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EN PRATIQUE SOMMAIRE

N°22 NOVEMBRE 2008

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Dossier

Financer la croissance

Pour assurer son développement, l’entreprise a besoin de moyens. Comment les déterminer le plus exactement possible et, surtout, où les trouver? A quelles conditions? Avec quels avantages et désavantages respectifs? Inventaire des possibles et retour d'expériences.

FINANCE MANAGEMENT - CFO MAGAZINE - N°22 - NOVEMBRE 2008


FISCALITÉ DOSSIER : FINANCEMENT TEXTE : LAURENT CORTVRINDT

Financer la croissance: où trouver les moyens Pour assurer son développement, l’entreprise a besoin de moyens. Comment les déterminer le plus exactement possible et, surtout, où les trouver? A quelles conditions? Avec quels avantages et désavantages respectifs? Comment construire son plan de financement, structurer le capital? Comment gérer la croissance? Finance Management a mené l’enquête.

FINANCE MANAGEMENT - CFO MAGAZINE - N°22 - NOVEMBRE 2008


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rofesseur aux Facultés Universitaires Notre-Dame de la Paix de Namur et à la Louvain School of Management et co-auteur (avec Yannick de Harlez et Armin Schwienbacher) de l’étude « Le

financement par capital-risque des entreprises innovantes en Wallonie », Charles Van Wymeersch situe le contexte. D’après lui – et avec toutes les réserves qu’impose la crise actuelle –, la banque constitue sans doute la première source de financement qui vient à l’esprit. Néanmoins, une entreprise jeune, en croissance, doit avant tout établir sa crédibilité grâce à des

« Une situation de croissance n’est pas l’autre et, selon les circonstances, l’une ou l’autre des solutions sera privilégiée. »

capitaux propres. « Les actionnaires constituent les premiers preneurs de

démarre pas une activité et on n’envisage pas son dévelop-

risque dans un financement d’entreprise, souligne-t-il. On ne

pement sans une base solide de capitaux propres. Dans les secteurs de hautes technologies par exemple, il faudra, dans un premier temps, conserver des taux de capitaux propres

L’APPEL AUX INVESTISSEURS PRIVÉS

relativement élevés, de l’ordre de 60% à 75%. Le crédit ‘spontané’ – de fournisseurs ou autres – sera uniquement envisagé de manière supplétive. Quant à celui des banques, il n’arrivera

Synapsis Associates, société belge de services, agit en

que bien plus tard. »

tant que conseil du fonds luxembourgeois d’investissement C+ Investments, créé en 2003 par la famille Engels

FAMILY, FRIENDS & FOOLS

en association avec des partenaires privés. L’origine des

L’actionnaire constitue donc le pilier de toute création d’en-

fonds est 100% privée, ce qui permet une vision et une

treprise. Et, au cours de son développement, l’entreprise doit

implication sur le long terme ainsi qu’un processus de

avant tout compter sur ses actionnaires. Mais qui sont ces

décision rapide et flexible. C+ Investments définit une

« actionnaires »? Généralement, du moins dans un premier

stratégie d’investissement, finance essentiellement

temps, on fait appel au réseau proche. Aussi appelé FFF par

des entreprises en croissance et participe à des Mana-

les anglophones: « family, friends and fools ». Il faut en effet

gement Buy-Ins ou Management Buy-Outs de sociétés

pouvoir compter sur l’aide de personnes qui sauront placer

arrivées à maturité en Europe.

leur confiance dans l’entreprise car elles disposent d’une in-

Comme tout autre fonds de private equity, Synapsis As-

formation suffisante quant au sérieux et à la compétence

sociates est contactée directement ou via des intermé-

dont peuvent témoigner les gérants. Ce qu’un actionnaire

diaires pour investir du temps, de l’énergie, de l’expérien-

externe pourra plus difficilement établir.

ce et des moyens financiers contribuant à la croissance

Une fois que l’entreprise lance ses activités et décroche un mar-

de ses (futurs) partenaires. « Outre le développement

ché, des clients solvables et des commandes, le cercle « FFF »

d’une stratégie commune, nous pouvons nous investir

peut s’élargir. Le crédit bancaire devient alors une option, même

dans des activités opérationnelles: développement com-

si les banques vont toujours se montrer particulièrement pru-

mercial, activités de recrutement ou de réorganisation,

dentes – et aujourd’hui plus que jamais – vis-à-vis de sociétés

programmes de change management, ingénierie finan-

débutantes. « Ces institutions accorderont plus volontiers un cré-

cière…, confie Nathalie Engels, administrateur délégué.

dit pour des actifs corporels où elles pourront trouver une garan-

Pour offrir d’avantage qu’un banquier ou un simple par-

tie aisément valorisable en cas de mauvaise surprise: du matériel

tenaire financier, nous possédons également nos secteurs

roulant, des machines… » En parlant des banques, Charles Van

de prédilection – historiquement liés à nos activités – à

Wymeersch fait abstraction des récents événements survenus:

savoir l’industrie alimentaire au sens large. Toutefois, il ne

« Il s’agit d’une situation exceptionnelle, provoquée par des activi-

s’agit pas d’une condition exclusive. »

tés de banque d’affaires et non de banque commerciale de prêt et

Synapsis peut apporter une participation allant de 1 à 5

de dépôt, ce qui nous préoccupe ici. »

millions d’euros, préférentiellement pour des entreprises en phase de développement ou de transmission, et

UN PEU DE CHANCE

recherche une position d’actionnaire de référence. « No-

A côté des proches, des capitaux propres peuvent, en petite quan-

tre passé d’industriels nous permet de mieux comprendre

tité, être trouvés auprès d’investisseurs de proximité privés, dits

les besoins et les attentes des entrepreneurs. Notre appro-

« business angels ». Ces business angels ont souvent possédé – ou

che s’envisage sur le long terme, dans un style entrepre-

détiennent encore – une entreprise et témoignent d’un engage-

neurial, afin d’accompagner les entreprises et les aider à

ment, presque philosophique, pour faire prospérer d’autres acti-

gravir les différents paliers de leur croissance. »

vités en les soutenant financièrement. A ce stade, nombre d’entreprises en croissance recourent aussi à des investisseurs publics FINANCE MANAGEMENT - CFO MAGAZINE - N°22 - NOVEMBRE 2008

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FISCALITÉ DOSSIER : FINANCEMENT

ou semi-publics de proximité, comme par exemple les Invest, mis en place en région francophone de Belgique pour faire face aux restructurations des deux dernières décennies. « Les Invest possèdent bien entendu leurs limites, cadre-til. Ces structures ne peuvent pas soutenir des croissances énormes. Au-delà de cinq millions d’euros, il faudra généralement compléter la levée de fonds auprès d’investisseurs

« Nous connaissons un réel déficit en entreprises de 50 ou 100 personnes. »

professionnels privés, dits ‘fonds de venture capital’, le plus souvent internationaux. » Comme on le voit, les sources

financements ne sont par ailleurs pas disponibles en perma-

de financement sont multiples. Mais dès lors, comment

nence. C’est pourquoi il faut avant tout pouvoir compter sur

sélectionner celle(s) la(les) mieux adaptée(s) à son entre-

un réseau… et un peu de chance. »

prise? « Je pense qu’il faut un peu tâter à tous les terrains.

