juin 1979, l’entreprise aliermontaise a créé la filiale Rocking à partir de la marque du même nom.

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« N’importe quelle publicité est une bonne publicité » - Andy warhol

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a publicité a une place de plus en plus importante dans les sociétés actuelles, elle est partout : dans la rue, dans les magazines, à la télévision, à la radio, sur l’internet. Le nombre de messages publicitaires auxquels sont exposés les individus chaque jour se comptent par centaines et ont tous un même objectif : communiquer sur une marque pour inciter les auditeurs à adopter un comportement précis. La publicité a également cette force de créer le besoin chez le consommateur. Elle vend tantôt un produit, tantôt une image de marque. Parfois même, elle est comparative et permet de prouver la supériorité d’un produit par rapport à un autre. Toujours est-il qu’une même marque utilise des symboles récurrents que l’on retrouve sur tous ses produits et qui permettent de les distinguer des autres. À l’origine de Bayard, ce symbole était un petit lion passant. Par la suite, le chevalier Bayard, « Sans peur et sans reproche ! », est devenu l’emblème de l’entreprise. Pierre-Louis Terrail de Bayard était chevalier au service de François Ier et s’est distingué par son courage. Sa personnalité a inspiré des slogans brefs mais efficaces tels que « Soyez sans peur, celui-ci est sans reproche ! » ; ou encore « Les réveils Bayard conduisent votre temps ». Ces symboles, comme le chevalier Bayard ou le lion, sont des moyens d’identification des objets. Pour beaucoup de consommateurs, c’est l’assurance de la qualité du produit.

Publicité où le chevalier Bayard écrase les réveils en provenance de pays étrangers Archives du musée

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Ici, le chevalier est placé au centre du soleil et s’impose dans l’image. De façon implicite, il présente Bayard comme indispensable à la vie avec ce « chevalier rayonnant ». L’ombre de l’orchestre propose une métaphore entre temps et musique. à la manière du chef d’orchestre qui dirige ses musiciens, le chevalier Bayard dirige le temps. Enfin, les couleurs chaudes apportent un certain dynamisme qui n’est pas sans attirer le regard. À l’image de nombreuses publicités, celleci envoie donc bon nombre de

Publicité « Chevalier rayonnant »

XXe siècle - Archives du musée

messages implicites et de phrases faciles à mémoriser.

S’agissant de sa communication, Bayard a mis en place dès les années 60 un petit magazine intitulé le « Bayard Informateur », à destination de tous les revendeurs et bijoutiers-horlogers de la marque. Ces publications permettaient à l’entreprise de parler de ses évolutions et de présenter ses nouvelles collections. En effet, un peu comme dans le prêt-à-porter, Bayard sortait chaque saison des nouveaux réveils à la mode. Véritable arme commerciale, la publicité exige une réelle stratégie en fonction du public visé : hommes, femmes ou enfants.



Collectif, Les réveils BAYARD, plus d’un siècle de vie aliermontaise

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La publicité pour enfant : « Viser les jeunes, c’est assurer l’avenir de la marque. » - Directrice Marketing de Coca-Cola

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ujourd’hui, les enfants exercent une influence sur 43 % des achats de consommation familiale. On parle de « pédiarcat »  . De sorte qu’il est aisé de comprendre l’intérêt des grandes marques à viser le jeune public dans leur publicité. Pour les réveils animés, la situation est particulière car il s’agit de produits majoritairement destinés aux enfants. Bayard a donc choisi de s’adresser directement à eux, en utilisant l’image de leurs héros. Fréquemment, une voix est donnée aux personnages fictifs pour qu’ils ventent le mérite de la marque. Dans de nombreuses publicités, les personnages de dessins animés apostrophent directement les enfants avec un message simple : « Apprendre à lire l’heure ne peut se faire sans un réveil animé Bayard » ou encore « Tous les amis de Mickey ont un réveil Bayard ». Il est sous entendu que si l’enfant veut être un ami de Mickey, il doit s’acheter le réveil à son effigie. Une telle attitude publicitaire trouve une explication dans le changement de la place de l’enfant dans la société au cours du XXe siècle.

Bayard Informateur n°1 Mademoiselle Colette Beauverger présentant les réveils Mars - avril 1961 Archives du musée



KAPFERER Jean-Noël. L’Enfant et la Publicité : les chemins de la séduction.

