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Vol.11, no 1

Dépêches BULLETIN

MSF

CANADA

DANS CE NUMÉRO Fuir la violence

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Perdus au Congo

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De l'eau partout, mais rien à boire

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Malnutrition en Ouganda : repousser l'avancée d'un problème chronique

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Répondre aux besoins médicaux au cœur des montagnes et du désert

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Un camp de réfugiés au cœur de la ville accueille 15 000 visiteurs

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Soudainement… un livre

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Les Canadiennes et Canadiens en mission

Lauréat du prix Nobel de la paix 1999

ÉTAT CRITIQUE

EN RÉPUBLIQUE DÉMOCRATIQUE DU CONGO

© Dominic Nahr / Oeil Public

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© Dominic Nahr / Oeil Public

République démocratique du Congo

FUIR LA VIOLENCE lors que les combats dans le Nord-Kivu, en République démocratique du Congo, font la Une de l'actualité, le district voisin du Haut-Uélé est aussi en proie aux violences. Les rebelles de l'Armée de résistance du Seigneur (LRA pour Lord's Resistance Army) y font régner la terreur, pillant et brûlant les villages, enlevant les enfants et tuant les adultes. Une équipe de Médecins Sans Frontières (MSF) s'est rendue dans la ville de Dungu, attaquée par les rebelles le 1er novembre, pour évaluer les besoins de la population. Depuis le 10 novembre, une équipe médicale de MSF travaille à Dungu.

A

J. est menuisier et travaille au couvent de Duru, un village à de longues heures de marche de Dungu. Lui et sa femme ont cinq enfants et une jeune nièce sous tutelle. Son histoire, racontée à un membre de l'équipe MSF, illustre la détresse des populations soumises aux violences des rebelles et forcées de quitter leurs villages. Tout a commencé vers 13 h. Je venais de couper un régime de noix de palme à 250 mètres du

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marché et de la mission et m'apprêtais à rentrer vers la mission quand un enfant du village me fit signe de ne pas m'en approcher : les LRA entouraient la mission et avaient même, selon lui, enlevé les élèves du secondaire. Je suis rentré chez moi aussitôt et j'ai regroupé immédiatement mes six enfants et ma femme. Les quatre enfants de mon voisin qui s'était absenté se sont joints à nous et nous sommes partis nous cacher en brousse, à deux kilomètres du village. Là, près de notre champ, nous sommes restés d'abord trois jours. On pouvait se nourrir de haricots et d'aubergines que j'allais chercher au champ et que ma femme cuisinait dans des boîtes de conserve, faute de casserole. Un garçon capturé par les LRA nous a rejoints au bout de ces trois jours. Il avait réussi à s'échapper. Selon lui, les LRA ont quitté le village vers 3 h du matin et traversé la rivière. Avec notre voisin qui nous avait rejoints au champ, nous prenons alors la décision de

retourner au village pour voir ce qui s'était passé, mais aussi pour récupérer quelques articles essentiels. Le choc a été brutal lorsque j'ai constaté que ma propriété avait été entièrement brûlée : les trois cases, la paillote, la cuisine et la cabane des chèvres. Tout était brûlé. Mes six chèvres gisaient au sol, tuées à coup de feu. « MON VOISIN A PRIS LA DÉCISION D'ALLER AU SOUDAN, PAR LA FORÊT, AVEC SA FAMILLE. » Après avoir surmonté notre douleur, nous avons dépecé une chèvre rapidement et chacun de nous en a pris une part. J'y ajoutais aussi le reste de deux poules brûlées et chargeais tout sur mon dos avant de retourner vers notre cachette. Mon voisin a pris la décision d'aller au Soudan, par la forêt, avec sa famille. De notre côté, mon épouse ne voulant pas aller dans ce pays pour elle inconnu, nous avons donc décidé de prendre, dès le lendemain, la direction de Dungu où j'ai de la famille.


© Dominic Nahr / Oeil Public © Vanessa Vick

© Sven Torfinn © Espen Rasmussen

Le lendemain était un dimanche. Vers 16 h nous avons pris la route de Dungu pour atteindre le village de Kpaika le même jour.

petit était resté derrière et je l'entendis hurler derrière moi. Impossible de revenir sans risquer de tous se faire prendre.

Rendu à Kpaika, mon fils âgé de huit ans avait les jambes toutes gonflées à cause de la marche. Nous avons donc décidé de nous reposer et de passer la nuit sur place à la chapelle pour repartir au petit matin.

UNE CHANCE MIRACULEUSE

À 4 h du matin, ce sont des coups de feu et le tumulte de gens courant dans tous les sens qui m'ont réveillé. Nous avons décidé de fuir. Ma femme a pris sur son dos notre fille cadette et dans ses bras mon fils de huit ans et nous sommes partis en courant. Je courais le dernier avec mon fils de trois ans dans mes bras. Soudain, ma femme est tombée dans un trou. J'ai donc laissé le petit à terre pour aider ma femme à se relever. C'est à ce moment-là qu'un soldat LRA nous a repérés et s'est lancé à notre poursuite. J'ai eu à peine le temps de sortir ma femme du trou et de m'enfuir avec elle. Je réalisai alors, mais trop tard, que mon

De la forêt où nous sommes restés cachés, nous avons essayé de prendre des nouvelles. Les gens racontaient que de nombreuses personnes avaient été tuées à Kpaika. Vers 11 h, il y eut un silence total. Alors, nous avons entendu le chuintement des feuilles mortes provoqué par des pas, de nombreux pas. Nous nous sommes rapprochés prudemment. Ces bruits provenaient en fait de la route où passaient des personnes qui s'enfuyaient. Nous demandions à tout le monde s'ils avaient vu un petit garçon seul sur la route. Finalement, quelqu'un nous certifia avoir vu un soldat LRA porter notre enfant sur son dos. Cette nouvelle nous mit dans le désespoir. C'est alors qu'avec ma femme, nous avons décidé de sauver les cinq autres enfants en les emmenant au plus vite tout en sachant que

cela nous éloignerait encore plus de notre petit garçon. Nous avons donc suivi le mouvement général et pris le chemin de Kiliwa où nous sommes arrivés le mardi. Par miracle, nous avons enfin appris, à Kiliwa, que notre enfant avait été libéré, qu'une personne de bonne volonté l'avait récupéré et qu'elle serait maintenant en route avec lui vers Dungu. Nous avons passé la nuit dehors à la belle étoile sous un manguier au bord de la route, épuisés et déshydratés, mais le cœur moins gros en pensant à notre enfant que nous espérions déjà en route. Nous avons quitté Kiliwa à 4 h du matin et nous avons marché toute la journée. Il était plus de 18 h lorsque nous sommes arrivés à Dungu. Nous y avons été accueillis chez les Pères où nous sommes maintenant depuis quatre jours. Nous attendons notre petit.

