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« J’ai fait un peu de bien, c’est mon meilleur ouvrage » Voltaire

BALTHAZAR_O_

Artiste de l’audiovisuel

LE SACRÉ-CŒUR

Inscrit aux monuments historiques

BERNARD BEAUFRÈRE

Garde champêtre de la République de Montmartre

LIBRES PAROLES LA FÊTE FORAINE

de Montmartre


Agence VERTU

© Bal du Moulin Rouge 2020 - Moulin Rouge® - 1-1028499

LA REVUE DU PLUS CÉLÈBRE CABARET DU MONDE ! - THE SHOW OF THE MOST FAMOUS CABARET IN THE WORLD! DÎNER ET REVUE À 19H À PARTIR DE 190 - REVUE À 21H ET 23H À PARTIR DE 77 - DINNER AND SHOW AT 7PM FROM 190 - SHOW AT 9PM & 11PM FROM 77

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DITO

TOUS ENSEMBLE POUR MONTMARTRE !

V

ous avez en main le premier numéro de Montmartre en Revue. Il s’inscrit dans la tradition et l’histoire de Montmartre. Il sera un lieu d’échanges et d’idées, pour faire vivre l’esprit humaniste et frondeur en défendant la liberté de création et d’expression aujourd’hui gravement menacée. Notre magazine sort dans une période difficile. C’est la première fois dans l’histoire qu’une épidémie bloque totalement le fonctionnement et l’économie de la France… et d’une grande partie du monde. Pour la première fois depuis l’Occupation, nos sorties, nos rencontres sont limitées et contrôlées, la 87ème Fête des Vendanges a été annulée.… Nous vivons impuissants un bouleversement de la société. Nous sommes solidaires et aux côtés des commerçants qui font vivre nos quartiers et subissent de plein fouet cette situation… bien qu’ils respectent complètement les règles sanitaires. Dès le premier confinement nous nous sommes interrogés sur les complaisances qui permettaient aux grandes surfaces de ne pas subir les mêmes contraintes… Nous avons voulu que Montmartre en revue paraisse en cette fin d’année 2020 pour bien marquer notre volonté

et l’espoir que tous ensemble nous surmontions cette terrible épreuve. Il a fallu 68 pages car nous avions tant de choses à vous écrire.… Montmartre en Revue c’est une belle équipe diverse et créative… pour une nouvelle aventure rédactionnelle. Nous remercions les annonceurs qui en permettent la parution, malgré les difficultés de la période. Ils méritent votre confiance. Nous serons vigilants. Nous nous prononcerons sur les projets et les actes mais jamais sur la couleur politique de leurs auteurs. Nous resterons toujours ouverts à un dialogue constructif et engagés dans l’action avec tous ceux qui aiment Montmartre. Nous préférons applaudir de bonnes décisions plutôt que d’être contraints d’avoir à les contester ou les combattre. Ouverts à la création et aux artistes, nous souhaitons vous les présenter et leur donner la parole en publiant caricatures et dessins intimement liés à l’histoire de la Butte. Vous y trouverez aussi des portraits et des rubriques consacrés à l’histoire, l’actualité des

livres et des spectacles… Pour être encore plus proches de vous et des événements nous préparons une version numérique accessible sur internet et les réseaux sociaux. Chers lecteurs, merci de nous apporter votre soutien par vos messages, vos idées… et en vous abonnant pour recevoir chez vous Montmartre en Revue dès sa parution. Nous souhaitons développer sa diffusion pour redonner envie aux parisiens, franciliens et au monde… de revenir sur la Butte. La pandémie frappe durement les anciens comme les actifs, qui sont légitimement inquiets pour leur avenir tout comme la jeunesse privée de ses moments festifs d’entrée dans la vie d’adulte. Aujourd’hui encore plus qu’hier serrons-nous les coudes. Soyons unis. Prenez soin de vous… pour, très vite, nous retrouver joyeusement à Montmartre. Je souhaite que 2021 nous rende l’espoir et la lumière.

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LE VRAI CLOS MONTMARTRE UN VIN RARE ET GÉNÉREUX

EUGÈNE CHAPLIN

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OMMAIRE

LA MÔME DE PIGALLE

« J’ai fait un peu de bien, c’est mon meilleur ouvrage » Voltaire

DUBOUILLON LE DESSINATEUR CARICATURISTE AU CRAYON LASER

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BALTHAZAR_O_

Artiste de l’audiovisuel

LE SACRÉ-CŒUR

Inscrit aux monuments historiques

BERNARD BEAUFRÈRE

Garde champêtre de la République de Montmartre

LIBRES PAROLES

LIBRES PAROLES

LA FÊTE FORAINE

de Montmartre

LE SACRÉ-CŒUR INSCRIT AUX MONUMENTS HISTORIQUES

BERNARD BEAUFRÈRE GARDE CHAMPÊTRE DE LA RÉPUBLIQUE DE MONTMARTRE

LA FÊTE FORAINE DE MONTMARTRE

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NOTRE COUVERTURE : PHOTOGRAPHIE DE BALTHAZAR_ 0_ PORTRAIT INITIAL : LE_MÉNESTREL Modiano dit que l’onirique est parfois ce qui s’approche le plus de la réalité. La créativité de ce jeune photographe nous a semblé traduire au plus près notre réalité actuelle : le trouble du crépuscule, à l’heure où sourd des murs fissurés le visage de l’imaginaire, transcendant tous nos enfermements. L’heure nervalienne où le rêve émerge et s’épanche dans les ruelles abandonnées. Jacques Bachellerie vous fait découvrir Balthazar _O_ , artiste montmartrois de la nouvelle génération, en page 38. Jean-Manuel Gabert

ET AUSSI ... Made in Montmartre page 13 : les amoureux du Sacré-Cœur, Mira Belle chapelière officielle de la République - Made in France : Jean-Jacques Delaunay page 21 - Les icônes : Édith Piaf, de Montmartre sur scène au firmament des étoiles page 30 - A la rencontre de : Stéphane Cachelin page 48 - Essentiel : les amis de la poésie, Thierry Sajat, page 54, les nouveaux livres pages 57 à 59 - Nouveauté en DVD : la grande histoire de la Garde républicaine page 60 - Hommages à Michou, Annie Cordy, Hermine de Clermont-Tonnerre pages 62 à 65.

RÉDACTION 2, place Marcel Aymé, 75018 Paris DIRECTEUR DE LA PUBLICATION Alain Coquard GÉRANT Brice Moyse RÉDACTEUR EN CHEF Jean-Manuel Gabert gabert.jeanmanuel@neuf.fr

RÉDACTION Jacques Bachellerie, Jean-Paul Bardet, Chantal Brérot, Alexandra Cerdan,

Michèle Clary, Alain Coquard, MarieFrance Coquard, François Deblaye, Jean-Manuel Gabert, Michel Gendrios, Christine Haydar, Alain Larcher, Gérard Letailleur, Pascal Le Pestipon, Brice Moyse, Pierre Passot, Thierry Sajat. DESSINS Dubouillon, Noder, Redon. DÉPÔT LÉGAL 4ème trimestre – décembre 2020 ISSN en attente RÉGIE PUBLICITAIRE 06 09 18 60 63

MAQUETTE IMPRESSION Rotimpres ÉDITION Edité par "Les Publications de la Butte" Gérant : Brice Moyse Chez Immopolis 2, place Marcel Aymé - 75018 Paris RCS : 888 940 590 Paris SIRET : 888940590 00019 N° TVA intracommunautaire : FR 06 888940590

© Reproduction même partielle interdite Tirage : 25 000 exemplaires. Distribution en boîte aux lettres dans plusieurs secteurs du 18e et du 9e arrondissements et chez les partenaires annonceurs.

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LES VALEURS DU VILLAGE

LE VRAI CLOS

ONTMARTRE UN VIN RARE ET GÉNÉREUX

La vigne du Clos-Montmartre produit un vin d’autant plus précieux que sa vente permet au Comité des Fêtes du 18ème arrondissement, géré par une équipe de bénévoles passionnés, de réaliser de nombreuses actions sociales en direction des jeunes et des aînés. En 2020, le contexte calamiteux peut-il remettre en cause le programme solidaire du Comité ? Rencontre avec le président Eric Sureau. il sera certainement organisé je l’espère au printemps après la crise sanitaire et le retour des beaux jours. Pour la galette des rois une concertation devra avoir lieu avec la Mairie, les autres événements se feront en fonction de l’évolution de la crise sanitaire et je souhaite que le don fait à l’association des Papillons Blancs soit maintenu. Il y a beaucoup d’associations à Montmartre, avec quelles autres associations travaillez-vous pour le rayonnement de Eric Sureau, Président du Comité des Fêtes et d’Actions Sociales de Montmartre et du 18ème , Pascal Le Pestipon, Corinne Ben Amor, Didier Bical. ce quartier emEn tant que Président vous avez un des Fêtes gère sur le parvis du Sa- preint d’histoire ? rôle moteur pour le développement cré- Cœur, font que nos recettes E.S. : Lors de mon élection en 2018 j’ai de l’association, ces derniers mois pour l’action sociale ont été forte- voulu recréer un travail de confiance ont été extrêmement difficiles pour ment impactées. Heureusement, le entre les principales associations de tous, comment voyez – vous l’ave- Comité des Fêtes a pu compter sur Montmartre, c’est pour cela que j’ai nir pour le Comité des Fêtes et d’Ac- de généreux donateurs. Nos amis proposé à Alain Coquard Président tions Sociales de Montmartre et du Olivier Pelat d’Europequipements et de La République de Montmartre et 18ème ? Xavier Thoumieux d’Ophiliam Groupe Joëlle Leclerc Présidente des P’tits Eric Sureau  : L’année 2020 restera ont répondu présents et j’espère Poulbots d’être mes vice-présidents une année extrêmement difficile, d’autres donateurs qui viendront faire de l’association. Je travaillais déjà en l’annulation de la fête des vendanges en sorte qu’entre autres le repas des étroite collaboration avec Jean-Maet du stand place Jean Marais, cumu- anciens puisse avoir lieu. Il est fort nuel Gabert Président du Vieux Montlée avec la non-venue des touristes probable qu’il soit difficile d’organiser martre et ma connaissance d’une étrangers qui venaient massivement ce repas au mois de décembre, un grande partie des acteurs de la vie acheter au kiosque que le Comité moment pourtant très attendu, mais montmartroise a permis de créer un

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LES VALEURS DU VILLAGE

climat de confiance qui nous a donné l’occasion de développer des projets pour le bien de l’action sociale et de Montmartre en général. Je souhaite continuer à favoriser le travail inter-associations à Montmartre car toutes les associations montmartroises ont leur place pour faire rayonner notre village. Quels sont les grands chantiers que vous souhaitez mettre en place pour la suite de votre mandat ? E.S.  : Suite à l’arrêt malheureux du Syndicat d’Initiative de Montmartre qui organisait la visite des vignes, le Comité des Fêtes a décidé de reprendre le flambeau car il est très important de pérenniser cette visite dans le but de récolter des fonds pour l’action sociale. Tout le raisin qui est vendangé dans les vignes du Clos Montmartre, et seulement ce raisinlà, sert à faire le Clos Montmartre. Quoi de meilleur que de déguster le vrai Clos Montmartre dans les vignes qui ont vu naître ces raisins, avec des guides professionnels tels que Jean-Manuel Gabert et Laurence Debart pour vous raconter l’histoire de Montmartre et de son vignoble ! Nous sommes en train de finaliser un partenariat avec le Musée de Montmartre qui commercialisera la visite des vignes avec dégustation, que ce soit pour les groupes et désormais pour les individuels qui représentent une forte demande. Bien sûr, ces visites seront toujours organisées par le Comité des Fêtes et d’Actions Sociales de Montmartre et du 18ème sous son entière responsabilité et les

recettes entièrement consacrées à l’action sociale. Egalement à l’étude une possibilité de vendre ce fameux Clos au Japon… à suivre. Parlez-nous de la cuvée 2019, ou plutôt « des cuvées » ? E.S.  : En effet, cette année, deux cuvées sont proposées au public  : la cuvée du futur, pour la 87 ème fête des vendanges qui a été malheureusement annulée, et la cuvée du centenaire de la République de Montmartre, habillée avec une superbe étiquette créée par l’artiste montmartrois Draghan. 100 ans, cela se fête, car la République de Montmartre est la gardienne de la tradition montmartroise  ; elle veille à préserver l’esprit frondeur et humain qui bâtit la légende de Montmartre en restant fidèle à sa devise :  « Faire le bien dans la joie » ce qui nous correspond entièrement. Les vendanges 2020 dans le Clos se sont déroulées le 23 et 24 septembre avec les seuls jardiniers de la ville en raison des strictes mesures sanitaires. Nous

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avons récolté un raisin d’une grande qualité grâce au travail de Madame Leplâtre et de Vincent, notre fidèle jardinier qui travaille tout au long de l’année dans notre précieux vignoble. Cela nous promet un très bon millésime 2020 préparé par notre œnologue Sylviane Leplâtre, aidée de Alain Péan-Châtelain et Didier Bical, les bénévoles du Comité des Fêtes qui travaillent à la cave. Quels sont les réseaux sociaux que vous utilisez pour vous faire connaître encore un peu plus? E.S. : En plus du site internet ou vous pouvez acheter les produits du Comité des Fêtes tout au long de l’année (https://www.comitedesfetesdemontmartre.com) nous communiquons sur Facebook qui se développe à vitesse grand V et sommes en train de démarrer la communication sur Instagram. Il faut toujours être à la pointe et suivre toutes les technologies tout en préservant l’histoire et l’âme montmartroises. PLP

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LA PAROLE À...

COMMENT ÉVOLUE LA VIGNE HISTORIQUE DU CLOS-MONTMARTRE ?

LE CLOS MONTMARTRE EST VENDU DANS LE 18ème :

L’explication de Sylviane Leplâtre, œnologue du Clos Montmartre :

au Musée de Montmartre situé 12 rue Cortot, à la Maison des Epicuriens 46 rue Lamarck, au restaurant Les Négociants Place Jean Gabin, au Bistrot du Maquis 69 rue Caulaincourt, à La Bonne Franquette 2 rue des Saules.

« Depuis 2014, a été amorcé le remplacement des souches mortes ou moribondes (perte de plus en plus lourde non remplacée jusqu’à cette date) par des variétés résistantes nouvelle génération, conformément à la demande de la ville de Paris de diminuer de façon majeure les traitements phytosanitaires. Ces variétés résistantes issues des sélections variétales des centres de recherche européens (Allemagne, Suisse, Italie, puis France) ne présentent pas les défauts œnologiques des vieux hybrides producteurs directs (mauvais goûts) et ont également une résistance aux maladies bien connue et élevée. (Il s’agit de sélection naturelle bien sûr, comme tous les travaux des agriculteurs depuis que l’agriculture existe).

Commandes en ligne sur : www.comitedesfetesdemontmartre.com

Ensuite a été initié un remplacement actif de rangées entières par des variétés résistantes rouges. Cependant, afin de conserver l’esprit et le patrimoine du Clos, des rangées entières d’hybrides anciens historiques ont été conservées, ainsi que la multiplicité de cépages (une trentaine) comme la plantation initiale. Ainsi, l’encépagement du Clos représente un pont entre son histoire personnelle et l’histoire du vignoble d’Ile de France, et les résultats de la recherche scientifique. »

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Le Comité des Fêtes de Montmartre vous propose

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Cuvée du Centenaire de la République de Montmartre Commandes en ligne sur : www.comitedesfetesdemontmartre.com Le Clos Montmartre est vendu dans le 18ème : au Musée de Montmartre 12 rue Cortot, à la Maison des Epicuriens 46 rue Lamarck, au restaurant Les Négociants Place Jean Gabin, au Bistrot du Maquis 69 rue Caulaincourt, à La Bonne Franquette 2 rue des Saules...

L’ABUS D’ALCOOL EST DANGEREUX POUR LA SANTÉ. A CONSOMMER AVEC MODÉRATION.

VENDU AU PROFIT EXCLUSIF DE SES ŒUVRES SOCIALES DU 18ÈME


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PROJECTEUR SUR...

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EUGÈNE

HAPLIN PAR ALEXANDRA CERDAN

« C’EST MON PÈRE, COMPOSITEUR, QUI M’A FAIT AIMER LA MUSIQUE ! »

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l est le 5ème enfant (dernier mariage) sur 8 du légendaire artiste Charlie Chaplin. Eugène Chaplin, né en Suisse (son père alors âgé de 64 ans) est ingénieur du son et réalisateur de documentaires. Enfant, Eugène était proche de son père, qu’il écoutait et observait lorsqu’il composait : ainsi est née sa passion pour la musique. Car si Charlie Chaplin est connu et reconnu mondialement comme un immense acteur, réalisateur, scénariste et producteur de films, il est aussi un grand compositeur. Chaplin composa les musiques de ses films. Pour une de ses œuvres cinématographiques «  Les temps modernes  » sorti en 1936 au cinéma et 18 ans après en 1954, John Turner et Geoffrey Parsons eurent l’idée d’écrire des paroles sur la musique de ce film. La chanson «  Smyle  » était née. Elle fut interprétée par les plus grands, comme Judy Garland, Michael Jackson, Diana Ross, Nat King Cole, Céline Dion, Barbra Streisand et même Dalida (adaptation française  :

Femme). Tout comme Michael Jackson, Charlie Chaplin était autodidacte. Il avait appris seul le piano, le violon et le violoncelle. Chaplin ne savait pas lire et encore moins écrire une partition. Il fit donc appel à des compositeurs et arrangeurs professionnels comme David Raksin, Raymond Rasch et Eric James pour mettre en forme ses mélodies. Chaplin signa encore la musique originale de son dernier film, « La comtesse de Hong kong  », sorti en 1967, avec Marlon Brando et Sophia Loren. La chanson This Is My Song, était chantée par Petula Clark. Voilà ce qui explique en partie pourquoi Eugène Chaplin est devenu un illustre ingénieur du son. Il tient cela de son père. Charlot nous quitta le jour de noël 1977, à 88 ans. Je tiens à remercier Arnold Lozano. Site officiel : www.charliechaplin.com

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PROJECTEUR SUR...

INTERVIEW Alexandra Cerdan : Charlie Chaplin, votre père, a été récemment mis à l’honneur par une exposition à la cité de la musique Philharmonie de Paris. Une partie du public a découvert qu’il était aussi un grand compositeur. Pouvez-vous nous en dire un peu plus ? Eugène Chaplin : Mon père a été influencé quand il était tout petit par la musique du Music Hall où ses parents travaillaient. Il s’est vite rendu compte qu’on pouvait susciter de grandes émotions en combinant la pantomime, qui est un langage universel, avec la musique, qui est aussi un langage universel. A.C  : Avez-vous les mêmes goûts musicaux que votre père ? E.C  : Je suis de la génération Woodstock, alors… lorsque j’étais jeune homme, non… mais maintenant oui. A.C  : Vous avez été l’ingénieur du son pour des artistes comme David Bowie, Les Rolling Stones, Queen. L’avez-vous été pour des musiques de votre père ? E.C  : Non, pas du tout. Mais je me rappelle quand mon père composait. Je l’écoutais composer au piano des mélodies que j’entendais plus tard en visionnant ses films. A.C  : Votre père était-il aussi drôle dans le privé que devant une caméra ? E.C : Comme tous les clowns, il était sérieux. Mais il pouvait être très drôle avec ses amis. A.C  : Quel film de votre père préférez-vous ?

E.C : Je les aime tous, tous ses films sont drôles et ont une grande sensibilité. «  Les lumières de la ville » est un chef-d’œuvre . A.C  : Quels genres de film aimait votre père ? E.C : Il adorait les documentaires. Et aussi François Truffaut. A.C : Et vous ? E.C : J’aime tous les genres. A.C  : Apparemment, vous aimez aussi le cirque tout comme votre père. Pensez-vous que les animaux ont leur place sur la piste ? E.C : Oui je le pense, sous certaines conditions. Il est important que nos enfants puissent les voir. L’environnement vital des animaux est en train de se rétrécir comme une peau de chagrin. A.C  : Votre père Charlie Chaplin est venu trois fois à Paris. Pendant ses séjours, il fréquentait le Lapin Agile à Montmartre (voir encadré). Et vous, connaissez-vous ce village dans la capitale ? E.C : Mon père venait souvent à Paris. Montmartre  ? C’est là où j’essaie toujours de résider quand je suis de passage à Paris ! A.C  : Votre père a-t-il laissé des œuvres (films, musiques) qui n’ont jamais vu le jour ? E.C : il a écrit un scenario qui s’intitule «  Le Freak ». Malheureusement sa santé ne lui a pas permis de réaliser son film. Alexandra Cerdan

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CHARLOT AU LAPIN AGILE

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n l’ignore souvent, mais pendant ses séjours parisiens, en 1923 et 1926, Charlie Chaplin avait ses habitudes à Montmartre, au Lapin Agile, où il passait régulièrement ses soirées. Le livre d’or du légendaire cabaret en garde mémoire : Charlot y a des-

L’homme a fait un petit signe qui voulait dire non. Il est parti seul, à pied, regardant son ombre élastique courir devant lui ou le suivre à trois pas derrière, comme un chien fidèle. La pluie tambourine une petite chanson triste sur son chapeau melon.

siné son chapeau, sa canne et ses souliers…non moins légendaires. Le magazine « Pour Vous »  fit paraître en janvier 1930 un article de Louis Delaprée, intitulé Au LapinAgile avec Bill Bocketts et Charlot, qui évoque superbement les soirées montmartroises de Chaplin * :

L’homme arrive au « Lapin Agile ». La porte accueillante l’avale. Un sourire à Paulo qui fume sa pipe au comptoir. Un signe amical à Frédé. Une table, une chaise. L’homme s’assied et commande quelque chose. « C’est lui », murmure-t-on à droite et à gauche.

« Un petit homme monte vers le «  Lapin Agile  ». Si vous l’aviez vu un quart d’heure plus tôt, je gage que vous auriez été passablement surpris. Il sortait d’un de ces hôtels pour milliardaires, à cuisine internationale, où la chambre (avec salle de bain et petit salon, monsieur) coûte mille francs par jour et le sourire du portier cinq louis. Une auto, allongée sur l’asphalte comme un lévrier ventre à terre, l’attendait devant le tambour.

Qui donc est « Lui » ? Je ne vois qu’un petit homme aux souliers ruisselants, les yeux perdus entre de longs cils que la lumière paraît blesser. Ses tempes grisonnent déjà, tandis que sa bouche, malgré un pli d’amertume, conserve une expression d’enfance. On dirait le sourire d’une petite fille courageuse qui a envie de pleurer mais qui retient son chagrin et ses larmes. (…)

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Les autres spectateurs sont partis. Les deux derniers s’en vont. On met les volets. L’étranger ne part point. Les chansonniers, Bill, Frédé,  Paulo  viennent lui serrer la main, boire avec lui. Il prend le violon de Frédé. Il joue du Josquin des Près, du  Couperin, du jazz ; il imite les miaulements des chats de gouttières, les grincements d’une auto fatiguée, les glapissements d’une concierge qui réclame en vain — pour la dix-septième fois — le loyer d’une chambre meublée. Avec une vieille écharpe, un pardessus et sa canne, il représente à lui tout seul une course de taureaux, le toréador, la bête, les belles spectatrices, les chevaux, la foule. Il se multiplie, se dédouble, se détriple, change dix fois de peau en cinq minutes. Mais voici, tout à coup, une expression qui ne trompe pas, une façon de marcher, un sourire qui dénoncent leur homme, le livrent. Vous avez reconnu  Charlie Chaplin. (…) Louis Delaprée

On dit que c’est au Lapin Agile que Chaplin découvrit la chanson « Je cherche après Titine  » qu’il interprétera quelques années plus tard dans son film Les Temps modernes (1936). *Cet article est à découvrir en intégralité sur l’excellent site ww.la-belle-equipe.fr consacré à l’âge d’or du Cinéma Français à travers les revues d’époque.


