Page 1

MOW MAGAZINE SOCIÉTÉ CULTURE MODE LIFESTYLE

NUMÉRO 3


JUNGLE


ÉDITO Prendre le temps Il suffit de regarder autour de nous pour s’en apercevoir. Si le monde tourne aussi vite, c’est parce que nombre d’entre nous sont soumis à une information de plus en plus importante. Parler d’infobésité n’est pas en faire trop : à la télé, sur internet, à la radio, nous sommes constamment obligés d’être informés. Mais, en réalité, pour comprendre ce qui nous entoure, il faut prendre du recul. Prendre le temps de comprendre, d’analyser, de décortiquer. C’est la raison pour laquelle Mow Magazine prend le temps. À la différence de notre site, axé sur l’actualité lyonnaise et nationale, ce webzine prend son temps. Toujours en lien avec ce qui se passe autour de nous, ce webzine aborde des thèmes variés, qui nous parlent et qui vous parlent. La fin du culte des influenceurs, la protection de nos données sur internet, les jeux vidéos et le cinéma : des sujets dans l’ère du temps. Rassurez-vous, vous ne serez pas perdus. Ces sujets, dont on ne parle pas constamment, vous y êtes au contact tous les jours. Promis. L’ÉQUIPE MOW MAGAZINE


OURS DIRECTRICE DE PUBLICATION ET DESIGN GRAPHIQUE Morgane Ramel

DIRECTEUR DE LA CRÉATION Alessandro Di Giovanni

CHRONIQUEURS Thomas Eydoux Audrey Bourguignon Anaïs Hillion Ingrid Bernez-Hoffmann Maxime Brun Flavien Buttigieg Marie Savoret Alix Frossard Amélie Brizio

PHOTOGRAPHE Antoine Bourgeois Mohéli Taylor

COMMUNICATION Lisa Nguyen

MOW MAGAZINE Édition de revues Association loi 1901 déclarée 94 Rue Mercière 69002 Lyon

www.mowmagazine.fr contact@mowmagazine.fr Siret 822 381 356 00010

Tous droits de reproduction reservés. Mow Magazine n’est pas responsable des textes, photos et illustrations publiés, qui engagent la seule responsabilité de leurs auteurs.


SOMMAIRE Vers la fin des influenceurs ? Lifestyle p.06

Sur les traces de la nouvelle Orléans Culture p.08

Sommes-nous condamnés à dire au revoir à notre vie privée ? Société p.12

L’appropriation culturelle dans la mode Mode p.14

La grossophobie Société p.18

La plage - gwin zegal Photographie p.20

Le mythe de la non sélection à l’université Société p.28

Too Good To Go vous propose d’acheter les restes des restaurants Lifestyle p.32

Le jeu vidéo est-il soluble dans le cinéma ? Culture p.36

Instagram est-il responsable de la perte de confiance en soi ? Lifestyle p.38


06

VERS LA FIN DES INFLUENCEURS ? PAR MARIE SAVORET


07

Suivis par des milliers de followers, prisés par les marques, les influenceurs sévissent et s’érigent sur le net et les réseaux sociaux. Ils ont en moyenne entre 19 et 30 ans, utilisent Instagram et YouTube comme porte-voix et provoquent des réactions à la chaîne. Véritables sources d’inspiration pour les uns, machines à buzz pour les autres, on se les arrache, on les copie, on essaye de leur ressembler, on les critique… Jusqu’où ira la frénésie qui les entoure ? Plusieurs semaines après le « bloggergate » initié par le Charleville Lodge Hotel de Dublin, les influenceurs seraient-ils amenés à descendre de leur piédestal ? L’affaire a défrayé la toile il y a quelques semaines. Elle Darby, blogueuse britannique de 22 ans et qui compte 87 000 abonnés sur YouTube, s’est attirée les foudres de Paul Stenson, responsable du Charleville Lodge Hotel de Dublin. Comment ? En proposant une collaboration : un hébergement gratuit contre de la visibilité sur les pages de la blogueuse. Une requête banale pour la jeune fille mais qui a été très mal prise par le gérant de l’hôtel de luxe, qui n’a pas manqué de réagir directement sur les réseaux sociaux. Un post argumenté qui explique pourquoi il ne peut accéder à sa requête (qui paierait le personnel, les charges, les services si ce n’est elle ?) et en quelques heures les internautes se déchaînent, le buzz prend une ampleur (in)attendue. Une traînée de poudre, des réactions virulentes, violentes, team Paul vs team Elle, l’affaire prend des tournures de blogueurgate. Paul Stenson ira même jusqu’à bannir de son hôtel tout influenceur qui jouera de son statut. Serait-ce la fin de la toute puissance des divas du net ?

La fabrique à influenceurs Plus de 100 articles de presse publiés dans plus de 20 pays, un déferlement sur la toile... Bilan ? 450 millions de personnes potentiellement

touchées. Un bad buzz sur fond de scandale qui sonne davantage comme un beau coup marketing. Alors finalement, qui profite de qui ? Contre toute attente, ils ne sont qu’une poignée de Youtubeurs et Instagrameurs à tirer leur épingle du jeu, 87 % des influenceurs et micro-influenceurs ne vivant pas de leurs statuts. Les marques elles, s’en frottent les mains. Une audience conséquente, active, fidèle, achetée à coup de produits offerts et de cachets moins élevés que l’achat d’espace dans la presse écrite… En effet, selon l’étude Reech 2017, 95 % des rémunérations proposées aux blogueurs, sont inférieurs à 500 €. Un prix dérisoire, non adapté, quand on sait qu’un encart média se facture plusieurs milliers d’euros pour des audiences souvent moins qualifiées… Alors oui les influenceurs ont souvent une image d’enfants pourris gâtés, mais la réalité est souvent tout autre. Ils ne sont qu’une réponse à nos besoins d’internautes en mal de prescripteurs dans un monde où les médias traditionnels et leurs experts n’ont plus voix aux chapitres ; des outils efficaces et bon marché pour des marques qui veulent conquérir une audience toujours plus précise à moindre coût.