Claude Mahoudeau Agent des communications

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© Teresa Sancristobal

© Tara Newell

PERDUS AU CONGO e Sud-Kivu, en République démocratique du Congo (RDC), est une région tristement célèbre pour les violences brutales qui ont marqué son histoire, particulièrement lors des épisodes de guerre des années 1990 et du début des années 2000. Ici, les conflits déchirent la population. Les gens sont épuisés et démoralisés. Ils souffrent depuis des décennies sans espoir de voir la situation s'améliorer. Dans ces montagnes, rien ne fonctionne – ni les institutions, ni l'administration publique, ni les infrastructures.

zone, le nombre de personnes qui s'y étaient réfugiées ainsi que les causes les plus courantes de maladie et de décès.

de plastique, de l'eau et de la nourriture. Or le groupe isolé que nous venions de découvrir souffrait en silence.

Nous avons atteint le sommet d'un plateau qui offrait une vue incroyable sur des collines verdoyantes. Nous avons été saisis par la beauté de la région. Nous avons ensuite aperçu des huttes aux toits de paille, construites avec des branches et de la boue. Imaginez notre choc : au moins 10 000 personnes déplacées s'y terraient.

Le seul hôpital fonctionnel de la région est celui de Baraka, que gère Médecins Sans Frontières (MSF). Pour un grand nombre de personnes, il faut compter cinq jours à pied pour s'y rendre.

Jamais je n'ai été témoin d'une telle misère. Ces personnes y vivaient, complètement coupées du reste du monde. Elles s'étaient enfuies sept mois plus tôt; d'autres les avaient suivies par vagues successives, au fur et à mesure de la destruction des villages. La scène était bouleversante. Nous étions les premiers muzungus (Blancs) à nous aventurer dans cette zone. Nous nous sommes regardés longuement, les déplacés et nous, stupéfaits.

Dans ces montagnes, le temps était froid, venteux et humide. Des dizaines de personnes s'entassaient dans chaque hutte, sans matelas ni couvertures, des abris si minables qu'on n'aurait pas osé y installer des bêtes. Elles n'avaient d'autre choix que de s'étendre dans la boue. La nourriture s'y faisait rare, car même si la région compte des terres cultivables, il n'y avait pas de quoi semer. Certains ont rapporté ne manger que deux ou trois fois par semaine. La plupart du temps, pour parvenir à nourrir leur famille, les femmes se livrent à des relations sexuelles dites « transactionnelles » avec des hommes du coin, en échange ne serait-ce que d'une poignée de riz. Il leur arrive souvent d'être victimes de viol, aux mains des hommes de la région ou des patrouilles militaires locales.

L

Il y a quelques mois, un homme est sorti de la brousse pour prier MSF d'aider des familles qui ont fui les combats entre deux factions rebelles. Pour les atteindre, il aura fallu neuf heures de route sur un chemin de terre suivies de neuf autres à pied dans la jungle, sur un sentier à peine visible. J'ai fait le voyage en compagnie d'un médecin, d'un traducteur et d'un guide local. Nous avons traversé des rivières sous la pluie battante et nous sommes débattus dans les herbes hautes; nous étions couverts de boue. Chacun transportait un lourd sac à dos contenant de la nourriture et des rations d'eau pour quatre jours, ainsi qu'une couverture, des vêtements de rechange et une trousse médicale d'urgence. Nous n'allions pas être en mesure de soigner quiconque; notre but consistait plutôt à évaluer le temps nécessaire pour atteindre cette

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Le groupe est originaire d'une région bien plus au nord, transformée en champ de bataille par un conflit qui perdure. Les villages ont été pillés, les femmes violées, les maisons incendiées, les animaux abattus, la population soumise à des fusillades aveugles. Voilà en quoi consistent ces guerres vicieuses. Il n'est pas étonnant que les familles s'enfuient afin de sauver leur peau. Les nouvelles nous rapportent que les Nations Unies ou les organismes d'aide viennent au secours des populations déplacées en établissant des camps et en distribuant des bâches

L'état de santé de cette population perdue, à cinq jours de marche de notre hôpital au cœur des montagnes, était absolument lamentable. Les femmes accouchaient sans aucune aide médicale; près de 30 % mouraient en couches. Vu l'étroitesse de leur bassin, les complications obstétriques étaient nombreuses. Puis leur état de malnutrition et de faiblesse posait un risque additionnel à la naissance. La mortalité maternelle et infantile atteignait des niveaux inacceptables. La majorité des femmes ont rapporté avoir perdu au moins un enfant, la plupart du temps des suites d'une diarrhée chronique (vraisemblablement due au choléra) ou de malnutrition. Bref, de multiples symptômes confir-