MADE IN MONTMARTRE

LES AMOUREUX DU andy LR et François Deblaye se sont rencontrés en 2016, lors d’un concert à l’Olympia d’Alain Turban. Ils se retrouvent lors de la soirée d’ « after show », au restaurant À la Bonne Franquette ». Avec l’aide de Cupidon, ce livre et cette belle rencontre s’ouvrent sur la Butte Montmartre, endroit magique, cher aux artistes et amoureux du monde entier. Ainsi commence une histoire d’amour avec la bénédiction, non pas du Saint-Père de la basilique, mais avec celle de Michou, l’homme en bleu et prince de Montmartre, dont François était le relationnel le plus fidèle. Sandy et François deviennent les figures de proue d’un bateau qui ne cesse de naviguer dans tous les lieux du Paris qui pétille et qui chante. Le ciment de leur histoire prend forme

venant de Honfleur, et de François qui a quitté il y a bien longtemps les Côtes de Blaye pour trouver celles de la Butte sacrée.

Photo Jean Rauzier

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SACRÉ-CŒUR

avec cet artisan de la chanson française nommé Alain Turban qui leur propose une chanson « Les Amoureux du Sacré-Cœur ». C’est ainsi que ce texte trouve ses interprètes. Sandy et François se retrouvent en studio pour enregistrer leur duo et les médias commencent à s’intéresser à leur belle histoire, celle d’une fille, Sandy,

Les Amoureux du Sacré-Cœur sont ici mieux qu’à Venise. Ils le chantent, ils le disent et ils le vivent. Une histoire d’amour sacralisée à travers un clip disponible sur You Tube : https:// youtu.be/sqJKytfzk4Y. Un album est en préparation avec des chansons comme  "J'ai très envie de vous", "On fait tout ensemble" , "La fille entre les ponts" , "Bienvenue à Paris"... sortie prévue début 2021. Vous pouvez les retrouver sur toutes les plateformes de téléchargement & les réseaux sociaux Facebook, Instagram, Twitter...et leur chaîne You Tube.

« MIRA BELLE »

CHAPELIÈRE OFFICIELLE DE LA RÉPUBLIQUE !

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es Montmartrois se souviennent de la jolie boutique « Mira Belle », place Charles-Dullin, où maris Desnos fédérait et présentait depuis 2007 les plus jolis chapeaux (et accessoires de mode) nés des mains créatives d’artisansartistes. Et aussi des défilés de mode et des fêtes, telles les Catherinettes de Montmartre, que Marie organisait avec talent et passion. En Novembre 2020, Marie a pris un nouveau départ en créant un site boutique en ligne et en installant un showroom à Neuilly-surSeine où elle réside.       Son objectif reste le même : que le chapeau, à la fois utilitaire et accessoire de mode, soit porté plus facilement, en le libérant de son caractère cérémonial. Sa mission aussi : faire perdurer une création artisanale authentique et assurer la promotion de nouveaux talents.

Il était bien naturel que Marie, déclarée chapelière officielle par la République de Montmartre, se voit confier la fabrication du chapeau, qui fait partie de la célèbre grande tenue. Ce chapeau a longtemps été fabriqué par des chapeliers artisanaux français. Cette activité a progressivement disparu. Mira Belle, modiste montmartroise, a relevé le défi et le réalise sur mesure avec des artisans locaux.

Montmartre en Revue N° 1 — Décembre 2020

Pour le commander contactez : Mira Belle Mob : 06 07 77 86 12 Tél:  01 42 52 00 11  mira.belle.chapeaux.paris @gmail.com  www.mira-belle.fr

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UNE MÔME À PIGALLE

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LA MÔME DE

IGALLE PAR CHRISTINE HAYDAR

Montmartre, été 1954 Simone, 11 ans, vit dans une chambre de bonne avec ses parents et son frère aîné, dans le quartier populaire de Pigalle. Elle n’est pas heureuse et rêve de changer de famille. Un soir, un violent orage de grêle la contraint à se réfugier sous le chapiteau où Kurt le lilliputien répète un nouveau numéro avec son poney Caligula, sous le regard énamouré de la grosse Georgette, nouvelle recrue de la Galerie des Monstres, qui doit peser dans les deux cent cinquante kilos. La foudre s’abat sur le chapiteau et Kurt ne peut éviter son poney terrorisé, qui s’écroule sur lui.

il ouvre les yeux. Il doit pas être trop dans le potage vu qu’il me reconnait immédiatement. - Mademoiselle Simone. Comment allez-vous ? Il regarde autour de lui en tournant doucement la tête. - Auriez-vous l’extrême obligeance de m’aider à me relever ? Notre toute nouvelle partenaire, Mme Georgette, est en proie aux pires difficultés avec Caligula. Il est de mon devoir de la sortir de ce mauvais pas.

Pendant que je l’aide à se remettre sur pied, la bâche d’entrée du chapiteau s’envole, « C’est marrant, quand un artiste peint mon quartier, c’est tellement beau que j’ararrachée par une bourrasque. rive jamais à le reconnaître… » (Lucien Lièvre la Place Pigalle - Musée Carnavalet) Dehors, c’est toujours la tempête. Une odeur de brûlé nous La suite se passe comme dans un un bœuf. Le poney cavale dans tous arrive par bribes. On entend des cris, film au ralenti. Tout en me précipitant les sens en hennissant comme un fou. suivis d’un fracas épouvantable, puis vers la piste, j’enregistre sans vrai- - Essayez de le calmer, je balance à la encore des cris, mais pour l’instant, ment la voir le pachyderme en jupons grosse tout en réalisant mon incons- on a assez à faire ici. La grosse Georqui essaie de se lever. Elle est obligée cience. Il faudrait déjà qu’elle puisse gette est pleine de bonne volonté, de rouler lentement sur le côté, de se l’attraper, le canasson…De toute mais c’est pas l’efficacité qui la caracmettre à genoux face aux gradins et façon, je lui aurais demandé de s’oc- térise. Tétanisée au milieu de la piste, d’y prendre appui avant de dérouler cuper de Kurt, c’était pas mieux. Si elle fait la morte en espérant éviter tous ses bourrelets et de se retrouver elle se met à genoux, Césarine, c’est les coups de sabots hystériques de enfin debout. Rapide comme elle est, un treuil et un régiment de sapeurs- Caligula. Kurt la contourne, siffle un c’est pas elle qui va être d’un grand pompiers qu’il faudra pour la remettre grand coup avec deux doigts dans la secours. sur ses cannes. bouche et chope les rênes qui penJe suis à genoux près de Kurt à es- Kurt a le front qui saigne un peu, douillent devant le canasson désosayer de le ranimer depuis un temps mais ça doit pas être très grave parce rienté. En trois minutes, il l’a calmé. qui me semble une éternité quand elle qu’après quelques tapotements sur - Je vais ramener ma monture dans finit par arriver en soufflant comme les joues à l’aide de ma jupe mouillée, sa stalle. Voulez-vous m’attendre Montmartre en Revue N° 1 — Décembre 2020


UNE MÔME À PIGALLE

chez moi ? Nous pourrons discourir un moment tout en prenant un thé à la mandarine, il me dit, après s’être assuré que la baleine est remise de ses émotions. Je remarque qu’il l’invite pas à goûter. Il doit avoir peur qu’elle passe à travers son plancher. Dehors, c’est la panique. La boule de feu est tombée sur un arbre du boulevard, à trois mètres du chapiteau. L’arbre lui-même s’est fracassé en deux et vient de s’écrouler sur la rue, bloquant la circulation. Une bonne femme blessée est allongée par terre sous les trombes d’eau en attendant Police-Secours. Un mec compatissant tient un parapluie au-dessus de sa tête en lui parlant à l’oreille. Les chauffeurs des bagnoles qui voient pas ce qui se passe klaxonnent à tout va. Les badauds assoiffés de sensationnel s’agglutinent autour de la blessée mais quand ils voient qu’il y a pas de sang, ils repartent se mettre à l’abri. Moi, je m’attarde pas. C’est pas que je sois pas aussi curieuse que les autres mais il grêle vraiment trop, et je verrai aussi bien de la roulotte. Après un dernier regard vers la grosse, restée à l’abri du chapiteau, je file à toutes pompes jusqu’à la volée de marches. J’ai quand même le temps de voir le regard attendri dont elle accompagne le petit homme au poney. J’ai le cœur un peu serré. Elle aussi, elle doit se sentir bien seule quelquefois. Ce qui est quand même rassurant, je me suis dit, c’est qu’on trouve toujours plus malheureux que soi.

*

La tempête s’arrête aussi soudainement qu’elle a commencé. J’ai à peine le temps de me frictionner la tête avec une serviette en attendant Kurt que l’ombre des gros nuages noirs passe à toute vitesse devant la fenêtre et

qu’un rayon de soleil vient caresser le couvre-lit de cretonne blanche. J’ai peine à croire que seulement un quart d’heure se soit écoulé depuis mon arrêt devant le Cinéac Barbès. La sirène d’une ambulance se fait entendre dans le lointain juste quand Kurt monte les marches de sa roulotte. L’embouteillage est tel que je me demande comment elle va arriver jusqu’à la blessée. Tant bien que mal, mètre par mètre, elle se fraye un chemin et, après un détour par le trottoir pour contourner l’arbre abattu, les infirmiers parviennent enfin à leur but. Les premiers soins expédiés au milieu de la foule, ils sortent un brancard et embarquent la cliente vers l’hôpital le plus proche. Deux flics organisent un détournement de circulation en attendant qu’on déblaye l’arbre foudroyé. Petit à petit, tout rentre dans l’ordre. Pendant que Kurt, après avoir désinfecté et pansé sa plaie, prépare le thé à la mandarine et découpe un pain d’épice au miel d’acacia avec le raffinement qui le caractérise, je regarde les badauds, privés de spectacle, se disperser à contrecoeur. Au moment où il pose nos tasses sur le napperon de dentelle dont il a décoré la petite table, alors que je suis en train de me dire que j’ai jamais été reçue par personne avec autant d’égards, tout « Et la nuit, c’est un autre monde… » en admirant la superbe rose blanche qui a commencé à mourir dans un petit vase à une place, une ombre obscurcit une fois de plus la petite fenêtre. La grosse tête de Mme Georgette s’y encastre comme dans un cadre. Quelle vision  ! Elle a tellement de peau drapée sur les paupières qu’on dirait les plis d’un rideau. Ses joues rondes ont l’air bien tendues par comparaison. Vues d’aussi près, ses grosses lèvres molles ressemblent à deux limaces. Ses cheveux, d’un châtain sans éclat, sont coiffés démodé avec des crans comme pendant la guerre. Bref, une tronche à couper l’appétit à n’importe qui. Même

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à moi, c’est tout dire… La surprise, c’est quand elle parle. - Je viens prendre des nouvelles de cette vilaine ecchymose. Comment va mon petit trésor en sucre ? elle susurre avec des mines de chatte qui lui vont pas du tout au teint. Mais alors, sa voix. Pardon. Aussi rauque et sensuelle qu’une actrice de cinéma. En fermant les yeux, on croirait entendre Marlène Dietrich. C’est dingue.

- Eh bien je suis au regret de vous dire que vous avez perdu, il reprend en avalant une gorgée de son thé à la mandarine, qui, soit dit en passant, est vachement bon. Ce serait la dame de cœur. Cela vous surprend. Si si, je le vois bien. Mais je puis vous assurer que, sous cette apparence …difficile, se cache un être plein de générosité, bien que quelquefois envahissant, je me dois de l’avouer. Et là, il mord délicatement dans sa tranche de pain d’épice, le mâche et le remâche un bon moment avec distinction avant de l’avaler. Son histoire de dame de cœur, c’est une leçon de morale ou je m’y connais pas. Je préfère ne pas répondre. J’ai horreur des leçons de morale.

Insigne honneur, il faut peut-être pas pousser. En tout cas, il est fortiche pour l’esquive, Rase-Bitume. Et il a le chic pour vous faire sentir important. Alors, j’ai parlé un peu de ma famille... Je sais pas pourquoi, mon père, par les effets d’une promotion aussi rapide qu’inattendue, est subitement devenu premier violon dans un grand orchestre symphonique. Sûrement la photo du grenier qui me revenait en mémoire au bon moment. Je croyais presque à ce que je racontais quand je l’ai décrit en train d’enfiler son habit les soirs de concert. Ma vieille, devenue pour sa part femme au foyer irréprochable, mère aimante et attentive, fin cordon bleu, épouse parfaite, dans un portrait que je trouvais assez réussi lui aussi, agenouillée aux pieds de son dieu, l’homme à l’archet magique, faisait briller ses pompes vernies d’un coup de chiffon extatique, - Merci, Georgette. Je vous suis extrêmement recon- pendant qu’il se battait avec son nœud papillon, point final naissant de vous inquiéter ainsi de ma santé, mais il me de la cérémonie d’habillage, avant de lui tendre son étui semble que cette légère contusion n’aura pas de consé- à violon et de l’embrasser tendrement sur les lèvres en quences fâcheuses. guise d’au revoir. Même Bénito était devenu un mec à peu près sociable. - Tant mieux tant mieux. Si vous avez besoin d’une main Je lui ai quand même laissé sa tronche de furoncle et son experte pour changer votre pansement, surtout n’hésitez sale caractère. Ma bonté a des limites. Quant à la piaule pas. Vous savez où me trouver, elle Bobinet, elle s’est agrandie comme minaude de plus belle. A plus tard, par enchantement en un spacieux mon ange, elle ajoute avec un sourire deux-pièces cuisine que j’ai reLà-dessus, la baleine à gerber, qui découvre une dentition gretté aussitôt. chicots et compagnie qu’à sa place Ma petite Simone, j’ai dit, tu me blanche à voix de velours, j’éviterais d’exhiber. déçois. Deux pièces au lieu d’une, bourreau des sièges frac’est ce qui s’appelle avoir le rêve Là-dessus, la baleine blanche à voix étroit et le mensonge exigu. Alors giles et cauchemar des de velours, bourreau des sièges fraque tu pouvais lui balancer un sixcouturières, disparaît de giles et cauchemar des couturières, pièces les doigts dans le nez. disparaît de notre vue dans ses frinsais, pas la peine d’en rajouter, notre vue dans ses fringues Je gues informes. Je me garde bien j’ai répondu, vaguement excédée. de faire le moindre commentaire. Surtout quand Kurt a cru bon de informes. Kurt non plus ne dit rien pendant commenter, de son inimitable voix quelques minutes. Il se contente de de châtré : boire une gorgée de thé avant de me balancer en forme - Vivre aussi nombreux dans un espace aussi restreint ne de devinette : doit pas être sans poser de sérieux problèmes existentiels, je présume. Parvenez-vous tout de même à cultiver - Si je devais comparer Mme Georgette à une carte à jouer, par-devers vous quelque jardin secret, vous qui n’êtes pas savez-vous laquelle ce serait ? vous-même sans faire penser à une fleur, si vous me permettez cette comparaison, hardie je vous l’accorde, mais - L’as de pique, je réponds sans réfléchir, en pensant à sa ô combien respectueuse. déguinge. Je l’ai regardé pour voir si des fois il se paierait pas ma

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tête, mais non. Je me ferai jamais à sa façon de parler, à celui-là… - Quel est le compositeur préféré de monsieur votre père ? il a continué. Aïe. Terrain plus que marécageux. La musique classique, c’est pas mon truc, à moi. - Wagner, j’ai répondu à tout hasard, avec une pensée reconnaissante pour Mr Tomaso et ses Walkyries. - Wagner. Cela est extrêmement curieux. Il ne me souvient pas qu’il ait jamais composé pour violon solo.

Décidément, je ferais mieux d’arrêter de mentir pour l’instant. J’ai affaire à trop forte partie. Quand même, il a commencé à m’énerver à toujours ramener sa science. - Vous m’avez pas demandé ce qu’il préférait jouer. Vous m’avez demandé qui était son compositeur préféré, j’ai répondu d’un ton agressif. Un peu surpris par ma réaction, il s’est aussitôt excusé d’une voix plus nasillarde et haut perchée que jamais. - Je vous prie de bien vouloir me pardonner, chère mademoiselle Simone. Je serais au désespoir que vous puis-

siez, ne serait-ce qu’une seconde, imaginer que mon dessein était de vous blesser. Loin de moi l’idée… J’ai coupé court à sa diarrhée verbale de perroquet savant d’un péremptoire « Y a pas de mal, n’en parlons plus.  » Et j’ai enchaîné sur Loretta. Quand il a su qu’elle faisait pute, il a eu l’air vachement intéressé…

A suivre… CHRISTINE HAYDAR

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COUPS DE CRAYONS

UBOUILLON PAR MARIE-FRANCE COQUARD

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egard malicieux et pétillant constamment en alerte derrière un sourire narquois, Alain Bouillon - Dubouillon de son nom d’artiste - affiche la discrétion modeste des plus grands. 55 ans d’humour couronnent le talent du célèbre dessinateur satirique qui revendique l’humour en toutes circonstances : «mon métier, c’est de faire rire. L’humour d’abord. L’actualité, les hommes passent, l’humour reste, je suis là pour dédramatiser, évoquer l’actualité avec de l’humour. » Son credo : « faire un clin d’oeil sans tomber dans le pessimisme ni le côté dramatique de la vie ». Natif de Lyon, à 22 ans, il affronte la capitale. Bien entendu, il se fixe sur la Butte où il fait la connaissance de Janbrun, notre regretté caricatu-

LE DESSINATEUR CARICATURISTE AU CRAYON LASER riste montmartrois. Place du Tertre, il attire les touristes en échange d’un repas à la Bohème ou à la Bonne Franquette. Le voici bientôt l’ami des dessinateurs de Montmartre comme Jean Dy et Claire Brétécher. C’est Paris-Match, rien que cela ! qui lui prend son premier dessin. Séduit par son style, le fameux hebdomadaire le publie chaque semaine pendant un an en le payant fort bien. Très vite ses « GRIBOUILLONS » vont attirer les magazines Lui – Candide - Adam - VSD et autres revues françaises. Son coup de crayon, donnant à ses personnages des expressions universelles, lui vaudra d’être publié à l’étranger  : Mayfair en Angleterre, Stem en Allemagne où il laissera une série de 11 albums et des bandes dessinées tirées à 240 000 exemplaires Outre Rhin… En 1967, Dubouillon entre aux éditions Dargaud, dans l’équipe de Tintin. Il y créé le personnage Gazoual avec Reiser. Dubouillon dessine et Reiser, autre dessinateur génial, écrit les scénarios. Ensemble, pendant trois ans, ils font la 2ème de couverture de Record, le mensuel pour la jeunesse aux éditions Bayard. A l’époque il habite rue des Feuillantines et doit aller chercher les textes chez Reiser qui galère alors dans son HLM de Bondy. Puis

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avec son ami Auguste, Dubouillon va créer Tortax une attachante tortue volante justicière. En dépit du succès de ses bandes dessinées qu’il juge trop contraignantes, il va se tourner vers l’actualité en croquant les hommes politiques et leur environnement. Il devient bientôt une star du dessin d’actualité qui immortalise comme personne les événements les plus éphémères. Moniteur de canoé Kayak et de spéléologie en Ardèche, il tombe amoureux de la beauté de ses paysages et de sa qualité de vie. En 1975, il s’installe à la Gorce avec sa femme et ses trois enfants, s’y lie avec Jean Ferrat et, depuis 48 ans, noue avec Bernard Lecoq une amitié indéfectible… sans oublier son copain Laurent Gerra. C’est à cette période que Dubouillon devient le dessinateur attitré du Progrès de Lyon, auquel il assure un dessin quotidien repris chaque dimanche dans la page réservée à « La semaine de Dubouillon  », véritable institution pour le journal et ce depuis quatre décennies ! En outre, pendant 35 ans il sera le dessinateur de Lyon Poche, tout en collaborant à Canal+ et en signant


COUPS DE CRAYONS une série de dessins animés en 100 épisodes sur les JO de Barcelone… sans omettre son rôle de consultant du Centre national de la caricature. Il commente, en y résumant l’essentiel, les événements de la semaine. A l’écoute de tout et de tous, rien ne lui échappe pour tacler les désordres, incohérences et injustices de la société avec les traits satiriques toujours humoristiques qui le caractérisent. Les maladresses, les petits travers sont brossés avec une habileté parfois grinçante mais jamais méchante ni vulgaire : politique intérieure, Macron en marche, les élections, toutes les informations qui ont fait 2020 sont passées au crible de son crayon mais aussi des thèmes comme le monde de Trump et, actualité oblige, le réchauffement climatique, les gilets jaunes et bien sûr le Covid. Quel que soit le sujet il le croque avec une habilité percutante parfois grinçante qui suscite le rire comme le sourire. Ses bulles et ses coups de crayon ne sont jamais pessimistes. Depuis plus de 35 ans, je suis, cher Dubouillon, ta fidèle lectrice qui découpe et conserve ta page hebdomadaire dans le Progrès. La République de Montmartre est heureuse de compter en son sein des dessinateurs aussi brillants que Dubouillon, Gab et Redon. Elle poursuit en cela sa tradition. En effet, cette République est née il y a 100 ans grâce à des artistes, peintres, illustrateurs, caricaturistes, dessinateurs tels que Forain, Poulbot, Neumont, Willette, tous orfèvres de la plume et du crayon. Fidèle en amitié, résolument humain, talentueux doué d’une capacité de création inépuisable, aujourd’hui Dubouillon partage sa vie entre Paris et l’Ardèche. Il est l’auteur de plusieurs albums, édités chez Glénat, consacrés aux mondiaux du football et depuis 27 ans il publie une rétrospective annuelle avec ses dessins qui ont marqué petits et grands moments de l’actualité.