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Livret « Tardinet, toujours en retard » 1ère et 4ème de couverture Archives du musée

« Fabrication d’un réveil Mickey »

Recto et verso ci-contre Archives du musée

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Mutations de la société « Aux yeux du public, l’enfant n’[est] en somme qu’un homme plus petit, un homunculus à qui il faut fournir des objets à sa taille » Roland Barthes (1915 - 1980)

Sainte-Thérèse de Lisieux

1963 - GA 153 Inv. 207.08.148

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L’évolution de la place des enfants dans les sociétés occidentales

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ès la seconde moitié du XXe siècle, les mutations de la société française entraînent une restructuration complète de la famille. Le taux de fécondité chute fortement : de 2,9 enfants par femme en 1901, il passe à 1,8 en 1976. Peu à peu s’installe un nouveau rapport à la parentalité : devenir parent devient bel et bien un choix et il en découle un profond changement dans l’éducation des enfants. Ce changement se traduit d’abord sur le plan scolaire : l’instruction est devenue obligatoire jusqu’à 16 ans en 1959 : les enfants ne sont plus une force de travail comme ils l’étaient au XIXe siècle. Leur parole et pouvoir de décision prennent un poids de plus en plus conséquent au cœur de la cellule familiale. Ce « droit d’expression » fait notamment écho au développement des droits des enfants qui en ont fait, du point de vue légal, des individus à part entière. L’enfant développe un pouvoir d’achat propre et intègre également, à sa manière, le fonctionnement de la société de consommation. De sorte que les entreprises, à l’instar de Bayard, ont progressivement pris en considération l’émergence de cette nouvelle clientèle. Ainsi, l’entreprise Foire de Lyon 1950 Serge Boiron - Archives du musée aliermontaise a fortement développé une partie de sa production à destination des plus jeunes en enrichissant ses partenariats et sa collaboration avec la firme Disney notamment. En 1969, le parc des expositions de la ville de Paris accueille le XXIIe Salon de l’Enfance, de la Jeunesse et de la Famille auquel la société Disney, qui fêtait alors son quarantième anniversaire, a participé. Bayard et Disney collaborent depuis les années 30 et la firme pour enfant a naturellement sollicité l’entreprise horlogère pour y animer un stand. 

DAGUET Fabienne, «La fécondité en France au cours du XXe siècle»

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LA SOCIéTé DE CONSOMMATION et les effets de modes

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a société de consommation émerge en 1950 et redéfinit complètement les modes de consommation établis jusqu’alors. Dans cette structure nouvelle, « l’achat de biens est à la fois le principe et la finalité de cette société  » . Le nombre de personnes aptes à prétendre et

Un dessinateur chez Bayard En mars 1962, Monsieur Phillipot, diplômé des Beaux-Arts est recruté sur concours de créateurs par l’usine. Il doit répondre aux besoins de renouvellement des modèles, dessiner les nouvelles collections et imaginer les cadrans des productions de l’usine. Il créé également les prototypes et

Croquis de M. Philippot

Années 70 - Archives du musée

travaille la sérigraphie. Il sera cependant victime des nombreuses vagues de licenciement de l’usine et a perdu son emploi en 1986.

à intégrer un système de consommation est plus important, d’autant que la possibilité de contracter des crédits ouvre même les portes de la société de consommation aux revenus les plus modestes. On distingue deux périodes radicalement différentes dans les modes de consommation. Avant 1950, les publicités s’apparentaient plus à des réclames et proposaient des produits en mesure de répondre aux besoins des individus. L’ achat répondait donc à une nécessité. Après 1950, le virage est majeur, les publicitaires ne visent plus les besoins des clients mais leur désir. La société de consommation signifie donc également l’évolution vers un monde plus rêvé, où l’achat doit répondre à des fantasmes. Il n’est plus fait appel à la nécessité mais bel et bien à des valeurs. Le client est incité à l’achat par l’association qui  COURNARIE Emmanuelle, « Mutation de l’environnement, de l’objet et crise culturelle au sein du système industriel bisontin » in Thèse – Approche socio-anthropologique d’une reconversion industrielle : de l’horlogerie aux microtechniques à Besançon.