Demain, tous influenceurs ? Les influenceurs ont donc encore, semblet-il, de beaux jours devant eux. Seul nuage à l’horizon ? Les algorithmes capricieux des tout-puissants Facebook, Instagram, YouTube et consorts évidemment, mais aussi et surtout le besoin d’authenticité des internautes (et donc des marques). On perçoit aujourd’hui une méfiance vis-à-vis de la sainte parole des plus gros influenceurs de la sphère du net, qui vivent la même crise existentielle que les experts médias il y a quelques années. Grâce aux réseaux sociaux, nous sommes tous devenus des producteurs d’informations et de contenus, nous sommes tous de potentiels microinfluenceurs, souvent plus légitimes que les stars du domaine. Quête d’authenticité, quête d’expérience et de sens, les marques ne cherchent plus LA star, mais la personne dont l’univers corroborera parfaitement avec le sien. Bienvenue dans l’ère des micro-influenceurs !


09

SUR LES TRACES DE LA NOUVELLEORLÉANS À LYON PAR INGRID BERNEZ-HOFFMANN

La Nouvelle-Orléans c’est le sud moite américain avec un taux d’humidité à 83%. « New Orleans » comme disent les gens d’Amérique, c’est la plus grande ville de l’État de Louisiane, réputé pour ses marécages. Un décor glauque idéal pour True Detective ou Bernard & Bianca. Car oui c’est bien avec Bernard & Bianca que tout a commencé. Il y a fort longtemps. Dans un temps où l’on payait en franc et l’on pensait que le passage à l’an 2000 allait entraîner le Big Bang, je regardais mes K7 vidéos Disney tranquille. Parmi elles, la terrible histoire de Penny dans Bernard & Bianca. En effet, la pauvre Penny, orpheline, se retrouve kidnappée par la très cheap Médusa. Pourquoi ? La petite Penny a la taille idéale pour aller chercher un énorme diamant dans une grotte située…dans un bayou nommé « Bayou du Diable ». Le bayou, c’est cet arbre que l’on trouve dans les marécages. Grand et angoissant, ce végétal représente à lui seul l’ambiance du sud des États-Unis. Mon incursion dans cet environnement américain s’est faite ainsi. J’ai eu besoin de quelques années pour surmonter l’histoire de la petite Penny et je n’ai pas oublié le « Bayou du Diable ». J’ai alors commencé à m’intéresser à ces régions du sud des États-Unis et j’y ai découvert La Nouvelle-Orléans.


10

La ville est un croisement de cultures, de saveurs et de sons dû à une histoire riche. Elle est fondée en 1718 par deux colons français qui la nomment en l’honneur du Régent Philippe, Duc d’Orléans, neveu de Louis XIV. Suite à cela, elle sera cédée aux Espagnols, puis reprise par les Français pour être finalement vendue aux États-Unis en même temps que la Louisiane. Par la suite, elle devint une ville habitée en majorité par les Afro-Américains. Ainsi cohabitent les restes du passé français colonial et les richesses des populations immigrées. On y célèbre donc le Mardi Gras chaque année et on retrouve le jazz et la cuisine « cajun », un carrefour des origines espagnoles, allemandes, anglo-américaines, afro-caribéennes et amérindiennes. C’est cette passion pour les sons et les saveurs (le poulet frit en particulier) de cette ville qui m’a poussée à les retrouver à Lyon et m’a conduit dans deux endroits que vous devez découvrir à votre tour.

On se nourrit chez Mike et on se détend chez Gérard Nous débutons notre tour en faisant une halte dans le temple du poulet frit : Mike Restaurant dans le 2ème arrondissement. Ouvert avant l’été 2017, Mike Restaurant vous accueille dans un lieu où la star, c’est le poulet : Drumsticks (pilons de poulet) au riz soufflé, nuggets, Tenders (hauts de cuisse) au beurre de cacahuète et burger bien sûr. Le tout accompagné de Mac&Cheese balls, frites et piments. Des sauces maisons viendront souligner ces mets délicieux. Pour une somme très raisonnable

(18€ pour 2 personnes), vous pourrez déguster un assortiment des produits à la carte. N’oubliez pas la boisson ! Je vous conseille la limonade, bien citronnée et très rafraichissante (et aussi très américaine). Maintenant direction le 1er arrondissement, au cœur de la Presqu’Ile, le long d’un parcours surprenant, vous êtes conviés au Hot Club de Lyon. Vous entrez par une porte, pignon sur rue, vous longez un long couloir qui vous amène dans une cour intérieure où le fléchage maison vous invite à descendre des escaliers polis par le temps. C’est seulement à cet instant que vous entendrez les premiers sons du Hot Club. Niché dans un cave, le Hot Club de Lyon est le plus vieux club de jazz d’Europe. Un morceau d’histoire sur lequel veille son président depuis 30 ans, Gérard Vidon. Vous n’oublierez pas son nom après l’entracte, je peux vous l’assurer. Du jeudi au dimanche, de septembre à juin (là aussi, vous comprendrez pourquoi quand vous y serez), le Hot Club accueille depuis 1948 les plus grandes pointures du jazz devant un public de mélomanes, mais de novices également. Une musique qui réunit tous les âges et que l’on vient écouter seul, entre amis, en famille ou avec son date…La petite buvette à l’entrée s’occupera de vous désaltérer à un prix correct (5.50€ la pinte) auquel il faudra ajouter les 11€ d’entrée (ou 8€ sur présentation de la carte étudiante). Les concerts débutent à 21h, l’ambiance est détendue, on s’y plait, on a envie d’y revenir. Mais il faut se dépêcher, juin arrive à grands pas.


Photo par Antoine Bourgeois


12

SOMMES-NOUS CONDAMNÉS À DIRE AU REVOIR À NOTRE VIE PRIVÉE ?


13

Plus le temps passe, et plus les scandales s’accumulent. Nos données personnelles sont devenues une monnaie lucrative pour les grandes entreprises mondiales. Mais tout cela est-il vraiment irréversible ? Dans une tribune datant du 5 février 2018 (Nos « données personnelles » nous appartiennent : monétisons-les !, Le Monde), plusieurs dirigeants d’entreprise, chercheurs et écrivains affirmaient vouloir instaurer une « patrimonialité » de nos données sur internet. Ici, le but est simple : faire comprendre aux lecteurs l’enjeu de l’appropriation des fameuses data (données, en français). Ces milliards de gigaoctets stockés dans les coffres-forts de Facebook ou Google représentent une grande partie de la vie privée des internautes mondiaux. Quand on s’inscrit sur Youtube, Facebook ou Google, nous rentrons, consciemment ou non, des informations nous concernant. Lieu et date de naissance, âge, préférences, sexualité, situation familiale : toutes ces données sont recueillies par le site en question. Dès lors, sauf action de notre part, ces datas ne nous appartiennent plus. En acceptant sans lire les conditions générales, ces informations sont sous contrôle d’une grande multinationale. Comme toute entreprise, un géant du web cherche à faire de l’argent. Sur internet, il est évident que la publicité est une source de revenus prospère et inépuisable. Mais, avec l’avènement des collectes de données généralisées, il est désormais possible pour les annonceurs de cibler précisément leur public grâce à un joli tour de passe-passe. Nos informations que retient Facebook, par exemple, sont mises à la disposition des publicitaires contre de l’argent. Ces derniers peuvent alors piocher librement dans cette mine d’or, de manière à