maient l'état de faiblesse généralisée de la population. Les gens étaient trop mal en point pour avoir la force de cultiver la terre ou d'assurer leur subsistance par quelque moyen que ce soit. Les conditions d'hygiène étaient terribles. La même eau servait à la fois au bain et à la cuisson; une situation typique dans les camps de réfugiés avant que n'interviennent les organismes non gouvernementaux. Sans aucune structure en place, le désordre est total. Au cours de cette première visite, nous nous sommes entretenus avec plusieurs groupes d'hommes et de femmes, séparément, afin de mieux évaluer les besoins. Ceux-ci se pensaient victimes d'une malédiction en raison de la mort subite d'une centaine d'enfants, une interprétation fondée sur leur médecine traditionnelle et la croyance aux mauvais esprits. Les symptômes décrits (des taches rouges apparentes et la transmission du mal d'un enfant à l'autre) laissent croire qu'il s'agissait d'une épidémie de rougeole. Autour de nous, il n'y avait que maladie et mort, mais nous n'étions pas équipés pour tester ou traiter tout le monde lors de cette visite. Notre priorité était de rendre compte de ce que nous avions vu afin de mobiliser les ressources nécessaires pour aider la population à long terme. J'ai vu Julie, notre médecin, enlever maintes fois son sac à dos pour traiter des cas graves, où la vie du patient était en danger. Nous n'avons passé que trois jours sur les lieux. Une randonnée éreintante nous attendait avant que nous puissions regagner la base de MSF et réunir les fournitures nécessaires pour prodiguer des soins adéquats. De retour à Baraka, nous avons exprimé ces besoins aux autres organismes d'aide afin de les convaincre de s'y rendre et de commencer à aider ces personnes. Le problème, c'est que toutes les ressources de MSF sont mobilisées dans la région du Nord-Kivu, où la guerre a

éclaté de nouveau. Devant la quantité incalculable de personnes déplacées et de besoins, un organisme comme le nôtre, dont les ressources sont limitées, se retrouve face à d'insolubles dilemmes.

UNE CRISE QUI PERDURE

Dans ce cas, la meilleure solution consistait à témoigner de la situation et à exercer des pressions. Les choses commencent enfin à bouger. MSF a convaincu le ministère de la Santé d'établir des dispensaires dans la région concernée. On peut parler de devoir accompli dans la mesure où nous avons été les premiers à nous y rendre, à témoigner de la situation et à pousser les décideurs à se préoccuper du sort de cette population, de sa souffrance et de ses besoins médicaux à long terme. D'autres organismes se chargeront de leur fournir des vivres et des abris. Tout devra être transporté à pied, depuis le matériel nécessaire pour construire des maisons jusqu'aux médicaments. Pour l'instant, il n'y a pas d'autres moyens. Les besoins sont immenses en RDC, tout particulièrement dans les Kivus. Au nord de la région, une guerre fait rage; dans le sud, on essaie de se remettre d'un conflit qui a duré des décennies et risque à tout moment de s'enflammer à nouveau. Je suis très fière d'avoir été la porte-parole d'une population dans le besoin. Mais il se passe ici trop de choses pour se satisfaire de cette seule action, tant il y a de gens qui souffrent dans ce pays. C'est là tout le tragique de la situation.

Tara Newell Coordonnatrice de projet

Tara Newell, originaire de London en Ontario, est une ancienne fonctionnaire fédérale qui travaille pour MSF comme coordonnatrice de projet depuis 2004.

La crise humanitaire que traverse la République démocratique du Congo (RDC) n'est pas nouvelle. Dans ce pays, les groupes armés et les armées nationales s'affrontent depuis plus de 15 ans. Au cours des guerres qui se sont succédées, des millions de Congolais et de Congolaises ont connu la souffrance et la mort. Le conflit armé perdure surtout dans les provinces de l'est du pays. Dans ces régions, des centaines de milliers de personnes fuient la guerre depuis des années. Pour ces hommes, ces femmes et ces enfants, il ne semble y avoir aucun espoir de retour à la vie normale. Fin août 2008, les affrontements ont repris de plus belle, avec son lot de nouveaux exilés et de misère. MSF travaille en RDC depuis 1981, s'efforçant de soulager la souffrance dans des lieux où personne d'autre ne peut ou ne veut aller. Aujourd'hui, nous prêtons assistance aux personnes déplacées et aux résidents d'un bout à l'autre de la zone de conflit. Nous prodiguons des soins primaires et secondaires, y compris des soins chirurgicaux, dans les hôpitaux et les dispensaires. Nous gérons également des cliniques mobiles et des centres de traitement du choléra, en plus de dispenser des soins de santé mentale et de distribuer de l'eau potable et des articles de première nécessité.

Nous ne pouvons tous y aller, mais nous pouvons aider ceux qui s’y rendent. Nous en avons atteint certains, mais il en reste encore bien d’autres. Les populations de l'est de la RDC sont dans un état critique. Voyez leur condition et apprenez comment aider MSF à les atteindre. Visitez www.msf.ca

© Cédric Gerbehaye / Agence VU

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© Klavs Christensen

Haïti

De l'eau partout, mais rien à boire Début septembre 2008, les ouragans Gustav, Hanna et Ike ont ravagé Haïti. rès de 800 personnes sont mortes et des dizaines de milliers laissées sans-abri. Des routes et des infrastructures ont été anéanties. Le paysage des Gonaïves au nordouest du pays est désolant.

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Avant le passage des ouragans, les habitants des Gonaïves avaient accès à de nombreux puits et un système d'aqueduc desservait même certains quartiers. Il n'a suffi que de quelques heures pour tout détruire. Les torrents de boues ont fait exploser les canalisations d'eau potable; ils ont submergé et contaminé plusieurs centaines de puits.

En survolant Les Gonaïves, la quatrième plus importante ville du pays, on est frappé par la quantité d'eau encore présente dans la région, et ce, même cinq semaines après le passage des ouragans qui ont ravagé cette ville du nord-ouest d'Haïti en septembre 2008. La mer recouvre toujours de nombreuses terres agricoles (une partie de la région est sous le niveau de la mer), mais la rivière Artibonite et ses nombreux affluents ont aussi déversé leurs torrents de boue provenant des montagnes avoisinantes.

Une ville de 300 000 habitants se retrouvait du jour au lendemain totalement privée d'eau potable. Les premières consultations médicales organisées par MSF révélaient un taux d'incidence de diarrhées chez près de 100 % de la population de certains quartiers ainsi que de nombreuses infections cutanées, des indicateurs extrêmement alarmants. Les habitants n'ayant aucune autre alternative puisaient toujours leur eau dans les puits contaminés par les boues polluées. Outre la construction d'un hôpital de 80 lits et l'organisation de cliniques mobiles pour atteindre les personnes les plus isolées de la région, MSF a rapidement implanté un important programme de traitement et de distribution d'eau potable.