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est faite entre un produit et certaines valeurs comme le beau, la joie, ou le confort. Cette nouvelle société est très liée aux effets de mode. Les produits sont périssables en ce sens qu’ils sont facilement démodables. C’est la raison pour laquelle les entreprises développent un effort constant de renouvellement de l’offre. L’entreprise Bayard, bien consciente de ces enjeux, a travaillé le thème des réveils animés pour continuer à séduire sa clientèle. Une note interne de l’entreprise révèle l’importance attribuée au sein de la firme aux effets de mode. Il est dit, en effet, que « Tout article s’adressant au grand public doit donner à l’acheteur final l’impression que son prix d’achat est justifié » et précise l’importance de « présenter un aspect attractif, qui conserve aussi longtemps que possible son attrait d’objet neuf ». Ce critère « conditionne l’habillage et est fonction du goût de l’acheteur (…) qui suit irrémédiablement la mode ». Les effets de mode sont souvent décisifs dans l’acte d’achat mais d’autres influences entrent en jeu comme la pression sociale et familiale ainsi que l’origine géographique du consommateur.

LA CONSTRUCTION DU SOCIAL PAR LES OBJETS

L

es objets de la vie quotidienne qui nous entourent ont une histoire, ils parlent et en disent beaucoup sur leurs propriétaires. Ils révèlent les goûts, parfois l’appartenance sociale, ou encore les origines géographiques du consommateur. Le sociologue Bruno Latour affirmait que l’objet est une sorte de « médiateur » entre les forces de la nature et l’individu. Le réveil, par exemple, est un médiateur entre le temps et le propriétaire dudit réveil. 

Réveil Bijou - Bayard

1957 - Inv. 207.08.46

Archives Départementales de Seine-Maritime - cote 82J35

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Au cours de sa vie, tout individu passe par plusieurs étapes. Ces changements peuvent être d’ordre personnel, professionnel ou religieux. Arnold Van Gennep, dans Le Manuel du Folklore français contemporain (1937-1958), a théorisé ces changements dans la vie des individus et a remarqué qu’ils étaient matérialisés par des rituels. événements marquants, ces changements sont souvent célébrés autour de repas en commun ou d’échanges de cadeaux. Afin de participer à ces grands moments de la vie, Bayard a mis en place une série de produits qui peuvent être offerts pour célébrer notamment les étapes de la vie chrétienne (communion, confirmation, mariage). Bayard Informateur n°3

Avril-mai 1962 Archives du musée

Les montres et les réveils sont tous deux porteurs d’une symbolique très forte : à l’origine, il s’agit de cadeaux précieux que l’on offrait pour marquer le passage à la vie adulte, matérialisé par des cérémonies religieuses et civiles. On quitte alors l’enfance pour un monde de responsabilités où la ponctualité est de mise et où le cadeau d’un bien horloger prend tout son sens. Pour exemple, le mariage érige l’homme à une position de chef de famille qui doit être responsable de son foyer : il est donc approprié de lui offrir une horloge ou un réveil puisque ces objets sont symboliquement associés à une certaine rectitude morale. De même, l’horloge fait souvent partie du trousseau de la mariée. Dans la tradition normande, un arbre est planté à la naissance des petites filles. Lorsqu’elles grandissent et à l’approche de leur mariage, cet arbre est abattu et utilisé pour la fabrication d’une horloge ou de quelques meubles. Dans un monde moderne, l’horloge de parquet traditionnelle est remplacée par une pendule murale ou une pendule à poser.

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Notre-Dame de Lourdes 1959 - GA 146 Inv. 207.08.147

La communication publicitaire de Bayard s’oriente alors clairement vers ces rituels et se positionne en objet fort de la vie quotidienne. Dans cette optique, l’entreprise a lancé une collection de réveils animés religieux illustrant les principaux lieux de pèlerinage français : NotreDame de Lourdes, Sainte-Thérèse de Lisieux, etc. Bayard a également proposé une série de « réveils bijoux » presque spécialement conçue pour fêter l’entrée dans la vie adulte concrétisée en France par la communion. Quant aux « Grands Réveils » , Sonnfort, Tapageur ou Bayard-Bayard, ils rencontrent un énorme succès à partir des années 1920 et sont des cadeaux traditionnels de la liste de mariage.