Photo par Antoine Bourgeois

trouver au mieux un potentiel client en fonction de ce qu’ils vendent. Tout cela est tout à fait légal, mais les dérives qu’il en advient, elles, le sont moins. Dès 2013, Edward Snowden dévoilait des documents édifiants. Le lanceur d’alerte montrait au monde comment les services de renseignements américains de la NSA profitaient des structures publicitaires du net pour collecter massivement les données personnelles de millions d’utilisateurs. C’était le programme XKEYSCORE. De la simple débrouille en informatique Depuis, des chercheurs de l’Université de Washington ont publié une étude dérangeante dans le très sérieux magazine IEEE Security & Privacy. D’après eux, quatre ans après le scandale de la NSA, il est encore plus facile d’espionner sur le web. Grâce à un dispositif (relativement) simple, les chercheurs ont montré comment suivre le parcours en temps réel d’une « cible », en passant par un « DSP » (Demand Side Plateform). Cet intermédiaire fait le lien entre un annonceur et des applications qui recueillent des informations d’utilisateurs. Une fois le lien effectué, la structure malintentionnée peut avoir accès à des données infinies pour des utilisateurs infinis. Pour mettre en place le procédé, pas besoin de plus qu’un peu de débrouille en informatique. Déroutant. Une entreprise mal attentionnée peut facilement détourner des données utilisées pour la publicité. L’affaire de Cambridge Analytica et Facebook en est la preuve cinglante. L’entreprise a été engagée par l’équipe de campagne de Donald Trump pour les élections présidentielles de 2016. Pour cibler efficacement les potentiels électeurs, la société spécialisée dans le traitement de données a fait passer un questionnaire en ligne, auquel les internautes pouvaient répondre. Or, pour participer

au jeu, l’entreprise demandait aux utilisateurs d’accepter que l’entreprise ait accès aux données présentes sur Facebook, en lien avec les internautes. Problèmes : les millions de données récoltées ont été transférées à l’équipe de campagne de Trump. Dès lors, le camp républicain a pu mettre le paquet sur telle ou telle partie des électeurs. Des défenses existent Mais gare à la mégarde. Il ne faut pas confondre hacking et détournements de données personnelles même si, parfois, les deux sont étroitement liés. Pour le premier, les systèmes de défenses sont totalement différents de ceux du second. Pour contrer des hackeurs, les mots de passes compliqués et les mises à jour de logiciels sont la clé du succès. Pour protéger ses données sur internet, il faut avant tout être prudent. Arrêter de s’épancher éperdument sur le net en remplissant tous les critères que « requiert » Facebook ou Twitter pour compléter votre compte à 100%. Aussi, pour protéger un minimum ses données, il est conseillé de télécharger le moins possible d’applications vous demandant d’accéder à votre profil Facebook, par exemple. Mais, sur le net aussi, une solide invisibilité existe et est possible. Tout d’abord, débarrassons-nous de notre vieil ami Google. Adieu itinéraires, mots de passe, sites web, historique mémorisés. Place à Thor, moteur de recherche qui permet de naviguer sur une toile plus grande, et en toute tranquillité. L’adresse IP de notre ordinateur, véritable carte d’identité, change alors à chaque connexion. Il est impossible pour les publicitaires de nous cibler, car l’identité de notre appareil change à chaque fois. Pour compléter la panoplie de Mr Robot, il est préférable d’acheter un VPN (Virtual Private Network), qui permet d’effacer toute traçabilité restante. On en trouve pour une dizaine d’euros par mois. Alors, prêts à passer le cap ? PAR THOMAS EYDOUX


15

L’APPROPRIATION CULTURELLE DANS LA MODE : RENDRE HOMMAGE OU VÉRITABLE PILLAGE ?

Devenu l’un des sujets les plus sensibles ces dernières années, la question de l’appropriation culturelle dans les domaines artistiques déchaine les passions sur les réseaux sociaux. Les internautes n’hésitent plus à critiquer une création largement inspirée d’un design traditionnel. Où s’arrête l’appréciation et où commence l’appropriation ? Exercice de haute voltige sur terrain glissant. La mode est un « buvoir » : la télévision, la musique, le cinéma et bien d’autres prismes sont son opium créatif. Elle s’inspire de ce qui l’entoure. Des contrées lointaines également. Une inspiration qui est largement pointée du doigt aujourd’hui par les internautes, à l’affût du moindre faux pas et se font juges, rendant les grandes maisons de luxe coupables d’appropriation culturelle, le nouveau mal des temps modernes. Dernier délit en date ? Stella McCartney et ses tenues wax. Dans le massmarket (marché de masse, ndlr), Zara a mis en vente une jupe fluide qui n’est pas sans rappeler le longhi, un vêtement traditionnel porté en Asie du Sud. Ces dernières années, la liste des marques à avoir pioché dans d’autres communautés est longue : en septembre 2016, Marc Jacobs avait fait défiler des mannequins blanches coiffées avec de fausses dreadlocks. En 2013, Chanel était également dans la tourmente après avoir fait défiler des mannequins dotés de coiffes de chefs indiens. Inspiration, hommage ou esthétique pour les uns, il s’agit de pillage, racisme, suprématie occidentale voire néocolonialisme pour les autres. L’appropriation

culturelle, qu’est-ce que c’est ? Fourre-tout idéologique dont les frontières et les limites sont encore assez floues et variantes d’un individu à un autre, on peut résumer l’appropriation culturelle à l’adoption de rites, codes et traditions d’un groupe dominé par un groupe dominant, et ce, librement et sans contrepartie. Alors est-ce faire honneur ou saccager une culture ?