Gregory Vandendaelen Attaché de presse

Photos © Gregory Vandendaelen / MSF sauf si mentionné.

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Un des 41 points d'eau de MSF. Il s'agit ici d'un réservoir souple de 15 000 litres d'eau. Cette enveloppe bleue de PVC, placée en hauteur est remplie tous les jours. Grâce à ce réservoir, environ 3 000 personnes ont accès à près de cinq litres d'eau chacune pour répondre à leurs besoins de base quotidiens, y compris la cuisson, le nettoyage et la lessive. Au Canada, on utilise en moyenne 300 litres d'eau par jour.


La quantité de boue dans les rues de la ville est telle qu'on estime qu'il faudra environ 18 mois et le travail d'une cinquantaine de camions s'affairant sans relâche pour rendre à la ville son aspect initial. À certains endroits, la boue a atteint plus de deux mètres.

Le transport de l'eau à être acheminée aux quatre coins de la ville est un défi quotidien. Il ne se passe pas une journée sans que l'un des six camions MSF se retrouve embourbé dans la boue. Pour sortir d'une telle situation, le contenu est transvasé dans un autre camion à l'aide d'une pompe. Allégé il pourra repartir.

Toutes ces installations de distribution d'eau ne sont que provisoires. Prochainement, MSF commencera la rénovation de plus de 200 puits existants. Les puits ayant le meilleur rendement et ceux situés dans les endroits les plus touchés seront sélectionnés. Ces puits étant contaminés, il faudra les nettoyer et réparer les nombreuses pompes endommagées.

Au moment d'écrire cet article, MSF estimait fournir de l'eau potable au tiers des habitants de la ville des Gonaïves, soit plus de 100 000 personnes. Il s'agit de l'un des plus ambitieux projets de gestion de l'eau de l'histoire de MSF.

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Ouganda

MALNUTRITION AU KARAMOJA : repousser l'avancée d'un problème chronique a malnutrition est chronique au Karamoja. Cette région isolée du nordouest de l'Ouganda, traverse sa pire sécheresse en cinq ans, d'où la crise humanitaire actuelle. Depuis deux ans, les périodes sèches se succèdent, entrecoupées de pluies inhabituellement abondantes. La hausse du prix des denrées rend hors de portée les quelques aliments que l'on peut trouver sur le marché. L'insuffisance des précipitations en 2007 et les pluies tardives de 2008 ont retardé et limité la culture d'arachides et de sorgum. Les pertes de bétail se multiplient.

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Environ un million de personnes vivent dans cette région; elles dépendent en grande partie de l'élevage pour assurer leur subsistance. Les conflits liés au vol de bétail y sont légion. Conjuguée à un mode de vie pastoral et nomade, l'insécurité rend difficiles d'accès les quelques établissements de santé de la région. Dans les districts de Moroto et de Nakapiripirit, c'est-à-dire les plus touchés par la crise, Médecins Sans Frontières (MSF) a mis en place un programme de nutrition thérapeutique à l'intention des enfants âgés de cinq ans et moins. Ses équipes se rendent

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directement dans les villages pour soigner les nomades du Karamoja. Comme l'explique Kodjo Edoh, chef de mission de MSF en Ouganda, « Le meilleur moyen d'aider les enfants les plus vulnérables et de les traiter, c'est d'aller dans les villages pour identifier les enfants malnutris. Nous distribuons des rations de deux semaines pour leur permettre de traverser le pire, mais au Karamoja, nous croyons que le pire reste encore à venir. » L'intervention de MSF a débuté en juin 2008 et devait se terminer en septembre, mais vu la situation, on prévoit qu'elle se poursuivra pendant une bonne partie de 2009. En effet, sur les quelque 24 000 enfants examinés en septembre, 2 300 souffraient de malnutrition aiguë. George Mbaluto, un infirmier kenyan responsable du programme, décrit l'organisation des cliniques mobiles du programme alimentaire. « Les mères se présentent avec leurs enfants et se réunissent dans l'aire d'attente. Nous leur donnons d'abord des conseils sur la nutrition et les mesures d'hygiène. » On évalue ensuite l'état des enfants à l'aide d'un bracelet que l'on glisse sur le bras pour

en mesurer la circonférence. « Tous les enfants dont le résultat se situe entre 11 et 13,5 centimètres sont pesés et mesurés », explique Mbaluto. « Ceux qui font moins de 11 centimètres et ceux qui souffrent d'œdème bilatéral (un gonflement dû à l'accumulation de liquides) sont admis immédiatement, puisque ce sont là des indicateurs de malnutrition sévère. » Chaque enfant admis au programme subit un test de dépistage du paludisme et on l'examine des pieds à la tête pour vérifier la présence d'infections ou de diarrhée. Dans certaines régions, on a découvert que 60 % à 90 % des enfants étaient atteints de paludisme. Deux infirmières effectuent des examens complets et surveillent les risques de complication. Elles relèvent les cas d'infection et ceux où le système immunitaire est affaibli. Les enfants reçoivent de la vitamine A ainsi que de l'acide folique pour prévenir l'anémie. Certains reçoivent des antibiotiques et d'autres médicaments pour traiter les complications. On soigne sur place les enfants gravement malnutris, mais qui ne présentent pas de complications. Ceux qui sont très malades ou sans appétit sont envoyés à l'hôpital Saint Kizito à Matany, l'un des deux hôpitaux de