Chez Bayard, la question identitaire est développée au-delà du domaine religieux. L’entreprise a également commercialisé une collection « Villes et provinces de France ». Pour cette série, l’entreprise a fait appel aux traditions : les cadrans de ces réveils animés présentent des femmes habillées en costumes régionaux. Par ce biais, Bayard privilégie l’image de la femme paysanne paisible et heureuse. Acheter un tel réveil revient à affirmer une partie de son identité puisqu’il s’agit d’afficher fièrement son appartenance géographique. De plus, la commercialisation

Catalogue Bayard

Villes et Provinces de France 1950-51 - Archives du musée

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d’une telle série fait naître la fibre collectionneuse des acheteurs. Ils peuvent développer leur collection et, du même coup, avoir chez eux un petit morceau de France. Cette série s’est déclinée pour de nombreuses régions : la Bretagne, la Provence, la Vendée, l’Alsace, la Normandie, Paris, etc.

Les Parisiennes La Foire de Bâle est l’occasion pour les professionnels de l’horlogerie de présenter leurs dernières innovations et productions. En 1985, Bayard choisit ce salon professionnel pour présenter sa dernière série de réveils animés dessinée par Aslan : Les Parisiennes. Aslan est un peintre et sculpteur français qui a dessiné pendant près de 20 ans les « pin up » du magazine masculin français « Lui ». Il s’agit de réveils érotiques à destination d’un public adulte. La publicité se veut cocasse et pas toujours subtile : « Venez sur le stand Bayard pour y rencontrer Monique, Juliette, Christine, Isabelle, Françoise, Michèle, Martine, Brigitte, Gisèle et Béatrice ! C’est légèrement

vêtues qu’elles vous donneront l’heure « à la française » ! Quoi de plus agréable pour un homme que d’avoir la petite femme de Paris au chevet de son lit… ne serait-ce que pour être réveillé par de jolis hochements de tête !  ». Une telle orientation commerciale n’est pas sans rappeler certaines montres du XVIIIe siècle où les scènes libertines décoraient discrètement les cadrans. à la différence des réveils, les montres ont un côté plus personnel, plus intime : la lecture de l’heure est réservée au seul propriétaire. Les réveils animés érotiques, ou la libération des mœurs ?

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Communiqué publicitaire

Foire de Bâle - 1985 - Archives du musée

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Le réveil animé des « Temps Modernes » « La télévision ne connaît pas la nuit. Elle est le jour perpétuel. » Jean Baudrillard (1929-2007)

Logo de l’ORTF

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Les shows français

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e 26 avril 1935, la première émission officielle de télévision française est diffusée. Pour autant, le nombre de postes n’est pas suffisamment important pour parler d’une diffusion de masse. Posséder une télévision s’est normalisé au cours des années 60, époque où le petit écran est dirigé par l’Office de Radiodiffusion-Télévision Française (ORTF).

ORTF Le Manège Enchanté L’office de radio diffusion-télévision française 1967- GA 143 - Inv. 207.08.104 a été créé le 27 juin 1964 avec pour mission de « satisfaire les besoins d’information, de culture, d’éducation et de distraction du public ». L’ORTF disposait du monopole en matière de diffusion avec quatre chaînes de radio et trois chaînes de télévision. Durant ses dix années d’existence, l’ORTF a largement permis le développement des productions françaises et la multiplication du nombre de dessins animés sur le petit écran en produisant des séries comme Le Manège Enchanté, L’île aux enfants, ou Bonne nuit les petits, dédiées au jeune public. L’ORTF a apporté une offre importante d’animation pour enfants à la télévision ce qui était très novateur. L’entreprise Bayard s’inspire alors des productions de l’ORTF pour sortir de nouveaux modèles de réveils animés, comme « Le Manège Enchanté ». Au même moment, la production des réveils animés s’enrichit encore en perpétuant la production des réveils Disney. Dans cette mouvance sortent les réveils Donald, Pluto, Pinocchio, Bambi et les 101 Dalmatiens, alors que ces films triomphent sur les écrans du monde entier.

L’après ORTF Entre 1985 et 1986 sont créées des chaînes câblées dont certaines exclusivement pour la jeunesse comme Canal J et de plus en plus de programmes spécifiques vont être élaborés pour le jeune public.