Culture mais pas couture Si jadis les minorités daignaient rétorquer et critiquer l’emprunt jugé abusif, les voix s’élèvent aujourd’hui grâce aux réseaux sociaux servant de caisse de résonance. C’est notamment le cas du hashtag #mycultureisnotcouture sur Twitter, utilisé pour souligner les abus des designers, et soutenus par des artistes comme Amandla Stenberg, n’hésitant pas à interpeller directement Kylie Jenner et ses boxer braids. Le reproche adressé aux grandes marques n’est pas l’inspiration en elle-même, car cela est flatteur. C’est plutôt le fait de s’inspirer d’un objet ou symbole, le dénaturer de ses origines sans comprendre sa signification, le déraciner de sa symbolique et de son histoire afin de le rendre tendance, car estimé « à la mode » et de facto adopté par la culture dominante quand ce même symbole est dénigré lorsque revendiqué par le groupe dominé. Prenons l’exemple de la collection printemps-été 2016 de Valentino qui l’illustre parfaitement. Cette collection avait provoqué une vague d’indignation : pensée sur le thème africain, la campagne publicitaire mettait en scène des mannequins en majorité blanche dans une posture hautaine, les personnes de couleur noire étant reléguées au second rang. Même chose sur le défilé, où la présence de mannequins de couleur était quasi


16

inexistante. Que les personnes qui portent originellement ces tenues ne soient pas reconnues et créditées est ce qui dérange. Tout est dépouillé de son contexte pour uniquement en garder le folklore, et réduire une culture à un bout de tissu. Certains jugeant cela comme une oppression, l’appropriation culturelle fait ressurgir les vieux démons du colonialisme. Alors, la question se pose : sembleraitil possible de pouvoir emprunter, sans offusquer ? Oui, comme à l’instar de Jean Paul Gaultier, dont les collections font honneur aux esthétiques africaines, asiatiques et autres. Hommage rendu en faisant défiler des femmes de couleurs, aux côtés de beautés blanches. Notons une prise de conscience des institutions autour de cette question épineuse : il a été officiellement demandé aux Nations Unies d’interdire l’appropriation culturelle. Si parvenir à réellement définir les frontières et limites de cette notion risque de prendre du temps, on peut toutefois se féliciter d’une avancée dans ce débat relativement houleux. Apprécier une culture, c’est s’intéresser à ses us et coutumes, la regarder et chercher à la comprendre. S’approprier une culture, c’est lui tourner le dos. PAR FLAVIEN BUTTIGIEG


17


LA GROSSOPHOBIE : LA GRANDE OUBLIÉE DES DISCRIMINATIONS


19

Alors qu’il était quasiment inconnu il y a encore quelques années, le terme grossophobie revient de plus en plus dans notre quotidien. Derrière cette appellation, on retrouve une discrimination bel et bien ancrée dans notre société et qui, malheureusement, fait beaucoup plus de mal que certains voudraient bien le croire. Comme son nom tend à l’indiquer, la grossophobie est une appellation qui viendra désigner l’ensemble des comportements hostiles qui ont une visée stigmatisante et discriminante envers les personnes qualifiées de « grosses », qu’elles soient en surpoids ou bien obèses. Dans notre quotidien, la grossophobie se traduit par des préjugés, des réflexions ou même des comportements, qui ont pour but de désigner les personnes grosses comme étant responsables de leur état. Contrairement à ce que l’on pourrait penser, la grossophobie est présente dans différents aspects de notre quotidien. Par exemple, on retrouve ce genre de discrimination dans l’éducation, dans les soins médicaux ou bien encore dans l’accès à l’emploi. Dans son livre On ne naît pas grosse, Gabrielle Deydier confie que, lors d’un entretien d’embauche, l’un des responsables de l’entreprise lui a demandé si le QI était inversement proportionnel à l’IMC. S’il fallait traduire cette insinuation de façon grossière, on pourrait dire « plus tu es gros, plus tu es bête ». L’auteure évoque également dans son livre le cas de différentes femmes en surpoids, ou en situation d’obésité, qui ont été victimes d’erreurs médicales à cause de leurs poids. Le trouble évoqué dans le livre est la grossesse extra-utérine qui est requalifiée d’indigestion tout simplement car, dans l’idée générale, une femme trop grosse n’a pas de rapports sexuels

Photo par Antoine Bourgeois

et que, de ce fait, certains médecins omettront simplement de regarder du côté gynécologique. Pour se faire une idée plus précise de l’impact de la grossophobie dans le monde du travail, il faut regarder de plus près l’étude qui a été publiée par le Défenseur des droits et l’Organisation internationale du travail. Cette dernière traitant de la perception des discriminations à l’embauche a avancé que 45% des demandeurs d’emploi qui ont été interrogés ont indiqué qu’ils trouvaient cela acceptable de refuser un emploi à quelqu’un à cause de sa corpulence. Ces chiffres sont appuyés par d’autres qui avancent que 20% des personnes au chômage souffrant d’obésité estiment avoir subi une discrimination à l’embauche.

La grossophobie, une discrimination aux lourdes conséquences Le grossophobie est un véritable problème de société qui, au fil du temps, a presque fini par devenir « banal ». Néanmoins, derrière les réflexions et les regards se cachent des conséquences particulières inquiétantes. Face à cette discrimination violente, certaines personnes sont tombées dans de lourdes dépressions qui peuvent aller jusqu’au suicide. De nombreuses personnes lèvent le voile aujourd’hui sur la réalité de ces attitudes et dénoncent des comportements entraînant un risque de dépression particulièrement élevé et, sans surprise, une augmentation considérable du risque d’apparition de troubles du comportement alimentaire tels que la boulimie ou bien encore l’anorexie. Loin d’être quelque chose d’anodin, la grossophobie est un problème bel et bien présent dans notre société. Selon les chiffres, il a été avancé que 50% de la population française était en surpoids. Cela implique que la moitié des Français sont susceptibles de devoir faire face à des comportements grossophobes.

De la même façon que les discriminations en lien avec le sexe, la couleur de peau, l’orientation sexuelle ou bien encore la religion, la grossophobie tend à faire culpabiliser les personnes qui sont atteintes de surpoids comme s’il s’agissait d’un choix qu’elles avaient fait. Pour comprendre un peu mieux cela, il faut prendre conscience que l’obésité n’est pas un manque de volonté, mais bel et bien une maladie chronique. De nombreux facteurs peuvent rentrer en compte lorsque l’on parle de problèmes de poids comme notamment les facteurs héréditaires, les dérèglements hormonaux ou bien encore la prise de médicaments tels que des antidépresseurs. Face au nombre toujours plus important de victimes qui prennent la parole, la lutte contre la grossophobie devient un combat qu’il est important de mener. La ville de Paris a d’ailleurs pris la décision, au mois de décembre 2017, d’organiser une journée contre les violences et les discriminations grossophobes. À cette occasion, de nombreuses personnes, aussi bien des militants que des médecins, se sont mobilisées pour dénoncer les comportements négatifs que peuvent subir des personnes d’importantes corpulences. Dans tous les cas, il convient de ne pas banaliser ce genre de discriminations et de continuer à sensibiliser le grand public à ce sujet. PAR ANAIS HILLION


LA PLAGE gwin zegal

PAR MOHÉLI TAYLOR


29

LE MYTHE DE LA NON-SÉLECTION À L’UNIVERSITÉ Retour en juillet 2017. 90 000 étudiants sont encore sans affectation pour l’année à venir, et ils sont 10 000 à ne pas avoir de place en licence, dans des formations pour lesquelles l’entrée à tout bachelier y est normalement garantie. Fustigeant la sélection par tirage au sort, le gouvernement se donne alors pour mission de renouveler l’enseignement supérieur en imposant à la rentrée prochaine une nouvelle forme de sélection qui ne dit pas son nom.

