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03h30 Nous sommes le lundi 9 janvier, le réveil vient de sonner. Si je me lève à cette heure-ci, ce n’est pas pour aller au ­travail, non, c’est pour pouvoir apprécier le cousin éloigné de ­Breaking Bad, j’ai nommé Better Call Saul, dans les ­conditions de ­diffusions américaines. Et aussi, un peu, pour dire « j’y étais ». Mon périple s’annonce rude. La lumière de l’écran agresse mes pupilles, et je ne résiste pas au syndrome des yeux qui piquent. N’étant pas du genre à prévoir à l’avance, j’ai environ vingt minutes pour trouver un streaming potable de la chaîne câblée AMC. Le tout, avec la tête bien enfarinée, ce n’est pas drôle sinon. Si je n’ai pas eu de grandes difficultés le jour (Ou la nuit, devrais-je plutôt dire) du dernier épisode de Breaking Bad, ça s’annonce différent ici. La série étant beaucoup moins réputée pour le moment.

03h51 Me voilà donc dans les tréfonds de l’Internet, à surfer sur des sites un peu louches, certainement hébergés dans des pays que je serais incapable de situer sur une carte. Les pop-up et fenêtres de pub s’enchaînent, AdBlock est dépassé. « Click to close the ad » qu’ils disaient pourtant. Les minutes défilent et toujours rien de concret. Si ce n’est ce

Bob Odenkirk dans Better Call Saul

fameux « Julien » qui me propose de devenir riche sans ­bouger de chez moi grâce à une recette miracle qui fait ­trembler les

série nous montre Saul Goodman après la fin de Breaking Bad,

traders aux États-Unis. Un clic sur la croix blanche à fond rouge

dans un piteux état, travaillant l’air nonchalant dans un service

plus tard, je commence à me dire que je me suis réveillé en

de restauration. Je la retrouve enfin, cette atmosphère lourde

vain. Je m’en remets donc à Twitter, peut-être qu’une bonne

et oppressante propre à la série de Vince Gilligan. Enfin. Tel

âme s’y trouve. Malheureusement, à cette heure-ci, il n’y a

un drogué qui vient de prendre sa dose, je prends plaisir à

guère de vie sur les réseaux sociaux. J’ai quelques liens en

revoir les acteurs qui ont marqué ma vie de sériephile. Avec,

réserve, mais la ­qualité est exécrable, mes yeux et mes oreilles

je dois l’avouer, l’envie de voir apparaître à l’écran un certain

n’y survivraient pas. Le show commence dans une poignée

prof de chimie, ne serait-ce que quelques secondes.

de minutes, je suis ­résigné et décide de me rabattre sur la meilleure qualité des liens que j’ai soigneusement e ­ nregistré en favoris.

05h00 L’épisode se termine. J’ai bravé les publicités américaines

L’image et le son me rappellent ma tendre enfance, l’époque des

intempestives, la qualité K7 de mon streaming, le sommeil, et

VHS. Si mon anglais me permet généralement de ­comprendre

non, rien de rien, je ne regrette rien.

ce qui est dit, il faut ajouter ici la qualité sonore “vintage” ainsi que la fatigue.

Ursula Coyote/AMC

04h00 Le show commence ! Enfin presque, d’abord, il y a une page de pub. Je me souviens du collège, quand mon prof d’anglais affirmait qu’il pouvait y avoir deux à trois coupures pub dans un épisode de Bob L’Éponge, outre-Atlantique. À l’époque, ça me faisait sourire. Un peu moins aujourd’hui. Pas de lag ou

l’a u t e u r Titulaire d’un Doctorat en séries télés, j’écris des articles en guise de passe-temps et je suis habituellement critique pour le site Addicted To Series. Je regarde des séries telles que B ­ reaking Bad, The Walking Dead ou encore Bates Motel. Pour toutes remarques ou questions sur l’une de mes productions, ou même une ­collaboration, n’hésitez pas à me contacter par mail ­jtaffin@ laposte.net ou via Twitter : @MrTaffinovic.

coupure à signaler pour le moment. La première scène de la

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Numéro 4 - Partie 1 (Mars, Avril 2015)  

Première partie du quatrième numéro du magazine collaboratif sur les séries télévisées avec en couverture, l'acteur de The Musketeers, Ryan...

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