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COUPS DE CRAYONS

A déguster bien souvent au second degré, les Semaines de DuBouillon ce sont douze mois d’actualité dans un éclat de rire assuré. Remontons le temps en revivant les événements de 2020 passés au crible par Dubouillon, avec son crayon laser auquel rien n’échappe. Marie-France Coquard

LES SEMAINES DE DUBOUILLON

ALBUM RÉTROSPECTIVE N° 27 Les éditions du Progrès publient la rétrospective des dessins de l’année parues dans les pages du Progrès Dimanche. A paraitre le 27ème numéro d’une série d’albums édités depuis 1994 . 72 pages de dessins sur les principaux thèmes de l’actualité qui ont marqué l’année 2020. Bien sûr la principale actualité a été le monde avec le covid mais également des rubriques sur le bilan de Macron, les gilets jaunes, la politique intérieure, la lutte des femmes, le réchauffement climatique, le sport, le Tour de France en covid, les élections américaines et pour conclure la rubrique des disparu(e)s célèbres . Parution prévue la première semaine de décembre. A défaut de le trouver en librairie ou chez les dépositaires on peut se procurer l’album via le site du Progrès. www. la boutique.leprogrès.fr Prix : 7,20 euros

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MADE IN FRANCE

EAN-JACQUES DE LAUNAY

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LE « FRENCH SINATRA » !

ean-Jacques de Launay, notre « french Sinatra », sort un album très attendu. A Montmartre tout le monde onnait Jean-Jacques de Launay, chansonnier, crooner, comédien. Dans la grande tradition de nos cabarets, sur les scènes de Chez ma cousine, des Deux Anes, de la Bonne Franquette, de la Crémaillère, du Lapin Agile, il nous a offert d’irrésistibles one man show, imitations, chansons et sketchs désopilants. Député de la République de Montmartre, il se dit « de cœur et âme attaché à Montmartre ». Il y trouve ce quelque chose d’indéfinissable qui lui fait ressentir une émotion particulière chaque fois qu’il monte sur la Butte. Mais son talent ne s’arrête pas à l’aune de Montmartre car JeanJacques est également reconnu à Las Vegas, la capitale du show biz, comme le « Sinatra français » avec à son actif une carrière internationale, du Mexique à l’Italie en passant par l’Espagne et la Thaïlande. C’est grâce à une soirée montmartroise que Jean-Jacques a rencontré une journaliste américaine  : tombée sous le charme de sa voix, elle le convie à Las Vegas. La chance était au rendez-vous à Montmartre puisque voilà près de dix ans que notre artiste s’y produit 2 à 3 mois par an. Il est fier de pouvoir exporter notre culture à travers des chansons françaises adaptées aux Etats Unis. Artiste complet, il a commencé par un premier prix de comédie classique à Rouen avant de se lancer, guitare à la main, dans la chanson humoristique qui ose…Cela le conduit rapidement à la capitale, au Caveau de la République. Puis tout s’est enchainé et aujourd’hui JeanJacques s’est affirmé comme l’un des meilleurs crooners français. Loin des sketchs comiques ou parodiques, il a décidé de faire vivre

ou revivre notre beau patrimoine avec un album de 12 chansons qui ont fait le tour du monde. Toutes sont « made in France ». De vraies pépites avec L’hymne à l’amour, Sous le ciel de Paris, Ne me quitte pas, La complainte de la Butte, Et maintenant… et d’autres morceaux revisités. En rappelant l’histoire souvent émouvante de ces mélodies, Il a choisi de les interpréter dans notre belle langue française plutôt que dans leur version américaine. L’émotion est au rendez-vous, celle que Jean-Jacques nous transmet avec une subtile élégance. Quoi de plus important pour un artiste que de savoir faire partager son émotion ? Voici, interprétée par notre french Sinatra au talent intemporel, une

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magnifique rétrospective de chansons françaises qui ont traversé le temps pour devenir célèbres dans le monde entier. Bravo Jean-Jacques d’être cet ambassadeur passionné de notre patrimoine culturel, encore plus aujourd’hui qu’hier, toujours prêt à le défendre tel un guerrier qui vient témoigner de son rayonnement dans le monde. Marie-France Coquard

Jean -Jacques de Launay The French Melodies 12decembre Records contact.infos@12decembre.com www.12decembre.com

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LIBRES PAROLES

paroles… Il nous a semblé nécessaire, Là laibres plus que jamais, d’ouvrir une rubrique dédiée liberté de penser et de dire. Restaurateur, agent immobilier, libraire, pharmacien, artiste, ils sont aussi souvent responsables associatifs, et ont en commun l’authenticité, la sin-

cérité, l’indépendance d’esprit. C’est pourquoi leur vérité, au croisement de l’émotion et de la réflexion, est toujours bonne à dire et à entendre, qu’on la partage ou non. Bienvenue sur la tribune libre de Montmartre en revue ! PROPOS RECUEILLIS PAR JEAN-MANUEL GABERT (25 11 2020)

ALAIN FONTAINE

« C’EST NOTRE SAVOIR-FAIRE, NOTRE ART DE VIVRE QUI PEUVENT DISPARAÎTRE ! » Alain Fontaine, grand défenseur des valeurs de la gastronomie française, est le président de l’association française des maîtres restaurateurs. Ce label, inscrit dans la loi Consommation, récompense les établissements d'excellence, de l'auberge à la table gastronomique.  Il est aussi président de l’association des bistrots et cafés de France, présentés à l’inscription au patrimoine culturel immatériel français de l’UNESCO en tant qu’Art de Vivre. POUVAIT-ON VRAIMENT FAIRE AUTREMENT QUE FERMER LES RESTAURANTS ? On a voulu faire des restaurants la cause du mal, alors que nous subissons les conséquences de l’incapacité à doter l’hôpital en moyens humains et matériels suffisants, l’incapacité à augmenter les lits de réanimation et à faire appliquer tests rapides, tracing et isolement rigoureux comme le font d’autres pays. Les restaurateurs sont le bouc émissaire des défaillances du système. Pourvoyeurs de l’épidémie ? Curieusement, l’étude annoncée sur la question n’est jamais arrivée, tandis que réfectoires d’entreprises et cantines scolaires fonctionnent à plein  ! Nous servons de point d’impact sur les esprits, on sensibilise le peuple en touchant ce qu’il a de plus cher, le vivre ensemble, le partage et la convivialité que nous incarnons. Le premier confinement a été supporté sous perfusion économique. Le deuxième se passe très mal et n’est pas acceptable. Un front de guerre aurait du être mis en place comme il avait été annoncé - mise en marche d’usines, fabrication de respirateurs, de purificateurs d’air, utilisés en Allemagne, ouverture de lits, rappel de soignants et médecins. Mais non, on n’a su que reproduire le même schéma. D’où la colère et le désespoir qui grandissent. POURSUIVEZ-VOUS VOTRE PROJET D’INSCRIPTION DES BISTROTS AU PATRIMOINE IMMATÉRIEL DE L’UNESCO ? Bien sûr, la nouvelle association s’appelle « bistrots et cafés de France », et elle vient de représenter un dossier au comité ethnologique français au patrimoine immatériel français. Ensuite nous passerons au patrimoine immatériel de l’humanité. Il est important d’apporter baume au cœur et fierté à notre profession en plein désar-

roi. Cependant, le problème économique reste entier et gravissime - la situation était déjà dégradée avant la Covid - les bistrots ont un modèle économique serré, et ils n’ont travaillé que quatre mois à Paris, les touristes ne sont pas venus cet été. QUELLES SONT VOS CRAINTES ? Pour l’instant, le bouclier économique est encore efficient. La perfusion, insuffisante, fait illusion mais l’atterrissage

dans le réel se fera entre mars avril et mai quand nous aurons le retour des tribunaux de commerce. Ce seront des dépôts de bilan en masse. Je pense au drame personnel de ces passionnés amoureux de leur métier, nombreux, qui ont mis tout leur argent, qui ont hypothéqué leurs biens parfois, et qui vont devoir vendre leurs commerces à vil prix. C’est désespérant et révoltant. Ce coup d’arrêt donné au bistrot marquera la poussée formidable de la malbouffe à laquelle la gestion de la Covid aura ouvert une autoroute. Les restaurants vont changer de mains, être repris par des franchises, sandwicheries, fast-food. Au final, je crains la disparition d’une restauration digne de ce nom, dotée d’un savoir-faire et d’accueil, mais restant

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accessible : plus rien entre les sandwicheries et à l’autre extrémité les tables les plus chères. C’est toute une part de notre culture originale, de notre patrimoine qui est menacée. VOUS ALLEZ LANCER, JE CROIS, UNE PLATE FORME DE LIVRAISON ? Actuellement, voyez comment fonctionnent les livraisons à domicile  : des jeunes gens exploités attendant les commandes assis par terre, posant leur sac à côté d’eux, sans masque. L’association française des maîtres restaurateurs proposera avant la fin novembre sur son site une application identifiant les maîtres restaurateurs qui proposent de la vente de plats à emporter, en y ajoutant un service de livraison aux normes acceptables*. Nous voulons une livraison à domicile responsable, raisonnable, respectueuse du produit et du client, qui sera organisée par une société de cyclistes utilisant des contrats de travail en bonne et due forme. UNE MESURE À METTRE EN ŒUVRE D’URGENCE ? Outre la réévaluation des aides qui ne permettent pas de couvrir les frais fixes, il faut mettre un frein à la concurrence déloyale de la grande distribution. Nous attendons que ce circuit qui a largement profité de notre absence - du fait de la situation et sans l’avoir cherché bien sûr - renonce  pour un temps à accepter les tickets restaurant. Pour nous permettre de remonter la pente, nous avons besoin d’une forme de « solidarisme » ponctuel : nous demandons  aux acteurs de la grande distribution de ne plus prendre de tickets restaurant pendant quelques temps afin que ceux-ci soient réservés au seul usage de notre profession sinistrée.  *www.maitresrestaurateurs.fr


LIBRES PAROLES

BRICE MOYSE

« NOUS DEVONS SORTIR DE L’ABSURDIE ! »

Brice Moyse, créateur du groupe immobilier Immopolis, implanté sur la butte Montmartre depuis trente ans, est bien connu pour son implication passionnée dans la vie culturelle et associative du quartier, qui a permis la réalisation de nombreux projets. Il est président de l’ACLA, l’association des commerçants de Lepic-Abbesses.

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epuis 2015, nous avons affronté tempête sur tempête : terrorisme, crise des gilets jaunes, grèves suite à la réforme des retraites… Si le premier confinement de la crise du Covid était sans doute difficilement évitable, le deuxième, faussement «  light  », prend la tournure d’un coup de grâce pour des milliers de commerçants et chefs d’en-

treprise. C’est maintenant un tsunami social et économique qui s’apprête à fondre sur nous. Nous sommes dans un système où la lourdeur des charges est telle que trois mois d’arrêt suffisent à mettre à terre une entreprise qui se portait bien. Les trésoreries ne sont pas un puits sans fond et même les commerçants installés depuis 30 ans commencent à vaciller. S’ils tombent, cela fera très mal - des milliers de faillites sont à prévoir pour le printemps 2021. A Montmartre, il y a de plus en plus de locaux à louer ou à céder, je n’avais jamais vu ça. En première ligne, bien sûr, les restaurateurs sont dans une situation catastrophique. Les aides d’État s’avèrent largement insuffisantes ou inadaptées  pour cause de critères de seuil pénalisant ceux dont le chiffre d’affaires dépasse le plafond, mais qui font vivre beaucoup de monde. Ceux-là ne sont pas éligibles aux aides. Beaucoup de grandes brasseries parisiennes sont ainsi menacées de disparition. Pour ceux qui rentrent dans le cadre, les démarches pour obtenir les aides sont si complexes que la Chambre

de Commerce et d’Industrie a mis en place des procédures pour les accompagner ; cela ne suffit pas, et les endettements deviennent vertigineux. Longtemps interdits d’ouverture, les petits commerces affreusement dits «  non essentiels », pourtant garants de règles sanitaires très rigoureuses, se retrouvent abandonnés au milieu de l’océan, en grande détresse. Dans le quartier des Abbesses, de nombreux amis commerçants ont accumulé plusieurs mois de retard de loyers : le loyer, c’est la charge la plus lourde, et celle dont on ne parle pas, que les aides ne prennent pas en compte. Va-t-on voir nos centres-villes transformés en désert ? Il n’y avait aucune justification à cette fermeture aux conséquences désastreuses, elle ne reposait sur rien, nous n’avons cessé de le clamer - la majorité aujourd’hui, et la plupart des médecins aussi, s’accordent sur ce point. Il est bien temps ! Cette crise sanitaire est le terrible révélateur de l’Absurdie technocratique et administratif qui ronge la France depuis tant d’années, paralyse l’efficacité au mépris souvent de tout bon sens et menace de la détruire en provoquant perte de libertés, injustices. Quelle vision entre autres exemples que celle de ces rayons de supermarchés barrés et bâchés pour «  rétablir  » un semblant d’égalité avec les petits commerces contraints à rester fermés ! Dans mon secteur immobilier, l’Absurdie nous autorise juste à nous déplacer pour estimer un bien : mais elle nous interdit de recevoir les clients et de faire des visites d’appartements ! Or chacun comprendra qu’un achat virtuel, ça n’existe pas… En clair, je ne suis pas fermé administrativement mais je ne peux pas travailler ! Se loger ne serait donc pas une activité essentielle, alors que le logement est la troisième préoccupation des français… Personnellement, j’ai sept loyers de boutiques, j’emploie une vingtaine de personnes, et je n’ai pas le droit au fond de solidarité ni à aucune aide.

Montmartre en Revue N° 1 — Décembre 2020

Nous sommes tous attentifs à la souffrance et aux nécessités sanitaires, nous savons mettre en oeuvre les gestes et comportements protecteurs les mieux adaptés pour « vivre avec » la Covid : mais à ce rythme d’accumulation d’erreurs, ce sera bientôt « mourir avec » pour des pans entiers du secteur économique. QUELLES SONT VOS PRÉCONISATIONS ? Dans cette situation alarmante, compte tenu du cumul de dettes, il faut annuler les charges des entreprises et commerces au bord du gouffre, et revoir vite les critères d’accès aux aides tels que les PGE (Prêts garantis d’Etat)  qui sont en réalité refusés à beaucoup - car on ne prête qu’aux « boîtes » qui vont bien… En prévoyant un étalement du remboursement pour les autres. Il y a encore et surtout la question de la prise en charge des loyers, qui constituent le souci majeur pour la plupart des commerçants  : rendons beaucoup plus attractifs les taux de déduction fiscale, à 50 % pour les bailleurs, qui sont souvent eux-mêmes adossés à des crédits.

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LIBRES PAROLES

FRÉDÉRIC LOUP

«IL FAUT REDONNER MONTMARTRE AUX PARISIENS !» Frédéric Loup est le pharmacien le plus haut placé de Paris… Son officine est désormais le seul commerce d’altitude encore ouvert : la petite enseigne verte signale un phare près du château d’eau, et rassure les habitants de la Butte, isolés dans les ruelles sombres aux devantures closes de l’ancien quartier touristique… Frédéric Loup est aussi le président de l’association des commerçants du haut-Montmartre.

VOUS ÊTES LE SEUL À POUVOIR PRENDRE LE POULS DU QUARTIER… Je ne peux plus prendre le pouls, il n’y a plus personne !... Lors du premier confinement, c’était vraiment spectaculaire : les touristes ont fui du jour au lendemain et les autochtones se sont repliés dans leur résidence secondaire. J’étais seul comme dans un village de montagne abandonné. Puis on a vu de nouveaux visages, des parisiens qui ne montaient jamais sur la Butte et l’ont découverte lors de promenades. Pour le deuxième confinement, les riverains sont restés plus nombreux, comme l’ensemble des parisiens.

langer, ont dû abandonner la partie : compte tenu de la hausse vertigineuse, délirante des loyers, l’apport des riverains ne pouvait pas suffire. C’est la raison pour laquelle Montmartre ne fonctionne plus qu’en «  bi-commerces  »  :

COMMENT VONT LES MONTMARTROIS ? Ils sont, disons, au mieux… moroses. Les Montmartrois sont très attachés à la vie sociale, à la convivialité, à leurs restaurants fétiches et aux diverses animations locales - comme ces dîners de riverains, que nous organisions avec les restaurateurs pour tisser le lien entre tous, créer les rencontres, souder les relations. C’est cette vie de village qui leur manque douloureusement ! MAIS VOUS ÊTES LÀ, UNE OFFICINE OÙ LES HABITANTS SE RETROUVENT… Les pharmacies ont toujours été ouvertes, elles ont toujours été là pour écouter, rassurer, conseiller et orienter. Nous sommes les seuls professionnels du monde médical qu’on peut rencontrer sans rendez-vous, à n’importe quelle heure du jour de la nuit - il y a toujours une pharmacie ouverte comme celle de la place Clichy. Il est sûr qu’en haut de la Butte - où il n’y a plus un seul commerce ouvert, ce qui crée une sensation plus désolante qu’ailleurs - la pharmacie fait aussi vivre le lien social. JUSTEMENT, LE PRÉSIDENT PEUTIL NOUS PARLER DE LA SITUATION ACTUELLE DES COMMERCES SUR LE « HAUT MONTMARTRE » ? Au fil des années, tous les commerces de proximité, jusqu’au dernier bou-

restaurants et boutiques de souvenirs. Cette question du foncier est déterminante, car elle risque de causer la perte des commerçants - et c’est une question d’ailleurs aussi parisienne. Il avait fallu cinq ans, depuis les grands attentats terroristes, pour parvenir à rattraper le chiffre d’affaires, peu avant les troubles des gilets jaunes et les grèves, qui ont provoqué une nouvelle fuite des touristes. On se demandait : qu’est-ce qui peut bien encore arriver ? Une guerre ? Ce fut la Covid. Après le premier confinement, il y eut une bouffée d’oxygène. Dans les restaurants, il n’y avait bien sûr plus de groupes, mais le mouvement amorcé par les promenades des parisiens s’est poursuivi avec les franciliens. Les restaurateurs ont changé leurs cartes, en proposant

Montmartre en Revue N° 1 — Décembre 2020

un choix de plats réduits pour ne pas stocker. Le deuxième confinement et la nouvelle fermeture ont conduit à une situation alarmante : avec des loyers pouvant monter à plusieurs centaines de milliers d’euros par an, combien de temps les commerçants pourront-ils tenir ? Je suis très inquiet. QUELLES ACTIONS AVEZ-VOUS ENGAGÉES ? Depuis la disparition du syndicat d’initiative, qui fait cruellement défaut, nous avons alerté la Chambre de Commerce de Paris, l’Office de tourisme… L’angoisse vient du manque de perspectives. Nous avons été reçus par la mairie du 18e, qui nous a assurés de son engagement et de sa volonté de nous soutenir, en mettant son réseau à notre disposition grâce notamment au site municipal. J’espère, je pense que les élus nous ont entendus, et qu’ils nous apporteront comme promis le soutien logistique de communication qui nous est indispensable pour la relance de Montmartre. Des améliorations sont aussi attendues concernant la propreté et la sécurité  : le soir, nous voyons encore rôder les « chats de gouttière » - il y a eu de nombreux cambriolages pendant le premier confinement. Il faut, je crois, savoir saisir la nouvelle donne  : le tourisme de masse ne sera pas là avant longtemps. Mais nombre de parisiens ont redécouvert le site : on peut revenir à la situation originelle de Montmartre, qui était autrefois attractif pour les parisiens et franciliens, ceux-là même que le tourisme de masse avait en grande partie chassés. Il faut dès qu’il le sera possible se recentrer sur les parisiens et le tourisme provincial, car ils ont toutes raisons d’être fascinés par le caractère, l’ambiance, l’esprit particulier de la Butte. C’est cet esprit-là que nous devons leur transmettre: nous devrons être prêts pour bien les accueillir, faire passer le meilleur de nous-mêmes. Il faut redonner Montmartre aux parisiens !


LIBRES PAROLES

MARIE-ROSE GUARNIÉRI

« LES MONTMARTROIS SE MONTRENT SOLIDAIRES ! » La verve, la passion de Marie-Rose Guarniéri l’ont imposée comme une figure montmartroise, en adéquation avec l’histoire et l’esprit de ce quartier singulier, différent et parisien tout à la fois. Libraire rue Yvonne-LeTac, elle est la fondatrice du Prix Wepler-Fondation La Poste, qui a été remis cette année en petit comité, pour sa 23ème édition.

COMMENT VA LA LIBRAIRIE DES ABBESSES ? «  On affronte les difficultés, c’est difficile, on s’accroche, on résiste grâce à l’attachement chaleureux des Montmartrois pour la librairie. Les Montmartrois nous ont témoigné un soutien indéfectible, cela fait chaud au cœur ! Constatant que le marché Saint-Pierre restait ouvert, nous nous sommes quand même interrogés : qui peut ainsi définir ce qui est essentiel dans la vie  ? Pour nous, pour une très importante frange de population, ce sont les livres, livres d’art, romans, essais, poésie... L’homme ne se nourrit pas que de pain, il a besoin d’une respiration intérieure, et la lecture permet de plonger dans un temps différent, au plus intime, grâce à ces compagnons que sont les écrivains. Pour répondre à la fermeture, nous avons pu organiser un « clique et collecte » à

la montmartroise. Le quartier a été extrêmement solidaire, nombre de riverains nous ont témoigné leur soutien en venant acheter des livres pour eux-mêmes ou pour en offrir à leurs amis. Je n’ai pas fait de chômage partiel pour le deuxième confinement, et j’ai gardé une amplitude horaire habituelle, je suis ouverte jusqu’à 20 h 30. Je ne suis pas superficiellement présente dans ce quartier, je m’y suis toujours impliquée pour faire vivre la culture, en partenariat avec les institutions locales telles que le Louxor, le Studio 28, la Mascotte, ou l’Hôtel Particulier et le musée de Montmartre avec lesquels cet été, j’ai organisé des lectures au jardin. La culture passe par l’engagement, plus que jamais dans les moments difficiles, où nous comprenons mieux encore son importance, où il ne faut surtout pas lâcher... » Non, il ne faut pas lâcher, et pour Noël, privilégions la librairie indépendante, qui choisit ses livres, qui essaye de trouver les ouvrages bien édités, qui est

disponible pour accueillir la clientèle, la conseiller. La 23ème édition du prix Wepler n’a évidemment pas pu se dérouler comme les autres années dans le cadre de la célèbre brasserie de la place Clichy… Elle s’est tenue en petit comité, avec des masques, dans un bureau chez Christian Bourgois éditeur.  Ce prix indépendant, qui soutient les «  en-dehors  », les inclassables, a été remis à Grégory Le Floch pour « De parcourir le monde et d’y rôder » (Bourgois éditeur). La mention spéciale du jury est revenue à Muriel Pic pour « Affranchissements » (Seuil).

PATTIKA : « POUR N’PAS MOURIR ! »

Chacun s’exprimant avec son art, c’est par un texte de chanson, écrit pendant le confinement, que la chanteuse Pattika, auteur interprète, nous apporte le témoignage des artistes privés de scène… avec des mots qui nous concernent tous… Peu de fenêtres sont éclairées Depuis hier, sommes confinés Me sens bien seule, bien isolée Y a qu’mon balcon pour m’aérer

On est en guerre, c’est déclaré L’ennemi virus est arrivé Après la chine, tous dévorés S’laver les mains, c’est nous sauver

A moins d’hiberner comme un loir Surtout remplis scrupuleusement L’attestation de déplacement De déplacement dérogatoire

Une nouvelle loi vient d’être signée Décret du 16 Mars 2020 Pour s’déplacer, faut attester Prouver qu’on sort pour d’vrais besoins

J’piétine dans mon appartement Dans p’tit trois pièces, toute seule maman J’voudrais pouvoir tant échapper Dans la nature, tant m’évader

En attendant notre victoire Et d’recevoir en remplacement L’attestation de déplacement De déplacement libératoire

Pour n’pas mourir, n’pas s’embrasser Pour n’pas mourir, n’pas se toucher Pour n’pas mourir, se séparer Pour n’pas mourir, bien s’isoler Oui pour survivre, obéissez !

Pour n’pas mourir, n’pas s’embrasser Pour n’pas mourir, n’pas se toucher Pour n’pas mourir, se séparer Pour n’pas mourir, bien s’isoler Oui pour survivre, obéissez !

