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L’invité Jérôme Bonaldi de la semaine

“DIDACTIQUE ET POPULAIRE” qui n’ont pas de Bac C et qui ont peur de la technique, on peut leur dire des choses intéressantes.

Jérôme Bonaldi - Plus de science, de technologie, de marketing, un peu moins de culture.

168h - A qui parlez-vous lorsque vous faites votre journal à l’antenne?

168h - Vous aimeriez trouver des articles de la presse spécialisée dans les hebdos généralistes?

J.B. - J’ai deux auditrices de référence, ce sont ma fille et ma mère. Ma mère, parce qu’elle ne va plus à l’école depuis très longtemps et qu’elle a l’impression qu’elle peut vivre sans savoir pourquoi et comment ça marche, donc il faut que je l’intéresse. Ma fille parce qu’elle va encore à l’école et qu’elle n’a pas envie d’avoir des trucs didactiques. Il faut que je la sorte un peu de son univers scolaire étriqué, fermé. Je préfère lui élargir son univers mental. Je parle aux gens avant tout. Je ne parle pas aux décideurs, ce qui est un peu la tendance en ce moment. On parle à son chef, au député, aux préscripteurs... moi je parle à ma fille et à ma mère.

168h - C’est le livre des pourquoi en version hebdomadaire qui vous manque en fait? J.B. - Non, c ‘est le livre des news en hebdomadaire, c’est nouveau et intéressant. Je pense qu’il y a pas mal de gens qui ont un Bac scientifique et qui sont capables de comprendre des tas de choses; il faut leur expliquer. Et même ceux

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168h - C’est facile d’être libre comme ça, de s’adresser à ces deux personnes? J.B. - On ne revendique pas un juste droit, on le prend. On ne demande pas, on impose, c’est mon style. DR - Canal Plus

J.B. - Il manque des papiers intéressants que l’on trouve quelquefois dans le point ou l’express, mais pas assez. Par exemple des papiers pointus, anglés comme dans les journaux spécialisés du style “L’industrie nouvelle”, “Point de vente”, “La vie du rail”, “Atout chiens”... que je n’ai pas le temps de lire et donc que j’aimerais bien retrouver dans mes hebdomadaires. “Que deviennent les pistes de ski une fois qu’il n’y a plus de neige?” Ma fille collectionne les bouchons de bouteille d’Evian, “est-ce vrai qu’en les renvoyant, je peux contribuer à aider l’environnement?”. “Où en est le recyclage? Que devient vraiment le verre que je mets dans les poubelles vertes?” “Comment et pourquoi la nouvelle Ford arrive à faire moins de bruit?”

168h - Quel est votre truc pour partir d’une source brute comme une dépêche et raconter au final l’info de manière simple? J.B. - C’est un mixte entre un peu de recul, de mise en perspective et un peu de digestion aussi. Quelquefois la digestion prend 20 minutes, 2 heures, 24 heures. Parfois deux jours après je me dis: “mais non c’est ça qu’il fallait que je dise, c’est tellement plus simple.” 168h - Comment les téléspectateurs réagissent à cette présentation de l’info? J.B. - Je ne sais pas vraiment, en télé ce qui manque le plus, c ‘est le feed-back. Ça arrive parfois, mais c’est rare.

DR - Canal Plus

168h - Dans la presse hebdo aujourd’hui, qu’est-ce qui n’éxiste pas et que vous aimeriez voir?

phrase qui suit qui est importante: “c’est une belle patée”, ou bien “Ils ne le méritaient pas.” J’essaye d’être tout sauf tiède, tout sauf neutre. Propos recueillis par David Benaym

168h - On vous à déja dit: “Merci, j’ai enfin compris ce que telle info veut dire”? J.B. - Ah non. je ne suis pas si génial que ça. Et puis c’est rare que les gens aient enfin besoin de comprendre. L’info ne répond pas à un besoin de comprendre, c’est rare les informations anxiogènes. C’est une info qu’on veut, pas une réponse à une question compliquée. 168h - N’avez-vous pas peur de trop éditorialiser quand vous êtes à l’antenne? J.B. - J’éditorialise tous les jours. J’ai peur de ne pas assez le faire. Je suis parfaitement subjectif et je le revendique. J’ai peur de ne pas le faire, de faire neutre, de faire plat. Sur un score de match de foot, le resultat est neutre, mais c’est la

Jérôme Bonaldi preésente les infos du lundi au vendredi dans Nulle part Ailleurs Midi sur Canal Plus. Dans le cadre de l’émission de Philippe Gildas et Anne de Petrini, Bonaldi tente de présenter l’information autrement : plus de cartes, de shémas, plus simple et direct, son journal s’impose par son style simple et raconté.

ocabulaire Bonaldi

Ce que j’essaye de faire à l’antenne c’est du didactique et populaire. Il faut simplifier le vocabulaire pour que les gens comprennent mieux: Il est bon de dire voiture à la place de véhicule. Le problème c’est de se mettre à la place des gens. Donc rentrer dans un langage qui ne nécéssite pas de décodage. La tendance est d’avoir un langage journalistique. De dire incarcérer au lieu d’en prison, de dire “le premier bilan fait état de...”. Moi je dis : “32 morts, et encore, on n’est pas sur, on n’a pas encore tout compté”. Je dis morts et pas décédés... Quand on ne se protège pas derrière les mots, quand on n’est pas là à dire des participes présents et des phrases alambiques, ça veut dire qu’on dit des choses. Ça veut dire: “le roi est nu” et pas “selon certaines sources bien informées, il est possible de penser que sa majesté n’est pas vêtu.” Evitons les “bras de fer” ou “véritable”. Véritable est un mot très à la mode: “c’est une véritable révolution, un véritable arsenal”. On en rajoute trop. Autres exemples à banir: Une vaste enquête, un vaste programme, une houlette...

www.168h.net

Pour découvrir et comprendre d’autres exemples sur les problèmes du vocabulaire journalistique à bannir: “Le journalisme sans peine” de Patrick Rambaud et Michel-Antoine Burnier aux Editions Plon

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Maquette de 168h (Cent soixante huit heures), le premier hebdo d'info gratuit cree en 2001 en France et en Belgique par David Benaym.

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Maquette de 168h (Cent soixante huit heures), le premier hebdo d'info gratuit cree en 2001 en France et en Belgique par David Benaym.

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