référence du district. MSF y administre le seul centre de nutrition thérapeutique avec hospitalisation de la région. Une fois que son état se stabilise, l'enfant reçoit son congé; il sera suivi par une clinique mobile à proximité de chez lui. Au Karamoja, nombreuses sont les familles qui n'ont pas les moyens d'acheter des denrées, sans parler d'aliments sains. Pour survivre, elles doivent se nourrir de bouillies de céréales pauvres en éléments nutritifs essentiels. C'est pourquoi MSF traite les enfants malnutris en distribuant des aliments thérapeutiques spécialement préparés et prêts à l'emploi. « Ici, nous utilisons un produit appelé Plumpy'nut », explique George Mbaluto. « Les enfants pesant moins de huit kilos en reçoivent deux sachets et ceux qui dépassent ce poids, trois. On distribue aussi du savon et des moustiquaires pour favoriser l'hygiène et prévenir le paludisme. On remet des provisions de Plumpy'nut à la mère en lui demandant de revenir au bout de dix jours. Nous n'avons pas relevé beaucoup de problèmes, et les choses évoluent plutôt bien. La plupart des enfants aiment le goût du produit et reprennent du poids. Nous voyons habituellement de 60 à 70 enfants par jour, tout dépendant du lieu. » L'équipe encourage les travailleurs de santé communautaire à rendre visite aux familles afin d'identifier les enfants malnutris et d'expliquer les services offerts par MSF. « Jusqu'ici, les mères se sont montrées assidues et dans la majorité des cliniques 80 % à 90 % d'entre elles amènent leurs enfants lors des visites de suivi. On compte toutefois une ou deux cliniques où seulement 50 % d'entre elles retournent. Il y a donc encore du travail à faire là-bas. » Pour MSF, le défi ne consiste pas seulement, dans les régions dévastées par la malnutrition, à traiter les enfants les plus touchés, mais bien à empêcher qu'ils n'atteignent les derniers stades de la malnutrition. L'objectif consiste donc à faire en sorte que tous et toutes accèdent à des aliments riches en nutriments.

Susanne Doettling Agente des communications

Photos © Julie Rémy

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© Ton Koene / MSF

Pakistan

RÉPONDRE AUX BESOINS MÉDICAUX au cœur des montagnes et du désert

es équipes de Médecins Sans Frontières (MSF) au Pakistan gèrent depuis plusieurs années déjà des cliniques et des dispensaires dans les régions frontalières avec l'Afghanistan, pays où le système de santé est fortement hypothéqué par l'instabilité. Or on s'est rendu compte qu'au Pakistan même, payer pour des services médicaux était devenu difficile, voire impossible, pour une bonne partie de la population de certaines zones rurales. C'est le cas notamment dans la partie orientale du Baloutchistan, une province où les besoins en la matière sont particulièrement criants.

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La vie est dure dans cette région aux hivers froids et secs, et aux étés brûlants. Le nord de la province est couvert de montagnes abruptes et arides; le sud, de plaines désertiques qui descendent peu à peu vers la vallée de l'Indus. « Nous cherchions à nous installer durablement au Baloutchistan oriental depuis plusieurs années déjà », souligne Chris Lockyear, chef de mission pour MSF au Pakistan. « Le nouveau programme mis en place dans le district de Jaffarabad permettra de combler quelques-uns des immenses besoins que nous y avons constatés. »

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En juin 2007, le cyclone Yemyin avait provoqué de grandes inondations dans la province. Ahmed Bilal, médecin pour MSF, décrit les mesures d'urgence mises en place à cette époque. « Nous avons commencé par une région très difficile à atteindre; lorsque nous sommes arrivés là-bas, les conditions étaient épouvantables. Des villages entiers avaient été détruits. Nous avons dû installer des dispensaires à ciel ouvert. Nous avons traité près de 3 000 personnes en deux semaines. Après avoir appris que dans une région, des enfants mouraient des séquelles de la diarrhée, nous avons fait des tests sans tarder; ils nous ont confirmé que ces derniers souffraient de choléra. Le bureau de MSF à Islamabad nous a immédiatement envoyé le matériel nécessaire et nous avons mis sur pied six centres de traitement du choléra. Nous avons soigné plus de 300 enfants. Avant notre arrivée, il y avait eu des décès, mais après l'ouverture des centres, plus aucun. » « Je me rappelle que les conditions étaient pitoyables; il n'y avait rien à boire, rien à manger. Nous avons arpenté toute la région éprouvée. Les responsables locaux ont été

très reconnaissants du travail de MSF. Ils nous ont dit que nos équipes avaient été à l'avant-poste, les premières à affronter cette terrible situation. » Au cœur des zones inondées, Ahmed Bilal et son équipe se sont rendus compte que la population était mal en point. Le Dr Bilal travaille avec MSF depuis plus de trois ans et a visité plusieurs pays. Selon lui, les besoins sont énormes au Baloutchistan oriental. Pourtant, les terres sont parmi les plus riches de la province, mais presque toutes appartiennent à des propriétaires. La plupart des gens travaillent plutôt comme journaliers. « Les gens n'ont pas les moyens d'acheter de la nourriture de bonne qualité pour eux-mêmes ou leurs enfants », explique le Dr Bilal. « Les mères sont souvent gravement malnutries; lorsqu'elles allaitent, leur lait n'apporte pas aux bébés les éléments nutritifs qui leur sont essentiels. De plus, les eaux usées s'infiltrent dans les réseaux d'eau potable; les gens se servent de cette eau pour boire, faire la cuisine et tout le reste. Le nombre de cas de diarrhée, de fièvre typhoïde et d'hépatite est très élevé. Lorsque les enfants contractent la diarrhée, ils se dénutrissent rapidement. »


En juillet 2008, une enquête nutritionnelle succincte menée par MSF dans la région a révélé des taux élevés de malnutrition. Une entente a été conclue avec les autorités pour lancer un programme de nutrition. « Nous nous sommes installés dans l'hôpital principal de la région, un vieil établissement de 40 lits, construit en 1944 », poursuit le Dr Bilal. « Le bâtiment est en piètre état; on nous a réservé un pavillon séparé que nous nous employons à réparer. Nous sommes très occupés. Les gens viennent de toute la région, souvent de très loin. Ils savent qu'il y a de nouveaux médecins à l'hôpital, des “médecins pour les enfants faibles”, comme ils les appellent. » L'équipe de MSF accueille de plus en plus de patients. Le principal défi, c'est de veiller à ce qu'ils poursuivent le traitement après leur visite initiale. Pour ce faire, des travailleurs médicaux itinérants se rendent chez ceux qui ne sont pas en mesure de revenir à l'hôpital pour se faire examiner et recueillir leur prochaine ration d'aliments thérapeutiques.