Pour revivre, faudra s’embrasser Pour revivre, faudra se toucher Pour revivre, bien se retrouver Pour revivre, se réconcilier Oui pour revivre, se démasquer !

Pour commander le dernier CD de Pattika, « J’ai un million d’amis » ou le précédent « Le Paris de t’aimer » (10€ le CD + frais de port) écrire à : pattikcontact@gmail.com - Ou titres à télécharger sur les plateformes numériques. Montmartre en Revue N° 1 — Décembre 2020

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PATRIMOINE

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LE

ACRÉ-CŒUR

PAR JEAN-MANUEL GABERT

INSCRIT AUX MONUMENTS HISTORIQUES

… LES OPPOSANTS MONTENT À L’ASSAUT ! Le Ministère de la Culture a annoncé l’inscription aux monuments historiques du Sacré-Cœur, suite à la procédure lancée à l’initiative de la direction régionale des affaires culturelles (Drac) d’Île-de-France, en partenariat avec la Ville de Paris. Cette décision, qui précède le classement de cet édifice devenu l’un des emblèmes du paysage parisien, a suscité aussitôt de violentes réactions de ses opposants irréductibles, persuadés qu’il monumentalise « la revanche de la bourgeoisie contre les Communards  ». Pourtant, le classement consacre un ensemble mémoriel, puisqu’il englobe le jardin dédié à Louise Michel. Dans l’état d’urgence qui nous accable, l’heure est-elle encore à la haine idéologique ressassée ou à l’union face aux attaques répétées contre nos valeurs essentielles ?

L

e 13 octobre, la commission régionale du patrimoine et de l’architecture (CRPA) a donné un avis favorable à l’unanimité à l’inscription aux monuments historiques du Sacré-Cœur de Montmartre, l’édifice le plus visité de Paris depuis l’incendie de NotreDame (plus de dix millions de visiteurs par an, avant COVID bien sûr). Cet avis répondait à la proposition de la direction régionale des affaires culturelles (DRAC) d’Ile-deFrance(1), pour laquelle la basilique «(…) est devenue un édifice parisien incontournable voire iconique pour les nombreux visiteurs de la capitale ». L’action s’inscrit dans «la progressive et parfois difficile reconnaissance du patrimoine du XIXe siècle» affirme-t-elle. C’est la  Commission nationale du patrimoine et de l’architecture (CNPA), qui statuera en 2021 sur le classement du site(2) : pour rappel, un édifice inscrit monument historique peut recevoir jusqu’à 40 % de subventions de l’Etat pour ses travaux de

conservation et de rénovation, tandis qu’un édifice classé peut bénéficier de subventions sans limites de pourcentages. Mais il n’y a aucun chantier en vue, il s’agit ici, précise le préfet Marc Guillaume dans les colonnes du

Point, d’une « préoccupation strictement patrimoniale  », qui «  vise à s’assurer de la transmission de ce symbole de Paris aux générations futures».

LE MONUMENT LE PLUS CONTESTÉ DE PARIS L’annonce de l’inscription du SacréCœur aux monuments historiques a été une surprise pour beaucoup, persuadés que cette icône touristique du ciel parisien était protégée depuis longtemps ! Eh non, même s’ils en admettaient l’intérêt historique, architectural ou technique, les acteurs du patrimoine, gênés, ont longtemps tourné la tête lorsqu’on abordait ce dossier… C’est que cette basilique a suscité dès sa naissance les polémiques idéologiques et politiques les plus virulentes, depuis Zola jusqu’à Sartre, faisant d’elle le monument à la fois le plus familier et populaire auprès des visiteurs et le plus contesté, le plus haï parfois, de Paris, voire de France : « Je ne connais pas de non-sens plus imbécile, Paris couronné, dominé par ce temple idolâtre, bâti à la glorification de l’absurde  »

La Drac a entrepris, en collaboration avec la Ville de Paris, d’harmoniser la protection des églises de la capitale, ce qui a abouti à la protection de 18 églises parisiennes depuis 2012. Actuellement, 1 957 sites parisiens – dont soixante-six églises – sont inscrits ou classés au titre des monuments historiques.

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Le Sacré-Cœur par Alphonse Quizet - Collections Le Vieux Montmartre. Pour les paysagistes montmartrois du XXème siècle, le Sacré-Cœur marque souvent la perspective des antiques ruelles aux maisons provinciales, en leur conférant une forte identité.

écrivait Emile Zola. Et la basilique n’a pas souffert que de mots, elle a subi des atteintes matérielles à plusieurs reprises : en 1944, le bombardement de Montmartre par les alliés cause la destruction des vitraux et des dépendances. En 1971, des jeunes gens commencent à la saccager ; trois ans plus tard une bombe éclate en pleine nuit et ébranle l’un des cinq dômes  ; plus proche de nous, des pots de peinture rouge sont déversés sur son dôme…  En 2017, un Parisien proposa la destruction du monument à l’occasion du vote du budget participatif… Côté Montmartrois, beaucoup ne sont pas en reste, et font de leur aversion au « gros nougat » le garant d’une supériorité culturelle et intellectuelle.

Et le débat n’est pas éteint, puisque l’annonce de son classement effectif - qui devrait avoir lieu au premier semestre 2021 - a déclenché instantanément un pilonnage de réactions politique outragées de la part de ceux qui y voient une sorte de verrue réactionnaire de l’ordre bourgeois-catholique, édifiée pour « expier les crimes des communards ». Parmi ces voix virulentes, le bureau national de l’Union des familles laïques a déclaré  qu’un classement constituerait non seulement «  une insulte à la tradition ouvrière, mais à la France elle-même. » Une insulte ? C’est que l’histoire de la basilique est inextricablement liée à la guerre franco-prussienne - défaite

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de Sedan, signature de l’armistice et à l’insurrection de la Commune de Paris… La Commune est née à Montmartre, en mars 1871, lorsque le gouvernement d’Adolphe Thiers décida d’envoyer l’armée pour récupérer les canons stockés par les Parisiens en haut de la Butte - sur le plateau où sera ensuite édifiée la basilique (voir page 29). Et pour beaucoup la Butte a pris à jamais la couleur des cerises à la saveur amère du grand rêve inaccompli. Au-delà des purs militants, quelques notes de la chanson de Clément, le regard de Louise Michel, suscitent tant de nostalgie mythique que les historiens peinent à rappeler que le vœu d'édifier une nouvelle église a été conçu par Alexandre Legentil et Hubert Rohault de Fleury en dé-

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cembre 1870 puis émis en janvier 1871, donc plusieurs mois avant la Commune de Paris... Ces initiateurs, issus du catholicisme social de la Société Saint-Vincent de Paul, souhaitaient placer sous le vocable du Sacré-Cœur, ou celui de NotreDame de la Délivrance, cette nouvelle église parisienne qui s’élèverait en vue de la délivrance de Paris et « en réparation » pour le salut de la France - pour eux, les malheurs désolant la France avaient d’abord des causes spirituelles. Par la suite, sous la nouvelle présidence de Mac Mahon, ceux qui posèrent la première pierre de l’édifice, en juin 1875, affichaient une volonté de retour à un ordre moral et spirituel catholique. De quoi faire enrager Georges Clemenceau, qui tenta d’interrompre les travaux, et la IIIe République naissante. Mais Clemenceau, icône républicaine, ne fit pas toujours preuve de tendresse envers les grévistes… Doit-on sans cesse faire siéger le tribunal de l’histoire, se vouloir plus républicain que la République ?

CRISE MONUMENTALE Le père Thomas Esclef, nouveau recteur de la basilique, après avoir pré-

résistance aux Prussiens puis aux Versaillais, ce monument mériterait au contraire un déboulonnage». Bien. Faudra-t-il aussi ensevelir les pratiquants dans les carrières de Montmartre, pour les faire rejoindre leurs ancêtres ?

cisé qu’il n’avait rien demandé, a salué cette inscription garante « de la sécurité, du soutien et de la garantie » d’un monument qu’il considère comme « un lieu de paix et de consolation». Rien à faire pour éteindre la colère des opposants, comme l’ancien grand maître du Grand Orient de France Philippe Foussier, pour qui ce classement est « Une insulte à la mémoire des 30 000 morts de la Commune ! Érigé pour faire payer aux Parisiens leur

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Toutes ces déclarations veulent ignorer que le classement inclura le jardin Louise Michel, qui porte le nom d’une figure mythique de la Commune. Karen Taïeb, adjointe au patrimoine de la Mairie de Paris, parlant du Sacré-Cœur dans son geste architectural, le considère tel un « phare de Paris », et ne craint pas d’établir le lien conciliateur : « Si la Ville de Paris a émis un avis favorable à l’inscription de l’édifice au titre des monuments historiques, c’est que nous voyons là l’occasion de réconcilier ces deux histoires. » Réconciliation… Au moment où un fléau épidémique menace les vies, alors que commence à se profiler un désastre social et économique, au moment où une guerre nous a été déclarée sous une forme terroriste pour détruire tout ce que nous sommes, tout ce que notre civilisation a élaboré, fondamentaux laïques, liberté d’expression, égalité hommes femmes, refus des discriminations, alors que l’urgence est à la reconquête républicaine, allons-nous


PATRIMOINE

continuer de gratter au sang de vieilles guerres cicatrisées ? Pendant que nous rallumons les combats idéologiques du XIXème siècle, les soldats de l’islamo-nazisme égorgent et décapitent égalitairement le professeur, passeur des valeurs républicaines, et le croyant modeste dans son lieu de culte ancestral - l’hydre s’infiltre dans toutes nos institutions, dans nos services publics, au cœur même de l’école où des collégiens menacent de faire subir le même sort à leur enseignant. L’aveuglement au sommet (de Paris) !

2021 : CLASSEMENT DU SACRÉ-CŒUR ET CÉLÉBRATION DE LA COMMUNE Bien sûr, le Sacré-Cœur a vocation à être classé monument historique et il est probable qu’il le sera en 2021. Comme sera dignement célébré la même année - si la Covid l’autorise - le 150e anniversaires de la Commune, dans le jardin dédié à cette « grande âme folle » (écrivait Victor Hugo à propos de Louise Michel). Parmi toutes les expositions parisiennes qui seront consacrées à ce moment important de l’histoire, une exposition est bien sûr prévue à la mairie du 18e, une autre au musée de Montmartre, à mi-chemin de l’école où enseigna Louise et de la basilique... Le patrimoine montmartrois est ainsi, un vivant paradoxe.  Montmartre, c’est le Sacré-Cœur et c’est la Commune, ce sont les artistes, les cabarets, la vie dans toute la complexité et la créativité des aspirations humaines. Montmartre, microcosme français, c’est tout ensemble le mont des martyrs des premiers chrétiens pourchassés et le mont social de la Commune, qui eut aussi ses martyrs, la vierge blanche et la vierge rouge, la double aspiration au spirituel et à un idéal collectif social et fraternel chacun, au-delà de ses convictions, doit pouvoir accepter ce mouvement perpétuel, comme un funiculaire circulant entre ciel et terre. Ceux qui croient au ciel, chrétiens, juifs, musulmans, pratiquant leur foi sans prosélytisme, dans le respect des autres, et ceux qui n’y croient pas, athées, libre-penseurs ou « doutants » demeurant au seuil, tous peuvent se retrouver dans ce village au-dessus de la ville. Car ce village appartient à une nation peut-être enfin assez sage pour faire correspondre un monument historique à vocation spirituelle, emblème du paysage parisien, et un jardin où réside la mémoire des rêveurs de la cité idéale. Ce qui nous unit est plus fort… Si l’union n’a pas lieu aujourd’hui, face à l’ennemi qui veut détruire notre corpus d’humanisme, de liberté et de fraternité, alors nous avons déjà perdu. Jean-Manuel Gabert

LA COMMUNE EST NÉE À MONTMARTRE

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e 18 mars 1871, l’arrivée en haut de la Butte des troupes d’Adolphe Thiers venues enlever les canons de la Garde nationale qui y étaient entreposés, déclenche le soulèvement des classes populaires de

de deux généraux. Le gouvernement se replie à Versailles. La Commune est proclamée dans la foulée des élections du 28 mars. Représentée par une assemblée de 79 élus, elle va mettre en place de nombreuses mesures socialeségalité de salaire décrétée entre les instituteurs et institutrices, séparation de l’Église et de l’État actée à Paris, prémices de l’autogestion -  avant le retour dans Paris des troupes de Thiers, qui reprennent possession de la capiThiers demande à la troupe de grimper la Butte pour aller récupérer les canons de Paris… caricatale lors de ce qu’on ture de Pilotell (collections Le Vieux Montmartre) appellera la Semaine sanglante, du 21 au Paris. Clémenceau quitte 28 mai 1871. On estime le en trombe sa mairie de nombre de parisiens tués la place des Abbesses, entre 20.000 et 30.000, mais ne parviendra pas et 40.000 arrêtés. à empêcher le lynchage

Ce tableau du peintre montmartrois Maximilien Luce montre l’exécution d’Eugène Varlin par les troupes républicaines « versaillaises ».

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LES ICÔNES

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EDITH

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DE « MONTMARTRE-SUR-SEINE » AU FIRMAMENT DES ÉTOILES PAR GÉRARD LETAILLEUR

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a chanson, art populaire par excellence, a toujours été le reflet de l’air du temps. Dans les rues du vieux Paris résonnaient jadis, hormis les cris des marchands, mélodies et complaintes parfois bercées au son de l’accordéon. Le «piano du pauvre» accompagnait à merveille moult refrains entraînants, ritournelles sentimentales faciles à mémoriser, à reprendre en choeur, de «Nini peau de chien» à «La Valse brune», du «Temps des cerises» à «Mont’là d’ssus... et tu verras Montmartre»...

La rue donna à la chanson sa véritable dimension populaire. Parmi celles et ceux qui la portèrent au fil du temps à travers la capitale, espérant au terme de leur interprétation voir jaillir des fenêtres quelques pièces salvatrices, se détache la silhouette d’un petit bout de femme dont la voix restera à jamais ancrée dans les mémoires : celle d’Edith Piaf. Cette «Fleur de bitume», comme aurait pu la présenter Emile Goudeau, figure à elle seule la tragédie la plus sordide. A travers ses chansons, elle mythifie la fille perdue des bas-fonds, des ports, prête à s’amouracher d’un marin, d’un voyou... Depuis sa naissance le 19 décembre 1915, elle a traîné toute la misère du monde. La légende l’a fait naître sur les marches de la porte d’entrée de l’immeuble du 72 rue de

Belleville, enveloppée dans la pèlerine d’un gardien de la paix présent à l’accouchement. La suite est tout aussi dramatique. Son père, contorsionniste dans un cirque et sa mère, chanteuse itinérante, ne peuvent subvenir à ses besoins. Ils la confient à sa grand’mère maternelle, éthylique notoire, indifférente à la santé et l’hygiène du bébé. Les biberons sont plus souvent remplis de vin rouge que de lait... Le père se fâche, la récupère et l’emmène chez sa mère... tenancière de maison close à Bernay dans l’Eure. Les filles la prennent en charge. Le bon lait de Normandie remplace les piquettes. Les repas s’équilibrent

Madame Edith Piaf a du génie ! Elle est incomparable, elle pourrait faire pleurer en chantant l’annuaire du téléphone. davantage. Lorsqu’une kératite des deux yeux frappe la petite fille de cécité, les pensionnaires de la grand’mère vont prier sur la tombe de la «Petite Thérèse de Lisieux». Elles ramassent un peu de terre qu’elles appliquent en bandeau sur les yeux de l’enfant qui recouvre la vue une semaine plus tard : toute sa vie Edith portera autour du cou, en dévotion, une médaille

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représentant la petite sainte. En 1922 elle a sept ans et ses parents décident de la reprendre, elle chante dans les rues avec sa mère. A quinze ans elle les quitte et poursuit son chemin de croix avec «Momone», Simone Berteaut, qu’elle considère comme sa soeur, poussant ensemble la romance dans les bars et les casernes. Elles louent une modeste chambre à Montmartre à l’Hôtel de Clermont, 18 rue Véron, qui faisait aussi pension de famille. On le retrouve aujourd’hui au numéro 22. Dans un livre de souvenirs l’ancien barman de «La Taverne du Clair de lune» située tout à côté rappellera la détresse que traversait alors la pauvre Edith, exploitée par les truands du quartier, victime de son entourage et de son bon cœur. C’est que les lieux de plaisir et de débauche, très lucratifs, attiraient les gangs ; les flancs de la Butte, quant à eux, avec leurs difficultés d’accès, les rues escarpées, les escaliers, facilitaient les refuges, permettaient aux malfrats, arnaqueurs, et proxénètes d’échapper facilement à la police. Edith fait de Montmartre son village d’adoption et s’installe avec son premier amour, Louis Dupont dit «p’tit Louis», au Pompéa, rue des Abbesses, hôtel qui s’élevait sur deux étages, le rez-de-chaussée étant occupé par La Mascotte, alors gérée par la famille Comte, aujourd’hui aux bons soins de la famille Campion. A dix-sept ans,


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elle accouche d’une fille, la petite Marcelle. Deux années plus tard, l’enfant est emportée par une méningite foudroyante. Une rencontre va bouleverser cette vie déjà si dramatique : un jour, alors qu’elle chante à l’angle de la rue Troyon et de l’avenue Mac-Mahon, Louis Leplée, le directeur du Gerny’s, un cabaret «chic» du voisinage, l’entend, et subjugué par sa voix, décide de s’occuper d’elle. Elle devient «la Môme Piaf». Son véritable nom, Gassion, passe aux oubliettes. Un professeur, Jacques Bourgeat, prend en charge son éducation. Embauchée au Gerny’s, elle y triomphe, mais Louis, sept mois plus tard, est assassiné. Dieu merci, ses nouveaux amis, Marguerite Monnot et Raymond Asso, la préservent d’une nouvelle déchéance. En 1932, elle pose ses valises rue Germain Pilon, près du restaurant Randouin et le soir chante avec Rina Ketty au Lapin Agile, tenu par Paulo Gérard, fils du célèbre Frédé, auquel a succédé Yves Mathieu. En 1937, on la retrouve à l’ Hôtel Alsina, 39 avenue Junot, établisse-

ment qui faisait aussi pension de famille et où la chambre qu’elle louait à l’année offrait un meilleur confort ; on peut s’en rendre compte en visionnant le film du cinéaste HenriGeorges Clouzot, «L’assassin habite au 21», dont le tournage, en 1941, fut réalisé dans l’établissement rebaptisé pour l’occasion Pension les Mimosas. Le soir le public de l’ABC l’ovationne avec son répertoire forgé par Marguerite Monnot et Roger Asso. Sa glorieuse carrière prend son envol. Jean Cocteau, qui avait vécu son enfance et son adolescence à Montmartre, continuait de hanter le village où se trouvaient ses amis artistes. Fasciné, il s’exclame, «Madame Edith Piaf a du génie ! Elle est incomparable, elle pourrait faire pleurer en chantant l’annuaire du téléphone.» En 1940, il lui écrit un monologue «Le Bel Indifférent», pièce en un acte qu’elle interprète face à Paul Meurisse, silencieux... En 1941, Georges Lacombe tourne avec elle «Montmartre-sur-Seine»,

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une romance inspirée de sa vie. Elle y apparaît entourée d’Henri Vidal, JeanLouis Barrault, Roger Duchesne, Denise Grey et Paul Meurisse. Elle y tient le rôle de Lily, une petite marchande de fleurs de la Butte, amoureuse d’un brave ouvrier. Lorsqu’elle chante, sa

Dans une des scènes, on la voit s’attarder devant La Bonne Franquette où logera plus tard, au premier étage, Charles Aznavour dont elle fera la connaissance après la Libération. voix se charge d’une émotion très singulière, et un metteur en scène de music-hall la remarque, la dirige : elle devient alors rapidement une grande vedette parisienne. Les chansons (Un coin tout bleu, L’homme des bars, Tu es partout, J’ai dansé avec l’amour etc.)

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signées par Marguerite Monnot et les dialogues d’André Cayatte feront de ce film un des plus grands succès du moment. Dans une des scènes, on la voit s’attarder devant La Bonne Franquette où logera plus tard, au premier étage, Charles Aznavour dont elle fera la connaissance après la Libération. En 1944, Edith triomphe au Moulin Rouge. Elle y rencontre Yves Montand auprès duquel elle jouera le rôle d’un pygmalion. Leur liaison s’abritera à l’ Hôtel Alsina. Le 26 octobre 1945 a lieu la soirée d’inauguration du Club des Cinq, cabaret 13, rue du Faubourg-Montmartre,

C’est là, en juillet 1946, qu’elle rencontre pour la première fois Marcel Cerdan qui était ami avec un des fondateurs du Club. C’est le coup de foudre, ils ne se quittent plus. Cerdan s’entraîne à l’Avia Club de la Porte Saint-Martin, petite salle de boxe proche de la rue Véron, c’est alors à l’Hôtel de Clermont, où Marcel a ses habitudes et Edith des souvenirs, qu’ils se retrouvent. Le tenancier, Ammad, breton-kabyle, tient aussi le»rade» attenant où Edith attend Cerdan pour déjeuner du couscous traditionnel. Aujourd’hui le troquet Chez Ammad est toujours dans son jus, et le couscous est toujours au menu du jeudi midi ! On les croise aussi, fréquemment, à La Cloche d’Or, restaurant du bas Mont-

En 1944, Edith triomphe au Moulin Rouge. Elle y rencontre Yves Montand auprès duquel elle jouera le rôle d’un pygmalion. fondé par cinq anciens de la 2ème D.B. «La Môme» y retrouve Michel Simon, Charles Trenet, Les Compagnons de la Chanson. Lors des nombreux récitals qu’elle y donnera, c’est l’auteur-compositeur Michel Emer, chef de l’orchestre du Club, qui l’accompagnera.

martre, à deux pas du Moulin Rouge, 3 rue Mansart, où se rendent les célébrités du temps à l’instar de Fernandel, Jean Gabin, Louis Armstrong, Boris Vian... Après la mort brutale de Cerdan, en octobre 1949, Le Club des Cinq passera de mode et sera reconverti en cinéma de quartier, devenu aujourd’hui le Théâtre du Nord-Ouest. En 1955, Edith redevient à la demande de Jean Renoir «chanteuse de rue» en interprétant le rôle d’Eugénie Buffet, dans le film «French Cancan». Elle vient régulièrement applaudir ses amis lorsqu’ils se produisent dans les cabarets de la Butte. Francis Lai se souvient que c’est Chez ma Cousine, à l’occasion d’un spectacle de Mouloudji qu’il a fait la connaissance, en 1960, d’Edith Piaf et qu’il intégra son clan. La soirée se termina chez elle avec, entre autres Mouloudji, Dimey... C’est aussi Edith qui avait présenté Bernard Dimey à Michel Simon, le vieil ami que Piaf voyait de temps en temps depuis la Libération. En 1960 il venait d’interpréter «Pierrot la tendresse», tourné à Paname. Michel Simon sera l’interprète du très beau texte de Dimey «Mémère» que Brel admirait, avouant qu’il lui avait inspiré «Les Vieux amants».