Un créateur d’entreprise devra dès lors aussi penser à sortir

Une situation de croissance n’est pas l’autre et, selon les cir-

de son laboratoire, ce qui n’est pas toujours évident. Certes,

constances, l’une ou l’autre solution sera privilégiée. Tous les

la banque peut aussi jouer un rôle d’intermédiaire pour trou-

« L’ARGENT RESTE LARGEMENT DISPONIBLE EN BELGIQUE »

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Jean Zurstrassen et Grégoire de Streel, co-fondateurs de

plus enclins à aider les jeunes. Il y a dix ans, c’était encore im-

Skynet et de Keytrade Bank, se sont aujourd’hui lancés

pensable. C’est pourquoi je conseille d’aller rencontrer les pro-

dans l’aventure Tunz, dont l’activité consiste en l’émission

fessionnels de son secteur d’activité. Les entrepreneurs font

d’instruments de paiement sous la forme de monnaie élec-

preuve d’une certaine solidarité et d’une grande admiration

tronique. En 1994, quand ils décident de fonder Skynet, ils

pour les jeunes qui se lancent. Il ne faut jamais avoir peur

apportent chacun 500.000 francs belges, contractés grâce à

de demander de l’aide à quelqu’un. Notre monde plein d’op-

un emprunt personnel auprès d’une banque. « Nous étions

portunité garde toujours une place pour les nouvelles idées.

jeunes universitaires, sans expérience… L’emprunt personnel

L’esprit d’entreprendre, c’est aussi créer et prendre son destin

se profilait comme la solution la plus adaptée à nos besoins »,

en charge. »

explique Jean Zurstrassen, administrateur-délégué. « Ensuite, nous avons réinvesti une partie des bénéfices pour lancer Keytrade, en 1998. Et dès 1999, l’entrée en Bourse nous a permis de lever l’équivalent d’un peu plus de 6 millions d’euros. Plus qu’un financement, il s’agissait avant tout d’une opération de marketing car la société était rapidement devenue rentable. Les actionnaires étaient nos clients et nous avions, à l’époque, profités du soutien de Petercam. Certains modèles économiques bénéficient d’un bon timing. Ce fut le cas avec Keytrade ». Malgré la crise boursière, Jean Zurstrassen estime que l’argent reste largement disponible en Belgique… pour qui se donne toutefois les moyens d’aller le chercher. « Il faut parfois retrousser ses manches et prendre de son temps. Mais on finira toujours par trouver un acteur enthousiaste à l’idée de soutenir son idée. Et si la phase test se révèle concluante, dites-vous que le plus dur est fait. Par rapport à nos débuts, il y a plus de dix ans, de nombreux organismes, dépendant de l’Etat et prêts à soutenir financièrement les porteurs de projets ont fait leur apparition. » Jean Zurstrassen conseille toutefois de se montrer particulièrement innovant, quel que soit le secteur d’activité. « La bulle Internet a permis une prise de conscience: on peut monter sa société et la faire financer par un tiers, en tout ou en partie. Et, à notre époque, les investisseurs sont beaucoup

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Jean Zurstrassen: « Il ne faut jamais avoir peur de demander de l’aide à quelqu’un. Notre monde plein d’opportunité garde toujours une place pour les nouvelles idées. »


« D’un point de vue financier, une entreprise n’a pas intérêt à attirer de nouveaux capitaux propres si sa valeur n’a pas suffisamment augmenté. » d’investisseurs. Pour établir ce plan, il conviendra donc de déterminer un projet d’entreprise clair, avec une estimation acceptable des besoins pour les deux ou trois années à venir. Ensuite, l’entrepreneur pourra passer au tour de table des investisseurs qui souhaitent y participer. En Région wallonne, on observe une croissance mesurée et lente des entreprises. « Nous connaissons un réel déficit en entreprises de 50 ou 100 personnes. Mais existe-t-il pour autant une taille optimale pour une entreprise? La question préoccupe les économistes depuis des décennies... » Du point de vue macroéconomique, Charles Van Wymeersch estime que la Belgique a tout intérêt à posséder des entreprises plus grandes. « C’est ce qui distingue en particulier l’Allemagne qui fait montre de cette capacité à développer des entreprises comptant entre 100 et

L’APPEL AUX FONDS PUBLICS Charles Van Wymeersch: « Outre l’apport strictement financier, il faut également bénéficier de savoir-faire et de compétence en matière de gestion. L’argent est une chose mais l’expérience en est une autre. L’investisseur qui peut faire cet apport doit être prioritaire. »

Parmi les différents programmes de capital-risque, le gouvernement flamand a décidé de créer le fonds ARKimedes (pour Activeren van RisicoKapitaal, activer le capital-risque) pour stimuler le capital risque des PME en phase d’émergence et de développement. L’objectif d’ARKimedes consistait à diminuer les coûts d’investis-

ver des investisseurs mais rien ne saura remplacer l’efficacité

sement dans les starters et les petites entreprises en

d’un réseau. Car, en réalité, l’entrepreneur n’aura pas vrai-

croissance pour les acteurs qui apportent du capital.

ment le choix. Les investisseurs considèrent qu’il est essentiel

Lancé en 2005, le fonds a regroupé l’argent provenant

de ne pas mettre ses œufs dans le même panier. Une diversité

essentiellement de particuliers. Ces investisseurs étaient

de sources s’imposera donc d’elle-même pour réaliser la levée

en effet encouragés fiscalement à confier leur épargne

de fonds. Surtout pour une nouvelle entreprise.

au fonds: durant quatre années, ils recevront un crédit d’impôt correspondant à 8,75% de leur investissement,

IMPORTANCE DE LA TAILLE

ainsi qu’une garantie de 90% sur le captal remis. Tech-

« Et outre l’apport strictement financier, il faut également

niquement, ARKimedes a commencé par prendre des

bénéficier de savoir-faire et de compétence en matière de ges-

parts de capital dans des fonds de capital-risque et des

tion. L’argent est une chose mais l’expérience en est une autre.

sociétés d’investissement qui, à leur tour, ont investi en

L’investisseur qui peut faire cet apport doit être prioritaire. » A

capital dans les entreprises. A ce jour, douze entreprises

côté d’un Invest, partenaire financier ‘passif’, l’entrepreneur

ont bénéficié de l’aide d’ARKimedes et elles ont à leur

veillera donc à s’entourer d’investisseurs plus actifs, interve-

tour pu investir dans plus de 80 autres sociétés. Face à

nant notamment dans les décisions stratégiques.