Débat sémantique et jeu d’équilibriste pour le gouvernement « Sélection ». Ce mot fait bondir et divise, et ça, le gouvernement le sait. C’est pourquoi la ligne de son discours ne change pas, le Premier Ministre insiste : « Je n’ai pas et n’ai jamais eu peur du mot « sélection ». Mais ce n’est pas ce que nous proposons aux étudiants et aux lycéens français. » Le sujet de l’orientation et de la sélection à l’université étant particulièrement sensible, l’exécutif soigne sa communication, manie à la perfection l’art de la périphrase, et choisit avec précaution son vocabulaire. Pourtant, il y a un décalage entre ce discours et la réalité de la réforme qu’il désigne. Lorsqu’elle présentait le « Plan Etudiant » devant le Sénat, la ministre de l’Enseignement supérieur, de la Recherche et de l’Innovation Frédérique Vidal précisait que « dans le cas où le nombre de places serait insuffisant pour accueillir toutes les demandes, ce sera en fonction de la motivation, des aptitudes, du dossier des candidats que seront faites les priorisations ». Priorisation ou sélection, on ne sait plus trop où se situe la différence ici. Car la préoccupation principale reste finalement de gérer le flux d’étudiants arrivant chaque année dans des filières où c’est bien ce manque de places qui a entraîné en juin dernier une sélection par tirage au sort sur l’ancienne plateforme APB, avec une hausse des effectifs scolaires, pourtant prévue, de 20 000 étudiants chaque année, 40 000 en 2017.


30

Etudiants en lutte contre la sélection : une histoire française Opérons un nouveau retour en arrière, un peu plus lointain. A l’hiver 1986, Alain Devaquet, alors ministre délégué à l’Enseignement Supérieur et à la Recherche, tente d’introduire une sélection à l’entrée à l’université. L’exceptionnelle mobilisation de cette année-là continue d’occuper une place incontournable dans l’histoire des mouvements étudiants et lycéens en France. Ces événements sont marqués par l’assassinat de Malik Oussekine, frappé à mort par des policiers en marge des manifestations. On en restera donc là : le code de l’éducation stipule toujours que « les dispositions relatives à la répartition entre les établissements et les formations excluent toute sélection » des étudiants à l’entrée à l’université. Quand le quinquennat précédent a ouvert la voie en introduisant déjà une sélection à l’entrée en master (contre une sélection en M2 auparavant), le gouvernement d’Emmanuel Macron franchit un cap et remet en cause l’accès libre en première année, sans avis ni recommandation, aux filières universitaires demeurées jusqu’alors non-sélectives, mesure contre laquelle les mouvements étudiants se sont jusqu’à présent toujours battus.

Cette année, un sondage Ipsos pour l’Obs montre que la population n’est plus si défavorable à cette mesure. Sur près de 2200 personnes interrogées, 66% étaient favorables à une forme de sélection à l’inscription à l’université, 18% par idéologie, 48% par pragmatisme. Le système APB lui, qui menait à une sélection par tirage au sort pour les filières « non-sélectives » à l’université, est jugé à 80% comme profondément injuste. Pourtant, cela n’a pas empêché la mobilisation dans les universités, plusieurs d’entre elles ayant vu s’organiser des blocages dès la dernière semaine de janvier, pour protester contre une sélection déguisée qui se présente comme réponse aux TD et amphithéâtres surchargés, au mauvais état des locaux universitaires, et à l’échec trop élevé des étudiants, qui sont essentiellement le fruit d’une baisse de 10% du budget alloué par étudiant dans les dix dernières années. Si le gouvernement a annoncé un investissement d’un milliard d’euros pour cette réforme, il avait déjà annoncé au mois de septembre une baisse de plus de 330 millions d’euros dans le budget de l’enseignement supérieur et de la recherche.

La spécificité de l’université française en péril Un étudiant en classe préparatoire représente un coût de 15 000 euros par an en moyenne pour l’Etat, contre 8000 euros pour un étudiant à l’université, voire moins de 5000 euros en licence. En consacrant plus de moyens à des étudiants qui font déjà partie d’une « élite intellectuelle », ce débat sur la sélection masque le problème de la pauvreté persistante des universités françaises. En plus de cette inégalité de moyens, il sera désormais possible dans les faits d’interdire l’accès à l’enseignement supérieur à certains bacheliers. Pourtant c’est bien la spécificité de la licence : accueillir tout le monde, sans distinction, en laissant la possibilité aux étudiants de s’essayer à un domaine différent de celui dans lequel ils ont pu obtenir leur baccalauréat et de s’émanciper. Instaurer cette réforme, ce serait abandonner cette exception française de l’université face aux formations sélectives déjà existantes.