C’est à un Montmartrois de cœur, le cinéaste Claude Lelouch, qu’il revenait de porter à l’écran l’hymne à l’amour fou : « Edith et Marcel » (1983) - Evelyne Bouix et Marcel Cerdan Jr. Montmartre en Revue N° 1 — Décembre 2020


LES ICÔNES

Le 17 février 1962 elle assiste à la première de Claude Figus, son secrétaire-chanteur, Chez Patachou en compagnie de Théo Sarapo qui deviendra son mari en octobre de la même année. Elle veut faire de lui un chanteur et il débutera lui aussi Chez Patachou, le 29 mai 1962. Michel Emer écrira «ça sert à quoi l’amour ?» qu’ils interprèteront en duo dans plusieurs galas avant leur récital de février à mars 1963 à Bobino. C’est aussi Chez Patachou qu’elle fit sa dernière apparition en public, pour une soirée amicale, soutenue par Théo Sarapo. Le 10 avril 1963 elle est admise en urgence à la clinique Ambroise-Paré de Neuilly, son état se dégrade rapidement. Ses derniers mois de souffrance se passeront près de Grasse.

Le 10 octobre, rattrapée par la maladie, épuisée, fragilisée, elle nous quitte à quarante-sept ans, la veille du décès de son fidèle admirateur et grand ami, Jean Cocteau qui déclara

d’un monde disparu, ne cesse d’inspirer de nombreux artistes. Claude Lelouch ira jusqu’à faire reconstruire Le Club des Cinq pour son film «Edith et Marcel», en 1983. En 2007, Olivier Dahan lui rend hommage avec le film «La Môme». Marion Cotillard incarne C’est là, en juillet 1946, qu’elle Edith et obtient l’Oscar de la meilactrice. Le réalisateur a rencontre pour la première fois leure tourné à Montmartre : les rues de l’Abreuvoir, Lepic (devenue la rue Marcel Cerdan qui était ami Pigalle), Berthe, l’escalier de la rue avec un des fondateurs du Club. du Calvaire, l’angle des rues de et des Martyrs, firent un C’est le coup de foudre, ils ne se Vieuville bond dans les années 30 pour le plus grand étonnement et plaisir quittent plus. des spectateurs occasionnels ! à l’annonce de la funeste nouvelle : « Seulement sa voix nous reste. Cette grande voix de velours noir magnifiant ce qu’elle chante.» Depuis, Edith, véritable icône

Gérard Letailleur Illustrations : Piaf au fil des âges, trois dessins de Redon.

MONTMARTRE EN 50 CHANSONS INOUBLIABLES ! Le label Marianne Mélodie et son directeur artistique Matthieu Moulin sont heureux de célébrer les 100 ans de La République de Montmartre avec la sortie d'un double CD de 50 chansons françaises historiques ayant pour commun dénominateur Montmartre et son décor de carte postale. De Bruant à Turban en passant par Cora Vaucaire, Mouloudji, Barbara, • Monte là-d’ssus (Tu verras Montmartre !) La République de Montmartre • Montmartre - Alain TURBAN • Retour à Montmartre - Cora VAUCAIRE • La complainte de la Butte - MOULOUDJI • Les goss’ à Poulbot - Suzanne ROBERT • Absence - André CLAVEAU • Les nuits de Montmartre - AGLAE • Place du Tertre - Georges GUETARY • Le Moulin de la Galette - Lina MARGY • Du haut du Sacré-Cœur - John WILLIAM • A Montmartre - Germaine MONTERO • A la Bonne Franquette - Alain TURBAN • Le Moulin de la Galette - Suzanne ROBERT

François Deguelt, Patachou, Yves Montand, Colette Renard ou encore Jean Sablon, revivez la magie de Montmartre avec 50 chansons exceptionnelles toutes en versions originales, des années 1900 à nos jours. Une exclusivité Marianne Mélodie, disponible à partir du 15 janvier 2021. Pour toute commande, précisez la référence du CD 7062.441 • La taverne d’Attilio - Félix MARTEN • L’homme en habit - BARBARA • Ballade du Tertre - Jacques LEROY • Sur la Butte - Anny FLORE • Montmartre à minuit - José MARTINEZ • Rose blanche (Rue Saint-Vincent) - PATACHOU • La ballade du vieux Montmartre - François DEGUELT • Sur la Butte - Suzanne ROBERT • Le bateau-lavoir - Les FRERES JACQUES • Irma la Douce - Colette RENARD • A Montmartre - GALIARDIN • Médrano - Alain TURBAN • Les amoureux du Sacré-Cœur Sandy LR et François DEBLAYE

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Montmartre en Revue N° 1 — Décembre 2020

• Moulin-Rouge - Tino ROSSI • Butte en vigne - Anny FLORE • A la grande roue de Montmartre - Emile VACHER • A Montmartre là-haut - Berthe DELNY • Le Chat Noir - Aristide BRUANT • Métro Barbès - Line VIALA • Montmartre - Georges CHELON • Sur la Butte - Jane AUBERT • Les moulins de Montmartre - Jean-Claude ANNOUX • La bohème - Duo PAM et STAN • Merci à vous - Bernard BEAUFRERE • 88% d’amour - France FANNELL et Alain TURBAN • Monte là-d’ssus (Tu verras Montmartre !) Version instrumentale Liste non définitive

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PAROLES ET MUSIQUES

PAR MARIE-FRANCE COQUARD

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epuis 2013 la République de Montmartre se félicite d’avoir Bernard Beaufrère pour Garde Champêtre. Tout a commencé en 2011. Bernard est sollicité par son ami, notre chanteur montmartrois Alain Turban, pour chanter accompagné de son orgue de barbarie au Trianon lors des 80 ans de Michou. Le 3 février 2013, le voilà en costume de Garde Champêtre de la République de Montmartre sur la scène de l’Olympia dans la légende de Montmartre que produit également Alain Turban. Son talent convainc immédiatement Alain Coquard, nouvellement président, de le pérenniser dans cette fonction. Ce sera donc Bernard Beaufrère qui succédera au regretté Robert Schelcher, décédé en 2012. Depuis, bicorne napoléonien vissé sur la tête, uniforme réglementaire, Bernard anime les fêtes montmartroises avec tout son talent d’artiste. C’’est lui qui, précédé des P’tits Poulbots, ouvre solennellement et fièrement les traditionnels défilés de la République. En donnant cette digne fonction de Garde Champêtre à Bernard Beaufrère, la République de Montmartre lui a confié la préservation et la transmission de la mémoire de l’esprit de la Butte.

ENFANT DU FRONT POPULAIRE ET DES CONGÉS PAYÉS Bernard se revendique parigot, enfant du Front Populaire et des congés payés. Né en 1936, dans le quartier des Halles, il fait du patin à roulettes sur la place où sera édifié le centre Pompidou. Fils unique d’un père fort

ERNARD BEAUFRÈRE GARDE CHAMPÊTRE DE LA RÉPUBLIQUE DE MONTMARTRE

des Halles et d’une mère employée de bureau, comme nos P’tits Poulbots de l’époque, de 11 à 13 ans, il se retrouve hélas en sanatorium avec une primo infection qui perturbera ses études. Il obtiendra un C A P de chaudronnerie au collège technique de la rue SaintMartin. Tout gamin Bernard, grâce

QU’ EST-CE QU’UN GARDE CHAMPÊTRE ? Le garde champêtre d’antan s’appelait messor, messié puis mességué soit le surveillant des moissons . Il exerçait sa mission de policier rural veillant au respect de la bonne marche de la cité pour la pêche, la chasse, les bois et forêts. Aujourd’hui, il est vrai que les fusils et cannes à pêche ont déserté Montmartre. Depuis le rattachement de notre village à Paris en 1860, la promotion immobilière s’est chargée de la disparition des bois, forêts et des terres agricoles.

à la TSF, se passionne pour la chanson française. Ses idoles sont alors Charles Trenet et Maurice Chevalier. A 17 ans, il s’inscrit aux concours de chant à la mode à l’époque, les radios crochets. En 1953, il décroche un 3ème prix avec « il peut pleuvoir » de Jacques Brel. Louis Amade et Pierre Delanoé le contactent pour des attractions dans les cinémas pendant l’entracte. Mais pour ses parents la chanson n’est pas un métier, alors

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il va travailler chez Citroën porte de Choisy jusqu’ à son service militaire en 1956. 28 mois l’attendent entre Marrakech et Rabat. Bernard distrait la caserne avec sa gaité et ses chansons. Bientôt il chante en civil Aznavour, Jean Sablon dans des cafés et endroits un peu louches où il avoue avoir été le plus souvent payé en nature par des pensionnaires peu farouches. Toujours prêt à apporter de l’aide, outre ses chansons, il devient infirmier à la caserne. Il fera la connaissance des «  B M C » des blennorragies et autres maladies vénériennes qu’il soigne à la pénicilline. Retour à la vie civile, notre autodidacte obtient son diplôme d’état d’infirmier dès 1959. Pour cela, il a été garçon de salle le matin et a suivi les cours de promotion ouvrière l’après-midi. Le métier lui plait et il l’exercera soit en hôpital soit en médecine du travail. Mariage en 1960, un fils Emmanuel nait un an plus tard. Aujourd’hui Bernard est un grand père heureux avec ses 3 petits-enfants et ses 4 arrières petits-enfants. Tout en étant infirmier de l’école EDF de Sainte Affrique pendant 8 ans, Bernard se produit comme animateur, chanteur, acteur de théâtre. Il le fait, dit-il, en dilettante sans ambition particulière, simplement, modestement, de façon naturelle en sous-estimant probablement ses dons  ; une fort belle voix, une présence scénique qui entraine la salle. Son modèle à l’époque est Yves Montand bien qu’on lui trouvera souvent une ressemblance avec JeanPaul Belmondo ! La capitale lui manque ; alors le voici de retour à Paris dans les années 70.


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Cette fois comme infirmier en méde...une fort belle voix, une cine préventive. Il fait alors la connaisprésence scénique qui sance de Gilles son copain guitariste. entraine la salle. Ensemble, les samedis et dimanches, ils se lancent dans des spectacles de chansons et poèmes dans les cafés qui paieront leurs voyages dans le monde -Thaïlande, Indonésie etc… Mais quand Gilles se marie, Bernard se retrouve seul et fort dépité. Alors, une réorientation s’impose. Il fait la connaissance du président de la musique mécanique qui l’initie aux automatophones, tels que l’orgue de Barbarie. En 1985, c’est chose faite. Bernard s’est mis à tourner l’orgue de Barbarie pour pouvoir jouer seul. Au prix d’un apprentissage quotidien, acharné en travaillant sa mémoire sans relâche, il devient un as du tournage de manivelle. Il remporte 3 prix de chanteur de rue qui lui permettent des rencontres exceptionnelles. Mais n’oublions pas que discrète et dévouée, Annie sa délicieuse compagne tourne aussi fort bien l’orgue de Barbarie. Bernard nous livre un secret. Ne pas lire les paroles sur les cartons de l’orgue et pour cela il faut les apprendre par cœur. Notre artiste insiste également sur l’importance de la gestuelle, du mouvement sur la scène, des échanges avec la salle. Très tactile « Bernard ne se la joue pas » il se veut un artiste populaire comme le chante Jacques Prévert :

«Heureux le limonaire Hurlant dans la poussière De sa voix de citron Un refrain populaire Sans rire ni raison » Bernard sème l’empathie, la gouaille, une effronterie bien montmartroise au service de la poésie et de la chanson. On peut déceler au coin de son

regard sa générosité, sa grande sensibilité qu’il dissimule avec pudeur. Il défend avec ferveur la tradition de l’humour à la française, maitrise ses mimiques, son regard tirant de son œil des effets surprenants. Il use avec beaucoup de charme de tout son registre artistique dans sa diction et sa voix. Son regard vif traque sans relâche le bon mot, la scène qui se prête au calembour. Il chante ou

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déclame sans hésitation ni trous de mémoire. Pourtant c’est le même qui oublie jusqu’au mois de sa naissance, sans parler de sa carte bleue laissée dans le distributeur ! Comme quoi la mémoire est bien sélective. Eclectique, il adore jouer de différents registres et excelle dans les tirades argotiques. Mine de rien, avec une sorte de candeur, il joue souvent

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la provocation en contant des histoires dignes des salles de gardes tout en surveillant d’un œil malicieux les réactions d’un auditoire conquis. Illustration d’un esprit bien français qui aime aussi la délicatesse de la poésie quand il se plait à réciter tant du Nerval que du Prévert. En scène, son regard se pose sur quelques spectateurs particuliers auxquels il semble réciter son poème, interpréter sa chanson en jouant de toute son authentique conviction au point

je suis «  un homo comme ils disent » de Charles Aznavour. Chut, oreilles pudiques s’abstenir ! Bernard reste au fond de lui l’éter-

rôle était tenu par des comédiens talentueux tels Pierre Larquey, Noël Roquevert, Jean Tissier ou Julien Carette que Bernard a bien connu. Le trio Larquier, Tissier, Roquevert reste inoubliable dans la distribution du Bernard, tu es un amoureux film de Clouzot « l’assassin habite au 21…de l’avenue des mots de notre belle Junot». Bernard se plait à nous conter une anecdote langue française, des véridique sur les facéties textes, de la diction, de la de Carette dont l’épouse surveillait de près le musique, du chant. penchant pour nos bons vins… Lorsqu’ils se rendaient dans leur restaurant favori, Carette avait convenu d’un code avec le serveur. Il se faisait appeler au téléphone dès le début du repas, sachant que son compère avait placé dans la cabine deux verres largement pleins. Il retournait ensuite à la table en lâchant de sa voix inimitable  : «  occupé ! ». Ce qui lui permettait de renouveler d’autres échappées au cours du repas. Quand le Garde ChamOlivia Polski, Eric Sureau, Bernard Beaufrère, Pierre-Yves Bournazel, Anne Hidalgo et Alain Coquard pêtre parcourt, de d’incarner véritablement l’auteur. Il nel gamin de Paris salué par Mick jour comme de nuit, les rues de notre ne déclame plus Bernard Dimey, le Micheyl. Longtemps il a côtoyé les village, il prend à témoin les passants temps d’un poème il devient Bernard rues de Paris et les bistrots. Gai, facé- de la beauté des mots et des textes. Dimey et l’enthousiasme se propage tieux, courageux, débrouillard et gé- Je l’ai vu, devant la Bonne Franquette, dans l’assistance. néreux, il fait frémir les spectateurs faire reprendre en chœur à des inBernard, tu es un amoureux des mots tant par sa joie de vivre que dans la connus ravis «  Les escaliers de la de notre belle langue française, des mélancolie de ses interprétations. Il Butte ». textes, de la diction, de la musique, connait les acclamations, les rappels A son actif également des émisdu chant. Bref, tu es un artiste com- du public ravi. Bernard nous arrache sions avec Aznavour pour ses 80 ans, plet apprécié de tous. Avec toi poé- à la vie quotidienne et nous entraine l’ouverture des Molières en 2002, le sie, chaleur et fantaisie nous sont vers les jardins de la fantaisie c’est-à- célèbre Z’Yeux bleus de Patachou aux toujours offertes. Des voyages dire de l’oubli. journées du patrimoine de Joinville inoubliables au cœur du Paris des Il affectionne les humoristes de qua- le Pont en 2002, Le Best of Michou années 50 nous attendent à chacun lité de Rictus à Mac Nab, Pierre Dac à à la Bonne Franquette en 2019 où il de tes spectacles. Comme personne Francis Blanche, de Bobby Lapointe dit avec émotion le « Montmartre » tu convoques Prévert, Caussimon, à Raymond Devos, la malice de Ri- d’Alain Turban. Il anime depuis 18 Blanche, Mouloudji, Ferré, Fer- cet-Barrier, l’esprit de Pierre Doris, ans le festival annuel de la musique rat, Trénet, Aznavour, Dimey, Vian, Jean Yanne, sans oublier les poètes mécanique aux Gets (74) dont il est le Lemarque, Dac. Un répertoire in- de Jean-Roger Caussimon à Aragon, parrain. Cette année, à l’occasion du croyable de 300 poèmes et chansons les interprètes de Cora Vaucaire à 100ème anniversaire de la République sans oublier des centaines de bla- Patachou en passant par Mouloudji. de Montmartre et de l’invention du gues dont les montmartrois raffolent Bernard a toujours aimé le monde du juke-box à disques par un savoyard, depuis toujours. Il nous réserve aussi cinéma. Il apprécie beaucoup les dia- Bernard présidait le festival dont le des poèmes et chansons très polis- logues d’Audiard et les fidèles acteurs thème était «  la musique mécanique sonnes dont je tairai les titres. Le du cinéaste. Il nous rappelle combien de la Savoie à Montmartre  ». Savezsummum étant les zozos sur l’air de dans les années 50-60 tout second vous que Francisque Poulbot jouait

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fort bien de l’orgue de Barbarie sur la Butte ? Sa modestie dut-elle en pâtir Bernard a rempli le Forum Léo Ferré à Ivry trois années de suite de 2016 à 2018 en faisant salle comble. Au Cabaret de Poussière, le Zèbre de Belleville, il rassemble un jeune public enthousiasmé quand il récite. Devinez quoi ? du RAP ! En 2019, depuis les marches du Sacré Cœur de Montmartre, son hommage émouvant à Charles Aznavour dans l’émission de Delahousse reste dans les mémoires. En 2020, il œuvre avec enthousiasme à l’enregistrement de la révision de Monte la d’ssus ,l’hymne national de la République de Montmartre, actualisé à l’occasion de son centenaire avec brio par Pierre Passot son premier ministre. Lors de la présentation des vœux de la République de Montmartre dans

les salons de la mairie du 18ème , tout comme à chaque 1er mai, à l’occasion de la remise du muguet à la maire de Paris, notre Garde Champêtre n’omet jamais de dire un poème. Sous les applaudissements d’une assemblée de 350 personnes qui se régala de Paris Tropiques de Francis Blanche, en sortant de l’école de Jacques Prévert, sur le pont Alexandre de Francis Blanche, le Gerpil de Dimey etc… Au cours d’une magnifique cérémonie, chaque année depuis 1933 – hormis ce 10 octobre 2020 en raison de l’épidémie virale - le Président de la République de Montmartre ouvre le ban des Vendanges dans les vignes mythiques du Clos Montmartre. Le Garde Champêtre se tient alors à ses côtés et clôt la cérémonie par un poème à la gloire de notre Montmartre, de ses artistes, de sa joie de vivre. Avec sa bonne humeur, son authenticité, son naturel, le Garde

Champêtre est un poète et un artiste complet qui nous conduit sur les rives de la culture, celles de notre patrimoine à tous. Bernard continue à faire vivre nos traditions, notre histoire commune unique, magique. Avec son Garde Champêtre fraternel et généreux, la devise de la République de Montmartre « Faire le bien dans la joie  » prend toutes ses plus belles couleurs. Marie France Coquard

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S PA R J A C Q U E IE R E BA C H E L L

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_ O _ R A Z A H T L A RENTENAIRE T X U E R U E L A H UN C , À L’ÉCOUTE, IS O R T R A M T N MO AGE ET UNE SORTE DE M UDIOVISUEL. D’ARTISTE DE L’A

DES ÉTUDES SÉRIEUSES

Portrait initial : Dolly __Page

Photographe, graphiste et vidéaste montmartrois, le jeune artiste Balthazar_o_ a su occuper intelligemment son temps d’oisiveté durant le confinement du printemps dernier, dans le respect total des règles, pour parcourir la Butte et le 18ème arrondissement : une manière de joindre l’utile à l’agréable, tout en entretenant sa forme.

Né à Paris et après avoir passé ses jeunes années dans le quartier de Ménilmontant, Balthazar est venu s’installer à Montmartre, en 2010, à quelques encablures des rues Lepic et des Abbesses. Après son succès au baccalauréat, l’audiovisuel le titillant depuis quelques années, il poursuivit ses études supérieures, en accord avec sa vocation, dans l’établissement Jacques Prévert de Boulogne-Billancourt, proposant de nombreuses formations aux métiers de l’image et du son. Pour terminer ses études avec panache et pour son enrichissement personnel, Balthazar décrocha un master de Philosophie à la Sorbonne. Respect et félicitations !

UNE VIE PROFESSIONNELLE AUX ACTIVITÉS ÉCLECTIQUES ENRICHISSANTES Très rapidement, au début de ses vingt ans, durant cinq ans, Balthazar se lança dans la vie active puisque en même temps que sa dernière année de master de philosophie, il débute sa carrière audiovisuelle en tant que cadreur « making-of », réalisant des reportages sur le déroulement d’un tournage de film : coulisses, plateau, costumes, envers de décors… Puis c’est une rencontre avec le fashion designer Olivier Theyskens,

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qui permet à Balthazar de réaliser en freelance des vidéographies de défilés et autres films de mode. Depuis les années 2010, Balthazar imagine, crée et réalise des clips musicaux pour la société Warner Chapell, notamment pour le groupe pop-électro Anteminuit. Cette période fut très enrichissante pour Balthazar car ces revirements artistiques s’opérèrent à partir de rencontres humaines, le plus souvent hasardeuses, mais toujours positives. Aujourd’hui, depuis déjà cinq ans, Balthazar réalise des vidéos pour le Centre des Monuments Nationaux. Ses films sont mis en scène, lors d’expositions, sous forme de vidéo-projections sur les façades de châteaux et à l’intérieur des salles ouvertes aux visiteurs. Ces vidéos, abstraites et oniriques, permettent à Balthazar d’échanger et de coopérer avec des artistes plasticiens afin d’apporter une dimension supplémentaire à leurs créations.

VINT L’AN DEUX MILLE VINGT : PANDÉMIE ET CONFINEMENT, TOUT UN PROGRAMME !

Durant l’interdiction de déplacement en France, vulgarisée par les médias  par l'expression «  confinement de la population  », mise en


Portrait initial : Jean Clisson


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— De retour à son domicile, il reprenait des portraits de sa photothèque, faits avant le confinement et les superposait sur les clichés des façades, à l’aide de l’ordinateur. Son idée était d’imaginer la vie des gens à travers et au-delà des murs sans vie, alors que nous étions tous contraints de rester cloîtrés chez nous. — Ensuite, Balthazar se mit à publier ses photos sur Instagram : très vite ses clichés furent vus et appréciés par un nombre incalculable de personnes inconnues, du monde entier, qui lui demandaient d’accoler des portraits d’eux-mêmes, sur les façades de Montmartre. Après des clichés photographiques, il s’est mis à réaliser un travail d’animation. Grâce à son talent et à l’originalité de ses œuvres, Balthazar fut remarqué par le milieu du Street art et, avec le déconfinement, il réalisa des collaborations avec des Street artistes comme Jolittle in Paris, Edfairburn, Ponywave et Carolebcollage dont il a repris le cliché de sa Wonder woman pour le fixer sur la façade de l’hôpital Bichat. Suite à tout cela, Balthazar a été sélectionné au concours lancé par le magazine en ligne Open Eye, sur le thème du confinement. Il va aussi être publié dans la revue spécialisée Graffiti Art Magazine.

place du 17 mars au 11 mai 2020 soit 55 jours, notre ami Balthazar n’est pas resté les deux pieds dans le même sabot et son cerveau a bouillonné d’idées originales, étonnantes et artistiques. Est-ce la présence de l’œuvre de Jean Marais, Le Passe-Muraille, en hommage à l’écrivain montmartrois Marcel Aymé, qui a décidé notre ami à traverser les murs de son appartement et à partir vers de nouvelles aventures extraordinaires, à l’air pur ? En se lançant dans cette nouvelle expédition dans notre quartier, étonnamment désert et silencieux, notre artiste montmartrois ne pensait pas que cela allait changer sa vie. Ses journées de confinement furent très occupées. Balthazar, philosophe, réfléchi et équilibré, mit en application la citation du poète latin Juvénal « mens sana in corpore sano » (avoir un esprit sain dans un corps sain). Voyez plutôt le déroulement chargé et riche de ses activités : — Balthazar partait en balade avec son fidèle compagnon, son indispensable appareil-photos numérique, tout en respectant le périmètre autorisé de 1km autour de son domicile et les horaires de sorties. Il réalisait des prises de vues de façades d’immeubles de notre arrondissement.