un tel succès, la naissance d’un fonds ARKimedes « 2 »

Un plan de financement possède toujours deux « colonnes »:

pourrait se dessiner au cours des prochains mois.

d’un côté, ce que l’on souhaite financer, de l’autre le cocktail FINANCE MANAGEMENT - CFO MAGAZINE - N°22 - NOVEMBRE 2008

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FISCALITÉ DOSSIER : FINANCEMENT

500 personnes. Une réalité de plus en plus difficile sous nos

elle veut connaître des lendemains florissants. Ce constat

longitudes de par le coût de la main d’œuvre. Et comme les

explique en partie les mouvements de fusion observés dans

activités de production disparaissent peu à peu de notre pay-

de nombreux secteurs. La recherche d’une taille plus impor-

sage, croitre en nombre de personnes devient plus complexe. »

tante traduit également la volonté de négocier de meilleurs

Mais la question de taille est aussi liée au pouvoir du mar-

prix: conditions d’achats, formation du personnel, etc.

ché. En stratégie d’entreprise, on considère souvent qu’une

L’avantage à grandir est donc bien réel pour une entreprise.

société doit se positionner dans le top 3 de son secteur si

Mais la taille optimale dépend du secteur et du type d’acti-

L’APPEL AUX BANQUES Quand un chef d’entreprise s’adresse à une banque – pour

possession de son dernier bilan disponible et d’un business

un prêt à long terme pour investir dans de l’immobilier

plan pour expliquer clairement ses besoins. Un banquier

ou pour acheter des machines, ou pour obtenir un prêt à

réclamera toujours un maximum d’informations transpa-

court terme pour financer un besoin passager en fonds de

rentes. J’encourage aussi les chefs d’entreprise à rencontrer

roulement –, le banquier évalue un risque. Celui que l’en-

régulièrement leurs banquiers pour les tenir informés. Une

treprise pourrait lui faire courir en ne pouvant respecter les

banque accorde plus volontiers un prêt à une entreprise qui

échéances. En premier lieu, le banquier va donc examiner la

communique régulièrement sur sa situation. »

rentabilité de la société. Génère-t-elle un cash flow qui lui permettra, à la fois, de payer ses intérêts et de rembourser les composantes de sa dette? Ensuite, il se penchera sur les ratios d’équilibre: l’endettement total, par rapport au cashflow généré par l’entreprise, et l’endettement total, par rap-

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port aux fonds propres de la société. « Suite à la crise financière qui a commencé avec les subprimes aux Etats-Unis avant de s’étendre mondialement, certains banquiers ont perdu beaucoup d’argent et se rendent compte que, par le passé, ils n’ont peut-être pas évalué correctement certains risques », explique Denis Biju-Duval, Head of Corporate Investments chez ING. Aussi, actuellement, l’accent est davantage mis sur l’analyse du risque que sur le fait de prendre de nouveaux risques ou de prêter à tout va. Les banquiers font également preuve de la plus grande prudence car cette crise financière exerce un impact sur l’économie. Certains secteurs souffrent et les taux de croissance des entreprises risquent de fortement baisser en 2009 par rapport à 2006 ou 2007. Dès lors, les conditions actuelles vont-elles pousser les sociétés à freiner leur croissance? « Certainement. Et pour plusieurs raisons. Tout d’abord parce que les marchés auxquels beaucoup d’entreprises s’adressent vont eux-mêmes croître moins vite car leurs clients vont freiner leur consommation ou leurs investissements. Ceci explique en grande partie pourquoi le financement – bancaire, boursier ou au niveau des actionnaires – est subitement devenu plus difficile d’accès pour les entreprises. Tous les acteurs sont plus regardants avant de confier de l’argent. » Aux chefs d’entreprises, Denis Biju-Duval conseille d’essayer d’évaluer leur financement et l’évolution de leur entreprise, le plus tôt possible et avec une grande prudence. « Il faut anticiper au maximum les problèmes d’argent et les périodes où un financement sera indispensable. Quand un entrepreneur se rend chez son banquier, il doit être en

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Denis Biju-Duval: « Une banque accorde plus volontiers un prêt à une entreprise qui communique régulièrement sur sa situation. »


L’APPEL AUX FONDS SPÉCIALISÉS EN JEUNES SOCIÉTÉS OU EN SPIN-OFF UNIVERSITAIRES EEBIC, le centre d’entreprises et d’innovation de la Région de Bruxelles-Capitale, a été créé en 1992. Outre une superficie de plus de 6.000 m² et une infrastructure offrant les commodités nécessaires à une jeune entreprise qui démarre, EEBIC propose l’évaluation, le coaching et le suivi global et sur mesure de projets innovateurs par une équipe de consultants expérimentés, ainsi que la recherche de partenaires financiers, commerciaux et industriels via son réseau. Autre pilier d’EEBIC: la gestion de fonds d’investissement. EEBIC est en effet la compagnie de management de Sherpa Invest, fonds d’investissement dédié aux jeunes sociétés, et de Theodorus, le fonds universitaire de l’ULB qui investit – exclusivement – dans ses spin-off. « Sherpa Invest concerne tout porteur de projet innovant recherchant entre € 250.000 et € 500.000, souligne Igor Iweins, Manager chez EEBIC. Il s’agit en réalité des mêmes critères que ceux retenus par le réseau Be Angels mais sollicitant un plus gros investissement. Si on regarde les participations détenues par Sherpa, il s’agit à 50% d’Internet et de nouvelle technologie et à 50% de secteur plus traditionnel mais toujours avec gros potentiel de croissance. »

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Sherpa apporte une plus value en s’investissant dans la gestion et en apportant l’expertise de ses équipes. La volonté est de rester environ cinq ans dans les participations. « Quant à Theodorus, les critères qui entrent en considération sont, d’une part, le côté innovant de l’entreprise et, d’autre part, la personnalité des porteurs de projets. Et ce second critère se révèle extrêmement décisif. Il faut par exemple s’assurer que le porteur de projet soit prêt à déléguer le management à un vrai CEO quand la société prend de l’importance. » Statutairement, Theodorus investit au maximum à hauteur de € 500.000 par projet.