Vers une fermeture sociale des universités ? Le représentant de l’association « Sauvons l’Université » a pointé du doigt l’instrumentalisation par le gouvernement de la polémique de l’été dernier. En effet APB a été largement critiqué pour avoir eu de nombreux bacheliers recalés, pourtant en septembre, 3 500 étaient concernés, soit à peine 0,5% des 800 000 à être entrés dans le supérieur. Si cette situation n’est pas acceptable pour autant pour les 3500 bacheliers restants, ce problème semble pouvoir être résolu par une augmentation des moyens des universités afin de faire face au flux de nouveaux arrivants, plutôt que de mettre fin au principe d’accès à l’enseignement supérieur pour tous. Le Premier Ministre s’est offusqué de la situation actuelle, demandant « Où est l’égalité ? Où est le mérite ? Où est la République ? » Mais les « pré-requis », compétences préliminaires pour accéder à telle ou telle formation, seront définis par les universités elles-mêmes. Où est l’égalité quand on décide de mettre en concurrence des étudiants issus de situations géographiques, filières du secondaire ou milieux sociaux différents, pour l’accès à une même formation ? Ce cadrage risque donc d’être établi de manière très inégale et polarisée en fonction des établissements, mettant en concurrence à la fois les universités et les étudiants. Cela


31

ressemble en effet beaucoup aux filières d’élite et à la sélection qui se pratique déjà en classe préparatoire. En effet ces « attendus » qui ont dû être élaborés en quelques semaines par les universités nécessitaient pour certaines filières d’être titulaire du BAFA ou encore d’avoir voyagé, ou imposaient un seuil de note dans certaines matières au baccalauréat, quand on sait pourtant le décalage entre ce qui est enseigné au lycée et à l’université. En supprimant également le système de compensation des notes à la fac, cette réforme risque de donner à l’université un rôle d’exclusion sociale, en instaurant une pression encore plus accrue sur les étudiants, notamment les plus précaires qui sont obligés de travailler pour payer leurs études, c’est-àdire 50% d’entre eux. Tandis que La République en Marche dénonçait justement le taux d’échec trop élevé en première année de licence, une telle mesure risque de faire augmenter significativement ce chiffre, qui est essentiellement dû à la précarisation des étudiants et aux réductions budgétaires. Plusieurs syndicats de professeurs du secondaire et du supérieur, d’étudiants, et de lycéens ont appelé à s’unir pour que seul le baccalauréat soit un critère d’entrée à l’université. Alors que le gouvernement tente de faire passer la pilule en proposant ce qui serait un compromis entre le tirage au sort et une « sélection sèche », le vice-président de la Fage, première organisation étudiante, Tarek Mahraoui, insistait en juillet dernier : « L’enjeu, ce n’est pas de remplacer une forme de sélection par une autre », insistant plutôt sur l’importance de l’orientation des lycéens ; bien qu’il s’agisse d’un des seuls syndicats étudiants à ne pas être opposés à la réforme. Une nouvelle sélection pour plus d’égalité… vraiment ? PAR ALIX FROSSARD


TOO GOOD TO GO VOUS PROPOSE D’ACHETER LES RESTES DES RESTAURANTS PAR AUDREY BOURGUIGNON


33

L’application Too Good To Go propose un marché entre restaurateurs et clients : revendre leurs invendus à moins de 5€. Mais le concept est-il réellement profitable à tous ? Too Good To Go est une application qui vous propose d’acheter les invendus des restaurateurs, commerçants, boulangers ou pâtissiers à bas prix. Un concept qui promet de réduire le gaspillage et de manger comme au restaurant à des prix inégalables. Les invendus du jour sont vendus de 50 à 70% moins chers, soit 3 à 7€ environ, mais il faut aimer la surprise puisque les restes ne sont pas prévisibles. Le payement se fait sur l’application, et Il faut aller chercher son panier pendant les horaires que le commerçant a inscrites.

Too Good To Go a sauvé 300 000 repas en un an Mis en place depuis un an, le service rassemble déjà 2000 commerçants. Une aubaine pour eux, puisqu’ils récupèrent au moins le prix de la matière première. Selon les organisateurs, «Too Good To Go» a permis de sauver de la poubelle 300 000 repas. Un chiffre non négligeable lorsque l’on sait qu’un Français jette en moyenne 25 kilos de nourriture par an. A Lyon, 40 000 repas ont été sauvés grâce à un réseau de 200 commerçants partenaires et l’engagement de 11 000 citoyens.


SOCIÉTÉ

34

La fondatrice de l’application, Lucie Bash, est une jeune femme de 25 ans qui a eu une révélation lorsqu’elle travaillait dans l’agroalimentaire. « J’ai été choquée par ce que j’ai vu dans l’industrie, j’ai donc décidé de mettre mon énergie au service de causes porteuses de solutions et de sens. Un soir, je suis passée devant une boulangerie qui jetait de nombreux produits à la poubelle et je me suis dit qu’on devait pouvoir faire quelque chose ! » Le concept se veut écolo mais également solidaire, grâce à une option qui permet d’offrir un repas à un sans-abri en donnant 2€. 4500 repas ont été distribués à des sans-abris, grâce aux partenariats avec des associations. Le foyer Notre-Dame des Sans-Abri s’occupe de ces maraudes à Lyon.

Un projet révolutionnaire ? Sur le papier, le concept relève du génie. Tout le monde est gagnant, y compris la planète et les sans-abris. Mais en pratique, nous avons relevé quelques aléas : • Tout d’abord, il faut s’y prendre en avance pour avoir un repas intéressant car les nombreux utilisateurs sont très rapides. • Les restaurateurs programment parfois le nombre de paniers disponibles en avance, et se retrouvent finalement avec aucun invendu. Dans ce cas, l’utilisateur reçoit un message d’excuse et est remboursé, mais se retrouve devant son assiette vide. « Les invendus sont une science très inexacte et aléatoire. Si les commerçants connaissaient leurs pertes à l’avance, il n’y en aurait plus. Il arrive donc parfois qu’un commerce voit tous ses produits vendus lors de la dernière heure d’ouverture. Il est donc obligé d’annuler ses paniers. Malheureusement, cela reste imprévisible. La bonne nouvelle, c’est que du coup, le gaspillage alimentaire est limité ! », répond Lucie Bash à cette problématique. Attention, pour ceux qui pensent manger un plat gastronomique, ce n’est pas forcément le cas. Les paniers surprise ne sont pas toujours de bonnes surprises, et il peut arriver de ramener chez soi des plats bien décevants, soit en quantité, soit en qualité. Certains commerçants sont plus mal organisés que d’autres, et finissent par vous refiler de vieux accompagnements dont vous auriez pu vous passer. Mais pour les quelques euros déboursés, ce deal demeure alléchant pour le client. Toutefois il faut garder en tête que l’application, très bien faite, gère une science inexacte qui ne se solde pas toujours par le résultat escompté.