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L'ŒIL SUR...

DES PROJETS VARIÉS, GÉNÉREUX ET AMBITIEUX À présent et comme il l’a toujours fait, Balthazar continue de regarder devant lui, espérant encore quelques futures rencontres humaines enrichissantes que je lui souhaite cette fois « le moins souvent hasardeuses, et le plus souvent positives », afin de mener à bien ses futurs projets. Celui qui lui tient le plus à cœur et qui devrait beaucoup plaire aux Montmartrois, serait de pouvoir imprimer ses travaux réalisés pendant le confinement et les afficher au pied des immeubles de notre quartier dont il a photographié les façades. En plaçant un cartouche sur chaque cliché indiquant l’adresse où se situe la photo suivante, cela permettrait à chacun de parcourir un circuit dans le quartier pour découvrir à la fois l’ensemble des panneaux exposés ainsi que quelques sites et édifices typiques de notre patrimoine. Balthazar sera heureux et ravi de répondre à tout lecteur ou lectrice qui voudrait le soutenir comme mécène. Actuellement, Balthazar a déjà commencé à réfléchir et à travailler à un autre projet, toujours lié au confinement et en collaboration avec une artiste qui, elle aussi, a collecté des images du confinement. Elle a assemblé toute une série d’images vidéo provenant du monde entier et nous montrant quelques places parmi les plus célèbres de notre planète comme la Place d’Espagne à Rome, la Place Saint-Marc à Venise, la Place de la Concorde à Paris et Broadway à New-York avec ses grands panneaux

publicitaires éclairés sur les immeubles devant des rues et boulevards déserts. Habituellement grouillant de piétons et de véhicules, tous ces sites sont plongés, en cette période étonnante, dans un silence sidéral angoissant. D’autres images provenant de lieux très différents ont été retenues : fermes d’élevages, réserves et parcs où l’on peut apprécier la vie animalière paisible et sans humains venus observer et épier «  nos amis  » bipèdes ou quadrupèdes, à poils ou à plumes. En parallèle, Balthazar a aussi récupéré des webcams de gens chez eux, rendues volontairement publiques par les personnes concernées qui se sont filmées, pendant le confinement, en train de regarder la télévision, de faire du sport, de cuisiner ou de ne rien faire du tout… Une maquette de ce vaste projet a déjà été diffusée à la Maison du Geste et de l’Image, près des Halles, à Paris. Avis à tous nos lecteurs mécènes pour affiner ce projet et lui trouver un lieu d’exposition permanent. Un très grand merci à Balthazar_o_ de m’avoir consacré un bon moment de son temps  : ces rencontres furent riches de dialogues généreux, chaleureux, avec un interlocuteur toujours intéressé et parfaitement à l’écoute de l’autre, une belle personne philosophe et humaniste à l’écoute du monde et réaliste face à l’avenir.

Remerciements à l’ami Stéphane Cachelin qui m’a fait connaître Balthazar, ce qui m’a permis ces très agréables échanges, à l’origine de cet article. Jacques Bachellerie

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LA

ÊTE FORAINE DE MONTMARTRE

PAR J. P. BARDET

Les manèges, place Pigalle

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ientôt Noël, c’est une bonne occasion, malgré l’épidémie « covid 19 », les actualités tragiques, le confinement, d’échapper quelques instants à la morosité en évoquant la fête, La fête foraine, ses manèges, ses attractions, comme on a pu la connaitre, durant des années, à Montmartre, disparue voilà plus de trente ans. La Fête foraine de Montmartre se tenait deux fois par an, sur le terre-plein central qui sépare les deux chaussées des boulevards de Clichy et de Rochechouart, ouverts en 1864. Ce terre-plein, occupant les terrains laissés libres par la démolition du Mur des Fermiers Généraux, offrait un espace d’une exceptionnelle largeur, qui permit d’accueillir

depuis la fin du XIXème siècle, des générations de forains, avec leurs manèges, leurs carrousels, leurs baraques, un espace qu’ils ont dû abandonner en 1986, les édiles parisiens leur ayant interdit toute nouvelle installation, pour diverses raisons, dont la sécurité des riverains. Si vous le permettez, commençons par rechercher quelle est l’origine de L’Art forain, un art que l’on peut redécouvrir, grâce à de rares passionnés, comme le Directeur du superbe Musée de l’Art forain de Bercy, où est rassemblée toute une collection de manèges et de baraques foraines, ou bien auprès de cet amateur qui a su, avec passion, les reproduire avec ces maquettes animées.

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ORIGINE ET ÉVOLUTION DE LA FÊTE FORAINE

Le mot forain est issu du latin «foranus» (étranger), celui qui vient du dehors. Foire provient du latin «ferra», marché et «feriae», (jours de fête). Au XIXème siècle, «foire» et «fête foraine» auront plus ou moins la même signification, celle d’un rassemblement d’attractions présentées dans un lieu public. Descendantes des foires marchandes du Moyen-Age, les fêtes foraines sont des lieux où se côtoyaient le rêve, le divertissement, le plaisir, l’illusion, la science, les forains ayant longtemps joué un rôle actif dans la «popularisation» des découvertes scientifiques (l’électricité, la photographie…). A milieu du XIXème siècle, les fêtes parisiennes migrent vers les communes environnantes suite à la décision du baron Haussmann de supprimer les théâtres et baraques de bateleurs du faubourg du Temple, ainsi que les attractions du carré Marigny (avec sa salle du cirque ou cirque d’été – la rue du cirque ne vous rappelle rien ?). De 1867 à 1881, il ne subsistera dans Paris intra-muros qu’une unique foire, la Foire au pain d’épices. À partir de 1881, le préfet de police, favorisera le retour de quelques unes de ces fêtes à Paris, mais aussi au sein des proches banlieues. Cette “victoire des forains” fut, cependant, curieusement commentée par Jules Vallès : «Le peuple n’a pas encore le pain, mais on lui a rendu les spectacles. On a rétabli les foires dans les communes et les faubourgs». Pour satisfaire les «gens du monde», venus s’encanailler, les bourgeois, les employés, les ouvriers, tous curieux de découvrir de nouvelles attractions, la fête foraine est en devoir d’entamer une profonde mutation : à

côté des traditionnels manèges de la «Belle Epoque», les carrousels, le forain se voudra vulgarisateur scientifique. leurs baraques accueilleront la photographie, les premières images stéréoscopiques, le cinématographe, les rayons X et la lumière noire, mais aussi les discutés et discutables «Musées d’anatomie», où seront exposés des moulages de cire, copies de monstres, provenant par exemple de la collection Dupuytren, fondateur de l’anatomie pathologique. Puis ce sera le tour des ménageries avec leurs dresseurs de fauves, des dresseurs de chiens ou de chats savants, les salons de «dresseurs de puces», les loteries, les jeux de force ou d’adresse, les stands de jeux de

vriers, petits patrons, artisans, bourgeois et militaires, venus profiter de plaisirs populaires. En accord avec son temps, la fête foraine a toujours su s’emparer des derniers moyens techniques à leur disposition, afin de progresser : la machine à vapeur entraînera les manèges, le gaz servira pour l’éclairage, l’électricité deviendra la nouvelle force motrice, les rails et les galets guideront de nouveaux manèges. Quand on songe à l’importance des fêtes foraines de la «Belle Epoque», avec ses quelques 3000 à 5000 manèges, selon les estimations, en comparaison avec ce qu’il en reste aujourd’hui, on mesure l’ampleur du

Louis-Abel Truchet, fête foraine boulevard de Clichy, Musée Carnavalet

massacre, les tirs et les diseuses de bonne aventure.

L’ART FORAIN Racoleur, l’art forain se voudra aussi moderne, acteur de ce qui sera le nouveau langage, celui de la réclame sur le lieu de vente, celui du camelot des foires marchandes qui s’adresse à la timide société de consommation naissante. Cités éphémères de plaisirs, les foires rassembleront ou-

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déclin. Les grands manèges de l’âge d’or, les carrousels ne sont plus, et avec eux, ont disparu tous les métiers qui contribuaient à leur construction. La magnifique toile d’André Warnod, «La fête à Pigalle», appartenant à la société le Vieux Montmartre, témoigne, tout comme ces anciennes cartes postales, de la beauté de ces “monuments forains” qui ont animé notre Fête foraine de Montmartre. Photographiés entre 1900 et la première guerre mondiale, que sont-ils devenus ? Le carrousel de la place

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– Grégory Millot–

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Blanche, face au Moulin Rouge - Les deux manèges, Place Pigalle, aux mécanismes entraînés par des machines à vapeur. Quant au «Manège des vaches», il occupait la place du Delta, face aux «Deux marronniers». DES MANÈGES AU « MODÈLES DU VERTIGE » Les manèges sont, avec les balançoires, les plus anciens des divertissements forains. A leur début, de simples chevaux de bois, montés sur une plateforme, tournant autour d’un axe central, entraînée à bras d’homme ou par un cheval, bénéficieront de la machine à vapeur, puis de l’électricité, qui apportera plus de puissance et des vitesses de rotation plus élevées. De somptueux carrousels apparurent, et c’est là que l’Art forain s’exprimera le mieux. LES MÉNAGERIES Héritières des «montreurs d’ours», les ménageries foraines corsèrent leur spectacle avec du dressage et des «entrées en cage» des plus insolites, celles de danseuses dont le charme, mêlé d’héroïsme, assurait le succès. Souvenez-vous de Louise Weber, “La Goulue”, engagée par le dompteur Adrien Pezon, qui l’initia au dressage des lions. On y rencontrait aussi des dresseurs de petits animaux savants, comme le «Grandthéâtre-cirque miniature» des singes savants de F. Corvi ou, plus étrange, le Salon des puces savantes ! LA VULGARISATION SCIENTIFIQUE Ce genre de distraction, aux mains de «physiciens-escamoteurs», misavants, mi-saltimbanques, jouant de la magie et de l’illusionnisme, était déjà présent dans les foires du XIXème siècle. A l’aide de miroirs, d’effets d’optique, ils abusaient le spectateur conquis, offrant, par exemple le spectre vivant d’un décapité parlant. Puis, ils s’approprièrent les dernières nouveautés en matière d’électricité, de magnétisme, de rayons X, de lumière noire... A l’apparition du cinématographe, révélé par les frères Lumière, nombre de petits forains, y chercheront le moyen de relancer leur activité.

tion des étudiants en médecine, sollicité par certains forains, présentait des reproductions en cire de diverses infirmités. La baraque des frères siamois, les «collections de monstres», appartenaient à la famille des entresorts, ces stands où l’on ne faisait qu’entrer et sortir pour découvrir leur contenu. D’autres entre-sorts, présentaient des personnages vivants : des géants, des nains, la femme à barbe, l’enfant à deux têtes, la belle Carmen de 200 kilos, dont la culotte était suspendue audessus de l’entrée. Contestés, sujets à de nombreux procès des sociétés de moralité, qui demandaient leur fermeture, ces entre-sorts connurent un arrêt de mort théorique en 1921.

Stand des illusions d'optique

LA FORCE (AVEC LES BARAQUES DE LUTTEURS, LA BOXE OU L’HALTÉROPHILIE) A la foire, les lutteurs professionnels trouvèrent leur place aux côtés des hercules, des funambules et des acrobates. Ils seront suivis de sports populaires : la boxe, le catch… «Allons, qui veut lutter avec eux   ? «Qui veut lutter avec moi ?» «J’offre cinq cents francs à celui qui me tombe» ! Les amateurs, qui «osaient relever» le défi, étaient très souvent des «compères», mais le public forain, qui n’était pas dupe se faisait complice de cette «lutte au chiqué».

Autre conquête de la vulgarisation scientifique : Le «  Musée d’anatomie  », outil pédagogique à destinaLes acrobates de la famille bouvier, Paris la foire aux pains d'epices 1909

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LES LOTERIES ET LES MARCHANDS Les loteries étaient-elles des jeux de chance ou des jeux d’arnaque ? Plusieurs fois interdites, elles résisteront. Parmi ces loteries, de grandes boutiques de porcelaine, de vaisselle, de bibelots, dont les objets, convoités par les classes populaires, sont devenus des objets de collections, mais, des «petites loteries», il fallait se méfier, beaucoup de truqueurs !

Montmartre accueillit toutes les attractions traditionnelles. L’imposant carrousel de la place Blanche et celui de la place d’Anvers n’étaient plus là, celui de la place Pigalle était remplacé par «Le Monstre». De petits manèges pour enfants, se partageaient les places libérées entre Blanche et Anvers. La ménagerie résistera, face à l’Elysée Montmartre, avec à ses côtés, le Parmi les marchands, L’une des superbes maquettes réalisées par un amateur éclairé : le manège aux cochons labyrinthe de glaces et on distinguait les porle train fantôme face traitistes, les marchands de destin, seront les prochaines exhibitions fé- au Trianon. D’Anvers à Pigalle, c’était voyants et chiromanciennes, les mar- minines, frappés d’interdit, alors que le domaine des lutteurs, boxeurs, de chands de douceurs. les «nus esthétiques» poursuivront rares attractions scientifiques qui leur carrière, sous une forme dégui- n’attiraient plus, les derniers tableaux sée, que le cinématographe fera dis- vivants (La femme à deux têtes – Les LES TABLEAUX VIVANTS paraître, pour renaître, sous forme de sœurs siamoises – L’homme le plus A l’origine, les premiers tableaux spectacles érotiques, interdits à leur petit du monde…) qui, ne faisant plus vivants, présents sur les foires, tour. recette, laissèrent place aux precherchaient à reproduire, à l’aide de mières «effeuilleuses». Au milieu des modèles vivants, soit des œuvres nombreux stands de tir, trônaient d’art à l’image du théâtre de A. Dedeux attractions spectaculaires : “La lille à la Fête de Montmartre, place sphère infernale”, spectaculaire balPigalle, soit des scènes historiques : let de motocyclistes dans une sphère L’Histoire de Jeanne d’Arc, L’Epopée Arès l’interruption de l’Occupation, de métallique, et le «rotogyre», un grand Napoléonienne, La Vie de Jésus, Le 1950 à sa fermeture définitive, voilà cylindre en rotation dans lequel les «nu au salon»… Ils seront, comme le plus de trente ans, la Fête foraine de clients se retrouvaient plaqués à la paroi par la force centrifuge, attraction interrompue après le terrible accident où une amie du quartier perdit une jambe. Le long des deux boulevards s’intercalaient toutes sortes de baraques : marchands de portraits, diseuses de bonne aventure, marchands de douceurs, loteries, jeux... La fête foraine de Montmartre, qui avait lieu deux fois par an  : à Noël et en juillet, constituait une escale incontournable pour les élèves du lycée Jacques Decour et du lycée Condorcet. Le rendez-vous se tenait principalement aux a u to - t a m p o n n e u s e de la place Blanche. On y faisait plusieurs

LES DERNIERS MOMENTS DE LA FÊTE À MONTMARTRE

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tours, plus ou moins longs, la durée étant fonction de l’affluence (recette oblige !). Pour une «tune», l’ex-pièce de 5 francs en alu, on invitait et chahutait les lycéennes venant du lycée Jules Ferry, abandonnant nos quelques tunes, ordinairement réservées à l’achat des caramels à un franc,

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des «rouleaux de zan», roudoudous citoyen, dont l’on ne sait s’il est l’hériou les fameux mistrals gagnants, on tier de 1789, de 1848 ou de 1871, ou avait quinze ans ! tout simplement né de la nouvelle mode “écolo” du XXIème siècle ! Récemment, ce terre-plein a été réaménagé en un «espace civilisé”, un J. P. BARDET «espace citoyen», où le promeneur (décembre 2020) est censé adopter ce comportement

Les "vaches de bois" place Blanche à la Libération (Photo René Schall) Montmartre en Revue N° 1 — Décembre 2020


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À LA RENCONTRE

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PAR CHANTAL BRÉROT ET JACQUES BACHELLERIE

TÉPHANE CACHEL UN SANGLIER DES ARDENNES AU GRAND CŒUR DEVENU UN GEO TROUVETOU, MONTMARTROIS PUR JUS.

INVENTEUR, RESTAURATEUR, INGÉNIEUR-POÈTE, COMÉDIEN… Un restaurant typique, une galerie, un atelier de création… des chapotelets multicolores, des cendriers écologiques, des poubelles-pipes originales et, dernière création de notre Professeur Tournesol montmartrois, un distributeur de solution hydroalcoolique sécurisé … bref un inventaire à la Prévert. Des idées plein la tête et de l’énergie à revendre, tenace et perfectionniste… Un personnage généreux, attachant, ingénieux, toujours positif et ouvert à tout et à tous. Sportif quinqua, plutôt beau gosse, barbe et chevelure poivre et sel, yeux gris-vert au regard profond et pétillant. Disciple de Coluche, il est un grand défenseur de la salopette, grise ou rouge.

C

’est dans la paisible rue Robert Planquette, que Stéphane Cachelin nous a reçus, dans sa « cave-aubergegalerie », La Midinette, à quelques encablures des rues Lepic et des Abbesses, chères à Amélie Poulain. Cette petite rue montmartroise, en impasse, a la chance d’avoir un mur orné d’une immense fresque, dûe à l’artiste Jo di Bona. Elle attire un melting pot venu de tous horizons : des Montmartrois, des photographes amateurs de Street art, comme des citoyens du monde entier. Ce vaste panneau en hommage à Michael Jackson et prochainement à Grand Corps Malade, est encadré de part et d’autre de superbes compositions florales disposées sur les tristes petits poteaux du trottoir qui empêchent le stationnement

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À LA RENCONTRE

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des véhicules et protègent les piétons. Ces jolies coiffures, les Chapotelets, installées sur ces vilains poteaux, ont embelli le trottoir en offrant, par la magie de Stéphane, une végétalisation urbaine, sorte d’enchantement pour la ville, colorisant et poétisant le quotidien de ses habitants…

DE NOMBREUSES ACTIVITÉS DANS TOUTES SORTES DE DOMAINES Stéphane passe son enfance en famille à Revin, dans le rude pays ardennais, au sein d’une fratrie de trois garçons. Sa mère est femme au foyer et son père est un médecin généraliste et anesthésiste-réanimateur, très investi dans la vie locale. Toujours prêt à partir, par n’importe quel temps et à n’importe quelle heure pour soigner et guérir ses malades, il est très apprécié de sa patientèle car il consacre beaucoup de son temps aux autres et finit par reprendre un dispensaire. Médecin militaire durant la guerre d’Algérie, il vaccine les populations du bled. Un vrai médecin social, comme il n’en existe presque plus. Aujourd’hui Stéphane court après l’image de ce père, disparu en 1995, et projette d’écrire un livre en son honneur, « Mon père cet illustre inconnu ». Après quelques relations familiales tendues, très autonome, Stéphane part effectuer de laborieuses études secondaires chez les « Frères du SacréCœur » puis plus sportives au CREPS (centre de ressources, d’expertise et de performance sportives) de Reims. Par le jeu des équivalences, il décroche ensuite un diplôme de technicien en électro-radiologie. Ce travail de manipulateur radio, pendant plus d’une décennie, même s’il devint routi-

nier et ennuyeux, lui a permis d’avoir un salaire pour nourrir sa famille. Au bout de quatorze années, Stéphane décida d’aller voir ce qui se passait ailleurs : arrivé en Île-deFrance en 1984, il s’installe en famille à Gentilly, en banlieue sud. Choisir de s’impliquer, tenter des coups ou passer à autre chose, voilà un peu sa philosophie de l’époque. «  J’ai beaucoup essayé mais je n’ai pas tout réussi », nous dit-il. Cet «  homme orchestre  » sera, successivement et pendant quelques lunes, maître-nageur, moniteur de ski, vendeur de bijoux fantaisie sur les marchés, créateur de parfums pour enfants (bien avant Tartine et Chocolat), membre de la sécurité au tournoi de Roland Garros, doublure de Dany Boon et de seconds rôles au cinéma, comédien, écrivain…

À NOUS DEUX MONTMARTRE

C’est à partir de 2001 que Stéphane plante quelques jalons à Montmartre. Une association locale, l’ACLA (association des commerçants Lepic-Abbesses) souhaite lancer une grande animation sur la Butte afin de récolter

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des fonds pour le Téléthon. Stéphane, qui travaille à cette période dans l’évènementiel, permet à l’ACLA d’obtenir une accréditation et une licence pour créer un Téléthon à Montmartre. Très vite les habitants du quartier participent activement, chaque année, aux soirées et animations ainsi que beaucoup d’associations sportives et culturelles. La Compagnie des Pompiers de Paris de la caserne Carpeaux fait partie des premiers à s’investir. Ayant apprécié le quartier et sympathisé avec de nombreux habitants, Stéphane voudrait s’y installer. Avec l’aide de quelques amis du magazine Montmartre à la une, qui lui ont trouvé une affaire, Stéphane s’installe rue Robert Planquette et rachète, en 2005, La Midinette, authentique caférestaurant montmartrois.

UN SYMPATHIQUE BISTROTIER À LA MIDINETTE, MAIS AUSSI DU CINÉMA « La Midinette, c’est un rêve de gosse, confie-t-il  : quand j’étais môme, à

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À LA RENCONTRE

La poubelle-pipe, une création de Stéphane Cachelin pour la ville de Saint-Claude, capitale de la pipe !