Igor Iweins: « Les critères qui entrent en considération sont, d’une part, le côté innovant de l’entreprise et, d’autre part, la personnalité des porteurs de projets. Et ce second critère se révèle extrêmement décisif. »

vité. Néanmoins, Charles Van Wymeersch souligne que la croissance reste un piège en soi: il faut assurer le financement. « D’un point de vue strictement financier, une entreprise n’a d’ailleurs pas intérêt à attirer de nouveaux capitaux propres si sa valeur n’a pas suffisamment augmenté. Car les fondateurs seraient dilués avec l’arrivée des nouveaux partenaires ». L’entreprise née d’un petit noyau d’individus doit avant tout étendre ses différentes fonctions, comme un embryon dé-

« Le capital financier sera toujours plus aisé à trouver que le capital humain de qualité. »

veloppe ses organes. Pour y arriver, les fondateurs doivent accepter de se décharger progressivement de tâches qu’ils

bourse, il faut des transactions. Et, pour observer des tran-

assumaient au début en attirant des collaborateurs compé-

sactions, sans que celles-ci n’exercent immédiatement un

tents au sein d’une équipe. « C’est un facteur essentiel car le

impact négatif sur la société, il faut un certain volume de

capital financier sera toujours plus aisé à trouver que le capital

capital. Le marché libre en Belgique se situe d’ailleurs sou-

humain de qualité. Le rythme de croissance sera donc essen-

vent aux alentours de cette limite. Quelques introductions

tiellement marqué par la capacité à développer une équipe. »

en bourse ont été menées par des propriétaires ou des fon-

Quant à l’appel à la bourse, avant d’y songer, l’entreprise

dateurs pour éviter une dilution trop forte. « Un capital de

doit déjà faire preuve d’une taille et d’une organisation cri-

cinq à dix millions d’euros me semble un seuil minimal pour

tiques. Pour que la valeur d’une action puisse s’établir en

envisager une introduction. » FINANCE MANAGEMENT - CFO MAGAZINE - N°22 - NOVEMBRE 2008


FISCALITÉ DOSSIER : FINANCEMENT

« Certains banquiers ont perdu beaucoup d’argent et se rendent compte qu'ils n’ont pas évalué correctement certains risques. »

L’APPEL AUX BUSINESS ANGELS Be Angels rapproche des entrepreneurs à la recherche de moyens financiers et des investisseurs privés, appelés business angels, prêts à investir dans des entreprises prometteuses. « Nous comptons 150 business angels au sein de notre réseau », précise Christophe Guisset, administrateur délégué. « Tous les mois, nous sélectionnons quelques dossiers pour les présenter à nos membres inves-

Une entreprise qui caresse des projets de croissance se voit, sauf cas exceptionnel, confrontée au problème du financement de cette croissance. La situation sera encore plus délicate pour une entreprise active dans la production. Car pour augmenter son chiffre d’affaires, celle-ci devra fort probablement consentir à des lourds investissements industriels (bâtiments, machines, etc.). Et, compte tenu de cette hausse de son chiffre d’affaires, l’entreprise va rencontrer un plus grand besoin en fonds de roulement: parce que ses clients ne paient pas tout de suite et à cause de son stock dont la taille augmente également. Notons que les entreprises de services se voient également confrontées à ce financement

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du besoin en fonds de roulement, lié à l’accroissement du chiffre d’affaires.

CASH, ACTIONNAIRES ET BANQUES Pour financer les investissements industriels et les besoins en fonds de roulement, plusieurs sources existent. Les trois principales sont le cash que l’entreprise génère, l’appel aux actionnaires et le recours aux banques. Si sa rentabilité se révèle satisfaisante, l’entreprise va annuellement générer un excès de cash-flow qui pourra éventuellement couvrir les investissements et le besoin en fonds de roulement. Mais si la croissance est très importante ou si la rentabilité s’avère encore relativement faible par rapport à cette croissance, le cash généré par l’entreprise ne suffira pas. Il faudra alors combler la différence, soit en faisant appel aux actionnaires,

tisseurs. Le premier critère concerne les montants recherchés. Les business angels injecteront généralement des sommes allant de € 50.000 € à € 150.000 par personne. En les regroupant à quatre ou cinq autour d’un projet, on peut donc lever jusqu’à € 500.000. » En regroupant une trentaine de BA, Be Angels a par ailleurs créé son propre fonds, Bans Angels Fund, pour des levées plus conséquentes. Autre critère important: le potentiel de croissance et de retour pour les investisseurs. « Généralement, un BA entre dans le capital d’une société pour une période de cinq ans à dix ans, après laquelle il espèrera avoir triplé sa mise. » Ces investisseurs sont aussi intéressés par les possibilités de sorties, notamment lors de rachats par de plus grands groupes, voire après une entrée en bourse, si la société concernée se met à prospérer. « Les BA sont également très attentif au dynamisme de l’équipe en place et à son attachement au projet d’entreprise », dit-il. Toutefois, malgré la reconnaissance gagnée auprès du public au cours de la dernière décennie, Christophe Guisset estime que les BA ne sont encore que trop peu sollicités en Belgique. « Les conditions dans lesquelles les collaborations s’effectuent restent floues. Un BA est un investisseur actif. Mais le porteur de projet ne doit formuler aucune crainte. Le BA apporte son soutien financier, prodigue des conseils sur base de son expérience mais ne vise pas la prise de pouvoir au sein de l’entreprise. »

soit à un banquier. Quand l’entreprise est capable de s’autofinancer, les avantages sont multiples: indépendance, rentabilité et autonomie

sieurs banques et d’obtenir plusieurs financements pour dif-

financière. Il s’agit sans nul doute de la meilleure situation.

férentes opérations à financer. Enfin, lorsqu’il augmente les

Malheureusement, peu d’entreprises vivent cette conjonc-

fonds propres, le chef d’entreprise fait rentrer de l’argent frais

ture quand la croissance dépasse les 10% à 15% par an. En

dans l’entreprise. A court terme, celui-ci ne va pas impacter les

cas d’autofinancement insuffisant, si l’entrepreneur trouve

cash-flows. Car contrairement aux prêts où il faut s’acquitter

une banque, il ne devra pas réinjecter d’argent dans le ca-

des intérêts chaque année, ceux-ci sont inexistants sur du ca-

pital et faire entrer de nouveaux actionnaires. Autre avan-

pital. Eventuellement, les actionnaires recevront un dividende

tage, le coût de la dette bancaire (aujourd’hui aux environs

si la société est rentable. Augmenter le capital aura pour effet

de 6% à 7%) est par ailleurs inférieur au coût du capital (plus

d’améliorer les ratios de la société. Particulièrement celui de la

de 10%, primes de risques et de liquidités inclues). Et plus

dette par rapport aux fonds propres, ce qui offre de nouvelles

l’entreprise sera de petite taille ou active dans un secteur à

capacités d’endettement. Par contre, un gros inconvénient

risques, plus le coût du capital sera élevé.

subsiste pour le chef d’entreprise. S’il n’est personnellement

Le recours à la banque offre également une certaine sou-

pas capable de réinvestir cet argent, il devra le trouver à l’exté-

plesse au chef d’entreprise en permettant de contacter plu-

rieur. Au risque de voir son influence diluée.