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Disney reste à l’honneur et les productions Bayard en sont très représentatives. Pendant les années 70 sont créés les réveils Mickey et Minnie, Aristochats, Robin des Bois, et Picsou. Cependant, la production Bayard ne se limite plus à la seule production de réveils animés Disney. Encore une fois, Bayard suit les modes et s’inspire d’autres dessins animés comme Astérix et Obélix, Goofy, Babar Babar, Bibofoc, Nestor le Pingouin, Titi, Bozo, Inspecteur 1976 - GA 156 Gadget, Pierrot, Lucky Luke, Scoubidou pour développer Inv. 207.08.103 sa production. De même, Village dans les nuages et Topo Gigio sont deux séries diffusées à partir des années 80 sur TF1. Leur succès a également été relayé dans la production Bayard. Ces nouvelles séries remplacent celle, désuète, des «Villes et Provinces de France». Le charme opère et ces réveils se vendent très bien en raison de la demande accrue des jeunes consommateurs.

L’inspiration nippone Le Club Dorothée

Heidi

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1982 GA 138 Inv. 207.08.119

e Club Dorothée, à son apogée, comptabilise pas moins de 16 heures d’antenne par semaine ! Cette émission diffusée à partir de 1987 sur TF1, a pour particularité de proposer des dessins animés japonais et donc de proposer en France une esthétique, une mise en scène et un type d’histoire totalement inédits jusqu’alors. Ces séries préfigurent l’arrivée, sur le marché du livre, des fameux mangas qui concurrencent de nos jours très sérieusement la traditionnelle bande dessinée franco-belge ou américaine. Avec le Club Dorothée, l’offre de la chaîne TF1 est alors plus que tournée vers la jeunesse. L’émission a fait preuve d’audace en proposant sur l’antenne des programmes nouveaux et surtout en initiant le public français à la culture manga. Presque la totalité de la programmation de TF1 propose alors des séries japonaises : de Maya l’abeille à Goldorak.

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La vague manga

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es séries comme Candy, diffusée dans le Club Dorothée entre 1987 et 1995, sont significatives de l’appropriation nipponne de la culture occidentale. Bien que Candy soit une série japonaise, elle retrace l’histoire d’une petite fille qui grandit aux Etats-Unis à la fin du XIXe siècle. De la même manière, Heidi raconte l’histoire d’une petite fille orpheline qui grandit dans un alpage à Maienfeld en Suisse chez son grand-père. Ainsi, nombreuses sont les séries télévisées japonaises qui s’inspirent du folklore occidental pour créer de nouveaux mangas. Bayard reprend les personnages de ces séries qui deviennent de véritables références.

Candy

1982 - GA 136 Inv. 207.08.102

Le réveil animé Bayard décoré Heidi représente l’ambivalence entre tradition occidentale et coups de crayon à la japonaise. La jeune fille est représentée devant un décor montagneux. On y distingue un chalet et une chèvre et pourtant les traits du personnage respectent des codes d’inspiration manga : des yeux larges et expressifs, une chevelure très travaillée, etc. La culture manga avait déjà pris une place relativement importante dix ans avant le Club Dorothée dans d’autres émissions jeunesse comme Récré A2. En 1978, ce programme d’Antenne 2 proposait des séries japonaises cultes comme Candy ou Goldorak dont les personnages étaient déclinés sur les cadrans des réveils animés Bayard. Sur France 3, c’est Balthazar le mille-pattes qui annonçait des séries comme Ulysse 31 à partir de 1981. Pourtant, certains mangas furent décriés par la presse en raison de leur caractère violent. De ces nombreuses controverses naît une image très négative des séries manga en général. Si bien que des films références comme Ghost in the Shell (1996) ou Le Tombeau des Lucioles (1988) n’ont pas rencontré leur public. Cependant, depuis dix ans, un vent nouveau souffle sur les mangas grâce, entre autres, à la série Pokémon. Cet attrait nouveau pour les productions japonaises a été renforcé avec les magnifiques créations des studios Ghibli, fondé par Hayao Miyazaki, le père de Ponyo sur la falaise, Le Voyage de Chihiro, Le Château Ambulant ou Princesse Mononoké.