Revin, mon père m’amenait parfois au bistrot pour l’apéro où je prenais une grenadine. Il y avait une ambiance… Le curé, le médecin, l’ouvrier  : au comptoir, tout le monde était sur un pied d’égalité  ; ceux qui, d’habitude, ne se rencontrent pas, pouvaient se côtoyer. Je trouvais ça très humain. » La Midinette devient rapidement une adresse très appréciée de nombreux vrais Montmartrois séduits par son air authentique de bistrot de village. Ici, accoudé au zinc en cuivre, on peut boire un petit ballon en feuilletant tranquillement son journal. Il est également possible de s’installer à table pour dévorer des plats «faits maison» à base d’ingrédients frais. L’établissement est aussi un lieu ouvert aux expositions (peintures, photos…) et dédicaces de livres… Aux fourneaux, Corinne Simon propose une généreuse cuisine de marché et de saison avec des plats du jour chaque fois différents. La plupart des produits sont achetés à Rungis par Dominique Simon, l’époux de Corinne, opérateur sur le Marché (Sté Atout Com). Il fait sa sélection selon la saisonnalité et la qualité des produits, mais aussi en fonction des informations que lui donnent les professionnels. Cette table de qualité est fréquentée par une clientèle fidèle du quartier mais aussi des peintres, musiciens, écrivains, touristes…et des gens

Jean-Dominique Hiétin, responsable de la Sté J. C. Decaux-Paris, Eric Lejoindre, maire du 18ème, Anne Hidalgo, maire de paris, Stéphane et le Tambour major des Poulbots Joël ben Ayoun, lors de l’inauguration des Chapotelets de la rue La Vieuville.

du spectacle : les comédiens Didier Bourdon et Dominique Pinon… ainsi que les réalisateurs Jean-Pierre Jeunet et Erick Zonca. Le spectacle, Stéphane y est tombé dès l’adolescence, lorsqu’il écrit et joue un spectacle avec un ami.  «  On jouait un été dans des salles des fêtes, sur la Côte d’Azur. Et un jour, on a fait la Une de Nice-Matin, un journaliste étant présent  dans l’assistance.» Notre ami Stéphane laisse tomber cette voie mais dix ans plus tard, de bouche-àoreille, on lui a proposé «  quelques trucs  «  , un rôle de méchant dans le film Le Transporteur puis quatre mois de tournage pour les deux Mesrine et aussi une expérience marquante, le tournage de Micmacs à tire-larigot, en 2009, réalisé par Jean-Pierre Jeunet.  Stéphane y gagne un ami : «Au départ, on s’est rencontré  en promenant nos chiens. On a commencé à discuter, je ne savais pas du tout qui c’était. Monsieur Jeunet, c’est quelqu’un d’une simplicité incroyable, un ours toujours plongé dans ses réflexions. » La dernière expérience de Stéphane dans le Septième Art, c’est le tournage de Fleuve Noir, sorti en 2018, réalisé par Érick Zonca, dans lequel notre bistrotier joue un inspecteur de la P.J. ayant Vincent Cassel comme supérieur.  

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UN, INGÉNIEUX TOUCHE-À-TOUT : CHAPEAU POUR LES CHAPOTELETS ET DIVERSES INVENTIONS ! Débordant d’idées, notre Géo Trouvetou n’est pas seulement un inventeur dans l’âme, mais un riverain qui n’aime pas ces potelets bordant les trottoirs parisiens, certes très utiles contre les voitures qui se garent n’importe où, mais vraiment pas jolis… Un beau matin, appuyé au bord de la fenêtre de son appartement, Stéphane rêve… Voyant passer un chat noir suivi d’écoliers qui jouent du xylophone avec leurs règles sur les potelets, une ingénieuse idée lui vient… Une idée reposant sur le souhait de favoriser la nature et la propreté en ville… Et voilà comment est né le Chapotelet sur la butte Montmartre… Un conte de fées signé Stéphane Cachelin ! Chapotelet, un mot bientôt dans l’édition 2021 de nos dictionnaires  ! Un mot né de l’association des deux termes chapeau et potelet. Les potelets très moches, chapeautés d’un pot de fleurs ou d’un cendrier, donnent de nouvelles couleurs à Montmartre. « C’est tout bête, il fallait juste y penser », entend-on souvent de la bouche


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des passants qui les découvrent au ont également permis fil de leurs promenades. Stéphane de recevoir la Médaille Cachelin, leur raconte tout de même de la Ville de Paris, le s’être confronté à quelques casse- « Sceau des Nautes d’a têtes  :  «  On ne fixe pas facilement rgent ». quelque chose à une boule et puis, Bien sûr, Stéphane Casuivant les fabricants, celles-ci ne chelin a été le premier sont pas faites pareil. Il a fallu mettre à en mettre rue Robert au point des bagues à mémoires de Planquette. Puis un forme pour que ça puisse s’adapter à laboratoire dentaire, tous les poteaux de rue. » un peu plus loin dans la Alors le restaurateur-acteur se met à rue, a fait de même decogiter… En 2015, le chapotelet sort des cartons. Il s’agit d’une corbeille métallique pourvue d’un Chapotelet, un mot bientôt fourreau que l’on fixe au dans l’édition 2021 de nos sommet du potelet en quelques coups de tourdictionnaires ! Un mot né nevis et en une minute, montre en main. Grâce de l’association des deux à un ingénieux système, termes chapeau et potelet.  le chapotelet maintient une plateforme ou une vasque sur laquelle est déposé un réceptacle et tous com- vant son cabinet, avant pléments adaptables. Une fois en que le propriétaire de place, il n’y a plus qu’à y glisser un l’immeuble juste en pot de fleurs : des fleurs d’agrément, face l’imite à son tour. des plantes aromatiques, des fleurs Les plantes des chades champs ou y faire pousser des potelets ont une action Potelet Michou tomates-cerises… Une greffe écolo- écocitoyenne, assure gique sur la tête d’un simple potelet, l’inventeur montmartrois, car elles en quelque sorte !  verdissent la ville, créent du lien entre Le chapotelet, présent au concours voisins qui s’en occupent, apportent Lépine International 2016, a recueilli une quiétude dans les rues et contriles félicitations du jury en obtenant buent à une ville plus propre, plus la médaille d’or dans la catégorie végétale, plus gaie. On peut même y «  Nature et Art de Vivre  ».  Son ori- surprendre des abeilles en train de ginalité, sa fonction et son utilité lui butiner.

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80 CHAPOTELETS POUR LA RUE LA VIEUVILLE !

Le 30 janvier 2020 a marqué une nouvelle étape dans cette belle aventure, née d’une rencontre inédite entre notre inventeur-poète et un chef

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À LA RENCONTRE

d’entreprise au service de la ville, J.C. Decaux. Une expérimentation participative a eu lieu, en présence des élus et de la Maire de Paris, rue La Vieuville. Commerçants, écoliers et habitants du quartier en furent les acteurs. Ce sont 80 chapotelets de rue qui ont été installés, en présence des enfants de CM2 de l’école Houdon : 60 unités à usage de pots de fleurs et 20 unités à usage de cendrier (en trois mois, 80 000 mégots ont été collectés). Les commerçants de la rue ont également reçu un arrosoir qui leur permet de s’impliquer dans l’entretien régulier des plantes. Quant aux élèves, ils ont parrainé les chapotelets par  la pose d’étiquettes à leurs prénoms, exception faite pour l’un d’entre eux, bleu évidemment, en hommage à Michou ! Pendant toute la durée de cette expérimentation, l’entreprise Decaux assurera  l’entretien et la maintenance de ces aménagements, mais également la collecte des mégots de cigarettes qui seront recyclés. Si Stéphane en a eu l’idée et s’il réalise les croquis et les maquettes de ses inventions, dans son atelier, il s’est entouré de deux sociétés françaises  : l’une, Formes et Sculptures qui réalise, en collaboration avec lui, des projets et des prototypes en infographie ; l’autre Viapress qui gère les formalités administratives et financières. Ensuite ce sont deux entreprises françaises qui assurent la fabrication : S.T.F. (Somme Tôlerie Fine) à Péronne, dans la Somme et Harmonie Express, à Louvres, dans le Val d’Oise. Le développement des inventions de Stéphane, déjà important dans la capitale, commence à gagner les régions françaises. La ville de Montrichard, dans le Loir-et-Cher, en a commandé une centaine et près de 500 communes françaises sont intéressées. La mairie de Saint-Claude, dans le Jura, capitale mondiale de la pipe, a installé  quatorze pièces dans sa cité  : de superbes poubelles en métal, de 50kg, en forme de bouffardes, trônent sur les trottoirs de la ville. Unique au monde  ! Bientôt, peut-être, des poubelles-pipes dans la capitale, dans des quartiers parisiens très connus et fréquentés comme le Marais, Pigalle… ?!

Le virage fleuri de la rue La Vieuville, à la jonction de la place des Abbesses.

CONFINEMENT ET PANDÉMIE : PÉRIODE PROPICE À LA RÉFLEXION ET LA CRÉATION «STÉPHANESQUE» Les distributeurs de gel ou de solution hydro-alcoolique sont souvent à hauteur des yeux des jeunes enfants. Facilement actionnables, ils peuvent être perçus comme un jeu et s’avérer dangereux.... Pour répondre a cette problématique Stéphane Cachelin a créé un distributeur sécurisé, en autonomie avec poussoir au coude ou avant-bras pour les adultes, et accessible également aux personnes à mobilité réduite. Dans les lieux recevant des enfants, et notamment dans  les écoles pour éviter les éclaboussures oculaires, le distributeur, créé par Stéphane, peut être actionné en toute sécurité par un agent d’accueil sanitaire.

Cette dernière innovation et création française vient d’être envoyée à la production industrielle et déjà quinze distributeurs de gel et de solution hydro-alcoolique ont été vendus, vous les découvrirez bientôt chez des commerçants et dans des lieux très fréquentés de notre quartier. Une info de dernière minute : Stéphane a reçu le Label d’Excellence Janus du design civique de l’Institut Français du Design. Si Stéphane Cachelin est en train de se faire connaître dans sa spécialité d’inventeur, les Montmartrois, attachés à cet homme de cœur, souhaitent qu’il continue à recevoir chaleureusement ses clients et amis dans sa sympathique Midinette.

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Chantal Brérot Jacques Bachellerie

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P

LES AMIS DE LA

OÉSIE

À MONTMARTRE 

ART ET HUMOUR MONTMARTROIS * Sur la place du Tertre, le Restaurant La Crémaillère accueille tous les premiers jeudis de chaque mois « Les Amis de la Poésie à Montmartre ».

d’accoler son nom au nôtre afin d’honorer Montmartre et ses artistes que nous aimons tant, ce qui fut approuvé par notre groupe.

Ce Cénacle fut créé par le poète Roland Jourdan il y a près de vingt ans, rejoint par le fabuliste Yves Tarantik et votre serviteur aujourd’hui responsable de ce groupe. Une quarantaine de poètes se retrouvent dès 10 h à 13 h pour partager, échanger, déclamer leurs vers. Ils sont rejoints par quelques chanteurs qui chantent leurs propres compostions ou reprennent les textes de Brel, Brassens, Ferré, Nougaro…

Art et Humour Montmartrois naquit de la volonté et de la générosité de deux artistes, André Fau (peintre, poète et parolier) et Maurice fruitier (peintre). En mars 1942, chez la « Mère Catherine », Place du Tertre, des amis Montmartrois constituèrent un groupement artistique, culturel et philanthropique, appelé  «  Art et Humour Montmartrois  » - «  Hier, Aujourd’hui, Demain… »

Tous ces créateurs redonnent à la poésie française ses lettres de noblesse, au rendez-vous de l’Amitié…

L’association fut déclarée à la Préfecture de Police en 1945 par Marcel Bouhébent, dessinateur, et parrainée par André Fau. Les premiers fidèles furent les peintres Marie-Joseph Mitterand, Jean Aurel, André Duculty, le Poète Gaston Bourgeois, l’auteur dramatique François Billetdoux…

Ayant fréquenté dès les années quatre-vingt une association de la Butte, Art et Humour Montmartrois (aujourd’hui en sommeil), je proposai

CUISINE BISTROT Carte de saison – Produits frais Vins de propriétés 14, rue Simart - 75018 Paris Tél. : 01 42 59 47 60 Montmartre en Revue N° 1 — Décembre 2020

Nombreux furent les artistes auxquels se rallièrent les poètes malgré la présence de l’occupant. Ils firent preuve d’activité publique et bravèrent son contrôle dans la meilleure tradition de l’esprit montmartrois. Lil Boel, jeune femme poète à la gouaille et au verbe populaire, décrit ainsi Art et Humour Montmartrois : « Nous sommes vingt idéaliste qui voulons réaliser un groupement, filiale des gosses de la Butte Montmartre, sous le titre d’Art et Humour Montmartrois… Entre nous, pas de grade, pas de titre, pas d’orgueil et pas d’intérêt personnel. Notre mot d’ordre  : l’amour, notre consigne, l’action. » D’innombrables soirées furent organisées durant les années qui suivirent dans différents lieux  : Le musée de Montmartre  ; des cafés  ; le Théâtre Galabru, avec des invités poètes, écrivains, tels que Paul Fort, Philippe


Photo : F. Loup

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Thierry SAJAT est poète et éditeur, président de l’Académie de la Poésie Française, berrichon arrivé à Paris à l’âge de 19 ans, en 1982…. Auteur de plus de vingt-cinq recueils et anthologies de poésie, il est également responsable de deux revues poétiques, dont l’Albatros et est un ambassadeur très actif de la République de Montmartre.

Chabaneix, Micheline Dupray, Gaston Bourgeois, l’ambassadeur Jacques Raphaël-Leygues, Pierre Osenat… Nombreux furent les artistes, peintres et poètes reconnus, qui se retrouvèrent à Montmartre, ainsi que les musiciens François Beaubrun et Pascal Olivier. Les derniers présidents furent les poètes Elisabeth Borione, Anne Séguret (peintre également), Robert-Hugues Boulin, votre serviteur ainsi que Marielle-Frédérique Turpaud. L’association fut mise en sommeil dans les années 2000… Aujourd’hui nous désirons perpétuer le nom d’Art et Humour Montmartrois en l’associant aux Amis de la Poésie à Montmartre, pour échanger poèmes, musique et chansons sur la Butte où l’esprit Montmartrois est toujours présent. Un projet est lancé : la création d’une Anthologie poétique sur le thème de Montmartre, avec des illustrations (parfois anciennes) représentant la Butte. Les auteurs et dessinateurs sont priés de nous faire parvenir leurs œuvres… Un concours de poésie sera organisé pour choisir les meilleurs poèmes. Rejoignez le groupe de poètes, musiciens et chanteurs tous les premiers jeudi de chaque mois à 10H au Restaurant La Crémaillère, place du Tertre… Thierry SAJAT

A la Crémaillère où à la célèbre brasserie du François Coppée, le premier jeudi de chaque mois, dès 10 heures, il organise des rencontres poétiques avec le poète Roland Jourdan et le fabuliste Yves Tarantik. Une scène ouverte dans la joie et la bonne humeur qui se termine autour d’un repas amical. Passionné par Montmartre et tout ce qui représente la Butte, le Sacré Cœur, la place du Tertre, la vie Montmartroise d’hier et d’aujourd’hui, avec les artistes, poètes, écrivains, peintres, dessinateurs, musiciens, chanteurs, comédiens, qui ont su laisser un témoignage de leur passion, de leur Art, il crée une Anthologie poétique sur le thème de Montmartre. Vaste programme dont la réalisation est prévue pour 2022. Poètes et illustrateurs peuvent faire parvenir dès aujourd’hui plusieurs poèmes et/ou illustrations qui seront soumis au choix du comité de lecture. 1 à 6 pages peuvent être retenues par auteur selon la place disponible (32 lignes maximum par page). En 2022 l’ouvrage sera présenté lors d'une grande rencontre poétique. Seront invités à cette fête les participants ainsi que les associations amies montmartroises qui lui sont chères. Des prix seront remis, récompensant les meilleurs poèmes. Pour connaître les conditions de participation : thierrysajat.editeur@orange.fr Marie France Coquard

*Contact et Responsable : Thierry SAJAT thierrysajat.editeur@orange.fr - 06.88.33.75.24

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A Yves Mathieu, du Lapin Agile

LA LUNE SUR MONTMARTRE

LES MATINS BLEUS DE MONTMARTRE

La lune sur Montmartre a dessiné les heures. La Butte a des parfums secrets qui prennent l’âme, Et la nuit dans sa robe au vent fol de mon cœur Murmure comme un bleu silence... Au loin Paname

J’aime les matins bleus de Montmartre, l’été, Le ciel en demi-jour dans la futaie du vent Quand le soleil prend fleur sur les pavés levant Les ombres de l’amour que les temps ont portées.

S’endort et je suis seul sur la Place du Tertre. Je vais au Cabaret vieux du Lapin Agile Et je croise Frédé rue des Saules. Montmertre Est bien l’unique rime sous les doigts fragiles

J’aime ces matins d’aile, un ballet de moineaux Sur les longs doigts du vent, les nues en plumetis De brume à la grâce du ciel, la mélodie De l’orgue de barbarie d’un vieux chemineau

D’une ombrelle qui passe... Et le temps qui s’arrête Au clocher de l’amour dans les mains du poème Me laisse encor rêver, chanter, conter fleurette, Paroles et musique au temps de la Bohême…

Sur la Place du Tertre, son chat sur l’épaule… J’aime les matins bleus de Montmartre, l’église Saint Pierre et son jardin qu’un brin de lune irise En croisant le soleil sur la tête des saules.

La lune sur Montmartre est plus belle qu’ailleurs. Elle semble posée sur les arbres fleuris En faisant un clin d’œil à ses amants cueilleurs D’étoiles…. Je crois bien que ses yeux me sourient.

Montmartre de Bruant, la poésie d’hier Qu’on chantait dans les rues et dans les Cabarets, Quand les filles dansaient, bourgeoises, lavandières, Suzanne Valadon sur la toile effleurée De Renoir ou Lautrec, vêtue d’âme et d’amour, Muse et peintre mais femme… Ah Montmartre, toujours… Thierry SAJAT

Nomelec est une entreprise familiale située en plein cœur de Montmartre. Nous intervenons dans le domaine de l’électricité, la serrurerie et le contrôle d’accès. Nous travaillons pour des entreprises, collectivités locales et syndics de copropriété dans le Grand Paris.

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MONTMARTRE 1900-1930 ART NOUVEAU – ART DÉCO

Cet ouvrage indispensable, écrit par Charlotte Mus-Jelidi et Maurice Culot, architecte et urbaniste de renommée internationale, pose un regard nouveau sur le patrimoine architectural montmartrois, en s’appuyant sur une iconographie de grande qualité. Il s’agit ici non d’un énième ouvrage ancré sur les visions iconiques du site,

mais d’une réhabilitation de l’apport méconnu de l’Art Nouveau et de l’Art Déco dans le paysage montmartrois : O paradoxe, car ces maisons et immeubles, qu’on avait accusés de violenter le pittoresque du vieux village, sont aujourd’hui protégés par le plan de sauvegarde dont Montmartre s’est doté dès 1956 ! Si la «  poétique  » montmartroise émane évidemment de son architecture ancienne, simple et touchante, presqu’intemporelle, et des parcelles verdoyantes qui l’accompagnent encore souvent, il ne sera plus possible, après la lecture de ce livre fruit de nombreuses recherches, de continuer de «  mettre à l’écart  » les apports considérables de l’Art Nouveau et l’Art Déco, dont de véritables chefs-d’œuvre   : la maison de Neumont, premier siège de la République de Montmartre, l’Eglise Saint-Jean, la cité Montmartre Aux Artistes, les villas

et hôtels particuliers de l’avenue Junot, certains immeubles de la rue des Saules ou de la Place Jean-Baptiste Clément… C’est le premier ouvrage consacré à cette facette artistique de la Butte. Un livre d’art à s’offrir et à offrir, comportant des documents rares, des photos d’archives de lieux disparus (issus des collections du Vieux Montmartre), comme les cabarets du Ciel et de l’Enfer ou l’Hippodrome de Montmartre, ainsi que de très belles photos contemporaines réalisées par France De Griessen.

Jean-Manuel Gabert

Montmartre 1900-1930 Art Nouveau Art Déco Charlotte Mus – Maurice Culot Photographies de France de Griessen AAM Editions  

ROSE DE CHINE

de Marie B. Guérin

UN NOUVEAU ROMAN D’ACTION AU RYTHME... DÉBRIDÉ C’est un beau roman, c’est une belle histoire... C’est celle de Rose, la petite quarantaine, qui, loin de descendre vers le Midi, s’ennuie ferme dans la boutique d’optique où elle exerce depuis vingt ans sous la férule d’un patron à l’ancienne. Elle est décidée à donner sa démission quand il lui propose avec une certaine insistance de relever un défi propre à « rebooster » sa créativité : ouvrir une succursale de son magasin... en Chine ! Après moult hésitations, elle se décide à partir à Shenzhen dans un environnement inconnu et plein de surprises. À ce challenge ambitieux s’ajoute l’opportunité de mettre un point final à sa liaison obsédante avec son ex-amoureux charmeur, imprévisible et volage. À moins que... Un roman d’action dans lequel l’héroïne

se confronte à elle-même autant qu’à sa soif d’entreprendre, et découvre dans la foulée de nouvelles règles du jeu de l’amour et du hasard. Cet ouvrage très actuel fait suite au premier opus de Marie B. Guérin, Un Amour de Rose, également paru aux Éditions Artena. Le profil des personnages y est décrit avec la même finesse, la même acuité, tous dignes de figurer dans un long métrage. Pour l’anecdote, l’auteure, chevalier de l’Ordre National du Mérite, n’oublie pas pour autant qu’elle a été récemment intronisée au titre de Député de la République de Montmartre puisque l’une de scènes les plus savoureuses de son roman se situe dans le cadre de La Bonne Franquette. Pierre Passot

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Rose de Chine de Marie B. Guérin Paru aux Éditions Artena, 216 pages, 20€ ttc (plus frais d’envoi) Pour commander : artena@wanadoo.fr ou rosedechine@orange.fr

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ET SI LE PARRAIN ÉTAIT UNE FEMME

VIES ET DESTIN D’HÉLÈNE MARTINI, « L’IMPÉRATRICE DE PIGALLE » 

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près une récente biographie remarquée de Jacques Chirac*, Arnaud Ardoin a décidé de partir à la rencontre de « l'impératrice de Pigalle », une femme aussi mystérieuse que puissante dont la vie ressemble à un roman jalonné d’improbables péripéties. Août 2017  : Hélène Martini s'éteint à Pigalle. À 20 ans, en 1945, elle connait la faim, les nuits à la belle étoile avant d’arriver dans ce quartier comme mannequin nue aux Folies Bergère. Ce sera le début d’une incroyable ascension. D’elle on sait peu, pourtant elle est devenue une véritable légende. Partie de rien, elle a fini par régner sur un empire tentaculaire composé de théâtres et de cabarets à strip-tease, de Pigalle aux Champs Elysées. L’auteur nous embarque dans un voyage invraisemblable où il raconte les relations inouïes d’une femme avec la pègre de Pigalle, son mariage avec Nachat Martini homme d’affaires sulfureux, ses liens avec l’OAS, ses amitiés avec le show-business, sa mystérieuse sœur Alice. Cerise sur le gâteau, son acquisition des Folies Bergère  !

ses démarches en France et à l’étranger, les portes et les voix qui se ferment, les silences ou les témoignages difficilement obtenus. Il manie avec virtuosité la langue classique comme le ton populaire pour nous offrir un récit passionnant. Entre ombres et lumières, entre secrets et mensonges, on reste époustouflé devant la réalité qui dépasse la fiction. A lire absolument pour les amoureux du Pigalle d’antan.