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L’EXPÉRIENCE AU SERVICE DE LA CROISSANCE Ancien CEO d’Euronext Brussels, Olivier Lefebvre est

à une problématique similaire. Certes, ce capital existe mais

aujourd’hui président des conseils d’administration de Xy-

pas toujours avec le bon ‘appétit’ par rapport aux risques pro-

lowatt, Carbon Challenge et Climact, des PME actives dans

posés. Aussi, cette situation tend à provoquer un problème de

le développement durable. Il estime qu’une des difficultés

mismatch entre les structures d’offres de capital et les projets

particulières de la croissance d’une société, encore jeune et

qui se présentent. Et si l’entrepreneur ne trouve pas le capital

en phase de maturation, sera de parvenir à mettre en place

adéquat, ce qui peut arriver, il se verra confronté au même

les multiples éléments qui vont lui permettre de réussir ce

type d’effet de frein sur la croissance que l’absence de person-

développement. « La capacité à passer d’une culture de mise

nel qualifié peut déclencher. »

au point technologique à une culture commerciale et de besoin de marché constituera un premier défi à relever. Ensuite, dans certains secteurs, d’importants besoins de fonds de roulement devront être couverts. Le financement deviendra alors un point critique, indispensable pour réussir sa croissance. Car une entreprise ne peut pas compter indéfiniment sur son autofinancement, surtout tant que l’on est dans un secteur avec des besoins de fonds de roulement très significatifs. » Par ailleurs, si une jeune société qui démarre n’atteint pas très vite une taille pertinente pour son secteur d’activité, elle se verra rapidement confrontée à des difficultés, ne fut-ce que pour maintenir son indépendance. Autre pro-

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blème traditionnellement rencontré lors des premiers pas d’une société: la contradiction entre la volonté ou la nécessité de croissance de l’entreprise et les attitudes de son/ ses fondateurs qui rechigne(nt) à partager avec d’autres la gouvernance de l’entreprise qu’il(s) a (ont) mis sur pied. Une constatation d’autant plus vraie lorsque le fondateur possède un profil de technologue. Tandis que ce dernier prendra davantage une casquette de Chief Technology Officer, il doit pouvoir accepter qu’un tiers devienne le CEO de la « boîte ». A ce titre, un entrepreneur doit s’entourer et adapter son équipe de gestion, à la fois en termes de tailles et de profils, selon les étapes de croissances que traverse sa société. Pour professionnaliser un management, des structures existent en abondance: dans les universités, via les business angels ou les Invests… En termes de financement, l’erreur classique à ne pas commettre consiste tout d’abord à ne pas surévaluer la valeur de sa jeune société. Des yeux plus grands que le ventre font courir le risque d’annihiler toute possibilité d’ouvrir le capital et d’inhiber la croissance. Afin de ne pas se retrouver acculé à accepter des conditions extrêmement dures, l’entrepreneur veillera également à ne pas se retrouver dans une situation de dépendance absolue par rapport à un nombre limité de porteurs de capitaux. Enfin, en Région wallonne, on observe un problème de « mismatch » dans le marché du travail. Certaines qualifications professionnelles ont presque disparu du marché de l’emploi et créent un handicap de croissance pour les entreprises en particulier et pour la Région en général. « Et le marché du capital se trouve confronté

Olivier Lefebvre: « Le capital existe mais pas toujours avec le bon ‘appétit’ par rapport aux risques proposés. Cette situation tend à provoquer un problème de mismatch entre les structures d’offres de capital et les projets qui se présentent. »

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FISCALITÉ DOSSIER : FINANCEMENT TEXTE : LAURENT CORTVRINDT

Diversifier le financement en Sicafi Lors du colloque organisé par l’IFE sur le « Financement d’entreprise – Quelle nouvelle donne après Bâle II et la crise du subprime? », Laurent Carlier, CFO de Befimmo, a passé en revue la diversification des sources de financement envisageables pour une Sicafi… dans l’état actuel de la crise.

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B

efimmo est une Sicafi, à savoir une société d’investissement à capital fixe optant pour des placements immobiliers. En tant qu’Asset Manager, elle gère un portefeuille immobilier de

deux milliards d’euros, axé sur les bureaux, principalement situés à Bruxelles, dans les quartiers où la demande structurelle est importante. L’expérience de Befimmo en termes de finan-

cement possède toutefois ses limites: celles liées à une société

« Différents canaux de financement permettront de multiplier les échéances et de diluer les risques. »

immobilière. Pour assurer une progression stable, la société fait donc preuve d’une grande prudence. Multiplier les canaux de financement alourdit certes la

RÉPARTITION DES RISQUES

gestion administrative. Mais le gros avantage de la for-

Laurent Carlier ne s’en cache d’ailleurs pas: la stratégie de

mule réside dans sa répartition des risques en partageant

Befimmo se base sur une faible prise de risque. C’est pour-

les sources de financement entre différentes banques mais

quoi la Sicafi investit préférentiellement dans des immeu-

aussi en dehors du monde bancaire. En cas de difficulté ou

bles centraux ou de standing et les loue essentiellement aux

de restriction, l’entreprise conservera une certaine liberté

pouvoirs publics (deux tiers du portefeuille), avec des baux

d’action. « Pour des raisons évidentes de concurrence entre

à long terme (moyenne de neuf ans). Une Sicafi est structu-

les banques, il est également important de travailler avec plu-

rellement endettée. La « dette » de Befimmo s’élève à 800

sieurs enseignes. Chaque institution est en effet spécialisée

millions d’euros, à côté de lignes disponibles à hauteur de

dans certains types de produit. Différentes sources permet-

1.100 millions d’euros. Ce qui lui permet de bénéficier d’un

tront aussi de multiplier les échéances et de diluer les risques. »

potentiel de ligne non exigé de 250 millions d’euros. Comme tous les responsables financiers, Laurent Carlier ob-

CESSION DE LOYERS FUTURS

serve un durcissement des conditions d’accès au financement.

Pour financer sa croissance, Befimmo sélectionne toujours un

Les banques, qui connaissent elles aussi une augmentation de

projet avant de le présenter à ses actionnaires pour une aug-

leurs propres coûts de financement, ont tendance à désormais

mentation de capital et un refinancement. « De la sorte, l’ar-

uniquement prêter à leurs « bons » clients. Dès lors, comment

gent ne dort pas, il est directement injecté dans un créneau que

s’en sortir? « D’une part, en recherchant d’autres instruments de

nous estimons porteur. En décembre 2006, nous avons racheté

financement bancaires, à côté des classiques lignes bilatérales/

Fedimmo et son portefeuille de 600 millions d’euros, grâce à un

crédit de caisse: comme la cession de créance sur les loyers futurs,

financement à court terme avec un crédit pont. Et début 2007,

la cession de l’inflation et le crédit syndiqué, explique-t-il. D’autre

nous concrétisions une augmentation de capital. Grâce à nos

part, en examinant d’autres sources de financement non ban-

actionnaires emballés par le projet concret, nous avions pu dé-

caire: le papier commercial ou l’US Private Placement. »

gager une nouvelle manne de 250 millions d’euros. »