Aleem Shah. « Plus que toute parole, son émotion m'a convaincu que nous accomplissions quelque chose de vraiment utile. Il n'y a rien de mieux. » Après le retour de la petite famille dans son village, MSF a accueilli une trentaine de nouveaux patients de la même région, signe que l'information circule désormais au sujet des services offerts par MSF.

Se faire accepter par la population constitue un autre défi quand on travaille dans un nouveau milieu. Aleem Shah évoque le cas d'une mère qui avait fait un long voyage en charrette pour lui amener son fils de deux ans. Le bambin souffrait d'une carence en vitamine A, vraisemblablement depuis la naissance et était aveugle. Il était sévèrement malnutri. On lui a donné des aliments thérapeutiques riches en vitamines et en minéraux. La mère était venue seule la première fois. Quand elle s'est présentée la seconde fois pour l'examen de suivi, elle était accompagnée de sa mère et de sa bellemère. Le garçon avait bien meilleure mine, et elles avaient toutes les larmes aux yeux. Auparavant, m'ont-elles raconté, c'était un enfant complètement amorphe, mais il était maintenant plus actif et animé.

Maintenant que le centre d'alimentation thérapeutique est bien installé et fonctionnel, MSF compte étendre ses programmes dans la région. La tuberculose est répandue, l'hépatite aussi. En général, les gens sont en mauvaise santé et peu d'éducation en matière de santé publique est offerte. Le taux de mortalité maternelle est élevé, notamment parce les femmes qui présentent des complications n'ont pas accès à une césarienne. L'hôpital de référence le plus près se trouve à 200 kilomètres et les gens sont trop pauvres pour se payer le voyage. « La santé est un secteur complètement délaissé dans la région », constate le Dr Bilal. « La population aurait bien besoin que MSF en fasse encore davantage. »

« J'ai vu des larmes de joie et de bonheur parcourir le visage de la mère », se rappelle

Robin Meldrum Agent des communications

© MSF

Les gens sont si pauvres qu'ils n'ont pas les moyens de payer leur transport jusqu'à la clinique. Quatre-vingt-dix pour cent des femmes travaillent comme journalières, la plupart dans des fours à briques ou des rizières. Elles

doivent travailler jusqu'à dix heures par jour, à des températures atteignant les 50 °C en juillet. De plus, si elles n'ont pas complété leur journée, on ne les paie pas. « Voilà pourquoi il est si difficile pour elles de se rendre à l'hôpital », explique Aleem Shah, travailleur de MSF. « Elles voudraient le faire, et le font quand elles le peuvent, mais quand elles n'y arrivent pas, nous allons chez elles. »

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MSF au Canada

UN CAMP DE RÉFUGIÉS AU CŒUR DE Imaginez la scène : vous avez trois minutes pour rassembler les membres de votre famille et fuir. 'est l'exercice auquel ont accepté de se livrer les 15 000 personnes qui ont parcouru Un camp de réfugiés au cœur de la ville, l'exposition itinérante organisée par Médecins Sans Frontières (MSF) à Winnipeg, Edmonton, Calgary et Vancouver en septembre et octobre 2008. On y présenta la reconstruction d'un camp semblable à ceux où vivent quelque 42 millions de personnes déplacées, des gens qui fuient des conflits dans le monde. Des travailleurs de MSF racontèrent les conditions de vie de ces populations. Où trouver refuge? Comment nourrir ma famille? Comment obtenir des soins médicaux pour mes enfants? Ces questions,

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les visiteurs furent amenés à se les poser au fil de l'exposition. Ce fut pour moi un honneur, en ma qualité de guide, de prêter ma voix aux gens que j'ai côtoyés au Soudan et au Bangladesh. Ils auraient été heureux d'apprendre que leurs récits ont été entendus à l'autre bout de la planète, ici même au Canada. L'image que nous projetons en tant que pays nous semble floue, mais un peu partout, on nous voit comme un peuple diversifié, humble, juste et respectueux des autres peuples, peu importe leur situation. Au moment où je suis rentré du Darfour au printemps 2008, j'étais devenu insensible à la souffrance dont j'avais été témoin. La situation est si indescriptible qu'il m'est difficile de trouver les mots pour l'évoquer. Amener le sujet d'une crise humanitaire en plein repas de famille ou dans la vie de tous les jours a

quelque chose d'étrange. Même si je pense tous les jours aux Soudanais, je parle rarement d'eux. Au Canada, beaucoup de gens n'arrivent pas à s'imaginer à quoi ressemble une vie sans eau, sans installations sanitaires, sans soins de santé de base. Mes faibles explications semblent bien en deçà du témoignage évocateur que mériteraient pourtant les 42 millions de réfugiés ou de déplacés sur cette terre. C'est là qu'une activité comme Un camp de réfugiés au cœur de la ville prend tout son sens. Elle permet d'expliquer une situation étape par étape, de débattre des questions, de parler des défis et des moyens mis en œuvre pour les relever, aussi bien par les réfugiés que par MSF. J'ai été saisi de constater l'intérêt manifesté par les écoliers (certains âgés de huit ans à peine), leurs questions, leur désir d'en savoir davantage. Les visiteurs, des Canadiens et Canadiennes ordinaires, ont eu


LA VILLE ACCUEILLE 15 000 VISITEURS l'occasion d'apprécier ce que la prise de conscience et le désir d'agir pouvaient apporter aux réfugiés et aux déplacés. En effet, des activités comme celles-ci incitent le public à prendre conscience et à presser les autorités internationales d'accomplir leur devoir.

l'état apparemment sans espoir de ces petits, les mères et les soignants ont du mal à rester motivés. Certains sont parfois tentés de remettre les aliments thérapeutiques à d'autres enfants dont les perspectives semblent moins sombres.

Au cours des quatre semaines où j'ai accompagné l'exposition, j'ai accueilli plus de 80 groupes. Je m'attendais à ce que l'exercice devienne répétitif, mais je m'étais trompé. Les visiteurs ont posé des questions intéressantes et partagé leurs connaissances avec les autres membres du groupe, certains même allant jusqu'à raconter leur propre expérience en tant que réfugiés.

