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L’autre défi proposé au Kenya se situe à Ndiwa, voisine de Homa Bay, région du pays la plus atteinte par le SIDA : un quart de la population y est infectée. L’objectif de ce projet est de réduire de moitié l’incidence du VIH et de la mesurer en utilisant toutes les stratégies existantes : campagne de circoncision, dépistage actif, traitement dès que les CD4 sont inférieurs à 500, traitement pour la vie des femmes enceintes infectées, etc. Enfin il est question de s’investir dans des missions sur des populations moins importantes en volume de populations, mais plus ciblées dans leur vulnérabilité au sud-ouest de l’Ouganda, dans le district de Kassesse : proposition de cliniques pour adolescents, VIH pédiatrique et communautés de pêcheurs à forte prévalence et transmission intense. Nous avions mentionné l’année dernière le traitement des maladies chroniques et non transmissibles. Beaucoup de travail a été accompli en ce qui concerne l’amélioration de la prise en charge des maladies cardio-vasculaires par exemple, ou de la drépanocytose. Mais il reste encore de nombreuses incertitudes, des problèmes non résolus : une trentaine de jeunes enfants diabétiques insulino-dépendants arrivent régulièrement dans le coma aux urgences de l’hôpital d’Aweil, au Sud du Soudan. On les réanime, et puis quoi ? Donne-t-on un glucomètre pour mesurer leur glycémie à la maman pour qu’elle adapte la dose d’insuline à injecter deux fois par jour, alors qu’elle ne sait ni écrire ni compter ? Quel type d’insuline permettrait de maintenir la glycémie dans un intervalle acceptable qui permette la survie de ces jeunes enfants ? Nous n’avons aujourd’hui pas de bonnes réponses à ces questions. Enfin, le faible nombre d’IVG pratiqué sur nos terrains reste une interrogation persistante. Quant au manque de dynamisme en matière de prise en charge et de traitement contre la malnutrition, que je signalais déjà l’année dernière, il reste un regret.

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Justement et à propos des traitements, il nous faut dire un mot de nos relations avec la CAME (campagne pour l’accès aux médicaments essentiels). Elle a fait l’objet d’un débat à notre dernière assemblée générale. Il nous semble que les relations institutionnelles avec la CAME, c’est-à-dire deux réunions par an d’un comité de pilotage, ne sont pas suffisantes pour nouer des relations de proximité suffisantes avec les terrains des opérations. La bonne initiative serait peut-être de recréer un poste d’ambassadeur entre CAME et opérations, comme il en existait au début des années 2000, afin de limiter les risques de décalage ou de malentendu, ainsi que les risques de prise de parole contradictoire. Sur la recherche médicale en général et sur Epicentre en particulier, la direction générale a lancé une réflexion avec le centre opérationnel de Genève sur ses perspectives d’avenir. Les avis sont partagés. Une position classique consiste à dire que la recherche à MSF consiste à répondre à des questions exprimées par les opérations pour améliorer les réponses de traitements de malades ou de prise en charge sanitaire de populations, avec des limites budgétaires et en rester là. L’autre point de vue serait d’élargir le champ de ces recherches, avec plus d’ambition et peut-être plus de moyens. C’est le sujet du débat de demain après-midi. Je pense pour ma part que notre association devrait tenter de profiter plus pleinement des ressources d’Epicentre. Quant à la DNDi (Drugs for Neglegted Diseases initiative), que nous participons largement à financer, il est regrettable que nous ne soyons pas plus à même d’identifier des aires de collaborations – j’en appelle là encore à notre direction pour qu’elle travaille en ce sens.

Médecins Sans Frontières • Rapport annuel de l’année 2014 • Paru suite à l’Assemblée Générale des 6 et 7 juin 2015 à La Plaine Saint-Denis (France)

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Rapport annuel de Médecins Sans Frontières 2014-2015  

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