35


36

LE JEU VIDÉO EST-IL SOLUBLE DANS LE CINÉMA ? Alors qu’a débarqué au cinéma, mimars, une nouvelle adaptation d’un jeu vidéo, Tomb Raider, nous nous sommes demandé si une adaptation vidéoludique sur grand-écran pourrait faire enfin honneur au médium le plus prisé du monde. Tout avait mal commencé : en 1993, les plombiers de Nintendo, Mario et Luigi, déboulaient sur les écrans de cinéma du monde entier, avec au générique les respectés Bob Hoskins et Dennis Hopper. Le jeune médium n’avait encore jamais eu les honneurs d’une adaptation live, mais le résultat, catastrophique au point que le réalisateur palmé à Cannes, Roland Joffé, décida de ne pas être crédité au générique, semble avoir jeté une malédiction sur les adaptations suivantes. Au cinéma, on peut tout faire : émouvoir les foules, créer des batailles avec des milliers de figurants numériques ou faire « jouer » dans un film contemporain un acteur décédé, comme Peter Cushing dans Rogue One : A Star Wars Story (2016). Mais une chose apparemment aussi simple qu’adapter qualitativement un jeu vidéo semble être un rêve inatteignable. Les exemples en ce sens sont légions : Hitman, Max Payne, Mortal Kombat, Prince of Persia, Resident Evil… Soit des jeux vidéo intéressants ou populaires devenus la majorité du temps des nanards sur grand écran. Mais quel est, au fond, le problème ?

Us et costumes Le cinéma et le jeu vidéo sont intrinsèquement proches : ils créent des émotions grâce à des stimuli audiovisuels. La différence fondamentale entre les deux réside en réalité dans l’attitude du public : au cinéma, le spectateur reçoit passivement une histoire, sans possibilité d’ingérence ; dans le jeu vidéo, il est actif et dirige le récit, selon les limites imposées par les développeurs. La disparité essentielle entre les deux supports se trouve donc dans la nature de


37

l’immersion proposée, qui modèle des expériences semblables dans leur diversité. Cette disparité, les adaptations filmiques ont toujours essayé de la maquiller par une fidélité cosmétique accrue au matériau original, pour un résultat, il nous semble, bien superficiel. Le film de 1994 adapté de la franchise Street Fighter reprenait, en les soumettant à quelques variations, les costumes aux couleurs vives que portaient les personnages dans les divers jeux vidéo de la saga. L’exigence de fidélité ne pouvait se baser que sur la forme, puisque ces jeux de combats reléguaient à l’arrière-plan le récit, totalement anecdotique. Dans un film prenant place dans un univers voulu comme plausible, cette fidélité chromatique donnait, à bien des égards, une facture carnavalesque à l’ensemble. Ce que l’apparence de Blanka, humanoïde de couleur verte à la Hulk, appuyait tristement. Le film Mortal Kombat (1995) reprenait la même idée, avec Scorpion, Sub-Zéro ou l’homme-dragon à quatre bras, Goro, pour un résultat tout à fait similaire. Plus tard, en 2000, le premier X-Men de Brian Singer retenait la leçon en donnant à Wolverine, Cyclope et consorts des costumes entièrement noirs et en faisant blaguer les personnages sur le ridicule qu’aurait été de porter des habits jaunes ou bleus, comme dans les comics.

Plates formes Dans la première adaptation de la saga Tomb Raider, en 2001, la nécessaire fidélité au matériau originel était moins préjudiciable a priori pour le long-métrage. Si le costume de l’héroïne du jeu (haut moulant, short en jean), reproduit fidèlement dans le film, ne portait pas préjudice à la crédibilité de l’entreprise, les décideurs se sont évertués à respecter, pour quelques scènes, le genre de la saga, soit le jeu de plates-formes. Le but étant, en deux mots, d’atteindre un endroit précis de la map (carte, en français) en s’aidant du décor, donc en enchaînant avec habilité les sauts. Sauf que cette idée n’est gratifiante que manette en main, ou conduite par un vrai cinéaste (voir les Indiana Jones de Steven Spielberg, dont Tomb Raider s’inspire). En l’état, c’est peu dire que les prouesses physiques de l’héroïne mises en scènes par un tâcheron comme Simon West sont décevantes et anti-spectaculaires. Dans un autre genre, l’adaptation en film de la saga Doom (2006), avec Dwayne Johnson dans l’un des rôles principaux, reproduit de manière anecdotique la vue à la première personne caractéristique de cette saga de FPS (First-Person Shooter). Vers la fin du film d’Andrzej Bartkowiak, un inconnu qui mérite de le rester, le spectateur

se met à la place du joueur en adoptant la vision d’un personnage du film, et croit alors jouer au jeu vidéo en en singeant l’expérience visuelle. Sauf que le support étant différent, le réalisateur, indigent, la séquence de quatre minutes en faux plan-séquence multiplie les faux raccords et devient ardue à décrypter. Difficilement regardable, elle se trouve à mille lieux du plaisir parfois jubilatoire pouvant être expérimenté via ce genre.

Avatar Ces ressemblances superficielles, qui décrivent une partie des tares de piètres adaptations, masquent mal l’incompréhension des décideurs du cinéma de ce qui diffère entre les deux supports. Le cinéma et le jeu vidéo étant deux médiums bien différents, il faut des outils dissemblables pour tenter d’exporter chez l’un les sensations et le plaisir vécu avec l’autre. Les jeux vidéo ne font pas des mauvais films parce qu’ils seraient inadaptables par essence, le langage cinématographique ayant prouvé maintes fois qu’il pouvait rendre visuel le plus complexe des romans, par exemple (voir Le Parfum de Tom Tykwer, entre tonnes d’exemples). Mais adapter un jeu vidéo n’est pas en reproduire simplement les formes les plus significatives. En réalité, l’exploitation au cinéma de franchises à succès du jeu vidéo répond avant tout à un désir financier. Capitaliser sur un phénomène populaire apparu au théâtre, en littérature ou à la télévision est une sorte de tradition dans le Septième Art. Et depuis 1993 et un Super Mario Bros de sinistre mémoire, le jeu vidéo est entré dans la liste des supports adaptés. Entre de mauvaises mains, cela donne des produits qui ne prolongent jamais l’expérience vécue avec la manette. Or, on peut quand même nommer des films ayant réussi à reproduire fidèlement des sensations ou expériences connues dans le jeu vidéo. Le paradoxe étant que ce sont des films originaux, et non des adaptations. On pense, entre autres, au film d’action Edge of Tomorrow (2014), dans lequel Tom Cruise rejoue la même scène de bataille jusqu’à la réussir les yeux fermés, soit l’exportation au cinéma du concept de la sauvegarde, permettant au joueur de refaire tant qu’il le veut un niveau d’un jeu vidéo. Enfin, le génial Avatar (2009) de James Cameron présente un personnage incapable de se mouvoir qui contrôle à distance un avatar qui évolue dans un monde virtuel, produisant chez le personnage (et le spectateur) une vraie addiction envers le procédé. Soit la définition parfaite du gamer. Pour bien adapter des jeux vidéo au cinéma, faut-il donc se résoudre à… ne pas les adapter ? PAR MAXIME BRUN