FINANCE MANAGEMENT - CFO MAGAZINE - N°22 - NOVEMBRE 2008


conserver notre activité comme investissement protégeant contre une inflation plus forte. »

CRÉDIT SYNDIQUÉ… Dernier financement bancaire utilisé par Befimmo: le crédit syndiqué consiste en l’organisation d’un financement auprès d’un groupe de banques coordonné par un, ou plusieurs, Mandated Lead Arrangers. La formule permet d’organiser, en une seule fois, un financement qui ne pourrait être assumé par une banque isolée. Le crédit syndiqué permet aussi de consulter un nombre important de banques locales et étrangères, donc d’impliquer des banques du « second cercle » quand la capacité des banques proches est épuisée ou doit être maintenue pour d’autres investissements futurs. Avec le crédit syndiqué, les marges se révèlent toutefois plus élevées qu’avec les lignes bilatérales et les banques du premier cercle car il faut attirer d’autres banques au potentiel de side business limité. Par ailleurs, les banques formuleront des exigences plus strictes et la multiplication des interlocuteurs aura tendance à alourdir le volet administratif. « Fin juin 2008, Befimmo s’est lancée dans le crédit syndiqué avec un objectif minimum de 200 millions d’euros. 300 millions seront finalement levés, avec une durée de cinq ans et sept banques participantes, dont une nouvelle… et malgré tout sans augmenter la documentation par rapport à celle du crédit 2006. Le succès fut donc au rendezvous, même si nous aurions souhaité toucher d’autres banques.

Laurent Carlier: « Le durcissement des conditions d’accès au financement peut être contourné par d’autres instruments bancaires – comme la cession de créance sur les loyers futurs, la cession de l’inflation et le crédit syndiqué – ou non bancaires - comme le papier commercial ou l’US Private Placement. »

Mais le contexte actuel a rendu les choses délicates. »

… ET PAPIER COMMERCIAL Parmi les nombreuses facettes de son métier, un banquier joue notamment un rôle d’agent entre des investisseurs et une société qui émet du papier commercial court terme. D’une grande souplesse de fonctionnement, le papier commercial stimule un financement

La cession de loyers futurs procède de la même stratégie.

à court terme avec des marges très faibles et une compensation

Il s’agit d’obtenir un financement bancaire en cédant à la

partielle possible de la hausse des taux courts en raccourcissant les

banque les créances de loyers futurs d’un bail, avec la possibi-

échéances. « Le papier commercial permet également de suivre les

lité de céder des loyaux nominaux ou indexés. Bien entendu,

besoins de la société. Néanmoins, il nécessite une ligne de back-up car

cette opération s’accompagne de conditions. Le bail doit être

le renouvellement de la formule n’est pas toujours assuré. »

envisagé à long terme, avec un locataire de premier plan (le

Enfin, parmi les multiples sources de financement envisagées par

pouvoir public ou un Corporate à très bon rating) et Befimmo

Befimmo, on note l’US-Private Placement, un financement direct

doit s’engager à maintenir l’immeuble en excellent état et à

auprès d’investisseurs institutionnels (compagnies d’assurance,

assurer l’immeuble contre les dégâts.

etc.). La Sicafi a récemment exploré cette piste mais n’a pu la me-

Au rayon des avantages, la cession de loyers futurs propose

ner à terme suite au début de la crise financière. « Nous avions

une marge de financement attractive car le risque du ban-

rencontré des investisseurs américains qui marquaient un profond

quier est basé sur la qualité du locataire. Par contre, au niveau

intérêt pour une société comme Befimmo et son profil de risque.

des inconvénients, on soulignera la complexité de l’affaire en

Une solution à reconsidérer dans un futur proche, sans aucun dou-

cas de cession de l’actif. Il faudra, dans ce cas, envisager un

te. » Car les avantages de l’US-Private Placement ne sont en effet

remboursement ou un transfert vers l’acquéreur moyennant

pas négligeables: il s’étend sur une longue durée (7, 10 ou 15 ans,

accord. C’est pourquoi la cession de loyers futurs est limitée

parfois jusque 20 ans), bénéficie d’un processus structuré, avec

à des immeubles stratégiques détenus pour le long terme.

des contrats standardisés, et favorise la multiplication des expé-

Autre source de financement, pour une société: la vente de

riences entre acteurs qui ont appris à se connaître et à se faire

l’indexation future de ses revenus. Cette formule intéressera

confiance mutuellement. Parmi les désavantages, on retiendra

tout particulièrement des investisseurs comme les fonds de

surtout le risque de change et le cadre légal américain, très diffé-

pension, désireux de se prémunir contre l’inflation. « Néan-

rent de celui que nous connaissons sur le vieux continent… avec ce

moins, Befimmo vend des loyers non indexés car nous voulons

que ça peut impliquer en cas de litige. FINANCE MANAGEMENT - CFO MAGAZINE - N°22 - NOVEMBRE 2008

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FISCALITÉ DOSSIER : FINANCEMENT TEXTE : LAURENT CORTVRINDT

PME et financement: un chemin parsemé d’embuches 12

Vouloir commercialiser une idée géniale ou exploiter un filon prometteur n’ouvre pas automatiquement les portes de l’entrepreneuriat. Encore faut-il accéder au Graal: le saint financement. Une problématique particulièrement handicapante pour les PME en début d’activité. Quels besoins en financement rencontrent-elles? Quelles solutions pour y répondre? Quelles leçons tirer? Belle et Bien, Eurogentec et Apitope témoignent.

C

réée en novembre 2006, Belle et Bien se spécialise dans la vente de textiles destinés à des personnes qui, pour des raisons de mobilité réduite ou de santé, sont à la recherche d’éléments ves-

timentaires adaptés à leur situation. En investissant continuellement dans la recherche et le développement de nouveaux produits, cette société améliore la qualité de vie des patients en leur permettant d’éviter tout isolement social par la conservation d’une totale confiance en soi. Avec la Maison de l’entreprise d’Enghien, Carla Christiaens, sa fondatrice, a introduit une demande pour une bourse de

« Il m’a été demandé de me porter garante pour les emprunts. En tant qu’entrepreneurs, nous apportons déjà le capital, il y a certaines limites! »

préactivité, essentiellement destinée à réaliser plusieurs analyses de marché. Celles-ci permettent en effet de sonder l’intérêt du monde professionnel pour son idée innovante, Ca-

La gestion du – bon – approvisionnement des commandes

meleone, des textiles d’hygiène et de protection pour mettre

incombe au fournisseur. »

au dessus des plâtres et autres immobilisations. « Je me suis rendue dans différents pays, afin de rencontrer des praticiens

STOCK ET PAIEMENTS

spécialisés, raconte-t-elle. Je leur ai soumis mon projet et j’ai

Avec 21 modèles et tailles ainsi qu’une dizaine de couleurs,

recueilli des impressions positives et enthousiastes. »

la collection Cameleone présente une gamme d’environ 300

Forte de ce soutien, Carla Christiaens lance son activité. Ra-

produits, afin que chaque patient puisse trouver un couvre

pidement, elle se voit bien entendu confrontée aux besoins

plâtre adapté. « En ne possédant qu’un exemplaire de chaque

de financement. Pas pour acheter de l’outillage ou construire

produit, on se retrouve immédiatement hors stock. Ce qui est

des bâtiments mais bien pour se doter d’un stock important.

commercialement impensable. Nous devons donc nous doter

« Dans le monde pharmaceutique, il faut savoir que les stocks

d’un lieu de stockage important, pour pouvoir fournir une taille

n’existent presque pas. Un client commande son produit en

ou une couleur, en permanence et dans les meilleurs délais. »

pharmacie et vient le chercher l’après-midi ou le lendemain.