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Conclusion

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epuis la fermeture de l’usine Bayard, les réveils animés ont peu à peu déserté les chevets. Néanmoins, ils demeurent un reflet des mutations profondes des sociétés occidentales au cours du XXe siècle. Le développement des échanges et l’ouverture sur le monde sont sans doute la progression la plus importante du siècle dernier. Le commerce a subitement vu son espace agrandi laissant naître de nouvelles stratégies de communication pour les entreprises. La société Bayard a évolué et progressé avec ces changements. La publicité s’est enrichie et diversifiée à travers de nouveaux supports. Plus que tout, elle s’est graduellement tournée vers de nouveaux publics : les classes moyennes et les enfants notamment. Par ailleurs, les réveils animés racontent la collaboration de deux grandes firmes : Bayard et Disney. De nos jours, les objets du quotidien sont couramment détournés pour mettre à l’honneur une marque. Ils sont un moyen de procéder à la promotion des firmes, d’attirer le regard des clients, de créer un nouvel élan vers les produits. Moyen de fidéliser la clientèle ou de s’offrir une publicité plus discrète, de grandes enseignes comme McDonalds l’utilisent énormément. Désormais ces réveils animés sont une madeleine de Proust. Ils ramènent en enfance à travers les icônes majeures que sont les personnages Disney et permettent la redécouverte d’une époque révolue.

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index des réveils bayard de l’exposition

C

es réveils apartiennent au musée de l’horlogerie sauf mention contraire. Ils s’agit de pièces de la collection Béhague acquises en 2007 avec le concours de l’état et de la Région Haute-Normandie (Fonds Régional d’Acquisition des Musées), exceptés Sainte-Thérèse de Lisieux (Inv. 93.08.07) et Pluto (Inv. 204.05.11). La mention GA correspond au calibre du réveil, G pour un réveil mécanique 30h et A pour Animé. Le numéro qui suit cette mention varie selon les modèles. Comment dater les réveils? Une bonne indication vient de la forme des pieds des réveils. Voici une liste indicative qui permet de dater approximativement les réveils animés Bayard.

Forme de pied large présent des premières fabrications jusqu’à la fin des années 50 Pied plus étroit qui date des années 60

Pied à deux pattes sur les modèles des années 70 jusqu’aux dernières fabrications Forme spécifique pour quelques modèles comme le Mickey Cloche à partir des années 70. Forme de pied correspondant aux modèles de la marque Rocking, qui datent des années 80.

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Chapitre 2 : Le début des «Joyeux animés»

Mickey Années 40 - GA 271 Prêt de Monsieur Gaigné

Mickey 1982 - GA 122 Inv. 207.08.133

Mickey Cloche 1981 - GA 271 Inv. 207.08.124

Mickey Cloche 1981 - GA 271 Prêt de Monsieur Gaigné

Blanche Neige 1940 - GA 131 Inv. 207.08.14

Blanche Neige Année 60 - GA 131 Prêt de Monsieur Gaigné

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Mickey 1967 - GA 122 Inv. 207.08.149

Blanche Neige 1982 - GA 131 Inv. 207.08.138

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Chapitre 4 : Mutations de la société

Sainte-Thérèse De Lisieux 1950 - GA 1100 Inv. 93.08.07

Sainte-Thérèse De Lisieux 1963 - GA 153 Inv. 207.08.148

La Vendée 1958 - GA 155 Inv. 207.08.143

Notre-Dame de Lourdes 1959 - GA 146 Inv. 207.08.147

La Provence 1958 - GA 154 Inv. 207.08.146

Crazy Horse Années 80 Prêt de Monsieur Coudeyras

Chapitre 5 : Le réveil animé des « Temps Modernes » Les réveils Disney

Pluto 1940 - GA 147 Inv. 207.08.145

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Pluto 1950 - GA 156 Inv. 204.08.11

Bambi 1950 - GA 148 Inv. 207.08.142

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Donald 1968 - GA 141 Inv. 207.08.144

Mickey et Minnie Années 70 - GA 151 Prêt de Monsieur Gaigné

Pinocchio 1976 - GA 140 Inv. 207.08.137

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Donald 1982 - GA 141 Inv. 207.08.132

Donald 1982 - GA 141 Inv. 207.08.140

Mickey et Minnie 1982 - GA 151 Inv. 207.08.116

Aristochats 1976 - GA 134 Inv. 207.08.109

Les 101 Dalmatiens 1982 - GA 529 Inv. 207.08.123

Robin des bois 1982 - GA 554 Inv. 207.08.122

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Picsou 1983 - GA 152 Inv. 207.08.127