Or, même chez les enfants dans un état de dénutrition avancé, le taux de rétablissement est excellent. Un élève de neuf ans m'a demandé comment je m'y étais pris pour motiver les mères. Ce n'est pas moi qui l'ai fait, lui ai-je répondu, mais un employé soudanais de MSF prénommé Abdul. J'ai expliqué les jeux qu'il inventait pour les bambins : il leur demandait par exemple d'aller porter les aliments thérapeutiques au chevet de leurs cadets. En décrivant les stratagèmes d'Abdul, mes yeux se sont remplis d'eau et mes lèvres se sont mises à trembler. J'ai dirigé les élèves à la station suivante portant sur le choléra, afin d'éviter

Un jour, je présentais à un groupe de quatrième année le volet nutrition et les difficultés que présente le traitement des enfants sévèrement malnutris. À cause de

de me livrer en spectacle. En fin de compte, je ne suis peut-être pas devenu aussi insensible à la souffrance que je le craignais. Certains Occidentaux croient que la pauvreté est une réalité des pays en développement, et donc que les gens de là-bas n'en souffrent pas autant que si c'était nous. Bien sûr, c'est tout à fait faux. Une histoire comme celle d'Abdul gagne à être racontée dans le cadre d'une exposition comme celle-ci, car ceux qui l'écoutent peuvent mieux saisir en quoi un acte de bienveillance, cette aptitude proprement humaine, peut faire toute la différence.

Kevin Barlow Infirmier autorisé Photos © linda o. nagy / MSF

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© James Maskalyk

Compte rendu de livre

Soudainement… un livre ise dans la région frontalière ténue qui sépare le nord et le sud du Soudan, se trouve une ville de 60 000 habitants appelée Abyei. Dans ce pays, le pétrole et le partage des richesses sont les éléments clés d'un conflit vieux de 21 ans, qui n'aura pris fin qu'en 2005. Les paris sont ouverts quant au résultat d'un référendum prévu sur la séparation du Sud-Soudan. En mai dernier, Abyei, sur laquelle planait le spectre d'un regain des hostilités, a pratiquement été détruite à la suite de combats. Médecins Sans Frontières (MSF), présent sur les lieux depuis 2006, y traitait 700 enfants souffrant de malnutrition.

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Le caractère soudain et dévastateur de l'attaque subie par Abyei met en lumière le rôle de MSF et l'impérieuse nécessité de poursuivre le travail entrepris. Même si on peut raser une ville, en effacer la réalité – le fait qu'elle ait existé, que des gens l'aient habitée et en aient respiré l'air – est impossible. Dans son blogue intitulé « Suddenly Sudan », James Maskalyk en trace un portrait incisif et pénétrant qui permettra à Abyei de rester profondément gravée dans nos mémoires. « Vénéré » unanimement par le public, ce blogue a été rédigé de février à juillet 2007 au cours de la première mission du médecin torontois avec MSF. Grâce au blogue ainsi qu'au livre qui paraîtra en avril prochain sous le titre Six Months in Sudan, le cœur d'Abyei continue de battre et de résonner en nous.

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Maskalyk propose dans son blogue un voyage spatio-temporel qui permet au lecteur de se transporter dans le feu de l'action. « Ce garçon à qui nous avions implanté une canule sous-cutanée dans l'os, que j'avais cité comme exemple de modeste succès thérapeutique, le petit être asséché qui gisait dans les bras de sa mère, mais avait fini par reprendre vie, ce petit garçon est mort. Je l'ai appris le jour suivant. La canule avait cessé de fonctionner, mais il continuait pourtant à boire. Une heure plus tard, lorsque l'infirmière alla jeter un coup d'œil sur lui, il n'était plus des nôtres. À sa place, une carcasse. » « La diarrhée tue. J'en suis témoin presque tous les jours. Elle tue des enfants, elle les transforme en carcasses vides. Que d'efforts faut-il déployer pour que leur fragile mécanique continue à tourner, pour combattre le désert et leur désert intérieur! C'est bien trop pour eux. Ils se disloquent, épuisés, et s'immobilisent dans un dernier grincement. » Le blogue et les écrits de Maskalyk donnent tout son sens à l'idée de témoignage. Mois après mois, il nous force à respirer l'air provenant du souffle ténu des désespérés et à effleurer leur peau. Il nous amène à plonger dans le doux regard de ceux qui sourient et pleurent comme nous. Les victoires se produisent un battement de cœur à la fois. Pareil pour la mort. Les témoignages de l'auteur nous invitent à lâcher prise et à faire nôtre l'histoire d'un petit de deux ans

que sa famille a abandonné près d'un arbre; d'une jeune femme atteinte de tuberculose qui marchera pendant des jours pour atteindre le dispensaire où elle donnera naissance à un enfant prématuré « pas plus gros qu'un oiseau »; de tous ces êtres qui attendent, qui rient, qui sont silencieux. Professionnels, étudiants, penseurs, parents : les lecteurs du blogue sont nombreux. Ils en ont tous saisi l'essence. Ils ont compris. Comme l'écrit l'un d'eux : « J'apprécie vos images et vos mots, mais parfois, ceux-ci me tordent le cœur. » Adresse du blogue : www.msf.ca/blogs/JamesM.php Disponible en anglais seulement. Ouvrage à paraître : www.randomhouse.ca

Calvin White Conseiller en santé mentale

Calvin White, conseiller en santé mentale et écrivain, vit à Salmon Arm en Colombie Britannique. Il devrait participer à sa première mission avec MSF à titre de spécialiste en santé mentale en 2009.