Une revanche sur la vie arrachée avec une main de fer dans un gant d’acier pour une femme douée d’un don de caméléon incomparable. Celle qu’on appelait « l’impératrice de Pigalle » a souvent et délibérément brouillé les cartes. Comme pour une enquête policière où le narrateur se met en scène, l’auteur remonte les pistes inédites d’un destin hors du commun en ne laissant rien au hasard. Arnaud Ardoin fait partager au lecteur

Arnaud Ardoin est journaliste-reporter de télévision sur la chaîne Parlementaire- CNews- scénariste et écrivain. Il a déjà publié trois ouvrages, dont Président, la nuit vient de tomber *, Une affaire au sommet de l’Etat et L’envers du foot. Marie France Coquard

ARNAUD ARDOIN Et si le parrain était une femme Vies et destin d’Hélène Martini Editions Récit Seuil 256 pages Prix : 18 euros

UN GAMIN DE MONTMARTRE C’est l'histoire romancée de l'enfance montmartroise de son père Rémy que Sébastien Higonet, son fils, nous brosse avec beaucoup de cœur . Le point de départ du roman : Rémy, qui a passé son enfance dans le Montmartre des années 50, rencontre le peintre Maurice Utrillo. Cette rencontre sur la Place du Tertre a vraiment eu lieu en 1954 ; la suite a été inventée en grande partie… Outre Utrillo, on croise, entre autres, Brassens, Patachou, Paul Fort, notre Robert du Vieux Chalet il y a 70 ans de

cela… Les Poulbots y sont très présents, il faut dire que Rémy Higonet faisait partie de nos célèbres tambours dès l’âge de 8 ans. Il fut fier et heureux de participer avec eux au rayonnement de la Butte. En fait, nous retrouvons beaucoup de ceux qui ont contribué à bâtir sa renommée dans les anecdotes bon enfant de cette chronique du Montmartre de l’aprèsguerre à travers les yeux d’un vrai petit Poulbot. En convoquant la jeunesse de son père, l’auteur nous plonge dans ce Montmartre unique, Montmartre en Revue N° 1 — Décembre 2020

fait de fêtes, de création artistique, de générosité, d’impertinence gouailleuse et « des valeurs qui constituent la devise de sa République ». Après Indicible Prague et Fleur de Laos, avec Un gamin de Montmartre Sébastien Higonet fait palpiter notre Montmartre éternel. Marie France Coquard

Un gamin de Montmartre Sébastien Higonet www.vinotilus.fr contact@vinotilus.fr pour envoi postal en librairie référencé sur Dilicom 10 € 112 pages


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LA FANTASTIQUE HISTOIRE DES COMMUNES LIBRES DE MONTMARTRE, DE 1920 À NOS JOURS …ET À NOS NUITS « Au numéro 21 de la place du Tertre, ancienne place communale de Montmartre, se trouve le siège de la Commune Libre fondée en 1921 par Jules Depaquit. La Commune Libre maintient dans le vieux « village » de Montmartre les traditions de fantaisie, de liberté et de bonne humeur qui caractérisent ce quartier des plus pittoresques de Paris. ». C’est ainsi que débute Montmartre, livre de Philippe Jullian publié en 1971…

La fantastique histoire des Communes Libres de Montmartre, de 1920 à nos jours… et à nos nuits, par Jean-Louis Bouvier (actuel président), avec la collaboration de l’historien Pierre Hébrard, et de Madame le Maire Marielle-Frédérique Turpaud. 224 pages ; nombreuses illustrations couleur. Prix : 20€  (+ frais de port : France colissimo 6€ ; Europe 2€) Contact et commande du livre sur : www.commune-libre-montmartre.fr

Ainsi débute aussi, par cette citation, l’ouvrage consacré à la geste quasi mythologique « des » communes libres de Montmartre - car elles furent plusieurs, et leur histoire, pleine de conflits, de rebonds, jusqu’à la fusion récente, est aussi fantaisiste que les décrets nés des cerveaux loufoques de ses animateurs... Une première fausse élection en 1920, amène le dessinateur humoriste Jules Depaquit, autoproclamé maire-dictateur, à mettre en musique

les déclarations indépendantistes de son mentor Salis, créateur du ChatNoir. Tandis que les urbanistes remodelaient le visage de la colline sauvage, délogeant les rebelles de leurs nids, le poétique Depaquit et ses adjoints se mirent à ériger leurs canulars en fêtes au village d’opérette - des fêtes populaires, qui n’oubliaient pas les actions de solidarité. Après lui, d’autres noms poursuivront l’œuvre, dont le journaliste Pierre Labric, et tant d’autres qui méritaient bien qu’on ravive un peu leur souvenir… Sur la base du fonds d’archives déposé à la société du Vieux Montmartre, la lecture de cet ouvrage prend une autre dimension en ces temps étranges et douloureux. Elle est bien loin, cette Butte qui faisait du « festif et de l’événementiel  » comme elle respirait et pour pas cher  : traversées de Montmartre à la nage, courses au ralenti, foire aux croûtes (à l’origine de la place du Tertre), course des vieux jetons… Quitte à faire partie de ces derniers, on se dit que tout cela avait meilleure mine que celle des joggers au faciès crispé par les souffrances qu’ils s’infligent, en grimpant les ruelles l’œil braqué sur leur « cardiofréquencemètre »… le long des boutiques closes… Tristesse infinie du temps. Vieux jeton encore, je revois par flashs Coluche et Le Luron descendre en calèche la rue Cortot, salués par la casquette marinière du maire Jehan Mousnier qui venait de les marier, et la trogne aussi bourrue que photogénique d’Anatole, tapie dans l’ombre de sa mairie… Anatole pestant après les fils de… leurs mères qui avaient osé desceller de la place du Tertre ses chers bancs publics, trône des clodos, pour agrandir la zone commerciale. Tout cela semble dater d’avant le déluge… Aujourd’hui, les fêtes fantômes descendent comme un courant d’air froid dans les ruelles désertes. Maurice Hallé, l’un de ces héros qu’on voudrait héraut écrivait : « Nous rêvions de faire revivre Montmartre ! » On y rêve aujourd’hui de nouveau… Jean-Manuel Gabert

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JACQUES MAILHOT « POINTES D’ACTU »

Avec « Pointes d’actu », genre d’anthologie sélective, Jacques Mailhot nous offre une sorte de rétroviseur humoristique de l’actualité de ces trente dernières années. Plus de cent vingt textes réunis en une quinzaine de thèmes, de la politique aux people, en passant par le sport et la gastronomie, illustrés par les dessins de Frédéric Deligne. Des chroniques persiflantes de ces trente dernières années que vous apprécierez ! Jacques Mailhot “Pointes d’actu” Éditions De Borée - www.deboree.com

LE MUSÉE DE MONTMARTRE Le musée de Montmartre va enfin pouvoir rouvrir ses portes le 19 décembre prochain… N’hésitez plus à franchier le seuil de ce lieu exceptionnel qui concentre les richesses culturelles de la mémoire montmartroise dans un cadre exceptionnel. Venez redécouvrir les collections de la société Le Vieux Montmartre, l’atelier Valadon-Utrillo et l’exposition consacrée à Otto Freundlich, l’un des illustres passahgers du BateauLavoir, dans le cadre de l’hôtel De Marne. Pour bénéficier d’un accès permanent au musée et aux expositions, tout au long de l’année, vous pouvez adhérer à l’association Le Vieux Montmartre : contact@levieuxmontmartre.com Musée de Montmartre 12, rue Cortot, 75018 Paris Tél. : 01 49 25 89 39 Ouverture prévue le 19 décembre - du mercredi au dimanche Toutes informations sur : www.museedemontmartre.fr

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NOUVEAUTÉ

LA GRANDE HISTOIRE DE LA

GARDE RÉPUBLICAINE

Le nouveau documentaire écrit, réalisé et produit par Philippe Cochinard, et raconté par Pierre Arditi !

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ui connait vraiment l’histoire et la diversité de ce corps militaire ancestral ? A l’évocation de la Garde républicaine, des images de défilés, de cavalerie en uniforme d’apparat s’imposent aussitôt… Mais cette unité opérationnelle, appartenant à la Gendarmerie nationale, célèbre pour assurer le protocole militaire des événements qui rythment la vie de la Nation, est principalement responsable de nombreuses missions de sécurité générale au profit de la population et des plus hautes autorités de l’État. Par exemple, connaissiez-vous les « train marshall », ces militaires en civil présents sur les lignes ferroviaires sensibles ? Mission très actuelle, n’est-ce pas, pour un corps qui trouve son origine dans la garde municipale de Paris fondée par Bonaparte en 1802… Le nouveau film de Philippe Cochinard fait oublier toutes les idées reçues, pour partir à la découverte des multiples facettes de cette unité prestigieuse et méconnue, dans sa diversité, sa technicité et sa modernité. De superbes images inédites vous conduisent des pelotons d’interven-

tion rattachés au GIGN aux formations spéciales qui assurent les spectacles équestres, en passant par les « ateliers de tradition » du fourbisseur de sabres, des « maîtres casquiers » ou du fabricant de « shako », la fameuse coiffe à plumeau de l’infanterie. Philippe Cochinard est passionné d’images et de cinéma, mais aussi d’art et d’histoire. Fondateur de la première Web-TV de Paris et de la Collection J’aime Paris, le réalisateur signe aujourd’hui un bel ouvrage de 90 mn sur la Garde Républicaine pour lequel 2 ans de tournage ont été nécessaires. Pour la première fois, ce sont les 36 unités de ce corps de gendarmerie qui ont été filmées, avec un éclairage historique fourni par les archives exceptionnelles de Pathé-Archives et de l’INA. L’histoire de cette institution est contée par Pierre Arditi. Un DVD à saluer, et un cadeau idéal à déposer au pied du sapin, avec tous les honneurs !

Montmartre en Revue N° 1 — Décembre 2020

Jean-Manuel Gabert


NOUVEAUTÉ

INTERVIEW Quel est l’intérêt de ce nouveau film ? C’est qu’il présente l’histoire complète de la garde républicaine ainsi que toutes les unités qui la représentent, sous un angle original et riche en documents d’archives inédits. Ce qui est très spectaculaire, et fournit de nombreux sujets « filmiques », c’est que sa mission consacrée au protocole militaire  intègre le spectacle équestre, le savoir-faire, l’artisanat.

du Roy, le carrousel des lances, comme le service vétérinaire, le centre d’instruction ou le Chœur de l’armée française.... je ne peux pas tous les citer mais ce dont je suis sûr, c’est que j’ai filmé les 36 unités qui composent la Garde républicaine !

Comment avez-vous tourné ces images ? En 2017, j’ai proposé à l’officier communication un documentaire qui retracerait son histoire en témoignant de sa diversité et de sa technicité. Mais très vite, ce sont toutes les unités que l’on a voulu représenter. Il aura fallu deux ans de tournage et de recherches, notamment parmi les images de Pathé-Archives, et neuf mois de montage. Ce tournage semble vous avoir particulièrement passionné ? C’est une expérience formidable : car bien sûr, le fait de filmer le 1er et 2ème régiment d’infanterie et le régiment de cavalerie fut un grand privilège pour moi. Il faut bien s’imaginer qu’ils m’ont ouvert toutes les portes ! Les métiers de tradition comme le fourbisseur de sabres, le maître casquier ou les costumes d’époque, mais aussi les toutes les formations spéciales ! La reprise des douze, L’escadron motocycliste, la maison

Philippe Cochinard tient particulièrement à remercier le général Eric BIO FARINA, le chef d’escadron Pierre Lamarre, le major François Govin, l’adjudant-chef Christophe Chardron et le maréchal-des-logis-chef Patrick Boissier, pour leur précieuse collaboration, ainsi que l’adjudant Fabrice Bourdeau pour ses photos ! Pour commander le DVD : https://lagrandehistoiredelagarderepublicaine.fr DVD Film 90 mn – 16/9 – couleur Prix 16€ Règlement par C.B : https://lagrandehistoiredelagarderepublicaine.fr Règlement par chèque à Web-TV Communication, 28 rue de Bruxelles – 75009 Paris Pour toutes informations : Mail: pariswebtv@gmail.com

LA GARDE RÉPUBLICAINE ET LES P'TITS POULBOTS ! Rencontre historique entre la prestigieuse Garde Républicaine, garante de la sécurité d’état et du protocole militaire, et les petits Poulbots, garants de l’esprit de la République de Montmartre, figures symboliques attachées à tous les événements du légendaire village de Paris !

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En septembre 2008 et 2018, les petits Poulbots, ont été invités à jouer avec les Tambours et la Musique de la Garde républicaine lors de leurs portes ouvertes. Vous pourrez retrouver ces deux formations musicales de la Garde républicaine ainsi que toutes les unités qui la composent dans le film !

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HOMMAGES

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AU REVOIR

Discours obsèques de Michou le 31 janvier 2020

ICHOU

elon la volonté de Michou, c’est au cimetière Saint Vincent qu’Alain Coquard Président lui a rendu l’hommage de la République de Montmartre dont il a été pendant des décennies le fidèle et généreux Ministre de la Nuit.

Je me souviens de ce que tu me disais il n’ y a pas si longtemps : « Dans quelques temps je vais déménager dans ma nouvelle résidence, tu m’accompagneras s’il fait beau ? » je t’avais répondu « Cher Michou, bien sûr que je serai là qu’il fasse beau, qu’il pleuve, qu’il vente ou qu’il neige… mais le plus tard possible ». Aujourd’hui la République de Mont-

« Au revoir Michou, En ce 31 janvier tes obsèques sont à la dimension de l’homme que tu as été. Une foule immense d’anonymes aux côtés de célébrités t’a accompagné avec beaucoup de peine depuis ta paroisse de Saint Jean de Montmartre jusqu’au Cimetière Saint Vincent où tu as choisi de reposer. Des funérailles de star, pour la star que tu étais et préparées par toi de longue date, corbillard bleu, cercueil bleu tapissé de bleu, champagne…. Tous te remercient d’avoir été Michou. Avec audace, avec excès, avec courage et gaité tu as su imposer ta stature pour faire d’un petit cabaret montmartrois une véritable institution unique connue dans le monde entier. Montmartre était devenu ta patrie. Michou ton cœur immense a cessé de battre. Dans ton cabaret mythique tu as toujours accueilli, avec la même joie de vivre, humour et autodérision, les plus grands du monde entier comme les plus modestes. Dimanche 19 janvier tu nous avais invités à déjeuner en ton cabaret. Tu avais réuni tes amis, la République, la Commanderie. Tu avais tenu à faire un magnifique don à tes chers P’tits Poulbots. Ce fut un grand moment d’émotion et d’amour. C’était ton déjeuner d’adieu, tu l’avais voulu ainsi. Nous ne l’oublierons jamais.

martre t’accompagne avec ta famille, tes amis innombrables. Michou tu vas reposer dans cette terre de Montmartre que tu as tant aimée…« Montmartre m’a tout donné je veux y rester pour l’éternité » disais tu. Tu as su faire de la Mère Untel le cabaret Michou. Par ton intelligence et ton talent le succès a vite été au rendezvous du monde entier. Tu as donné ses lettres de noblesse au transformisme. Tu as choisi les meilleurs artistes pour chaque numéro que tu créais personnellement. Tes Michettes servaient le dîner avant de monter sur scène, c’était pour le moins novateur. Il n’y a qu’un cabaret Michou c’est au 80 rue des Martyrs où tous les soirs pendant 64 ans tu as tenu à accueil-

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Montmartre en Revue N° 1 — Décembre 2020

lir chacun en ami et non en client qu’il soit célèbre ou inconnnu. Ta générosité, ton cœur en or et saphir bleu, resteront gravés dans l’histoire de notre village. Le déjeuner-spectacle servi chaque mois aux anciens, ton soutien à la vie de la Butte, tes dons aux P’tits Poulbots et toutes les actions que tu menais en toute discrétion seront inoubliables. Avec humour et courage tu as bravé la mort jusqu’au bout. C’était toi aussi quand tu essayais ton cercueil pour vérifier le satin bleu de son capiton ou encore quand, ici même, tu as esquissé un pas de danse sur cette pierre bleue que tu avais choisie avec ton ami Doudou Carlier il y a bien des années. Il repose désormais à côté de toi. Michou tu laisses un très grand vide : Montmartre sera-t-il toujours Montmartre sans toi ? Mes amis il le faudra. Je m’y emploierai avec mon Gouvernement et tous nos membres pour que, cher Michou, de là-haut, tu continues à être parmi nous. Je suis certain que dans le bleu du ciel, ton regard bleu, auquel rien n’échappait, va nous accompagner pour nous aider à être gais (sans jeu de mots) même quand le cœur n’y est pas…comme aujourd’hui. Ta gaîté communicative, tes blagues resteront dans nos cœurs, telle « Un conseil mes amis ne soyez jamais vieille ». Non Michou tu ne seras jamais vieille. Tu resteras la star toute bleue, unique, inégalée, inégalable qui a régné sur Montmartre et bien au-delà. Je présenterai officiellement à la Maire de Paris la demande de donner ton nom à une rue ou une place de Montmartre. Tu le mérites. Tu écouteras toujours palpiter le


HOMMAGES

Les débuts du cabaret

Avec son ami le poète Bernard Dimey

cœur de notre village avec toute ta tolérance et ton incomparable fidélité. Michou l’enchanteur, Prince Bleu de Montmartre, Ministre de la Nuit de la République de Montmartre que de là-haut tu puisses toujours rayonner sur ton cher Montmartre et nous offrir ta joie de vivre. Si tes dernières paroles pour Catherine ta chère nièce ont été « Dis au revoir à tous mes amis » nous, tes amis te disons à bientôt cher Michou dans l’immensité de l’azur céleste de notre amour. » Alain Coquard 

Michou et Line Renaud

Michou Bardot Montmartre en Revue N° 1 — Décembre 2020

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HOMMAGES

CORDY

ANNIE 2020 : Une année bien difficile pour le monde entier et pour Montmartre en particulier qui n’a pas été épargné. Vides ses rues, sa place du Tertre, ses restaurants, ses cabarets, ses cafés fermés pendant de longs mois sans oublier que trop de nos proches nous ont quittés. La disparition de Michou le 26 janvier laisse un grand vide suivie le 4 septembre de celle de son amie Annie Cordy. Une amitié indéfectible entre ces deux stars populaires à la longévité artistique hors normes. Tous deux ont été adorés pour leur talent, leur joie de vivre, leur amour du partage, leur énergie.

Tous deux ont été adorés pour leur talent, leur joie de vivre, leur amour du partage, leur énergie Annie Cordy a donné près de 10 000 galas, enregistré plus de 700 chansons au style toujours enjoué et festif, elle a joué dans une vingtaine de comédies musicales et d’opérettes, une quarantaine de films, une trentaine de séries et téléfilms, une dizaine de pièces de théâtre. Rappelons nous avec émotion qu’à l’ occasion des 85 ans de Michou, il y a maintenant 4 ans, Annie Cordy

et Michou ont chanté dans un duo exceptionnel « 85 % d’amour et 60 ans de cabaret » sur les paroles et la musique d’Alain Turban. Ils l’ont immortalisé dans un CD, scellant, s’il en était besoin, une amitié record de plus de 60 ans : «L’histoire que tu as choisie, c’est de nous aimer à fleur de peau Tu as eu des années de velours Depuis 60 ans, tu fais la cigale dans le quartier Montmartre t’aime en bleu» Chantait avec beaucoup de tendresse Annie Cordy

Montmartre en Revue N° 1 — Décembre 2020

«J’étais un vrai titi, un petit gars de Picardie J’étais garçon serveur, j’en ai vu de toutes les couleurs Voilà ma vie.» Lui répondait Michou d’une voix enjouée et gourmande de vie. Sous les paillettes et les applaudissements deux grands cœurs battaient au rythme de l’amitié. Ils resteront un formidable et inoubliable témoignage de leur époque. Marie-France Coquard


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LA PRINCESSE

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HOMMAGES

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ERMINE DE CLERMONT TONNERRE

e vendredi 3 juillet dernier, Hermine de Clermont Tonnerre décédait des suites d’un accident de moto. Issue d’une famille aristocratique remontant au moyen âge elle n’en gardait pas moins une grande simplicité et un appétit de vivre à faire des jaloux. Depuis l’an 2000, Hermine était devenue une vraie montmartroise. Avec enthousiasme, elle disait « adorer notre village » qu’elle trouvait convivial, à la fois paisible et vivant chaleureux et généreux » et d’ajouter « Montmartre est un endroit qui vit toute la journée sans interruption  ! Rien à voir avec les autres quartiers où les gens vivent au rythme des heures de bureau. Ici vous croisez des musiciens, des écrivains, des peintres, des publicistes comme des montmartrois anonymes mais tellement sincères ». Bref tout ce qu’elle aimait. Une vie trépidante, une énergie phénoménale, beaucoup d’humour chez une princesse hors normes très rock'and roll, journaliste, actrice, vedette d’émissions de télé-réalité, styliste, marathon de Paris, mécène de la chirurgie cardiaque, passionnée de voitures de collection et d’écriture. Hermine était l’auteur de plusieurs

ouvrages dont « Politesse oblige ; le savoir-vivre aujourd’hui  » qui fut un succès. Il faut dire que, figure célèbre

et intrépide du monde de la jet-set, elle connaissait les codes du savoirvivre tout en déclarant « que c’est ne rien comprendre à la vie que d’envisager les relations exclusivement re-

Montmartre en Revue N° 1 — Décembre 2020

Elle illuminait les fêtes de sa beauté, son sourire, sa gentillesse et soulevait de nombreux élans de sympathie. liées au milieu social ». Une princesse au grand cœur toujours prête à aider autour d’elle avec enthousiasme, générosité et une spontanéité époustouflante. Député de la république de Montmartre depuis 2013, assurément elle en pratiquait la devise « Faire le bien dans la joie ». Elle illuminait les fêtes de sa beauté, son sourire, sa gentillesse et soulevait de nombreux élans de sympathie. Elle était très proche des autres avec une réelle authenticité. De grandes qualités de cœur également chez cette maman pleine d’amour et fière de ses deux enfants. Toutes nos pensées attristées vont à Allegra et Calixte, ses "p'tits coeurs de beurre", comme elle les appelait, ainsi qu'à tous ses proches et ses innombrables amis. Hermine laisse un grand vide dans le village de Montmartre. Marie-France Coquard


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TOUS ENSEMBLE POUR MONTMARTRE À DÉCOUVRIR DANS LE PROCHAIN NUMÉRO DE MONTMARTRE EN REVUE :

LES CABARETS MONTMARTROIS…

...toute une histoire !

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ous l’Ancien Régime, les vignes étaient la grande richesse de Montmartre. On dégustait le vin dans des cabarets des Porcherons, soit dans le Village. Pour les cabarets, il était interdit de vendre de l’alcool aux habitants de la localité depuis 1560 jusqu’au XVIIIème siècle. En 1669, on ferme à 19 heures en hiver et à 21 heures en été. En 1714, on repousse à 22 heures. Sous Louis XIII, les cabarets fermaient les dimanches et jours de fête. En 1669, la fermeture fut ramenée à l’heure

des offices religieux. Défense d’avoir une deuxième sortie sur les champs. L’accès était interdit aux filles et à leur souteneur. Les jeux de hasard, donc de cartes, étaient interdits. Au XVIème siècle, les enseignes étaient de tendances religieuses sous l’influence des Abbesses. « L’image SainteAnne », « L’Image Saint-Louis », « L’Image Saint-Martin », « Place des Abbesses ». Au XVIIIème siècle, les enseignes deviennent profanes  : « La Pie » rue des Martyrs, « Les Rats », « Le Cheval Rouge », « La Grande Pinte », « L’Ile d’Amour » rue Saint Lazare, « La Fontaine d’Amour » rue Rochechouart, « Au Caprice des Dames » et « Au Berger Galant » dans cette même rue. En 1729, sur 165 boutiques répertoriées à Montmartre, on comptait 134 cabarets. 111 de ceux-ci étaient dans le quartier Saint-Georges et Rochechouart et 22 étaient sur la Butte. Au XVIIème siècle, la clientèle masculine était constituée de manœuvres, de plâtriers, de soldats et de prêtres. A suivre avec la découverte des cabarets partie indissociable de notre cher patrimoine montmartrois ….. Michel GENDRIOS

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