Belle et Bien a donc levé € 612.500 grâce au Fonds de parti-

FINANCE MANAGEMENT - CFO MAGAZINE - N°22 - NOVEMBRE 2008


cipation et à la banque Dexia, principalement pour se constituer un stock mais aussi pour absorber les délais de paiement. « De par leur spécificité, mes produits nécessitent deux mois de fabrication. Et, comme mon entreprise se trouve en début d’activité, mes fournisseurs ne m’accordent pas de longs délais de paiement. Or, les distributeurs, eux, s’acquittent de leur facture à raison de 60 à 120 jours fin de mois. La levée de fonds m’a aussi servi à pouvoir absorber ce fossé entre paiements et rentrées… » Mais pourquoi privilégier le Fonds de participation et la banque Dexia? Avant de se décider, Carla Christiaens a approché plusieurs banques. « Je trouve que le côté relationnel joue un rôle très important. Dexia a marqué un grand intérêt pour le produit. C’est ce qui m’a décidée. » Quant à l’appel à plusieurs acteurs pour obtenir un financement, s’il complexifie les aspects administratifs, il permet avant tout de lever des capitaux plus importants. En obtenant € 125.000 de business angels, Carla Christiaens se voyait « plafonnée » à la même somme du côté BA+ du Fonds de participation. « Ce qui ne me suffisait pas. Nous avons donc cherché une autre source auprès du Fonds de participation, le produit Startéo, auquel nous avions également droit. Et ce n’est qu’en cumulant les apports d’une banque, des business angels et des deux produits

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du Fonds que j’ai pu boucler mon budget. »

PERTE DE TEMPS Lors de cette recherche de financement, Carla Christiaens a également récolté les précieux conseils de ces spécialistes. Les business angels lui ont, par exemple, recommandé d’immédiatement rechercher les fonds pour assurer trois années d’activité. Une période suffisamment longue pour ensuite pouvoir procéder à une évaluation raisonnable des activités. « De cette aventure, je retiens également que la recherche de financement se révèle particulièrement délicate. L’indépendant

Carla Christiaens: « On doit ‘dépenser’ trop de temps et d’énergie à la recherche d’argent. Il faut sans cesse présenter et représenter ses dossiers, négocier… Même si ces phases sont justifiées, les procédures sont trop longues et énergivores pour une petite structure. »

doit ‘dépenser’ trop de temps et d’énergie à la recherche d’argent. Il faut sans cesse présenter et représenter ses dossiers,

faux. Je regrette de n’avoir pas trouvé immédiatement la bonne

négocier un contrat de partenariat… Même si ces phases sont

information et les bons interlocuteurs. Enfin, ma société était,

justifiées, les procédures sont beaucoup trop longues et se révè-

en premier lieu, une sprl. Elle fonctionne à présent en tant que

lent bien trop énergivores pour une petite structure. »

SA. Mais s’il faut se porter personnellement garant pour les em-

La patronne de Belle et Bien plaide donc pour l’assouplisse-

prunts, que veut encore dire ‘société à responsabilités limités’?

ment de certaines règles qui régissent l’investissement des

La notion de responsabilité limitée au capital est inexistante

PME. « Il m’a été demandé de me porter garante pour les em-

pour tous ceux qui doivent se porter garant personnellement

prunts. C’est tout à fait illogique. En tant qu’entrepreneurs,

lors de la signature des emprunts! »

nous apportons déjà le capital, il y a certaines limites! Je salue donc l’initiative du ministre de l’économie de la Région wallon-

FINANCER LE DÉVELOPPEMENT

ne, Jean-Claude Marcourt, qui va en ce sens. Il ne faut pas tuer

Société créée il y a un peu plus de vingt ans, Eurogentec est,

l’esprit d’entreprise en l’étouffant sous trop de contraintes. »

à la base, une spin-off de l’université de Liège. Aujourd’hui

Belle et Bien a également souffert d’un autre problème. Au

active sur les marchés de la biotechnologie, elle possède des

cours de ces entretiens avec les banques, Carla Christiaens

clients en majorité issus du milieu académique (centres de

a constaté une relative ignorance du Fonds de participation,

recherches, universités, laboratoires…) mais aussi du privé

voire une réticence à faire appel à cette source de finance-

(milieu pharmaceutique, biotechnologie…). Ses secteurs

ment. « J’ai perdu beaucoup de temps car, en premier lieu, on

d’activité sont multiples. Il y a, d’une part, la sous-traitance

m’avait dit que mon activité ne rentrait pas dans les conditions

dans le développement et la mise au point de médicaments

du produit Startéo. Ce qui s’est par la suite révélé complètement

et de vaccins de clients et, d’autre part, l’étude de l’ADN et


FISCALITÉ DOSSIER : FINANCEMENT

Eurogentec a donc connu plusieurs augmentations de capital jusqu’en 1997. Une période économiquement délicate pour l’entreprise qui se voit obligée d’abandonner ses projets dans la santé animale. Eurogentec développe alors une activité qui, jusque-là, était considérée comme un appoint: l’étude de l’ADN et des protéines. « Nous modifions également notre stratégie financière en visant désormais le chiffre d’affaires immédiat. Il n’était en effet plus question de solliciter encore les investisseurs en si peu de temps. Nous devions chercher de l’argent à plus court terme, par rapport aux moyens existants et aux opportunités du marché. » Le cash-flow allait permettre de poursuivre le développement de la société dans son ensemble et quelques nouveaux clients ont permis de redémarrer les activités d’Eurogentec qui franchissait de la sorte un premier cap de son histoire.