Les Canadiennes et Canadiens en mission AFRIQUE DU SUD Cheryl McDermid Vancouver, BC

Médecin

BANGLADESH Grant Assenheimer Oakville, ON

Logisticien

BURUNDI Joel Montanez Moncton, NB

Spécialiste en santé mentale

CAMEROUN Serge Kaboré Québec, QC Robert Parker Québec, QC

Coordonnateur médical Coordonnateur de projet

CHINE Peter Saranchuk St. Catharines, ON

Médecin

COLOMBIE Martin Girard Montréal, QC

Coordonnateur de projet

ÉTHIOPIE

PAKISTAN

Justin Armstrong Haileybury, ON Coordonnateur de projet Infirmière Vanessa Bailey Victoria, BC Infirmière Stephanie Gee Vancouver, BC Médecin Doris Gonzalez-Fernandez Montréal, QC Logisticien Ralph Heeschen Ajax, ON Médecin AnneMarie Pegg Yellowknife, NT Dominique Proteau Québec, QC Coordonnatrice de projet Logisticien Jonathon Rasenberg Flinton, ON Logisticien Christophe Rouy Québec, QC

Frank Boyce Belleville, ON Gabriele Pahl Kingsville, ON

Violet Baron Cochrane, AB Coordonnatrice des finances Infirmière Maryse Bonnel Morin Heights, QC Shannon Lee Fredericton, NB Coordonnatrice de projet Coordonnatrice de projet Julia Payson Vernon, BC Infirmière Alanna Shwetz Smiths Falls, ON

HAÏTI

RÉPUBLIQUE CENTRAFRICAINE

Charmaine Brett Ottawa, ON Agente des ressources humaines Annie Dallaire Montréal, QC Coordonnatrice des finances Médecin Wendy Lai Toronto, ON Patrick Laurent Montréal, QC Spécialiste en eau et assainissement Administratrice Monic Lessard Montréal, QC Infirmière Elaine Sansoucy Saint-Hyacinthe, QC Logisticien Kevin Tokar Ottawa, ON

INDE Judy Adams Miramichi, NB

Spécialiste en santé mentale

KENYA Indu Gambhir Ottawa, ON Coordonnateur de projet Maguil Gouja Montréal, QC Coordonnateur des finances

MOZAMBIQUE Isabelle Casavant Montréal, QC

Infirmière

Médecin Coordonnatrice médicale

PAPOUASIE-NOUVELLE GUINÉE

Patrick Boucher Montréal, QC Logisticien Duncan Coady Pinawa, MB Coordonnateur des finances Coordonnatrice de projet Edith Fortier Montréal, QC Mélanie Lachance Poisson Québec, QC Infirmière Technicienne de laboratoire Mireille Roy Montréal, QC Rachel Seguin Montréal, QC Infirmière

RÉPUBLIQUE DÉMOCRATIQUE DU CONGO Mélanie Bergeron Sherbrooke, QC Agente de liaison Agente de formation Marie-Ève Bilodeau Ottawa, ON Logisticien Owen Campbell Montréal, QC Annie Désilets Ottawa, ON Coordonnatrice des urgences Logisticien Elias Frédéric Montréal, QC Infirmière Elizabeth Kavouris Vancouver, BC Pierre Langlois Sainte-Catherine-de-Hatley, QC Administrateur Coordonnatrice de projet Tara Newell London, ON Logisticien Jean-François Nouveaux Montréal, QC Infirmière Nadia Perreault Mascouches, QC Denis Roy Montréal, QC Spécialiste en santé mentale Technicienne de laboratoire Joannie Roy Verdun QC Sylvie Savard Hull, QC Coordonnatrice des finances

MYANMAR Leah Battersby Whitehorse, YT Matthew Calvert Ottawa, ON Frédéric Dubé Québec, QC Mathieu Léonard Sherbrooke, QC Lori Wanlin Winnipeg, MB

Logisticienne Logisticien Logisticien Logisticien Logisticienne

SOMALIE Lori Beaulieu Prince George, BC Administratrice Infirmière Nancy Dale Toronto, ON Coordonnateur médical Luis Neira Montréal, QC Logisticien James Squier Saltspring Island, BC

NIGER

SRI LANKA

Maude Bernard Montréal, QC Infirmière José Godbout Blainville, QC Coordonnatrice de projet Infirmière Audrey St-Arnaud Blainville, QC

John Crosbie Toronto, ON

NIGERIA Sharon Janzen Vancouver, BC

Infirmière

OUZBÉKISTAN Ada Yee Calgary, AB

Coordonnatrice des finances

Logisticien

Rink De Lange Sainte-Cécile-de-Masham, QC Spécialiste en eau et assainissement Leanne Olsen Sainte-Cécile-de-Masham, QC Infirmière Infirmière Jennie Partridge Canmore, AB Infirmière Kerri Ramstead Brandon, MB Coordonnatrice de projet Grace Tang Toronto, ON

TCHAD Nicolas Berubé Montréal, QC Logisticien Coordonnateur de projet Ivan Gayton Vancouver, BC Logisticienne Guylaine Houle Montréal, QC Logisticien Jean-Marc Kuyper Montréal, QC Logisticienne Audra Renyi Toronto, ON Logisticienne Sonya Sagan Binbrook, ON Logisticien Matthew Schrader Massey, ON Luke Shankland Montréal, QC Coordonnateur de projet

TURKMÉNISTAN Sharla Bonneville Toronto, ON

Logisticienne

Dépêches Médecins Sans Frontières 720, av. Spadina, bureau 402 Toronto, Ontario, M5S 2T9 Tél. : (416) 964-0619 Téléc. : (416) 963-8707 Sans frais : 1-800-982-7903 Courriel : msfcan@msf.ca www.msf.ca

Rédactrice : linda o. nagy Directrice de la rédaction : Avril Benoît Coordonnatrice de la traduction : Julie Rémy

Collaborateurs : Kevin Barlow Susanne Doettling Robin Meldrum Tara Newell Gregory Vandendaelen Calvin White

Tirage : 83 000 Graphisme : Tenzing Communications Impression : Warren’s Imaging and Dryography Hiver 2009

SOUDAN Reshma Adatia Vancouver, BC Laura Archer Westmount, QC Daniel Arnold Vancouver, BC Leanna Hutchins Canmore, AB Victoria Kennedy Toronto, ON Sarah Lamb Toronto, ON

Coordonnatrice Infirmière Logisticien Logisticienne Infirmière Logisticienne

Procédé d’impression à sec ISSN 1484-9372

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© Bruno De Cock / MSF

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www.msf.ca


Dépêches (Hiver 2009)  

Dépêches est le bulletin de Médecins Sans Frontières (MSF) Canada.

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