Sport Goofy 1987 - GA 149 Inv. 207.08.130

Les réveils ORTF

Le Manège Enchanté 1967 - GA 143 Inv. 207.08.104

Bonne Nuit les Petits 1968 - GA 142 Inv. 207.08.107

L’Île aux Enfants 1980 - GA 133 Inv. 207.08.110

Astérix et Obélix 1969 - GA 150 Inv. 207.08.120

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Les réveils des années 70 - 80, inspirés des dessins animés diffusés en France

Jungle Années 70 - GA 110 Prêt de Monsieur Coudeyras

Babar 1973 - GA 156 Inv. 207.08.106

Lucky Luke 1976 - GA 132 Inv. 207.08.121

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Tintin Années 70 - GA 110 Prêt de Monsieur Coudeyras

Babar 1976 - GA 156 Inv. 207.08.103

Lucky Luke 1977 - GA 132 Inv. 207.08.115

Bozo le clown 1973 - GA 121 Inv. 207.08.135

Topo Gigio 1974 - GA 130 Inv. 207.08.108

Nestor le Pingouin 1978 - GA 124 Inv. 207.08.139

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e

n

Titi et Grominet 1978 - GA 127 Inv. 207.08.112

Scoubidou 1979 - GA 125 Inv. 207.08.111

Albator 1979 - GA 110 Prêt de Monsieur Coudeyras

Maya l’abeille 1980 Inv. 207.08.117

Pierrot 1980 - GA 155 Inv. 207.08.125

Village dans les nuages 1982 - GA 154 Inv. 207.08.105

Candy 1982 - GA 136 Inv. 207.08.102

Heidi 1982 - GA 138 Inv. 207.08.119

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Ulysse 31 1984 - GA 145 Inv. 207.08.118

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Inspecteur Gadget 1985 - GA 123 Inv. 207.08.134

Goldorak 1986 - GA 126 Inv. 207.08.129

Bibifoc 1987 - GA 161 Inv. 96.08.02 Don Pistre

Mais aussi....

Lovely Doll 1981 - GA 139 Inv. 207.08.114

Père Noël 1984 - GA 158 Inv. 207.08.128

Smiley 1988 - GA 156 Inv. 207.08.131

Oeuvres réalisées spécialement pour l’exposition •

Benoist Jean-François, Jeune Femme et réveils, 2011 - Couverture du Catalogue.

Mifune Marc, Réveils animés, 2011 - Page 1.

Mifune Marc, Pin Up, 2011 - Détails de la 1ère et 4ème de couverture.

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Bibliographie AYACHE Michèle, BOURGEON Monique, CHIVE Mauricette, NOVICK Christophe, PEGISSE Daniel, PEGISSE Jacqueline, PICARD Claude, SAGOT Agnès, Les réveils BAYARD, plus d’un siècle de vie aliermontaise, Bertout,1999. BAILLY Christian, L’Âge d’or des automates : 1848 – 1914, Ars Mundi, 1991. CHANDA Nayan, “Coming together: globalization means reconnecting the human community” , article en ligne, 19 novembre 2002. COURNARIE Emmanuelle, La Mécanique du geste : trois siècles d’horlogerie et de mécaniques à Saint-Nicolas. PTC - Des Falaises et Musée de l’horlogerie de SaintNicolas d’Aliermont. Septembre 2011. COURNARIE Emmanuelle, Thèse : Approche socio-anthropologique d’une reconversion industrielle : de l’horlogerie au microtechniques a Besançon, 2005. DAGUET Fabienne, «La fécondité en France au cours du XXe siècle», INSEE première n° 873, Décembre 2002. KAPFERER Jean-Noël, L’Enfant et la Publicité : les chemins de la séduction, Bordas,1985. MALRIEU Jean-Pierre, «Le fordisme comme mode d’organisation salariale, et plus généralement, mode d’organisation de l’économie.», article en ligne, 7 novembre 2004. MOLENAT Xavier, Décembre 2002. « Les classes moyennes », Magazine Sciences Humaines n°188, Décembre 2002. SORLIN Pierre, La Société française de 1840 à 1914, Athaud, 1969.

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Musée de l’horlogerie 48 rue Edouard Cannevel 76 510 - Saint-Nicolas d’Aliermont www.musee-horlogerie-aliermont.fr

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Catalogue exposition Réveils animés Bayard  

Le XXème siècle à travers la vie quotidienne Exposition du 8 juillet au 31 décembre 2011 au Musée de l'horlogerie de Saint-Nicolas d'Alierm...

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