2 X 5 = 10 Fin des années ‘90, les résultats sont tangibles et des perspectives de développement vers d’autres marchés géographiques commencent à apparaître. Eurogentec retrouve une seconde santé et, en 1999, lève l’équivalent de cinq millions d’euros. Principaux investisseurs visés: des institutionnels, des ventures capitalists et des sociétés d’investissements ou

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business angels. Deux ans plus tard, l’entreprise remet le couvert. Mais pourquoi lever deux fois cinq millions d’euros, en 1999 et en 2001, plutôt que la somme totale dès le premier appel? Les raisons sont multiples. Tout d’abord, les projets qu’Eurogentec avait en point de mire en 1999 s’élevaient environ à cinq millions d’euros, et non dix. « Ensuite, l’entreprise réfléchissait à une introduction en Bourse pour l’année 2000, voire 2001. Et la méthode de financement, placement privé ou IPO, n’était pas décidée en 1999. Enfin, lors d’une augmentation de capital, on observe toujours quelques réticences de la

Véronique Distexhe: « Nous nous sommes affranchis de nos fournisseurs externes de financement. Car, quand les temps sont durs, il est difficile de dégager des fonds. La force d’Eurogentec a été de ne pas avoir placé ses œufs dans le même panier. »

part des actionnaires existants de peur de la dilution. » Lever cinq millions d’euros semblait dès lors plus « raisonnable ». Cette augmentation de capital a permis à Eurogentec de poursuivre son développement. En rachetant une société en Angleterre en 1999, elle a pu bénéficier d’un nouveau site de production. En continuant à développer des marchés sur la

des protéines (la génomique et la protéomique). Eurogentec

France, l’Allemagne, les Pays-Bas, elle a augmenté son chif-

regroupe la plus grande partie de ses activités en Belgique

fre d’affaires. « Nous avons également créé des joint ventures

mais l’entreprise possède des filiales partout dans le monde,

en Asie et à Singapour, avant de nous lancer sur le marché

des États-Unis à l’Asie. La société exporte d’ailleurs plus de

américain avec, dans un premier temps, une présence en tant

90% de ses produits et services.

que distributeur pour ensuite racheter un site de production

Naturellement, l’activité d’Eurogentec a évolué au fil des an-

d’oligonucléotides à San Diego. Ces millions d’euros ont exercé

nées. Et elle s’est aussi relativement éloignée de l’exercice de

un effet de levier en stimulant la croissance, en permettant

départ, à savoir la mise au point de vaccins pour les poissons.

d’engager les ressources nécessaires et en rendant possibles les

« Et le développement de ces nouvelles activités ne va pas sans

achats nécessaires au développement d’Eurogentec. »

financement, explique Véronique Distexhe, CFO. L’apport finan-

Comme toutes les sociétés, Eurogentec a vécu des hauts mais

cier était, dans un premier temps, venu des fondateurs de la so-

aussi des bas. Notamment suite à l’arrêt des activités d’un

ciété, à côté de fonds privés et puis de fonds publics. A cette épo-

client important, qui se trouvait en difficulté de financement

que, les processus de développement des produits d’Eurogentec

sur le marché des capitaux en 2004. « Du jour au lendemain,

étaient relativement longs. Le besoin en financement se faisait

nous avons dû restructurer une business unit qui venait de se

donc fortement ressentir, surtout au démarrage des activités. »

voir amputée de 40% de son chiffre d’affaires, commente Vé-

FINANCE MANAGEMENT - CFO MAGAZINE - N°22 - NOVEMBRE 2008


ronique Distexhe. Heureusement, nous avions pu accumuler quelques réserves pendant les périodes plus prospères. Nos lignes de crédits se révélaient suffisantes et nous avons pu faire le gros dos pendant un certain temps. » Aujourd’hui, la situation d’Eurogentec est à nouveau florissante et l’entreprise prospère grâce au cash-flow dégagé. Quelque part, les deux mésaventures vécues par Eurogentec au cours de son histoire lui ont permis de rebondir grâce à ses moyens internes et à une restructuration adaptée aux nouveaux chiffres générés. « Il nous a fallu repartir à la conquête

« Lors d’une augmentation de capital, on observe toujours quelques réticences de la part des actionnaires existants de peur de la dilution. »

des marchés et relancer les business units. Mais, en réalité, nous nous sommes surtout affranchis de nos fournisseurs externes

de rebondir, fut de ne pas avoir placé ses œufs dans le même

de financement. Car, quand les temps sont durs, il est difficile

panier. Et lorsqu’une activité a été mise à mal, une autre, en

de dégager des fonds. » La force d’Eurogentec, qui lui a permis

plein développement, a pris le relais.

FINANCEMENT ET EXPERTISE Apitope International, développeur de thérapies de la nouvelle génération à base de peptides pour les maladies autoimmunes et les allergies, vient d’annoncer la conclusion d’un premier tour de table de financement à hauteur de € 10 millions. Il va permettre à l’entreprise de poursuivre ses programmes de recherches actuels et de commencer prochainement des tests cliniques. Cette levée de capitaux a été codirigée par la Société d’investissement limbourgeoise (LRM) et Vesalius Biocapital. Les autres investisseurs associés à de ce tour de table sont le VINNOF et l’Université de Hasselt (UHasselt). Enfin, Innovator Capital, une banque d’investissement basée à Londres, est intervenue en l’occurrence à titre de co-chef de file et de conseiller d’Apitope. Pour Keith Martin, CEO d’Apitope, ces nouveaux moyens de financement prolongent les résultats des premiers tests cliniques, jadis financés par The Wellcome Trust avec le soutien de l’Université de Bristol. « Nous allons à présent poursuivre nos travaux en tirant parti des solides synergies créées entre les équipes de Bristol et d’Hasselt afin d’assurer notre position de leader dans le domaine de l’auto-immunité. » Outre ce financement, Apitope a signé un accord de collaboration stratégique avec UHasselt et acquis les droits de propriété intellectuelle de diagnostics originaux pour la détection précoce des maladies immunitaires. Dans le cadre de ce tour de table, Apitope a également créé un nouveau holding, Apitope International, dont le quartier général est établi à Diepenbeek, en Belgique. Tous les programmes thérapeutiques continueront à être mis en œuvre dans la filiale de Bristol, tandis que le développement des nouveaux produits de diagnostic de maladies auto-immunes se fera essentiellement à Diepenbeek. Au sein de l’entreprise, on se dit particulièrement enthousiastes à l’idée de travailler avec de nouveaux investisseurs. « Ceux-ci vont nous appor-

Keith Martin: « Travailler avec de nouveaux investisseurs va nous apporter une expertise significative et nous procurer une base solide pour consolider les succès déjà engrangés par Apitope dans le passé. »

ter une expertise significative. Nos relations stratégiques avec l’Université d’Hasselt nous permettent d’élargir considérablement notre offre de produits et ces relations financières et stratégiques nous procurent une base solide pour consolider les succès déjà engrangés par Apitope dans le passé. » FINANCE MANAGEMENT - CFO MAGAZINE - N°22 - NOVEMBRE 2008

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Financer la croissance

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