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LE COMBAT CONTINU DES GOODYEARS D’AMIENS NORD

JOSEPH GALLIX / ECAL 2013


À Amiens, cela fait six ans que le conflit dure pour les Goodyears. Durant les premiers mois de cette année 2013, j’ai enfin eu l’opportunité et le temps de me pencher sur le sujet. Je suis parti en Picardie, sans aucune connaissance ni de la région, ni du monde ouvrier. J’avais juste la ferme intention de rencontrer ces hommes et ces femmes en conflit, vivant l’incertitude après des années de stabilité. Ces ouvriers sont les derniers représentants du syndicalisme fort, du refus du compromis et du chèque. Je me suis interrogé sur leur capacité de résistance au coeur de cette situation qui n’en finit plus. Je me suis surtout demandé quelle était la réalité quotidienne de ces travailleurs, le combat des Goodyears se médiatise surtout lorsque ça pète ou lorsque qu’un politicien vient chercher des voix à grands coups de promesses sociales. A l’origine du conflit il y a une volonté de réorganiser le temps de travail pour faire marcher l’usine un maximum de jours par an, un plan laissant aux ouvrier moins de la moitié de leurs week-end libres. Face aux refus, le plan de réorganisation est devenu Plan de Sécurisation de l’Emploi, autrement dit, plan de licenciement massif. Seulement la CGT est ultramajoritaire et a déjà bloqué deux fois les PSE proposés par la direction. Aujourd’hui le conflit se joue donc à l’usure et au tribunal. Toute l’ambition de ce projet photographique est d’aller voir, parler, écouter, photographier, beaucoup, mais photographier toujours avec ce que l’on a dans le creux de l’oreille, plutôt que dans le fond du cerveau. Montrer ces hommes, femmes et enfants qui constituent les familles d’ouvriers et travailleurs vivant le conflit, l’incertitude. Montrer les chose simples, quotidiennes et intimes qui poussent ces personnes à continuer leur lutte. Voir aussi que la plupart de ces personnes n’aspirent pas à grand chose d’extraordinaire et même à de l’ordinaire, celui que l’on ne leur enlèvera pas. Plus l’on s’approche d’eux et plus on s’éloigne de l’usine, de leur vie d’ouvriers. On comprend que ce sont des travailleurs qui se battent surtout pour leur famille, pour pouvoir manger avec leurs enfants plutôt que de simplement remplir le frigo et partir. Alors l’usine oui, elle a son âme, chacun trouve sa place dans le groupe et ceux qui ont passés 20 ans ou plus à cotoyer les mêmes personnes forment une fraternité. Cette fraternité qui sait se réveiller quand ses acquis sont menacés. Le Combat Continu des goodyears d’Amiens Nord, se veut un livre sans mots, purement photographique, construit de sorte à donner des indices sur la vie des ces ouvriers sans offrir un propos clos. Écrire trop sur un sujet si complexe laisserait la photographie au rang d’illustration ou de simple contrechamp. C’est aussi prendre le risque de perdre la confiance des personnes rencontrées lasses de voir leurs propos biaisés dans les médias. Ce livre est sans spectacle, simplement plein de morceaux de vie de ces ouvriers français du XXIeme siècle.


Crédits photographies - revue de presse par ordre d’apparition - Journal , date / auteur - Courrier Picard, 26/10/1960 - Courrier Picard, 26/10/1960 - Courrier Picard, 27/10/1960 - Courrier Picard, 03/10/1995 / Gérard Crignier - Courrier Picard, 04/06/2008 / Gaël Ravallain - Courrier Picard / F. Haslin - Courrier Picard, 09/07/2008 / F. Haslin - Courrier Picard, 29/05/2008 / archive - Courrier Picard, 08/03/2013 / AFP


Réalisée entre Mars et juin 2013 à Amiens , France Imprimé sous les presses Icomme à Renens VD, Suisse

Remerciements: Brice et Karen pour le logis et l’amitié, tous les goodyears qui m’ont acceptés et accueillit Philippe et Patricia Dheilly, Hassan Boukri, Mickael Mallet, Mickael Wamen, Evelyne Becker, Lucas Dehyere, Harrald, David, Richard et tous les autres. L’équipe de professseurs de l’ECAL, Laurence Bonvin, Marco Poloni, Nicolas Faure, Natacha Lesueur, Milo Keller Les soutiens: Adeline Vieira, Dominique et Christiane Gallix, la fratrie, Margaux Renvoisé, Jeremy Deruaz, Arthur Miffon, Axel Crettenant et le Scénic. Merci à Manu Larcenet pour «Le Combat Ordinaire» Avec une pensée pour Patricia Ponchaux


»Le Combat Continu«  

Joseph Gallix

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