LIFESTYLE

38

INSTAGRAM EST-IL RESPONSABLE DE LA PERTE DE CONFIANCE EN SOI ? Le réseau social favori des millennials incite à se mettre constamment en avant. Or, la plupart des photos de nos idoles sont retouchées : elles travestissent la réalité. Quitte à nous complexer ? Nous faisons partie de cette nouvelle ère digitale où les réseaux sociaux semblent être les miroirs de nos vies. Constamment connectés, nous partageons sans cesse des extraits de notre quotidien, des vidéos, des photos, espérant renvoyer une image dorée et enviée à notre communauté. Ces situations de mise en scène se répètent sur nos écrans. Un brunch parfait à Paris, une beauté en bikini sous les palmiers, un couple parfait en vacances à Venise. Mais cette compétition incessante ne fait qu’amplifier notre repli sur nous-même et notre égocentrisme. Nous nous comparons aux autres, aux corps sans défauts, aux vacances idylliques, et nous nous laissons influencer par ces clichés souvent fake et retouchés. Instagram, le réseau social de partage de photo, est devenu l’empire du paraître. Comment garder la tête froide face à ce nouvel univers idyllique ? Comment réussir à prendre du recul ?

Qui aura la meilleure vie virtuelle ? Nombreux sont les jeunes internautes sur le réseau social Instagram, qui publient des selfies avec une peau sans défaut et des yeux de biches ou des instants capturés à la salle de sport afin de mettre en avant leurs attributs physiques. Bien que la plupart de ces clichés soient retouchés ou non spontanés, ils peuvent avoir des conséquences importantes sur le moral de ceux qui se placent en spectateurs. Instagram altère considérablement la confiance en soi. Il semblerait même que la plateforme soit devenue une nouvelle façon d’exister. Tout doit être pris en photo, tout doit être valorisé, à tel point que la vie réelle, et non digitale, perd tout son sens. Le paraître l’emporte sur l’être. D’après une étude menée par la Royal Society of Public Health, Instagram contribuerait au malêtre des 12-24 ans, un peu trop friands de cette plateforme sociale. L’application pousse à la comparaison et son utilisation devient un cercle vicieux où la vie des autres semble toujours plus enviable.

Sous la dictature du like et de la « cool attitude » se cache un mal-être grandissant chez de nombreux jeunes qui finissent par devenir obsédés par l’image qu’ils renvoient aux autres. « Je dois être mince mais je dois aussi avoir des formes, je dois prouver que ma vie est joyeuse, et que je suis entourée. » Ces idées reçues sur un train de vie envieux ne sont qu’un combat perdu d’avance qui nous fait perdre conscience de la vraie valeur des choses. L’heure est au matérialisme et à la perfection physique, là où la superficialité est reine. Tout cela ne fait que nuire à l’estime de soi des jeunes utilisateurs qui finissent par ne plus du tout avoir confiance en eux. Il a même été prouvé que passer plus de deux heures d’affilée à scruter Instagram est en fait synonyme de détresse psychologique. Help !

Coup de gueule sur Instagram Cependant, de nombreuses utilisatrices ont décidé de faire prendre du recul à leurs abonnés car les corps fit et musclés ne sont pas toujours très réels. Plusieurs femmes ont souhaité publier des clichés pris à 5 minutes d’intervalle afin de montrer l’importance de l’angle et de la prise de vue. En janvier 2017, Anna Victoria, l’instagrameuse fitness et auteure du livre The Fit Body Guide a dénoncé les dictats de la minceur et des photos et poses non naturelles. Selon elle, les codes de beauté imposés par Instagram ne sont pas du tout réalistes et nous font nous sentir mal dans notre peau. La jeune femme a donc posté une photo d’elle « choc » où elle prend une posture qui la met beaucoup moins en valeur que sur ses clichés habituels. Elle a souhaité, à travers ce geste, ouvrir les yeux et éveiller les consciences : une femme sans cellulite ni bourrelets n’est pas forcément une vision réaliste de la beauté. Ce n’est pas la première fois qu’une influenceuse décide de pousser un petit coup de gueule contre la pression qu’exercent les réseaux sociaux sur les jeunes femmes. La Youtubeuse lyonnaise EnjoyPhoenix, victime de bodyshaming sur les réseaux, avait, elle aussi, dénoncé dans une de ses vidéos YouTube, la dictature de la minceur et la très mauvaise influence que celle-ci pouvait avoir sur la santé mentale : « Moi, ce qui me dérange là-dedans, c’est que ça crée un manque de confiance en soi à toutes ces filles qui regardent une Kylie Jenner et qui se disent : « Mon Dieu, c’est ça la définition de


39

la beauté, mais moi je ne suis pas comme ça, comment je peux faire pour devenir comme ça ? » La directrice du Royal Society of Public Health, Shirley Cramer, a décidé de mettre en place de nouvelles mesures afin de veiller au bien-être des jeunes internautes. Elle a ordonné aux entreprises d’avertir le consommateur quand celui-ci passe trop de temps sur Instagram à l’aide d’une petite image pop-up. De plus, lorsqu’une image est modifiée, il sera obligatoire de le mentionner. Cette règle s’applique notamment aux marques de mode, aux célébrités et agences de pub. Cette nouvelle mesure permettra aux jeunes utilisateurs de dissocier le vrai du faux et de prendre du recul. Un mouvement de changement et de protection est donc en marche. Instagram, qui est à la base une plateforme sociale censée connecter les internautes entre eux, devient finalement facteur de dépression et d’anxiété chez les jeunes. La plateforme les pousse à penser que leur corps ou leur vie n’est pas aussi bien que celles d’autres qui sont en réalité faussées par des filtres et des retouches Photoshop. Il est donc temps de lutter contre cette pression du virtuel et de garder confiance en soi ! PAR AMÉLIE BRIZIO

Photo par Antoine Bourgeois


MOW MAGA ZINE .FR


Mow Magazine N°3  

Il suffit de regarder autour de nous pour s’en apercevoir. Si le monde tourne aussi vite, c’est parce que nombre d’entre nous sont soumis à...

Mow Magazine N°3  

Il suffit de regarder autour de nous pour s’en apercevoir. Si le monde tourne aussi vite, c’est parce que nombre d’entre nous sont soumis à...

Advertisement